Rapport de mission en Indochine du 1er janvier au 14 mars 1937
216 pages
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Rapport de mission en Indochine du 1er janvier au 14 mars 1937

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RAPPORT DE MISSION EN INDOCHINE 1er janvier - 14 mars 1937 Mémoires asiatiques Collection dirigée par Alain Forest Déjà parus: - Philippe RICHER, Hanoï 1975, un diplomate et la réunification du Viêt-nam. - DONG SYHUA, De la Mélanésie au Viêt-nam,itinéraire d'un colonisé devenu francophile. - Gilbert DAVID, Chroniques secrètes d'Indochine (19281946).tome 1 - Le Gabaon .tome 2 - La Cardinale - Robert GENTY, Ultimes secours pour Dien Bien Phu, 1953-1954. - TRINH DINH KHAI, Décolonisation au Viêt-nam. Un avocat témoigne, Me Trin Dinh Thao. - Guy LACAM, Un banquier au Yunnan dans les années trente. - KEN KHUN, De la dictature des Khmers rouges à l'occupation vietnamienne. Cambodge, 1975-1979. Justin GODART Délégué du Front Populaire RAPPORT, DE MISSION EN INDOCHINE 1er janvier - 14 mars 1937 Présenté par François Bi/ange Charles F ourniau et Alain Ruscio Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris @L'HARMATIAN, 1994 ISBN: 2-7384-2593-3 Justin Godart Sénateur. Ancien Ministre Délégué général du Gouvernement aux Colonies Rapport de mission en Indochine 1er janvier. 14 mars 1937 Ô Marseille on dirait que ta voix a changé On dirait que la carte où portait I1ndochine En se prenant pour toi dans le riz délavé Te pleure avec du sang et puis l'âme marine ...

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Publié par
Date de parution 01 janvier 1994
Nombre de lectures 229
EAN13 9782296290709
Langue Français
Poids de l'ouvrage 7 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

RAPPORT DE MISSION EN INDOCHINE
1er janvier - 14 mars 1937Mémoires asiatiques
Collection dirigée par Alain Forest
Déjà parus:
- Philippe RICHER, Hanoï 1975, un diplomate et la
réunification du Viêt-nam.
- DONG SYHUA, De la Mélanésie au Viêt-nam,itinéraire
d'un colonisé devenu francophile.
- Gilbert DAVID, Chroniques secrètes d'Indochine
(19281946).tome 1 - Le Gabaon
.tome 2 - La Cardinale
- Robert GENTY, Ultimes secours pour Dien Bien Phu,
1953-1954.
- TRINH DINH KHAI, Décolonisation au Viêt-nam. Un
avocat témoigne, Me Trin Dinh Thao.
- Guy LACAM, Un banquier au Yunnan dans les années
trente.
- KEN KHUN, De la dictature des Khmers rouges à
l'occupation vietnamienne. Cambodge, 1975-1979.Justin GODART
Délégué du Front Populaire
RAPPORT, DE MISSION
EN INDOCHINE
1er janvier - 14 mars 1937
Présenté par François Bi/ange
Charles F ourniau et Alain Ruscio
Éditions L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique
75005 Paris@L'HARMATIAN, 1994
ISBN: 2-7384-2593-3Justin Godart
Sénateur. Ancien Ministre
Délégué général du Gouvernement
aux Colonies
Rapport de mission en Indochine
1er janvier. 14 mars 1937
Ô Marseille on dirait que ta voix a changé
On dirait que la carte où portait I1ndochine
En se prenant pour toi dans le riz délavé
Te pleure avec du sang et puis l'âme marine ...
Léo FeITé
Au peuple du Vietnam
A ma mère
A Christiane, Eric, CorineJustin Godart, vie et œuvre
François Bilange
Justin Godart, néIe 26 février 1871 à Lyon au moment de la
Commune de Paris, ne connaîtra pas son père, Achille, décédé
l'année de sa naissance. Sa mère, fille de Jacob Schwab, ouvrier
brasseur alsacien, aura donc un rôle très important dans sa vie et
dans son cœur.
C'est en 1892, où deux révolutions sont passées et ont été
dirigées par la classe ouvrière, que Justin Godart, dans le cercle
populaire de Vaise, fait ses débuts d'orateur en tendant la main
aux travailleurs et pousse le cercle à ouvrir une coopérative.
S'improvisent aussi des promenades où Guignol se trouve à
l'honneur car lui aussi est de Vaise.
