Famiy maron ou la famille esclave à Bourbon (Ile de La Réunion)
266 pages
Français

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Famiy maron ou la famille esclave à Bourbon (Ile de La Réunion) , livre ebook

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Description

En opposition à l'idéologie esclavagiste qui niait la parenté chez les esclaves, ces derniers, Malgaches ou Africains puis progressivement créoles, ont créé à Bourbon des structures familiales méprisées ou ignorées par les maîtres. L'abolition de l'esclavage en 1848 permettra l'apparition au grand jour de ces milliers de familles maron, socle de la société créole d'aujourd'hui.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mars 2012
Nombre de lectures 149
EAN13 9782296484177
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,1150€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

FAMIY MARON
ou LA FAMILLE ESCLAVE À BOURBON
(Ile de La Réunion)
Du même auteur :
(avec Yann Arthus-Bertrand)
Visages de l’usine . Muséum Stella Matutina. 1994.



En couverture :
Détail de Site des environs de la Rivière d’Abord , 1802, in Bory de Saint-Vincent, Voyage dans les quatre principales îles des mers d’Afrique , ADR GF 110.


© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-55991-2
EAN : 9782296559912
Gilles GÉRARD
FAMIY MARON
ou LA FAMILLE ESCLAVE À BOURBON
(Ile de La Réunion)
Préface de Sudel Fuma
Historiques
Dirigée par Bruno Péquignot et Denis Rolland


La collection « Historiques » a pour vocation de présenter les recherches les plus récentes en sciences historiques. La collection est ouverte à la diversité des thèmes d’étude et des périodes historiques.
Elle comprend trois séries : la première s’intitulant « travaux » est ouverte aux études respectant une démarche scientifique (l’accent est particulièrement mis sur la recherche universitaire) tandis que la deuxième intitulée « sources » a pour objectif d’éditer des témoignages de contemporains relatifs à des événements d’ampleur historique ou de publier tout texte dont la diffusion enrichira le corpus documentaire de l’historien ; enfin, la troisième, « essais », accueille des textes ayant une forte dimension historique sans pour autant relever d’une démarche académique.

Série Travaux

Bernard CAILLOT, L’Angleterre face aux Bourbons dans la Guerre d’Indépendance Américaine. Paradoxe dans l’Europe des Lumières , 2012.
Alain COHEN, Le Comité des Inspecteurs de la salle , 2011.
Franck LAFAGE, Le théâtre de la Mort , 2011.
Clément LEIBOVITZ, L’entente Chamberlain-Hitler , 2011.
Peter HOSKINS, Dans les pas du Prince Noir. Le chemin vers Poitiers 1355-1356, 2011.
Janine OLMI, Longwy 1979, Pour que demeure la vie , 2011.
Fabrice MOUTHON, L’homme et la montagne, 2011.
Fernando MONROY-AVELLA, Le timbre-poste espagnol et la représentation du territoire , 2011.
François VALÉRIAN, Un prêtre anglais contre Henri IV, archéologie d’une haine religieuse, 2011.
Manuel DURAND-BARTHEZ, De Sedan à Sarajevo. 1870-1914 : mésalliances cordiales , 2011.
Pascal MEYER, Hippocrate et le sacré , 2011.
A Marie, Tania et Tom
A tout bann zanfan Eli


