Les dents de l Homme, de la Préhistoire à l ère moderne
118 pages
Français

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Description

L'organe dentaire, imputrescible, constitue un témoignage essentiel et fondamental d'une vie antérieure. A travers un glossaire illustré extrêmement précis et développé, de Toumaï à l'homo sapiens, en passant par les australopithèques, cet ouvrage détaille et explique les diverses mutations de la dent, de la mandibule et de la face, en s'attardant sur les conséquences générées par ces transformations sur la posture et le régime alimentaire de chacun.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 octobre 2011
Nombre de lectures 29
EAN13 9782296469372
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Les dents de l’Homme
De la Préhistoire à l’ère moderne
Médecine à travers les siècles
Collection dirigée par le Docteur Xavier Riaud
L’objectif de cette collection est de constituer « une histoire grand public » de la médecine ainsi que de ses acteurs plus ou moins connus, de l’Antiquité à nos jours. Si elle se veut un hommage à ceux qui ont contribué au progrès de l’humanité, elle ne néglige pas pour autant les zones d’ombre ou les dérives de la science médicale. C’est en ce sens que – conformément à ce que devrait être l’enseignement de l’histoire –, elle ambitionne une « vision globale » et non partielle ou partiale comme cela est trop souvent le cas.
Dernières parutions
Patrick POGNANT, La répression sexuelle par les psychiatres . 1850-1930. Corps coupables , 2011.
Patrick POGNANT, Psychopathia sexualis de Krafft-Ebing . 1886-1924. Une œuvre majeure dans l’histoire de la sexualité , 2011.
André FABRE, Haschisch, chanvre et cannabis : l’éternel retour , 2011.
Xavier RIAUD, Dentistes héroïques de la Seconde Guerre mondiale , 2011.
Marie FRANCHISET, Le chirurgien-dentiste dans le cinéma et la littérature du XX e siècle , 2011.
André FABRE, De grands médecins méconnus… , 2010.
Xavier RIAUD, Odontologie médico-légale : entre histoire et archéologie , 2010.
Dominique LE NEN, Léonard de Vinci, un anatomiste visionnaire , 2010.
Xavier RIAUD, Histoires de la médecine dentaire , 2010.
Xavier RIAUD, Pionniers de la chirurgie maxillo-faciale (1914-1918) , 2010.
Florie Duranteau
Les dents de l’Homme
De la Préhistoire à l’ère moderne
Préface du Docteur Xavier Riaud
L’Harmattan
© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-55520-4
EAN : 9782296555204
« L’Homme apparut soudain comme n’ayant pas toujours eu la même allure, le même corps, le même visage, n’ayant pas toujours été conscient ; il devint manifeste qu’il s’inscrivait dans une évolution qui le conduirait dans l’avenir vers une autre allure encore. »
Yves Coppens, extrait de la préface du livre de Pascal Picq, Les origines de L’Homme , Tallandier (éd.), Paris, 1999, pp. 4-5.
Préface
Après quinze années de recherches, d’écriture et de publications, je ne me lasse pas de permettre à d’autres d’écrire et de publier. A mes yeux, il n’est pas de chercheur digne de ce nom sans publications certes, mais aussi sans transmission du savoir. Les deux me semblent indissociables. Je m’étonne encore de rencontrer des chercheurs qui semblent si peu concernés par leurs étudiants et l’enseignement qu’ils dispensent, au point de n’éprouver aucune fierté, voire une forme d’aigreur, lorsque l’un d’entre eux sort du lot et brille par son travail, ses efforts, et son abnégation, comme s’il n’y avait de réussite envisageable, d’intelligence perceptible que chez eux ou par eux.
De mon côté, je suis au contraire heureux lorsque je peux permettre à quelqu’un de vivre une aventure littéraire, de lui faire ressentir la beauté d’une concrétisation livresque. Je suis véritablement fier de transmettre cela à qui me fait confiance.
Dans le cas présent, il faut rendre hommage à cet opus de Florie Duranteau qui s’est passionnée pour l’étude des dents des différents hommes préhistoriques, dont elle a fait sa thèse de docteur en chirurgie dentaire 1 . Elle a ainsi, à force de patience et de ténacité, dressé un catalogue anatomique descriptif extrêmement précis des caractéristiques odontologiques et osseuses de la face de chacune des espèces considérées.
Agrémenté de quelques informations utiles et pratiques qui démontrent combien la découverte d’une dent, préhistorique ou non, peut se révéler déterminante dans une étude historique, médico-légale ou archéologique, ce manuscrit est un vrai glossaire technique où l’analyse contextuelle trouve sa place par l’observation des morphologies architecturales des visages de nos ancêtres. Je suis convaincu qu’il ne manquera pas de séduire les plus érudits, spécialistes de la question, car de nombreux repères s’offrent ici, à eux.