En 1901 ses études sont couronnées par le doctorat en droit
en présentant une thèse sur "l'ouvrier en soie de Lyon" ...
A la même époque, il prononce à la Conférence des Avocats,
un discours sur le "rôle social de l'avocat" fort apprécié de ses
confrères.
Jeune juriste, professeur d'économie politique à l'école de la
Martinière, maître de conférence à la faculté, il étudie tous ceux
qui construisent le bonheur futur de l'humanité: Owen, Fourier,
Cabet, le familistère de Guise fondé par Godin ...
En 1904, adjoint auprès de monsieur Augagneur, maire de
Lyon, il crée le premier office municipal du travail dans cette ville.
Les élections législatives de 19061e portent à la députation et il ne
quittera l'Assemblée qu'en 1927 pour rentrer au Sénat où il
siégera jusqu'en 1956, date de sa mort.
Homme de gauche, il est avant tout social, et son radicalisme
le porte à témoigner aux travailleurs une particulière vigilance. Il
7prend fait et cause pour le sort des boulangers, "les mineurs
blancs", puis en 1910, s'attaque au travail de nuit, à la réduction
de la journée de travail. La suppression du travail dans l'industrie
pour les enfants de moins de treize ans est aussi une de ses
victoires, sans oublier le travail de nuit des femmes...
En 1913, il s'oppose de toutes ses forces au retour du service
militaire à 3 ans et présente en même temps un projet de loi en vue
de limiter la durée des marchés à terme et des ventes sur les blés
et les farines: la spéculation est reine à la veille de tristes
événements. ..
Hélas, le vent de folie commence à souffler sur l'Europe; on
arme et on surarme. En 1914, Justin Godart est élu vice-président
de la Chambre; mais c'est la guerre, la grande boucherie, et le
destin allait disposer tout autrement de J. Godart ... Il est mobilisé
comme infirmier mais en même temps il fonde, à la Chambre, le
groupe de la démocratie sociale pour préparer les réformes que
l'on doit au peuple qui a sauvé la Patrie... Le 18 juillet 1915,
nommé sous-secrétaire d'Etat du Service de Santé, il pourra
travailler à l'amélioration constante du confort des blessés; il crée
le corps des ambulances, l'appareillage des mutilés et s'ingénie,
par tous les moyens, à soulager la souffrance des soldats... Toute
son énergie y est employée et il ne ménage pas son temps...
Et pourtant, 1. Godart a essayé, avant la grande tuerie,
d'arrêter le temps en se rendant à Berne avec Jaurès,
d'Estournelles de Constant, Albert Thomas pour participer à une
conférence d'entente franco-allemande ... En se rendant aussi en
1913 dans les Balkans comme membre de la Commission
d'enquête constituée par la Fondation Camégie ;
Sarajevo déjà ...
Après ces tristes temps, le rêve et les espérances: le Bureau
international du Travail est créé; en 1916,la Conférence de Leeds
en a déjà élaboré les dispositions; en 1918, Justin Godart est
chargé de rédiger un rapport sur une législation internationale du
travail avec, comme base, la journée de travail de 8 heures ".
Coopération, participation aux bénéfices, organisation des
loisirs, toutes ces questions se posent et le mènent au ministère du
Travail en 1924, où il déclara: "Il y a encore un grand progrès à
faire pour que nous devenions une démocratie sociale..." Il faut
attendre 1936,et encore ".
1. Godart crée le Conseil économique et social ainsi que
l'Office national de l'hygiène sociale, disparu depuis... La
question du logement se pose déjà et des mesures concrètes sont
8prises, dont l'une spectaculaire: 10 ans d'exemption d'impôt pour
les constructions nouvelles!
Il s'élève aussi contre le préjugé aristocratique en préconisant
"l'unité du travail"...
En 1931, après la lutte contre le chômage, les taudis urbains,
la défense de la femme et de l'enfant, il propose face à la crise les
congés payés, la conciliation dans les conflits industriels, la
révision de toutes les allocations en fonction de la chute des cours, la
ratification des conventions internationales du travail... En 1932
un nouveau ministère est créé: celui de la Santé, avec à sa tête
Justin Godart qui déclare: "Je veux être le ministre de la Santé et
non celui de la maladie."
