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Les Français dans l'histoire de la Lituanie

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Description

la Lituanie n'est pas un Etat jeune, puisque son nom est apparu le 14 février 1009. Ce pays reste néanmoins méconnu des Français et pourtant... de 1009 à 2009, du plus humble au plus prestigieux, il est fait ici une galerie de portraits de Français qui, chacun à leur niveau, ont marqué l'histoire de la Lituanie : Edwige d'Anjou, à l'origine de la conversion de la Lituanie au christianisme, Henri de Valois, Henri III, éphémère roi de Pologne, ou encore Napoléon, tant fut grand l'espoir de liberté qu'il apporta en 1812...

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Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2009
Nombre de lectures 152
EAN13 9782336270197
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Mare Balticum
Collection dirigée par Viviane du Castel
La collection « Mare Balticum » vise à faire redécouvrir une région qui se trouve hors du champ traditionnel des intérêts politiques, économiques, voire culturels de la France. Or, depuis 1995, date d’entrée de la Suède et de la Finlande dans l’Union européenne (UE), celle-ci s’est élargie à la région baltique. Ce processus va encore s’amplifier en 2004, avec l’adhésion à l’UE et à l’OTAN de la Pologne, de la Lituanie, la Lettonie et de l’Estonie.
La région concernée est définie comme l’ensemble des pays qui bordent la Baltique : Pologne, Lituanie, Lettonie, Estonie, Finlande, Suède et Danemark, ainsi que les régions russes de Kaliningrad et de Saint-Pétersbourg. Si cette collection n’a pas vocation à traiter des länder du littoral allemand de la Baltique, elle inclut la thématique liée à l’ancienne et profonde influence allemande en Lettonie et Estonie. Depuis la dislocation et la disparition de l’URSS, la région baltique connaît une métamorphose de sa situation géopolitique et géostratégique avec le retour de la Pologne à une véritable indépendance et la renaissance des trois Etats baltes. Ainsi, cette aire expérimente des recompositions politiques, économiques, sociales et culturelles. Les trois Etats baltes, notamment, développent des réseaux de coopération qui constitue autant de moyens pour leur réinsertion dans l’Europe, tout en cherchant à préserver les bases du développement de cultures et d’identités nationales trop souvent opprimées, voire niées.
Si le monde francophone méconnaît trop souvent le monde baltique, l’inverse est beaucoup moins vrai. Aussi, à l’heure des retrouvailles entre Européens, les éditions L’Harmattan ont souhaité combler cette lacune en créant la collection « Mare Balticum ». Celle-ci se donne pour but de présenter les multiples aspects des peuples et des cultures de l’aire baltique en publiant des ouvrages abordant les domaines suivants :
— Littérature (traduction ou bien éditions bilingues et unilingues) : des romans contemporains à la poésie et aux chants populaires ou épiques.
— Histoire et géopolitique. — Géoéconomie. — Thèses et mémoires universitaires. — Ethnographie et linguistique.
Les Français dans l'histoire de la Lituanie

Gilles Dutertre
© L’Harmattan, 2009 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
9782296078529
EAN : 9782296078529
« Vous venez de Lituanie, et vous parlez polonais ? Je ne comprends pas du tout.
Je pensais qu’en Lituanie il n’y avait que des Moscovites. J’en sais encore moins sur la Lituanie que sur la Chine.
J’ai vu une fois un article sur les Lituaniens dans le Constitutionnel
— mais les autres journaux français n’en parlent guère. »
Adomas Mickevičius (Adam Mickiewicz), « Les Aïeux » (1823)
« Qui connaît la Lituanie ? »
L’Echo National , (13 janvier 1923)
« Après tout, les Baltes n’ont été indépendants que pendant vingt ans... »
Roland Dumas, ministre français des affaires étrangères Emission 7 sur 7 (13 janvier 1991)
Sommaire
Mare Balticum - Collection dirigée par Viviane du Castel Page de titre Page de Copyright PRÉFACE INTRODUCTION CHAPITRE PREMIER - LES PREMIERS AVENTURIERS FRANÇAIS AVEC LES CHEVALIERS TEUTONIQUES CHAPITRE DEUX - DES SOUVERAINS FRANÇAIS ESSENTIELS POUR L’AVENIR DE LA LITUANIE CHAPITRE TROIS - REINES DE POLOGNE ET PRETENDANTS MALHEUREUX : LA « NEVERS CONNEXION » CHAPITRE QUATRE - LES SUITES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE CHAPITRE CINQ - LA LITUANIE DANS LA CAMPAGNE DE RUSSIE CHAPITRE SIX - LA LITUANIE SUR LA ROUTE DE SAINT-PÉTERSBOURG CHAPITRE SEPT - UNIVERSITAIRES ET ENTREPRENEURS CHAPITRE HUIT - AUTOUR DE TROIS GUERRES CHAPITRE NEUF - ÉPOQUE CONTEMPORAINE ANNEXES REMERCIEMENTS
PRÉFACE
En juin 1990, la Lituanie était soumise au blocus soviétique. Le Président de Pharmaciens sans frontières Comité International m’a demandé de l’accompagner pour porter, à la demande de la Communauté Lituanienne en France, un camion chargé de médicaments d’urgence.
J’étais loin de me douter que ce premier convoi humanitaire serait suivi de dizaines et dizaines d’autres. D’une mission parmi tant d’autres, la Lituanie est devenue très rapidement le centre d’intérêt de Pharmaciens sans Frontières Drôme-Ardèche.
Pendant 10 ans nous nous sommes retrouvés au croisement de l’humanitaire et du développement économique, côtoyant le politique et aidant de notre mieux le culturel. Tout simplement, nous avons essayé d’être présents et actifs aux côtés de nos amis Lituaniens. Nous leurs apportions non seulement une aide matérielle à travers ces tonnes de médicaments mais aussi un soutien appuyé ici, en France, auprès des Autorités avec l’aide précieuse de la Coordination France-Lietuva que nous avions créée avec Richard BACKIS et Anne-Marie GOUSSARD.
Très rapidement j’ai voulu en savoir un peu plus sur cette Lituanie, cette mystérieuse Lietuva qui s’était extirpée des griffes de « l’ours soviétique » avec une volonté chevillée au cœur et une conviction qui va chercher ses motivations dans le tréfonds de son histoire millénaire. D’abord, j’ai consulté les dictionnaires et les encyclopédies : mais comment ça s’écrit avec ou sans H ? Et Vilnius et ses nombreuses façons de la nommer : Wilna, Vilno?
Je crois qu’on ne peut approcher l’étude de la Lituanie sans avoir une vision globale de ces « marches de l’Europe », mêlant intimement les strates de sa composition multiculturelle à une géographie à géométrie variable. Il ne fallait pas oublier les différentes langues qu’on y a parlé, et les religions qui ont cohabité avec des fortunes diverses, de façon trop souvent très douloureuses. Tout cela pour dire que dans les années 90, il n’était pas aisé de trouver de la documentation en langue française sur ce pays, à la fois si neuf et si chargé d’histoire; cette Lituanie, fille cadette de l’Église mais toujours empreinte d’une mythologie fantastique faisant en arrière plan référence aux divinités ancestrales gravées au plus profond du cœur des Lituaniens.
En novembre 1999, lorsque avec S.E. Asta SKAISGIRYTE-LIAUSKIENE nous avons ouvert le premier consulat honoraire à Valence, nous étions très loin de nous douter que cette ville avait abrité en 1572 l’évêché de Jean de MONTLUC, ambassadeur de Charles IX auprès de la Diète Lituano-Polonaise. C’est lui qui a diplomatiquement négocié et orienté très adroitement l’élection d’Henri de Valois, duc d’Anjou au trône de Pologne et du Grand-duché de Lituanie. Ce dernier s’éclipsera cependant subrepticement à la mort de son frère pour lui succéder et être couronné roi de France sous le nom d’Henri III.
Je me suis mis à fréquenter les bouquinistes et à rechercher tous les ouvrages qui faisaient référence à la Lituanie pour tenter de constituer un fond de livres qui pourrait un jour constituer l’éventuelle ébauche de la bibliothèque d’un centre culturel Franco-Lituanien. En parallèle je travaillais sur les moteurs de recherche d’internet en inscrivant les mots dans toutes les orthographes et dans toutes les langues de sorte à réaliser un catalogue de sites sur lesquels je pouvais me connecter pour me fondre dans son histoire et mieux comprendre l’âme de ce pays au travers de la richesse de sa culture.
Toute cette documentation réunie, nous avons commencé avec Gilles DUTERTRE à partager notre travail et échanger nos informations. Il a d’abord fallu effectuer une analyse et un tri sérieux dans cette masse de documents collectés de sorte à ne conserver que les plus fiables, croisant les sources, les dates, les lieux. Nous sommes enfin arrivés à tisser et suivre ce fil rouge qui motivait notre curiosité montrant ainsi que la France et la Lituanie avaient partagé une histoire - parfois riche mais aussi douloureuse- durant ce dernier millénaire. Il nous paraissait donc intéressant de pouvoir rassembler au sein d’un ouvrage toutes ces personnalités que nous avons trouvées ou découvertes et qui ont participé volontairement —ou non- à l’Histoire commune à nos deux pays.
Bien sûr, nous aurons fait beaucoup d’oublis. Il y a aussi des personnes que nous avons perdues de vue. Je pense à Frédéric JUGEAU qui était coopérant à la faculté de Vilnius en 1990 et qui a fait fonction d’attaché culturel à l’ambassade de France. Il a écrit un article remarqué dans la revue «Autrement» de janvier 1991 sur « les cours de Vilnius ». Il ne faut pas non plus oublier tous ces français rencontrés à cette époque en Lituanie venus à la recherche de leurs racines ou porter de l’aide humanitaire. Beaucoup nous ont souvent rejoints au sein de la Coordination avec enthousiasme, compétence et efficacité et je pense tout particulièrement à Jean, Philippe, Milda et Tony,
Je ne laisserai pas dans l’ombre les hommes politiques qui n’ont pas hésité à venir porter leur soutien appuyé à la Lituanie malgré les réticences gouvernementales de l’époque. Parmi eux, je veux rappeler les Députés Gabriel KASPEREIT, Georges DURAND, Michel PELCHAT sans oublier Michel DESTOT.
Une pensée toute particulière pour deux dames remarquables. La première, Reine BACH qui avait épousé entre les deux guerres un lituanien qui était, en France, le chauffeur de son père. Elle a suivi par amour son mari à Kaunas. Les autorités soviétiques lui ayant confisqué son passeport français, elle a traversé l’occupation, survivant grâce aux leçons particulières de français qu’elle donnait. Elle a formé en particulier de futurs diplomates lituaniens .... Pharmaciens sans Frontières lui a fourni à la fin de sa vie les médicaments dont elle avait besoin avec la complicité affectueuse de Jean Charles et Caroline BERTHONNET. S.E. Philippe de SUREMAIN premier ambassadeur de France après que la Lituanie eût recouvré son indépendance lui a remis avec beaucoup d’émotion son passeport français. La seconde, Francienne LACOME d’ESTALENX qui aurait pu couler des jours tranquilles de retraitée à Paris. Elle n’a pas hésité à monter en Lituanie dès 1992 malgré la rigueur de la vie à cette époque à Vilnius pour enseigner le français et renouer des contacts fructueux avec la Faculté et les associations.
Le nombre des amis de la Lituanie en France croit sans cesse. La proximité entre nos deux histoires, entre nos deux cultures l’explique sans doute.
L’histoire continue.
Pierre MINONZIO
Consul honoraire de Lituanie à Valence
Ancien vice-président et ancien trésorier de Pharmaciens sans Frontières
Comité International
Secrétaire Général de la Coordination des Associations France — Lituanie.
INTRODUCTION
« J’en sais encore moins sur la Lituanie que sur la Chine ».
La constatation que faisait un personnage d’Adomas Mickevičius (Adam Mickiewicz), poète lituanien de langue polonaise, dans « Les Aïeux » en 1823 est — hélas — toujours d’actualité. Il n’est donc pas étonnant qu’en 1919 l’écrivain franco-lituanien Oskaras Milašius (Oscar Milosz) nous invite encore à découvrir la Lituanie : « Venez, je vous conduirai en esprit vers une contrée étrange, vaporeuse, voilée, murmurante. {...} C’est Lietuva, la Lituanie, la terre de Gedymin et de Jagellon... ». Mais ce qui est dramatique, c’est que cette méconnaissance, voire ce mépris, perdure encore aujourd’hui. Il n’est qu’à lire la déclaration péremptoire de M. Roland Dumas en 1991, montrant au plus haut niveau une ignorance coupable de l’histoire de la Lituanie.
Ce pays n’est pourtant pas jeune ; en effet, en 2009, la Lituanie fête le millénaire de l’apparition de son nom. C’est en effet en 1009 que les annales de Quedlinburg mentionnent le récit de la fin mortelle de la mission du moine Brunon de Querfurt : « ... aux limites de la Russie et de la Lituanie (in confino Rusciae et Lituae) ... »
En dépit de cette longue existence, s’il n’y avait eu, fin juillet 2003, la malheureuse affaire de ce chanteur venu y tuer sa compagne actrice, peu de Français sauraient aujourd’hui situer Vilnius et la Lituanie sur une carte d’Europe. Or, ce qui va suivre voudrait montrer que ce ne fut pas toujours le cas, que nombre de Français y sont passés, et que même certains s’y sont installés. Au cours de l’histoire, on notera toutefois une constante, celle d’une certaine incompréhension entre la France et la Lituanie, du fait même parfois de l’ignorance de l’existence de cette dernière ! En effet, on englobait souvent la Lituanie soit dans la Pologne, soit dans la Russie. Même pour Madame Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuel de l’Académie française, la Lituanie est dans la Pologne lorsqu’elle parle des révoltes anti-russes du XIX ème siècle 1 .
Des premiers aventuriers français aux XIV ème — XV ème siècles, jusqu’aux événements souvent douloureux liés aux guerres du XX ème siècle, y compris lors du retour de la Lituanie à l’indépendance, nombreux sont les Français qui, volontairement ou non, ont un jour découvert la Lituanie qui, ne l’oublions pas, s’étendait à son apogée au XV ème siècle de la Baltique à la Mer Noire et fut de tout temps une zone tampon entre le monde slave et le monde germanique, pour ne pas dire leur champ de bataille.
Allons donc à la rencontre de quelques uns de ces visiteurs les plus emblématiques afin d’inciter nos contemporains à suivre leurs traces pour venir découvrir le pays du chevalier blanc et mieux le comprendre.

