ABC de l argumentation, 2e édition : Pour les professionnels de la santé et toute autre personne qui souhaite convaincre
212 pages
Français

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Description

Au quotidien, les professionnels de la santé ont à convaincre différentes personnes ou communautés – qu’il s’agisse de patients, de collègues, de supérieurs ou de partenaires – de la pertinence de leurs points de vue. Cet ouvrage explique à ces professionnels les principes de la rhétorique et diverses stratégies argumentatives, tout en soulignant les avantages de les utiliser dans le cadre de leur pratique. Parfois considérée comme l’art de persuader ou d’écrire avec style, la rhétorique est ici envisagée comme l’art d’argumenter pour convaincre par l’usage de la logique (logos), le recours aux émotions (pathos) et une réflexion éthique sur le rôle de l’orateur (ethos).
Cette seconde édition de l’ABC de l’argumentation a été entièrement revue. Alors que les éléments théoriques de la première partie de l’ouvrage sont demeurés sensiblement les mêmes que ceux de la première édition, les éléments pratiques de la deuxième partie ont été, pour leur part, significativement bonifiés. Les auteures ont notamment développé de nouveaux exemples pour présenter certains arguments de la méthode I-DÉ-A-L-E.
Trois nouveaux chapitres enrichissent également cette nouvelle édition, qui offre un plus grand nombre d’outils aux professionnels de la santé pour soutenir leurs revendications. Ceux-ci s’articulent autour du thème de l’advocacy et illustrent la manière dont les principes rhétoriques et les stratégies argumentatives peuvent être mis au service de la défense des droits, des besoins ou des intérêts des patients et des professionnels, de la promotion des emplois en santé ainsi que de l’amélioration des soins et des services dans ce milieu.
Ce livre se veut un incontournable dans l’enseignement de l’argumentation en santé et dans d’autres domaines. Il entend aussi outiller toute personne qui souhaite convaincre, car les principes et stratégies qu’il propose s’appliquent à toute situation d’argumentation.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 23 janvier 2019
Nombre de lectures 2
EAN13 9782760550926
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,1150€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

ABC de l argumentation
Presses de l Universit du Qu bec
Le Delta I, 2875, boulevard Laurier
bureau 450, Qu bec (Qu bec) G1V 2M2
T l phone: 418 657-4399 - T l copieur: 418 657-2096
Courriel: puq@puq.ca - Internet: www.puq.ca

Diffusion / Distribution:
CANADA
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Boisbriand (Qu bec) J7H 1N7 - T l.: 450 434-0306 / 1 800 363-2864
FRANCE ET
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BELGIQUE
75005 Paris, France - T l.: 01 53 10 25 25

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Diffusion/ Distribution (ouvrages anglophones):

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La Loi sur le droit d auteur interdit la reproduction des uvres sans autorisation des titulaires de droits. Or, la photocopie non autoris e - le "photocopillage - s est g n ralis e, provoquant une baisse des ventes de livres et compromettant la r daction et la production de nouveaux ouvrages par des professionnels. L objet du logo apparaissant ci-contre est d alerter le lecteur sur la menace que repr sente pour l avenir de l crit le d veloppement massif du "photocopillage .
ABC de l argumentation
Pour les professionnels de la sant et toute autre personne qui souhaite convaincre
Pr face de Marc Andr Bernier

2 e DITION
Marie-Jos e Drolet, Mireille Lalancette et Marie- ve Caty
Catalogage avant publication de Biblioth que et Archives nationales du Qu bec et Biblioth que et Archives Canada
Drolet, Marie-Jos e, 1971- , auteur
ABC de l argumentation: pour les professionnels de la sant et toute autre personne qui souhaite convaincre / Marie-Jos e Drolet, Mireille Lalancette, Marie- ve Caty.
2 e dition.
Comprend des r f rences bibliographiques.
Publi en formats imprim (s) et lectronique(s).
ISBN 978-2-7605-5090-2
ISBN 978-2-7605-5091-9 (PDF)
ISBN 978-2-7605-5092-6 (EPUB)
1. Argumentation. 2. Persuasion (Rh torique). 3. Communication en m decine.
I. Lalancette, Mireille, 1974- , auteur. II. Caty, Marie- ve, 1977- , auteur. III. Titre.
PN4192.M43D76 2019
808.06 661
C2018-942977-1


C2018-942978-X

Correction d preuves
Justine Pomerleau
Conception graphique
Julie Rivard
Mise en page
Interscript
Image de couverture
Shutterstock
D p t l gal: 1 er trimestre 2019
Biblioth que et Archives nationales du Qu bec
Biblioth que et Archives Canada
2019 - Presses de l Universit du Qu bec
Tous droits de reproduction, de traduction et d adaptation r serv s
Imprim au Canada
D5090-1 [01]
Aux tudiants qui nous donnent toujours envie de nous d passer, ainsi qu aux professionnels de la sant qui se trouvent parfois dans des situations o leurs arguments ne parviennent pas convaincre les personnes avec lesquelles ils discutent et qui rencontrent, ce faisant, des difficult s revendiquer, au nom de patients et en collaboration avec eux, la d fense des droits de ces derniers ou la promotion de leurs besoins .
P R FACE


LA RH TORIQUE, OU L ART DE CONDUIRE DES PRISES DE D CISIONS CLAIR ES
Dans sa remarquable banalit , l exp rience de l erreur repr sente peut- tre l une des dimensions les plus curieuses de la vie intellectuelle et morale, ne serait-ce que dans la mesure o c est bien souvent gr ce aux r flexions qu elle inspire qu on peut esp rer parvenir des v rit s. C est cet trange paradoxe que Montaigne avait plac au c ur de l criture de ses Essais , ce texte fondateur de la modernit qu on peut lire comme une vaste recension des erreurs auxquelles est sujet l esprit humain, que celles-ci soient religieuses ou philosophiques, politiques ou judiciaires, populaires ou scientifiques. Ce projet qui consiste faire de toutes ces erreurs le foyer d une m ditation sur ce que Montaigne (1580) appelle l "humaine condition convient assur ment des temps troubl s, marqu s par l rosion des certitudes et la perte des rep res traditionnels. Toutefois, si elle est le fruit d une inqui tude propre aux temps modernes, la th se suivant laquelle, comme l crit Fontenelle (1683, p. 143), l "esprit humain et le faux sympathisent extr mement est elle-m me susceptible de conduire deux attitudes distinctes. La premi re est celle d un scepticisme radical, que caract rise une d fiance l gard de toute certitude pr tendue et qui en conclut une relativit absolue des opinions et des go ts, des valeurs et des cultures, telle ou telle coutume, telle ou telle pratique n tant finalement ni meilleure ni pire que telle ou telle autre. La seconde retient moins de l exp rience de l erreur cette impossibilit prendre parti qu une exigence de discernement critique, qui se r alise dans une capacit jauger diff rents arguments et confronter diverses hypoth ses concurrentes au sein d une sph re publique de libre expression, de communication et de d bat. En pareil cas, l exp rience de l erreur invite moins se mettre l cole d un scepticisme d senchant qu soumettre toute opinion et toute prise de d cision l preuve d un d bat raisonnable o s exerce un art de penser et de dire. Les anciens Grecs et les anciens Romains appelaient "rh torique cet art de raisonner qui, en cherchant mobiliser les arguments les plus probables, nourrissait l ambition de conduire des prises de d cision clair es; aujourd hui, c est la red couverte de cet art aussi m connu qu indispensable que convie le livre de Marie-Jos e Drolet, Mireille Lalancette et Marie- ve Caty.
Cette red couverte est d autant plus essentielle que les sources desquelles proc de l erreur sont, on le sait, infinies. Par exemple, l erreur m dicale et, plus g n ralement, professionnelle, peut tenir non seulement une multitude d inexactitudes portant sur les faits, mais encore d innombrables m prises dans la conduite de la pens e. Dans ce dernier cas, l erreur est d autant plus craindre qu elle para t bien souvent sous les formes les plus insidieuses et les plus captieuses, dans la mesure o m me les proc dures les mieux assur es de la logique peuvent toujours tre fort ais ment d tourn es. Prenons cet exemple classique de raisonnement d ductif: "Tous les hommes sont mortels; or Socrate est un homme; donc Socrate est mortel. Rien n est plus juste ni plus vrai; rien, pourtant, n est plus simple subvertir que la parfaite coh rence d un tel argument, voire de tout raisonnement. Dans ses Essais , Montaigne avait d ailleurs soulign la facilit avec laquelle le langage se pr te tous les d tournements sophistiques ou, si l on pr f re, trompeurs et fallacieux dans la conduite d un raisonnement. Afin d illustrer l extr me mall abilit des r gles de la logique, ne s amusait-il pas jeter le ridicule sur les certitudes pr tendues auxquelles pr tend parvenir le raisonnement d ductif, en en proposant ce nouvel exemple si r jouissant: "Le jambon fait boire; or boire d salt re; donc le jambon d salt re ? De m me, de nos jours, dans cet ABC de l argumentation que l on va lire, nos trois auteures prennent-elles toujours soin d indiquer les "pi ges viter , lorsqu elles montrent comment construire des arguments convaincants. C est que l erreur de raisonnement n est pas toujours, comme dans le plaisant exemple de Montaigne, un simple jeu d esprit destin faire rire: dans la vie quotidienne, le sophisme a bien plus souvent pour fonction de chercher produire une illusion de v rit , elle-m me destin e tromper le jugement et garer les consciences. En ce sens, la rh torique est bien davantage qu un art d argumenter, elle est aussi une cole de prudence et de discernement qui enseigne se garantir des manipulations de la parole. Voil m me ce qui fait l une des plus grandes forces de cet ABC de l argumentation : le refus de la manipulation, posture qu il importe sans nul doute d affirmer avec force une poque comme la n tre, si puissamment domin e par le r gne de l image et de l apparence qu impose le triomphe d une soci t du spectacle et de la communication m diatique.
Mais s il est vrai que, de nos jours, toute prise de parole s inscrit dans ce contexte g n ral, le professionnel de la sant qui cherche persuader doit alors en tirer une cons quence qui le concerne plus particuli rement. De fait, l exp rience de l erreur et de la manipulation se trouve, en quelque sorte, multipli e et renforc e par l univers de la communication virtuelle, dont la caract ristique la plus fondamentale tient une croissance exponentielle des informations qui circulent dans l espace public. Or cet accroissement est, bien souvent, directement proportionnel l affaiblissement de l autorit des institutions traditionnelles - universit s, coles de m decine, associations professionnelles, diteurs scientifiques, etc. - dont la mission consiste, justement, r guler la diffusion des savoirs afin de mieux en assurer la validit . Gr ce Internet, chaque individu ne semble-t-il pas de plus en plus habit par le sentiment qu il est d sormais en mesure d tablir lui-m me son propre diagnostic, sans se soucier d une connaissance objective, valid e par les institutions du savoir? Du fait d Internet, ne voit-on pas galement se multiplier rumeurs incontr l es et d sinformation int ress e, comme en t moignent le refus parfois opini tre de la vaccination et, de mani re plus g n rale, le progr s des croyances d raisonnables? Plac sous ce jour, le nouvel instrument de construction de l opinion publique que repr sente Internet exige d autant plus de renouer avec un art d argumenter que le refus, chez quelques patients, de reconna tre jusqu des vidences factuelles interroge avec une acuit toute particuli re la capacit , proprement rh torique, des professionnels de la sant entrer en dialogue et favoriser, par le secours de la parole, des prises de d cision raisonnables.
Le probl me - troublant - de la prolif ration accrue des croyances d raisonnables rappelle bien s r quel point, comme le soulignent juste titre nos trois auteures, il est souvent extr mement difficile de persuader autrui. Il met aussi en lumi re le r le obscur que jouent les affects dans l uvre de la persuasion et qui fait en sorte que susciter l adh sion d un interlocuteur ou d un public n est pas simplement une affaire de logique et de preuves, mais encore et surtout de passions et de sentiments. Sur ce point plus que tout autre peut- tre, les le ons que dispense la tradition rh torique sont particuli rement riches en enseignement pour notre temps. D s l Antiquit , le philosophe et orateur romain Cic ron avait insist sur le fait que les preuves que procure le raisonnement logique sont presque toujours insuffisantes lorsqu il s agit de persuader. La persuasion, r p tait-il sans cesse, suppose m me la conjonction de trois fonctions que tout discours doit absolument r unir s il esp re toucher les c urs et les esprits: instruire, plaire et mouvoir. la fin du XVIII e si cle, dans un ouvrage comme De la litt rature (1800), l crivaine fran aise Germaine de Sta l envisage elle aussi comme constitutive de toute entreprise de persuasion cette m me union de la dimension intellectuelle et sensible de la parole. Tout ce qui tient aux valeurs, crit-elle alors, d rive d une "autre source , proc de d un "autre principe que le raisonnement scientifique (1800, p. 403), de sorte que, par exemple, les id es de justice ou de libert , de sant ou de respect ne sauraient se r duire une signification purement intellectuelle, car elles s enracinent d abord dans un sentiment dont seule une parole s adressant au c ur est m me d clairer la v rit ou de r v ler l erreur qu elles comportent. Au cours de la seconde moiti du XX e si cle, c est encore et toujours ce r le que jouent les affects dans l art d argumenter et, plus g n ralement, dans la vie intellectuelle qui persuadera le philosophe belge Cha m Perelman de renouer avec la tradition de la rh torique classique. Habit e par le souvenir tragique de la Seconde Guerre mondiale, son uvre part, elle aussi, d une interrogation sur les jugements de valeur qui invite notamment Perelman d passer l opposition entre v rit s scientifiques et opinions enracin es dans le sentiment. De fait, la capacit de chacun d fendre une id e comme celle de justice d pend la fois d un sentiment de la justice et d une aptitude mobiliser des arguments logiques afin d agir sur les volont s, d infl chir les opinions et de conduire des prises de d cision raisonnables. En ce sens, le vaste domaine des jugements de valeur requiert une rh torique, dans la mesure o , depuis l Antiquit , cette discipline se d finit justement par l importance qu elle accorde aux raisonnements dont la puissance persuasive tient autant leur validit scientifique ou logique qu des strat gies argumentatives dont la force de conviction est fond e sur la capacit de l orateur parler le langage du sentiment.
La red couverte de cet art de l argumentation qu a suscit e, depuis Perelman, la renaissance de la rh torique antique constitue sans nul doute l un des ph nom nes majeurs de la vie intellectuelle de notre temps. Aujourd hui, comme le rappelait Antoine Compagnon (1999, p. 1261) il y a quelques ann es, la rh torique a m me "reconquis le prestige th orique et la pertinence pratique qui avaient t les siens depuis 25 si cles . Pourtant, il restait encore procurer un guide pratique au public et, notamment, celui que forment les professionnels de la sant . Cette n cessit tient non seulement ces mille difficult s que comporte presque toujours toute entreprise de persuasion, mais aussi aux p rils auxquels expose cet art qu enseigne la rh torique et qui apprend tout la fois construire des arguments et s adresser au sentiment. l vidence, savoir parler au c ur et l esprit est susceptible de favoriser des prises de d cision raisonnables; mais comment s assurer que ce langage du sentiment dont il procure la ma trise reste respectueux de l autonomie des consciences et qu il ne soit jamais d voy au profit d une propagande par vocation manipulatrice? L histoire ne fournit-elle pas d innombrables exemples de ces d magogues et de ces fanatiques dont les discours aussi dangereux que s duisants durent leurs qualit s oratoires l emprise d testable qu ils exerc rent sur les consciences? D s l Antiquit , ce probl me particuli rement complexe avait mis aux prises le philosophe grec Platon avec le rh teur romain Cic ron. Le premier insistait sur les dangers de la manipulation sophistique laquelle peut donner lieu la rh torique; le second lui opposait le caract re minemment civilisateur de l art de persuader, dont le propre serait de pr f rer la parole la violence pour agir sur autrui. En ce sens, les arts du discours seraient indissociables d un id al de sociabilit fond sur la pratique du d bat contradictoire et, ce titre, seraient l alli naturel du pluralisme et de la vie d mocratique. Ces th ses, cet ABC de l argumentation les rappelle; il fait toutefois davantage. En alliant avec intelligence sens thique et sens pratique, il guide v ritablement le lecteur dans ce d dale, de mani re montrer en quoi le refus de la manipulation sert galement l efficacit d une parole qui, en cherchant agir sur autrui, voire sur le cours des affaires publiques, affirme partout sa confiance dans les vertus du dialogue, cette condition indispensable toute prise de d cision clair e.
Marc Andr Bernier
Pr sident de la Soci t internationale d tude du dix-huiti me si cle (2011-2015)
Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en rh torique (2004-2014)
Universit du Qu bec Trois-Rivi res
AVANT-PROPOS


