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La Guerre d'Indépendance américaine

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Description

L'auteur détaille avec précision les mécanismes du mouvement dont est issue l'une des grandes puissances de notre temps. Il identifie les quatre faces de cette guerre d'indépendance. Opposition idéologique, guerre nationale, guerre civile, puis guerre mondialisée sont étudiées successivement. Place est faite aux hommes et à leur action : Franklin, Washington, Lafayette, Vergennes. L'auteur nous permet de revivre l'enchaînement des évènements dans un agréable présent reconstitué, et il n'hésite pas à puiser dans les correspondances pour donner vie à ces illustres personnages...

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Informations

Publié par
Date de parution 01 octobre 2009
Nombre de lectures 305
EAN13 9782296236509
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

La Guerre d'Indépendance américaine
Prototype des guerres de libération nationale ?

Bernard Caillot
© L’Harmattan, 2009
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
9782296099036
EAN : 9782296099036
Sommaire
Page de titre Page de Copyright Préface de Madame Angie Bryan. Avant propos. Un peu d’histoire. 1763 à 1774 : - La Rupture entre Londres et les Treize Colonies. La Guerre d’ Indépendance Américaine, prototype des guerres de Libération Nationale  ? Dans un premier temps, une intervention extérieure masquée, appuyée sur le courant de sympathie. 1777 : - Sur le terrain militaire, l’occupant domine. 1778 : - Victoire diplomatique. Difficultés politiques et militaires. Préparer la Victoire. 1781 : l’année de la Victoire. Après Yorktown. Appendices. Remerciements.
Préface de Madame Angie Bryan.
Alors que la France et les Etats-Unis commémoraient en 2007, le 250 ème anniversaire de la naissance du marquis de Lafayette, beaucoup de pages ont été écrites sur ce fascinant jeune homme.
Les deux pays ont organisé de nombreuses manifestations en l’honneur de Lafayette et c’est au cours de l’une d’entre elles, en Auvergne (région de naissance de Lafayette), que Bernard Caillot a eu l’idée d’étudier non seulement le personnage et son rôle dans la Révolution Américaine (sujet déjà traité en détail par de nombreux auteurs), mais aussi l’impact à long terme de ce rôle, sur les révolutions ultérieures dans le monde. Plus précisément : la Révolution Américaine (et l’action de l’agent extérieur qu’était Lafayette) peut-elle constituer un prototype pour les guerres de libération dans d’autres pays ?
Dans l’ouvrage issu de ses recherches méticuleuses, B. Caillot montre de façon flagrante sa passion pour Lafayette et pour l’histoire des relations franco-américaines; il entraîne le lecteur dans un voyage historique dont les conséquences sont toujours visibles aujourd’hui. Il peint un portrait vivant du jeune marquis et décrit ses relations avec George Washington, son aîné, et avec Benjamin Franklin, encore plus âgé. Il fait revivre les circonstances qui, en France et en Amérique, ont entraîné la Guerre d’Indépendance (et la participation de Lafayette à celle-ci) ; il examine en détail la philosophie stratégique selon laquelle une puissance étrangère participant à la libération d’un pays doit toujours en laisser le crédit et la gloire aux héros de la nation nouvellement libérée.
Après avoir lu cet essai, le lecteur aura renforcé l’image qu’il avait de Lafayette, cet homme (ainsi que le décrivent B. Caillot et d’autres chercheurs) qui a épousé la cause américaine sans pour autant renoncer à sa fierté nationale. En refermant cet ouvrage, on comprend mieux la personnalité complexe de Lafayette, les facteurs qui ont motivé sa surprenante décision de partir seul livrer des armes aux révolutionnaires combattant outre-Atlantique, et enfin la dimension diplomatique, politique et militaire de la Révolution Américaine.
De surcroît, B. Caillot aura conduit son lecteur à réfléchir aux effets à long terme de cette révolution, et à se demander si les leçons apprises il y a plus de deux siècles peuvent servir dans les guerres de libération d’aujourd’hui, notamment en ce qui concerne l’implication de puissances étrangères.
Angie Bryan Consul des Etats-Unis en Auvergne, Bourgogne et Rhône-Alpes de 2003 à 2007
Foreword by Angie Bryan.
In 2007, as France and the United States both commemorated the 250th anniversary of the birth of the Marquis de Lafayette, much was written on both sides of the Atlantic about this fascinating young man. Both countries organized numerous events in honor of Lafayette, and it was on the margins of one such event in Auvergne, the region where Lafayette was born, that author Bernard Caillot first had the idea to explore not just Lafayette and his role in the American Revolution (a topic which many authors had already treated in detail), but also what the long-term impact of that role might be on revolutions around the world. Specifically, could the American Revolution (and Lafayette’s role as a foreign “player” in that war) be a prototype for national liberation wars in other countries?
In his meticulously researched book, Caillot’s passion for Lafayette and the history of French-American relations shines through, bringing the reader with him on a historical journey whose consequences are still visible today. He paints a vivid portrait not only of the young Marquis, but also of Lafayette‘s relationship with the much older George Washington and the even older Benjamin Franklin. He draws the reader back into the circumstances in both France and the United States that led to the American Revolution (and Lafayette’s participation in it), examining in depth the strategic philosophy that any foreign power playing a role in liberating another country must leave the credit and the glory to the heroes of the newly-independent nation.
By the time readers finish Caillot’s treatise, they will have gained an enhanced appreciation for Lafayette, a man who (as Caillot and other scholars have noted) espoused the American cause, but never abandoned his own national pride. They will have a better understanding of the complexities of Lafayette‘s personality, the factors motivating his unusual decision to set out on his own and deliver arms to the struggling revolutionaries across the Atlantic, and the diplomatic, political, and military dimensions of the American Revolution. Most importantly, Caillot will have inspired readers to reflect upon the long-term impact of the American Revolution and to consider whether the lessons learned over two hundred years ago remain applicable to wars of liberation being fought today, particularly with regard to the involvement of foreign powers.
Angie Bryan, Former U.S. Consul to Auvergne, Bourgogne, and Rhone-Alpes 2003-2007.
Avant propos.
Pour les Français, la Guerre d’Indépendance Américaine est une inconnue qui n’a que des relations anecdotiques avec notre histoire nationale.
Cette guerre, dont la France est l’acteur militaire et diplomatique majeur, plonge ses racines dans un long conflit, connu en Amérique sous le nom des adversaires contre lesquels le combat est conduit, la French and Indian War .
La guerre contre les « Français et les Indiens » s’ouvre en janvier 1756 quand le jeune Georges Washington attaque des implantations françaises dans la vallée de l’Ohio. Depuis déjà deux ans il combat, sous l’uniforme britannique, les forces françaises dans cette vallée qui est l’un des principaux théâtres de l’affrontement colonial entre la France et l’Angleterre.
En Europe, le même conflit est connu sous le nom de sa durée, la Guerre de Sept Ans. Quinze états européens prennent part à ces affrontements qui ensanglantent l’Europe et l’Amérique du Nord de 1756 à 1763. Dans une des nombreuses batailles de la guerre de Sept Ans, en 1759, à Miden (Allemagne) le père de Lafayette est tué par un boulet de canon.
En 1762, un an avant la fin de cette guerre, la France a déjà abandonné la Louisiane, vaste territoire qui s’étend des Grands Lacs au Golfe du Mexique, volontairement cédé à l’Espagne via le Pacte de Famille signé le 15 août 1761 à l’instigation du duc de Choiseul entre les Bourbons - roi de France, roi d’Espagne, roi de Naples et duc de Parme.
Ce renoncement s’inscrit dans la suite de la défaite militaire de Montcalm sous les murs de Québec, dans les plaines d’Abraham, le 13 septembre 1759. La partie habitée par des européens du Canada, en particulier, et toute l’Amérique du Nord, en général, est maintenant entièrement sous domination anglaise. Au moment de la cessation des combats en Europe, hormis quelques îles des Antilles, la France n’a plus de présence sur le continent nord-américain.
Dans les deux grandes capitales européennes, Londres et Paris, la situation des finances publiques est fortement dégradée. Pour apporter une réponse à ce problème, l’Angleterre choisit de taxer ses colonies américaines. Ces taxations, jointes à l’interdiction qui leur est faite de se développer vers l’Ouest, se heurtent aux aspirations des 2.500.000 habitants de la côte Est.
En Amérique, les colons anglais des Treize Colonies n’ont plus d’ennemi sur leur continent, ils souhaitent pouvoir se développer, librement, sans être entravés par la métropole.
De 1763 à 1774, un long processus, dont le cycle « provocation / répression / révolution » n’est pas absent, conduit à une rupture totale entre la couronne britannique et ses colonies américaines.
En 1775, la Guerre d’Indépendance s’engage à la suite d’une « opération de police » visant à désarmer un groupe de miliciens.
Cette guerre et toute la période de la guerre sont marquées par trois acteurs clefs : ✓ en Amérique, un militaire américain, Georges Washington. ✓ en France, Benjamin Franklin, inusable vieillard américain de 71 ans, scientifique et philosophe reconnu, habile politique et redoutable diplomate. ✓ en Amérique, un jeune noble libéral français de 20 ans, le Marquis de Lafayette.
Ce dernier est emblématique des Européens (Français, Espagnols, Prussiens, Polonais, Ecossais,…) qui se précipitent pour aider les Treize Colonies. Son rôle spécifique, son amitié avec Washington, l’intelligence qu’il a de la situation, le fait qu’il soit français – c’est-à-dire représentant la nation la plus impliquée au côté des Américains – en feront un acteur clef.
Ce long conflit de huit ans – 1775 / 1783 – peut être analysé comme le prototype des guerres de Libération Nationale.
Dans celles-ci, après les premiers combats où la réalité et la force des rebelles apparaissent, se développent dans les autres pays, y compris dans le pays colonisateur , un fort appui idéologique et un courant de sympathie aux thèmes des insurgés.
Pour la première fois, au XVIII e siècle, une forme d’ opinion publique mondiale pèse de façon significative sur l’environnement du conflit jusqu’à devenir un acteur important de l’histoire.
En s’appuyant sur ce courant de sympathie vis-à-vis de la cause des rebelles, dans un premier temps, une intervention extérieure masquée de soutien à la rébellion se met en place.
Cette intervention n’empêche pas, sur le terrain strictement militaire, l’ occupant de dominer ; mais sa domination est limitée par la « résistance » des insurgés appuyée sur les moyens que leur donne un Etat extérieur au conflit.
Cette capacité de résistance, largement liée aux moyens apportés de l’extérieur, affaiblit la position politique de l’occupant et renforce la situation politique et diplomatique de la rébellion.
Finalement, la défaite de l’ occupant sur les plans politique et diplomatique permet l’intervention extérieure ouverte qui apporte les moyens de vaincre la domination de l’ occupant.
C’est cette intervention extérieure ouverte qui termine la guerre via l’importance des moyens militaires, politiques et diplomatiques mobilisés au bénéfice – officiellement des rebelles – mais, réellement, au profit de la lutte globale engagée contre l’ex-puissance dominante par une autre puissance.
Au-delà de la victoire militaire, une leçon de stratégie politique est à retenir de la Guerre d’Indépendance Américaine : toute intervention extérieure dans un pays à libérer doit respecter la forme, acceptée par Rochambeau pendant la guerre d’indépendance, « être la force principale mais laisser la gloire et la victoire aux hommes du pays et aux politiques qui les représentent ».