Remarque
La Lituanie a subi tour à tour les influences, voire les occupations, de ses voisins, principalement russes, allemands et polonais. Celles-ci ont eu des répercussions sur le nom des lieux et des habitants, qui ont de ce fait changé au cours des siècles. Tilsit est ainsi devenue Sovetsk, et Friedland : Pravdinsk. Il y eut par ailleurs un certain « snobisme » des nobles lituaniens à se poloniser (et à poloniser leur nom) après l’Union de Lublin. L’utilisation d’un nom plutôt qu’un autre n’est souvent d’ailleurs pas innocente.
Aussi, pour faciliter la compréhension par le lecteur, il a été fait le choix arbitraire mais pédagogique d’utiliser les noms lituaniens actuels, en précisant, quand cela est nécessaire, le nom usuel local ou de l’époque. Par exemple, je parlerai d’Adomas Mickevičius, afin de rappeler que ce poète est indubitablement Lituanien, tout en précisant son nom polonisé d’Adam Mickiewicz, nom sous lequel il est plus connu en France.
Par ailleurs, il sera écrit Lituanie sans « h » comme le veut la graphie actuelle, sauf dans les citations qui respecteront l’orthographe d’origine.
Les premières populations migrantes, des petits groupes de chasseurs, sont arrivées sur le territoire qu’occupe aujourd’hui la Lituanie environ 10 000 ans avant J.C., après la fonte des glaciers. La première sépulture connue de Lituanie date de 5 871 avant J.C. et se trouve dans la région de Telšiai. Au troisième millénaire avant J.C. apparurent des tribus de migrants venant du sud que l’on appellera les « Virvelininkai » (cordeliers), en raison des motifs ressemblant à des cordes qui apparaissaient sur leurs poteries. Ils amenèrent avec eux une culture différente de celle qui prévalait jusqu’alors. Ce sont les premiers Baltes.
Au premier siècle après J.C., à l’apogée de l’empire romain, arrivèrent sur les côtes sud de la Baltique les premiers marchands romains qui, en échange d’objets en bronze, ramenèrent des chargements d’ambre. En l’an 98, l’historien romain Tacite mentionna pour la première fois le nom d’une peuplade balte, agriculteurs et ramasseurs d’ambre, les Aestes (en lituanien Aisčiai).
Dans la première moitié du V ème siècle, le territoire de l’actuelle Lituanie fut ravagé par des hordes des steppes qui brûlèrent les lieux d’habitation et exterminèrent les habitants. Au VI ème siècle, les peuplades slaves s’établirent rapidement dans la majeure partie de l’Europe de l’Est et réduisirent ainsi l’espace ethnogéographique original des Baltes.
Dès cette époque, sur le territoire de l’actuelle Lituanie, les peuplades baltes se distinguent par des noms différents : Lietuviai, Sėliai, Aukštaičiai, Jotvingiai, Ziemgaliai, Žemaičiai, Skalviai. A la fin du premier millénaire, toutes les ethnies baltes avaient formé une hiérarchie sociale et avaient commencé à s’unir, d’une part face aux Vikings (ou Varègues) sur le littoral, d’autre part face aux slaves de la Rus kiévienne, puis, au X ème siècle, face à l’Etat polonais, au sud.
Enfin, c’est en ce même X ème siècle que les premiers missionnaires chrétiens commencèrent à pénétrer dans la partie Ouest du territoire des Baltes. C’est à cette occasion qu’en 1009 a été mentionné, pour la première fois, le nom de Lituanie dans les sources historiques. En effet, les annales de Quedlinburg (Annales Quedlinburgenses) relatent le récit de la fin tragique de Saint Brunon de Querfurt dans les termes suivants : « Saint Brunon, appelé aussi Boniface. archevêque et missionnaire, fut grièvement blessé à la tête par les païens, dans la onzième année de sa conversion, aux limites de la Russie et de la Lituanie et, avec 18 des siens, s’éleva au ciel le 7 mars » 2 La mission de Brunon avait été organisée par le roi de Pologne, Boleslas 1 er le Vaillant (967-1025), la Pologne étant chrétienne depuis 965, pour convertir les Borusses (ou Vieux-Prussiens) baltes au christianisme.
Durant l’hiver 1183-1184, les Lituaniens commencèrent soudainement une grande campagne dans les terres russes, vraisemblablement parce qu’ils s’étaient unis pour former l’embryon d’un Etat. Dès lors, chaque année, les Lituaniens lancèrent des campagnes, dont l’intensité ne fit qu’augmenter pendant deux siècles. Le XIII ème siècle va s’avérer être le grand tournant de l’histoire de la Lituanie. De taille modeste, elle allait devenir un puissant Etat, dirigé par un roi, Mindaugas (qui règnera de 1253 à 1263), Etat qui deviendra bientôt le plus grand d’Europe centrale et qui affirmera sa puissance face aux Chevaliers Teutoniques.
CHAPITRE PREMIER
LES PREMIERS AVENTURIERS FRANÇAIS AVEC LES CHEVALIERS TEUTONIQUES
A l’origine institution charitable, l’hôpital de Sainte-Marie des Allemands à Jérusalem remplit d’abord une mission d’assistance auprès des pèlerins venus du monde germanique en Terre Sainte, notamment après la troisième croisade (1189 — 1191), consécutive à la prise de Jérusalem par Saladin (30 septembre 1187). Mais dès 1193, le caractère militaire de l’institution apparut. C’est le Pape Innocent III qui clarifia le statut de l’Ordre dans un document pontifical du 19 février 1199. Son nom officiel perdurera, mais l’appellation Ordre Allemand ou Teutonique ( der Deutsche Orden ) ou Ordre des Chevaliers Teutoniques ( der Deutsche Ritterorden ) s’imposera peu à peu dans le langage courant. D’abord implanté en Terre Sainte, l’Ordre acquerra au XIII ème siècle de vastes domaines en Méditerranée et en Allemagne.
C’est pendant l’hiver 1225 — 1226 que le Grand Maître de l’Ordre Teutonique, Hermann von Salza, alors à Rome à la cour de l’empereur Fréderic Il, reçut la visite d’envoyés du duc Conrad 1 er de Mazovie, conduits par l’évêque de Prusse, Christian. Ils venaient solliciter l’aide de l’Ordre pour assurer la défense des frontières Nord de la Pologne chrétienne, contre les attaques des Borusses païens. Après bien des hésitations, ce n’est qu’à partir de 1230 que les premiers Chevaliers Teutoniques arrivèrent en Prusse, bientôt suivis par des colons. Memel, future Klaipéda, fut fondée en 1242, Königsberg, actuelle Kaliningrad, en 1255, et Marienburg (aujourd’hui Malbork en Pologne), qui deviendra plus tard capitale de l’Ordre, verra le jour en 1276. En 1290, la conquête de la Prusse était achevée, la plupart des Borusses exterminés et remplacés par des colons allemands qui allèrent jusqu’à leur voler leur nom de Prussiens.
La tactique des Teutoniques était simple : « baptiser par le feu et par le glaive {...} en même temps confisquer les terres, asservir les paysans, se payer enfin de tant de peines par les trésors dont ils savaient la Lithuanie abondamment pourvue : ses femmes, son ambre et ses chevaux » 3 .