Cette seconde dition du livre l ABC de l argumentation (Drolet, Lalancette et Caty, 2019) a t non seulement revue, mais galement augment e. la suite de plusieurs lectures critiques, les quelques coquilles et impr cisions que contenait la premi re dition ont t corrig es, et ce, au meilleur de nos connaissances. De plus, et c est le plus important, suivant les commentaires que nous avons re us de divers professionnels la suite de formations que nous avons donn es en lien avec le contenu de la premi re dition, trois chapitres ont t ajout s afin de fournir d autres outils et plus d illustrations des principes rh toriques et des diverses strat gies argumentatives pr sent es dans ce livre. Comme le lecteur le constatera, le chapitre 5 concerne l enseignement et la supervision des stagiaires, le chapitre 6 l advocacy syst mique et le chapitre 7 porte sur l action politique d ordres professionnels. Ces chapitres sont li s aux sp cialit s de chacune des auteures. Celles-ci ont pris respectivement le leadership du chapitre 5 (Caty), du chapitre 6 (Drolet) et du chapitre 7 (Lalancette).
Nous esp rons que ces ajouts seront utiles la pratique des professionnels de la sant . Nous souhaitons notamment qu ils permettent d appr cier l importance des l ments th oriques de la premi re partie du livre ainsi que la port e des l ments pratiques pr sent s dans sa seconde partie. Au final, notre intention est que ce livre soit au service de la d fense des droits, des besoins et des int r ts des patients, sans oublier ceux des professionnels de la sant qui aspirent travailler dans un environnement sain qui contribue leur bien- tre, lequel demeure essentiel la r alisation de leur profession. Ces ajouts et modifications seront galement utiles pour toute autre personne qui souhaite convaincre.
TABLE DES MATI RES


PR FACE LA RH TORIQUE, OU L ART DE CONDUIRE DES PRISES DE D CISIONS CLAIR ES Marc Andr Bernier
AVANT-PROPOS
LISTE DES ABR VIATIONS
LISTE DES FIGURES ET DES TABLEAUX
INTRODUCTION
Partie 1 L MENTS TH ORIQUES
CHAPITRE 1 RH TORIQUE ET ARGUMENTATION
1.1. L origine de l argumentation: la rh torique
1.2. La rh torique: l art de convaincre
1.3. La rh torique: de l Antiquit aujourd hui
1.4. Pourquoi la rh torique a-t-elle vu le jour?
1.5. Deux caract ristiques inh rentes la rh torique
Conclusion
CHAPITRE 2 QU EST-CE QU ARGUMENTER?
2.1. Ce qu est argumenter
2.1.1. Argumenter, c est opter pour la parole plut t que pour la violence
2.1.2. Argumenter, c est couter et accueillir l autre dans le respect
2.1.3. Argumenter, c est articuler des raisons "motivantes qui appuient son point de vue
2.1.4. Argumenter, c est communiquer en vue de provoquer un changement
2.1.5. Argumenter, c est consid rer les circonstances de l argumentation
2.1.6. Argumenter, c est conna tre l auditoire et s y adapter
2.1.7. Argumenter, c est trouver des points d appui ses arguments
2.1.8. Argumenter, c est consid rer la doxa de l auditoire
2.1.9. Argumenter, c est miser sur la relation construire avec l auditoire
2.1.10. Argumenter, c est consid rer le caract re plus ou moins actif de l auditoire
2.1.11. Argumenter, c est penser son image (ethos) et sa cr dibilit
2.1.12. Argumenter, c est consid rer le logos , le pathos et l ethos
2.2. Pourquoi convaincre est-il difficile?
2.2.1. Raisons de nature psychologique
2.2.2. Raisons de nature cognitive
2.2.3. Raisons de nature thique
2.2.4. Raisons de nature id ologique
2.2.5. Raisons de nature p dagogique
2.2.6. Raisons de nature m thodologique
2.2.7. Raisons de nature rh torique
2.3. Ce qu argumenter n est pas
2.3.1. Argumenter, ce n est pas uniquement socialiser, s exprimer ou informer
2.3.2. Argumenter, ce n est pas seulement affirmer, commander ou recommander
2.3.3. Argumenter, ce n est pas faire une d monstration scientifique
2.3.4. Argumenter, ce n est pas improviser
2.3.5. Argumenter, ce n est pas manipuler
2.3.6. Argumenter, ce n est pas user de ruse
2.3.7. Argumenter, ce n est pas extorquer
2.3.8. Argumenter, ce n est ni falsifier, ni alt rer, ni mentir
2.3.9. Argumenter, ce n est pas m dire ni diffamer
2.3.10. Argumenter, ce n est pas user de flatterie ou de d magogie
2.3.11. Argumenter, ce n est pas convaincre tout prix
2.4. Pourquoi refuser la manipulation?
Conclusion
Partie 2 L MENTS PRATIQUES
CHAPITRE 3 COMMENT CONSTRUIRE DES ARGUMENTS CONVAINCANTS?
3.1. Des arguments de nature inductive bas s sur des faits probants
3.1.1. La g n ralisation
3.1.2. La causalit ou la corr lation
3.1.3. L analogie ou la m taphore
3.2. Des arguments de nature d ductive tir s de th ories pertinentes
3.2.1. La d duction
3.2.2. L explication
3.2.3. Le cadrage et le recadrage
3.3. Des arguments appuy s sur des autorit s appropri es
3.4. Des arguments qui respectent les r gles logiques
3.4.1. L affirmation de l ant c dent
3.4.2. La n gation du cons quent
3.5. Des arguments thiques fond s ou d duits de valeurs l gitimes et signifiantes
3.5.1. L argument d ontologique
3.5.2. L argument utilitariste
3.5.3. L argument bas sur une vertu
3.5.4. L argument de communaut
Conclusion
CHAPITRE 4 COMMENT CONSTRUIRE DES PLAIDOIRIES CONVAINCANTES?
4.1. Des plans pour ses communications
4.1.1. Le plan rh torique classique
4.1.2. Le plan classique de la plaidoirie
4.1.3. Le plan du discours argumentatif
4.1.4. Le plan valuatif de la plaidoirie
4.2. Dix autres conseils pour convaincre
4.2.1. Recourir au remue-m ninge ou la temp te d id es (brainstorming)
4.2.2. Formuler diff rents types d arguments
4.2.3. Se faire l avocat du diable
4.2.4. Anticiper les objections et pr parer des r futations
4.2.5. valuer et tester ses arguments
4.2.6. Miser sur son savoir- tre
4.2.7. User de clart et de concision l oral et l crit
4.2.8. Opter pour des supports visuels appropri s
4.2.9. Soigner son apparence et sa gestuelle
4.2.10. Interpeller et activer l auditoire
4.3. Comment inciter l action?
4.3.1. Stade 1: l gocentrisme
4.3.2. Stade 2: l individualisme
4.3.3. Stade 3: l thique du troupeau
4.3.4. Stade 4: l thique l galiste
4.3.5. Stade 5: l thique du contrat social
4.3.6. Stade 6: l thique universelle
Conclusion
CHAPITRE 5 LA DIMENSION P DAGOGIQUE DE L ARGUMENTATION: COMMENT AIDER LES TUDIANTS D VELOPPER LEURS COMP TENCES RH TORIQUES ET ARGUMENTATIVES
5.1. D finition de la notion de comp tence
5.1.1. Action r flexive
5.1.2. Mobilisation de ressources
5.1.3. Famille de situations
5.2. Trois conseils pour d velopper les comp tences rh toriques et argumentatives chez le stagiaire
5.2.1. Fr quenter un environnement qui valorise la d fense des droits, int r ts et besoins des individus les plus vuln rables
5.2.2. Observer des mod les comp tents en mati re d argumentation
5.2.3. Se pratiquer dans des situations authentiques et micro-gradu es et recevoir une r troaction
5.3. Notions et techniques de r troaction constructive et efficace
5.3.1. Les composantes d une r troaction constructive et efficace
5.3.2. Mod le pour donner une r troaction constructive et efficace
Conclusion
CHAPITRE 6 COMMENT EXERCER LE R LE POLITIQUE INH RENT SA PRATIQUE? DEUX OUTILS POUR LES PROFESSIONNELS
6.1. Le cadre d analyse critique de Nixon et ses collaborateurs (2017)
6.2. La typologie de Goodman-Lavey et Dunbar (2003) et de l AOTPAC (2000)
Conclusion
CHAPITRE 7 PLAIDER, PERSUADER ET PROT GER LE PUBLIC: L ADVOCACY POLITIQUE EN ACTION DE DEUX ORDRES PROFESSIONNELS
7.1. Consultations publiques: contexte
7.2. Rappel de notre vision de l advocacy
7.3. Rappel de notre vision de la rh torique et de l argumentation
7.4. Approche m thodologique
7.5. Anatomie des m moires et strat gies porteuses
7.6. Exorde: piquer la curiosit et l int r t
7.6.1. Construire son ethos (discursif): l gitimer son apport dans la discussion et cr er du lien commun
7.6.2. Prendre appui sur la doxa et faire appel aux valeurs communes
7.7. Narration: faire appel aux sentiments (pathos) et prendre appui sur des faits probants et des autorit s appropri es (logos) et construire des arguments thiques (ethos)
7.7.1. Mobiliser positivement les sentiments: observations concr tes et usages du pathos
7.7.2. Prendre appui sur des autorit s appropri es (logos) et des faits probants
7.7.3. Construire des arguments thiques (ethos)
7.8. Confirmation: r sumer les points saillants et p roraison: conclure en non ant sa position clairement
Conclusion
CONCLUSION
ANNEXES
Annexe 1 Solutionnaire des activit s d apprentissage
Annexe 2 Banque de situations d argumentation
Annexe 3 Pour en apprendre davantage
Annexe 4 Pour une utilisation optimale du proc durier
R F RENCES
LISTE DES ABR VIATIONS