Depuis 1917, Justin Godart s'occupe de la lutte contre le cancer;
en 1925, à Madrid, il salue la naissance de la ligue espagnole en
qualité de président de la Ligue contre le cancer, rôle qu'il
assumera jusqu'en 1953.
Justin Godart a toujours été un homme de progrès et de
justice et n'a t-il pas déclaré un jour "l'outil vaincra les armes" ;
l'arbitrage résout toujours les difficultés. 1936, le Front
populaire : le 15 septembre se tient un Conseil de Cabinet: le
gouvernement Blum décide d'envoyer Justin Godart comme délégué
général pour l'étude et le contrôle des questions concernant le
travail, l'hygiène et la législation sociale sur les territoires de
l'Inde et de l'Indochine.
Décret de la mission d'étude:
"Le Président de la République française, sur le rapport du
Président du Conseil et du Ministre des Colonies
Vu l'article 88 de la loi de finances du 30 décembre 1928
Le Conseil des Ministres entendu,
Décrète :
erArt 1 - M. Justin Godart, sénateur du Rhône, ancien
ministre, premier délégué de la France à la conférence
internationale du travail, est chargé dans les colonies françaises, pays de
protectorat et territoires sous mandat relevant du ministère des
colonies, en qualité de délégué général du Gouvernement, d'une
mission d'étude et de contrôle d'une durée de six mois,
concernant les matières du travail, de l'hygiène et de la législation
sociale. Il aura le rang et les prérogatives d'un inspecteur général
ère classe des colonies.de 1
9Art 2 - M. Justin Godart aura droit, à compter de la veille de
son embarquement, à une indemnité forfaitaire égale au total des
allocations prévues par les règlements en vigueur pour les
inspecèreteurs généraux de 1 classe, 2è échelon, des colonies, en position
de mission et aux prestations en nature attribuées à ces
fonctionnaires.
Les frais de représentation qu'il pourra engager lui seront
remboursés sur mémoire.
La dépense résultant de cette mission incombera aux colonies
dans lesquelles le délégué général sera appelé à exercer
successivement ses fonctions.
Art 3 - Le président du conseil et le ministre des colonies sont
chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent
décret.
Fait à Rambouillet le 23 septembre 1936.
Albert Lebrun, Président de la République
Léon Blum, Président du Conseil
Marius Moutet, Ministre des Colonies"
A bord du Maréchal Joffre, il atteint Karikal où il écoute la
longue plainte des "parias" concernant leur sort économique et
social. Puis Mahé, Chandernagor, Yanaon et Pondichéry. Il
insiste sur l'obligation de s'occuper de l'Inde française et cite cette
réflexion d'intellectuels: "Il faut que notre pays cesse d'être
considéré par la métropole comme un bibelot ou une pièce de
musée historique..."
Le 24 décembre, il quitte les Indes françaises pour
l'Indochine où il arrive le 1er janvier 1937 ; il en repartira le 14
mars 1937 sur le Félix Roussel à bord duquel il écrira son rapport
de mission en Indochine.
En 1939, candidat à la présidence de la République,
l'Académie de Médecine l'appelle à prendre rang parmi ses
membres en lui attribuant le fauteuil de Gay-Lussac sous
l'impulsion de Georges Duhamel.
Article de l'Indépendant des Pyrénées Orientales du 12 août 1938 :
"Qui succédera à M. Lebrun ?" par Auditus :
"C'est en avril prochain que le septennat de M. Lebrun arrive à
expiration. Quel sera le prochain président de la République? C'est la
question que se posent, d'ores et déjà, les hommes politiques et
spécialement les ministres, ministrables et présidents du Conseil passés ou
futurs. Le chef de l'Etat désignant le chef du Gouvernement, on
10comprend que l'élection d'avril puisse forcément préoccuper les grands
ténors de la politique, longtemps avant "l'homme de la rue". Que M.
Lebrun se succède à lui-même est une hypothèse hors de question. Une
tradition ferme et ancienne s'y opposerait. Mais le président sortant a
annoncé lui-même son désir de repos. M. Herriot, député du Rhône et
président de la Chambre, est sur les rangs. Sa candidature rencontre, il
faut le dire, peu d'enthousiasme, hormis les milieux soviétiques, auprès
desquels le maire de Lyon a multiplié les avances. En dehors des vifs
reproches que valent à M. Herriot l'indécision de son caractère et les
ondulations constantes de sa pensée politique, le plus gros obstacle qui
s'oppose à son succès est son aspect physique. Depuis les immenses
progrès de la diffusion cinématographique, il est, en effet, de première
importance pour un pays d'être bien représenté physiquement. Personne
ne contredira que M. Herriot ne soit, sur l'écran, purement grotesque.