Les lettres de Gediminas 4
Gediminas naquit vers 1275 et devint grand-duc de Lituanie (Gedeminne Dei gratia Letphanorum Ruthenorumque rex, princeps et dux Semigallie) après la mort de son frère Vytenis en 1316. Comme son titre l’indique, il régnait sur un territoire déjà vaste comprenant la Lituanie ethnique proprement dite, la Samogitie et la Ruthénie (Ukraine et Belarus actuelles). Mais ces possessions étaient entourées d’ennemis, dont les Chevaliers Teutoniques et les Chevaliers Livoniens 5 .
Furieux des incursions permanentes des Teutoniques, le grand-duc Gediminas envoya, à la fin de 1322, au Pape Jean XXII, qui réside alors à Avignon, une supplique pour lui demander sa protection. Dans cette lettre, il informait le Pape que les Dominicains et les Franciscains avaient déjà reçu le privilège de prêcher la parole de Dieu et de baptiser en Lituanie, et il s’annonçait prêt à recevoir la foi chrétienne. Suite à une seconde lettre, le Pape répondit favorablement (1 er juin 1324) et dépêcha en Lituanie deux légats munis d’instructions précises pour assurer la conversion du pays et, au besoin, l’excommunication des Teutoniques. Selon certaines sources, ces légats étaient deux Français, Bartholomée, évêque d’Alet (entre Limoux et Quillan), et Bernard, abbé bénédictin du Puy. C’est par eux que se serait manifestée pour la première fois l’influence de la France en pays balte.
Les deux prélats entamèrent aussitôt leur œuvre bienfaisante, abordant la région à Riga à l’automne 1324, et des traités étaient déjà sur la bonne voie. Mais, pour les Teutoniques, cette apparente volonté de conversion n’était qu’une ruse de Gediminas pour se débarrasser d’eux. Et ils n’eurent pas de mal à démontrer l’ambiguïté de sa position, païen régnant sur des païens de Samogitie, des orthodoxes de Ruthénie et des catholiques de Mazovie. Aussi Gediminas renonça à chercher un terrain d’entente avec les chrétiens, mais il réussit à convaincre les légats du Pape que la difficulté de sa position l’obligeait à reporter sa conversion. Les légats, confiants, réussirent à arracher une paix de 4 ans entre le Grand-duché et ses voisins et approuvèrent le traité de paix entre Gediminas et l’archevêque de Riga.
Au passage, on soulignera que ces deux légats, apparemment français, sont les premiers étrangers connus à se rendre à Vilnius, la capitale lituanienne depuis 1323, qu’ils ont atteinte en novembre 1324, le samedi suivant la Toussaint.
Il est par ailleurs supposé que des moines eux aussi français soient venus à Vilnius après que le grand duc Gediminas ait, à partir de janvier 1323, envoyé des lettres aux moines, commerçants, artisans et agriculteurs de toute l’Europe pour les inviter à venir s’établir en colons en Lituanie. Il précisait son intention de se convertir à la religion catholique et indiquait que trois églises avaient déjà été édifiées à Vilnius et à Nowogrodek (Naugardukas en lituanien, aujourd’hui au Belarus).
Gediminas décéda au cours de l’hiver 1341, sans doute à l’occasion d’un coup d’état. Ses obsèques par crémation, avec sacrifices humains, semblent montrer qu’il n’avait jamais abandonné sa foi païenne. Il laissera toutefois l’empreinte d’un souverain avisé.
De leur côté, les Teutoniques appelèrent des renforts de toute l’Europe pour recevoir de l’aide, afin de « convertir les terribles barbares lituaniens, vivant entre la Vistule et le Niémen ». Dès 1335, des raids sont effectués régulièrement, avec la participation de guerriers de France, du Hainaut et de Bourgogne. Lors de l’hiver 1335-1336, on cite pour la première fois un « certain gentilhomme de France » , sans que l’on en connaisse le nom. De 1344 à 1382, les Chevaliers ne se ruèrent pas moins de 96 fois sur la Lituanie, pillant, rançonnant, brûlant !
Parmi ceux-ci, on citera le Maréchal Jean II Le Meingre de Boucicaut (1364 — 1421), fait chevalier le 27 novembre 1382, Chambellan de France en 1390 et Maréchal de France le 23 décembre 1391. Il accompagnait Jean sans Peur, futur duc de Bourgogne, à la bataille de Nicopolis contre les Turcs en 1396, bataille qui marqua la fin des croisades en Terre Sainte. Il conduisit surtout 3 raids séparés depuis la Prusse contre les païens, donc vraisemblablement contre les Lituaniens, mais on ne sait pas exactement quand. Commandant l’avant-garde à la bataille d’Azincourt en 1415, il fut fait prisonnier et emmené en Angleterre où il mourut le 21 juin 1421. L’histoire ne dit pas si le maréchal de Boucicaut, archétype de la vertu chevaleresque, avait finalement remboursé un prêt contracté auprès des frères de Prusse et qui, 25 après, courait toujours.....
Un autre grand seigneur, Jean de Blois , s’acquitta par deux fois du voyage de Prusse (1362-1363 et 1368-1369).
Mais surtout, un des premiers Français identifiés comme étant venu en Lituanie aux côtés des Teutoniques, et surtout qui en ait parlé, serait Guillaume de Machaut . Mais c’est enfin Guillebert de Lannoy qui est intéressant, car il a laissé des récits et des descriptions détaillés de ses deux voyages en Lituanie.

Guillaume de MACHAUT (vers 1300 — 1377)
Né probablement dans la région de Reims (son lieu de naissance serait le village de Machault, à environ 40 km de Reims), Guillaume de Machaut fut une figure majeure du XIV ème siècle français dans le domaine des lettres comme dans celui de la musique. Il peut être considéré historiquement comme le premier grand compositeur français et comme l’un des plus grands poètes de son temps.
Mais à l’âge de 23 ans, Guillaume entre au service de Jean 1 er de Luxembourg (1296 — 1346), Roi de Bohème, lui-même à demi Français par son éducation à la cour de France, dont il sera le secrétaire de 1323 à 1346. Avec lui, il acquiert l’amour de la fauconnerie, de la chevalerie et des aventures. Car, en butte à l’hostilité de la noblesse tchèque, Jean de Bohème abandonnera à celle-ci l’administration du royaume et préfèrera passer sa vie à parcourir l’Europe, vie fastueuse et aventureuse. Jean 1 er était pour Guillaume le modèle idéal du chevalier large et généreux, hardi et vaillant, symbole des valeurs anciennes, dont le poète déplorait (déjà !) le déclin. Nombre des œuvres de Guillaume de Machaut, comme Le jugement du roi de Bohême , sont dédiées à son protecteur.
En 1329, 1337 et 1345, Jean de Luxembourg et Guillaume de Machaut se rendent en Lituanie, aux côtés des Chevaliers Teutoniques. 1329 est la première année après l’expiration de la trêve de 4 ans obtenue par les légats du Pape entre le Grand-duché de Lituanie et ses voisins. Dans ses œuvres, Guillaume de Machaut mentionne plusieurs fois la Lituanie et évoque ses impressions de la campagne hivernale contre les Lituaniens païens « par les glaces en Letoe ». C’est d’ailleurs en Lituanie que Jean de Luxembourg contracte une sorte d’inflammation oculaire, probablement due aux fièvres des marais. Le médecin consulté, lui aussi français, ne fera qu’aggraver le mal et le Roi en colère ordonnera de le noyer.
En 1340, Jean de Luxembourg est opéré par les meilleurs médecins à Montpellier et devient ..... complètement aveugle et reçoit de ce fait le surnom de Jean l’aveugle. Ce qui ne l’empêchera pas de continuer à combattre. En 1346, il vient ainsi aider le Roi de France Philippe VI, avec qui il avait grandi, contre le Roi d’Angleterre Edouard III qui, en débarquant le 12 juillet en Normandie à la tête de 15 000 hommes, menace Paris. Jean 1 er de Luxembourg sera tué à la bataille de Crécy le 26 août 1346 en chargeant les Anglais à la tête des chevaliers de Bohême, dont les chevaux avaient été attachés entre eux pour permettre au Roi de garder la cohésion avec eux. Des cinquante chevaliers qui suivirent le Roi, aucun ne revint. Cette charge aveugle, irraisonnée, exemple même d’un suicide pour l’honneur, symbolisera la quintessence de l’esprit chevaleresque.
Guillaume de Machaut, chanoine de Reims depuis 1333, grâce à l’intercession du « bon Roi de Bohême » auprès du pape Jean XXII, ne se consacrera plus alors principalement qu’à son œuvre poétique et musicale. Toutefois célèbre et très demandé, il n’aura aucun mal à trouver des « protecteurs », et tout d’abord Bonne de Luxembourg, fille de Jean 1 er , épouse du futur Roi de France Jean le Bon. Il sera reconnu dans toute l’Europe comme un « poète », terme réutilisé pour lui pour la première fois depuis les auteurs de l’Antiquité. Mais il fut donc aussi le premier « touriste » français connu à visiter la Lituanie.
Machaut survécut à la peste noire qui dévasta l’Europe et vécut ses dernières années dans sa maison à Reims où il s’éteignit en 1377.

