Vingt ans d urbanisme amoureux à Paris
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Vingt ans d'urbanisme amoureux à Paris

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Description

L'auteur, qui a été l'un des responsables de l'urbanisme de Paris pendant cette période, nous fait partager sa passion pour Paris, en décrivant les choix qui ont été effectués et de nombreuses réalisations concrètes. Ses propos s'appuient sur des données historiques, juridiques et techniques solides. Il conduit le lecteur du Faubourg Saint-Antoine au bas Belleville, en passant par le nouveau quartier Citroën, Bercy, la promenade plantée Bastille-Vincennes et bien d'autres lieux récemment aménagés.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2006
Nombre de lectures 143
EAN13 9782336276557
Langue Français
Poids de l'ouvrage 6 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Histoire de Paris
Collection dirigée par Thierry Halay
L’Histoire de Paris et de l’Ile-de-France est un vaste champ d’étude, quasiment illimité dans ses multiples aspects.
Cette collection a pour but de présenter différentes facettes de cette riche histoire, que ce soit à travers les lieux, les personnages ou les événements qui ont marqué les siècles.
Elle s’efforcera également de montrer la vie quotidienne, les métiers et les loisirs des Parisiens et des habitants de la région à des époques variées, qu’il s’agisse d’individus célèbres ou inconnus, de classes sociales privilégiées ou défavorisées.
Les études publiées dans le cadre de cette collection, tout en étant sélectionnées sur la base de leur sérieux et d’un travail de fond, s’adressent à un large public, qui y trouvera un ensemble documentaire passionnant et de qualité.
A côté de l’intérêt intellectuel qu’elle présente, l’histoire locale est fondamentalement utile car elle nous aide, à travers les gens, les événements et le patrimoine de différentes périodes, à mieux comprendre Paris et l’Ile-de-France.
Déjà parus
Pierre ESPERBE, Des histoires de Paris, 2005.
Christian LEBRUMENT, La guerre de 1870 et la Commune, 2005.
Hubert DEMORY, Auteuil et Passy. De la révolution à l’annexion. 2005.
Jacqueline VIRUEGA, La bijouterie parisienne: Du Second Empire à la Première Guerre mondiale, 2004.
Jacques LANFRANCHI, Les statues des grands hommes à Paris, 2004.
Jean-Pierre THOMAS, Le guidé des effigies de Paris, 2002.
Juliette FAURE, L’Arsenal de Paris, 2002
Jean-Paul MARTNEAUD, Les ordres religieux dans les hôpitaux de Paris, 2002.
Robert VIAL, Histoire des hôpitaux de Paris en 400 dates, 1999.
Robert VIAL, Histoire de l’enseignement des hôpitaux de Paris, 1999.
Victor DEBUCHY, La vie à Paris pendant le siège 1870 - 1871 , 1999.
Thierry HALAY, Paris et ses quartiers. 1998.
J. Paul MARTINEAUD, Une histoire de l’Hôpital Lariboisière, 1998.
Michèle VIDERMAN, Jean Ramponneau, Parisien de Vignot, 1998.
Vingt ans d'urbanisme amoureux à Paris
1982-2001

Jacques Marvillet
www.librairieharmattan.com harmattan1@wanadoo.Fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr
© L’Harmattan, 2005
9782296001466
EAN : 9782296001466
Sommaire
Histoire de Paris - Collection dirigée par Thierry Halay Page de titre Page de Copyright INTRODUCTION I - LES STRUCTURES DE LA MAIRIE DE PARIS EN MATIÈRE D’URBANISME EN 1982 II - LES GRANDES LOIS D’URBANISME DEPUIS 1960 III - UN URBANISME PLUS RESPECTUEUX DE PARIS IV - À L’EST, DU NOUVEAU : UN GRAND PROJET POUR PARIS V - L’OUEST AUSSI BOUGE VI - CONSTRUIRE DES LOGEMENTS SOCIAUX SUR DES TERRAINS PUBLICS VII - LE PLAN D’OCCUPATION DES SOLS DE PARIS VIII - MOINS DE VOITURE(S), PLUS DE CONVIVIALITÉ IX - UN NOUVEAU PÔLE ÉCONOMIQUE, CULTUREL ET UNIVERSITAIRE AU SUD-EST DE PARIS, RIVE GAUCHE (13 e ARRONDISSEMENT) X - LE RENOUVELLEMENT URBAIN PROGRESSIF ET DOUX DANS LES QUARTIERS ANCIENS XI - PARIS DEMAIN XII - HORS DE PARIS ET SUR LA TERRE
Je dédie ce livre à Raoul Rudeau, Camille Cabana, Pierre-Yves Ligen, Nicolas Politis et à toutes celles et tous ceux avec qui j’ai partagé ce voyage créateur merveilleux dans Paris.
INTRODUCTION
Ayant eu le bonheur de travailler pendant vingt années pour l’urbanisme de Paris, à des postes de responsabilité, j’ai écrit ce livre pour plusieurs raisons. D’abord parce que j’en avais envie. Ensuite pour apporter ma participation à l’œuvre de mémoire. Les vingt dernières années du 20° siècle ont été en effet très riches en évolution pour l’urbanisme de Paris. Enfin, parce que j’espère que cet ouvrage contribuera à développer chez les Parisiennes et Parisiens et autres citoyens qui le liront leur compréhension et leur implication dans ce domaine qui concerne chacune et chacun au quotidien.
Je ne suis ni un théoricien, ni un historien de l’urbanisme. Dans cet ouvrage, je n’ai voulu ni emprunter, ni recopier des idées prélevées dans d’autres livres. J’ai voulu porter un témoignage personnel appuyé sur un vécu et un ressenti.