De Toumaï, le premier homme reconnu, à celui, plus contemporain, la jeune femme s’est attachée à être la plus complète possible dans ses diverses approches. Au final, le rendu de cet ouvrage est véritablement enrichissant et il convient pour moi de saluer, et de féliciter le Dr Duranteau qui rejoint ainsi les auteurs de la Collection Médecine à travers les siècles que je dirige aux Editions L’Harmattan. Elle y trouve ainsi une place tout à fait méritée.
Docteur Xavier Riaud Docteur en chirurgie dentaire Docteur en épistémologie, histoire des sciences et des techniques Lauréat de l’Académie nationale de chirurgie dentaire Membre associé national de l’Académie nationale de chirurgie dentaire
1 Duranteau Florie, Evolution morphologique des dents des anthropoïdes à l’homme , Thèse Doct. Chir. Dent., Nantes, 2007.
Avant-propos
L’évolution décrit les modifications des êtres vivants au cours du temps. Elle explique la diversification de la vie, de ses premières formes jusqu’à l’ensemble des êtres vivants actuels, par une chaîne de modifications foisonnantes.
Les dents jouent un rôle important pour sa bonne compréhension, car : Elles se conservent bien dans les sols fossiles. Elles marquent l’appartenance du fossile à la famille à laquelle il appartient. Elles témoignent donc du buissonnement des lignées. Elles conservent la trace du mode alimentaire et renseignent sur les conditions écologiques. (54)
Dans un premier temps, quelles ont été les différentes théories de l’évolution établies jusqu’à aujourd’hui, celles en général, mais aussi celles concernant l’évolution de l’homme en particulier ?
Dans une seconde partie, un portrait plus ou moins détaillé de nos lointains ancêtres, de Toumaï à Homo sapiens, sera réalisé, certains taxons décrits dans cet ouvrage n’étant pas admis par l’ensemble de la communauté scientifique. J’ai jugé toutefois essentiel de les faire apparaître ici, de par leurs spécificités anatomiques.
Dans la troisième partie, j’ai souhaité effectuer la synthèse des grands traits de l’évolution de la face, de l’articulation temporo-mandibulaire et des dents en me basant sur les descriptions précédentes. Enfin, quels ont été les moteurs qui ont généré ces fameux changements ?
Si l’homme a suivi une certaine série de mutations au cours du temps pour l’amener jusqu’à l’ère moderne, ses organes dentaires ont changé également, de la même manière. En tant que chirurgien-dentiste, il m’a semblé intéressant d’en faire la preuve tout d’abord et d’en apporter, dans ce travail, le détail.
Les différentes théories de l’évolution
Les théories de l’évolution sont apparues au XIX ème siècle pour décrire les processus par lesquels les espèces se modifient dans leurs structures et dans leurs comportements au fil des générations, et donnent ainsi naissance à de nouvelles espèces.
Lamarck et Darwin ont été les premiers à parler d’évolution s’opposant en cela aux fixistes, aussi appelés créationnistes.
Si le phénomène d’évolution est établi, la théorie qui en détaille les mécanismes n’est pas encore complète. La génétique, la biologie et la géologie ne cessent d’apporter de nouveaux éléments venant étoffer celle-ci.
Le Fixisme (XIX ème siècle) est la théorie selon laquelle il n’y a ni transformation, ni dérive des espèces. Les fixistes pensent que les espèces ont été créées par Dieu et qu’elles n’évoluent pas. La théorie du fixisme présente plusieurs variantes :
- Le Fixisme pur selon Carl von Linné (1707-1778) : les espèces sont créées par Dieu et ne changent pas au cours des temps.
- Le Fixisme avec extinction : suite à la découverte de nombreuses espèces fossiles, il a fallu admettre qu’un certain nombre d’espèces n’existait plus ; la notion d’extinction fut donc admise par les fixistes. Mais comment expliquer qu’il existe toujours un nombre aussi important d’espèces ?
- Le Fixisme avec extinction et remplacement selon Georges Louis Leclerc de Buffon (1707-1788) ou Georges Cuvier (1769-1832) : les espèces sont toujours créées par Dieu. Il existe des extinctions (aurochs, mammouths, dinosaures, tigres à dents de sabre par exemple), mais les espèces sont remplacées par d’autres.