Guillebert de LANNOY (1386 — 1462)
Né en 1386, Guillebert de Lannoy, sire de Santes, Willerval, Tronchiennes, Beaumont et Wahégnies appartenait à une famille illustre. Son frère aimé de deux ans, Hugues, fut successivement conseiller et chambellan de Jean sans Peur (duc de Bourgogne), gouverneur de Lille, puis grand-maître des arbalétriers de France. La famille comptera 16 chevaliers de la Toison d’or 6 , dont Guillebert et ses deux frères, Hugues et Baudouin.
Initié dès 13 ans à l’art de la guerre, Guillebert participe très tôt à des conflits locaux et à des expéditions militaires en Angleterre dans le cadre de la guerre de Cent Ans. Durant les années 1405-1406, il effectue un pèlerinage en Terre Sainte, à la suite de son mentor, Jean de Werchin, sénéchal de Hainaut. Il fera par la suite trois voyages en Espagne dont l’objectif sera de combattre les musulmans. Mais déjà apparaît une caractéristique chez Guillebert ; il profite d’une trêve pour aller visiter le royaume de Grenade, c’est-à-dire en territoire ennemi, où il est reçu par le sultan.

1 er voyage en Lituanie
En mars 1413, à 27 ans, il quitte son château de l’Ecluse (près de Lille) afin de combattre, aux côtés de l’Ordre Teutonique, les « mescreants » de Lituanie. Il est intéressant de noter que Guillebert vient en Lituanie non seulement après la conversion officielle de celle-ci (1387), mais aussi après que Vytautas ait écrasé les Teutoniques à la bataille Zalgiris (1410). Mais il semble que ce type de voyage soit très populaire à l’époque (XII ème siècle — XIV ème siècle) chez les jeunes chevaliers afin qu’ils puissent prouver leur vaillance, acquérir la gloire et..... des indulgences accordées par l’Eglise. Guillebert débarque à Danzig (Gdansk), rencontre le grand-maître de l’Ordre Teutonique à Marienburg (Malbork), mais apprend que le raid (« Reise » en allemand) contre les Lituaniens est ajourné. Il va alors rendre visite au roi de Danemark avant de revenir à Marienburg, puis de continuer à voyager (Elbing, Königsberg), en attendant une hypothétique expédition militaire contre les païens.
C’est finalement lors d’un premier « Reise », contre le Roi de Pologne et un de ses vassaux, le duc de Poméranie, que Guillebert est blessé et est adoubé chevalier.
Toujours poussé par son envie de voir le monde, il décide alors de partir faire du tourisme. Partant de Danzig, via Königsberg, il parcourt les dunes de Neringa et arrive à Memel (aujourd’hui Klaipèda). Il y est pendant l’hiver 1413 et a de la chance, car le Grand-duc lituanien Vytautas rasera la forteresse de Memelburg en 1414 ! Il ne visite pas Palanga car, peu de temps avant, les Samogitiens (Zemaiciai) avaient capturé un détachement germanique et avaient noyé les captifs dans la rivière Šventoji. La zone côtière jusqu’à Liepaja lui semble déserte. Se rendant à Riga, il apprend là encore que le « Reise » est annulé, car il semble que la branche livonienne des Chevaliers Teutoniques respecte la paix conclue avec le Grand-duché de Lituanie. Il continue alors son voyage vers Cēsis, Valmiera, Narva et Novgorod, qui l’étonne (« merveilleusement grand »). Il note que les hommes de Novgorod, alors capitale de la République éponyme, achètent et vendent leurs femmes au marché !
Puis le froid l’incite à revenir découvrir la Lituanie, via Pskov, le lac Peïpous, Tartu et Daugavpils. De Narva à Daugavpils, il se déplace en traîneau.
Il se rend à Vilnius car il veut « veoir le royaume de Letau » et rencontrer « le duc Witholt roy de Letau et de Samette et de Russie ». Cette démarche peut paraître étonnante, mais il faut savoir qu’à cette époque un ennemi n’était un ennemi que sur le champ de bataille. Apparemment, le Grand-duc Vytautas était absent de sa capitale. Guillebert ne peut toutefois pas s’empêcher d’avoir une grande admiration pour celui qui « a conquesté douse à trese que royaumes, que païs à l’espée . ». Il remarque un château en bois sur une colline et note qu’au-delà des murailles du château, et à l’exception de quelques églises, les maisons sont toutes en bois. Mais le plus important est que Guillebert puisse voir de ses propres yeux que la Lituanie n’est pas un pays « Sarrazin ».
Il décide enfin de rentrer en France via tout d’abord Trakai. Outre le château insulaire « fait de briques à la manière de France », il observe que des Tatares, des Germains, des Russes et un grand nombre de Juifs, bien que parlant chacun leur propre langue, vivent ensemble. C’est une image de la Lituanie multiconfessionnelle et multiculturelle qui perdurera durant des siècles. Il note même que de nombreux Tatars vivent à Trakai et qu’ils sont « de vrais Sarrazins, n’ayant aucune connaissance des enseignements de Jésus-Christ ».
Il continue en traîneau sur le Niémen gelé vers Kaunas, Ragainė (aujourd’hui dans l’enclave russe de Kaliningrad), Königsberg, Danzig, Toruń et réussit à rencontrer le roi de Pologne Ladislas Jagellon (Jogaila), qui le traite luxueusement pendant 8 jours. Le paradoxe veut que lui, chevalier bourguignon, soit chargé par le Roi de Pologne, qu’il était venu combattre, d’une ambassade auprès du Roi de France, alors que le duc de Bourgogne venait précisément de s’allier à l’Angleterre contre le Roi de France ! Dans sa lettre, Jogaila se plaint que le Roi de France n’a jamais envoyé d’Ambassadeur à sa cour ! Guillebert continuera son voyage via la Silésie, la Bohême et l’Autriche. Mais, en cours de route, il décide d’aller en Irlande via l’Angleterre pour rendre hommage à Saint Patrick !
2 ème voyage en Lituanie
En 1421, Guillebert de Lannoy atteint le sommet de sa carrière. Il est chargé par Philippe le Bon, devenu duc de Bourgogne en 1419, d’effectuer une reconnaissance militaire de plusieurs villes et ports de l’Egypte et des Lieux Saints. En outre, il s’y rend par voie terrestre car il est chargé, par les souverains français et anglais, de remettre des lettres aux différents princes d’Europe de l’Est afin de les inciter à la croisade.
Guillebert quitte une nouvelle fois son château de l’Ecluse et voyage via la Hollande, la Westphalie, Hambourg, Lübeck et la Pomeranie vers Danzig. Mais, cette fois, il a sept aides, venus par voie maritime, qui transportent des cadeaux (qui sont offerts au seul nom du roi d’Angleterre), car il s’agit d’une ambassade de paix. Il reste 6 jours au camp de Jogaila à Oysemmy près de Lwôw, puis trouve début juin 1421 le grand duc Vytautas à Kremieniec en Volhynie (Ouest de l’Ukraine actuelle) où il est reçu magnifiquement. Il ne se lasse d’ailleurs pas de louer la munificence des souverains polonais et lituanien à son égard. Il est toutefois choqué de voir le laxisme spirituel de Vytautas, le trouvant en train de dîner avec des « Sarrazins infidèles », mangeant à la fois du poisson et de la viande un vendredi !
Venu en tant que combattant lors de son premier voyage, Guillebert de Lannoy s’est mué en diplomate lors du second. Il continue son ambassade vers la Crimée et Constantinople, via la Galicie et la Podolie (provinces dépendant du Grand-duché de Lituanie), puis se rend en Egypte et dans les Lieux Saints pour y effectuer sa reconnaissance militaire et en même temps un pèlerinage.
Il revient vers Londres via Venise et l’Allemagne. Mais le roi d’Angleterre, Henri V, était mort le 31 août 1422, et une expédition contre les Turcs n’était plus d’actualité.
Guillebert de Lannoy décèdera, lui, le 22 avril 1462 ; il est enterré dans l’église Saint-Maurice à Lille. Son long voyage était terminé..... Les récits de ses aventures ont été compilés après sa mort par son chapelain, se référant aux notes que Guillebert avait prises toute sa vie, récits publiés sous le titre « Voyages et ambassades de Messire Guillebert de Lannoy. 1399 — 1450 ».