Je suis arrivé à la mairie de Paris en 1982, très exactement le 1 er décembre 1982. Après quatre ans passés en Ardèche comme directeur départemental de l’Équipement, ce fut un grand changement, de la vraie campagne à la vraie ville. J’avais quarante et un ans, un bel âge pour partir dans une nouvelle aventure. Le départ de ma famille d’Ardèche eut lieu dans des circonstances douloureuses. Notre fils Jean-Benoît venait de partir pour une autre vie, à la suite d’une tumeur au cerveau qui l’a emporté en quelques mois. Raoul Rudeau était alors ingénieur général des Ponts et Chaussées et Vice-président du Conseil général des Ponts et Chaussées, personnage numéro deux du ministère de l’Équipement, placé immédiatement après le Ministre. Ma propre formation était celle d’ingénieur des Ponts et Chaussées : après le baccalauréat, deux années de classe préparatoire aux grandes écoles, dont la deuxième dans la classe de mon père, deux années à l’École polytechnique, puis deux années à l’École nationale des Ponts et Chaussées.
Mon père est ancien élève de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, agrégé de mathématiques et a enseigné pour l’essentiel de sa vie professionnelle en classes de mathématiques spéciales, celles où l’on prépare les concours d’entrée dans les grandes écoles scientifiques. Il a principalement enseigné au lycée Kléber à Strasbourg et à l’université de Strasbourg, ainsi qu’à l’École d’architecture de cette même ville. Pendant la guerre de 1939-1945, l’université de Strasbourg a été repliée à Clermont-Ferrand et mon père y a poursuivi ses activités d’enseignement en mathématiques spéciales. Je suis né en 1941, pendant cette période clermontoise. A Clermont-Ferrand, mon père a eu, parmi d’autres, deux élèves qui m’ont le plus marqué, tout simplement parce que je les ai retrouvés plus tard : Raoul Rudeau et Paul Gentil.
Paul Gentil, ancien élève de l’École polytechnique. Ingénieur au Corps des mines, a fait sa carrière à la SNCF. Il a été directeur général de cette société et a lancé le programme et la réalisation du premier TGV : le TGV sud-est. Pendant la guerre, s’était instauré un véritable lien entre les classes de mon père et notre famille, qui comptait déjà cinq enfants, moi compris. Ainsi, en période de guerre, mon parrain familial, qui habitait Nice, ne pouvait venir pour mon baptême, si bien que c’est Paul Gentil qui me porta sur les fonds baptismaux. Plus tard, je renouais avec lui à l’âge de 19 ans lorsque, arrivé à Polytechnique, je cherchais un parrain parisien, ma famille étant restée à Strasbourg. Paul Gentil accepta de jouer ce rôle et je le remercie de m’avoir reçu souvent le dimanche chez lui avec sa charmante épouse et leur fille. Le provincial esseulé que j’étais a beaucoup apprécié ce chaleureux accueil.
Raoul Rudeau a aussi joué un rôle important dans ma vie professionnelle. J’ai entendu parler de lui et il m’a ensuite été donné de le vérifier, comme d’un homme dynamique, ayant du charisme et pour éthique le service public et la franchise. Lors de la fusion, vers 1967, des missions des Ponts et Chaussées (Travaux Publics) et de la Construction, il a opté pour la fonction de directeur de la construction à Marseille. Il a été aussi directeur départemental de l’Équipement du Rhône, directeur au plan national de l’Aménagement foncier et de l’urbanisme, directeur général de l’Aménagement urbain à la mairie de Paris et vice-président du Conseil général des Ponts et Chaussées. Il occupait cette dernière fonction lorsqu’il m’a vu en difficulté en Ardèche, après le départ de mon fils de 8 ans. Il m’a proposé de revenir à Paris avec ma famille et d’occuper auprès de lui un poste de chargé de mission, le temps de retrouver une affectation plus pérenne. Je « remontai » donc de Privas à Paris avec mon épouse Hélène et mes deux filles dont les âges encadraient l’âge de leur frère décédé. J’étais déjà plein d’amour et d’admiration pour mes deux filles, Isabelle et Alice, qui, comme leur frère, sont deux êtres extraordinaires, pleins de vie, d’intelligence, d’espoir et de volonté.
Ainsi, à partir de février/mars 1982, j’eus mon bureau à côté de celui de Raoul Rudeau et je lui apportai un concours plein de bonne volonté mais d’une efficacité relative, car j’avais toujours vécu loin des administrations centrales. L’Ardéche, c’était un peu la France deux. J’eus ainsi le grand plaisir de côtoyer quotidiennement Léon de Paulou Massât, ingénieur général des Ponts et Chaussées, lui aussi rempli de compétences, de dynamisme et de sens humain. Je me tenais informé auprès de la direction du Personnel des postes à pourvoir. Vers la mi-1982, je fis un séjour à l’hôpital. Ce fut sans doute le contrecoup physiologique du décès de notre fils. Vers le mois d’octobre, Raoul Rudeau me dit qu’il avait entendu parler d’un poste à pourvoir à la direction de l’Aménagement urbain de la mairie de Paris. J’avais également eu cette information de mon côté. Raoul Rudeau m’indiqua que si ce poste m’intéressait, il pourrait obtenir des rendez-vous pour moi auprès de Camille Cabana, alors Secrétaire général de la Ville et de Pierre-Yves Ligen, directeur de l’Aménagement urbain. Il avait connu ces deux personnes lorsqu’il était lui-même directeur général de l’Aménagement urbain à la mairie de Paris vers 1970-75. La fonction à pourvoir recouvrait le pilotage et la mise en œuvre des grandes opérations d’urbanisme de Paris. Cette fonction m’intéressait. Je rencontrai donc Philippe Rousselle, adjoint de Pierre-Yves Ligen, puis Pierre-Yves Ligen. Et nous nous mîmes d’accord sur les conditions et la date de prise de fonction : le 1 er décembre 1982. Plus tard, je me rendis compte que cette affectation permit à Raoul Rudeau de renouer un contact amical avec Camille Cabana et Pierre-Yves Ligen.
En décembre 1982, je pris donc mes fonctions à la tête de la « section des opérations d’aménagement » au sein de la direction de l’Aménagement urbain, fonctions que j’occupais jusqu’à 1985, année où je fus nommé directeur adjoint de cette même direction, dont le directeur fut Alain Grellety Bosviel de 1985 à 1994. J’ai passé auprès d’Alain Grellety Bosviel des années passionnantes. Je le remercie pour cette passion partagée et pour la confiance qu’il m’a témoignée. A son départ, en 1994, je fus nommé directeur de l’Aménagement urbain, et en 1996, directeur d’une direction élargie : la direction de l’Aménagement urbain et de la construction, fonction que j’assumais jusqu’à novembre 2001.
I
LES STRUCTURES DE LA MAIRIE DE PARIS EN MATIÈRE D’URBANISME EN 1982
L’organisation administrative générale de la Ville, à cette époque, en matière d’urbanisme était la suivante et découlait en partie de la loi d’orientation foncière du 30 décembre 1967 portée par Edgar Pisani alors ministre de l’Équipement :
L’Atelier parisien d’urbanisme (APUR) était l’agence d’urbanisme de Paris, créée en application de la loi d’orientation foncière du 30 décembre 1967. Son statut était et est toujours celui d’une association selon la loi de 1901. Ses missions étaient et sont d’effectuer des études dans les domaines de l’aménagement et de l’urbanisme. L’APUR fut créé vers 1971 et son premier directeur fut Pierre-Yves Ligen, membre du Conseil d’État. L’APUR comprenait également, au sein de son Conseil d’administration, des représentants de l’État et de la Région, dont il recevait des subventions, même si la participation de la Ville de Paris était majoritaire.
La direction de l’Aménagement urbaine, créée en 1977, était un service municipal. Pierre-Yves Ligen en fut le directeur, en même temps que directeur de l’APUR, de 1977 à 1985, date à laquelle il quitta les deux fonctions. Cette direction était peu nombreuse, une quarantaine de personnes, et ses missions étaient essentiellement de transformer les études menées par l’APUR en documents réglementaires (plan d’occupation des sols essentiellement) et en opérations d’urbanisme d’initiative communale.
La direction de la Constriction et du Logement qui avait pour missions : la politique de l’habitat et plus particulièrement du logement social, et en matière d’urbanisme : la politique foncière et l’instruction des demandes d’autorisation d’occupation du sol : permis de construire, de démolir, etc. Pierre-Yves Ligen essaya d’obtenir du maire de Paris le rattachement de la politique foncière à la direction de l’Aménagement urbain, ce qui était logique mais n’obtint pas gain de cause. Au sein de la direction de l’Aménagement urbain, deux sections ou bureaux étaient chargés des grandes opérations d’urbanisme.
A l’époque, les grandes opérations d’urbanisme à Paris étaient déjà réalisées sous le label juridique des “ zones d’aménagement concerté. ” Les “ zones d’aménagement concerté ” ou ZAC avaient été instituées par la loi d’orientation foncière du 30 décembre 1967 pour servir de cadre juridique, urbanistique et financier aux opérations d’urbanisme ou actions d’urbanisme. Pour l’essentiel, les ZAC concernaient, à petite ou grande échelle : soit l’aménagement de nouveaux quartiers sur des emprises libres ou mutables, c’est-à-dire réaménageables, soit la rénovation ou la réhabilitation de quartiers anciens très dégradés, soit une combinaison de ces deux formes. Depuis maintenant 35 ans, la procédure de zone d’aménagement concerté a été et reste une procédure essentielle en matière d’action d’urbanisme. L’autre procédure, intitulée “ le lotissement ”, est surtout utilisée dans les zones rurales ou les petites villes. Deux services s’occupaient donc des ZAC : celui dont j’ai pris la responsabilité en 1982 et qui intervenait, aux côtés de l’APUR, dans la conception des opérations d’urbanisme, c’est-à-dire des ZAC, dans la transformation des études en documents juridiques et opérationnels et dans le pilotage de la mise en œuvre de ces mêmes opérations et le bureau des opérations d’aménagement qui avait la charge, pour les mêmes opérations, des bilans financiers et des procédures de déclaration d’utilité publique. Cette répartition entre deux entités différentes n’était pas logique. Mais elle a finalement bien fonctionné pendant plusieurs années, avant que les deux composantes soient fondues au sein d’une même sous-direction de l’Aménagement, vers 1996-97.
Fin 1982, l’Atelier parisien d’urbanisme avait accompli, depuis sa création, et sous l’impulsion créatrice de Pierre-Yves Ligen, un travail considérable et de très grande qualité.
Il est impossible de parler des outils et politiques d’urbanisme sans évoquer le cadre législatif qui les fondent, même si ce cadre juridique peut paraître quelque peu aride.
II
LES GRANDES LOIS D’URBANISME DEPUIS 1960
La loi n° 67-1253 du 30 décembre 1967, dite “loi d’orientation foncière”, promulguée par le Président de la République de l’époque, le Général de Gaulle, a été le point de départ du droit de l’urbanisme en France, pendant plusieurs décennies.
Deux lois, en dates respectivement du 31 décembre 1975 et du 31 décembre 1976, ont ensuite apporté des réformes aux législations foncière et de l’urbanisme.
La grande loi n° 83-8 du 7 janvier 1983, qui a organisé la décentralisation et la répartition des compétences entre les communes, les départements, les régions et l’État, comportait des chapitres relatifs à la décentralisation au profit des communes et des maires des décisions relatives respectivement aux plans d’occupation des sols et aux permis de construire, qui étaient auparavant, pour l’essentiel, de la compétence de l’État.
La loi n° 85-729 du 18 juillet 1985, relative à “la définition et à la mise en œuvre de principes d’aménagement”, a notamment décentralisé au profit des conseils municipaux les décisions relatives à l’aménagement urbain, qui étaient auparavant de la compétence de l’État.
En dernier lieu, la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 “relative à la solidarité et au renouvellement urbains”, a modernisé le droit de l’urbanisme. Cette loi traite simultanément de l’urbanisme, de l’habitat et des déplacements. Elle a réformé en profondeur le cadre juridique qui, depuis la loi d’orientation foncière du 30 décembre 1967, s’appliquait pour l’élaboration des documents de planification urbaine et de réglementation du droit des sols en France.
Reprenons ces textes un à un.
La loi d’orientation foncières du 30 décembre 1967 avait défini les différents outils à la disposition de l’État et des collectivités locales pour planifier, dans le temps et dans l’espace, le développement des villes. Les cadres définis par cette loi sont restés, pour l’essentiel, valables jusqu’à la loi du 13 décembre 2000, loi dite “Solidarité et renouvellement urbains” qui a remodelé ces outils. Les outils créés par la loi du 30 décembre 1967, étaient principalement les suivants, en matière de planification urbaine :
Un schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme (SDAU), à vocation intercommunale au niveau d’une agglomération, mais qui pouvait éventuellement ne concerner qu’une seule commune, définissait sur les territoires intéressés les grandes orientations urbaines pour les 15-20 prochaines années. Il déterminait en particulier : la destination générale des sols, le tracé des grands équipements d’infrastructure, l’organisation générale des transports, la localisation des services et activités les plus importants ainsi que les zones préférentielles d’extension et de rénovation.
Ces orientations devaient être spatialisées , c’est-à-dire que le SDAU devait comporter des cartes exprimant des localisations de principe pour les orientations localisables. Dans le cadre du SDAU, deux modes d’intervention en matière de planification urbaine et d’aménagement urbain étaient prévus :
Le plan d’occupation des sols (POS), dont il faut parler au passé depuis la loi “Solidarité et renouvellement urbains” du 13 décembre 2000 qui a instauré le “plan local d’urbanisme”. Le POS fixait, dans le cadre des orientations du schéma directeur, les règles générales et les servitudes d’utilisation des sols. 11 définissait un cadre réglementaire destiné à assurer une harmonie d’ensemble à toutes les initiatives privées et publiques touchant à l’urbanisme et à la construction.
Dcans certains quartiers ou périmètres, le règlement d’urbanisme que constituait le POS pouvait ne pas être suffisant pour assurer un développement ou un renouvellement urbain harmonieux dans le cadre des lois des marchés foncier et immobilier. C’est le cas notamment de la réalisation de quartiers neufs sur de grandes emprises publiques ou privées disponibles. L’intérêt public qui s’attache à la conception d’ensemble de tels quartiers neufs implique en effet l’intervention de la collectivité communale.
De même, certains quartiers anciens ou îlots anciens peuvent, pour des raisons historiques ou sociales spontanées ou quelquefois du fait d’actions publiques inadaptées, avoir perdu leur équilibre et leur capacité à évoluer spontanément de façon harmonieuse dans le cadre du règlement d’urbanisme (POS) et des lois du marché. Ces déséquilibres peuvent provenir de la dégradation accentuée du parc des logements, d’une insuffisance du réseau des équipements publics, de difficultés sociologiques, etc. Dans ces quartiers, la situation critique implique une intervention de la collectivité communale au titre du renouvellement urbain (renouvellement de la ville sur elle-même). Ainsi, dans certains périmètres ou quartiers, la collectivité communale doit elle-même devenir actrice du renouvellement urbain.
Les outils législatifs mis en place pour permettre aux communes d’assumer cette fonction d’actrice du renouvellement urbain sont variés :
Le processus de zone d’aménagement concerté (ZAC), créé par la loi du 30 décembre 1967, constitue un outil essentiel en la matière pour que la commune puisse bien maîtriser ses actions d’urbanisme. La zone d’aménagement concerté a donné lieu, en particulier à Paris, à des débats dogmatiques : à certaines périodes, il y avait les “anti-ZAC” et les “pro-ZAC”. En réalité, la question n’est pas celle de la forme juridique mais celle du contenu concret qu’on lui donne, c’est-à-dire de la politique d’urbanisme qu’elle sert à exprimer et à concrétiser. D’ailleurs, la loi du 13 décembre 2000 n’a pas supprimé la zone d’aménagement concerté. J’ai, pour ma part, pu constater, à l’expérience, le très large éventail d’actions urbaines que le processus de zone d’aménagement concerté permet de mettre en œuvre : des quartiers entièrement neufs jusqu’aux actions les plus fines et les plus nuancées de réhabilitations urbaines de quartiers anciens, immeuble par immeuble. Au demeurant, le législateur aurait peut-être pu profiter de la loi du 13 décembre 2000 pour modifier les mots utilisés, afin d’accréditer définitivement l’idée que la ZAC n’exprime pas un contenu ou une volonté d’urbanisme mais constitue un cadre formel qui peut porter de nombreuses formes d’actions urbaines. A l’intérieur du périmètre d’une ZAC, le droit des sols ou plan d’urbanisme pouvait être, après la loi de 1967, soit le POS, soit un règlement d’urbanisme à la carte : le plan d’aménagement de zone (PAZ). La loi du 13 décembre 2000 a supprimé cette alternative: dorénavant le règlement d’urbanisme applicable dans toutes les ZAC sera le règlement du plan local d’urbanisme.
La déclaration d’utilité publique, régie par l’ordonnance n° 58-997 du 23 octobre 1958, peut être utilisée soit en complément souvent indispensable de la ZAC, soit seule. Elle a pour objet de permettre à la commune ou à son mandataire, de s’approprier des terrains ou biens immobiliers dans un but d’intérêt public. En matière d’actions urbaines, la déclaration d’utilité publique ne peut être utilisée seule qu’à l’intérieur de périmètres restreints ; en effet, elle n’inclut pas, contrairement au processus de ZAC, l’outil nécessaire au remembrement foncier urbain.
L’Opération programmée d’amélioration de l ’ habitat ( 0PAH ) est un processus selon lequel l’Agence nationale pour l’amélioration de l’habitat apporte des aides techniques et financières, aux propriétaires bailleurs principalement, pour les inciter à réhabiliter l’habitat ancien.
Le lotissement est aussi un mécanisme d’opération d’urbanisme. A la base, il s’agit d’une procédure foncière : découpage d’une unité foncière en plus de deux lots en vue de l’urbanisation. Mais le découpage foncier en vue de bâtir est, de fait, un processus urbain. A Paris, le processus du lotissement a été relativement peu utilisé car il est peu adapté aux actions urbaines en ville dense. Il a été utilisé en complément du label « programme d’aménagement d’ensemble » (PAE) surtout par des opérateurs privés : reconversion des terrains anciennement propriété de la Société française de Production, SFP, près du parc des Buttes-Chaumont et de la rue des Alouettes, et des emprises antérieurement occupées par l’Office central pharmaceutique, OCP, entre la darse du Fond du Rouvray et la rue des Ardennes, ainsi que le terrain d’un ancien dépôt de bus, RATP, entre la rue du Hainaut, l’avenue Jean-Jaurés et la rue Petit, dans le 19 e arrondissement. Le «programme d’aménagement d’ensemble» permet à la commune de percevoir une participation financière du lotisseur qui soit la plus ajustée et qui se substitue à la perception, plus normalisée, de la taxe locale d’équipement.
Cette liste des processus et outils opérationnels n’est pas exhaustive. Tout d’abord, parce que la période dont je parle, 1982-2001, a été, pour l’essentiel, antérieure à la promulgation de la loi «Solidarité et renouvellement urbains » du 13 décembre 2000. Et donc les nouveaux outils créés par cette loi n’ont pas eu d’effet sur la période antérieure. Et aussi parce que d’autres outils relatifs aux quartiers (résorption de l’habitat insalubre, loi Vivien... ) sont très spécifiques et concernent des traitements d’insalubrités locales.
La loi n° 75 — 1328 du 31 décembre 1975 a notamment créé le droit de préemption, c’est-à-dire une priorité d’achat en cas de mise en vente d’un bien, au bénéfice de la commune, applicable à des biens immobiliers répondant à certains critères, dans les zones urbaines des POS des communes de plus de 10 000 habitants. Ce droit de préemption ne pouvait être exercé que pour la création d’espaces verts publics, la réalisation de logements sociaux ou d’équipements collectifs, la restauration de bâtiments ou la rénovation de quartiers, ou la constitution de réserves foncières.
La loi n° 76 — 1285 du 31 décembre 1976 a apporté quelques compléments et modifications au code de l’urbanisme, sans modifier substantiellement les dispositions légales de 1967.
La loi n° 83 — 8 du 7 janvier 1983 sur la décentralisation, et « relative à la répartition des compétences entre les communes, les départements, les régions et l’État », a organisé la décentralisation d’importantes décisions en matière de documents d’urbanisme : le schéma directeur, antérieurement approuvé par l’État, est devenu de la compétence de l’établissement public de coopération intercommunale concerné, ou du conseil municipal, en cas de schéma directeur sur une seule commune et le plan d’occupation des sols est passé sous la responsabilité de la commune. Le conseil municipal est donc devenu compétent pour l’approbation du POS, moyennant l’obligation d’associer l’État notamment.
La loi n° 85 — 729 du 18 juillet 1985, « relative à la définition et à la mise en œuvre de principes d’aménagement » a complété de manière substantielle la législation relative aux « actions ou opérations d’aménagement ». Elle a en particulier défini ces actions ou opérations en énonçant leurs objets, ainsi que l’aménagement lui-même. Cette loi a aussi, pour la première fois, instauré une obligation légale et formelle de concertation préalable à certaines décisions d’urbanisme, telles que la création d’une zone d’aménagement concerté, ou toute opération d’aménagement d’une importance significative. Cette concertation doit associer, pendant toute la durée de l’élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées. Elle a aussi prolongé et complété la loi de décentralisation de 1983 en transférant au conseil municipal des compétences antérieurement attribuées à l’État, à la condition toutefois que la commune soit dotée d’un plan d’occupation des sols approuvé : la délimitation du périmètre, c’est-à-dire la création, d’une zone d’aménagement concerté, ainsi que l’approbation du plan d’aménagement de zone, c’est-à-dire du plan d’urbanisme de détail.
Ainsi, je suis entré à la direction de l’Aménagement urbain de la mairie de Paris à une époque où la quasi totalité des décisions permettant de maîtriser l’urbanisme ont été transférées de l’État aux communes.
Je n’évoquerai pas ici en détail les termes de la loi du 13 décembre 2000, loi “relative à la solidarité et au renouvellement urbains”, car elle a été promulguée peu avant le terme de la période abordée dans ce livre. Elle a réformé en profondeur les outils de planification urbaine et de réglementation du droit des sols dans notre pays. D’autres que moi ont pour mission de la mettre en œuvre.
III
UN URBANISME PLUS RESPECTUEUX DE PARIS
En 1982, l’Atelier parisien d’urbanisme avait considérablement travaillé dans le cadre législatif de 1967. L’APUR a d’abord établi un schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme (SDAU) pour Paris. Ce SDAU, approuvé par décret du 17 mars 1977, c’est-à-dire par les autorités de l’État, était un document tout à fait exceptionnel à l’époque et ensuite pendant de nombreuses années, par sa qualité, par la clarté des orientations qu’il exposait, sa lisibilité par les professionnels comme par les associations et le grand public — me semble-t-il. Il exprimait une politique d’urbanisme résolument novatrice pour Paris.
Il faut rappeler que pendant les deux ou trois décennies précédentes, l’évolution urbaine de Paris, à l’image de la politique d’urbanisme au plan national, a été marquée par l’avènement des “tours” et des “immeubles barres” et, dans certains quartiers anciens, par la politique de la“table rase” pour faire de la place aux tours et aux immeubles barres. C’est de cette époque que datent de nombreux grands ensembles de tours et de barres en France, l’un des objectifs étant alors de construire, mais à quel prix social et culturel, le plus grand nombre possible de logements et le plus rapidement possible. A Paris, cette période a été marquée notamment par les opérations brutales de “rénovation urbaine” du quartier Italie (13 e ), des abords de la place des Fêtes (19°), du quartier Saint-Blaise (20 e ), de quartiers proches de la gare Montparnasse (abords des rues de Plaisance et Vandamme) et d’autres. L’opération du Front-de-Seine - Beaugrenelle, dans le l5 e arrondissement, fait également partie de cette génération d’interventions urbaines. Sur le versant positif de cet urbanisme de tours, il faut placer la construction du quartier d’affaires de la Défense, qui a sans doute évité la démolition du centre tertiaire traditionnels de Paris (2 e et 8 e arrondissements.)