- Le Fixisme avec extinction et remplacement avec progrès selon Louis Agassiz (1807-1873) : Dieu refait les espèces en les améliorant. Cette théorie, aujourd’hui développée par quelques églises des Etats-Unis sous le nom du Dessin intelligent, se heurte à celle des évolutionnistes. (54)
La découverte de nombreuses espèces fossiles ayant disparu remet en question les théories fixistes. Ces dernières, croyant au catastrophisme, attribuent la disparition de certaines espèces à des catastrophes bibliques, tel le déluge. La découverte d’espèces aquatiques disparues discrédite cette théorie. Il a donc fallu admettre que ce n’était pas l’intervention de Dieu sur Terre qui permettait la création ou la disparition des espèces.
Jean Baptiste Lamarck (1744-1829) introduit alors une nouvelle théorie. Les espèces n’ont pu être créées pour s’adapter idéalement à leur milieu, puisque celui-ci est en constante évolution. Pour survivre, les individus doivent donc s’adapter à ce milieu changeant, c’est-à-dire évoluer.
Si les conditions climatiques ou géologiques changent durablement, alors les individus se transforment de manière non contrôlée. Un organe peut donc se modifier pour répondre à un besoin. De fait, plus il est utilisé, plus il se développe. Ces transformations se transmettent d’une génération à l’autre et sont graduelles (31). Lamarck résume sa théorie du transformisme (XIX ème siècle) par deux lois :
- Capacité à développer un organe selon son utilisation.
- Transmission des acquis à notre descendance (hérédité des caractères acquis).
Pour lui, les espèces n’ont pas disparu. Elles se sont tellement transformées qu’elles n’en sont plus reconnaissables.
Charles Darwin (1809-1882) n’est que partiellement d’accord avec Lamarck. Il croit en la théorie de l’évolution, mais ne pense pas que les individus évoluent pour s’adapter à leur milieu. Selon lui, la Terre a été colonisée par les plantes, puis par des organismes unicellulaires qui, de mutations en mutations, ont évolué vers des organismes plus complexes aboutissant à l’espèce animale, dont les hommes font partie selon lui.
Pour Darwin, l’évolution des espèces résulte d’un processus continu. Tous les individus sont différents les uns des autres, certains étant mieux adaptés pour survivre et se reproduire dans leur environnement. Ces caractéristiques avantageuses sont transmises aux générations suivantes et, avec le temps, deviennent dominantes.
- Les modifications sont en général lentes et progressives, et demandent plusieurs milliers, voire plusieurs millions d’années.
- L’évolution est basée sur le phénomène de sélection naturelle.
- La sélection naturelle intervient sur deux plans :
• Sélection de survie.
• Sélection sexuelle : un individu doit être apte à trouver un partenaire sexuel pour transmettre ses gènes.
Selon Darwin toujours, toutes les espèces vivantes tirent leur origine d’une seule forme de vie, la différenciation s’étant faite par le phénomène de spéciation (18).
Darwin a apporté la première théorie cohérente de l’évolution. Celle-ci a été confirmée par la découverte des gènes et de l’ADN, mais est restée incomplète.
D’après Ernst Haeckel (1834-1919), chaque être vivant récapitule au cours de son développement, l’histoire évolutive de son groupe. Le développement individuel de chacun reproduit les étapes de l’évolution de l’Humanité.
Les embryons lors de leur développement passent par les différentes phases transitoires de l’évolution de leurs ancêtres. Par exemple, la présence chez l’embryon humain de particularités ressemblant, à ses débuts, à celles des poissons, puis à celles des reptiles, et finalement à celles de l’homme, est perceptible (54). Les avancées de la science dans les années suivant son énoncé ont vite invalidé cette théorie.
Le Néodarwinisme, ou théorie synthétique de l’évolution (XX ème siècle), s’appuie sur différentes sciences, comme la biologie, la géologie, les statistiques, etc. Elle est le fruit de la rencontre de la théorie de Darwin avec celle de John Gregor Mendel (1822-1884) qui a découvert les lois de la génétique.
Ernst Mayr (1904-2005) et Georges Gaylord Simpson (1902-1984) pensent que l’évolution se fait de manière graduelle. Elle est le fruit d’une modification progressive et continue des êtres vivants au cours des générations. Pour eux, comme pour Darwin, la sélection naturelle est le principal moteur de l’évolution, car elle privilégie les espèces les mieux adaptées à leur milieu. Mais, ils ajoutent à leur théorie le fait que l’évolution parte d’un fondement génétique. L’évolution serait le fruit de mutations génétiques aléatoires soumises à la sélection naturelle. Ces mutations ne sont transmises à la descendance, via le matériel héréditaire, que si elles sont favorables. Les changements évolutifs sont liés à des mutations qui interviennent de deux façons :
- soit une lignée descendante remplace la lignée ancestrale dans un phénomène de continuité : c’est l’anagenèse.