Le devenir de l’Ordre Teutonique
Le 27 septembre 1422 fut conclue la paix du lac de Melno avec l’Ordre Teutonique. La Lituanie recouvra la Samogitie, mais l’embouchure du Niémen et la ville de Memel / Klaipêda demeurèrent germaniques, et ce jusqu’en 1923. Les combats ne s’arrêtèrent pas pour autant et il fallut attendre le 31 décembre 1435 pour que soit signé le traité de Brest en Cujavie ( Brześć Kujawski ), instituant une paix permanente entre l’Ordre Teutonique d’une part, et la Pologne et la Lituanie d’autre part.
En 1525, sous la direction du grand-maître Albert de Brandebourg-Ansbach, l’Ordre Teutonique sera sécularisé et deviendra le duché laïc de Prusse (traité de Cracovie, 8 avril 1525). De son côté, le maître de Livonie, Gotthard Kettler, reniera l’habit teutonique le 28 novembre 1561 et deviendra duc de Courlande et de Sémigalle (Zemgale en letton), sous suzeraineté polonaise.
Par décret impérial du 24 avril 1809, Napoléon 1 er supprimera purement et simplement l’Ordre Teutonique sur le territoire de la Confédération du Rhin. Celui-ci renaîtra en 1834 sur les terres de la monarchie autrichienne en tant qu’institut militaro-religieux autonome. Il existe toujours aujourd’hui en tant qu’ordre religieux, et son 65 ème grand-maître depuis le 25 août 2000 est Bruno Platter, un docteur en théologie.
La Lituanie atteint son apogée sous le Grand-duc Vytautas, qui sera dénommé plus tard Vytautas le Grand (Vytautas Didysis), et qui régnera de 1392 à 1430. L’Empereur Sigismond de Luxembourg offrit même à celui-ci de se faire couronner Roi de Lituanie. Les nobles polonais empêchèrent le passage de la couronne et des actes juridiques à la frontière car ils considéraient, sans doute à juste titre, que la Pologne perdrait son influence sur un royaume de Lituanie. Vytautas décéda le 27 octobre 1430, avant qu’une deuxième couronne n’arrive. Ce fut le premier d’une série d’incidents, pouvant aller jusqu’à des conflits majeurs, qui opposeront la Lituanie et la Pologne tout au long de leur histoire commune.
En 1478, c’est le grand prince de Moscou, Ivan III le Grand, qui initie l’expansion de la Moscovie en réclamant les terres russes de Lituanie. De 1487 à 1494 un conflit de frontières a lieu entre les deux Etats, suite auquel la Lituanie perd les terres en amont du fleuve Oka 7 . De cette époque date le reflue du territoire lituanien et, là aussi, le début d’une longue série de conflits entre la Russie et la Lituanie.
En 1499 fut conclue l’Union de Cracovie et Vilnius entre les deux souverains, polonais et lituanien. Il était décidé que : Les deux Etats s’apporteraient une aide réciproque en cas d’attaque d’un ennemi commun Aucun des deux Etats ne déclarerait la guerre sans l’accord de l’autre Les dirigeants de chacun des Etats ne seraient pas choisis sans le conseil et l’assentiment de l’autre Etat.
En contrepartie, le Grand-duché de Lituanie recevait une plus grande autonomie. Cette autonomie faillit être remise en cause par l’accord de Melnik de 1501 (union de la Lituanie et de la Pologne dans un seul Etat), mais lequel ne fut pas ratifié par le Sénat lituanien en 1505. Ce ne fut que partie remise, avec la signature de l’Union de Lublin, le 1 er juillet 1569, par laquelle les deux pays s’unissaient en un seul Etat, la République des deux Nations (en polonais « Rzeczpospolita Obojga Narodów », en lituanien « Abieju Tautų Respublika »), dont le souverain devenait électif avec une politique étrangère et une Diète communes, la justice, les finance et l’armée restant sous la responsabilité de chaque entité.
Parallèlement, la culture spécifiquement lituanienne se développait. On soulignera notamment que le premier livre écrit en lituanien, le catéchisme de Martynas Mažvydas (Catechismvsa prasty szadei, makslas skaitima raschta yr giesmes), fut imprimé à Königsberg en 1547, bien que la première imprimerie de Lituanie date de 1522. Mais surtout, en 1570, les Jésuites fondèrent le Collège d’études supérieures, qui deviendra l’Université de Vilnius le 1 er avril 1579.
Durant cette période, deux souverains Français ou d’origine française marqueront durablement la Pologne et la Lituanie.
CHAPITRE DEUX
DES SOUVERAINS FRANÇAIS ESSENTIELS POUR L’AVENIR DE LA LITUANIE

Edwige d’Aniaa l1374 -17 iuillet 1399)
Edwige d’Anjou est mieux connue en Lituanie et en Poiogne sous le nom de Jadwiga. Mais c’est une descendante de Charles 1 er d’Anjou (1227 — 1285), frère du Roi de France Louis IX (Saint Louis). Au XIV ème siècle, la maison d’Anjou règne sur la plus grande partie de l’Europe centrale, occupant les trônes de Naples et Deux Siciles, de Hongrie, de Croatie et de Pologne. Mais à la mort du Roi Louis 1 er dit le Grand, le 10 septembre 1382, le royaume doit être partagé entre ses filles, car les nobles de Pologne ne voulaient pas continuer l’union personnelle avec la Hongrie. L’aimée, Marie (née en 1371), reçoit la Hongrie et Edwige/Jadwiga devient alors « Roi » de Pologne ( Hedvig Rex Polonice, et non pas Hedvig Regina Poioniœ ) à l’âge de 10 ans, le 16 novembre 1384 8 .
En 1378, Jadwiga avait été promise à Wilhelm de Habsbourg, et elle avait même passé un an à la cour impériale à Vienne. Mais, à peine Jadwiga couronnée, de nouveaux prétendants se révèlent. Wilhelm de Habsbourg quant à lui se présente en 1385 à Cracovie avec l’intention de consommer le mariage, alors que la jeune Reine n’a que 11 ans ! Le Grand duc de Lituanie, Jogaila, petit-fils de Gediminas, afin de se renforcer à l’extérieur contre les Chevaliers Teutoniques et à l’intérieur contre son cousin Vytautas, propose à son tour le mariage, mariage assorti d’une promesse de conversion de lui-même et de son peuple au catholicisme.
Le 14 août 1385 est conclu entre la Lituanie et la Pologne l’Acte d’Union de Krèva (aujourd’hui Kp Ba au Belarus) qui établit principalement que Jogaila et toute la nation lituanienne accepteront le christianisme, que Jogaila épousera Jadwiga et qu’il sera couronné roi de Pologne. En outre, la Lituanie et la Pologne seront unies en tant que deux Etats séparés avec un roi commun. Mais ce dernier point donna lieu à des interprétations différentes, le tenue latin d’ applicare étant traduit différemment suivant que l’on était en Pologne ou en Lituanie. Pour les Polonais, il signifiait purement et simplement l’annexion de la Lituanie à la Pologne, pour les Lituaniens ce n’était qu’un accord temporaire d’alliance. Ce point fait encore débat aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, il est évident que cet accord n’apporta qu’avantages à la Pologne et inconvénients à la Lituanie.
Une fois l’acte de Krèva signé, les choses vont aller très vite. Le Grand duc Jogaila fait son entrée à Cracovie le 14 février 1386 , entouré de ses frères et de son cousin (et néanmoins ennemi) Vytautas. Les habitants furent impressionnés par la richesse des vêtements et des chevaux (transportant les présents pour la mariée) ; il faut dire que même Jadwiga avait envoyé un de ses chevaliers en Lituanie, Zawisza le Rouge, pour vérifier que son futur mari était bien un humain et non pas une créature velue, cruelle et non civilisée! Au contraire, il apparut que Jogaila était une personne exceptionnellement propre, se lavant et se rasant tous les jours, et ne buvant jamais d’alcool !
Jogaila et sa suite reçoivent le baptême le 15 février 1386 dans la cathédrale du Wawel à Cracovie et reçoit le nom de Vladislovas (Wladyslaw), Vytautas celui de Aleksandras (Alexander). Trois jours plus tard, Jogaila/Wladyslaw épouse Edwige/Jadwiga (qui, rappelons-le, a alors 12 ans). Le 4 mars 1386 , il est couronné Roi de Pologne sous le nom de Wladyslaw Il Jagiello et c’est le début de la dynastie connue en France sous le nom de Jagellon. Le mari apportait en dot sa patrie à sa voisine quatre fois moins grande. C’est comme si le roi Charles VIII de France, en épousant Anne de Bretagne, avait annexé la France à la Bretagne et non pas le contraire ! Le pays connaîtra toutefois une période de gloire et de prestige, malgré les tentatives de déstabilisation toujours conduites par l’Ordre Teutonique. Un analyste polonais, Stanislaw Mackiewicz, reconnaît même honnêtement que c’est la dynastie lituanienne des Gediminaičiai (issus de Gediminas) qui a réellement créé la nation polonaise; il considère que le fils de Jogaila, Casimir (le père de Saint Casimir) est le plus grand roi qui ait jamais dirigé la Pologne !
A l’automne 1386, Jogaila, Vytautas, les nobles lituaniens et le clergé polonais voyagèrent vers la Lituanie. Le 1 er février 1387 était créé l’évêché de Vilnius. Les pratiques païennes furent interdites (mais elles perdureront secrètement) et la nouvelle religion chrétienne fut enseignée par le clergé polonais avec l’aide d’interprètes, au rang desquels on peut même compter Jogaila, puisqu’il est dit qu’il traduisit en lituanien le « Notre Père » et le « Credo ».
Le 19 avril 1389, le Pape Urbain VI reconnaissait la Lituanie comme un Etat catholique. Ainsi, grâce à Edwige, issue de la fille aimée de l’Eglise, la France, la Lituanie en est devenue la fille cadette, car elle fut la dernière christianisée en Europe.
Jogaila/Wladyslaw et Jadwiga régnèrent en cosouverains et, bien que Jadwiga ait eu probablement peu de pouvoir réel, elle aurait pris malgré tout une part active dans la vie politique et culturelle de la Pologne. Il est même dit qu’elle aurait conduit deux expéditions militaires victorieuses en Ruthénie rouge en 1387 (elle avait alors 13 ans !).
Le 22 juin 1399, Edwige met au monde une fille, Elisabeth Bonifacia, qui ne vécut que trois semaines ; sa mère la rejoint peu après dans le tombeau puisqu’elle décède le 17 juillet 1399. Sa bonté, sa générosité et sa foi la firent rapidement vénérer par son peuple, mais ce n’est que le 8 août 1986 qu’elle sera béatifiée et que le 8 juin 1997 que le Pape Jean-Paul II procédera à sa canonisation à Cracovie. Elle est le Saint patron des reines et de l’Europe unie.
Avec Edwige s’est éteinte la dynastie des Anjou d’Europe centrale, mais aussi celle des Piast. Les descendants de Jogaila resteront, eux, sur le trône de Pologne jusqu’au 7 juillet 1572, à la mort de Zygimantas III Augustas. Ils seront remplacés, certes brièvement, mais étonnant retour de l’histoire, par un prince français, Henri de Valois, connu en Lituanie sous le nom de Henrikas Valua, futur Roi de France Henri III.