Le schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de 1977
Le SDAU de Paris approuvé en mars 1977 rompait délibérément avec cet urbanisme, qualifié, à juste titre, de brutal et de déstructurant. Brutal parce qu’il faisait table rase, au sens propre, de l’intégralité du passé. Déstructurant parce que le rattachement de ces nouveaux quartiers de tours et de barres à l’histoire et au reste de Paris était très ténu et même souvent inexistant. Au contraire, le SDAU de Paris imposait un respect systématique d’un plafond général de hauteur pour les constructions neuves, pour l’essentiel, de 25 mètres dans le centre élargi de Paris, de 31 mètres dans les arrondissements dits périphériques. Cette clause paysagère était en cohérence avec l’histoire de Paris, avec son caractère paysager dominant, elle en découlait. Le SDAU de Paris comportait beaucoup d’autres orientations novatrices par rapport à la période précédente et fortement affirmées. On peut citer : le principe de construction à l’alignement des rues, en îlots, conformément là aussi, à l’histoire de Paris, au fil des siècles, y compris à la fin du 19 ème siècle, lorsque le baron Haussmann rénovait Paris. Sur le plan paysager toujours, l’imposition d’un gabarit parisien, avec des niveaux supérieurs en retrait. La recherche d’un bon équilibre, globalement dans Paris et localement dans les quartiers, entre les fonctions d’habitat, de travail, d’équipements publics, et au sein de l’emploi, entre les fonctions tertiaires et le maintien de fonctions de production. L’affirmation de cet équilibre, qui se traduisait, en fait, par une très forte priorité donnée à l’habitat, contrairement à la période précédente où les programmes de bureaux s’étaient beaucoup multipliés dans Paris, répondant à la demande forte du marché dans ce domaine. La localisation des principales opérations publiques d’aménagement à engager à moyen et long termes, principalement sur des emprises publiques mal utilisées.
Les programmes de ces opérations publiques n’étaient pas précisés, car ce n’était pas l’objet du SDAU. Mais des orientations étaient fortement affirmées :
. Favoriser la mixité des fonctions habitat — emploi — vie locale avec priorité à l’habitat.
. Favoriser également la mixité sociale des logements, afin de répondre à la diversité des besoins et en privilégiant les logements sociaux qui ne peuvent voir le jour que par l’initiative publique.
. Intégrer les quartiers nouveaux à leur environnement, notamment en prolongeant le maillage viaire existant.
. Inclure les équipements publics et les jardins publics nécessaires non seulement aux habitants des logements à réaliser, mais aussi aux habitants des quartiers voisins.
. Privilégier, beaucoup plus que par le passé, la réhabilitation des quartiers anciens plutôt que leur démolition brutale ou progressive.
. Développer les transports collectifs afin de réduire progressivement l’usage de l’automobile et d’offrir de bons services de déplacements aux Parisiens et corrélativement abandonner la politique de création de voies rapides urbaines nouvelles.