ACA
American Counseling Association
AVC
Accident vasculaire c r bral
AVD
Activit s de la vie domestique
AVQ
Activit s de la vie quotidienne
BAPE
Bureau des audiences publiques sur l environnement
BOG
Blessure orthop dique grave
BM
Bless m dullaire
CA
Conseil d administration
C GEP
Coll ge d enseignement g n ral et professionnel
C Q
Cadre thique quadripartite
CHUM
Centre hospitalier de l Universit de Montr al
CISSS
Centre int gr de sant et de services sociaux
CIUSSS
Centre int gr universitaire de sant et de services sociaux
CLSC
Centre local de services communautaires
CNESST
Commission des normes, de l quit , de la sant et de la s curit du travail
CSST
Commission de la sant et de la s curit du travail
FAR
Fonds d animation la recherche
GRCP
Groupe de recherche en communication politique
HPS
Heures de prestation de services
IDEA
Institut d thique appliqu e
IVAC
Indemnisation des victimes d actes criminels
LRE
Laboratoire de recherche en ergologie
MELS
Minist re de l ducation, du Loisir et du Sport
MESS
Minist re de l Emploi et de la Solidarit sociale
NMP
Nouveau management public
OEQ
Ordre des ergoth rapeutes du Qu bec
OMS
Organisation mondiale de la sant
OOAQ
Ordre des Orthophonistes et des Audiologistes du Qu bec
OPQ
Office des professions du Qu bec
PUQ
Presses de l Universit du Qu bec
SAAQ
Soci t de l assurance automobile du Qu bec
SLA
Scl rose lat rale amyotrophique
TCC
Traumatisme cr nien c r bral
TIC
Technologies d information et de la communication
TSA
Trouble du spectre de l autisme
UQTR
Universit du Qu bec Trois-Rivi res
LISTE DES FIGURES ET DES TABLEAUX


FIGURE 2.1.
Les dimensions de l ethos pr alable
FIGURE 2.2.
Les trois dimensions de la communication persuasive
FIGURE 2.3.
Le cycle d apprentissage exp rientiel de Kolb (1984) et les styles d apprentissages de Kolb et Kolb (2005)
FIGURE 3.1.
Les raisonnements inductif et d ductif
FIGURE 3.2.
Le cadre thique quadripartite (C Q) pour analyser les enjeux thiques que pose la pratique professionnelle
FIGURE 4.1.
D fendre une th se en situation d interaction
FIGURE 4.2.
Le cycle des apprentissages de Kolb (1984) appliqu l argumentation
FIGURE 4.3.
Exemple de journal r flexif: entra nement l argumentation - valuation a posteriori de sa plaidoirie
FIGURE 4.4.
Les six stades de raisonnement thique de Kohlberg
FIGURE 4.5.
Illustration des circonstances de l argumentation et de leurs interactions
FIGURE 5.1.
Six domaines d advocacy
FIGURE 6.1.
Trois niveaux d implication politique de Goodman-Lavey et Dunbar et de l AOTPAC


TABLEAU 2.1.
Les circonstances de l argumentation
TABLEAU 2.2.
Les sept crit res rationnels pour valuer des arguments
TABLEAU 2.3.
Les deux crit res motionnels pour valuer des arguments
TABLEAU 2.4.
Les cinq crit res thiques pour valuer des arguments
TABLEAU 2.5.
Synth se des trois dimensions de la persuasion
TABLEAU 2.6.
Ce qu est argumenter et ce que cette activit suppose
TABLEAU 2.7.
Ce qu argumenter n est pas et ce que cette activit n inclut pas
TABLEAU 3.1.
M thode "I-D -A-L-E pour d velopper des arguments convaincants
TABLEAU 3.2.
Les quatre parties d un argument
TABLEAU 3.3.
Exemple de g n ralisation
TABLEAU 3.4.
Exemple de raisonnement CORR LATIONNEL
TABLEAU 3.5.
Exemple de raisonnement M TAPHORIQUE
TABLEAU 3.6.
Exemple de raisonnement D DUCTIF
TABLEAU 3.7.
Exemple de raisonnement EXPLICATIF
TABLEAU 3.8.
Exemple de raisonnement DE RECADRAGE
TABLEAU 3.9.
Exemple d APPEL L AUTORIT appropri
TABLEAU 3.10.
Exemple de raisonnement D ONTOLOGIQUE
TABLEAU 3.11.
Exemple de raisonnement UTILITARISTE
TABLEAU 3.12.
Exemple de raisonnement BAS SUR UNE VERTU
TABLEAU 3.13.
Exemple de raisonnement DE COMMUNAUT
TABLEAU 3.14.
Quinze arguments selon leur cat gorie
TABLEAU 3.15.
Synth se des pi ges viter selon chaque type d argument
TABLEAU 3.16.
Questions se poser pour construire ou d construire des arguments
TABLEAU 4.1.
Des plans pour pr parer, organiser ou valuer ses discours
TABLEAU 4.2.
Illustration du plan du discours argumentatif
TABLEAU 4.3.
Grille d valuation des arguments
TABLEAU 4.4.
Synth se des dix autres conseils pour convaincre
TABLEAU 4.5.
Les raisons d agir associ es aux six stades de Kohlberg
TABLEAU 5.1.
Exemples de situations d advocacy rencontr es dans la pratique et class es selon le niveau d intervention (micro, m so, macro)
TABLEAU 5.2.
nonc s de comp tences en mati re d advocacy de l American Counseling Association pour les six domaines d advocacy
TABLEAU 5.3.
Mod le pour donner une r troaction constructive et efficace
TABLEAU 6.1.
Les sept tapes it ratives du cadre de Nixon et ses collaborateurs
TABLEAU 7.1.
Principes et strat gies utilis s par les Ordres professionnels dans leurs m moires
INTRODUCTION


On ne peut pas se passer d une m thode pour se mettre en qu te de la v rit des choses.
D ESCARTES
Ce que l on con oit bien s nonce clairement, et les mots pour le dire arrivent ais ment.
B OILEAU