Henri de Valois (1551 — 1589)
Henri de Valois était le troisième fils du Roi de France Henri II et de Catherine de Médicis. Le Roi Henri II ayant été tué au cours d’une joute en 1559, son fils aimé François II lui succède à 15 ans mais, de santé fragile, il décède un an après. Le second fils Charles IX monte alors sur le trône à l’âge de 10 ans.
Dès 1570, Charles IX, alors âgé de 20 ans, supportait avec peine la tutelle de sa mère, Catherine de Médicis. Il était surtout jaloux de son jeune frère Henri, duc d’Anjou, et voulait à tout prix l’éloigner du royaume. Par ailleurs, des astrologues avaient prédit à Catherine qu’elle verrait tous ses fils sur un trône. Catherine de Médicis, dévorée d’ambition pour son fils préféré, se mit alors en quête d’une couronne. Un projet d’union avec Elisabeth d’Angleterre tint un moment la corde, mais ne fut pas couronné de succès. Catherine eut même une idée singulière : obtenir du sultan Selim II l’investiture du royaume d’Alger pour Henri ! L’évêque de Valence, Jean de Montluc, lui fit sentir l’extravagance de cette idée et lui soumit le plan de faire du duc d’Anjou le successeur de Sigismond II, roi de Pologne (en lituanien Zygimantas Augustas, en polonais Zygmunt II August).
En 1572, la Reine mère Catherine de Médicis commence à prendre au sérieux l’idée de faire d’Henri, qui a alors 21 ans, un Roi de Pologne en lui faisant épouser Anna, la sœur quadragénaire du Roi Zygimantas.
Au début de 1572, la Reine mère envoie à Cracovie, alors capitale de la Pologne, Jean de Montluc, seigneur de Balagny. 17 ans, fils naturel de l’évêque de Valence, accompagné du secrétaire particulier du dit père, Jean Choisnin , et de deux autres gentilshommes (un du nom de Charbonneau et le bailli de Valence, Just du Bayle), pour explorer le terrain en se faisant passer pour un étudiant (qu’il était effectivement à Padoue). Après être allé voir l’archiduc Ferdinand d’Autriche et son frère, l’Empereur du Saint-Empire, Maximilien II, pour donner le change, la petite troupe se dirigea vers la Pologne où la peste sévissait. Le roi Sigismond II / Zygimantas était d’ailleurs allé se réfugier en Lituanie « en un sien chasteau appelé Knichin, qu’il aimoit fort », se souvenant sans doute qu’il était un descendant de Jogaila, Grand-duc de Lituanie. Les Français se rendirent alors en Lituanie, où ils furent très bien traités, « car il fault confesser que cette nation surmonte en civilité et courtoysie toutes les autres ». Mais ils ne verront pas le roi qui meurt le 7 juillet 1572.
Apprenant la mort de Zygimantas, Catherine de Médicis envoie alors le père de Balagny, Jean de Montluc. évêque de Valence , pour négocier l’élection d’Henri. Car, suite à l’Union de Lublin, la couronne était devenue élective. Dans L’observateur en Pologne , Hubert Vautrin souligne que, « ce fut dans le seizième siècle que la couronne, devenue élective, introduisit la vénalité et la corruption. Les étrangers briguant le trône répandirent de l’argent et des titres d’honneur ».
L’évêque de Valence quitte donc Paris, sept jours avant la Saint-Barthélemy et ce sera le plus grand obstacle qu’il aura à vaincre pour disculper le duc d’Anjou de la part qu’on l’accusait, à Cracovie, d’y avoir prise. Les autres candidats avaient pour la plupart de puissants moyens de succès ; c’étaient l’archiduc Ernest, fils de l’empereur Maximilien II, Jean Basilovitz, tsar de Moscovie, Jean, roi de Suède, le duc de Prusse et le prince de Transylvanie. Montluc sut faire sentir aux Polonais que les trois premiers pouvaient menacer leur liberté et que les deux autres n’avaient pas en Europe une consistance suffisante. D’après Jean Choisnin, Montluc n’eut même pas besoin de se servir de moyens de corruption ! Henri fut élu roi de Pologne le 9 mai 1573 par plus de trente mille gentilshommes, sans toutefois, d’après Ihar Lalkoù 9 , l’appui des Lituaniens. Lorsqu’il revint de cette ambassade, M. de Montluc reçut un don de 100 000 livres tournois de la part du roi Charles IX, en récompense des services rendus, principalement l’élection du duc d’Anjou au trône de Pologne.
Mais il faut dire que, pour monter sur le trône, le postulant dut accepter les conditions posées par la noblesse. Henri de Valois dut donc signer un texte qui devint par la suite l’essentiel de la Constitution polono-lituanienne, les « Aruicles d’Henri » ( Articuli Henriciam ). Rédigés et adoptés en 1573 par la noblesse, les 21 articles soulignent notamment que « chez nous les rois ne naissent pas mais ils sont élus en accord avec tous les nobles » et que « le Roi ne peut annoncer de nouveaux impôts qu’après l’accord du Parlement ». Avec cette forme de traité, la nation recevait la pleine souveraineté ; mais les Articles d’Henri furent aussi la cause de l’anarchie qui paralysa par la suite l’action des souverains polono-lituaniens. Déclaration permanente que tous les Rois élus devaient jurer de respecter, ils étaient complétés par la « Pacta conventa » qui comprenait les engagements personnels du futur Roi.
Henri de Valois fut couronné le 21 février 1574 à Cracovie. En Pologne, il fut accompagné de gentilshommes de qualité, tels Albert de Gondi, Charles de Guise, François d’O, parmi lesquels on remarquera Louis de Gonzague, futur grand-père de la future Reine de Pologne, Louise-Marie de Gonzague-Nevers. Charles de Lorraine, marquis puis duc de Mayenne, qui avait accompagné à Paris les ambassadeurs polonais, est aussi du voyage.
Mais le 14 juin 1574, Henri apprend la mort de son frère le Roi de France, Charles IX, marié en 1570 à Elisabeth d’Autriche, décédé sans héritier à l’âge de 24 ans. Après un règne de 148 jours, Henri s’enfuit de Cracovie dès le 18 juin 1574, sans rien dire aux Polonais, dans des conditions rocambolesques. En fait, Henni ne s’était jamais fait à la Pologne et il ne voulait surtout pas se faire souffler la place de Roi de France par son plus jeune frère François, duc d’Alençon. C’est donc sans regret qu’il quitte Cracovie. Il écrit même dès le 22 juin à sa mère « France et vous valent mieux que Pologne ». Il laissait la Pologne sans souverain, mais avec des « articles d’Henri » lourds de conséquences, et retrouvait la France en proie aux guerres de religion.
Pour Hubert Vautrin 10 , la responsabilité de cette fuite revient à la Pologne et aux Polonais : « Henri n’eut qu’un règne de cinq mois, trop court pour être apprécié. Sa fuite précipitée et clandestine accuse en même temps et la couronne qu’il abdiquait et le peuple qu’il abandonnait d’une manière si flétrissante. {...} Des sujets qu’il ne gouvernait pas, des sujets fiers, grossiers, soupçonneux, au pouvoir desquels la France n’aurait pu l’arracher, étaient capables de le faire gémir toute sa vie sur le plus misérable des trônes » !
A la vérité, Henri de Valois n’a pas trouvé le temps d’aller visiter le Grand-duché de Lituanien, même s’il en a eu l’intention en 1574. Toutefois, un « Registre pour servir d’instruction au Roi de Pologne en plusieurs choses concernant son service » a été établi et s’avère précieux pour la connaissance de la vie et de l’économie du Grand-duché à cette époque. Les éléments avaient été recueillis par Louis de Gonzague, duc de Nevers, déjà cité, qui accompagnait Henri pendant son séjour.
Couronné Roi de France à Reims le 13 février 1575 sous le nom d’Henri III, Henri de Valois va se heurter à quatre guerres de religion avant d’être finalement poignardé à mort le 2 août 1589 à Saint-Cloud, par le moine dominicain ligueur Jacques Clément.
Ce n’est qu’en 1594 que le successeur désigné d’Henri III, Henri de Navarre, sera sacré Roi et pourra entrer à Paris, après avoir abjuré le protestantisme. C’est cette même année que le Capitaine Jacques Margeret , qui avait passé sa jeunesse dans les armées du Roi de Navarre, décide de quitter la France pacifiée pour aller chercher fortune ailleurs. Il s’engage tout d’abord comme mercenaire auprès de Sigismund Báthory, prince de Transylvanie, qui combattait alors contre les Ottomans. Puis on le retrouve en 1598 en Pologne, où il servait le Roi (alors Zygmunt 111 Vaza) comme capitaine commandant une compagnie de mousquetaires. On le retrouve enfin vers 1600 en Russie où il sert successivement le Tsar Boris Godounov puis son ennemi le faux Dimitri (1605 — 1606). Rentré en France en 1606, il repart en Russie en 1609 servir le second faux Dimitri, et on perd sa trace en 1612.
En 1607, il publie Estat de l’empire de Russie et Grand Duché de Moscovie. Avec ce qui s’y passe de plus mémorable et tragique, pendant le règne de quatre Empereurs : à savoir depuis l’an 1590 jusques en l’an 1606, en septembre. Il y souligne « la méfiance presque pathologique d’une nation déjà très renfermée sur elle-même, qui contrôlait régulièrement et strictement l’arrivée ou le départ de tout étranger sur son territoire». Il trouve les Russes « rudes, grossiers, sans aucune civilité ». Mais surtout, il y répertorie les marchés possibles « en Moscovie, Tartarie et Lituanie », signe qu’il est bien passé dans ce dernier pays. Il fait une description juste et mesurée de l’orthodoxie, mais condamne l’absolutisme et le despotisme du tsar, et l’esclavage de ses sujets.
Comme Guillebert de Lannoy près de deux siècles auparavant, Jacques de Margeret est certes venu en homme de guerre, mais son « discours » comme il l’appelle est déjà une sorte de reportage sur les événements politiques et militaires qui ont marqué le Temps des troubles en Russie.
L’histoire de la Lituanie, à partir de l’élection en 1587 de Zygmantas III Vaza, héritier de la couronne suédoise, comme souverain de Pologne-Lituanie, est marquée par une succession de guerres contre la Suède et contre la Russie. En 1648 commença également la révolte des cosaques zaporogues, menés par Bogdan Chmielnicki, surtout en Ukraine polonaise, mais aussi dans les contrées slaves du Grand-duché de Lituanie.
Pour la première fois de son histoire, la capitale, Vilnius, sera occupée par une armée ennemie, en l’occurrence l’armée russe, de 1655 à 1661. Le tsar Alexis se proclama même Grand-duc de Lituanie le 13 septembre 1655. Par ailleurs, le 20 octobre 1655, 1 134 grands seigneurs et nobles lituaniens, rassemblés autour du grand hetman de Lituanie, Jonusas Radvila, signèrent un accord avec les ,Suédois à Kédainiai, accord qui stipulait la dissolution de l’union de l’Etat lituano-polonais et qui proclamait le Roi de Suède Charles X Gustave Grand-duc de Lituanie !
Au cours de cette période, appelée « déluge », la majeure partie de la Pologne et de la Lituanie était occupée par la Suède et par la Russie, et le Roi Jean II Casimir Vasa (1648 — 1668) dut se réfugier en 8ilésie, alors sous gouvernement autrichien.
Deux françaises furent pendant cette période trouble Reines de Pologne — Grandesduchesses de Lituanie, toutes les deux venues de Nevers. Des Français furent candidats au trône, avec des fortunes diverses. Le prince François-Louis de Conti fut même élu, mais c’est un euphémisme de dire qu’on n’a pas ressenti chez lui un grand enthousiasme pour venir s’emparer de son trône.
Le grand Roi de l’époque fut Jan III Sobieski (règne de 1674 à 1696) qui ne réussit certes pas à mettre en pratique ses ambitieux projets de politique intérieure, mais qui fut considéré comme le sauveur de l’Europe chrétienne en arrêtant les Turcs à Vienne.
Après la mort de Jan Sobieski, se déclencha en 1697 une guerre intérieure au Grand-duché de Lituanie qui, après l’arrivée au pouvoir de l’Electeur de Saxe, Auguste Il Wettyn, enfonça encore plus le pays dans la crise.
CHAPITRE TROIS
REINES DE POLOGNE ET PRETENDANTS MALHEUREUX : LA « NEVERS CONNEXION »
C’est lors du Grand Siècle, de Richelieu (1624) à la vieillesse de Louis XIV (1715), que l’influence de la France a été la plus importante en Lituanie. Les grands ministres français de l’époque avaient en effet discerné que l’union de la Pologne et de la Lituanie n’était qu’apparente, et ils « jouaient les Lituaniens contre les Polonais, liés à la maison d’Autriche. Ce fut toutefois avec des fortunes diverses.

