Une femme passée sous silence
158 pages
Français

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Une femme passée sous silence , livre ebook

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Description

La vie est un roman et jamais l'imagination n'a su dépasser le réel. Il y a ainsi dans les malles de nos greniers des pelotes de mystères, des dévidoirs de merveilleux qui n'attendent qu'un esprit curieux et patient à même de les dérouler pour le plus grand plaisir des lecteurs. C'est le sort qui attendait les carnets de Maurice P. depuis plus d'un siècle. En apparence, des notes jetées sur le papier, au style télégraphique, mais qui, derrière leur caractère lapidaire, recèlent une histoire amoureuse inouïe. Plongez sous l'écume des apparences, dans l'eau trouble des interdits sociaux pas si lointains que ça, pour partager les aventures de Maurice et You, en suivant l'auteur, véritable scaphandrier des familles. Originellement masculine, la matière de l'essai d'Anne Bégic mue peu à peu pour devenir féminine. Aussi cette enquête, menée à partir des secrets et non-dits de Maurice, militaire de profession, débouche-t-elle sur un portrait de femme de la fin XIXe-début XXe siècle qui vaut tout autant pour son caractère inédit que pour ce qu'il nous dit de la condition féminine et des dangers de la subvertir alors. Non conformiste, un rien aventurière et téméraire, absolument moderne avant l'heure, digne d'une Isabelle Eberhardt, You alias Jean Pommerol alias Lucie Guénot apparaît ainsi comme la figure centrale et solaire d'un texte qui lui restitue toute sa lumière perdue.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 08 novembre 2012
Nombre de lectures 70
EAN13 9782748396058
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0064€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait












Une femme passée
sous silence Anne Bégic










Une femme passée
sous silence



















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IDDN.FR.010.0117809.000.R.P.2012.030.31500




Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2012


Les carnets



La mort d’un lointain parent, une maison à vider, un
grenier plein de vieux rossignols et une mystérieuse malle
qui avait passablement voyagé à voir les étiquettes qui la
recouvraient. Tous les ingrédients étaient réunis pour faire
de nous des émules de Sherlock Holmes.
La malle en question avait appartenu à un de nos aïeuls
et l’avait suivi tout au long de sa carrière de militaire aux
quatre coins de la France et de ses colonies. En cours de
route, elle avait servi de réceptacle, sinon de dépotoir, aux
souvenirs jusqu’à en être bourrée.
Le défunt, homme discret et peu curieux des histoires
de famille, en avait hérité à la mort de sa mère et l’avait
remisée dans son grenier où elle dormait depuis plus de
vingt ans à l’abri de toute curiosité. Peut-être en avait-il
fait l’inventaire avant de l’y faire transporter et de
l’oublier ? On peut en douter, car, par la suite, il en avait si
peu parlé que personne dans son entourage n’était au
courant de l’existence de cette fameuse malle.

Nous y découvrîmes l’inévitable fatras de documents
dits « de famille » : vieux papiers jaunis, lettres, contrats,
documents administratifs, fragments de vie scolaire, livrets
militaires et livrets de famille, photos de parfaits inconnus,
et – plus surprenant – trois paquets de plaques
photographiques en verre serrées dans leur emballage d’origine qui
attestaient qu’un de nos ancêtres s’était passionné pour la
photo, alors à ses débuts, et personne n’en avait parlé. Au
milieu de tout cela, deux carnets aux pages couvertes de
pattes de mouche, tous deux de la même écriture, tenus au
9 jour le jour avec une extrême régularité par Maurice, un
arrière-arrière-grand-père mort bien avant notre naissance.

Ces carnets devinrent très vite le centre de notre
attention. Nous nous attendions à toutes sortes d’informations,
voire de révélations sur Maurice, sur sa vie, ses
sentiments, ses proches, l’époque. Enfin nous allions en savoir
un peu plus sur les origines de la famille.
Nous étions loin du compte tant le déchiffrement des
carnets fut long, fastidieux et – il faut le reconnaître – trop
souvent décevant.