Au c ur de cet ouvrage se trouve la question de l argumentation et de la rh torique. Notre objectif est d expliquer ce qu est l argumentation aux professionnels 1 de la sant 2 et de faire valoir les avantages d en utiliser les techniques dans le cadre de leur pratique professionnelle. Tant t consid r e comme l art de persuader ou d crire avec style, la rh torique est ici envisag e comme l art d argumenter pour convaincre, qui comprend l usage de la logique (logos) , le recours aux motions (pathos) ainsi qu une r flexion thique sur le r le de l orateur (ethos) . Dans ce livre, nous nous attardons chacune de ces dimensions de l argumentation ainsi qu d autres l ments cl s de la communication vis e persuasive. Le lecteur est invit plonger dans cet ouvrage, la fois th orique et pratique, comme bon lui semble. Il pourra ainsi d buter par la fin en lisant la banque de situations d argumentation, par le d but (les chapitres th oriques) ou par les chapitres centraux, plus pratico-pratiques. Con u de mani re ce que les sept chapitres soient certes interd pendants, l ouvrage permet aussi de les lire ind pendamment les uns des autres. Nous vous invitons donc vous amuser en vous appropriant l ouvrage votre mani re, c est- -dire selon votre style d apprentissage! D ailleurs, ceux qui aimeraient avoir un aper u du parcours r alis dans ce livre sont invit s consulter en premier lieu la figure 4.5 qui propose, de mani re visuelle, une synth se de l itin raire de l ouvrage.
Cela dit, il importe d expliquer ce qui motive l criture de ce livre et d en pr senter les parties cl s. Pour ce faire, nous identifions les besoins auxquels l ouvrage entend r pondre et les probl mes qu il cherche r soudre. Puis, nous non ons les objectifs poursuivis et rendons compte de la pertinence la fois scientifique, professionnelle et sociale de cette monographie destin e aux professionnels de la sant 3 ainsi qu aux intervenants de la sant 4 et, plus largement, aux personnes qui voudraient am liorer leurs comp tences argumentatives. Nous d crivons ensuite bri vement les m thodes utilis es afin de pr senter et de g n rer les connaissances que contient ce livre. Enfin, nous effectuons un survol du contenu th matique et p dagogique de cet ouvrage afin de donner un aper u des propos qui y sont tenus et de sp cifier leur ordre de pr sentation.
L id e l origine de ce livre est n e lorsqu une des auteures a d concevoir une s ance de cours consacr e l argumentation pour un s minaire de ma trise, et ce, dans le contexte de la pratique de l ergoth rapie. En pr paration cette s ance, une recherche d crits traitant de l argumentation, dans diff rents contextes de soins de sant , dont la pratique ergoth rapique, a t effectu e dans plusieurs bases de donn es et par l entremise de divers moteurs de recherche. Cette recension des crits a permis d tablir trois constats.
Premier constat: plusieurs ouvrages traitant de la communication dans le contexte de la relation d aide (H tu et St-Arnaud, 2007; Taylor, 2008), de la relation m decin-patient 5 (Fortin et Goulet, 2012) ou des soins de sant en g n ral (Richard et Lussier, 2005) sont actuellement offerts aux professionnels de la sant . Ces trait s proposent des strat gies propices l tablissement d un lien th rapeutique de qualit et une communication claire et pr cise avec des patients, des coll gues ou d autres partenaires ou collaborateurs. Bien que ces ouvrages soient assur ment utiles et bien con us, ils n abordent pas, ou trop peu, la dimension argumentative (ou persuasive) de la communication orale ou crite. Par exemple, Richard et Lussier (2005, p. 184-187) ne consacrent, dans leur excellent ouvrage, que quatre pages aux strat gies argumentatives, qu ils consid rent comme des "strat gies de communication verbales avanc es . Autrement dit, ces ouvrages, dont celui de Richard et Lussier (2005), n offrent pas une v ritable "bo te outils argumentative pouvant tre utile aux professionnels de la sant pour communiquer de mani re convaincante avec les personnes et les groupes auxquels ils s adressent quotidiennement comme les patients, leurs familles, les professionnels de la sant (membres ou non de l quipe), les partenaires de soins (communautaires, institutionnels ou organisationnels), les directeurs d cole ou d entreprise, les employeurs (le leur ou celui de patients), les tiers payeurs, les assureurs priv s ou les propri taires de r sidence ou d entreprise, pour ne nommer que ces interlocuteurs.
Deuxi me constat: nombreux sont les crits qui abordent les diff rents types de raisonnements cliniques que sont appel s formuler les professionnels de la sant dans divers contextes de soins - qu on pense par exemple aux raisonnements diagnostiques, pr dictifs, d ductifs par hypoth se, proc duraux, conditionnels, it ratifs, narratifs, pragmatiques ou thiques (Carrier, Levasseur et al ., 2012; Coker, 2010; Drolet, 2014c; Edwards, Barunack-Mayer et Jones, 2005; Hanson et al ., 2011; Meyer, 2010; Robertson, 2012; Boyt Schell et Schell, 2008; Unsworth, 2011), pour ne donner que ces exemples. De fait, maints documents d crivent et expliquent ces diff rents types de raisonnements cliniques ainsi que les contextes de soins au sein desquels les professionnels de la sant sont appel s les formuler. Cela dit, aucun livre destin particuli rement aux professionnels de la sant ne traite, notre connaissance, pr cis ment des raisonnements argumentatifs, voire des diff rentes strat gies argumentatives que ces professionnels utilisent, ou pourraient utiliser, dans divers contextes de soins, pour convaincre les personnes ou les groupes avec lesquels ils interagissent au quotidien.
Troisi me constat: plus nombreux encore sont les monographies et les articles qui, dans le domaine des sciences humaines et sociales, traitent de l argumentation, c est- -dire des th ories de l argumentation ou des strat gies argumentatives visant convaincre diff rents auditoires, dans divers contextes communicationnels. Parmi cette pl thore d ouvrages se trouvent des manuels p dagogiques destin s des tudiants de niveau coll gial ou universitaire (D silets et Roy, 1986; Dumas, 2001; Laram e et al ., 2009; Legar et Carrier, 2009; Olivier et Payette, 2010; Robrieux, 2010; Thibaudeau, 1997). D autres crits, plus "grand public , entendent outiller toute personne mieux communiquer de fa on convaincre son interlocuteur dans son quotidien (Baillargeon, 2006; Bellenger, 2009; Breton, 2003, 2004 et 2008; Breton et Gauthier, 2000; Cornellier, 2009; Doury et Moirand, 2004; Ryborz, 1983; Simonet et Simonet, 1998). Certains trait s proposent plut t des mod les argumentatifs, voire des th ories de l argumentation (Aristote, 2007 6 ; Kienpointner, 1986; Mucchielli, 2009; Perelman, 2002; Perelman et Olbrechts-Tyteca, 2008; Toulmin, 1993; Van Eemeren et Grootendorst, 1996; Walton, 1996), tandis que d autres formulent des interpr tations ou des vulgarisations de certains de ces mod les ou th ories (Amossy, 2006 et 2010; Angenot, 2008 et 2012; Braet, 2004; Meyer, 2004b, 2005 et 2011; Plantin, 2005; Reboul, 1994; Schmetz, 2000; Van Eemeren, 2001; Vignaux, 1999; Woods et Walton, 1992). Ces ouvrages, moins accessibles, s adressent g n ralement des chercheurs dans les domaines de la philosophie, de la linguistique ou des sciences de la communication par exemple. Enfin, des ouvrages abordent les aspects linguistiques de l argumentation (Danblon, 2005), les dimensions litt raires de l art de convaincre (Bernier, 2006 et 2001; Tabet, 2003) ou les aspects logiques du discours argumentatif (Dufour, 2008; Thibaudeau, 1997), alors que certains autres traitent des dimensions thiques (M tayer, 2010), juridiques (Livet, 2000; Spence, 1996), historiques (Angenot, C t et al ., 2012) ou encore psychologiques (Chabrol et Radu, 2008; Chalvin, 2006; Girandola, 2003; Gu guen, 2011; Piattelli-Palmerini, 1999) de la communication persuasive. En r sum , les sciences humaines et sociales ont abondamment contribu et contribuent encore de nos jours cerner et comprendre les tenants et les aboutissants de la communication argumentative.
Bien que l num ration pr c dente d ouvrages et d articles consacr s l argumentation ne soit nullement exhaustive, elle montre quel point les th ories de l argumentation et les strat gies argumentatives occupent une place importante en sciences humaines et sociales - ce qui n est pas du tout le cas dans le domaine des sciences de la sant . De fait, comme nous l avons indiqu ant rieurement, aucun ouvrage ne traite, notre connaissance, pr cis ment des diff rentes strat gies argumentatives pouvant tre utiles aux professionnels de la sant afin de faire avancer leurs id es, leurs d cisions et leurs perspectives au quotidien, de m me que celles des patients qu ils traitent. C est ce constat qui est l origine de cet ouvrage.
Dans cette optique, nous envisageons ce livre comme un outil compl mentaire aux autres ouvrages ou guides d j utilis s par les professionnels de la sant . Autrement dit, ABC de l argumentation s ajoute ces r f rences et vise les compl ter. Pourquoi? Parce que l argumentation peut tre employ e dans le cadre de la myriade des relations et interactions qui ont cours entre les professionnels de la sant , les patients, les coll gues et autres intervenants des milieux de la sant et communautaire. Nous esp rons que ce guide sera utile aux professionnels de la sant afin de faciliter certains aspects de leurs communications professionnelles. Pr cisons toutefois que les techniques argumentatives doivent tre appropri es et model es au contexte. L argumentation poss de de fa on inh rente un caract re spontan et fait appel la cr ativit de celui qui l utilise. Dans cette optique, nous estimons qu il est possible de d velopper, tout au long de sa carri re, cette habilet inh rente la communication humaine. En cela, cet ouvrage n est pas un livre de "recettes argumentatives. Il ne saurait y avoir de r ponses ou de techniques qui pourraient s appliquer tous azimuts ou bien garantir le succ s d une intervention.
C est dire que ce livre rige un pont entre le domaine des sciences humaines et sociales, d une part, et celui des sciences de la sant , d autre part. En ce sens, cet ouvrage est un loge l interdisciplinarit tant discut e et valoris e dans le domaine de la sant . Non seulement ses auteures appartiennent des disciplines diff rentes et, dans plusieurs cas, ont un bagage pluridisciplinaire, mais les connaissances qui sont mobilis es dans cette monographie ainsi que leurs applications se situent au carrefour de plusieurs disciplines.
Somme toute, la premi re raison qui motive la publication de cet ouvrage est la suivante: aucun livre destin pr cis ment aux professionnels de la sant ne traite de mani re approfondie et p dagogique des diff rentes strat gies argumentatives pouvant les aider au quotidien faire avancer leurs id es et celles de leurs patients. Bien entendu, d autres raisons expliquent la publication de ce livre.
Deuxi me raison: lorsqu on questionne de nouveaux dipl m s de diff rents programmes de formation professionnelle dans le domaine de la sant , plusieurs mentionnent qu ils ne se sentent pas suffisamment outill s pour argumenter de fa on convaincante aupr s de diverses personnes ou de diff rents groupes, pour articuler le bien-fond de leurs recommandations professionnelles ou pour exprimer leur dissidence. Ces t moignages sont confirm s dans des crits scientifiques ou professionnels qui d crivent les d fis relever par des professionnels novices, lorsque vient le moment de n gocier divers aspects d un plan d intervention avec un tiers payeur par exemple (Solomon et Miller, 2005) ou qu il devient n cessaire de contester les actions discutables d un mentor, d un sup rieur imm diat (Kirsch, 2007 et 2013), d une institution, d un organisme ou d une entreprise. Ces difficult s relatives l art de n gocier, de contester, voire de plaider, afin de convaincre ne concernent pas uniquement les professionnels de la sant ayant peu d exp rience professionnelle. Elles peuvent galement tre le lot de maints professionnels de la sant d exp rience. Pourquoi? Pr cis ment parce que communiquer de mani re convaincante demeure un art difficile pour bon nombre d tres humains, notamment pour les professionnels de la sant , qu ils soient novices ou exp riment s.
Troisi me raison: soulignons que quasi quotidiennement, les professionnels de la sant ont argumenter, c est- -dire expliquer le bien-fond de leurs points de vue divers individus ou groupes 7 . Si certains professionnels de la sant ont des aptitudes naturelles communiquer, voire argumenter, d autres a contrario doivent apprendre le faire de fa on convaincante, et ce, peu importent les locuteurs ou auditoires auxquels ils s adressent. Avec l exp rience, plusieurs parviennent d velopper les habilet s communicationnelles leur permettant de se sentir un peu plus l aise avec cette activit inh rente leur pratique professionnelle. Mais il n en demeure pas moins difficile de convaincre des personnes ou des groupes du bien-fond de ses id es, en particulier lorsque ces individus ou ces groupes ont des valeurs ou des visions des choses loign es, voire oppos es celles qu on d fend. Une situation d argumentation peut galement tre complexifi e lorsque le bien- tre de l intervenant lui-m me ou celui d un proche est directement concern . Dans ce cas, la capacit du professionnel prendre une d cision selon un processus logique et objectif peut tre alt r e. Il s av re aussi parfois difficile d amener certains patients modifier leurs habitudes de vie. Sur ce sujet, des tudes d montrent que le pourcentage des individus qui mettent en application les recommandations de leur m decin ou des professionnels de la sant qu ils consultent est plut t faible (Chiu et al ., 2013; Lee et al ., 2013; Visser et al ., 2014). De fait, l adh sion des patients ou de la population aux recommandations des professionnels de la sant ou des instances en sant publique n est pas aussi lev e qu on pourrait l esp rer. Il est en effet difficile pour toute personne de changer ses habitudes de vie, c est- -dire de se laisser "convaincre de modifier certains de ses comportements (Keller et White, 1997). En fait, avant m me de tenter de convaincre un patient de changer ses habitudes de vie, l tablissement d une relation de confiance entre l intervenant et le patient est videmment de mise. Comme nous le verrons, l argumentation efficace ne se r sume pas la pr sentation des vidences scientifiques qui appuient une recommandation professionnelle. Elle fait galement appel aux motions, aux sentiments et aux liens qui nous unissent les uns aux autres. En ce sens, lorsqu on parle de "convaincre un patient, il s agit de tenter d en arriver, avec lui, une entente qui peut contribuer sa sant et son bien- tre, et qui se rapproche de ce qu il est, de ce qu il veut et de ses valeurs.
Ainsi, c est dire que l acte de persuader suppose l id e de changement ou encore que l argumentation se pr sente comme une incitation l action. En effet, lorsqu on est convaincu par quelqu un, c est qu on accepte non seulement d adh rer son point de vue, c est- -dire de modifier son opinion et d adopter la sienne, mais aussi de changer en cons quence ses attitudes et ses comportements. D ailleurs, l un des buts importants des interventions des professionnels de la sant ne consiste-t-il pas ce que les patients adoptent de saines habitudes de vie et modifient, le cas ch ant, certains de leurs comportements qui nuisent leur sant , leur bien- tre, leur s curit ou leur qualit de vie? La faible adh sion aux recommandations des professionnels de la sant est-elle un indice de la faible capacit des professionnels de la sant persuader leurs patients de la justesse de leurs perspectives et les soutenir suffisamment dans la modification de leurs comportements? Estelle une indication qu il est parfois difficile de changer ses habitudes de vie? Est-il possible que certains professionnels de la sant ne prennent pas suffisamment en consid ration ce que souhaite le patient, notamment dans les cas o ce que d sire celui-ci va l encontre de ce que les intervenants consid rent comme bon pour lui? Autrement dit, est-ce que les professionnels de la sant n auraient pas, eux aussi, apprendre se laisser convaincre par le patient?
Cela dit, m me s il s av re difficile de modifier ses habitudes de vie, la pertinence m me des interventions des professionnels de la sant n implique-t-elle pas, d une part, une plus grande adh sion de la part des patients aux recommandations des professionnels de la sant et, d autre part, une plus grande coute et une meilleure prise en compte des points de vue des patients? quoi peuvent bien servir des recommandations qui ne contribuent pas ou alors trop peu modifier les comportements de personnes ou de groupes qui se r v lent nuisibles leur sant , leur bien- tre, leur s curit ou leur qualit de vie? quoi peuvent bien servir des recommandations qui ne se r v lent pas signifiantes aux yeux des personnes qui elles sont destin es? Comment inciter les individus et les groupes adopter des comportements qui visent am liorer leur sant et leur bien- tre, tout en prenant en compte leur vision particuli re des choses? En ce sens, n est-il pas souhaitable que les professionnels de la sant am liorent leurs capacit s persuasives? Nous estimons que cela ne peut qu tre utile - dans la mesure, bien entendu, o les recommandations qu ils formulent se r v lent la fois pertinentes, l gitimes et fond es sur des r sultats probants 8 , de m me que signifiantes pour les individus et les groupes auxquels elles s adressent.
Ce constat troublant sur la faible adh sion des patients aux recommandations des professionnels de la sant a amen plusieurs chercheurs r fl chir la relation patient-intervenant et mettre de l avant l approche centr e sur le patient (Hammell, 2013a; Lusk et Fater, 2013), la collaboration et le partenariat au c ur de la relation th rapeutique (Coleman, 2014; Tubbs-Cooley et al ., 2013). Certains tablissements d enseignement et de sant du Qu bec ont d ailleurs mis de l avant l approche patient-partenaire (Stewart et al ., 1995) qui vise en outre int grer davantage la perspective des patients aux interventions (Barry et Edgman-Levitan, 2012; Karazivan et al ., 2011). premi re vue, il appert que la force persuasive des professionnels de la sant n est peut- tre pas aussi grande qu on pourrait le croire ou l esp rer, peut- tre parce que ces derniers ou certains d entre eux connaissent mal ou trop peu les individus qu ils aspirent convaincre, en l occurrence leurs patients. En effet, mettre la collaboration, voire le partenariat au centre de la relation intervenant-patient ou miser, en d autres mots, sur l approche centr e sur le patient, c est sortir d une approche paternaliste des soins de sant o un intervenant-expert impose de mani re quasi unilat rale sa vision des choses. Mettre la collaboration, voire le partenariat au centre de la relation intervenant-patient, c est notamment permettre la voix du patient d tre entendue et miser sur une communication et un dialogue ouverts entre une quipe de professionnels et le patient ainsi que sa famille, voire sa communaut .
Par ailleurs, il est de plus en plus fr quent que les patients se renseignent et se documentent de diverses fa ons, notamment en navigant sur Internet. Il arrive que ceux-ci trouvent et soumettent des strat gies ou des modalit s diff rentes leurs professionnels. Parfois, celles-ci se r v lent fort pertinentes et plut t efficaces en regard de leurs besoins, en outre parce que les solutions mergent de d marches qu ils ont eux-m mes entreprises. En d autres occasions cependant, les solutions propos es par les patients sont moins pertinentes, notamment parce qu elles s appuient sur des donn es peu cr dibles. Il est videmment opportun que les patients s informent et remettent en question les suggestions des intervenants. Le probl me est que certains patients mettent parfois en doute les analyses et suggestions des professionnels de la sant sur la base d informations peu fiables et de pi tre qualit . Comment, dans ces contextes, les professionnels de la sant peuvent-ils valoriser l auto-prise en charge des patients, tout en tentant d amener ceux-ci consid rer des connaissances plus av r es?
En r sum , la troisi me raison qui justifie ce livre est la suivante: quotidiennement, les professionnels de la sant doivent convaincre divers individus ou groupes d individus de la pertinence de leurs id es et de leurs perspectives; or, de nos jours, l adh sion des patients aux recommandations des professionnels de la sant n est pas toujours optimale.
Quatri me et derni re raison: les r f rentiels de comp tences professionnelles labor s par les associations et les ordres professionnels exigent souvent de leurs membres qu ils revendiquent au nom des patients, en collaboration avec eux et pour eux, qu ils fassent la promotion de la sant et de la pr vention des maladies, et qu ils d fendent leur profession aupr s de diff rents groupes ou instances (Drolet et Hudon, 2014b). titre d exemple, d apr s l Association canadienne des ergoth rapeutes (ACE, 2012, p. 10), le professionnel doit "revendiquer ad quatement au nom des [patients] vuln rables ou marginalis s afin de favoriser leur participation travers l occupation . La profession d ergoth rapeute ne fait ici nullement figure d exception. Le m me genre de prescription est nonc dans des r f rentiels de comp tences en orthophonie et en audiologie (ACOROA, 2018), en m decine (CanMEDS, 2014), en physioth rapie (APC, 2006; CCPUP, 2009; GCNP, 2009) et en sciences infirmi res (Leprohon et al ., 2009; UKCC, 1989) pour n apporter que ces exemples. C est dire que les professionnels de la sant peuvent tre appel s jouer un r le plus "politique aupr s de divers individus, groupes ou instances, par exemple en d fendant les droits 9 , les int r ts et les besoins de patients (Dhillon et al ., 2010), en r alisant des activit s de promotion de la sant (ou de pr vention de maladies ou d accidents) ainsi qu en exer ant un certain leadership pour mettre en valeur leur profession ou leur vision disciplinaire des choses (Drolet et Hudon, 2014b). Ce r le plus politique requiert bien videmment des habilet s communicationnelles reli es l argumentation et la diplomatie (Dhillon et al ., 2010).
Ce r le est d sign en anglais par le mot advocacy , qui est galement utilis par des professionnels de la sant francophones (Drolet, 2014a; Drolet et Hudon, 2014b). L advocacy ou le fait de plaider, d fendre, revendiquer ou promouvoir les droits, int r ts ou besoins des patients s exerce aupr s de divers individus ou groupes dans diff rents contextes allocutifs (Dhillon et al ., 2010). Ainsi, un professionnel de la sant peut tre appel convaincre non seulement un individu ou un groupe, mais galement la population en g n ral quant une position quelconque adopter relativement la sant , au bien- tre, la s curit ou la qualit de vie de personnes ou de populations (Dorfman et al ., 2005; Mattson, 2010; Servaes et Malikhao, 2010). D ailleurs, plusieurs arguments soutiennent un tel r le exerc par les professionnels de la sant (Drolet, 2014a; Drolet et Hudon, 2014b). M me si le contexte de l exercice de ce r le peut s apparenter au contexte habituel des soins de sant , il peut aussi en diff rer, notamment lorsqu il fait appel aux diff rents m dias de communication (Chapman, 2004; Dietrich Leurer, 2013; Gardner et al ., 2010). De fait, ce r le plus politique peut se permuter en r le m diatique (Dhillon et al ., 2010; Drolet et Hudon, 2014b). Il peut par exemple requ rir d un professionnel de la sant qu il r dige un article pour un journal comme Le Devoir , qu il participe une mission radio-phonique ou t l visuelle, qu il d pose un m moire l Assembl e nationale sur une th matique de sant d int r t public, pour ne donner que ces exemples (Drolet et Hudon, 2014b). En somme, l advocacy , que peuvent tre appel s exercer certains professionnels de la sant , se distingue maints gards de la vision usuelle qu on peut avoir d un soignant intervenant en clinique aupr s de patients, et ce, bien qu il s agisse d un r le valoris dans plusieurs professions de la sant comme en sciences infirmi res (Curtin, 1979; Gadow, 1980; Saint-Arnaud, 2009) et en ergoth rapie (Sachs et Linn, 1997; Smith, 2004; Swedlove et Brown, 1997), pour ne fournir que ces deux exemples. C est pourquoi certains professionnels de la sant - qu ils soient novices ou exp riment s comme cliniciens - ne sont pas compl tement l aise avec ce r le (Heinowitz et al ., 2012), ne se sentant pas habilit s l exercer parce qu ils ne ma trisent pas enti rement les connaissances et les strat gies communicationnelles relatives l ancien art oratoire qu est la rh torique 10 (Redick, McClain et Brown, 2000; Restall et Ripat, 2008).