Louise-Marie de Gonzague-Nevers (1611 — 1667)
Née le 18 août 1611, Marie de Gonzague-Nevers comptait parmi ses ancêtres les fameux Paléologues qui ont régné sur Byzance, des empereurs allemands et des rois de France. Comme son père, Charles de Gonzague, duc de Nevers puis de Mantoue, elle est ambitieuse et éprouve le désir de régner. En effet, dès sa naissance, des astrologues avaient prédit qu’elle coifferait la couronne. Elle sera effectivement Reine de Pologne, et même par deux fois ! Mais ce destin a été long à se dessiner.
Sa mère, Catherine de Lorraine, étant morte jeune, sa tante, la duchesse de Longueville, se charge de son éducation et l’introduit dans le monde. En 1626, une grave maladie manque d’emporter la jeune fille qui, depuis, restera de santé fragile et fréquentera assez régulièrement les stations thermales. En 1627, le duc Gaston d’Orléans, frère cadet du Roi Louis XIII, veuf de la duchesse de Montpensier, tombe éperdument amoureux de la belle Marie. Mais la Reine-mère, Marie de Médicis, qui déteste les Gonzague, s’oppose à cette union par tous les moyens, d’abord en emprisonnant la jeune fille au donjon de Vincennes, puis, après le décès de la duchesse de Longueville en 1629, en la faisant enfermer dans un couvent pendant 3 ans.
Alors qu’elle s’est retirée à Nevers, Louise-Marie est pressentie par le Cardinal de Richelieu pour devenir l’épouse du prince Ladislas (Wladyslaw IV) de Pologne. Mais le futur Roi lui préfère en 1635 Cécile Renée de Habsbourg, archiduchesse d’Autriche. En 1637, Louise-Marie fait toutefois son retour dans le monde. Mais une passion partagée avec le marquis de Cinq Mars l’amène à comploter contre le cardinal de Richelieu ; après l’exécution de son amant en septembre 1642, Marie doit de nouveau se réfugier à Nevers.
Ce n’est qu’en 1645, alors qu’elle a déjà 34 ans, que le destin va enfin répondre à ses ambitions. Le Roi Wladyslaw IV Vaza ( Vladislovas II Vaza en tant que grand-duc de Lituanie), veuf à 51 ans avec un enfant en bas âge, envisage de se remarier, ne serait-ce que parce qu’il a un impératif besoin d’argent. En Pologne, on se souvient alors de Marie qui avait fait forte impression à l’ambassadeur de Pologne en France. A Paris, Mazarin, qui a remplacé Richelieu, voit une occasion favorable de substituer en Pologne l’influence de la France à celle de l’Autriche. Le comte de Bregy est chargé de la négociation en Pologne. La Reine-mère Anne d’Autriche, mère de Louis XIV, dote Marie de Gonzague de 600 000 écus, qui viennent s’ajouter aux 1 500 000 écus de la succession du père de Marie ce qui, semble-t-il, emporte la décision.
Seule contrainte : le Roi Wladislas demande à Marie de changer son nom en Louise-Marie car, en Pologne, « seule la souveraine des cieux peut s’appeler Marie ».
Le contrat de mariage sera signé à Fontainebleau le 26 septembre 1645 entre le Roi Louis XIV, « considérant la princesse de Mantoue comme sa fille », et le comte Donhoft, ambassadeur extraordinaire, signant au nom de Wladislas. Le 29 octobre, les ambassadeurs de Pologne envoyés à cette occasion à Paris y font une entrée magnifique. Puis le mariage est célébré par procuration à Paris, au Palais Royal, le 6 novembre 1645. Le palatin de Posnanie, Christophe Opalinski, et l’évêque de Warmie furent ceux que le Roi de Pologne choisit pour le représenter à ce mariage par procuration 11 .
Puis Louise-Marie quitte Paris le 29 novembre 1645, comblée d’honneurs, pour se rendre à Varsovie, à travers la France et l’Allemagne. Elle arrive en Pologne (Dantzik — sic) le 12 février 1646. Dans sa suite, pour l’accompagner, on remarque : Nicolas de Flexelles, comte de Bregy, ambassadeur de France en Pologne, cheville ouvrière du mariage ; Mgr l’évêque d’Orange ; La maréchale de Guébriant, dont on va reparler tout de suite ; Le marquis de Mailly-Lascaris, père de Claire Isabelle de Mailly-Lascaris, dont on reparlera également plus loin ; Des courtisans comme le chevalier des Essarts, le marquis d’Aubigny, le baron de Leuze, etc.......
Elle est reçue en Pologne « avec peu de bruit, parce que ce prince était vieux, accablé de goutte et de graisse, et qu’étant malade et chagrin, il ne voulut aucune cérémonie à son arrivée » 12 . Louise-Marie est toutefois solennellement sacrée et couronnée à Cracovie le 10 mars 1646. La prédiction des astrologues s’est réalisée !
On soulignera à ce propos le rôle important joué par la maréchale de Guébriant . Renée du Bec, fille de René du Bec, marquis de Vardes, fut mariée en 1632 à Jean-Baptiste de Budes, comte de Guébriant, maréchal de France, blessé mortellement à Rottweil en 1643. Ce fut elle que le Roi nommera en 1645 «ambassadrice extraordinaire, et surintendante de la conduite de la Reine de Pologne ». Cette fonction, en principe purement honorifique, devint réelle et même épineuse, par suite des préventions inspirées au Roi de Pologne sur la conduite passée de son épouse. Wladislas, feignant une indisposition de goutte, refusait de consommer le mariage et voulait renvoyer en France son épouse. La maréchale de Guébriant, dans cette rencontre difficile et imprévue, agit avec tant d’adresse, que le Roi se détermina à accepter la princesse et la maréchale put rentrer un mois après en France, mission accomplie. Elle est regardée comme la première femme qui ait eu la qualité d’ambassadeur, même si, avant elle, d’autres femmes avaient rempli des fonctions diplomatiques (par exemple pour le traité de Cambrai, appelé paix des Dames, le 5 août 1529). Renée du Bec mourut à Périgueux le 2 septembre 1659, alors qu’elle avait été désignée pour être dame d’honneur de la Reine Marie-Thérèse d’Autriche, femme de Louis XIV.
Mais à Varsovie, le 6 novembre 1648, Wladislas, qui était déjà en mauvaise santé et quasi impotent, meurt. Sigismond, le fils qu’il avait eu avec Cécile-Renée d’Autriche était mort le 9 mai 1647. Louise-Marie contribue, avec le nonce du Pape et l’ambassadeur de France, à placer sur le trône son jeune beau-frère, Jan II Kazimierz ( Jonas I Kazimieras Vaza), un cardinal des Jésuites qui l’aime tendrement ! Le Pape relève le prince de ses vœux, lequel peut épouser le 30 mai 1649 Louise-Marie, qui conserve ainsi la couronne.
Le parcours de Jean Casimir est des plus atypiques, qu’on en juge plutôt. Né le 22 mars 1609, il entre dans la Compagnie de Jésus en 1643 ; il est cardinal en 1646 ; Roi de Pologne-Lituanie en 1648 ; marié à sa belle-sœur en 1649 ; il abdique et se retire en France en 1668 ; abbé de Saint-Germain des Prés (à Paris) entre autres 13 en 1669 ; remarié, a-t-on dit, à Marie Mignot, veuve du maréchal de L’Hôpital ; meurt dans son abbaye de Saint-Martin de Nevers le 16 décembre 1672, et enterré à Cracovie 14 . Malgré cela, il semble qu’il ne soit pas apprécié des Lituaniens d’aujourd’hui, du fait de sa faiblesse.
Louise-Marie était au contraire une femme active et énergique, avec des plans ambitieux dans le domaine de l’économie et de la politique. La noblesse polonaise était scandalisée que la Reine se mêlât de politique, mais, toutefois, elle contribua à repousser les forces russes et suédoises durant le « Déluge » (Années 1648-1667, dont cinq années d’occupation de 1655 à 1660, dont la Pologne-Lituanie sort ruinée, par la guerre et par la peste). Alors que tout semblait perdu, que nombre de grandes familles polono-lituaniennes s’étaient ralliées au Roi de Suède Charles X Gustave, que même les Radvilai / Radziwill envisageaient de créer deux duchés vassaux de la Suède à partir du Grand-duché de Lituanie, le Grand hetman de Lituanie, Jonas Povilas Sapiega, prit l’offensive pour chasser les Suédois, les Russes et leurs partisans.
Louise-Marie fonda également en 1652 le premier journal polonais, le Merkuriusz Polski et, en 1654, le premier couvent de l’ordre de la Visitation de la Sainte Vierge en Pologne.
Il y eut en outre à cette époque une véritable interpénétration des élites des deux pays. De nombreux Français se trouvaient en Lituanie pour y combattre les Russes. Parmi eux, on citera le Guy-Armand de Gramont. comte de Guiche et son frère, le comte de Louvigny . tous deux fils du maréchal de Gramont. Ils arrivèrent à la cour de Marie de Gonzague le 4 novembre 1663 et rejoignirent les troupes de Jan Il Kazimierz qui combattaient les Russes. Il faut dire que le premier nommé s’était attiré les foudres de Louis XIV en étant le « favori » aussi bien de Monsieur (frère du roi) que de Madame ! Mais il se montrera en Pologne un cavalier intrépide.
Autour de la Reine, on vit graviter beaucoup de Français. Le docteur Augustin Courrade, docteur de la faculté de médecine de Montpellier, est son médecin depuis Nevers. En 1664, il est « assez malade pour être obligé de venir aux bains » et il rentre à Paris en août 1664. Le 25 juin 1664, il déclarait « Sa Majesté {...} souffre de maux de tête. Cependant elle donne des audiences et se prépare à faire un voyage en Lituanie ». Dans les correspondances du Grand Condé et de son fils, on comprend toutefois que la Reine n’est pas allée en Lituanie, car, le 7 mai 1665, le prince de Condé « se flatte que {ses} prières aient empêché la Reine d’accomplir le voyage en Lituanie, qui pouvait nuire à sa santé ».
On signalera également le passage de Louis-Henri de Loménie de Brienne (1635 — 1698), compagnon de jeux du jeune Louis XIV, fils d’Henri-Auguste de Loménie, secrétaire d’état des affaires étrangères. Le « jeune Brienne », cinq jours après que Louis XIV eut été déclaré majeur en 1651, fut nommé Conseiller d’Etat à 16 ans, destiné à succéder à son père ! Le 14 juillet 1652, il quitte Paris pour « parcourir les Etats avec lesquels il devait avoir principalement à traiter un jour ». Il reste deux ans à Mayence, puis visite successivement la Hollande, le Danemark, la Suède, le Nord de la Laponie, la Finlande, la Pologne (donc traversant la Lituanie), les états de la maison d’Autriche, la Bavière et le Tyrol. Il se retirera toutefois du département des affaires étrangères en 1663, en même temps que son père prenant sa retraite, à cause d’une « aliénation d’esprit » due à la mort de sa femme l’année précédente.
Louise-Marie avait par ailleurs gardé un étroit contact avec Paris. Elle avait notamment entretenu des correspondances, régulières à partir de 1660, avec le Grand Condé et son fils, qui deviennent quasiment les gazetiers de la Reine. Ces correspondances ont été sauvées par Pierre des Noyers, son secrétaire et agent politique de prédilection.
Le 9 mai 1667, la Reine, au palais royal de Zamek à Varsovie 15 , essaye de convaincre Christophe Pac ( Kristupas Zigmantas Pacas ), Chancelier de Lituanie, époux de Claire Isabelle de Mailly-Lascaris (voir plus loin), « le plus décidé des adversaires d’une entreprise qui aurait donné la couronne de Pologne au duc d’Enghien ». Tout à coup, la Reine pâlit, chancelle. Claire de Mailly, Marie de la Grange, des Noyers, le docteur Germain (qui avait remplacé le docteur Courrade en 1664) accourent. Mais Louise-Marie meurt d’une crise de « catarrhe suffocant », accident fréquent chez les cardiaques, le 10 mai 1667, à 6 heures du matin 16 .
La nouvelle de la mort de la Reine semble n’être parvenue à Paris que vers la mi-Juin. Le Roi Jean Casimir, qui manque de fermeté de caractère, préfère abdiquer l’année suivante (16 septembre 1668), appuyant la candidature du prince de Condé, et se retirer en France, devenant abbé de Saint-Germain-des-Prés. Louise-Marie est enterrée au château du Wawel à Cracovie. Avec sa disparition, Marie Casimire de la Grange d’Arquien allait devenir le pivot de la politique française à la cour de Varsovie.

