Dialogues avec un sauvage
178 pages
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Dialogues avec un sauvage , livre ebook

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Description

Les Dialogues avec le Huron Adario, reprenant la formule de l’entretien philosophique, portent un regard critique sur les mœurs ­occidentales. Ils soulèvent tous les problèmes qui seront âprement discutés par la suite : nature et légitimité des pouvoirs politique et judiciaire, croyances et pratiques ­religieuses, bonheur et civilisation. Les Dialogues de ­Lahontan ont ainsi pavé la voie à un autre grand texte de l’époque : Les Lettres persanes de Montesquieu.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 10 septembre 2014
Nombre de lectures 4
EAN13 9782895966616
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0550€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

La collection «Mémoire des Amériques» est dirigée par David Ledoyen.
Photo de la couverture: fourneau de calumet en pierre © The Trustees of the British Museum
© Lux Éditeur, 2010 www.luxediteur.com

Dépôt légal: 2 e trimestre 2010 Bibliothèque et Archives Canada Bibliothèque et Archives nationales du Québec
ISBN (papier): 978-2-89596-105-5 ISBN (ePub): 978-2-89596-661-6 ISBN (pdf): 978-2-89596-861-0
Ouvrage publié avec le concours du Conseil des arts du Canada, du programme de crédit d’impôts du gouvernement du Québec et de la SODEC . Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada ( FLC ) pour nos activités d’édition.
INTRODUCTION
D ANS L’ÉVOLUTION de la pensée européenne, l’œuvre de Lahontan, publiée en 1702-1703 et longtemps négligée, apparaît, depuis un quart de siècle, comme un jalon important, à l’aube des Lumières, pendant la période de «crise de la conscience» qu’a bien analysée Paul Hazard en 1935 [1] . On a d’abord retenu de cette œuvre une critique sévère de la politique coloniale française et des hommes en place, à commencer par Pontchartrain, le secrétaire d’État à la Marine. Pareille critique, qui a valu à son auteur l’inimitié de l’administration et l’a empêché de rentrer en grâce auprès du pouvoir, attaque encore plus vivement les valeurs et orthodoxies européennes dans les domaines du politique, de la philosophie et de la théologie. En reprenant le mythe du «Bon Sauvage», les Dialogues ont redonné vie au stéréotype du «philosophe nu» qui conteste toutes les valeurs de la civilisation.
Après avoir connu un succès immédiat et retentissant lors de sa parution en 1702-1703, l’œuvre de Lahontan a subi un rapide déclin, puisqu’on ne l’a pas rééditée entre 1741 et le début du XX e  siècle [2] . Elle aurait été oubliée au XIX e en Europe, si deux grands écrivains ne l’avaient signalée: l’un pour la vilipender, l’autre pour la louanger à l’extrême. En 1802, dans son Génie du christianisme , Chateaubriand écrit, comme s’il avait été lui-même offensé: «On ne rougit pas de préférer, ou plutôt de feindre de préférer aux voyages des Dutertre et des Charlevoix, ceux d’un baron de La Hontan, ignorant et menteur [3] .» Soixante ans plus tard, l’historien Michelet voit en lui un précurseur, non seulement de Rousseau, mais aussi de tout le XVIII e  siècle contestataire:
Quoiqu’on lût peu, les livres, ceux de Hollande, défendus et proscrits, les manuscrits furtifs, avaient grande action. On se passait Boulainvilliers, son ingénieuse apologie de Mahomet et du mahométisme. Mais rien n’eut plus d’effet que le livre hardi et brillant de Lahontan sur les sauvages, son frontispice où l’Indien foule aux pieds les sceptres et les codes ( leges et sceptra terit ), les lois, les rois [4] . C’est le vif coup d’archet qui, vingt ans avant les Lettres persanes , ouvre le dix-huitième [5] .
Au Canada français, pendant ce temps, Lahontan demeurait très présent dans l’historiographie, en raison des attaques systématiques dont il était l’objet. Élaborée après l’insurrection avortée de 1837-1838, cette historiographie raconte le passé pour racheter le présent. Les Canadiens du Régime français, bien loin d’être ces aventuriers frondeurs et immoraux que présente Lahontan, étaient respectueux de l’autorité civile et religieuse et de l’ordre établi. Deux pages de la lettre II des Nouveaux Voyages , sur les «filles du Roi», ont surtout retenu l’attention des historiens: Lahontan les présentait comme des «filles de moyenne vertu» dont «les plus grasses furent plûtôt enlevées que les autres [6] » et que «les époux choisissoient […] de la maniére que le boucher va choisir les moutons au milieu d’un troupeau» ( Œuvres complètes , p. 266-267). L’indignation est tellement vive que certains, tel Benjamin Sulte, interpellent Lahontan comme s’il était toujours vivant: «Mais, qu’il ne vienne pas faire entendre que ces choses ont eu lieu au Canada, car il trouvera à qui parler! Nous qui savons par les menus détails comment s’est peuplé notre pays, nous avons le droit, le devoir et le pouvoir de qualifier selon leur mérite les écrivains insensés qui affichent une ignorance si complète et si désagréable [7] .»