Cet inconfort avec ce r le plus politique, voire m diatique peut s expliquer en partie par le fait que plusieurs professionnels de la sant ont des connaissances et une formation pouvant tre qualifi es de limit es dans le domaine de la plaidoirie en particulier et de l argumentation en g n ral (Dhillon et al ., 2010; Sullivan et Main, 2007). En fait, si la formation sur ce r le fait souvent partie des programmes de formation en ducation la sant (Radius, Galer-Unti et Tappe, 2009; Tappe, Galer-Unti et Radius, 2009), en sant publique, en m decine et en sciences infirmi res, il appert que ce type de formation est moins pr sent dans les autres programmes menant la pratique des professions de la sant comme l audiologie, l ergoth rapie, l orthophonie et la physioth rapie par exemple (Dhillon et al ., 2010; Drolet et Hudon, 2014b). En fait, peu d tudes ont ce jour document pr cis ment la place qu occupe ce genre de formation dans ces programmes universitaires, mais de plus en plus d acteurs souhaitent que la pr paration cette responsabilit professionnelle fasse partie int grante des programmes de formation (Dhillon et al ., 2010; Restall et Ripat, 2008), voire des programmes d tudes des professionnels de la sant en g n ral (Tappe, Galer-Unti et Radius, 2009). cet gard, il est probable que, dans un avenir plus ou moins rapproch , ce type de formation soit inclus dans le cursus des cours de ces programmes d tudes compte tenu des exigences actuelles des associations et des ordres professionnels qui incorporent, disions-nous plus t t, leurs r f rentiels de comp tences professionnelles des comp tences reli es la plaidoirie (Drolet et Hudon, 2014b).
Plus concr tement, ces comp tences professionnelles se manifestent par exemple lorsqu un professionnel de la sant est appel d fendre les droits, les int r ts et les besoins de patients (Dhillon et al ., 2010), revendiquer au nom de patients vuln rables ou marginalis s (Drolet et Hudon, 2014b), effectuer des activit s de promotion de la sant ou de pr vention de maladies ou d accidents, influencer des politiques publiques en mati re de sant des personnes et des populations (Tappe, Galer-Unti et Radius, 2009; Zion, 2013), promouvoir sa profession ou une autre profession pour r pondre aux besoins de patients, agir comme un agent de changement au sein de son tablissement (ACE, 2012) ainsi qu revendiquer au nom de personnes et de communaut s mal desservies ou desservies de mani re in quitable. Ce faisant, certains professionnels estiment qu ils usent de leur pouvoir d influence de fa on ad quate et en retirent un sentiment d accomplissement de soi (Dhillon et al ., 2010). Plusieurs auteurs affirment que les professionnels de la sant ont un r le, voire un devoir de plaider au nom de leurs patients, avec eux et pour eux, mais peu d outils sont actuellement mis leur disposition pour qu ils puissent d velopper les habilet s dont ils ont besoin afin de remplir ce r le avec aisance et efficacit (Drolet, 2014a; Drolet et Hudon, 2014b).
Pour clore ce premier th me de l introduction, les quatre principales raisons qui expliquent et justifient la publication de cet ouvrage sur l argumentation d di en particulier aux professionnels de la sant sont: 1) aucun ouvrage destin aux professionnels de la sant n expose de mani re approfondie et p dagogique les diff rentes strat gies argumentatives pouvant les aider au quotidien faire avancer leurs id es et celles des patients; 2) convaincre demeure un art difficile pour plusieurs personnes, notamment pour les professionnels de la sant , que ceux-ci soient novices ou exp riment s comme cliniciens; 3) quotidiennement, les professionnels de la sant doivent convaincre divers individus ou groupes de la pertinence de leurs id es et de leurs perspectives, m me si l adh sion des patients aux recommandations des professionnels de la sant n est pas, de nos jours, optimale dans tous les cas; 4) les professionnels de la sant sont appel s exercer un r le plus politique, voire m diatique, soit celui de plaider, d fendre, revendiquer ou promouvoir (faire de l advocacy) , qui requiert des habilet s argumentatives - r le avec lequel plusieurs ne sont pas tout fait l aise; or peu d outils sont actuellement disponibles pour aider les professionnels de la sant remplir un tel r le avec aisance et efficacit .
En somme, cet ouvrage r pond un besoin, celui des professionnels de la sant qui, quotidiennement, soutiennent des points de vue, formulent des recommandations, tentent d influencer des patients, des d cideurs et des partenaires, d fendent les droits, les int r ts et les besoins de patients, articulent des perspectives parfois in dites ou contre-courant, expriment une dissidence, condamnent un comportement fautif, justifient une intervention innovante, recommandent l arr t ou la prolongation de soins, promeuvent des causes sociales, revendiquent au nom de patients et en collaboration avec eux ou encore d noncent des situations iniques (pour ne formuler que ces exemples de situation d argumentation), mais qui, ce faisant, rencontrent des obstacles convaincre les personnes ou les groupes auxquels ils s adressent. Ces situations d insucc s ou de succ s mitig s peuvent tre frustrantes ou m me d motivantes, surtout lorsqu elles se r p tent. Les principes de l argumentation et les strat gies argumentatives analys s dans ce livre se pr sentent comme des outils pouvant transformer ces situations d insucc s ou de succ s mitig s en communications efficaces.
Comme nous l avons pr cis plus t t, les th ories de l argumentation et les strat gies argumentatives sont abondamment document es dans des ouvrages et des articles du domaine des sciences humaines et sociales. Cela dit, ces crits ne sont pas destin s particuli rement aux professionnels de la sant ; en cons quence, ils sont souvent peu adapt s aux situations d argumentation au sein desquelles ceux-ci voluent quotidiennement. De fait, ces ouvrages sont loign s de la pratique des professionnels de la sant et les contenus qui y sont abord s se r v lent souvent peu applicables en contexte clinique ou administratif. Les sciences humaines et sociales ayant leur propre vocabulaire et expressions qui se distinguent de ce qui se fait et se dit dans le domaine des sciences de la sant , ces trait s se r v lent en effet peu applicables en contexte de soins de sant . Ainsi, l objectif que nous poursuivons est d offrir aux professionnels de la sant une "bo te outils argumentative construite partir des connaissances sur l argumentation qui proviennent des sciences humaines et sociales, mais coll e aux r alit s quotidiennes des professionnels de la sant . Ce faisant, cet ouvrage rige un pont, r p tons-le, entre deux domaines de savoirs qui se rencontrent trop peu souvent, soit celui des sciences humaines et sociales et celui des sciences de la sant .
Maintenant qu ont t nonc es les principales raisons qui motivent la publication de cette monographie, les besoins auxquels elle entend r pondre, de m me que les objectifs que nous poursuivons, il importe d exposer bri vement la pertinence la fois scientifique, professionnelle et sociale de cette "bo te outils argumentative . Ce livre est pertinent au plan scientifique parce qu il comble un vide dans les crits destin s aux professionnels de la sant . La synth se et la relecture qu il propose des connaissances relatives l argumentation en provenance des sciences humaines et sociales contribuent l dification des connaissances dans le domaine de la sant . Plus encore, aucun ouvrage destin aux professionnels de la sant n expose de mani re approfondie et p dagogique les principes de base de l argumentation ainsi que les diff rentes strat gies argumentatives pouvant les aider au quotidien faire avancer leurs id es et celles de leurs patients.
Le pr sent ouvrage est justifi d un point de vue professionnel parce qu il r pond un besoin, soit celui de professionnels de la sant qui argumentent au quotidien dans divers contextes communicationnels. Comme nous l avons soulign , plusieurs professionnels de la sant mentionnent qu ils ne se sentent pas suffisamment outill s pour argumenter de fa on convaincante aupr s de diverses personnes ou de diff rents groupes, pour articuler le bien-fond de leurs recommandations ou pour exprimer leur dissidence.
L ouvrage est aussi valable au plan social, parce qu il vise soutenir les professionnels de la sant remplir leur r le de plaideur aupr s de patients en particulier et de la population en g n ral, et ce, avec plus d aisance et d efficacit . Ce faisant, il vise aider les personnes ou les communaut s qui se trouvent dans des situations o elles ne sont pas en mesure (pour toutes sortes de raisons) de d fendre par elles-m mes leurs droits, de promouvoir leurs int r ts ou de revendiquer au nom de leurs besoins, en donnant des outils des personnes de leur entourage (en l occurrence les professionnels de la sant ) qui ont c ur les droits, les int r ts et les besoins de ces patients. Autrement dit, ce livre vise outiller les professionnels de la sant afin que la collaboration intervenant-patient puisse permettre la r elle transformation de situations in quitables en des situations de soins contribuant v ritablement la sant , au bien- tre, la s curit ou la qualit de vie des personnes et des communaut s. Il pourra aussi tre utile pour les patients qui cherchent faire valoir leur point de vue aupr s de diff rents professionnels de la sant . Telle est la fa on dont nous percevons la pertinence de cet ouvrage. Celle-ci a trois visages qui se compl tent, soit la pertinence scientifique, la pertinence professionnelle ainsi que la pertinence sociale.
Dans un autre ordre d id es, nous avons utilis diverses m thodes afin de pr senter, d organiser et de g n rer les connaissances qui sont expos es dans ce livre. Sans entrer dans les d tails m thodologiques qui ont t ici op rationnalis s (de peu d int r t, peut-on pr sumer, pour maints professionnels de la sant ), mentionnons que plusieurs th ories de l argumentation qui ont marqu l histoire des id es ainsi que celles qui mobilisent les d bats contemporains ont t scrut es attentivement afin d y rep rer les principes de l argumentation et les strat gies argumentatives pouvant tre utiles aux professionnels de la sant . Autrement dit, nous avons opt pour des uvres incontournables que nous avons examin es avec un il attentif et critique. Nous cherchions les principes et les strat gies pouvant tre applicables au quotidien par des professionnels de la sant dans diff rents contextes de soins de sant . Aussi, nous avons examin attentivement des sources primaires (des crits sources incontournables), en compl mentarit des sources secondaires (des textes r dig s par des commentateurs de ces ouvrages sources). Si des sources secondaires ont t consult es, ce fut pour confirmer ou infirmer certaines lectures critiques des ouvrages sources sur lesquels s appuie ce livre de vulgarisation. De plus, nous avons au fur et mesure confront nos interpr tations respectives de ces ouvrages sources afin d en venir un consensus sur la lecture qui pouvait tre faite de ces textes phares, voire embl matiques, auxquels ce livre s abreuve directement et sur lesquels il s difie et prend racine. Bien entendu, ces interpr tations se veulent les plus fid les possible aux propos des auteurs de ces r f rences sources et elles sont l origine des outils propos s dans cet ouvrage pour soutenir le d veloppement des habilet s argumentatives des professionnels de la sant .
Cela pr cis , bien que ce livre traite de connaissances av r es dans le domaine de la communication persuasive, cette "bo te outils argumentative n est pas du tout exhaustive. C est dire qu elle ne renferme pas l ensemble des principes argumentatifs et des strat gies de communication visant convaincre, mais ceux qui s av rent adapt s, disions-nous, la r alit des professionnels de la sant et utiles leur pratique professionnelle. Bas sur des exemples puis s au quotidien des professionnels de la sant , ce livre se veut un guide th orique, certes, mais arrim la pratique. Il est en effet souhait qu sa lecture, les professionnels de la sant puissent d velopper des habilet s argumentatives utiles, voire essentielles au succ s de leurs interventions et de leurs plaidoiries. Comme certains r viseurs nous l ont indiqu , il est possible que plusieurs lectures soient requises ou que certains contenus soient plusieurs fois consult s, comme le proc durier qui se retrouve sur le site de l diteur 11 . Cela dit, un souci p dagogique oriente l criture de cet ouvrage. Nous avions c ur non seulement d y exprimer le plus clairement possible les moyens dont les professionnels de la sant disposent pour articuler pr cis ment leurs id es et les pr senter de mani re convaincante, mais galement d asseoir les l ments th oriques que ce livre contient sur des exp riences professionnelles concr tes.
S inspirant du cycle des apprentissages de David Kolb (1984), de r sultats de recherches plus r centes sur ce cycle d apprentissage (Kolb, Boyatzis et Mainemelis, 2000; Kolb et Kolb, 2005) et du concept du praticien r flexif (Sch n, 1983), nous nous sommes appuy es sur les exp riences concr tes des professionnels de la sant relatives l art de convaincre pour ensuite r fl chir ces exp riences et apprendre de celles-ci (voir la banque de situations d argumentation). C est pourquoi plusieurs l ments th oriques propos s dans cet ouvrage sont pr sent s apr s que le lecteur a fait un retour r flexif sur une ou des exp riences professionnelles concr tes qu il a v cues, s arrimant ainsi certains principes de la pratique r flexive (Kinsella, 2000), pr conis e de nos jours par maints ordres et regroupements professionnels. En somme, cette monographie comprend des exercices pratiques et des activit s d apprentissage permettant aux lecteurs de revenir sur des exp riences argumentatives ant rieures, d y r fl chir, de tester de nouvelles connaissances et, peut-on esp rer, de d velopper leurs habilet s argumenter. Cet ouvrage s arrime donc une vision m liorative de sa pratique o le professionnel de la sant adopte une posture d ouverture face aux nouveaux apprentissages et au d veloppement continuel de ses comp tences professionnelles. Mentionnons que des l ments de r ponses sont propos s dans le solutionnaire qui se trouve l annexe 1 de ce livre, ce qui permet chacun d obtenir de la r troaction sur sa fa on de r aliser certains exercices que contient cet ouvrage. Si le solutionnaire ne pr sente pas la r solution compl te d une des situations d argumentation qui se trouvent en annexe 2 (nous estimons que chaque situation est unique et que chacun doit trouver par lui-m me les bons coups qui conviennent sa situation particuli re d argumentation), comme l a judicieusement remarqu l un des r viseurs de cet ouvrage, cette introduction se pr sente comme un exemple d argumentation. De fait, elle vise persuader le professionnel de la sant que l argumentation est inh rente sa pratique professionnelle et qu il est avantageux pour lui de s outiller, sur le plan de la rh torique et de l argumentation, pour faire avancer ses id es et celles de ses patients, et ce, toujours dans le respect et l coute des personnes qu il souhaite convaincre.
Pour clore ce propos introductif, mentionnons que le contenu de ce livre se d cline dans deux parties successives. La premi re partie, plus th orique, comprend les deux premiers chapitres. Le chapitre 1 pr cise l origine, l histoire et la nature de la "m re de l argumentation qu est la rh torique. Ce chapitre plus historique situe dans un contexte plus large l art de convaincre par l argumentation, sans entrer dans des d tails historiographiques de peu d int r t pour le professionnel de la sant . Ce faisant, il pr sente la lorgnette th orique partir de laquelle nous concevons l activit communicationnelle qu est l argumentation.
Le chapitre 2 propose de sp cifier ce qu est l argumentation, tout en sp cifiant ce qu elle n est pas. Afin de piquer la curiosit des lecteurs et les positionner d embl e dans une posture active dans leurs apprentissages, ce chapitre (comme tous les autres) d bute par une mise en situation qui invite chacun r fl chir diff rents aspects de sa pratique quotidienne de l argumentation. Apr s avoir pr cis en quoi consiste l argumentation et ce qu exige cette activit communicationnelle, nous mentionnons plusieurs raisons importantes qui expliquent la difficult que rencontrent les tres humains convaincre d autres personnes. Ces raisons sont de nature psychologique, cognitive, thique, id ologique, p dagogique, m thodologique et rh torique. Ensuite, nous pr cisons ce qu argumenter n est pas. Cette clarification de ce que n est pas l argumentation nous conduit exposer les trois principales raisons qui nous am nent refuser la manipulation comme modalit pertinente et l gitime de l argumentation, et opter pour l coute et l accueil de l autre dans sa diff rence et sa sp cificit . De fait, ce livre ne vise pas du tout faire du professionnel de la sant un tyran qui impose tout prix et par tous les moyens ses id es ou celles de patients. Comme nous le verrons, l argumentation dont il est question dans ce livre rime avec respect, coute et dialogue. C est en ce sens qu elle propose une solution de rechange la violence, voire la manipulation. Tout en d cortiquant en quoi consiste l argumentation et en pr cisant ce qu elle n est pas, ce chapitre pr sente plusieurs grands principes de l art de convaincre, de m me qu il contient plusieurs tableaux et figures qui illustrent les contenus th oriques qui y sont discut s. Au final, nous esp rons que les techniques propos es permettront d accro tre l coute, le souci et le maintien de l estime de l autre ainsi que la collaboration interpersonnelle.
Les cinq chapitres suivants forment la deuxi me partie, qui est plus pratico-pratique que la premi re. Le chapitre 3 poursuit l exploration de certains principes argumentatifs de base, tout en pr sentant plusieurs strat gies argumentatives r put es efficaces. Aussi, certains pi ges viter lorsqu on argumente sont indiqu s. Ce faisant, les lecteurs y apprennent comment formuler des arguments convaincants qui respectent les crit res rationnels, motionnels et thiques d une argumentation bien conduite, tout en vitant de manipuler l auditoire auquel ils s adressent. Par la m me occasion, ils y apprennent aussi d construire et r futer des arguments qui ne respectent pas l un ou l autre de ces crit res, de m me qu formuler des objections convaincantes. En somme, c est dans ce chapitre que la m thode "I-D -A-L-E pour d velopper des raisonnements est pr sent e. Cette m thode propose cinq familles d arguments pour appuyer le point de vue de professionnels de la sant en situation d argumentation. Mentionnons que dans ce chapitre, des exercices s ins rent dans le texte au fur et mesure que les strat gies argumentatives sont expliqu es et illustr es, de fa on ce que chacun puisse tester ses connaissances et habilet s.
Le chapitre 4 traite de la pr paration g n rale de la plaidoirie de l orateur. Diff rents plans, pour organiser ses communications, sont propos s ainsi que quelques derniers conseils pour mieux convaincre les personnes qui on s adresse. De plus, la th orie du psychologue social tasunien Lawrence Kohlberg (1986) est propos e comme lunette afin d appr hender ce qui peut motiver certains individus agir. Ce faisant, cette th orie sur le d veloppement du raisonnement thique des tres humains peut tre utile au professionnel de la sant pour cerner certains aspects de l auditoire ou de l interlocuteur auquel il s adresse.
Le chapitre 5 s adresse aux professionnels de la sant qui agissent titre d enseignants ou de superviseurs de stagiaires et r pond leur demande d tre mieux outill s pour accompagner les tudiants ou les stagiaires dans leurs parcours. Il pr sente des outils afin que ceux-ci soient en mesure de les aider d velopper leurs habilet s argumenter et r aliser des activit s de revendication (advocacy) au nom des patients et en partenariat avec eux. Ce chapitre soutient donc le r le p dagogique jou par plusieurs cliniciens dans le cadre de leur pratique professionnelle. Comme maints professionnels ont le devoir de participer la formation clinique de la rel ve, il s av re un incontournable. Nous remercions les professionnels de nous avoir donn l id e de ce chapitre.
Le chapitre 6 , pour sa part, propose aux professionnels de la sant deux outils pour soutenir le r le politique inh rent leur pratique, qui consiste r aliser des activit s d advocacy visant am liorer les pratiques potentiellement nuisibles, injustes, peu probantes ou obsol tes. L un de ces outils permet de d celer et d analyser les pratiques professionnelles (micro-environnement), organisationnelles (m soenvironnement) ou soci tales (macro-environnement) n cessitant d tre chang es, am lior es. L autre outil cat gorise diff rents types d activit s d advocacy . Ce faisant, il explique comment les professionnels peuvent graduellement s engager dans des actions visant modifier ces pratiques professionnelles, organisationnelles ou soci tales. Nous souhaitons que ces outils participent d mystifier le r le politique inh rent leur pratique, lequel demeure vague pour plusieurs. Comme nous le verrons, ces outils assurent que les principes rh toriques et les strat gies argumentatives propos s dans ce livre puissent avoir un effet r el dans la vie concr te, en permettant de changer les pratiques qui doivent tre am lior es.
Le chapitre 7 , quant lui, pr sente une analyse de m moires qui ont t r dig s par deux ordres professionnels, soit l Ordre des ergoth rapeutes du Qu bec (OEQ) et l Ordre des orthophonistes et audiologistes du Qu bec (OOAQ). L analyse a t effectu e partir des principes rh toriques que sont le logos , le pathos et l ethos ainsi que de diverses strat gies argumentatives propos es dans cet ouvrage. Ce faisant, elle illustre la mani re dont ces principes et strat gies peuvent tre mis au service de causes sociales justes, comme la protection du public, ce qui inclut la d fense et la promotion des droits, des besoins ou des int r ts des patients.
Enfin, apr s la conclusion g n rale de l ouvrage, sont disponibles le solutionnaire de certains exercices cl s propos s aux lecteurs ainsi qu une banque de situations cliniques d argumentation ( annexes 1 et 2 ). Cette section pr sente aussi une dizaine de r sum s d ouvrages d di s l argumentation, invitant ainsi le professionnel de la sant scruter d autres ouvrages afin de continuer le d veloppement de ses comp tences professionnelles, en l occurrence celles relatives l argumentation ( annexe 3 ). Ce faisant, le lecteur qui souhaite poursuivre son exploration de la rh torique et de l argumentation y d couvre des crits du domaine des sciences humaines et sociales qui traitent de cette th matique assur ment fascinante. Enfin, un proc durier, qui contient plusieurs tableaux utiles pour pr parer son argumentation, pourra tre consult sur Internet 12 . L annexe 4 de l ouvrage pr sente d ailleurs au lecteur les tapes suivre pour une utilisation optimale de ce proc durier. Les annexes fournissent donc des compl ments d information aux l ments th oriques et pratiques discut s dans les premi re et seconde parties de cette monographie. Comme nous l avons pr cis plus t t, nous recommandons aux lecteurs qui ont besoin de concret avant d aborder les l ments th oriques de lire la banque de situations d argumentation avant d entamer la lecture des chapitres afin d avoir un aper u des situations au sein desquelles les outils th oriques et pratiques regroup s dans cet ouvrage peuvent tre utiles. Cette banque r v le, d une certaine mani re, la pertinence professionnelle de l ouvrage que le lecteur a entre ses mains.
Mais qu est-ce donc que la rh torique et en quoi cette discipline plus que mill naire peut-elle tre utile, de nos jours, aux professionnels de la sant dans leur pratique professionnelle? C est ce que pr cise le premier chapitre de cet ouvrage.