Les films qui ont paru sur les écrans de l'étranger et sur les nôtres, le
représentant par exemple à l'inauguration d'un lycée au Caire, l'ont
couvert de ridicule et la France avec lui. Le scrutin pour la présidence de
la République étant secret, les considération ci-dessus jouent
pleinement. Et comme il n'est pas un seul parlementaire qui ne s'en
rende compte et n'en parle ouvertement, les chances de M. Herriot
seront des plus minces, s'il ne renonce de lui-même à la candidature.
"Celles de M. Camille Chautemps et de M. Albert Sarraut, dont
les noms ont été lancés comme ballons d'essai, sont, pour des raisons
diverses, plus minces encore et, au surplus, les deux intéressés dont
l'intelligence est hors de pair n'ont pas la moindre intention de se lancer
dans une aventure sans issue.
"Le président du Sénat, M. Jeanneney, serait élu s'il était candidat
pour plusieurs raisons, dont la première est que, depuis M. Loubet,
c'est toujours le candidat du Sénat qui est élu. Mais M. Jeanneney, dont
la santé est précaire, a dit formellement qu'il ne serait pas candidat. Son
candidat et le candidat du Sénat sera M. Justin Godart, sénateur
radicalsocialiste du Rhône. M. Justin Godart a, lui, tout ce qu'il faut pour être
élu. Ancien membre du Cabinet Clémenceau pendant la guerre, ministre
du Travail et de l'Hygiène ensuite, délégué permanent de la France au
Bureau international du travail, il s'est spécialisé dans les questions
d'assistance, d'hygiène et de législation sociales qu'il a fortement
marquées de son empreinte et il ne s'est compromis dans aucune des
violentes querelles personnelles qui ont mis aux prises tant d'hommes
politiques depuis dix ans.
"Il s'est identifié à la lutte contre le cancer et contre la lèpre, au
point que l'Académie de Médecine vicnt de l'élire triomphalement,
encore qu'il ne soit pas médecin.
"Ajoutons qu'il est aussi photogénique que son concurrent l'est
peu, et que Mme Justin Godart est d'une prestance qui donnerait enfin à
l'occupante féminine de l'Elysée une élégance depuis longtemps perdue.
11"M. Justin Godart obtiendra la presque unanimité du Sénat. A la
Chambre, il aura les voix du centre et de la droite et un grand nombre de
voix des partis du Front Populaire, parmi lesquels il compte de très
fortes amitiés.
"Tout porte à croire, dans ces conditions, que l'élection à la
présidence de la République verra une manifestation de quasi-unanimité en
faveur d'un homme de la plus haute valeur et de la plus grande
modestie, manifestation qui montrera au monde la solidarité, unissant aux
heures solennelles les représentants de la France."
La Deuxième Guerre mondiale pointe son nez avec tous ses
spectres d'horreur et de misère; J. Godart part pour Vichy en
1940 et refuse, au cours d'un entretien, les pleins pouvoirs au
maréchal Pétain qui plonge la France dans l'obscurité: il rentre
dans son Beaujolais et passe quatre ans dans la clandestinité à
Pommiers-sur-Rhône; en 1945, à 74 ans il est président du Front
national de lutte pour la libération, maire de Lyon jusqu'au retour
d'E. Herriot qui lui pardonne difficilement d'avoir osé occuper
son fauteuil, même pour "l'attendre".
Il est important de souligner que l'homme, durant toute sa
vie, a été à la tête d'une foule d'œuvres et d'associations diverses,
importantes, comme: l'ordre des chevaliers de Malte, l'entraide
des Femmes françaises, l'Armée du Salut, l'Association
FrancePalestine, fondation Foch ...
Tous ceux qui ont eu la chance de le rencontrer dans son
appartement du quai Voltaire, se souviennent de ces instants
privilégiés, de ce lieu magique d'où émanait une amitié à la fois
personnelle et collective. Qui peut oublier le visage attentif,
équilibré, pétillant de malice? ...
Un sourire spontané, une amabilité constante et attentive, une
jeunesse d'allure, une vive intelligence dans la discussion ... Un
guide qui provoque l'admiration et fait naître les initiatives.