Remerciements particuliers à Martine Grimaud, Thierry Blasin et Jean-Michel Lambert.
Préface
Quel plaisir pour l’ancien directeur de thèse de doctorat de Gilles Gérard que je suis, de préfacer l’ouvrage de son ancien étudiant, sorti de sa brillante thèse qui porte sur l’histoire de la famille esclave à Bourbon de la fin du XVIIe à l’abolition de l’esclavage en 1848. Un sujet de thèse difficile à maîtriser, à l’origine de ce livre qui nous permet de revisiter l’histoire des familles réunionnaises les plus démunies, celles des esclaves maltraitées par le système colonial qui réussissent à se structurer, à se forger des racines créoles, à résister à la soumission pendant toute la période de l’esclavage.
Anthropologue de formation avant d’aborder des études d’histoire à l’Université de La Réunion et de devenir un brillant chercheur, Gilles Gérard s’est plongé dans l’étude des archives de l’Etat-Civil et les fonds concernant les recensements d’esclaves par les propriétaires, reconstituant ainsi de nombreuses familles que l’histoire classique n’a jamais reconnues. Il a abouti à des conclusions nouvelles qui bousculent les idées reçues et il démontre que la famille esclave à La Réunion avant 1848 est une réalité sociale malgré le déni idéologique du pouvoir de cette époque qui refusait de reconnaître le statut des familles esclaves.
Dans cet ouvrage de qualité, l’auteur s’inscrit en faux contre la vision négative de la société coloniale qui ne reconnaît pas la famille esclave qui pourtant s’inscrit dans la parenté sans laquelle elle n’existe pas. Il prouve par ses recherches que les esclaves cultivent des valeurs de respect, de solidarité et qu’ils ont le sens de la famille. Cette structure sociale leur permet de se reconstruire et de résister à l’oppression après avoir été arraché d’Afrique, de Madagascar ou d’Inde. Malgré l’existence d’une réglementation coloniale, en particulier les lettres patentes du Roi de décembre 1723, les esclaves savent contourner les obstacles du Droit Colonial répressif, créant des familles maron , c’est-à-dire des familles fonctionnant en dehors des modes de représentations de l’élite coloniale. L’auteur relance en outre dans ce livre le débat sur l’histoire de l’esclavage, en particulier sur la démographie historique, corrigeant au passage des erreurs d’interprétations et rectifiant des données statistiques utilisées par des générations d’historiens.
Ce livre publié en 2012, un an après les cérémonies du bicentenaire de la révolte des esclaves de Saint-Leu, est un vibrant hommage aux familles réunionnaises qui ont lutté durant trois siècles pour faire reconnaître leur histoire…
Sudel Fuma. Professeur des Universités. Directeur de La Chaire UNESCO de l’Université de La Réunion.
Introduction
Etres humains ou non ? Est-il nécessaire de répondre à cette question pour étudier l’esclavage, ses caractéristiques, son mode de fonctionnement et son économie à l’île Bourbon de 1665 à 1848 ? L’idéologie dominante des siècles précédents justifiait aisément, en particulier en milieu colonial, l’instauration du système esclavagiste appliqué aux Noirs victimes de la Traite. Le taux de mélanine, les comportements païens, le physique et les rites servaient de justificatifs à l’exclusion du monde des humains, civilisés, des soi-disant sauvages. Les philosophes des Lumières dans la « patrie des Droits de l’Homme » s’inscrivaient pour la plupart dans ce courant.
La seconde partie du XX e siècle a vu apparaître une dénonciation idéologique de cette exclusion, aboutissant à la proclamation par l’Etat français de l’esclavage comme crime contre l’humanité. Ce pas important pour la reconnaissance de la qualité d’être humain des esclaves apporte donc, partiellement, une réponse à la question initiale.
Les matériaux dont dispose l’historien pour analyser et expliciter l’enchaînement des comportements et les règlementations caractérisant l’instauration, le fonctionnement puis la disparition du système esclavagiste dans les colonies françaises,
« L’histoire du silence » 1 doit, dès lors, non pas ignorer ni minorer l’importance de ces regards mais en déceler la cécité et la surdité afin de mettre en avant le caractère profondément
humain des personnes réduites en esclavage. Nous avons voulu, à travers cette étude, mettre en évidence ce bruissement incessant de l’humanité fondamentale des esclaves qui apparaît, se distingue, s’amplifie jusqu’à la fin du XIX e siècle.
Ce crissement, rarement un cri, s’entend, entre autres, dans la forme d’organisation humaine la plus fondamentale : l’inscription dans une famille et une parenté. Bien souvent il ne faut pas chercher dans les déclarations et écrits des différents pouvoirs l’écho de ces bruissements. Il apparaît, en misouk 2 , bien souvent à leur insu.
Il s’agit dès lors de « débusquer » dans les écrits des uns et des autres, dans les diverses déclarations, en particulier d’état civil, des mentions et informations justifiant et accréditant l’idée d’une famille esclave.
C. Meillassoux 3 résume la problématique qui est la nôtre :
« Par la capture, il était arraché à sa société d’origine et désocialisé. Par le mode d’insertion dans la société d’accueil et les liens qu’il entretenait avec ses maîtres, il était ensuite décivilisé et dépersonnalisé, voire désexualisé . »
Selon H. Gerbeau 4 , pour qui l’esclave est toujours trahi par l’Histoire, la perte d’identité et d’inscription dans un groupe de filiation est évidente:
« Les mères que l’on déracine de leurs enfants perdent souvent le goût de la nourriture. L’arrachement au village natal creuse dans le ventre un puits de solitude où vont se noyer ancêtres et descendance . »
Parmi les dénis de l’humanité des esclaves, M. Péina 5 relève, outre le libre arbitre et les capacités de se mouvoir librement, le droit de fonder une famille. Elle précise :
« il n’existe pour l’esclave ni naissance, ni mariage, ni décès […] pour être exact, tout se p

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