Le SDAU de Paris a été abrogé par le Conseil de Paris, devenu compétent à son égard, par délibération du 25 janvier 1993. Au moment de cette abrogation, ce document comportait encore de nombreuses orientations qui restaient d’actualité, même si près de 20 ans après son approbation, certaines dispositions avaient vieilli. C’est en fait à la suite du contentieux administratif relatif au projet de ZAC de la porte Maillot, dont je reparlerai, que cette décision d’abrogation a été prise. Si les grandes qualités de ce SDAU étaient manifestes, il faut toutefois souligner dès à présent un déséquilibre, qui restera chronique ultérieurement dans la quasi totalité des études de l’APUR, en tout cas pour la période dont je parle 1982—2001, entre les études et réflexions paysagères, particulièrement approfondies et les analyses sociales et sociologiques beaucoup plus pauvres. Le renouvellement urbain sous toutes ses formes, même les plus progressives et douces, a un coût social et culturel qu’il importe d’inclure dans les facteurs de décision.

Le plan d’occupation des sols de 1977
Le premier plan d’occupation des sols de Paris, qui a succédé au plan directeur de Paris, a été élaboré pour l’essentiel par l’Atelier parisien d’urbanisme et approuvé par arrêté préfectoral du 28 février 1977. Ce règlement d’urbanisme exprimait dans le détail les orientations du SDAU. Il a fait l’objet d’une révision générale aboutie en 1989 et d’une révision partielle aboutie en 1994. Mais l’économie générale du document d’origine aura servi pendant plus de 25 ans — jusqu’à l’approbation du règlement du nouveau plan local d’urbanisme — à délivrer les permis de construire et de démolir sur l’essentiel de Paris.
Comme tout document de cette nature, à l’expérience, le POS de Paris de 1977 présentait des qualités et des défauts. Parmi ces derniers, je souhaite souligner que ce POS, même s’il prévoyait des dispositions particulières pour certains quartiers spécifiques (telle la zone couvrant et protégeant les anciens lotissements pavillonnaires), a été conçu dans le cadre d’une vision globale et relativement homogène de Paris, au moins par grandes zones. Les règles applicables, par exemple, à la construction de logements neufs, qu’il s’agisse des règles de densité, d’affectation ou d’insertion visuelle, étaient à peu près les mêmes sur tout Paris. Cette approche globalisante et privilégiant la cohérence d’ensemble péchait néanmoins par une prise en compte très insuffisante de la diversité des quartiers parisiens, en termes d’histoire, de paysage urbain, de sociologie, etc. D’où la demande croissante, à partir de 1985-1990, en faveur de documents d’urbanisme plus locaux, prenant davantage en compte les particularités fortes de certains quartiers.
Le futur « plan local d’urbanisme » devra trouver une réponse adéquate à ce nécessaire équilibre entre la prise en compte des spécificités de nombreux quartiers et le souci de cohérence d’ensemble, y compris la cohérence urbaine de part et d’autre des limites communales entre Paris et les communes voisines.

Passage à une rénovation urbaine plus respectueuse de Paris
L’Atelier parisien d’urbanisme a aussi, toujours sous l’égide de Pierre-Yves Ligen, étudié et provoqué l’infléchissement d’opérations de rénovation urbaine déjà lancées selon les orientations d’urbanisme appliquées antérieurement. Ainsi, la rénovation du quartier dit “des Amandiers”, situé de part et d’autre de la rue des Amandiers, était engagée. Le bâti ancien avait déjà été démoli. Le plan d’aménagement initial, qui prévoyait des tours et des barres a été sensiblement infléchi dans le sens des orientations du nouveau schéma directeur : hauteur d’immeubles de d’ordre de 30 mètres, reconstruction d’îlots bâtis à l’alignement des rues et prolongation, dans le périmètre rénové, du maillage des rues environnantes. Le résultat de cette rénovation que l’on peut voir en cheminant dans le quadrilatère formé par le boulevard de Ménilmontant, les rues de Ménilmontant, Sorbier et l’avenue Gambetta est très imparfait. Mais le quartier est tout de même plus à échelle humaine que les quartiers de tours. C’était en somme un retour à la typologie urbaine qui a marqué la fin du 19 e siècle. L’un des problèmes majeurs était la disparition quasi totale du bâti antérieur et donc l’absence de référence au passé. Ces démolitions étaient antérieures à la période évoquée dans ce livre.
Dans le quartier dit Saint-Biaise, situé aux abords des rues Saint-Blaise, des Orteaux, Vitruve et du boulevard Davout, une opération de rénovation urbaine était en cours depuis de nombreuses années. La rénovation de ce quartier a été l’une des plus violentes de Paris. Je n’ai pas connu les quartiers antérieurs. Mais une chose est sûre : ils ont absolument disparu et cédé la place à un urbanisme de tours et de barres qui marquent violemment le paysage parisien et qui comportent une forte concentration de logements sociaux. Seul un secteur géographique limité n’était pas engagé entre les rues Saint-Biaise, du Clos, Courat et Vitruve. Le projet initial a donc pu être totalement effacé dans ce périmètre et remplacé par un tissu urbain d’échelle plus mesurée et d’organisation plus humaine. Les réalisations découlant de cet infléchissement correspondent au square de la Salamandre et aux constructions édifiées autour et aux abords de ce square. Je me souviens avec quel soin et quelle ténacité Pierre-Yves Ligen dialoguait avec les constructeurs et les architectes. Il laissait à chacun un champ de liberté et de créativité mais était très vigilant sur la qualité et l’harmonie d’ensemble. La même méthode a été mise en œuvre dans le quartier rénové du bas Belleville, entre le boulevard de Belleville et les rues des Couronnes, Bisson, de part et d’autre de la rue de Pali-Kao. Je n’ai pas connu le tissu bâti ancien dans ce quartier qui a été rasé.
Les années 1982 à 1985 ont été marquées par le lancement du plan-programme de l’est de Paris de 1983 et par le lancement de plusieurs grands chantiers voulus par le Président de la République de l’époque. Le plan-programme de l’est de Paris a été une idée extraordinairement forte. J’ignore qui, parmi les fonctionnaires municipaux de l’époque, a fait naître ou contribué à faire naître l’idée. Les élus ont bien entendu eu une part importante dans l’idée et dans la décision. Outre le maire de Paris, il est certain que Camille Cabana, Pierre-Yves Ligen et Bernard Rocher, alors Adjoint au maire de Paris chargé de l’urbanisme, ont été des acteurs de premier plan dans ce défi. Ce plan-programme a influencé pendant de nombreuses années l’urbanisme de Paris. J’y reviendrai donc longuement plus loin.