La Guerre d’Indépendance Américaine est une guerre à quatre faces.
Guerre Nationale dans laquelle les « Américains colonisés » affrontent les « colonisateurs anglais ».
Guerre Civile entre des Américains voulant rester Anglais (Loyalistes) contre les Américains voulant devenir Américains (Patriotes).
Guerre Mondialisée par le rôle de la France en 1778, puis de l’Espagne en 1779 et des Pays-Bas en 1780. Ces puissances européennes interviennent au côté des Américains par des opérations navales sur toute la planète (du Québec au Golfe du Bengale – de l’Ecosse au Cap de Bonne Espérance).
Guerre Idéologique symbolisée par la liberté (américaine) contre la tyrannie (britannique).
Dans ce conflit, Lafayette a un rôle clef qui doit être pleinement reconnu même s’il est très aléatoire de savoir dans quelles proportions il a rempli ce rôle. A-t-il été : ✓ Acteur conscient de sa vie et de ses choix ? ✓ Jeune homme idéaliste ? ✓ « Manipulé » par des membres du cabinet du Roi ? ✓ Riche héritier mettant sa fortune au service de ses idées ? ✓ Officier aux ordres ? ✓ Freemason trouvant un guide en la personne de Washington ? ✓ Jeune homme orphelin de père qui trouve un père en Washington quand Washington trouve un fils en Lafayette ? ✓ Homme politique « libéral en formation »  ?
Ce qui est certain, c’est que, pendant au moins quatre ans, de la défaite de Brandywine – le 11 septembre 1777 – à la victoire décisive de Yorktown, le 19 octobre 1781, Lafayette est présent à chaque instant de la Guerre d’Indépendance, que ce soit sur le plan politique, militaire, diplomatique ou comme « facilitateur » faisant comprendre aux Français ainsi qu’aux Américains, les éléments culturels déterminants de l’autre ainsi que ses attentes.
Parallèlement, pendant les huit années de ce conflit, sous le contrôle de Vergennes ministre des affaires étrangères de Louis XVI, la France passe de « l’intérêt pour la cause des rebelles » à l’aide clandestine, via des intermédiaires comme Beaumarchais, puis à une intervention directe commandée sur terre par Rochambeau, et sur toutes les mers à une guerre conduite par des marins tels que de Grasse, Suffren, d’Estaing, Bougainville, Lapérouse, d’Orvilliers,…
En 1783, le Traité de Paris met fin à la guerre. Cette guerre est une victoire française. Peu à peu, elle se gomme de notre mémoire collective bien qu’elle ait indirectement inscrit dans notre histoire, les conséquences des dettes accumulées pendant cette longue période. Ces dettes déclencheront la convocation des Etats Généraux puis la Révolution de 1789.
Après la Révolution démocratique française de 1789, sa césure de 1793, après la Quasi War engagée entre la Convention et les Etats-Unis, la Louisiane n’est plus française depuis 40 ans quand Napoléon 1 er la récupère pour quelques semaines en l’échangeant avec les
Espagnols contre l’éphémère et fumeux Royaume d’Étrurie ; il pourra alors la vendre aux Etats-Unis le 30 avril 1803.
Cette cession est célèbre, elle est inscrite au panthéon imaginaire des regrets nationaux.
La réalité de l’implication française dans la Guerre d’Indépendance Américaine est oubliée ; une mythologie, dans laquelle Lafayette est largement présent, l’a remplacée.

Origine de cette réflexion.
Lors de la Table Ronde du 14 novembre 2006, sur le thème « Retour sur le 11 septembre 2001 » organisée par le Cercle d’Etude et d’Amitié France USA et le Club Participation et Progrès animé par Pierre Pascallon, nous recevions le colonel Peter Herrly 1 de l’US Army ainsi que l’Amiral Alain Denis 2 .
Ce jour-là, le colonel Herrly intervenait sur le thème « Impact du 11 septembre 2001 sur la posture défensive des forces armées américaines ».
Avant cette conférence, pour faire connaissance, je conviais nos deux intervenants à déjeuner.
En novembre 2006, nous étions dans la cinquième commémoration du 11 septembre et dans la troisième année de la guerre en Irak ; sur le terrain, la situation des forces alliées était difficile. Avec le recul, nous pouvons dire que c’était le moment où les pertes étaient les plus lourdes.
Lors de notre conversation très informelle portant sur l’ensemble de cet environnement, entre autres considérations, le colonel Herrly a fait une observation qui m’a surpris et marqué. Sans que ceci soit du verbatim, la teneur de la réflexion était la suivante :

« Une intervention extérieure dans un pays à libérer doit respecter la forme de ce qu’a fait Rochambeau pendant la Guerre d’Indépendance, être la force principale mais laisser la gloire et la victoire aux hommes du pays et aux politiques qui les représentent ».
En novembre 2006, je connaissais la Guerre d’Indépendance Américaine, Lafayette et Rochambeau, essentiellement à travers la représentation qu’en donne notre Histoire de France.
Certes, j’en avais une compréhension plus précise que la vision populaire et folklorique , selon laquelle un homme seul, Lafayette, part sur son bateau l’Hermione (voir les raccourcis de certaines émissions de télévision) livrer des armes aux Américains pour bouter l’Anglois hors d’Amérique. Cet engagement était pour Lafayette un réflexe de famille , un de ses ancêtres, enterré à la Chaise Dieu en Haute Loire, ayant été compagnon de Jeanne d’Arc. Cependant, la modernité de Rochambeau et Lafayette ne m’était pas apparue, or, un ancien officier de l’état major de Collin Powell faisait référence à cette période de l’histoire pour éclairer le problème stratégique majeur de la Guerre contre le Terrorisme, « Comment intervenir dans un pays pour porter un idéal sans se couper de la population ? ».
Quelques mois plus tard, lors de réunions préparatoires au projet Année Lafayette , j’ai rencontré monsieur Jacques Louison qui conduisait des recherches dans le cadre d’une exposition prévue à Saint Etienne sur le thème « Lafayette, des armes pour la Liberté américaine » .
Celle-ci devait être inaugurée le 26 septembre 2007 par Monsieur Craig Roberts Stapelton, Ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique.
Cette exposition était centrée sur deux personnages symbolisant deux concepts.
L’un deux, Lafayette est l’homme qui apporte les armes aux Américains, popularise leur combat en symbolisant la liberté et l’amitié franco-américaine ; l’autre est Honoré Blanc, industriel stéphanois, en charge de réaliser la commande de remplacement de fusils sortis des arsenaux royaux. Pour cela, cet industriel du XVIII e siècle, va développer le concept d’interchangeabilité industrielle. Au-delà des trafics d’armes de la Guerre d’Indépendance, Honoré Blanc sera un pionnier des « transferts technologiques » entre la France et l’Amérique.
De ces travaux et de cette exposition, deux points clairement liés ressortaient. Une large part des armes que les insurgents recevaient dès 1775 / 1776 provenait des arsenaux royaux. Ces armes ne pouvaient pas sortir de ces arsenaux sans un accord politique au plus haut niveau de l’Etat.
Ceci n’était pas un scoop, mais ce rappel se télescopait avec les réflexions stratégiques de l’année précédente.
Une réflexion globale sur la Guerre d’Indépendance et sur le rôle de Lafayette s’imposait. Cette réflexion devait partir des origines de la guerre, de ce que nous pouvons penser être les motivations des hommes, des forces politiques et philosophiques qui les portaient mais, elle devait intégrer notre regard et nos acquis d’hommes ayant connu la deuxième moitié du XX e siècle marquée par une longue série de guerres d’indépendance et de guerres de libération nationale.
A nouveau, nous devions nous interroger sur cet événement que Mirabeau désignait comme « la révolution la plus étonnante » et nous poser une question : si dans le contexte stratégique du début du XXI e siècle, il est possible d’invoquer le comportement de Rochambeau pendant la Guerre d’Indépendance Américaine, cette guerre contient-elle des éléments qui en feraient un prototype des guerres de Libération Nationale  ?
Un peu d’histoire.