En pleine guerre d'Indochine, il crée l'Association
FranceVietnam et, en 1956, il inaugure le mémorial juif avec Pierre
Mendès-France.
Il ne faut pas oublier que J. Godart a servi le progrès social
sous un aspect brillant: celui de l'écrivain et, surtout, celui du
Lyonnais qui s'intéresse aux métiers de la cité, à son histoire, à
ses marionnettes et à son esprit.
12BIBLIOGRAPHIE
Une œuvre de charité dans la paroisse de Saint-Michel d'Ainay à
la Jin du XV/lème siècle. Brochure in - 8° - Lyon- Mougin
Rusand, 1898.
Le travail à domicile à Lyon - Brochure in - 18 - Bruxelles, 1898.
L'ouvrier en soie - Paris - Rousseau, 1899.
Le rIJlesocial de l'avocat - Lyon - Waltenel, 1899.
La boucherie lyonnaise sous l'ancien régime - Lyon - Nicolas -
1900.
Une œuvre d'assistance judiciaire au 17è siècle - Lyon - Mougin
Rusand - 1900.
Les expériences sociales - Lyon - Sezanne - 1901.
Le compagnonnage à Lyon- Lyon -A. Rey - 1904.
Lajuridiction consulaire à Lyon- Lyon - A. Rey - 1905.
La réglementation du travail- Paris - Motteroz et Martinet - 1907.
Travailleurs et métiers lyonnais - Cumin et Masson - 1909.
Les mineurs blancs - Paris -la publication sociale - 1910.
Les clauses du travail dans le Traité de Versailles- Paris: Félix
Alcan M. Rivière 1919.
L'Albanie en 1921 - Paris - Presses Universitaires - 1922.
Le journal d'un bourgeois de Lyon en /848 - Paris - Presses
Universitaires - 1924.
La médecine sociale et les droits du médecin - Paris - 1925.
Le jansénisme à Lyon, Benoît Fourgon - Paris - Félix Alcan,
1934.
Anthologie du jeu de boules. Du jeu au sport: Guillettmet -
Villefranches/Saône, 1938.
A Lyon en /848. Les voraces - Presses universitaires - 1948.
13Les années 30 et l'impasse coloniale
en Indochine
Charles Fourniau
La victoire du Front populaire en France et le voyage de
Justin Godart en Indochine ont porté au premier plan un ensemble
de questions urgentes et concrètes que Justin Godart énumère et
analyse dans son rapport. Mais d'où venaient et où allaient
conduire ces problèmes?
La Révolution d'août 1945 qui va définitivement rejeter la
domination française, profitant des circonstances favorables
créées au cours de la Seconde Guerre mondiale, notamment le
coup de force japonais du 9 mars 1945 qui avait supprimé
l'administration française, suivi de l'effondrement du Japon en
août après Hiroshima, cette Révolution d'août qui enflamma en
quelques jours tout le Vietnam, de la frontière de Chine à Camau,
n'est pas née de rien. Elle est le résultat des impasses
insurmontables dans lesquelles s'était enfermé le pouvoir colonial. Ce que
Justin Godart constate comme des fautes à corriger, constitue en
fait les symptômes des contradictions qui allaient être au cœur,
neuf ans plus tard, de la vague populaire qui aboutit au retour du
Vietnam à l'indépendance.
L'intermède colonial en Indochine qui dura moins d'un siècle,
est fait de trois périodes.
La première est celle de la conquête, commencée par l'attaque
de la flotte sur Tourane (Danang actuel) en 1858, et se termine
seulement en 1895, après l'élimination du dernier des grands
lettrés résistants, Phan Dinh Phung. Certes pendant ce long tiers
de siècle, ce n'est pas toute l'Indochine qui est à feu et à sang: la
15lutte année cesse pratiquement en Cochinchine dans le courant des
années 1870, l'insurrection du Cambodge date de 1884/86, mais
en Annam et au Tonkin, les problèmes militaires dominent
jusqu'en 1895 et même au-delà. Il résulte de ce rappel deux
constatations fondamentales:
-l'inanité du tenne Indochine et de la construction
politicoadministrative fabriquée en 1887 sous le nom d'Union
Indochinoise. Les problèmes au Cambodge et au Laos sont
essentiellement différents de ceux du Vietnam ;
- de plus l'existence de la nation vietnamienne était niée
puisque la colonie de Cochinchine et les protectorats de l'Annam
et du Tonkin étaient considérés comme trois pays différents.