- soit la lignée ancestrale se scinde en deux lignées descendantes : c’est la cladogenèse. (54)
Dans sa théorie des équilibres ponctués, Stephen Jay Gould (1941-2002) apporte une nuance supplémentaire à la théorie synthétique de l’évolution. Selon lui, l’évolution ne se fait pas de manière continue et graduelle, mais se fait à travers des périodes ponctuelles d’intense activité évolutive suivies de longues périodes de stagnation. Si les transitions entre espèces ont été rapides, il parle alors de révolutions génétiques. Il explique les espèces intermédiaires manquantes comme étant des stades très brefs à l’échelle des temps géologiques. Il y a donc très peu de chances pour qu’elles soient retrouvées.
Dans cette théorie, l’évolution se fait aussi via la sélection naturelle. Si l’environnement et l’habitat sont stables, alors les espèces ne changent pas. L’évolution des espèces se fait à la suite de contraintes extérieures, comme les contraintes climatiques ou encore les maladies… Ce sont des contraintes externes, et non internes, qui semblent être le moteur de l’évolution des espèces (23). Tout en suivant la logique darwinienne, cette théorie insiste sur le hasard et l’imprévisibilité de la diversité des espèces. Ce sont, par exemple, des catastrophes planétaires qui ont libéré des niches écologiques dans lesquelles des espèces se sont installées, puis ont développé leurs spécificités. Sans ces catastrophes, les dinosaures seraient peut-être encore sur Terre. Les mammifères, quant à eux, ne seraient que des espèces insignifiantes et nous n’existerions sûrement pas.

Formulée en 1982 par Yves Coppens (15), l’East side story tente d’expliquer la découverte des premiers hominidés dans l’Est africain. La formation de la Rift Valley a non seulement partagé la population des grands singes hominoïdes en deux, mais a aussi eu des conséquences sur le climat et la végétation.
- A l’est du rift, la sécheresse s’est installée entraînant une modification des conditions de vie. La forêt s’est transformée en savane. La population, habituée à une nourriture abondante et à un environnement boisé, s’est trouvée dans un milieu où il a fallu parcourir parfois plusieurs kilomètres pour trouver de quoi manger. Dans ce nouvel environnement, auraient été sélectionnés les individus les plus aptes à se redresser, puis les bipèdes.
Le développement de la bipédie a entraîné le développement du cerveau et de la denture. Les modifications du milieu ont favorisé un passage vers une alimentation omnivore et le développement du cerveau a favorisé, quant à lui, l’apprentissage de l’utilisation des outils, et de la parole.
- A l’ouest du rift, il n’y a pas eu de changements climatiques, donc aucun besoin d’évoluer. Les espèces sont restées quadrupèdes, scientifiquement des singes hominoïdes (15).
Cette théorie a cependant été mise à mal par la découverte de Toumaï et d’Orrorin, deux de nos plus lointains ancêtres découverts à l’ouest du rift. Yves Coppens a lui-même admis que sa théorie n’avait plus lieu d’être. Certes, une écrasante majorité de nos ancêtres a été découverte à l’est du rift, mais ces deux individus ont semé le trouble.
Selon Anne Dambricourt-Malassé (17), il existe une mutation interne programmée de l’espèce. En travaillant sur la sphère basi-cranio-faciale, elle a découvert le rôle central du sphénoïde, un os du crâne. Cet os est plat chez tous les embryons de mammifères. Chez l’homme également, mais il tourne sur lui-même au terme de la période embryonnaire, sept semaines après la fécondation chez l’Homme. Cela peut s’expliquer par l’action de contraintes locales dues à l’enroulement du tube neural sus-jacent, le futur cerveau. Ce mouvement de rotation du sphénoïde s’observe chez les premiers primates, il y a environ cinquante cinq millions d’années. Il est alors de faible amplitude. Ce processus embryonnaire est mémorisé dans l’ADN. Il est transmis par la mémoire génétique du développement. Par ailleurs, selon la loi dite de Dollo, l’évolution est irréversible.
Dans ce cas particulier, l’évolution ne peut se traduire que par une augmentation de la rotation du couple « tube neural – sphénoïde ». Dans ce cas de figure, elle est nécessairement celle de l’information génétique correspondant à l’amplitude de cette rotation. L’os ne peut donc en aucun cas demeurer plat, ce qui donnerait alors des monstres « avortés ».