Le début de la Guerre de Sept Ans.
Généralement, une guerre plonge ses racines dans la guerre précédente ; la Guerre d’Indépendance Américaine ne fait pas exception à ce constat.
Sans ouvrir un long chapitre, nous devons faire un bref rappel sur des conflits très largement oubliés.
La paix d’Aix-la-Chapelle du 18 octobre 1748, avait mis fin à la guerre de Succession d’Autriche et ouvert une période de prospérité pour la France. Celle-ci l’avait mise à profit pour relever sa marine, développer son commerce et donner un nouvel essor à ses colonies.
En Amérique du Nord, pour maintenir leurs possessions, les quelques milliers de Français s’appuyaient sur des alliances avec les autochtones. Au Canada, en Acadie et au sud des Grands Lacs, ils pouvaient compter sur presque tous les Algonquiens sur les Abénaquis, les Micmacs, les Montagnais, les Malécites, les Algonquins, les Hurons, les Outaouais, les Saulteux, les Cris, les Ériés, les Pieds-Noirs, les Illinois, les Miamis, les Poutéouatamis, etc. En Louisiane, ils avaient obtenu des alliances avec un grand nombre de nations, dont les Chactas, les Crics, les Natchez, les Oumas, les Nakotas, les Lakotas, etc.….
Ayant consolidé leurs alliances avec les autochtones, les Français contrôlaient non seulement l’Acadie, la vallée du Saint-Laurent, mais aussi la vallée de l’Ohio, qui s’étendait en Louisiane du Fort Détroit jusqu’à l’embouchure du Mississipi.
Ce faisant, ils affrontaient les colons anglais des Treize Colonies, les futurs Américains.
En Europe, l’Autriche désirait récupérer la Silésie dont la Prusse s’était emparée au terme de la Guerre de Succession d’Autriche.
Cette situation allait fournir à l’Angleterre l’opportunité de mettre un coup d’arrêt au redressement de la puissance navale de la France et de ruiner son expansion coloniale en Amérique du Nord et en Inde. La guerre qui en résulte oppose d’une part la Prusse, alliée à l’Angleterre et au Hanovre, d’autre part l’Autriche, alliée à la France, à la Russie, puis à l’Espagne et à la Suède ; elle se déroulera sur sept longues années de 1756 à 1763.
Cette guerre se déroule sur deux théâtres d’opérations bien séparés, l’Europe et les colonies. Elle porte deux noms, Guerre de Sept ans , en Europe et French and Indian War , en Amérique. Elle aura des conséquences révolutionnaires dans deux pays : l’Angleterre et la France.
Par ironie de l’histoire, avant la déclaration de la guerre en Europe, sont apparus deux des principaux acteurs de la future Guerre d’Indépendance Américaine.
Un an avant la naissance de Lafayette, en janvier 1756, dans le cadre de la guerre d’escarmouches qui dure depuis deux ans sur la frontière mal définie qui sépare les colonies anglaises de la Nouvelle France, le major Georges Washington âgé de 24 ans attaque Fort Duquesne 3 , petite infrastructure militaire française située sur la frontière de l’Ohio. Ces coups de feu peuvent être considérés comme les premiers de la guerre qui, trois ans plus tard, tuera le père de Lafayette.
En mars 1756, Louis Joseph de Saint-Véran, marquis de Montcalm, prend le commandement des troupes françaises de Nouvelle-France ; le 18 mai 1756, l’Angleterre déclare la guerre à la France.
Le 6 septembre 1757 à Chavaniac – actuellement Chavaniac Lafayette (43) – naît Marie Joseph Paul Yves Roch Gilbert du Motier, le futur Marquis de La Fayette.
Sur deux continents, les deux hommes sont entrés dans l’histoire, l’un est dans la force de l’âge, au combat contre les Français au cœur de ce qui est l’Amérique, l’autre est dans un berceau au cœur de l’Auvergne.
Vingt ans plus tard, ils se rencontreront et noueront des relations père/fils que décrira David A. Clary dans son ouvrage : Adopted Son. Washington, Lafayette, and the Friendship that Saved the Revolution.
Lors de la bataille de Minden (Allemagne) qui se déroule du 31 juillet au 1er août 1759, Michel Louis Christophe Roch Gilbert Paulette du Motier, colonel des Grenadiers, marquis de Lafayette, père d’Yves Roch Gilbert du Motier, est tué à l’âge de vingt-six ans sur le champ de bataille.
Le 17 septembre 1759, Louis Joseph de Saint-Véran, marquis de Montcalm, commandant des troupes françaises de Nouvelle-France, quitte la scène de l’histoire. Blessé mortellement à la bataille des Plaines d’Abraham, il expire quatre jours avant la capitulation du Québec.
Bientôt, quand sonnera l’heure de la revanche contre l’Angleterre, le marquis de Lafayette fera son entrée.
L’histoire de Lafayette, marquis français et général américain, va pouvoir commencer.

Conséquences de la French and Indian War.
La guerre de Sept ans se termine par le traité de Paris, signé le 10 février 1763, entre la Grande Bretagne, la France et l’Espagne.
Au terme du traité de Paris de 1763, la France perd le Canada et les territoires à l’est du Mississippi, plusieurs Antilles et les possessions de l’Inde à l’exception des légendaires comptoirs. En contrepartie, elle négocie la liberté de la pêche et de sècherie sur une partie des côtes de Terre Neuve et reçoit Saint Pierre et Miquelon pour servir d’abri aux pêcheurs français. Pendant le XIX e siècle, ces abandons nourriront l’anti-royalisme et un certain nationalisme républicain teinté d’antibritannisme.
C’est la fin définitive de la Louisiane de Cavelier de La Salle.
Au Québec, quelques 12.600 Acadiens sont déportés, dont environ 3.600 en Nouvelle-Angleterre, 3.500 en France, 2.000 au Québec, 2.300 sur d’autres terres en Acadie et près de 900 en Angleterre. Seuls 300 Acadiens de la Nouvelle-Écosse se réfugient en Louisiane en ignorant qu’entre-temps elle était devenue espagnole.
Par ce même traité, en Europe, l’Espagne cède Gibraltar à l’Angleterre, et en Amérique, la Floride. Toutefois, elle conserve la Louisiane que la France lui a cédée un an plus tôt.
En Amérique, la victoire des Anglais sur les Français et les Indiens porte un coup fatal à la résistance indienne qui désormais n’a plus d’alliés pour affronter les colons britanniques.
Pour les 2.000.000 de colons installés dans les Treize Colonies de la côte Est, ce traité écarte définitivement la menace française et il ouvre la porte ouest de leur développement.

1763 « corrige la géographie » de 1756.
Dans la compréhension politique de l’époque, la solution qui sort du Traité de Paris de 1763 est la meilleure. La France récupère les territoires les plus riches de ses possessions américaines, des îles sucrières (Guadeloupe, Martinique, Saint-Domingue), ainsi que des comptoirs indiens.
Compte tenu de l’ampleur du désastre militaire, si l’on tient compte des réalités économiques du XVIII e siècle, ceci était certainement la solution la plus avantageuse pour la France.
Contrairement aux regrets exprimés par des politiciens du XIX e siècle dans leurs discours, au XVIII e siècle, cette solution est accueillie avec soulagement par ceux qui constituent l’opinion française (négociants, nobles, intellectuels). Le poids des investissements de la noblesse et de la bourgeoisie dans les Iles et le poids des Antilles dans la balance commerciale de la France, ont fait de la situation issue du traité de 1763 la moins mauvaise des solutions. L’illustration la plus célèbre de cet acquiescement est la formule de Voltaire « quelques arpents de neige » qui résume l’appréciation de la valeur économique du Canada et globalement de la Nouvelle-France.
Pendant ces sept années, en Amérique, la situation stratégique a basculé. La comparaison entre les cartes (voir pages suivantes) qui représentent les situations de 1756 et de 1763 est éloquente.
La France a perdu le Canada et ne possède plus la Louisiane devenue territoire espagnol.
Elle ne recouvrera plus jamais ce territoire vaste mais mal, voire pas contrôlé et surtout géographiquement isolé de la métropole. Elle abandonne sans regrets ces territoires où les ports du Nord, sur le St Laurent, sont pris par les glaces 4 pendant de longs mois, où la côte sud est sans port équipé, les petites installations existantes à la merci des ouragans, et où la continuité territoriale du nord au sud n’est appuyée sur aucune infrastructure.
A contrario, les Treize Colonies disposent de toute l’infrastructure des ports de la côte Est.
Pour les vainqueurs de la Guerre contre les Français et les Indiens , en 1764 la continuité territoriale vers l’ouest est ouverte. La frontière des Appalaches n’a plus de sens ; la nouvelle frontière est au-delà, à l’ouest, sur les rives du Mississipi.
Les Treize Colonies sont sécurisées, le mouvement vers leur indépendance peut se mettre en marche.