Premier point donc à retenir: le cadre politique et juridique de
la domination coloniale ne repose pas sur les réalités nationales
des pays de la péninsule, ce qui est une source pennanente de
confusion et de faiblesse. Cependant, personne ne remettait en
cause cette construction arbitraire, si bien que Justin Godart
l'accepte sans discussion. Mais en fait son rapport, comme la
plupart des textes sur l'Indochine, parle presque constamment du
Vietnam, parce que, à tous points de vue, c'est le pays le plus
important, et parce que c'est là que se posaient les problèmes de
façon aiguë. Donc, second point à retenir: la très longue
résistance nationale année que le peuple vietnamien a opposée à la
conquête: 40 ans seulement séparent la mort de Phan Dinh Phung
du voyage de Justin Godart.
La deuxième période de la domination coloniale va des
dernières années du XIXe siècle aux années qui suivent
immédiatement la Première Guerre mondiale; un petit quart de siècle où
le pouvoir colonial s'exerça sans difficultés majeures et où il se
forgea la conviction de sa pérennité.
La conquête achevée, on passait à l'exploitation rationnelle du
pays. Doumer en jeta les bases qui structurèrent définitivement le
système administratif, financier et économique.
Pour la mise en valeur, l'effort principal -de très loin- a porté
sur la construction d'un réseau ferré, qu'on mit plus de 35 ans à
achever, et qui transporta toujours plus de voyageurs que de
marchandises, ce qui souligne sa faiblesse économique. Par
contre, cet effort financier (emprunt de 200 millions de francs or)
empêcha pendant une trentaine d'années la mise sur pied d'un
programme hydraulique général qui seul pouvait pennenre de faire
face aux besoins alimentaires grandissants, et devenus
dramatiques au moment du voyage de Justin Godart. Quant au
finance16ment du budget général de l'Indochine, Doumer choisit le système
des impôts indirects avec pour base les trois régies de l'alcool, du
sel et de l'opium. Deux conséquences en découleront. D'une part,
le budget de l'Indochine ne reposait pas sur la production mais sur
l'exploitation de la population. D'autre part, cette fiscalité
incompressible, (fonctionnement de l'administration, remboursement de
la dette) fut de plus en plus lourde à supporter; par le poids des
taxes frappant des produits vitaux, et par les exactions qu'elles
entraînaient, notamment par la chasse à la contrebande,
contrepartie inévitable de tout monopole d'Etat.
Dix ans après l'instauration du système Doumer, une
première secousse en marquait le caractère nocif. La révolte des
impôts au Quang Nam. Cependant, on ne sut ou ne put en tirer la
leçon: les régies dont, même en France, une assez large opinion
réclamait la suppression, furent maintenues. Justin Godart en
signale les funestes effets.
Après la Première Guerre mondiale -et c'est la troisième
période- les problèmes de fonds s'imposèrent avec de plus en plus
de force. Deux sont fondamentaux: le problème alimentaire et le
problème national.
Le Vietnam connaissait une assez rapide croissance
démographique, résultat, au moins pour une part, de la paix et des mesures
sanitaires prises par les autorités françaises. Par contre,
l'insuffisance des travaux hydrauliques au Tonkin et en Annam ne
permettait pas de pallier l'exiguïté des terres arables (moins de un
ha par tête). Chaque année aggravait le déficit alimentaire. En
même temps, l'accaparement des terres par de riches propriétaires
réduisait un nombre grandissant de paysans au sort misérable de
coolie sans terre. A peu près contemporaine de la visite de Justin
Godart, la thèse du grand Pierre Gourou sur Les paysans du Delta
tonkinois décrivait une situation dramatique et pratiquement sans
issue. En Cochinchine par contre, où la population était beaucoup
moins dense, une double révolution avait fait exploser la
production agricole: des drainages avaient conquis des milliers
d'hectares à la culture du riz et le défrichement des Terres rouges
avaient ouvert l'espace à des centaines de milliers d'hectares
d'hévéas. Cependant là aussi la situation sociale était terrible. Les
plantations d'hévéas étaient cultivées par une majorité
"d'engagés", c'est-à-dire des paysans misérables qui se liaient par
contrat de 3 ans, pourchassés par la police s'ils s'enfuyaient,
soumis à la discipline et au travail très dur de la plantation pour
des salaires très bas. Ainsi se forma un véritable prolétariat des
17plantations qui attira l'attention de Justin Godart. Par contre, il vit
mal la situation des ta dien, les métayers de l'Ouest cochinchinois.