1 . Les g n riques masculins sont utilis s dans cet ouvrage afin d all ger le texte, et ce, sans aucune discrimination.
2 . Dans ce livre, la notion de sant d signe la fois la sant mentale, la sant physique et la sant sociale des personnes. Ainsi, lorsqu il est question des soins de sant , cette expression inclut non seulement les soins de sant , mais galement les services sociaux, lesquels contribuent la sant (mentale, physique et sociale) des personnes. tant donn que nous adoptons une vision holiste de l tre humain, cette fa on de proc der appara t coh rente avec cette vision de la personne qui constitue un tout et il en est de m me pour sa sant . Dans cette optique, l expression professionnel de la sant inclut toute personne qui contribue la sant d individus et dont les actes sont r gis par un ordre professionnel, et ce, peu importe son milieu de pratique et le r le qu elle y exerce.
3 . Nous pensons ici par exemple aux audiologistes, conseillers d orientation, dentistes, ergoth rapeutes, infirmi res, nutritionnistes, m decins, optom tristes, orthophonistes, pharmaciens, physioth rapeutes, podiatres, psycho ducateurs, psychologues, sages-femmes et travailleurs sociaux (pour ne nommer que ceux-l , qui sont ici mentionn s par ordre alphab tique).
4 . Nous pensons ici aux agents de relations humaines, aux auxiliaires familiales, aux ducateurs sp cialis s, aux pr pos s aux b n ficiaires, aux travailleurs de rue et autres intervenants sociaux, pour ne nommer que ceux-l . Mentionnons qu partir de maintenant, l expression professionnels de la sant inclut galement les intervenants de la sant , et ce, afin d all ger le texte.
5 . Nous avons opt pour le mot patient afin de d signer la personne qui re oit des soins de sant . D autres termes auraient pu tre adopt s comme b n ficiaire, usager ou client par exemple. Nous avons pr f r employer le mot patient parce que celui-ci est abondamment utilis dans plusieurs milieux de pratique, et ce, davantage que les termes b n ficiaire ou usager par exemple, et parce que le mot patient n a pas une connotation consum riste comme le terme client par exemple (qui est aussi abondamment employ ). Mentionnons que la notion de "patient peut inclure celle de "proche aidant , selon le contexte et la situation du patient. Soulignons aussi que ce terme ne signifie pas du tout que le patient est passif, comme nous le verrons.
6 . La date de l ouvrage cit correspond la date de la version contemporaine ici utilis e et non pas la date originelle de la parution de l ouvrage d Aristote, qui est un philosophe grec ancien. Il en va de m me tout au long de cet ouvrage. Des versions ou des traductions contemporaines ont en g n ral t utilis es.
7 . La banque de situations d argumentation qui se trouve l annexe 2 est un chantillon qui illustre cette affirmation.
8 . Nous utilisons l expression r sultats probants ou preuves scientifiques plut t que donn es probantes , car les professionnels de la sant n ont jamais acc s aux donn es brutes des chercheurs lorsqu ils consultent les crits scientifiques. Ils ont acc s aux r sultats des recherches, c est- -dire aux interpr tations qui d coulent de l analyse des donn es recueillies par les chercheurs et leurs quipes de recherche.
9 . La notion de droits r f re ici aux droits thiques plut t qu aux droits juridiques, c est- -dire aux droits des patients tels qu ils devraient tre plut t qu aux droits positifs, c est- -dire aux droits ench ss s dans des textes l gaux (Drolet et Hudon, 2014b).
10 . Nous reviendrons au chapitre 1 sur cette ancienne discipline qu est la rh torique, laquelle peut tre consid r e comme la "m re de l argumentation. De fait, le premier chapitre de cet ouvrage apporte des pr cisions sur l origine, l histoire et la nature de la rh torique.
11 . http://www.puq.ca/drolet_lalancette_caty/procedurier
12 . http://www.puq.ca/drolet_lalancette_caty/procedurier .
PARTIE