Les grands équipements de l’État
S’agissant des grands projets de l’État, c’est à cette époque que se sont concrétisés plusieurs d’entre eux.
Le Président de la République attachait une importance particulière à la réalisation du Grand Louvre, projet qui prévoyait notamment : la libération des ailes occupées par le ministère des Finances, l’amélioration et la rationalisation de l’accueil des visiteurs par la création d’un espace central d’accueil et la rénovation intérieure et extérieure de l’ensemble du musée.
La décision prise par l’État, en plein accord avec la Ville de Paris, de transférer le ministère des Finances dans l’est de Paris, à Bercy, a été très courageuse. En effet, jusqu’alors tous les grands organes de décision de l’État dans Paris étaient situés dans l’ouest ou le centre de la ville. Cette décision d’implantation à Bercy a, d’une certaine manière, marqué le coup d’envoi du rééquilibrage de Paris vers l’est. Je me souviens de séances de travail techniques et épiques dont les principaux protagonistes étaient Pierre-Yves Ligen pour la Ville de Paris et le directeur de l’urbanisme pour l’État. L’État avait en effet besoin de la Ville pour construire les bâtiments nouveaux du ministère des Finances. Le projet architectural retenu, conçu par Paul Chemetov, n’entrait en effet pas dans les volumes et hauteurs définis par le plan d’occupation des sols. Il fallait donc modifier ce dernier. L’autorité compétente pour cette modification était, depuis la loi de décentralisation du 7 janvier 1983, le conseil municipal, après enquête, sauf usage très exceptionnel d’une procédure d’État passant au-dessus du pouvoir communal. Cette mise au point fut une négociation ardue : sur la hauteur en particulier, sur l’insertion dans l’environnement. La conception dans Paris d’un bâtiment unique de plus de 150 000 mètres carrés de plancher est une gageure. La procédure utilisée pour modifier le POS fut celle du secteur de plan masse. Elle est peut-être contestable. En effet, le code de l’urbanisme définit “le secteur de plan masse” comme étant un règlement sculpté à l’intérieur du règlement du POS, en termes de règles de volumétrie et d’architecture. C’est donc un règlement plus précis mais non plus large que le POS. Dans le cas présent, les règles nouvelles étaient beaucoup plus généreuses que le POS : une cinquantaine de mètres de hauteur contre une trentaine de mètres de plafond du POS, des façades verticales sans retrait au sommet, etc. Mais l’enquête publique s’est bien déroulée, le commissaire-enquêteur donna un avis favorable et aucun recours contre les procédures ne fut déposé, en tout cas pas à l’égard de la modification du droit des sols.
D’autres grands équipements de l’État furent construits dans des conditions juridiques similaires : le projet de Carlos OTT, retenu pour l’Opéra Bastille, ne respectait pas les règles du POS. Celles-ci furent donc adaptées dans l’emprise de l’Opéra, par la mise au point d’un “secteur de plan masse” peut-être également contestable dans la mesure où, au lieu d’ajouter des règles architecturales à celles du POS, les nouvelles règles dérogèrent à celles du POS, en particulier en ce qui concerne la hauteur. Certains grands équipements de l’État réalisés à Paris entre 1980 et 2000 pâtirent, me semble-t-il, d’un délai trop court laissé aux concurrents des concours d’architecture pour concevoir leurs propositions. Les calendriers étaient souvent très serrés. Lorsque les architectes bénéficient d’un délai trop court pour étudier le projet, la qualité des propositions remises dans le cadre du concours en pâtit. C’est à cette époque aussi qu’a démarré le réaménagement des emprises de la Villette, avec tous les grands équipements qui y prirent place. M. Dclouvrier, qui a si fortement marqué l’aménagement de la Région parisienne, présidait l’Établissement public de la Villette. L’élaboration et l’avancement de tous ces grands projets de l’État donnaient lieu à des débats passionnés entre l’État et la Ville. La Ville de Paris, par l’intermédiaire de ses représentants élus ou non, a eu un comportement très constructif, même si parfois elle regrettait d’être tenue à l’écart lors de phases décisives.
IV
À L’EST, DU NOUVEAU : UN GRAND PROJET POUR PARIS

Le plan-programme en faveur des arrondissements de l’est
L’idée de mettre au point un plan-programme pour l’est de Paris a donc germé dans certains esprits en 1982-1983. L’objet était d’établir un outil de planification urbaine, disons plus simplement, un document de prévision. Il s’agissait de réunir dans un même document un certain nombre de projets d’opérations d’urbanisme, de projets d’équipements publics concernant les arrondissements de l’est de Paris. Depuis longtemps, pour des raisons que les historiens ont développées, l’est de Paris était moins favorisé que l’ouest. L’est et le nord de Paris ont toujours abrité des couches plus populaires. L’habitat y était souvent dégradé. Les espaces publics y sont de moins bonne qualité que dans le reste de Paris. L’emploi y était nettement moins développé que dans l’ouest et le centre de Paris. En effet, l’est, traditionnellement plus industriel, a été davantage marqué par le déclin des activités de production. L’implantation des bureaux y était modeste, contrairement au « triangle d’or » et au centre. Je parle à l’imparfait car aujourd’hui, la situation de l’est de Paris a sensiblement évolué par rapport au début des années 1980. Les actions conjointes de la Ville et de l’État ont porté des fruits et le rééquilibrage de Paris vers l’est a été très sérieusement engagé.
Rééquilibrage ne signifie pas ressemblance ou identité. L’est de Paris a ses spécificités. Ou plus exactement les quartiers de l’est de Paris ont chacun leurs spécificités et leurs richesses. De même que Paris est riche de sa diversité, de même chaque quartier, sans exception je crois, est riche de ses propres spécificités. L’est de Paris possédait aussi diverses emprises publiques ou privées qui avaient vocation à évoluer du fait de leur occupation peu dense par des activités qui disparaissaient peu à peu. Le plan-programme de l’est de Paris avait donc pour objet de dresser, dans un cadre global et cohérent, une carte et un programme d’actions municipales localisées. Le travail de mise au point de ce plan programme a été réalisé par l’Atelier parisien d’urbanisme, avec l’aide des directions municipales, chacune pour ce qui la concernait : écoles, crèches, jardins publics, etc. Pierre-Yves Ligen était le chef d’orchestre administratif de cet ensemble. Depuis 1977, il était non seulement directeur de l’APUR, mais aussi directeur de l’Aménagement urbain. Le travail a été conduit d’arrache-pied en six mois. Il n’a été possible que grâce à toutes les études d’aménagement que l’Atelier parisien d’urbanisme avait menées au cours des dix années précédentes et qui concernaient des sites réaménageables. Cette somme d’études préalables a trouvé là un vecteur d’expression et de valorisation.
La question s’est posée de savoir sous quelle forme le Conseil de Paris serait saisi de ce plan-programme : sous forme de délibération formelle d’approbation ou de communication sans approbation. C’est la deuxième formule qui a été retenue et le Conseil de Paris en a débattu lors de sa séance du 28 novembre 1983. Ce plan-programme contenait déjà en germe un nombre considérable d’actions publiques qui se sont concrétisées sur le terrain au cours des vingt années qui ont suivi : qu’il s’agisse d’opérations d’urbanisme complexes ou de la réalisation d’équipements publics plus ponctuels. La direction de l’Aménagement urbain de l’époque a apporté un concours à ce travail mais un concours limité. La prééminence de l’APUR dans les forces municipales en matière d’urbanisme était très forte. Je me souviens d’avoir entendu maintes fois à cette époque et pendant encore plusieurs années des personnels de la direction de l’Aménagement urbain se plaindre de cette omniprésence de l’APUR sur tous les dossiers, petits ou grands. La répartition des forces a ensuite beaucoup évolué. Selon une expression de mise dans les ateliers d’architectes et qui l’était aussi à l’Atelier parisien d’urbanisme, la mise au point de ce plan-programme de l’est de Paris fut une «charrette », c’est-à-dire un travail très intense et de durée courte eu égard à l’importance de la tâche. Nicolas Politis, qui était l’adjoint de Pierre-Yves Ligen à l’APUR, a beaucoup contribué à cette épopée.
Le plan-programme de l’est de Paris était un document indicatif de planification. Il n’était pas un document d’urbanisme, et a fortiori pas un document opposable au tiers. Il s’apparentait un petit peu aux anciens « plans de modernisation et d’équipement» inventés pour les villes par le Commissariat au Plan il y a 30 ou 40 ans, lorsque la planification tenait une place importante en France. Ce fut, d’une certaine manière, une ardente obligation pour la Ville de Paris. Mais toutes les qualités de ce document ne peuvent occulter un défaut substantiel : l’insuffisance, pour ne pas dire l’absence de volet sociologique et social. L’importance du logement social, de la mixité sociologique des quartiers, de la réhabilitation du parc ancien était déjà soulignée. Mais je me souviens d’avoir, à l’époque, posé une question au cours d’une des réunions sur ce sujet « Combien ce programme entraîne-t-il de relogements à effectuer ? » La réponse avait été évasive. Comme j’étais là depuis à peine 6 mois, je n’ai pas insisté. Mais ce point me préoccupait. Le plan-programme parlait de nombreuses constructions, d’équipements publics et de logements. Mais l’analyse des démolitions envisagées, des problèmes correspondants de relogement avait été très insuffisante. Le renouvellement urbain qui est une nécessité, une réalité, représente une charge sociale, une charge culturelle importantes. Ce manque a marqué le plan-programme de l’est de Paris et a conduit à des impasses sur certains projets sensibles concernant des quartiers anciens. Une fois que le Conseil de Paris eut délibéré sur ce plan-programme, il fallut passer aux actes, c’est-à-dire à la concrétisation progressive des projets. Et j’ai eu alors le bonheur de participer très activement à la mise au point et ensuite à la mise en œuvre de nombreuses réalisations d’urbanisme.