Henri III Jules de Bourbon-Condé, duc d’Enghien (1643 — 1709)
On l’a vu, au début des années 1660, la cour de la République des Deux Peuples élabore un plan de réformes pour le pays. Ce dernier prévoit le renforcement du pouvoir central et l’élection du successeur du Roi et Grand duc vi-vente rege (du vivant du Roi). Ce plan est surtout l’œuvre de la Reine, la princesse française Louise-Marie de Gonzague-Nevers, dont on vient de parler.
Un Français est le principal candidat à cette élection. Il s’agit d’Henri-Jules de Condé, fils du Grand Condé, qui porta le titre de duc d’Enghien jusqu’à la mort de son père en 1686. Surnommé « Condé le fol » et « le singe vert », il était colérique, avare et brutal. Saint-Simon le dépeint ainsi : « Fils dénaturé, cruel père, mari terrible, maitre détestable, pernicieux voisin, sans amitié, sans amis, incapable d’en avoir, jaloux, soupçonneux, inquiet sans aucune relâche, plein de manèges et d’artifices à découvrir et à scruter tout, à quoi il était occupé sans cesse. » ! Il était toutefois très instruit. Il avait épousé à Paris, le 11 décembre 1663, Anne de Bavière.
Mais les Polonais s’opposent à l’idée même de réformes. Ces contradictions faillirent même conduire à la rupture de l’Union lituano-polonaise, car les Lituaniens proposent au duc d’Enghien un titre de Grand duc séparé, fixant même la date de la diète préparatoire au printemps 1664 pour procéder à l’élection. Mais les hésitations des Français ne permirent pas sa réalisation. Le 19 juin 1669, c’est finalement un magnat ukrainien, Michal Karybut Visniaviecki, gendre de l’empereur Léopold 1 er, qui est élu (en lituanien Mykolas I Kaributas Vošnioveckis ) et qui sera couronné le 29 septembre 1669. Il ne règnera que 4 ans.

Marie Casimire Louise de la Grange d’Arquien (1641 - 1716)
La Reine Louise-Marie de Gonzague-Nevers avait emmené de France, de Nevers justement, Marie Casimire Louise de la Grange d’Arquien, alors âgée de 5 ans, comme demoiselle d’honneur parmi d’autres. Marie Casimire de la Grange d’Arquien était la fille d’Henri Albert, marquis de la Grange, dont il sera reparlé un peu plus loin et de Françoise de la Châtre, gouvernante de la maison de Louise-Marie de Gonzague. Ils avaient eu 7 enfants, Marie Casimire étant la quatrième. L’aimé, Anne-Louis, marquis d’Arquien et comte de Maligny , deviendra colonel d’un régiment de dragons du roi de Pologne et capitaine de ses gardes ; il commandera l’infanterie à la bataille de Vienne, aux côtés de son beau-frère le Roi, Jan Sobieski. La dernière, Marie-Anne, épousera en 1678 le comte Jean de Wielpolski.
Marie Casimire se marie d’abord à Varsovie le 17 mars 1658 à Jan Sobiepan Zamoyski, mais lequel meurt le 7 avril 1665. Le 5 juillet de cette même année 1665, Marie Casimire se remarie avec Jan Sobieski, qui était son premier amour depuis 1656. C’est le nonce du Pape, le cardinal Odescalci, lui-même futur Pape Innocent IX, qui officie. Le couple aura treize enfants mais seuls quatre survivront jusqu’à l’âge adulte. L’aimé, Jacques-Louis (1667 — 1734) sera armé chevalier à 16 ans par son père, au matin de la bataille de Vienne, symboliquement avec l’épée que don Juan d’Autriche portait contre les Turcs à la bataille de Lépante en 1571.
On a vu que, le 16 septembre 1668, le Roi Jean Casimir avait abdiqué, après le décès de son épouse, la Reine Louise-Marie et que c’est finalement un magnat ukrainien, Michal Karybut Visniaviecki, qui avait été élu en 1669. Mais le 10/11 novembre 1673 survint un double événement : le roi Michal Karybut mourut d’indigestion, et Jan Sobieski battit à Kocim (ou Chocim) les troupes ottomanes d’Hussein Pacha, ministre de la guerre de Mahomet IV.
Alors que les magnats polonais manoeuvrent pour élire un Roi sans autorité et que les grandes puissances s’efforcent de placer sur le trône un candidat soumis, c’est Jan Sobieski ( Jonas II Sobieskis pour les Lituaniens), grand hetman de la couronne, qui n’était pourtant pas candidat, qui est élu Roi de Pologne le 21 mai 1674, contre le candidat français, le duc de Neubourg, et le candidat autrichien, le duc Charles V de Lorraine. Le choix d’un Polonais constitua une surprise, mais il fut favorisé par le sentiment national. Grand chef de guerre, qui avait déjà conduit de nombreuses campagnes contre les Turcs, les Suédois et les Moscovites, il apparut alors comme le seul homme capable de faire face à la menace ottomane. Madame de Sévigné n’écrivait-elle pas, dès le 23 décembre 1673, soit cinq mois avant l’élection:
« Vous savez que le roi de Pologne est mort. Le Grand Maréchal, mari de Mademoiselle d’Arquien, est à la tête d’une armée contre les Turcs. Il a gagné une bataille si pleine et si entière qu’il est demeuré 15 000 Turcs sur la place. Il a pris deux pachas. Il s’est logé dans la tente du général, et cette victoire est si grande, qu’on ne doute point qu’il ne soit élu Roi ».
Jan III Sobieski, commandant des troupes polonaises, autrichiennes et allemandes (81 000 hommes), sera le tombeur des Turcs du Grand-vizir Kara Mustafa ( 130 000 hommes) devant Vienne le 12 septembre 1683. Le Pape surnommera alors Jan III « Sauveur de Vienne et de la civilisation européenne de l’Est »  !
Le couple royal devint fameux par ses lettes d’amour, échangées entre 1665 et 1683, quand ils étaient séparés, lui à cause de ses obligations militaires, elle voyageant à Paris.

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