Puisque l’évolution existe irréversiblement, cette information génétique évolue encore. Il arrive nécessairement un seuil où le phénomène de rotation correspond à un tel gain de verticalité, qui se distribue de la face au sacrum, que celle-ci est visible après la naissance et impose, au corps de l’enfant, une locomotion au sol, autour d’un axe du corps « verticalisé ». Ainsi, sont apparus les premiers hominidés ou bipèdes permanents.
Les autres axiomes impliquent une locomotion post-natale et il était acquis encore récemment qu’elle était due au développement fœtal du cerveau. Selon Anne Dambricourt-Malassé, il faut chercher une cause plus précoce encore, un processus qui participe au développement des organes, du squelette et de la complexité croissante du cerveau. Pour cette dernière, elle serait embryonnaire.
Le milieu n’est donc pas à l’origine de cette dynamique interne propre aux tissus embryonnaires, ni à la répétition de cette évolution. Il est important bien sûr, mais n’est pas à l’origine de la complexité croissante du système nerveux central, ni de nos capacités de réflexion consciente (17).
Selon cet auteur, l’origine du déclenchement de cette évolution interne serait due au hasard. Confronté à cet événement aléatoire, les systèmes ont des mécanismes de réparation, acquis par « apprentissage », dénommés autopoïèse.
Les premiers scientifiques étudiant la bipédie humaine ont tout d’abord pensé que le changement de milieu aurait été à l’origine de cette évolution. Les Australopithèques seraient passés de la forêt à la savane et se seraient redressés pour avoir un meilleur angle de vision, pour anticiper d’éventuelles agressions ou pour trouver plus facilement leurs proies. En se relevant, ils pouvaient également impressionner leurs adversaires (21).
La bipédie libérant les mains, nos ancêtres pouvaient plus facilement transporter des outils ou des armes.
Cette hypothèse selon laquelle l’individu évolue, et devient bipède, sous la contrainte d’un environnement particulier n’est plus acceptée. De plus, les exemples d’animaux utilisant des outils sans être pour autant bipèdes sont nombreux.
Une simple observation de la faune actuelle nous montre que l’Homme n’est pas le seul à utiliser la bipédie comme moyen de locomotion. Les grands singes comme les chimpanzés, les bonobos ou les gorilles, marchent régulièrement sur leurs deux jambes.
La bipédie n’est donc pas une évolution, mais plutôt un trait commun à tous les hominidés. Cette faculté n’est pas utilisée par tous avec la même fréquence, mais elle est commune. Les premières traces de bipédie semblent remonter à Orrorin (6 millions d’années) qui a laissé un squelette explicite sur ses aptitudes à la marche, caractérisé par un fémur très long couronné par une tête épaisse.
Avec les Australopithèques anamensis, c’est la première lignée de vrais bipèdes qui annoncent l’arrivée de l’Homo ergaster, puis de l’homme moderne.
Une autre lignée regroupe les Australopithèques afarensis et africanus. Si elle conserve des aptitudes au grimper et à la suspension, elle possède également des traits morphologiques pour la bipédie. Cela indique un mode de locomotion mixte et varié suivant la situation.
La bipédie existe depuis plus de 6 millions d’années. Elle est employée aussi bien par nos ancêtres que par de grands singes contemporains. Chez les hominidés, cette aptitude s’est amplifiée au fur et à mesure du temps pour devenir chez les hommes modernes, l’unique moyen de locomotion. Cela n’est donc pas un trait de différenciation.
Contrairement à la pensée générale, plusieurs scientifiques ne voient pas la bipédie comme une acquisition récente des hominidés. Ils pensent au contraire que la bipédie était le principal mode de locomotion de notre ancêtre. Yvette Deloison, chercheur au CNRS, s’est spécialisée dans l’analyse de la mécanique des membres inférieurs des hominidés. S’appuyant sur les études de l’anatomie de nos ancêtres, mais aussi sur celles des grands singes, elle tire les conclusions suivantes :
- la main humaine n’a jamais pu être une patte. Elle est en effet beaucoup plus primitive que celle des grands singes.
- le pied humain est lui, au contraire, très spécialisé pour une marche bipède.
Ces éléments, en tenant compte de la loi de Dollo (irréversibilité de l’évolution), ont amené Yvette Deloison à proposer un ancêtre doté d’une attitude bipède redressée.
Il existe donc de nombreuses théories de l’évolution, mais les connaissances actuelles ne permettent pas d’affirmer si ces théories sont exactes. Elles sont justifiées, jusqu’à preuve du contraire. L’étude espèce par espèce qui suivra pourra démontrer qu’il reste sûrement de nombreuses espèces à découvrir avant de pouvoir finaliser notre arbre généalogique.

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