L’Atelier parisien d’urbanisme pilotait les études mais des études ne suffisent pas pour réaliser un nouveau quartier. La direction de l’Aménagement urbain, dont le directeur était, je le rappelle, Pierre-Yves Ligen, devait transformer ces études en documents d’urbanisme, dans le respect des règles de forme édictées par le code de l’urbanisme, c’est-à-dire le recueil des textes français législatifs (articles en L) et réglementaires (articles en R). Les textes législatifs, c’est-à-dire les lois, sont de la compétence du Parlement. Les textes réglementaires, c’est-à-dire les décrets, sont de la compétence du pouvoir réglementaire, c’est-à-dire du Gouvernement. Le code de l’urbanisme français a toujours été fort complexe. Probablement est-ce dû largement au fait que l’urbanisme est situé à l’interface entre l’intérêt privé, c’est-à-dire le droit de disposer d’un bien foncier ou immobilier, et l’intérêt public. J’ai toujours trouvé incroyable que ce soit les mêmes lois et les mêmes décrets qui, pour l’essentiel, s’appliquent à toutes les communes de France, qu’elles comptent 200, 200 000 ou 2 millions d’habitants. Le principe de l’égalité de tous devant la loi peut conduire à des anomalies.
Donc nous devions transformer en « zones d’aménagement concerté » les études de l’APUR. Le dossier de ZAC comprenait : un acte de “création” qui consiste, en gros, à arrêter un périmètre et à affirmer que la commune va réaliser une opération d’urbanisme dans ce périmètre et un plan d’urbanisme (“plan d’aménagement de zone”), relativement détaillé exprimant, sous la forme d’un document graphique et d’un règlement d’urbanisme, le plan du futur quartier à réaliser. Le dossier faisait l’objet de trois étapes principales, schématiquement : Le Conseil de Paris devait d’abord arrêter le projet de création et de plan d’aménagement ; le plan d’urbanisme était ensuite soumis à enquête publique pour que la population puisse en prendre connaissance et formule ses observations. Enfin, le dossier revenait devant le Conseil de Paris avec les résultats de l’enquête publique, en vue de l’approbation finale de la « création » d’une part, du plan d’urbanisme d’autre part. Avant la loi du 18 juillet 1985, il n’y avait pas d’obligation légale de concertation avec la population lors de la phase amont des études. Avant cette loi, également, c’était le Préfet du département de Paris qui était compétent pour créer la ZAC et approuver son plan d’urbanisme d’une part, prononcer la déclaration d’utilité publique d’autre part, lorsque celle-ci était nécessaire pour permettre l’achat de terrains ou immeubles privés. Le code de l’urbanisme, à cette époque, offrait deux possibilités pour définir le plan d’urbanisme, c’est-à-dire le droit attaché au sol, à l’intérieur du périmètre d’une ZAC : soit, comme cela est indiqué plus haut, établir un plan d’urbanisme à la carte dans ce périmètre, soit appliquer purement et simplement les règles du plan d’occupation des sols de la commune.
De nombreux opposants à certaines opérations d’urbanisme, y compris des opposants systématiques aux ZAC, critiquaient l’usage quasi systématique par la Ville de Paris de la première possibilité, au motif que celle-ci aurait consisté à instaurer, dans certains périmètres, un urbanisme dérogatoire aux règles du plan d’occupation des sols général de Paris. En réalité, cette critique n’était que partiellement fondée (à l’exception notoire de la ZAC Paris-Rive gauche dans le 13 e arrondissement, où c’est volontairement que certaines règles du POS ont été remplacées.) L’esprit du POS de Paris a été largement respecté dans la plupart des ZAC, sauf à Paris-Rive gauche. L’élaboration d’un plan d’urbanisme spécifique avait pour but principal de détailler beaucoup plus les dispositions à mettre en œuvre que le POS ne l’aurait permis. Ainsi le plan de détail engageait beaucoup plus profondément la commune que l’application pure et simple du POS ne l’aurait fait. Le POS était en effet très général. Par ailleurs, une part importante des terrains à aménager était propriété de la SNCF et inconstructibles au POS pour autre chose que des installations ferroviaires. Le fait de rendre ces emprises constructibles impliquait, pour plus de transparence et de lisibilité, que les habitants puissent se prononcer sur un plan de détail.
Mon propos n’est pas ici de faire une présentation systématique de toutes les opérations d’urbanisme engagées à cette époque, mais d’en évoquer quelques unes. Plusieurs d’entre elles ont été réalisées sur des emprises qui appartenaient à la SNCF : gare de Reuilly (12 e ), Évangile (18°), Chevaleret-Jeanne d’Arc (13 e ), Corbincau-Lachambeaudie (12 e ).

Le quartier de l’Évangile (18 e arrondissement)
La ZAC de l’Évangile a conduit à réaliser, à proximité de la place Hébert et de la rue de l’Évangile, dans le nord du l8 e arrondissement, un ensemble de 800 logements environ, 12.000 m 2 de plancher de locaux d’activités, un jardin public de 5 300m 2 et différents équipements publics de voisinage. Le Préfet de Paris, après avis favorable du Conseil de Paris, a approuvé les caractéristiques de ce petit quartier en 1985.
Les aspects positifs de cet aménagement sont notamment : la réalisation de logements sociaux, d’un jardin public de quartier et d’équipements de voisinage ; des hauteurs de construction modérées et d’échelle parisienne, alors que ce quartier est marqué par la présence de tours ; des mesures tenant compte de la proximité des voies ferrées : des logements largement mono-orientés, avec des pièces secondaires du côté des voies ferrées ; des rues aujourd’hui en impasse, mais qui demain pourront être prolongées si le quartier s’étend encore sur les emprises ferroviaires.
Parmi les aspects négatifs, il en est un qui est grave : tous les logements édifiés dans ce périmètre ont été des logements sociaux. Soit des logement sociaux de type HLM, ou PLA (prêt locatif aidé), soit des logements aidés de catégories intermédiaires : prêts conventionnés locatifs, prêts locatifs intermédiaires,... Aucun logement non aidé n’y a été réalisé. Cet éventail sociologique étroit, centré sur le logement social, n’était peut-être pas le meilleur parti pour un quartier déjà fortement densifié en logements sociaux. Les qualités environnementales relatives de ce nouveau petit quartier ne peuvent suffire à compenser ce déséquilibre sociologique. Aucune des autres opérations d’urbanisme d’une certaine importance qui ont suivi n’a présenté cet inconvénient, dans la mesure où chaque fois le nombre de logements à construire était réparti en trois parts : une part de logements sociaux (HLM, PLA), une part de logements aidés à loyer intermédiaire c’est-à-dire situé entre un loyer social et un loyer libre, une part de logements non aidés.

Le périmètre de la zone d’aménagement concerté dite « de l’Évangile » dans le 18 e arrondissement

La zone d’aménagement concerté « Manin-Jaurès » dans le 19 e arrondissement
Lorsque les anciens abattoirs de la Villette eurent disparu au profit de plusieurs grands équipements : le parc de la Villette, la Cité des sciences et de l’industrie, le Conservatoire national de musique etc., le raccordement ferré qui existait entre la rue André Danjon et l’avenue Jean-Jaurês, aux abords de la porte de Pantin, était devenu inutile. Cette voie ferrée desservait en effet les abattoirs. Cette emprise linéaire d’environ un kilomètre de longueur appartenait à la Ville de Paris. En 1982-83, une étude de réutilisation de cette emprise était dans les cartons de l’APUR. Cette étude fut affinée et transformée en un plan d’urbanisme de détail. Ainsi naquit la zone d’aménagement concerté “Manin-Jaurès”, du nom de deux rues voisines importantes : l’avenue Jean-Jaurès et la rue Manin.
Le parti fut pris par Pierre-Yves Ligen, d’organiser cette opération d’urbanisme autour d’une grande promenade linéaire d’un kilomètre de long, qui serait piétonne et qui joindrait le parc des Buttes-Chaumont et le nouveau parc de la Villette. Quelques emprises privées furent acquises et jointes à l’ancien tracé ferroviaire. La promenade n’occupe qu’une partie de l’emprise anciennement ferroviaire. En bordure sud de ce mail piétonnier, entre la rue d’Hautpoul et la rue Petit, un ensemble d’environ mille deux cents logements fut édifié, de catégories diversifiées : sociale, intermédiaire, non aidée, comme la règle en avait été fixée. Entre la rue d’Hautpoul et la rue André Danjon, la promenade linéaire a été bordée de logements et de locaux destinés à accueillir des emplois. Des équipements municipaux ont également pris place dans cet aménagement, notamment un collège. Le principe de la réalisation de cette opération d’urbanisme et son périmètre ont été décidés par arrêté du Préfet de Paris en 1986 et le plan d’urbanisme de détail a été approuvé la même année, également par le Préfet. Auparavant, le Conseil de Paris s’était prononcé avant puis après la consultation publique des habitants.
J’ai deux regrets importants quant au résultat de cette opération d’urbanisme. Je mettais beaucoup d’espoir, dans mes visions prospectives de la future promenade piétonne d’un kilomètre, sur le caractère chaleureux et convivial de ce mail planté à venir. J’imaginais des matériaux de sol « chauds » comme on en trouve ailleurs, dans Paris et dans d’autres villes, des bancs accueillants, un éclairage public propice à la convivialité. Mon rêve était en somme empreint de chaleur paysagère et humaine. Malheureusement, le résultat ne va pas dans ce sens : les matériaux sont froids, le mobilier d’éclairage public froid également. Heureusement les arbres sont là ; ils ont poussé et apportent cette part de chaleur et de fraîcheur en été que l’homme moderne a tant de mal à concevoir sans l’aide de la nature. Finalement, ce mail n’est pas ce « lieu » que j’espérais, où les foules de riverains et de visiteurs aimeraient à flâner. Un autre fait est venu aggraver ce constat.