1
L MENTS TH ORIQUES
C HAPITRE

1
RH TORIQUE ET ARGUMENTATION
couter quelqu un, c est se montrer dispos admettre ventuellement son point de vue.
P ERELMAN
Pour qu il y ait dialogue, il faut au moins qu il y ait volont de dialogue, c est- -dire attention l autre et confiance dans les valeurs de l argumentation, du raisonnement, de la persuasion.
F ERENOZI

R FLEXIONS PR LIMINAIRES
Que repr sente, pour vous, la rh torique?


Comment peut-elle vous tre utile au quotidien?


Comment peut-elle tre utile votre pratique professionnelle?




En introduction, nous avons pr cis que la rh torique consiste en une discipline fondamentale plus que mill naire associ e l ancien art oratoire de convaincre et qu en ce sens, elle peut, d une certaine mani re, tre consid r e comme la "m re de l argumentation. tant donn que des liens troits unissent l argumentation la rh torique, il importe de situer l action de convaincre dans un contexte plus large, soit celui de sa gen se et de son histoire, pour comprendre la nature de l argumentation et circonscrire cette activit communicationnelle inh rente la vie quotidienne des tres humains et, par extension, la pratique des professionnels de la sant .
Ce court chapitre enti rement consacr la rh torique est divis en cinq sections. La premi re traite de l origine de l argumentation, tandis que la deuxi me pr cise ce qu est la rh torique. Alors que la troisi me section rapporte des l ments relatifs l histoire de la rh torique, la quatri me aborde les raisons qui expliquent la naissance de cet art ancien et la cinqui me poursuit la d finition de la rh torique en pr cisant deux de ses caract ristiques essentielles.

1.1. L ORIGINE DE L ARGUMENTATION: LA RH TORIQUE
Quelle est l origine de l argumentation? Pourquoi celle-ci est-elle apparue? quelles fins a-t-elle vu le jour? Dans quel contexte est-elle n e? Des pistes de r ponse ces questions sont propos es dans cette premi re section, voire dans ce chapitre. Cela dit, pour parvenir pr ciser ces l ments de r ponse, il est n cessaire de traiter de la discipline appel e "rh torique , de son histoire, du contexte sociopolitique qui a contribu son mergence et de la mani re dont celle-ci influence, encore aujourd hui, les pratiques communicationnelles en g n ral et les pratiques argumentatives en particulier, et ce, pr cis ment parce que l argumentation y plonge ses racines. En effet, une filiation troite lie l argumentation la rh torique.
Plus pr cis ment, l argumentation rel ve de la rh torique, c est- -dire de l ancien art oratoire permettant de convaincre, apparu au V e si cle avant notre re, la naissance de la d mocratie, en Gr ce (Breton, 2001, p. 2). L objectif de ce chapitre n est pas de retracer la gen se et l histoire exhaustives de la rh torique ou des th ories de l argumentation qui ont marqu l volution des id es en Occident, mais bien de souligner et de faire ressortir quelques l ments centraux de l histoire de l argumentation, voire de celle de la rh torique, qui permettent aux professionnels de la sant de mieux comprendre les enjeux actuels de la pratique argumentative. Ce retour aux sources de l argumentation permet du m me souffle de circonscrire avec plus d acuit ce qu est l argumentation et ce qu elle n est pas, sujet d int r t du prochain chapitre. Mais qu est-ce que la rh torique? Quel est son lien avec l argumentation?

1.2. LA RH TORIQUE: L ART DE CONVAINCRE
Comme pour la majorit des mots que nous utilisons au quotidien, il existe plusieurs d finitions du terme rh torique . Pour comprendre ce qu est la rh torique, il peut tre int ressant d en explorer les racines tymologiques. Ce terme provient des mots grecs t ckn rh torik (qui r f rent la tekhn , c est- -dire la technique) et rh tor (c est- -dire l orateur). La rh torique renvoie donc aux diff rentes techniques qu utilise un orateur.
Le dictionnaire Le Petit Robert propose trois d finitions de la rh torique: une ayant trait la communication en g n ral, une relative l art de convaincre et une autre renvoyant l loquence. Ainsi, selon ce dictionnaire, la rh torique correspond l "art de bien parler; [ la] technique de la mise en uvre des moyens d expression (par la composition, les figures) (Robert, 2004, p. 2300). Plus encore, la rh torique r side dans les moyens d expression et de persuasion utilis s par un individu en vue de convaincre. Enfin, toujours selon ce dictionnaire, mais dans un sens p joratif cette fois, la rh torique r f re au style d clamatoire d un orateur (Robert, 2004).
Pour sa part, le dictionnaire Antidote (Druide informatique, 2012) propose les d finitions suivantes: la rh torique, c est l "art du discours; l ensemble des proc d s et des techniques permettant de s exprimer avec loquence, de convaincre, de persuader (Druide informatique, 2012; mot cl rh torique) . Les exemples d expressions indiqu s dans ce dictionnaire pour pr ciser le contexte d utilisation de ce mot sont les suivants: figure de rh torique, artifice de rh torique, trait de rh torique, enseigner la rh torique (Druide informatique, 2012). La rh torique y est galement d finie comme l "ensemble des moyens de persuasion et des proc d s stylistiques d une personne, d un groupe. [Par exemple, la] rh torique guerri re d un chef d tat. La rh torique populiste d un parti politique. Une rh torique enflamm e qui s duit. Sa rh torique creuse ne convaincra pas grand monde (Druide informatique, 2012). Ces deux derni res phrases montrent que la rh torique consiste en l usage de strat gies oratoires et que cet usage peut tre plus ou moins bien effectu . Plus encore, toujours selon Antidote , la rh torique peut avoir un sens p joratif. Le cas ch ant, elle r f re au "style pompeux et artificiel d un orateur ou d un crivain qui aurait d velopp "une prose truff e de clich s et enfl e de rh torique (Druide informatique, 2012).
Ce dernier aspect montre la difficult d aborder la notion de rh torique sans constater la m fiance, voire l hostilit que ce terme provoque chez certains individus. C est qu tort, on y associe toutes sortes de finalit s plus ou moins nobles alors qu en elle-m me, la rh torique, comme outil de persuasion, n inclut pas les finalit s de son usage. On peut en effet l utiliser bon escient, comme on peut en faire usage des fins plus ou moins louables (manipulation, ruse, extorsion, mensonge, diffamation, flatterie et d magogie, par exemple). Ainsi, plut t que d attaquer les individus ou les groupes qui utilisent cet ancien art oratoire de la mauvaise fa on, certains critiques de la rh torique ont eu tendance l attaquer, elle. Ainsi, lorsqu on traite de cette discipline ancienne qu est la rh torique, un des d fis que l on rencontre est de parvenir redorer son image. Ce d fi est d ailleurs reconnu par plusieurs penseurs qui s int ressent, de nos jours, cet art de convaincre (Angenot, 2008; Robrieux, 2010; Meyer, 2011). Comme l indique Angenot ce sujet, "la rh torique n a pas t seulement, de l Antiquit aux temps modernes, le parent pauvre de la philosophie. Depuis toujours , c est- -dire depuis Platon, la rh torique a eu mauvaise presse (Angenot, 2008, p. 56).
Dans un dialogue intitul le Gorgias , Platon 1 affirme en effet - par l entremise de son professeur et mentor, Socrate (470-399 avant notre re) - que "la rh torique n a pas besoin de conna tre la r alit des choses; il lui suffit d un certain proc d de persuasion qu elle a invent , pour qu elle paraisse devant les ignorants plus savante que les savants (Platon, 1984, p. 81 2 ). Dans ce dialogue, Platon r duit la rh torique la flatterie et la tromperie qu utilisent certains rh teurs de son poque pour manipuler des auditoires en vue d atteindre certaines fins politiques. Comme la plupart des critiques de la rh torique, Platon confond ici la discipline rh torique avec l usage qu en font certains individus des fins plus ou moins louables.
Cette observation de la condamnation de cet art de convaincre qu est la rh torique est r alis e par d autres auteurs contemporains comme Robrieux (2010) et Meyer (2011), par exemple. C est dire que la rh torique continue de susciter un sentiment de perplexit , voire de malaise chez certains individus, pr cis ment parce qu on lui reproche d tre utilis e tant par des personnes qui font la promotion d id es vraies ou justes que par celles qui d fendent des id es fausses ou iniques. Encore aujourd hui, affirmer qu un acteur politique a pr par un discours fort en rh torique, c est en quelque sorte l accuser de manquer de substance et d user de strat gies de communication condamnables comme la duperie, la flatterie ou la d magogie, pour ne donner que ces exemples. De fait, de nos jours, la notion de rh torique oscille inlassablement entre un statut prestigieux, noble ou valable, d une part, et un statut suspect, louche ou douteux, d autre part. C est la raison pour laquelle, comme l observe par ailleurs Robrieux (2010), pour certains contemporains, le mot rh torique est essentiellement p joratif.
Pourquoi d s lors traiter de rh torique dans cet ouvrage? Qui plus est, pourquoi en traiter dans le cadre d un ouvrage consacr l argumentation et d di des professionnels de la sant ? En quoi est-il pertinent de revenir la rh torique et de d poussi rer le concept afin de lui redonner son lustre? Ne serait-il pas plus strat gique de camoufler ce pass peu reluisant, selon certains, de l acte d argumenter? Se poser ces questions, c est d une certaine mani re s interroger sur l utilit de la rh torique aujourd hui ainsi que sur les conditions de l gitimit de son utilisation. Suivant Robrieux (2010), nous estimons que deux pr occupations principales justifient l int r t pour cet art ancien oratoire. Dans un premier temps, le besoin d expression partag par les tres humains fait en sorte que la rh torique occupe une place importante dans nos soci t s contemporaines. Dans un second temps, il est n cessaire, dans le monde contemporain, de d coder des messages de plus en plus complexes pour tre en mesure de prendre de bonnes d cisions. Autrement dit, prendre des d cisions bas es sur des faits probants, tir es de th ories pertinentes, appuy es sur des autorit s appropri es, justifi es par des raisonnements qui respectent les r gles logiques ainsi que fond es sur des valeurs l gitimes et signifiantes (ces l ments sont pr sent s au chapitre 3 ). Comme le r sume Robrieux: "La rh torique apporte les l ments indispensables d une analyse critique. C est en apprenant comment un message est fabriqu du point de vue du style, des arguments et des structures, qu on en saisit v ritablement le sens au-del des apparences (Robrieux, 2010, p. 13). Autrement dit, la rh torique est utile puisque comprendre le fonctionnement de l art de persuader permet d apprendre convaincre, d une part, et de se pr munir contre des orateurs qui utilisent des strat gies oratoires manipulatrices des fins peu louables, d autre part. C est en outre pourquoi la "rh torique m rite de retrouver une place centrale dans le monde contemporain, o la communication joue d sormais un r le essentiel (Carrilho, 2012, p. 10).
Cela dit, il importe de pr ciser que certains auteurs pr f rent, compte tenu de cette condamnation de la rh torique, distinguer la discipline rh torique de l argumentation (Meyer, 2004b et 2005). l instar d Amossy (2006), nous consid rons que les tentatives de distinguer la rh torique et l argumentation sont en elles-m mes int ressantes et pourraient permettre de diff rencier le bon usage de la rh torique d un usage critiquable, voire condamnable de celle-ci. N anmoins, cette "s paration en deux domaines distincts ne permet pas d englober dans le m me champ d tudes toutes les modalit s suivant lesquelles la parole tente d agir dans l espace social. Il importe en effet de comprendre, la fois comment le discours fait voir, croire et sentir, et comment il fait questionner, r fl chir, d battre (Amossy, 2006, p. 2-3). Cet ouvrage traite donc de rh torique de mani re positive (en gardant en t te que cet outil peut tre utilis pour toutes sortes de finalit s plus ou moins nobles) de fa on tirer un enseignement des diff rentes techniques qu elle propose, lesquelles peuvent tre utiles aux professionnels de la sant .
Maintenant que la nature de la rh torique a t esquiss e, il y a lieu de se demander quelles sont l origine et l histoire de la rh torique. Les deux sections suivantes pr sentent quelques l ments historiques permettant de situer l origine et l histoire de la rh torique ainsi que de pr ciser les raisons de sa naissance. Par la m me occasion, ces l ments font ressortir en quoi la rh torique est importante pour les professionnels de la sant et comment les techniques qu elle sugg re peuvent constituer des outils incontournables pouvant contribuer nourrir le sentiment d efficacit personnelle des professionnels de la sant dans les situations d argumentation qu ils vivent en clinique.