Transcrire les carnets fut la partie ennuyeuse, mais
facile de l’opération. L’écriture en était aisément
déchiffrable malgré l’abondance d’abréviations et
d’expressions d’argot militaire qui ne nous étaient pas tout
à fait étrangères, filiation oblige. Mais, à notre grande
déception, le contenu n’avait rien de captivant.
Ce n’était qu’une suite de notes en style télégraphique,
s’enchaînant comme des perles, souvent sans ponctuation,
une inépuisable énumération de noms de personnes et de
noms de lieux, émaillée de quelques allusions aux
principaux événements de l’actualité, à la météorologie et aux
activités militaires de Maurice.
Rien de vraiment personnel, pas la moindre opinion, le
moindre commentaire, rien qui ne permette de mieux
appréhender sa personnalité.

10

Juste une brève citation pour en donner le ton :
Samedi 24 mars [1900] : Interpellé chez Chausson.
Etait au Louvre avec Lombardot. Vent et froid
affreux. Iou mieux mais faible. Dimanche 25 : Lettre
11 Rupp sur le drame de Bassenne à El Goléa et autres
lieux (sergent suicidé). Tout le jour résumés à la
machine. Iou mieux. Lundi 26 mars : Ecrit au Père
Huguenot. Travail Cavaillon. Iou veut maison de
santé. Mardi 27 mars : Travaux Cavaillon toujours.
Mercredi 28 : Reçu « la Dame de la Fronde ». Ecrit
au pharmacien de Sétif. Eté à la coopérative. Vu
Mage et Bainville. Electricité. Bouquins le soir de la
bibliothèque sur « Si j’étais ministre ». 29 mars :
Mort du général Joubert au Transvaal. Colle
Jasseron à l’amphi. Eté chez Deleuze. Crème vanille Iou.
Vendredi 30 : Cheval. Bibliothèque le soir. Lu
« L’Officier » et les « Droits politiques » du colonel
Denfert-Rochereau. Samedi 31 : Cavaillon. Puis
fumisté : été salle des ventes du Mont de Piété, puis
aux Finances pour solde, puis Louvre et Cheysson.
Déjeuner restaurant. Appris la prise d’In Rhou
(19 mars) : Mialet et Voinot blessés.

Un vrai robinet d’eau tiède et, ce, pendant six ans pour
le premier carnet qui va de mars 1900 à octobre 1906, et
vingt et un ans pour le deuxième carnet qui couvre la
période de juillet 1914 à mai 1935 !

Y avait-il eu d’autres carnets que ces deux-là, carnets
qui auraient pu se perdre au cours des nombreux
déménagements de Maurice ? Il semblerait que non tant l’écriture
du deuxième carnet diffère de celle du premier, du moins
dans les premières pages. Le texte est beaucoup plus
rédigé comme si Maurice avait tenu là un vrai « journal », son
journal de guerre, plus soucieux d’écrire pour de futurs
lecteurs que pour lui-même. Si ce deuxième carnet avait
été écrit dans la continuité d’un autre carnet qui se serait
perdu, le style n’aurait guère été différent.
Ce deuxième carnet commence le jour même de la
mobilisation de Maurice, le 31 juillet 1914. L’heure était
12 grave et Maurice, qui se targuait d’écrire, aura voulu ainsi
apporter son témoignage, ce qui l’aura incité à reprendre la
plume après huit ans d’interruption, d’où l’emploi d’un
style différent qu’il abandonnera d’ailleurs très vite pour
revenir au style télégraphique de son premier carnet qui
était certainement son style habituel.

Le texte occupe toute la place disponible. Pas de marge,
peu de sauts de ligne. Le document est plus proche de
l’agenda ou du pense-bête que du journal intime. Même
les événements importants de sa vie (mariage, naissances
de ses enfants, morts de ses proches…) sont présentés
avec ce même minimalisme. Ainsi, pas une fois Maurice
ne mentionne le nom de Jeanne, sa future femme. De son
mariage il a juste ces quelques mots :
« 7 octobre 1905 : A 4h mariage. Lunch 5-6. Départ
8h ».
C’était vraiment bien peu pour le plus beau jour de sa
vie.

Difficile pourtant de concevoir qu’il ait pu s’astreindre
à une telle discipline, sur une si longue période, pour
n’aligner que des banalités. C’était par trop
invraisemblable, d’autant que l’abondance d’expressions cryptées, de
ratures suggère des tentatives de dissimulation à
répétitions.


Il y avait donc eu des informations suffisamment «
sensibles » pour que Maurice ait éprouvé le besoin de les
dissimuler au moment o&#

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