1756. La Louisiane historique est une vaste zone, située à l’ouest des Appalaches, les 13 colonies anglaises occupent la côte Est de l’Amérique du nord.


Quarante ans plus tôt, en 1713, la France avait cédé les territoires les plus septentrionaux.


1763, la Louisiane est espagnole.


Le territoire rattaché à la couronne britannique s’étend de la Baie d’Hudson au Golfe du Mexique et de la côte Est au Mississipi.
La ligne des Appalaches, séparation entre les 13 Colonies et le reste du territoire, apparaît très artificielle.

Conséquences à long terme de la Guerre de Sept Ans.
A la fin de la guerre, en 1763, Louis XV est encore Roi de France pour 11 ans ; en Angleterre, Georges III exercera le pouvoir jusqu’en 1811 et ne décédera qu’en 1820.
Dans les deux pays, les trésoreries sont exsangues ; chacun recherche une solution correspondant à sa culture … et chacun aura sa révolution.
Pour l’Angleterre, victorieuse du conflit, cette révolution s’inscrira dans la droite ligne de sa victoire.
A l’issue de cette guerre, elle doit rembourser des dettes qui ont augmenté de plus 77 % passant de 75 millions de livres en 1754 à 133 millions de livres en 1763.
Le gouvernement britannique veut faire rembourser une partie de celles-ci par les Treize Colonies (les seules qui pouvaient payer), au moyen de taxes directes sur des produits tels que le thé, le vin, le sucre, la mélasse, les journaux, etc….
Les impositions décidées par la métropole (Stamp Act, Tea Act, etc., …) seront une des étincelles qui déclencheront la Guerre d’Indépendance Américaine.
Parallèlement, en raison de la chute de la Nouvelle-France, donc en l’absence de menaces directes, les représentants des Treize Colonies ne voient plus l’intérêt de maintenir un coûteux dispositif militaire britannique pas plus qu’ils ne comprennent ou acceptent l’obligation qui leur est faite de payer des taxes liées aux dettes de la guerre qui s’est déroulée en Europe pendant sept ans.
Chaque pays répond à une situation avec son génie. Dans une situation financière tout aussi désastreuse que l’Angleterre, la France n’augmente pas les taxes mais finance par des emprunts une dette qui est passée de 1,36 milliard de livres en 1753 à 2,35 milliards en 1764, soit un accroissement de plus de 73 %.
Déjà, la France fait le choix de « reculer pour mieux sauter » . Le remboursement de la dette est différé, la Révolution le sera aussi.
A moyen terme, ces problèmes financiers seront une des origines de la Révolution de 1789 quand les coûts de la Guerre d’Indépendance Américaine, ajoutés aux emprunts non remboursés de la guerre de Sept Ans, se télescoperont avec une situation politique et sociale devenue explosive.
1763 à 1774 :
La Rupture entre Londres et les Treize Colonies.

Les revendications initiales des colons américains.
Classiquement, après une guerre d’indépendance, et surtout plus de deux siècles après les faits, la lecture des premières revendications des rebelles ne soulève que l’incompréhension face à la non satisfaction immédiate de celles-ci, tellement elles apparaissent raisonnables.
Initialement, les demandes des colons des Treize Colonies s’articulent en trois points : Avoir les mêmes droits que les sujets de la métropole. Être représentés dans leurs assemblées locales et au Parlement de Londres. Faire que le Parlement accepte le principe selon lequel les questions relatives aux impôts et aux taxes que les colons doivent payer, sont du ressort des représentants des colonies ( No tax without representation ).
Même après les premiers combats, la satisfaction sans condition de ces revendications aurait pu être une base d’accord possible entre la Couronne et une large partie de la population des Treize Colonies. Cette population ne souhaite pas la rupture culturelle avec la métropole. Au contraire, les habitants des colonies désirent fortement être Anglais mais avec des droits d’Anglais.
Dans l’histoire sociolinguistique des États-Unis, un long article de l’université canadienne de Laval décrit la situation linguistique et sociologique des colonies américaines :

« L’idéal linguistique du colon en Amérique du Nord était de parler le «bon anglais» et de lire les auteurs britanniques. Lorsqu’il évoquait l’Angleterre, il disait simplement ‘’at home” (‘’ chez nous” ).
S’intégrer à la société coloniale, c’était accepter le modèle culturel britannique et oublier la langue de ses parents, si celle-ci n’était pas l’anglais. C’est pourquoi les immigrants français, allemands, irlandais, écossais, hollandais, etc., perdirent rapidement leur langue d’origine.
Ainsi, le colon se construisait une identité qui ne pouvait être qu’anglaise. S’il lui arrivait d’ajouter des mots indiens dans son vocabulaire ( toboggan , mocassin , squaw , etc.), des mots français ( prairie , bureau , etc.) ou des mots néerlandais ( boss , yankee , etc.), s’il se vantait de moderniser l’anglais, il admettait en même temps qu’il valait mieux ne pas employer des américanismes (le mot americanism apparaîtra en 1781) perçus encore comme une « exaggeration ».
De cette façon, le colon ne serait pas un « sauvage» et saurait repousser l’influence de l’Espagne et de la France.
Au milieu du XVIII e siècle, près de 90 % de la population blanche masculine était alphabétisée en anglais, mais seulement 40 % des femmes pouvaient lire et écrire cette langue. Les Noirs et les Amérindiens étaient tous analphabètes ; dans la vie quotidienne, les premiers parlaient anglais, les seconds, leur langue ancestrale. »
En arrivant en Amérique, dans une lettre adressée à Adrienne, le 19 juin 1777, Lafayette décrit l’ambiance de la ville de Charleston comme suit :

Tout y ressemble assez à la façon anglaise, excepté qu’il y a plus de simplicité chez eux qu’en Angleterre.
Une bourgeoisie et des classes moyennes sociologiquement mobiles, de culture anglaise, sont installées sur toute la côte Est ; elles se veulent anglaises et elles s’imprègnent de toutes les nouveautés, mouvements culturels et philosophiques, qui proviennent d’Angleterre dont, la maçonnerie traditionnelle 5 qui vient d’y apparaître.
Ce nouveau mode de pensée et de représentation de la société, des relations entre les hommes et des hommes au divin, marque l’Europe et ouvre le Siècle des Lumières. Il sera le catalyseur de l’unification philosophique et « idéologique » de cette bourgeoisie et de ces classes émergeantes, formées aux valeurs anglaises ; elles seront le vivier des cadres de la Révolution Américaine puis de la Révolution Française.


Dans les deux siècles suivants, combien de guerres de libération nationale s’appuieront sur une bourgeoisie frustrée de ne pas avoir été intégrée dans la caste dominante de la société occupante ?
Dans la seconde partie du XX e siècle, dans de nombreuses colonies, des revendications a posteriori simples, mais jamais satisfaites, serviront de socle à des mouvements qui se transformeront en mouvements révolutionnaires. A leur tête, leurs dirigeants seront très souvent les meilleurs élèves des écoles de la république ou des hommes formés dans les collèges Royaux de Grande Bretagne. Très souvent, ils auront – comme les généraux américains – fait leurs premières armes dans l’armée de leur colonisateur.
Dans toutes ces périodes, se sont créées des situations où, comme Lénine le dira plus tard,

« La révolution a lieu quand ceux qui commandent ne peuvent plus commander comme avant et quand ceux qui obéissent ne veulent plus obéir comme avant ».
Au XVIII e siècle, en Amérique, la situation va mûrir de 1763 à 1774. Dans cette période de 11 ans, plusieurs phases vont se succéder. Peu à peu, l’engrenage caractéristique de toutes les révolutions se met en place.
L’incompréhension de la métropole se transforme en pression, la pression ouvre le champ à la provocation de groupuscules et à l’exacerbation de l’opinion publique ; à la provocation répond la répression, la position des leaders d’opinion bascule de l’intégration souhaitée et non obtenue vers la rupture politique puis vers l’acceptation de la rupture violente avec la métropole.
Parallèlement à cette maturation des esprits, les maladresses 6 du gouvernement se succèdent. Enfin, ces maladresses sont exploitées par des hommes qui ont appris à concevoir leur projet, à le structurer dans un mouvement et à se construire un réseau d’alliés.
En final, un mouvement moderne, intégrant le réflexe ou le cycle « répression / solidarité », s’est mis en place.