1.3. LA RH TORIQUE: DE L ANTIQUIT AUJOURD HUI
Il existe une vari t de fa ons de pr senter la gen se et l histoire de la rh torique. L objectif est ici de brosser grands traits son origine et quelques moments importants de son volution par l entremise de certains auteurs cl s qui ont marqu son histoire, ce qui permettra aux lecteurs qui le d sirent d explorer davantage ce fascinant parcours. Ce portrait de la naissance et de l volution de la rh torique n est nullement exhaustif. Cette fa on de proc der est voulue, car il est souhait que le lecteur puisse rapidement avoir acc s aux outils que propose la rh torique afin d en faire usage dans sa pratique professionnelle 3 .
Prenant sa source - tout le moins en Occident - chez les penseurs grecs de l Antiquit 4 puis reprise ensuite par les Romains, la rh torique a souvent t pr sent e tant t comme un art reli au discours et sa composition, tant t comme "l art de s exprimer et de persuader (Robrieux, 2010, p. 12), ou encore comme une combinaison de ces deux perspectives (l une misant davantage sur les qualit s logiques et argumentatives de la communication, l autre insistant plut t sur les qualit s litt raires et esth tiques du discours). Ces diff rentes mani res d aborder la rh torique rejoignent les d finitions qui ont t pr sent es plus t t. Cela dit, examinons maintenant quelques auteurs cl s qui ont marqu l histoire de la rh torique ainsi que certaines de leurs propositions li es au domaine tudi .
Le philosophe grec Aristote 5 , dans un trait intitul la Rh torique (Aristote, 2007), envisage cet art comme tant notamment li au travail pr alable r alis par l orateur afin de convaincre un auditoire d termin . Pour lui, la rh torique est la facult de d couvrir, dans chaque situation particuli re d argumentation, ce qui est propre persuader un auditoire pr cis, "de discerner [autrement dit] ce que chaque cas comporte de persuasif (Aristote, 2007, p. 122). Aristote a en effet "d gag cette id e fondamentale que, pour persuader, il faut exploiter des ressorts d j pr sents chez l auditeur. Le bon orateur conna t les comp tences cognitives et les connexions pertinentes de ceux qui l coutent. Il s appuie sur les id es pr existantes, sur les valeurs reconnues, et c est ainsi qu il r alise le myst re de la persuasion [c est- -dire] amener autrui penser ce qu il ne pensait pas auparavant (Chiron, 2007, p. 9). Somme toute, la Rh torique d Aristote est un ouvrage fondateur et intemporel. Classique des classiques, cet ouvrage enti rement d di la rh torique constitue une v ritable anatomie de l art de convaincre par l argumentation.
Plus pr cis ment, apr s avoir d fini ce qu est la rh torique, Aristote y d cortique les trois modalit s de la persuasion (ou dimensions de l argumentation) que sont le logos , le pathos et l ethos (sur lesquels nous revenons au chapitre 2 ), tout en proposant une typologie des genres oratoires (d lib ratif, judiciaire et pidictique 6 ), des raisonnements (inductif et d ductif) et des strat gies argumentatives la port e de tout orateur. Dit autrement, le philosophe y pr sente les principes de base d une argumentation bien conduite la fois du point de vue de la logique (logos) , de la psychologie humaine (pathos) et de l thique (ethos) , et propose des concepts et des cat gories pour mieux appr hender cette activit communicationnelle. C est dire que dans ce trait , Aristote introduit la rationalit au c ur de la communication persuasive et reconna t la grande importance de l argumentation dans les rapports sociaux et politiques comme une option la violence (Chiron, 2007). Aristote occupe donc une place importante dans la gen se et l histoire de la rh torique, voire de l argumentation. Cela dit, comme pour d autres uvres, pour bien comprendre la Rh torique d Aristote, il peut s av rer utile de situer cet ouvrage parmi plusieurs autres trait s du philosophe, notamment la Po tique , l Organon 7 , les Politiques et l thique Nicomaque , pour nommer les principaux.
Pour le philosophe et consul romain Cic ron 8 , la rh torique consiste en l art de discourir, c est- -dire d noncer ses id es de belle mani re de fa on charmer son auditoire, l amenant de la sorte adh rer progressivement la perspective qui est la n tre (Cic ron, 2009). Cic ron mise davantage qu Aristote sur les qualit s esth tiques et motionnelles du discours (pathos) , le second mettant plus l accent sur les qualit s logiques (logos) et thiques (ethos) de la communication. Cela dit, l instar d Aristote, Cic ron estime que la rh torique peut tre utile lorsque vient le temps de convaincre un auditoire. Plus encore, ma triser cet art est m me un devoir de tout citoyen qui entend participer la vie d mocratique de la cit . Dans un ouvrage intitul L Orateur id al , Cic ron nonce les caract ristiques et les actions de l orateur id al, c est- -dire de celui qui parvient persuader compl tement un auditoire, en suscitant non seulement son adh sion intellectuelle ses propos, mais galement son adh sion motionnelle, voire son admiration. Partant des distinctions tablies par Aristote entre les discours judiciaire, d lib ratif et pidictique, Cic ron traite uniquement du discours judiciaire, voire du discours politique, en ceci qu il n aborde que les plaidoiries devant public. Apr s avoir pr cis que l orateur id al est celui qui informe, veille de la sympathie et parvient mouvoir son auditoire, Cic ron d cortique les cinq tapes menant la pr paration d un plaidoyer que sont: 1) l invention (l laboration des arguments); 2) la disposition (l organisation des arguments); 3) l locution (le raffinement du style); 4) la m moire (la m morisation du discours); 5) l action (la prestation gr ce la gestuelle et la voix). De nos jours, ces tapes sont encore consid r es comme pertinentes. En ce qui a trait la plaidoirie (disposition), il discute des quatre tapes que sont: l introduction (exorde), l exposition des faits (narration), la pr sentation des arguments (confirmation) et la conclusion (p roraison). Nous reviendrons au chapitre 3 sur ces tapes dont la paternit est attribu e par Breton (2008) Corax de Syracuse 9 , qui serait le p re fondateur de la rh torique. Sans en dire davantage, sp cifions que Cic ron a r dig plusieurs ouvrages sur la rh torique, dont De l invention oratoire, Les trois dialogues de l orateur et L Orateur id al , dont nous avons dit ici quelques mots.
leur suite, le rh teur romain Quintilien 10 envisage la rh torique comme "l art de bien inventer, bien arranger et bien exprimer tout ce qui peut tomber dans le discours, non seulement avec une m moire s re, mais avec toutes les gr ces et toute la dignit de l action (Robrieux, 2010, p. 54-55). Plus pr cis ment, Quintilien est l auteur d un manuel de rh torique qui comporte douze volumes et dont le titre est: De l institution oratoire (Quintilien, 2010). L influence de cet ouvrage, qui vise la formation l art oratoire, perdura pendant plusieurs si cles (Stroh, 2010). Comme Cic ron, Quintilien y d crit les cinq parties de l art de persuader, savoir: 1) l invention (inventio) , c est- -dire l identification du message qu on veut transmettre par la connaissance de l auditoire auquel on s adresse; 2) la disposition (dispositio) , soit l organisation logique et th matique de son discours; 3) l locution (elocutio) , ici envisag e comme la mani re dont on communique son propos son auditoire; 4) la m moire (memoria) , c est- -dire la capacit de retenir ce qu on pr voit dire; 5) l action (actio) , savoir l alliance de la parole et du geste pendant sa communication orale (Quintilien, 2010). Ce plan rh torique, de par sa pertinence et sa simplicit , a su traverser les poques, comme nous le verrons au chapitre 4 .
Ces trois exemples (Aristote, Cic ron et Quintilien) illustrent eux seuls la place importante qu occupait la rh torique durant l Antiquit grecque et romaine. Nous reviendrons dans la section suivante sur les raisons qui expliquent cet engouement. Somme toute, d Aristote (IV e si cle avant notre re) Quintilien (I er si cle ap. J.-C.), la rh torique est con ue comme un art apte outiller un orateur afin qu il puisse atteindre la fin vis e: convaincre son public.
Depuis ses origines antiques jusqu au XIX e si cle, la rh torique tait per ue de mani re somme toute positive. Mis part le philosophe grec Platon qui, par l entremise du Socrate de ses dialogues, labore, comme nous l avons vu plus t t, une critique radicale de la rh torique, voire des sophistes 11 et de la sophistique 12 , la rh torique avait plut t bonne presse. Par exemple, au Moyen ge, elle tait enseign e et pratiqu e dans les tablissements d enseignement o l on apprenait d battre oralement sur divers sujets et formuler des arguments, des objections et des r futations (Meyer, 2004b). La rh torique tait consid r e comme l un des sept arts dits lib raux avec la g om trie, la logique, l arithm tique, la grammaire, la musique et la physique (Hadot, 2005). Elle faisait partie de l enseignement de base des coles catholiques et monastiques. Comme l observe Meyer, "en enseignant l art de comprendre et de se faire comprendre, d argumenter, de construire, d crire et de parler, la rh torique permettait d voluer avec aisance dans la soci t et de dominer par la parole (Meyer, 2004b, p. 30). cette poque, les joutes oratoires occupaient une place cruciale dans la formation des ma tres et des hommes d glise (comme c est le cas de nos jours pour les moines bouddhistes par exemple).
Ce n est qu au XX e si cle que la rh torique est tomb e en d su tude et qu elle fut jug e par plusieurs comme une discipline suspecte (Fortin, 2007), voire dangereuse. Un peu la mani re de Platon, on lui reproche de servir des fins condamnables d un point de vue thique. Vers la fin de ce si cle cependant, la rh torique a repris ses lettres de noblesse avec le d veloppement des th ories de la communication (Breton, 2008). Les strat gies rh toriques et argumentatives sont depuis mobilis es par un bon nombre de chercheurs pour tudier divers ph nom nes communicationnels (Lalancette, 2015; Martel, 2000a, 2000b et 2010; Martel et Turbide, 2005).
C est le chercheur belge Cha m Perelman 13 qui est g n ralement pr sent comme le grand responsable du renouveau de la tradition aristot licienne et, par extension, de la renaissance contemporaine de la rh torique 14 . Ce philosophe a revisit les diff rentes notions de la discipline rh torique dans son ouvrage intitul Trait de l argumentation. La nouvelle rh torique , qu il a publi en collaboration avec Lucie Olbrechts-Tyteca 15 . Dans ce livre, Perelman et sa collaboratrice (2008) remettent l honneur l art de persuader par l argumentation en reconsid rant l importance de la notion d auditoire ainsi que les diff rents types d arguments commun ment utilis s et s tant r v l s efficaces. Comme l observe Amossy, Perelman et Olbrechts-Tyteca "renouaient ainsi avec la tradition aristot licienne (Amossy, 2006, p. 1).
Dans cet ouvrage embl matique de la renaissance de l int r t contemporain pour l art de convaincre, la rh torique y est envisag e comme "l tude des techniques discursives permettant de provoquer ou accro tre l adh sion des esprits aux th ses qu on pr sente leur assentiment (Perelman et Olbrechts-Tyteca, 2008, p. 5). Perelman et sa collaboratrice sont des auteurs cl s de ce sujet et m me si des critiques ont t formul es quant leur trait , la contribution de cet ouvrage l tude de la rh torique contemporaine est jug e par plusieurs comme l une des plus consid rables (Robrieux, 2010). D ailleurs, la pens e de Perelman a t , et est encore de nos jours, grandement comment e (B gin, 1990; Bouchard, 1980; C t , 1985; Forier, 1979; Golden et Pilotta, 1986; Haarscher, 1993; Haarscher et Ingber, 1986; Marcil-Lacoste, 1990; Meyer, 2004a; Meyer et Frydman, 2012; Raphael, 1979; Tarello, 1979), et des colloques ont lieu sa m moire et en son honneur (Angenot, Bernier et C t , 2012; Lacour, 2008). L apport de Perelman est d autant plus important puisqu il "insiste sur la dimension communicationnelle de toute argumentation (Amossy, 2006, p. 13). Mais pour quelles raisons la rh torique a-t-elle vu le jour? Qu est-ce qui contribue expliquer son apparition?

1.4. POURQUOI LA RH TORIQUE A-T-ELLE VU LE JOUR?
Par-del ces consid rations relatives la nature de la rh torique, son origine et son histoire, il y a lieu de se demander pourquoi exactement la rh torique a vu le jour. En d autres mots, qu est-ce qui explique son apparition? R pondre cette question permettra de comprendre comment et en quoi la rh torique peut encore tre utile aujourd hui toute personne en g n ral et aux professionnels de la sant en particulier.
La rh torique est n e de la n cessit de bien s exprimer et de communiquer ad quatement (besoins psychologiques), voire de r ussir sa vie professionnelle (besoin politique). De fait, comme l indique la note ant rieure consacr e aux sophistes, la tekhn rh torik tait "l art enseign , contre r mun ration, des jeunes gens qui souhaitaient r ussir dans la vie publique (Angenot, 2008, p. 53). Comme le politicien se devait d tre un bon orateur, la rh torique est ainsi, depuis cette poque, souvent associ e ce domaine. Il est vrai que les acteurs politiques ont besoin d utiliser la parole efficacement, notamment pour convaincre l aide de mots les lecteurs ainsi que leurs pairs qui si gent avec eux au Parlement (Angenot, 2008; Charland, 2003). N anmoins, tous les acteurs de la vie publique, dont font partie les professionnels de la sant , ont aujourd hui galement de nombreux avantages ma triser cet art complexe, notamment pour aider les patients qu ils accompagnent et mieux travailler avec les coll gues qu ils c toient.
Ainsi, l art de convaincre qu est la rh torique est "indissociable de l invention, elle aussi grecque, de la d mocratie et de ses institutions (Breton et Gauthier, 2000, p. 9). Les citoyens des diff rentes cit s de la Gr ce antique avaient besoin de persuader un auditoire lorsqu ils d lib raient l agora ou qu ils s adressaient leurs pairs devant les tribunaux.

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