Le périmètre de la zone d’aménagement concerté dite « Manin-Jaurès » dans le 19 e arrondissement
La direction de l’Aménagement urbain avait insisté, et moi-même en particulier, pour que les rez-de-chaussée sur le mail des immeubles à construire le long de celui-ci et à proximité de l’avenue Jean-Jaurès, accueillent des facteurs d’instruments de musique. En effet, le Conservatoire national de musique était en train de s’installer à la Villette, donc tout près. Le Conservatoire national rénové, agrandi, magnifié, ne pouvait qu’attirer, au fil des ans, l’installation de luthiers dans ce quartier. Mais encore fallait-il qu’ils trouvent des locaux à rez-de-chaussée où s’installer. L’insuffisante vigilance ou conviction de la société d’économie mixte d’aménagement chargée de réaliser l’opération pour le compte de la Ville, ajoutée aux lois du marché et des loyers ont fait avorter ce projet.
L’aménagement urbain, le renouvellement urbain, de qualité, nécessitent de l’imagination, de l’ambition et une détermination jusqu’au bout. Les acteurs sont tellement nombreux à se succéder pour concrétiser un projet d’ensemble que les idées intelligentes et généreuses au départ peuvent aboutir, sans cette vigilance de tous les instants, à des réalisations banales et médiocres.

La zone d’aménagement concerté « Chevaleret-Jeanne d’Arc » dans le 13 e arrondissement a porté son nom en raison de la proximité des deux rues : du Chevaleret et Jeanne d’Arc. Les emprises qui servirent d’assiette à cette opération d’urbanisme furent de deux natures : une partie vint des emprises ferroviaires. La SNCF en effet n’avait plus l’utilité de certains terrains situés le long de la rue du Chevaleret ; l’autre partie vint de parcelles privées occupées par des hangars et des logements en très mauvais état, quasiment délabrés, aux abords de l’ancien passage Chauvin. Le principe de réaliser cette opération et son périmètre furent actés en 1985 par un arrêté du Préfet de Paris. Le plan d’urbanisme de détail fut approuvé en 1985 par le Préfet de Paris également. Selon le processus habituel, le Conseil de Paris avait été appelé à délibérer par deux fois sur ce sujet : une première fois avant l’enquête publique, c’est-à-dire la consultation de la population, une deuxième fois après cette consultation pour prendre en compte les enseignements apportés par celle-ci.
Cette opération d’urbanisme, réalisée dans un environnement relativement ingrat, puisqu’elle longeait les emprises ferroviaires de la gare d’Austerlitz, a été véritablement réussie. D’abord, au cœur de ce nouveau petit quartier, ont pris place un nouveau jardin public, le square « Héloïsc et Abélard » et « la Maison des cinq sens ». Un bâtiment préexistant a été intégré dans ce square et transformé en maison de la nature. En bordure de ce jardin, une école a été construite, séparée du jardin par une voie piétonne. C’est un plaisir de penser que des générations d’enfants venant dans cette école pourront bénéficier de la proximité immédiate de ce beau square. Les quelques neuf cents logements neufs construits dans le cadre de cette opération ont été construits avec des modes de financement diversifiés : une moitié de logements locatifs aidés sociaux, quarante pour cent de logements locatifs à loyer intermédiaire, un dixième de logements non aidés, toujours dans l’esprit de créer une diversité sociologique. L’échelle et l’architecture de ces immeubles de logements ont été globalement très réussies. En particulier, là comme dans beaucoup d’autres périmètres où la ville a pris l’initiative d’opérations d’urbanisme, la conception architecturale des bâtiments de logements sociaux a été le fruit d’un renouveau de la création architecturale dans Paris. Les sociétés de constructions sociales qui ont réalisé ces logements et les architectes qui les ont conçus doivent en être remerciés. Outre le jardin public, l’école, les logements, furent réalisés : un nouveau théâtre Dunois et des bureaux. Le théâtre Dunois était dans un état assez précaire et sa reconstruction fut accompagnée d’une modernisation.

Le périmètre de la zone d’aménagement concerté dite « Chevaleret-Jeanne-d’ Arc » dans le 13 e arrondissement
Pourquoi des bureaux ? Pour plusieurs raisons : en ville comme ailleurs les gens travaillent. Il faut donc créer des locaux pour accueillir le travail. Aujourd’hui, les fonctions tertiaires, c’est-à-dire de service, se sont beaucoup développées. Mais par ailleurs, il était apparu opportun de construire des bâtiments en bordure de la rue Louise Weiss, qui a été créée à cette époque, de façon à isoler, au plan urbain, le quartier et ses immeubles de logements, des grandes emprises ferroviaires. Et la construction d’immeubles de bureaux a été considérée comme plus opportune que toute autre hypothèse. Ces bureaux ont été finalement occupés par le ministère des Finances, très vite à l’étroit à Bercy. Et chacun peut voir, aux pieds de ces bâtiments de bureaux, une succession de galeries d’art.
La société d’aménagement qui avait été désignée pour piloter la réalisation de cette opération d’urbanisme était la SEMAPA, société d’économie mixte d’aménagement de Paris. Elle a fait preuve, à « Chevaleret-Jeanne d’Arc » d’un très bon savoir-faire, maniant avec talent à la fois les dimensions juridiques et financières, les aspects environnementaux et architecturaux et le volet social.

Le réaménagement de l’ancienne gare de Reuilly (12 e arrondissement)
La Ville a acquis de la SNCF l’emprise de l’ancienne gare de marchandises de Reuilly, qui représentait une dizaine d’hectares, et dont la SNCF avait considéré qu’elle pouvait se séparer. Il est vrai que l’existence d’une gare de marchandises enclavée en plein cœur d’un quartier dense de Paris devenait de plus en plus problématique du point de vue de l’environnement. De plus, cette gare était desservie par l’ancienne ligne de la Bastille qui avait été désaffectée. Cette emprise triangulaire, située entre l’avenue Daumesnil, la rue Montgallet et la rue de Reuilly, était déjà bordée par plusieurs immeubles barres qui devaient être intégrés dans le nouveau plan d’urbanisme.

Le périmètre du réaménagement de l’ancienne gare de Reuilly dans le 12 e arrondissement

C’est un véritable petit quartier qui est né. Ce nouveau petit quartier dit de “Reuilly” comporte d’importants éléments de diversités urbaine et sociologique. Ont été créés à la fois des logements, des locaux accueillant des emplois, et divers équipements de proximité. Le millier de logements a été, réparti en trois parts : une moitié de logements sociaux locatifs du type “prêt locatif aidé”; un quart de logements aidés à loyer intermédiaire ; un quart de logements non aidés au prix du marché. Les locaux d’activité ont permis d’accueillir le siège des Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne (NMPP), le siège de la Chambre des Métiers et bien d’autres sociétés : au total trois à quatre mille emplois. Plusieurs équipements publics de proximité ont pris place : une école, une crèche, une piscine, etc. Enfin, un jardin public d’un hectare et demi a été aménagé et la continuité de la promenade plantée linéaire Bastille — bois de Vincennes a été assurée. Je me rappelle un débat qui a eu lieu au moment de l’enquête publique sur le projet d’urbanisme. Certaines associations demandaient que la promenade plantée croise à un niveau séparé la rue Hénart qui a été créée pour desservir le nouveau quartier. En définitive, le croisement a été réalisé à niveau, et cela semble donner satisfaction, d’autant que les vélos ne sont pas admis sur la partie en viaduc de la promenade plantée entre la Bastille et le quartier de Reuilly.
Globalement, ce quartier relativement récent me paraît une réussite : par sa diversité, par son intégration harmonieuse dans son environnement, et par les espaces publics et verts qui ont été créés. Il serait intéressant de réaliser une enquête auprès des habitants et autres usagers de ce quartier afin de connaître, quelques années après leur arrivée, les appréciations qu’ils portent sur leur cadre de vie. Peut-être une telle enquête a-t-elle été déjà conduite.
Je regrette qu’un projet envisagé n’ait pu être réalisé à ce jour. Le long de l’avenue Daumesnil existe un long immeuble appartenant à la Sablière, société HLM de la SNCF. Les rez-de-chaussée de cet immeuble sont occupés par des boxes de stationnement. Il avait été envisagé de transférer ces places de stationnement dans les parcs de stationnement créés par ailleurs, afin de pouvoir créer des boutiques et commerces à la place des boxes. Une telle transformation contribuerait fortement à améliorer l’animation de l’avenue Daumesnil à cet endroit proche de la mairie du 12 e arrondissement.
Un organisme a eu une part importante dans la réussite de cet aménagement urbain. Il s’agit de la société d’économie mixte d’aménagement de l’est de Paris (SEMAEST). Pour traduire sur le terrain ce fameux plan-programme de l’est de Paris, la Ville a constitué ou transformé des sociétés d’économie mixte d’aménagement et surtout : la SEMAEST, la SEMAVIP (société d’économie mixe d’aménagement de la ville de Paris.), la SEMAPA (société d’économie mixte d’aménagement de Paris).

L’économie mixte joue un grand rôle en France, en particulier dans l’aménagement urbain
Les sociétés d’économie mixte locales ont été instituées par une loi de 1983. Ce sont des sociétés anonymes, donc de droit privé, dont le capital est détenu majoritairement, en principe, par des collectivités publiques. Ces sociétés de droit privé sont souvent chargées de missions d’intérêt public par les collectivités locales, généralement celles qui sont actionnaires. Leur mode de gestion est proche de celui des sociétés privées. Toutefois, les sociétés d’économie mixte qui assument une mission de service public doivent respecter un certain nombre de règles, notamment dans le mode de passation des contrats. Il existe des sociétés d’économie mixte dans de nombreux secteurs d’activités : l’aménagement urbain, la réalisation de logements sociaux, le tourisme, l’exploitation de monuments et de sites culturels, les services. L’économie mixtc est particulièrement bien adaptée à l’aménagement foncier et urbain. La Ville crée les SEM et leur confie des missions d’aménagement urbain par le biais de contrats appelés conventions publiques d’aménagement. La SEM est un outil opérationnel, la Ville restant responsable du résultat final, dans tous les domaines et en particulier sur le plan financier.