Dans les prémices de la Révolution Américaine, nous pouvons globalement distinguer les trois phases que l’on retrouvera dans bien d’autres contextes.
Une première phase, d’octobre 1763 à 1767, est marquée par une lourde pression de l’administration centrale de la métropole sur sa colonie.
Cette pression est mécanique. Au XVIII e siècle, comme c’est encore actuellement le cas, l’autorité du centre ne saurait être discutée par la population sur laquelle il exerce légitimement son autorité.
La deuxième phase, de juin 1768 à décembre 1773, s’engage sur une longue période d’incertitude avant que, de façon significative, une large partie de l’opinion bascule et souhaite l’indépendance.
Les réactions de la population à des mesures gouvernementales de plus en plus mal acceptées permettent des actions commando , voire des provocations , puis l’exploitation de la répression qui en découle contre les réactions de l’autorité.
Dans la troisième phase, en 1774 /1775, la mèche est en place puis l’étincelle finale met le feu aux poudres.
Enfin, un dernier élément politique s’ajoute à la répression collective organisée par le gouvernement central ; cela débouche sur la rupture politique définitive entre les groupes dominants des colonies et la métropole.
Un événement local sert d’amorce à la colère. Nous sommes en 1775, le processus révolutionnaire proprement dit s’engage ; militairement, la Guerre d’Indépendance commence.

La pression : octobre 1763 / 1767.
Pour les colons, la première année qui suit la victoire contre les Français et les Indiens ne s’engage pas sous les meilleurs auspices.
Le 7 octobre 1763, la Royal Proclamation du roi d’Angleterre George III affirme les droits illimités des Indiens sur les terres qu’ils occupent. Le gouvernement de Grande-Bretagne manifeste ainsi son opposition au désir d’expansion des colonies vers l’ouest.
Dans cette période, les Treize Colonies connaissent une forte croissance démographique. En 1755, elles comptaient moins de 1.500.000 habitants, dix ans plus tard en 1765, elles sont fortes de plus de 2.240.000 habitants. Dans ce contexte, en fermant l’ouest à la colonisation américaine, la Grande-Bretagne soulève le mécontentement de la population en général, des fermiers et des propriétaires fonciers, en particulier.
Ceux qui s’étaient déjà implantés dans ces territoires indiens devaient rendre la terre et revenir dans les Treize Colonies. Beaucoup d’Américains sont persuadés que le Roi souhaite cantonner les colons américains sur la bande littorale afin de mieux les contrôler.
Dans ce contexte, il est peu surprenant que les colons refusent ensuite de financer la construction et l’entretien des avant-postes royaux sur la ligne définie par la Proclamation.
A Londres, l’entourage royal et le gouvernement sont dominés par les Tories qui veulent affermir la domination et la centralisation sur les colonies, ils souhaitent conserver son rôle de redistribution au commerce maritime. Leur pensée politique et économique est marquée par le mercantilisme . A l’opposé, les Whigs sont favorables à la liberté de commerce.
Au début de la Guerre d’Indépendance, les deux termes - Whigs et Tories - sont utilisés par de nombreux acteurs, dont Lafayette, pour identifier les parties en conflit dans ces affrontements : les Whigs étant les Patriotes et les Tories les Loyalistes.
En métropole, dans leur politique coloniale, les Tories mettent en œuvre leur vision protectionniste : taxes imposées aux produits étrangers, droits de douane, monopole et encouragement des compagnies maritimes.
Il s’agit d’accroître la dépendance des colonies envers la métropole et d’attirer vers celle-ci le plus possible de flux monétaire. En corollaire, ils désirent également combattre le commerce de contrebande entre les Treize Colonies et les Antilles françaises et espagnoles où il enrichit tous les participants de toutes les nationalités présentes.
Sous leur influence, les 5 et 9 avril 1764, le Parlement anglais adopte successivement : les Sugar Acts, lois sur le sucre, qui interdisent aux Treize Colonies toute importation de rhum étranger, fait diminuer les droits de douane sur la mélasse et instituent des taxes sur les vins, les soieries, le café et autres produits de luxe. Le Currency Act qui interdit aux colonies d’émettre leur propre monnaie, donc, d’agir de façon autonome sur le développement de leur économie.
L’année suivante, en 1765, la mise en œuvre de la politique des Tories, jointe à l’incompréhension de l’évolution de la situation, font que le 24 mars 1765 le Quartering Act, loi sur le cantonnement, est promulgué. Par cet Act, les colons sont obligés d’assurer le logement et la nourriture des troupes qui, de ce fait, commencent a être perçues comme des « troupes d’occupation ». Cette mesure frappe plus particulièrement les propriétaires mais, dans le contexte socio-économique des Colonies, elle touche de larges pans de la population américaine.
En mars, afin de financer un tiers du coût que représentent les 10.000 hommes de l’armée anglaise stationnée en Amérique du Nord, le Stamp Act est étendu aux Treize Colonies. Il oblige l’apposition de timbres fiscaux sur tous les journaux, imprimés, licences, contrats de bail et autres documents juridiques.
Les groupes les plus directement touchés, hommes de loi, imprimeurs, propriétaires terriens, armateurs et commerçants, seront des acteurs de la révolution à venir. Immédiatement une résistance populaire s’organise. A Boston, pour protester contre le Stamp Act dès le 14 août 1765, des habitants qui se nomment eux-mêmes Sons of Liberty - les Fils de la Liberté - pillent et incendient la maison d’Andrew Oliver, un agent du timbre, et pendent son effigie à un grand orme situé près de Hanover Square. C’est le premier arbre de la Liberté.
Dès les débuts du mouvement, les Fils de la Liberté, organisation secrète (sic !) de patriotes américains, est très active. Elle organise du 7 au 25 octobre 1765, le Stamp Act Congres qui se tient au Federal Hall de New York. Lors de ce congrès, les délégués de neuf colonies adoptent la Déclaration des Droits et des Griefs ( Declaration of Rights and Grievances ) établie par John Dickinson.
Après ce succès politique et organisationnel, les Fils de la Liberté adoptent un drapeau à neuf bandes verticales, cinq rouges et quatre blanches, correspondant au nombre de colonies représentées au Stamp Act Congress. L’évolution de cet emblème liée à l’évolution de la situation politique, conduira à un drapeau à 13 bandes horizontales. Celui-ci sera porté par les navires américains. Pour la première fois dans l’histoire, un parti (même si, en l’occurrence, le terme est exagéré) choisit un symbole qu’il transfèrera à l’Etat qu’il veut faire naître.
Les actions des Fils de la Liberté vont de la publication de pamphlets à l’organisation de réunions, voire au recours à la violence urbaine en passant par la plantation d’arbres de la liberté. Ses dirigeants (Paul Revere, Thomas Young, Joseph Warren, Patrick Henry, John Hancock, James Otis, Thomas Crafts Jr, John Adams, Samuel Adams) sont impliqués dans toutes les campagnes de boycott et dans les émeutes urbaines prérévolutionnaires.
Ils seront les architectes du mouvement insurrectionnel. Indépendantistes, ils résistent à la Couronne en s’attaquant aux symboles du pouvoir britannique en Amérique, mais aussi en s’en prenant physiquement à ses agents et à ceux qui les soutiennent.
Les autorités britanniques et les Loyalistes les considéraient comme une association rebelle et séditieuse ; ils les appellent les « Fils de la Violence » ( Sons of Violence ) ou encore « Les Fils de l’iniquité » (Sons of Iniquity ).
Sur le plan organisationnel, les Fils de la Liberté impulsent les Committees of Correspondence installés dans chaque colonie américaine, par chacun des gouvernements locaux, pour coordonner les communications écrites entre les colonies.
Les Comités de Correspondance permettent de construire un réseau entre les différentes villes américaines. Leur but est de répandre parmi les décideurs des colonies et auprès de gouvernements étrangers, l’interprétation coloniale des actions britanniques.
Les Comités de Correspondance rallient à une cause commune les opposants aux diverses mesures et établissent des plans d’action collectifs. Ils sont les unificateurs des mécontentements et les prémices de ce qui deviendra l’union politique formelle entre les colonies.


La conception et la mise en oeuvre, la construction d’un réseau, l’unification et le contrôle politique de l’information, joints à une organisation suffisamment souple pour s’adapter à l’évolution des circonstances, font que le mouvement des Fils de la Liberté et des Committees of Correspondence est extrêmement moderne. C’est certainement la première fois dans l’histoire que des rebelles se soucient, lors des toutes premières actions, de lier leur organisation secrète, sa visibilité institutionnelle, sa communication et la propagande pour leur cause.


En 1766, la résistance pacifique des colonies s’organise. En janvier, l’assemblée des citoyens de New York refuse de se conformer à la demande formelle du général britannique Thomas Gage, de mise en application du Quartering Act.
A Londres, le gouvernement hésite.
Benjamin Franklin, agent des colonies (Pennsylvanie, Massachusetts, New Jersey, Géorgie) à Londres, déclare devant les parlementaires que, sans le rappel du Stamp Act, une révolution pourrait bien éclater en Amérique. Au terme de débats incertains, en mars, le roi George III entérine le rappel du Stamp Act par le Parlement Britannique. Malgré tout, les mises en garde de Franklin n’empêchent pas le Parlement Britannique d’adopter le Declaratory Act qui affirme les droits du Parlement de pouvoir agréer toute loi relative à la gouvernance des colonies américaines.
En décembre, la Couronne britannique suspend la législature de New York, qui refuse une fois de plus de voter en faveur de la mise en vigueur du Quartering Act.
En quelques mois, la situation a commencé à basculer.
En 1767, l’Angleterre renforce ses pouvoirs coloniaux par les lois dites Townshend Acts, du nom du ministre des Finances Charles Townshend. Ces lois augmentent les taxes sur les importations coloniales de papier, de verre, de plomb, de peinture et de thé en provenance d’Angleterre. La réponse populaire informelle à ce type de mesures est le recours, à grande échelle, à la contrebande de produits non taxés.
En conséquence, pour contrôler le trafic commercial, le Parlement anglais crée l’American Board of Customs Commissioners (Bureau Américain des Commissaires aux Douanes) dont les membres sont chargés d’appliquer les lois sur la navigation et de contrer une contrebande qui est devenue, lucrative pour de nombreux négociants de toutes nationalités, vitale pour l’économie des colonies et bénéfique pour les populations.