Sous la plume d’un autre historien, Joseph-Edmond Roy, Lahontan deviendra l’ inculpé d’un véritable procès: «Le dossier de l’inculpé paraît maintenant au grand jour et il est à peu près complet. Avant que sentence finale soit rendue, résumons en quelques traits ce qui ressort de la carrière et du caractère de ce personnage multiple» (p. 189). Pourquoi? Parce qu’il a osé calomnier les Canadiens: «Officier de marine, Lahontan partagea contre les Canadiens [8] tous les préjugés des siens. Les racontars de ce cadet de Gascogne, aigri, frondeur, mauvais sujet, buveur et querelleur, nous ont fait un tort considérable. Nos ennemis se sont emparés de ces mensonges comme d’une arme, et depuis deux siècles, on nous les lance à la figure. [9] »
À cette «calomnie» touchant les filles du Roi [10] , s’ajoutent les nombreuses attaques contre l’orthodoxie religieuse, le clergé, l’administration, et les fameuses pages sur la rivière Longue, qui suscitent encore aujourd’hui des interrogations [11] .
On comprend que la méfiance et l’animosité coloreront longtemps le jugement porté sur Lahontan. Ainsi, en 1986, on lit encore dans le Guide du chercheur en histoire canadienne : «On attache peu de valeur comme source historique aux œuvres de Lahontan. On lui reproche d’avoir accommodé les faits à des fins littéraires [12] .»
Pendant la décennie 1970, toutefois, le jugement porté sur Lahontan des deux côtés de l’Atlantique changera radicalement, avec l’élargissement et l’approfondissement du corpus littéraire provoqués par une approche des textes inspirée du marxisme [13] en France et de la Révolution tranquille au Québec. D’une part, il fallait le donner à lire dans une édition fiable et bien documentée [14] , car on le citait souvent d’après la réédition de Gueudeville ou certaines éditions tronquées. D’autre part, si la question de la fiabilité historique se posait toujours, elle n’était pas la seule. Une nouvelle lecture du texte s’interrogea sur les trois formes utilisées par Lahontan: l’épistolaire (les Nouveaux Voyages ), le traité encyclopédique (les Memoires ), l’échange verbal (les Dialogues ). Elle prenait aussi en compte l’archéologie, l’ethnohistoire, la géographie, la linguistique [15] . Ces divers travaux sont signalés en bibliographie.
L OUIS- A RMAND DE L OM D’ A RCE, BARON DE L AHONTAN [16]
Comme Montesquieu et Montaigne, Lahontan portait un autre nom à sa naissance: il s’appelait Louis-Armand de Lom d’Arce. Son patronyme lui vient d’une terre que son père, Isaac, avait achetée en 1662: la baronnie de Lahontan, située dans les Pyrénées-Atlantiques, entre Pau et Bayonne [17] . Chose curieuse, cette terre avait appartenu un temps à Montaigne, qui empruntait déjà le ton du Huron Adario pour parler des Lahontannais dans ses Essais [18] . Louis-Armand y naîtra le 9 juin 1666; il sera le frère aîné de deux filles: Marie-Françoise et Jeanne-Françoise. L’année même de sa mort, en 1674, Isaac de Lom d’Arce, à 80 ans, sera père naturel d’un fils né hors mariage.
Malgré leur fortune apparente, la situation financière des Lom d’Arce était précaire. Le père s’était beaucoup endetté pour acquérir la baronnie et pour rendre le gave de Pau navigable jusqu’à Bayonne sur l’Atlantique. En dédommagement de ses frais considérables, le roi lui avait accordé une rente annuelle de 3 000 livres pendant 12 ans, payable par la ville de Bayonne, mais celle-ci ne s’acquitta jamais de son obligation. Si bien que Lom d’Arce est ruiné quand il meurt. Ses créanciers mettront dix ans à faire saisir son château et ses terres de Lahontan, dont son fils Louis-Armand conservera toujours le nom.
De l’histoire de sa famille après la mort du père, on ne sait à peu près rien, si ce n’est que sa mère, vivant sans doute dans la misère, tiendra une maison de jeu à Paris, en 1688-1689. Lahontan lui-même ne nous parle pas de ses études, mais son intérêt pour les auteurs antiques (qu’il cite en grec et en latin), pour la philosophie, la médecine, les sciences naturelles et la mythologie, témoigne d’une formation classique qu’il complètera sans doute au Canada, puisque, nous raconte-t-il, il apporte des livres dans ses bagages, comme ce Pétrone sur lequel se jette «à corps perdu» le curé de Notre-Dame de Montréal, Étienne Guyotte ( Nouveaux Voyages , Œuvres complètes , p. 314). Dans une autre lettre, da

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