Réaliser un nouveau quartier : mode d’emploi
Pour comprendre le rôle de ces sociétés, prenons l’exemple du nouveau quartier aménagé sur les emprises de l’ancienne gare de marchandises de Reuilly. Le processus opérationnel a été le suivant : la décision de créer une opération d’urbanisme et celle d’approuver le plan d’urbanisme de détail et le programme ont été prises respectivement par le Conseil de Paris et le Préfet de Paris en 1986, après que les documents correspondants aient été établis par les services municipaux et l’Atelier parisien d’urbanisme et soumis à une enquête auprès de la population. Le Conseil de Paris a ensuite décidé, toujours en 1986, de confier la réalisation c’est-à-dire la concrétisation du projet, à la société d’économie mixe d’aménagement de l’est de Paris (SEMAEST) ; préalablement le conseil municipal avait approuvé les modalités de financement du projet, faisant apparaître quel serait le coût ou le bénéfice pour la Ville.
A partir de ce moment, la SEMAEST, appelée “l’aménageur”, a assuré le pilotage de l’opération sur le terrain, sous l’autorité des services municipaux de l’urbanisme. Mais l’aménageur ne fait pas tout comme on va le voir. Dans le cas de Reuilly, la SEMAEST a acheté à la Ville les terrains que celle-ci avait acquis de la SNCF. Il faut remarquer que dans le cas présent, l’emprise à aménager consistait en une unité foncière unique ; c’est-à-dire qu’elle était constituée d’une seule parcelle, grande, avec un seul propriétaire.
Le cas général est plus complexe, dans la mesure où habituellement, les opérations d’urbanisme intéressent un ensemble de nombreuses parcelles, les unes bâties, les autres non bâties. Une fois propriétaire du terrain, la SEMAEST avait pour mission de transformer un plan d’urbanisme en couleurs sur le papier en “morceau de ville”. Pour ce faire elle a découpé le plan en nouvelles unités foncières ou parcelles correspondant chacune à un programme ou bâtiment ou lot. Chaque lot correspond soit à un équipement public (jardin public, école, crèche, etc.) conformément au plan d’urbanisme approuvé, soit à un immeuble de logements ou de bureaux ou d’activités autres. L’affectation de chaque lot doit bien entendu respecter le plan d’urbanisme approuvé. Pour les logements, il convient de répartir les différentes catégories (sociales, intermédiaires, non aidées) pour obtenir une certaine diversité et une mixité spatiale. L’organisation des lots devra aboutir à des bâtiments et espaces libres plantés se succédant le long des rues, avec des numéros de rues (adresses) dans l’esprit de ce qui a peu à peu constitué le tissu de nos quartiers parisiens. La longueur des façades et l’architecture des constructions ne doivent pas conduire à des rythmes en rupture avec l’histoire de Paris.
Ensuite la SEMAEST a vendu chaque terrain correspondant à chaque lot de programme à un “mettre d’ouvrage.” Un maître d’ouvrage est une personne publique ou privée qui réalise un programme pour en garder la propriété et la gestion. Les maîtres d’ouvrages peuvent être de nature multiple : la Ville pour tous les équipements publics, des sociétés de construction sociale pour les progiammes de logements sociaux et des promoteurs privés pour les logements non aidés et les bureaux. Les terrains destinés aux équipements publics sont vendus à la Ville au prix coûtant, après une péréquation portant sur toute la “ZAC”. Les terrains destinés à du logement social sont vendus ou loués pour une longue durée, sur la base d’un prix foncier artificiellement abaissé par rapport au prix du marché. Enfin, les terrains vendus à des promoteurs privés sont vendus au prix du marché foncier. Et le meilleur moyen de vendre au prix du marché consiste à attribuer le terrain après mise en concurrence. Chaque maître d’ouvrage choisit un ou des architectes (selon l’importance du programme) qui sera chargé de dessiner l’architecture et les plans du futur bâtiment. Ces missions de l’aménageur sont très importantes et demandent de sa part à la fois une connaissance quantitative du marché foncier et immobilier et une approche qualitative de l’urbanisme et de l’architecture. Il lui appartient de jouer le rôle de chef d’orchestre afin que de la diversité des maîtres d’ouvrage, du découpage foncier et de la diversité des architectes ressorte une harmonie d’ensemble.
La ville s’est constituée au fil des siècles et des décennies avec une certaine lenteur, sauf justement lorsque l’homme décide de procéder à des interventions brutales et radicales, comme cela s’est passé dans les années 1950-1960. L’objet de l’urbanisme contemporain n’est pas de copier le passé ; respecter certaines constantes de l’histoire n’est pas copier le passé. Chaque génération ou période doit apporter une créativité propre, tout en respectant les racines et l’histoire. Je reviendrai sur ce sujet, qui est, bien sûr, essentiel.
La création d’un nouveau quartier comme celui de Reuilly devrait s’accompagner de la mise en place de structures de type associatif ayant pour but de favoriser le lien social et la convivialité entre les nouveaux habitants, entre eux, et avec les habitants du voisinage. Peut-être cela a-t-il été fait. L’urbanisme n’est pas seulement une question d’aménagements matériels: logements, jardins, écoles... mais aussi une question de liens immatériels, sociaux et culturels. Il serait bon que les services qui conçoivent et pilotent la réalisation du “matériel” soient ensuite impliqués dans l’“immatériel”. Comment peut-on concevoir de bons aménagements si l’on ne sait pas comment les habitants et usagers vivent les réalisations antérieures ? Certes, cette connaissance fait partie de la mission des élus. Mais le fait que les élus s’en occupent n’empêche pas que les fonctionnaires, architectes s’intéressent aussi de près à l’usage, à la vie après. Il est utile de noter, sur le plan financier, que cette opération d’urbanisme fut fortement bénéficiaire en tant qu’opération d’aménagement et d’urbanisme. Ce caractère bénéficiaire a été dû : à un prix relativement modéré du terrain acquis de la SNCF, à la présence, pour des raisons de diversité urbaine et sociale, de programmes de logements non aidés et de bureaux dont les terrains furent vendus aux promoteurs à des prix conséquents. Si l’on compte toutes les dépenses engagées par la Ville pour les équipements (piscine, jardin, école, ...) il en est autrement car les divers équipements cités sont très coûteux pour la commune. Cela étant dit, j’ai la présomption que les habitants de ce quartier et les personnes qui y travaillent ont de sérieux atouts pour vivre en harmonie et je suis en particulier fier d’avoir activement participé à la réalisation de nombreux logements sociaux, là et ailleurs, qui sont de grande qualité et intégrés dans un environnement véritablement propice.

Le Pavillon de l’Arsenal, haut lieu de l’urbanisme et de l’architecture
Créé en 1988, le Pavillon de l’Arsenal, situé 21, boulevard Morland, dans le 4 e arrondissement, est le centre d’information, de documentation et d’exposition d’urbanisme et d’architecture de la Ville de Paris.
Il a été installé dans un très beau bâtiment caractéristique de l’architecture de la fin du 19 e siècle.
Le Pavillon de l’Arsenal, constitué en association loi de 1901, est très vite devenu un haut lieu de l’information et de la pédagogie en direction des professionnels et aussi et de plus en plus, en direction du grand public. Une présentation pédagogique et attractive de l’urbanisme et de l’architecture est génératrice de débats constructifs et donc de participation à la vie de la cité. Le Pavillon de l’Arsenal a déjà apporté et continue d’apporter une contribution majeure à la prise de conscience par les habitants du passé et de l’évolution de leur ville et au développement d’une citoyenneté responsable.

La mutation extraordinaire d’autres quartiers du 12 e arrondissement
Pendant les deux décennies allant de 1980 à 2000, certains quartiers du 12 e arrondissement ont profondément évolué. C’est sans doute là que le plan-programme de l’est de Paris a donné naissance aux actions de modernisation et de qualité de vie les plus significatives, avec le quartier de la Villette, dans le nord du 19 e arrondissement. Outre le réaménagement en nouveau quartier de Reuilly, ont pris naissance et corps : d’abord la petite ZAC dénommée “Corbineau-Lachambeaudie”, puis la rénovation de l’îlot Chalon, sur le flanc de la gare de Lyon, la très belle et attachante promenade plantée de la Bastille au bois de Vincennes, enfin le vaste réaménagement des emprises jadis occupées par les négociants en vins, à Bercy. Aujourd’hui, nous nous sommes habitués à ces différentes réalisations, presque comme si elles avaient toujours existé. Et pourtant, ces créations sont bien toutes postérieures à 1980.

La zone d’aménagement concerté « Corbineau-Lachambeaudie »
Elle s’étend en bordure de la rue de Bercy, sur la rive paire, entre la place du Bataillon du Pacifique et la place Lachambeaudie. Elle comprend, sommairement, trois petits périmètres : l’îlot compris entre le boulevard de Bercy et les rues de Bercy et Corbineau. Dans cet îlot, plusieurs immeubles étaient très vétustes et de peu d’intérêt architectural. Des logements neufs furent donc édifiés à leur place. Les abords de la place Lachambeaudie, petite place très attachante, avec en son milieu l’église de la Nativité et enfin, entre les deux, une emprise linéaire longeant la rue de Bercy, gagnée sur le domaine ferroviaire. En réalité, c’est la libération de ces surfaces des activités ferroviaires qui constitua le motif premier de cet aménagement. Ce périmètre fut essentiellement consacré à la construction de logements sociaux, intermédiaires et non aidés.

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