A partir de 1768, une longue période de montée des tensions.
Après deux années d’incubation, l’année 1768 est caractérisée par de multiples actions qui marquent la montée des tensions. Cette période permet à des leaders d’apparaître et de charpenter leur pensée.
Dans le Massachusetts, par son activisme et son action militante, Samuel Adams structure l’affrontement avec le pouvoir royal. En février 1768, il écrit un manifeste pour appeler à une action concertée des assemblées contre la taxation sans représentation ( No taxation without representation) . Ce manifeste est diffusé à travers toutes les colonies américaines.
Malgré l’opposition de Lord Hillsborough, Secrétaire d’Etat Britannique aux Colonies, le texte d’Adams est endossé par les assemblées du New-Hampshire, du Connecticut et du New Jersey.
Dans le but d’obtenir le rappel du Townshend Act, des marchands de Boston et de New York organisent en août un boycott des importations britanniques.
Face à ces mouvements, les britanniques réagissent. Le 21 juin 1768, les officiers des douanes saisissent le bateau de John Hancock, le Liberty. A la fin du mois de septembre, des navires de guerre britanniques abordent le port de Boston ; deux régiments d’infanterie y seront alors stationnés en permanence pour assurer le maintien de l’ordre. Les premiers pas vers la guerre sont faits.
En 1769, la montée des tensions s’étend de la Nouvelle Angleterre vers les colonies plus au Sud. En mars, des marchands de Philadelphie se joignent au mouvement de boycott des produits britanniques. Au printemps 1769, en Virginie, George Washington fait adopter une série de résolutions, écrites par Georges Mason, préconisant le boycott total des produits importés de Grande-Bretagne tant que les revendications des colons ne seront pas prises en compte. Georges Mason est l’un des plus riches planteurs de Virginie, il est l’auteur d’une lettre ouverte aux marchands de Londres, qu’il signe A Virginia Planter. Dans cette lettre, il présente le point de vue des Américains et demande l’aide des marchands londoniens dans la lutte contre la taxation.
L’opposition à la « taxation sans représentation » se généralise ; en octobre, elle a atteint le New Jersey, le Rhode Island et la Caroline. En Amérique la révolte s’étend comme un feu de prairie mais, les nouvelles et surtout la compréhension des faits qu’elles relatent, parviennent très lentement aux décideurs britanniques.

Le point d’inflexion suivi d’une vraie fausse pause.
La tension des années précédentes ne peut que déboucher sur une rupture.
A Boston, le 5 mars 1770, se produit un incident aux conséquences très lourdes. Une soixantaine d’habitants encerclent un petit groupe de sentinelles britanniques qui gardent le bureau des douanes. Une bataille de boules de neige contre les soldats s’engage, puis dégénère en émeute. La petite troupe de soldats anglais perd son sang froid et tire sur la foule. Cinq personnes sont tuées, ce sont des hommes du port et des marins. Parmi les victimes figure un Noir, Crispus Attucks, marin métis dont les ascendants comprennent des Africains et des Indiens ; bien plus tard, il deviendra un symbole de l’engagement des Noirs dans la Révolution Américaine.
Le lieu est symbolique et les faits sont graves ; ils illustrent la tension qui règne entre la troupe et la population. Sans qu’il y ait eu d’émeute auparavant, cinq morts en milieu urbain, dans une ville de moins de 20.000 habitants, ne peuvent que révolter la population.
Samuel Adams donne un nom à l’incident : le Boston Massacre ; Paul Revere conçoit l’image et réalise des gravures de propagande du Massacre de Boston sur lesquelles Crispus Attucks est « blanchi » . Les faits plus le « poids des mots et le choc des gravures » font de cet événement le véritable point d’inflexion dans la montée du processus révolutionnaire.
Mais, dans un premier temps, la stupeur est telle que c’est le retour au calme qui s’impose.
Le lendemain du « massacre », les autorités royales transfèrent les troupes du centre ville vers le fort de Castle Island, situé dans le port de Boston. Les responsables du massacre, le capitaine Thomas Preston et ses soldats, sont jugés. Ils sont défendus par John Adams, futur second Président des Etats-Unis. Suite aux plaidoiries, six soldats sont acquittés et deux sont condamnés à une peine symbolique pour homicide involontaire ; nul ne peut exclure que l’origine sociale des victimes ait largement joué en faveur des accusés.
Par une ironie que seule l’histoire sait offrir, John Adams, le défenseur, Crispus Attucks et les autres victimes de cette journée, reposent dans le même cimetière de Boston, le Granary Burying Ground où sont inhumés de très nombreux héros de la Révolution Américaine.


Cette pratique, militaire puis judiciaire, de traiter les suites des bavures, fait encore aujourd’hui les beaux jours des gouvernements. Ses résultats sur le long terme sont toujours aussi insatisfaisants.


En avril, le Parlement britannique rappelle le Townshend Act. Toutes les taxes sur les importations dans les colonies sont abolies, à l’exception de celles sur le thé. Le Quartering Act n’est pas reconduit. La tension retombe.
La population des colonies américaines dépasse les 2,2 millions de personnes.
1771 sera une année calme.

Le processus révolutionnaire s’enclenche.
En juin 1772, des colons de Providence (Rhode Island), membres des Sons of Liberty, attaquent la goélette britannique Gaspee. Ils s’emparent de l’équipage et coulent le bateau. Dans le déroulement de la Guerre d’Indépendance américaine, cette attaque est le premier usage planifié de la force par les colons contre l’armée britannique et, en l’occurrence contre un symbole de sa puissance, un navire de la Royal Navy.
Le premier coup de feu destiné à tuer, tiré par un officier de l’armée anglaise, blesse mortellement un des assaillants, Joseph Bucklin. Touché par le tir du capitaine du Gaspee, il est reconnu comme la première victime de la Révolution, le premier mort de la Guerre d’Indépendance, tué par une arme à feu.
En réponse à ce qui est un véritable crime de lèse-majesté, la Couronne britannique offre une récompense de 1.000 £ pour la capture des assaillants de la goélette ; cette offre reste sans succès, la solidarité est plus forte que la prime.
En novembre, Samuel Adams convoque une assemblée des citoyens de Boston où vingt et un mandataires sont nommés pour prendre contact avec les assemblées des autres villes et Colonies. Quelques semaines plus tard, l’assemblée des citoyens de Boston affirme le droit des Colonies à s’auto-gouverner. Elle adopte le texte de Samuel Adams, The Rights of the Colonists.
Après l’adoption par le Parlement Britannique du Tea Act en mai 1773, la tension dans les colonies atteint un paroxysme. Cette loi vise à favoriser le monopole du thé de la Compagnie des Indes Orientales, à ruiner les marchés parallèles et elle conduit à l’augmentation des prix de ce symbole du mode de vie britannique.
A Boston, la nouvelle « montée en pression » s’exprime d’abord dans un meeting où environ 8.000 personnes – soit plus de 40 % de la population de la ville – se rassemblent pour entendre Samuel Adams. Le 16 décembre 1773, une nouvelle ligne rouge est franchie. Une cinquantaine de Bostonnais déguisés en Mohawks, conduits par Samuel Adams, jettent à l’eau 342 caisses de thé de Chine d’un navire de la Compagnie des Indes Orientales, c’est la légendaire Boston Tea Party. Un pas de plus est franchi dans la révolte. Le symbole de la révolte fiscale du peuple américain est construit ; jusqu’à nos jours il sera régulièrement repris.
Dans un contexte démographique, idéologique, économique et social, favorable aux thèses indépendantistes, à la suite d’un cycle de « provocation / répression / solidarité » de 18 mois, la mèche de la Révolution Américaine est allumée.