La mise en culture d'immenses zones de rizières en Cochinchine
se fit uniquement au profit de grands propriétaires latifundiaires,
vietnamiens pour la plupart. Ceux-ci faisaient cultiver leurs terres
par des métayers qui étaient accablés par les redevances dues à
leurs propriétaires et par les prêts usuraires qu'ils avaient été
obligés de contracter auprès d'eux (prêts à plus de 100 % par an le
plus souvent). Une situation sociale explosive se créait ainsi. Du
moins la production de riz cochinchinois avait-elle fait des progrès
considérables et un énorme excédent était disponible chaque
année. Pour compenser le déficit alimentaire de l'Annam et du
Tonkin? Non point! qui aurait payé? Mais pour l'exportation
vers le Sud-Est asiatique, la Chine, voire, surtout après 1930, la
France. Le pouvoir colonial ne pouvait ni ne voulait changer cet
état de choses: l'exportation de riz était la base même du
commerce extérieur de l'Indochine, ce qui permettait de claironner
des chiffres magnifiques de la richesse de la colonie et d'importer,
de France principalement, les produits réclamés par la population
européenne. D'autre part, cette exportation de riz faisait la fortune
des gros commerçants chinois de Cholon, de négociants et
armateurs français, et la Banque de l'Indochine en tirait une partie de
son activité. De plus les grands propriétaires vietnamiens du Sud
étaient, avec les mandarins ralliés, la seule catégorie sociale sur
laquelle pouvait s'appuyer le pouvoir colonial. Malgré toutes ces
difficultés, le système fonctionna normalement après la Première
Guerre mondiale jusqu'en 1928, grâce au cours surévalué du riz
sur les marchés du Sud. Mais en 1928, la conjoncture se retourna
et c'est une Indochine déjà très touchée qui fut frappée par la crise
du début des années 30. Ce fut alors une véritable catastrophe.
L'administration vint au secours des sociétés caoutchoutières
frappées par l'effondrement du prix du caoutchouc, des
latifundiaires cochinchinois croulant sous leurs dettes. Après cela, il ne
restait rien pour faire face à la misère des ta dien de Cochinchine
ou à la sous-alimentation des paysans du Tonkin et de l'Annam.
Cependant, le problème étai t si pressant que le gouvernement
indochinois, qui ne pouvait plus compter sur les investissements
privés, dont le boom dura de 1924 à 1928, fit un emprunt de plus
d'un milliard de francs pour, enfin, se lancer dans un vaste
programme d'hydraulique agricole. Mais il était trop tard. Le
gouverneur général Brévié, en 1937, avouait sa peur devant
l'inévitable déficit alimentaire, et un nouvel et énorme emprunt ne
18pouvait qu'aggraver une fiscalité déjà écrasante mais que personne
n'envisageait de bouleverser dans ses principes de base. D'autant
plus que le Mouvement national vietnamien était sorti depuis déjà
assez longtemps de la relative léthargie où l'avait plongé
l'écrasement de la révolte armée du Cân Vuong dans la première
moitié des années 90 du siècle dernier. A partir de 1924/26 ce
mouvement prend une ampleur nouvelle: attentat contre le
gouverneur général en voyage à Canton, manifestation de masse
des étudiants et lycéens à l'occasion des funérailles du grand
patriote Phan Chu Trinh, puis la fondation d'un parti nationaliste,
le Vietnam Quoc Dan Dang (VNQDD), tout ceci reflétant
l'évolution politique d'une petite bourgeoise intellectuelle sortie de
l'enseignement franco-vietnamien. Par ailleurs, était né un
mouvement communiste, impulsé par Nguyên Ai Quôc -le futur
Ho Chi Minh- qui depuis son séjour à Paris de 1917 ou 19 à
1923, unissait la revendication nationale à l'action révolutionnaire
marxiste. En exil à Canton, il fondait en 1925 le Thanh Niên (la
jeunesse) qui devint le creuset où se formèrent les fondateurs du
Parti communiste vietnamien puis indochinois créé en 1930
(pCI).