1774 - La rupture.
Du côté britannique, l’année 1774 se caractérise par de nombreuses actions législatives du Parlement et une volonté de reprise en main policière confiée à l’armée. A cette époque, et quasiment jusqu’à la seconde guerre mondiale, l’armée est la seule réponse à un mouvement populaire ; mais, si elle peut remplir un rôle de répression lors d’une jacquerie ou lors de manifestations localisées, elle ne peut pas être une force pérenne de « maintien de la paix ». De même que les autres armées qui affronteront des populations civiles dans les siècles suivants, l’armée britannique vient de se voir confier une mission qu’elle ne peut assumer.
Parallèlement, du côté américain, un esprit de résistance s’exprime de plus en plus et s’appuie sur une organisation de jour en jour plus consciente et collective.
Le télescopage entre l’impuissance britannique à réprimer efficacement et la mise en place d’une organisation collective par les colons américains, va rapidement renforcer le sentiment de différence que ceux-ci éprouvent et, en conséquence, leur organisation.
Pour contrer la dérive autonomiste de ses colonies d’Amérique du Nord, le 20 mai 1774, le Parlement britannique adopte le Quebec Act. Cette loi constitutionnelle devait modifier le statut de la province de Québec. Elle aurait donné à la province du Québec un territoire (voir la carte page suivante) qui, bien que n’incluant pas la partie connue actuellement sous l’appellation Louisiane, rappelait celui de la Nouvelle-France.
Dans ce territoire, le Quebec Act rétablit les lois civiles françaises et reconnaît officiellement la religion catholique. Il met le feu aux poudres dans les Treize Colonies.
Sans parler de la reconnaissance en terre britannique des « papistes canadiens », les colons anglais ne peuvent accepter que Londres accorde, sur leur zone naturelle de développement, des droits territoriaux à leurs anciens ennemis de la Nouvelle-France contre lesquels ils avaient combattu, et gagné, lors de la French and Indian War.


Alors qu’ils sont débarrassés du rival français « qui ne laissait pas un moment de repos » (selon les mots de Benjamin Franklin), les colons de la Nouvelle-Angleterre refusent l’intervention d’une métropole qui les empêche de protéger leurs propres intérêts commerciaux et de jouir pleinement de libertés qu’ils veulent définitivement acquises.
Une autre colonie, le Québec, britannique mais peuplée de Français, risque de bloquer l’expansion de la Nouvelle-Angleterre et de servir de base militaire à une mère patrie qui devient l’ ennemi à abattre .
Les colons anglais des Treize Colonies dénoncent aussitôt la « collusion anglo-canadienne» dirigée contre eux. Plus que les autres lois intolérables, l’Acte du Québec est considéré comme tout à fait inacceptable pour les Treize Colonies qui le perçoivent pour ce qu’il est : une manoeuvre conduite contre elles.
En réponse, la première offensive américaine d’envergure de la Guerre d’Indépendance sera logiquement dirigée contre les villes de Montréal et de Québec.
Parallèlement à la promulgation du Quebec Act, le 30 mars 1774, pour répondre aux nombreux actes de rébellion survenus dans le Massachusetts, le Parlement britannique adopte la première loi de la série des Coercive Acts : le Boston Port Bill. Cette mesure entraîne la fermeture complète des activités commerciales dans le port de Boston jusqu’au paiement des taxes sur le thé jeté à l’eau lors de la Boston Tea Party et au dédommagement de la British East Indian Company pour les pertes subies à cette occasion.
Dans le même temps, le gouvernement britannique réagit en donnant le pouvoir à l’armée . Hutchinson, loyaliste modéré, gouverneur civil de Boston, est remplacé par le général Thomas Gage, commandant des forces armées britanniques. Celui-ci arrive à Boston avec le titre de Gouverneur, où il y décrète la loi martiale.
Du 17 au 23 mai, des habitants des villes de Providence, New York, et Philadelphie lancent un appel à une réponse commune des différentes colonies américaines aux Coercive Acts.
Ne pouvant connaître les derniers événements américains (mais le fait de les connaître n’aurait sans doute pas changé la nature des décisions prises), le 20 mai, le Parlement britannique adopte une nouvelle série de Coercive Acts.
Le Massachusetts Regulating Act et Government Act proscrivent toute forme de self-government par les coloniaux. L’Administration of Justice Act place les représentants du gouvernement britannique à l’abri des poursuites par les cours de justice locales.
En juin, le Parlement britannique adopte une version renforcée du Quartering Act de 1765.
En septembre, le gouverneur britannique du Massachusetts, le général Gage, prend possession de l’arsenal Charlestown. Du nord au sud, sur toute la côte, dans toutes les Colonies, le Couronne affirme sa présence par son armée. Cette réponse militaire est certainement satisfaisante pour Londres dans les rapports qui lui sont envoyés, mais, politiquement elle est inopérante.
Pendant que l’armée britannique manœuvre, les forces politiques favorables à l’indépendance sont en marche. Le premier Continental Congress se réunit à Philadelphie du 5 septembre au 26 octobre 1774. Les membres des Fils de la Liberté en forment l’ossature.
Cinquante six délégués sont présents, ils viennent de toutes les colonies américaines à l’exception de la Georgie. Cette assemblée est présidée par Peyton Randolph puis par Henry Middleton. Le secrétaire est Charles Thomson, un des leaders des Fils de la Liberté de Philadelphie. Les tendances de l’assemblée vont du Virginien Patrick Henry 7 qui considère que la rupture politique avec l’Angleterre est engagée et qu’il faut former un gouvernement indépendant, jusqu’à Joseph Galloway 8 délégué de la Pennsylvanie qui veut réconcilier les colonies et le Roi ( Galloway‘s Plan of Union du 16 septembre 1774).
Au centre, se trouvent des marchands et des bourgeois favorables au maintien des relations commerciales avec l’Angleterre ; parmi ceux-ci se recrutent les délégués modérés qui ne désirent pas activement l’indépendance mais exigent que les relations américano-britanniques soient équilibrées, c’est-à-dire quelles prennent en compte leurs intérêts.
Malgré cette diversité, les délégués affirment une opposition farouche aux Coercive Acts et leur volonté de créer des milices locales.
Le 14 octobre, la Declaration of Rights est acceptée. Ce document en 13 points, très respectueux dans la forme, pose clairement les revendications des Colonies.
Le 20 octobre, le Congrès adopte le principe de former la Continental Association afin de demander la suspension du commerce avec la Grande-Bretagne.
Fin 1774, la rupture politique, entre les colons anglais des Treize Colonies et le gouvernement du roi d’Angleterre, est effective.

1775 - Le calendrier d’entrée en guerre.
En cette année 1775, le gouvernement britannique n’a pas compris la signification des événements de l’année précédente. Le 30 mars, le roi George III entérine le New England Restraining Act qui vise à obliger les colonies de Nouvelle-Angleterre à commercer exclusivement avec l’Angleterre. Parallèlement, l’administration anglaise continue de prendre des mesures politiques et militaires pour mettre fin à la situation de rébellion.
Pour l’Angleterre, en quelques mois, la situation va brusquement évoluer d’une opération de police à une Guerre d’Indépendance et à une guerre révolutionnaire .
Le 18 avril 1775, le gouverneur britannique du Massachusetts, Thomas Gage, qui a reçu l’ordre de mettre en vigueur les Coercive Acts et donc de réprimer les foyers de rébellion, envoie 700 soldats britanniques à Concord pour détruire un dépôt d’armes appartenant aux coloniaux.
Dans la nuit, Paul Revere et William Dawes sont dépêchés de Boston pour avertir les habitants de Concord de l’arrivée prochaine des troupes britanniques.
Le 19 avril, un corps de 70 miliciens du Massachusetts fait face à la troupe britannique à Lexington. Sans que l’ordre en ait été donné, les soldats britanniques tirent et chargent à la baïonnette ; huit Américains sont tués et dix blessés.
Le 23 avril, le Congrès du Massachusetts ordonne la mobilisation. Des volontaires de toute la Nouvelle-Angleterre – 13.600 hommes – s’assemblent et se dirigent vers Boston. Autour de cette ville contrôlée par les britanniques, ils tiendront un siège d’une année.
Le 10 mai, près de la frontière canadienne, les forces américaines dirigées par Ethan Allen et Benedict Arnold s’emparent du fort Ticonderoga et saisissent une grande quantité d’équipements militaires.
Ce même 10 mai, le deuxième Continental Congress se réunit à Philadelphie sous la présidence de John Hancock. Ce Congrès conduira la guerre et siègera jusqu’au 1 er mars 1781.
Le 15 mai, les Colonies sont placées en état de défense et le Congrès vote à l’unanimité la nomination de George Washington en tant que Commandant en Chef de la Continental Army.
Le 17 juin, les troupes britanniques et américaines s’affrontent à Bunker Hill dans la première grande bataille de la Guerre d’Indépendance Américaine.
Deux héros de la French and Indian War s’opposent : le général Israël Putnam dirige les troupes américaines tandis que le général major William Howe commande les forces britanniques. Howe atteint ses objectifs militaires et les Américains démontrent leur capacité à soutenir une bataille rangée mais ceci ne change en rien la situation du siège de Boston.
Les Britanniques perdent plus de 1.000 hommes et, après la bataille, le général Henry Clinton écrit dans son journal « quelques victoires semblables auraient sûrement mis fin au dominion britannique en Amérique ».
Cette bataille est souvent décrite comme une victoire à la Pyrrhus. Ceci est peut être vrai, mais serait ressenti comme un commentaire objectif, si la quasi totalité des nombreuses défaites américaines de la Guerre d’Indépendance n’étaient pas qualifiées ainsi.
Ce qui est indiscutable c’est, qu’en exactement deux mois, du 18 avril au 17 juin, « une opération de police pour désarmer des rebelles » s’est transformée en bataille rangée entre deux armées, l’armée britannique forte de son histoire et de son invincibilité et une force nouvelle, la Continental Army qui compte environ 17.000 hommes et dont le commandement sera confié à George Washington le 3 juillet à Cambridge (Massachusetts). Cette dernière va rapidement démontrer qu’elle sait résister aux tuniques rouges commandées par des officiers professionnels.
La Guerre d’ Indépendance Américaine, prototype des guerres de Libération Nationale  ?

Modernité de la Guerre d’Indépendance.
Dans le chapitre précédent, j’introduis trois notions qu’en ce début de XXI e siècle nous conceptualisons parfaitement : opération de police, guerre d’indépendance, guerre révolutionnaire . Leurs significations de 2009 sont, dans la réalité de 1775, des anachronismes parfaits. Ces termes correspondent à notre regard et à la projection de notre expérience sur le passé. Mais nous devons comprendre qu’ils ne pouvaient pas être inscrits dans la conception des acteurs de la Guerre d’Indépendance.
Nous les utilisons parce que nous avons le recul de l’histoire et l’expérience née du bilan des multiples conflits coloniaux de la deuxième moitié du XX e siècle.
C’est ce même recul qui permet d’énoncer quelques principes qui tendent à s’appliquer aux guerres révolutionnaires ou guerres d’indépendance qui ont marqué la période 1948 / 2008.
Les leaders de ces guerres sont souvent issus d’une bourgeoisie frustrée de ne pas avoir été intégrée dans la nouvelle caste dominante de leur société. C’est largement le cas de l’algérien Ferhat Abbas, du vietnamien Hô Chi Minh, du tunisien Habib Bourguiba, de l’indonésien Soekarno, sans oublier Gandhi voire même Bin Laden.
Dans de nombreux cas, les premiers combats – de nature diverse et d’une gravité variable – sont la surprise initiale (Toussaint Algérienne, émeutes tunisiennes, prise du pouvoir par le Vietminh en août 1945, succès des campagnes de Gandhi, etc.. ).
Les populations de la colonie comme le colonisateur découvrent que le « rebelle » existe. Le colonisateur peut le mépriser dans un premier temps mais rapidement pour les populations de la colonie le choix se simplifie. Le « rebelle » représente une force qu’il lui faut soit soutenir politiquement, financièrement et logistiquement soit combattre en rejoignant la cause politique de l’occupant, puis, souvent, si la situation dégénère, en rejoignant ses forces militaires. Cette quasi-obligation d’implication devient le moteur de la guerre civile.
Sans entrer dans les détails des conflits coloniaux, avec des phases d’intensités variées et malgré des conditions souvent différentes, globalement, le schéma ci-après se met en place :
Après les premiers combats dans lesquels la réalité des rebelles, voire leur force, apparaît.
1 / Dans le pays colonisé et dans le monde – y compris dans le pays colonisateur – un courant de sympathie voire un appui idéologique aux thèses des rebelles se développe, avec, parallèlement, la montée en puissance d’une guerre civile dans le territoire qui souhaite son indépendance.
2 / Dans un premier temps, appuyée sur le courant de sympathie, une intervention extérieure masquée de soutien aux rebelles se met en place.
3 / Sur le terrain strictement militaire, la domination immédiate de l’ occupant s’affirme .

Cette domination sera toutefois vaincue, via la défaite politique de l’occupant qui permet une intervention extérieure ouverte (militaire, politique ou diplomatique) qui termine la guerre.
A ces trois phases s’ajoute un quatrième point :
4 / Toute intervention extérieure dans un pays à libérer doit respecter la forme qu’a accepté Rochambeau pendant la Guerre d’Indépendance :

« Être la force principale mais laisser la gloire et la victoire aux hommes du pays et aux politiques qui les représentent ».
Ces postulats ont été écrits après des réflexions sur le déroulement de conflits aussi différents que l’indépendance de l’Algérie, des guerres telles que celle du Vietnam, la guerre d’Afghanistan contre les soviétiques, voire, a contrario, la lutte victorieuse des Britanniques contre la guérilla communiste en Malaisie, la permanence de l’échec de la révolte des Karens en Birmanie ou celle des Tibétains.
Ces postulats ne sont ni des séquences obligatoirement parfaitement organisées, ni des recettes, car, à chaque niveau, des politiques différentes sont possibles. Il est – parfois – possible de couper l’appui idéologique dès l’apparition du courant de sympathie ; dans des circonstances particulières, il peut être envisageable de détruire le pays vecteur potentiel de l’intervention extérieure ; enfin, dans les cas où la domination militaire est maintenue, elle permet le retournement politique ….. si le point 4 est respecté.
Pendant le XX e siècle, ces postulats se sont traduits différemment dans les trois grandes zones. Dans la zone coloniale, Asie, Afrique, les conflits se sont inscrits dans le cadre de la Guerre Froide. En zone controlée , Europe de l’Est et de l’Ouest, où nul ne pouvait prendre le risque d’un appui conduisant à une intervention directe, il a fallu attendre la chute du mur de Berlin en 1989 pour rendre visible ce type de conflit (Kosovo). Enfin, la dernière zone correspond principalement à l’Amérique du Sud où les prétextes d’indépendance n’existaient pas ou peu. Dans ce continent, l’exemple d’échec de l’importation d’une Guerre de Libération est symbolisé par la brève aventure de Che Guevara en Bolivie en 1965.
Dans ces trois zones, le souvenir de l’application (ou de la non application) de ce que nous pourrions appeler le « principe de Rochambeau » marque les relations des populations avec les acteurs locaux et internationaux de la période précédente.
Ceci est particulièrement vrai pour l’Amérique du Sud qui a le sentiment – très fort – d’avoir vécu au cours des XIX e et XX e siècles une colonisation, certes globalement sans présence physique directe et massive des colonisateurs, mais où la domination économique et politique yankee n’a pas été – pour le moins – mise en œuvre dans l’esprit du « principe de Rochambeau ».
Dans les ex-états soviétiques d’Asie centrale et sur la périphérie de la Russie, la colonisation avec présence physique directe et massive de colonisateurs, a conduit à de nombreuses situations très dégradées ; celles-ci évoluent en fonction d’interventions extérieures d’Etats n’ayant souvent qu’un intérêt indirect à l’évolution du conflit.
A l’inverse, pour l’europe de l’ouest, des actions telles que le Plan Marshall ont été vécues comme une aide désintéressée que l’on peut inscrire dans l’esprit du « principe de Rochambeau ». Le terme « Plan Marshall » est même devenu le terme générique pour décrire une intervention massive, gratuite pour le bénéficiaire, coûteuse pour le donateur, mais indispensable pour l’avenir des deux parties.
Le monde dit moderne, celui des XIX e et XX e siècles, a émergé de ce XVIII e siècle qui est pour nous le Siècle des Lumières.
Ce siècle s’est terminé par deux révolutions, l’une américaine, l’autre française, appuyées sur des valeurs très proches et mises en œuvre par des groupes sociaux aux caractéristiques semblables mais aux racines historiques différentes et agissant dans des contextes très dissemblables. Cependant, il est logique de trouver dans ces événements qui closent une époque et en ouvrent une nouvelle, les schémas qui organiseront la nouvelle période.
A travers les hommes qui en seront les acteurs, les événements du XVIII e siècle vont rapprocher la France et les Etats Unis d’Amérique même si la France et les Etats Unis d’Amérique s’éloigneront lorsqu’en 1793 apparaîtront, en France, les pires faces que le mot révolution peut prendre. Cette face sanglante de la Révolution acceptée et assumée par les républicains 9 , sera théorisée – voire idéalisée 10 – par les marxistes ; elle deviendra, au XX e siècle, l’empreinte et parfois le synonyme du terme et du concept de révolution politique.

Une spécificité de la Guerre d’Indépendance Américaine, un « Triptyque » de dirigeants (plus 1).
La Guerre d’Indépendance Américaine est indissociable de la pensée du Siècle des Lumières, de la forme organisée que cette pensée prendra et de la personnification dont elle bénéficiera à travers trois personnages. Ces trois acteurs sont aussi dissemblables que possible.
Le premier d’entre eux est un Américain en Amérique, Georges Washington, militaire de métier, stratège patricien, il agit sur le terrain en militaire et en politique.
Le second est plus connu en France par le paratonnerre que par la Guerre d’Indépendance. Américain en France, Benjamin Franklin, philosophe modeste, agit sur le terrain diplomatique et politique.
Le troisième est un Français en Amérique ; Lafayette, jeune noble aventureux et généreux, présent sur le terrain militaire, et qui, par sa présence et sa « communication 11 » donne toutes les dimensions politiques à son action et aux évènements américains.
Ce triptyque fonctionnera pendant toute la Guerre d’Indépendance; il est indissociable de la Révolution Américaine et des valeurs qui la portent et qu’elle porte. Le hasard - mais est-ce un hasard - fait qu’ils sont tous les trois membres de la Franc-maçonnerie, cette nouvelle forme de pensée qui vient d’émerger en ce début de XVIII e siècle.
Celle-ci sera un élément facilitateur de contact et de confiance mais aussi un unificateur de la pensée des acteurs et des valeurs qu’ils portent : l’humanisme, le goût de la liberté, l’attente de l’égalité entre les hommes.
Le quatrième personnage est un noble français qui agit en France, Charles Gravier, comte de Vergennes.
Ministre des affaires étrangères de Louis XVI depuis le 6 juin 1774. Il conduit une politique étrangère compliquée dans la forme mais simple dans le fond : éviter que la Grande Bretagne, l’hyperpuissance

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