Dès cette année 1930, la révolte éclatait en deux points et sous
deux formes différentes: une mutinerie de tirailleurs indochinois à
Yen Bay, au Tonkin, à l'instigation du VNQDD et une longue
révolte paysanne et ouvrière au Nghê Tinh, en Annam, sous la
direction du PCI : les soviets du Nghê Tinh. L'une et l'autre
furent noyées dans le sang. Cette répression féroce anéantit le
VNQDD, mal enraciné dans la population et qui ne fut plus
désormais qu'une ombre sans consistance. Par contre, malgré les
mitraillades par avion et la déportation au bagne de Poulo Condor
de milliers de dirigeants et de militants, le PCI, profondément
ancré dans la paysannerie survécut à la tempête. Du même coup,
et en partie par la grâce de la Sûreté, le PCI devenait l'unique
force nationaliste tout en continuant à préparer la révolution
sociale, contre les mandarins et les grands propriétaires
collaborateurs. Si bien qu'aux yeux des autorités coloniales toute
revendication sociale ou nationale ne pouvait que manifester une
action communiste. Justin Godart constate cette assimilation et
proteste sans ébranler la conviction de personne. En effet, pendant
la période du Front populaire, le PCI reconstitué fonctionna à
deux niveaux: un niveau clandestin soigneusement caché et un
niveau légal, autour de journaux comme Le Travail au Tonkin qui
n'avançait que des revendications modérées, s'appuyant sur la loi
19métropolitaine, contre l'oppression des colons et des autorités
coloniales. Ainsi en 1936, deux faits fondamentaux dominent la
situation. D'une part, l'impasse de la domination coloniale: sur le
plan politique, les autorités françaises qui n'ont pas de base dans
les masses populaires en sont à chercher un appui, combien
précaire, auprès du mandarinat et du trône impérial où elles ont
installé Bao Dai; sur le plan économique, l'Indochine sort
difficilement de la grande crise qui l'a touchée très durement,
ébranlant y compris les couches de la population plus ou moins
liées au régime colonial; sur le plan social, l'énorme misère
paysanne, grandissante constitue un problème que les structures
financières, sociales, économiques de la domination coloniale sont
incapables de résoudre.
Et, d'autre part, face à ces impasses de la colonisation, le
mouvement national a grandi, très vite et se trouve désormais sous
la direction d'un Parti communiste, certes encore peu nombreux
mais qui dispose d'une fort appui international, notamment en
France, d'une cohorte de militants d'un dévouement à toute
épreuve et d'un dirigeant hors du commun, Nguyên Ai Quôc qui,
quelques années plus tard, va rentrer au pays sous le nom de Ho
Chi Minh. Inévitablement le basculement politique en France avec
l'arrivée du Front populaire ne pouvait que rendre plus complexes
et plus visibles ces tensions au Vietnam. Le rapport de Justin
Godart nous en offre une image, adoucie par la volonté de
l'envoyé du Front populaire de trouver des solutions humaines,
mais néanmoins annonciatrices des explosions de la décennie
suivante.
20Front populaire français et mouvements
nationalistes vietnamiens: rencontres et
divorce
Alain Ruscio
Lorsque commence la décennie 1930, les Français, dans leur
immense majorité, ont appris à être fiers de l'œuvre de leur pays
outre-mer. En Algérie, les colons, les officiels et quelques
"indigènes" choisis viennent de fêter le centenaire de la conquête.
En 1931, à Vincennes, sept millions de Français défilent devant la
reproduction des temples d'Angkor ou les faux "villages nègres".
Tous s'émerveillent ou s'amusent, selon l'humeur du moment. En
métropole, le consensus autour de la "question impériale" règne,
remis çà et là en cause par quelques anticonformistes.
A la fin de cette même année 1931, Paul Reynaud, ministre
des Colonies, effectue, avec force publicité, un voyage en
Indochine1. Dans son entourage, des officiels, administrateurs et
militaires, des mandarins francophiles, des journalistes.
L'unanimisme est de rigueur. De sa voix grêle, le ministre
accumule les lieux communs. "Comment contester les acquis de la
colonisation? Les masses annamites nous sont attachées... Seule
une minorité, dont les attaches avec l'étranger sont connues...".
Parmi les journalistes, pourtant, une femme, Andrée Viollis, ne
partage pas cette vision idyllique. De retour en France, elle publie
1. Pour respecter la terminologie de l'époque, nous avons conservé
l'expression "Indochine". En réalité, c'est essentiellement sur le territoire
du Vietnam que se déroulèrent les faits marquants de cette période. Les
militants nationalistes les plus actifs, par exemple, étaient Vietnamiens.
21

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