Bébés illimités
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Bébés illimités , livre ebook

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Description

« On fait des enfants pour soi, pour donner de soi, pour mettre un peu de soi dans nos familles et nos sociétés et pour faire que soi existe encore un peu après sa mort. »
Extrait de la préface du Dr Jean-François Chicoine
Il est grand, le désir d’enfants… Mais jusqu’où sommes-nous prêts à aller, individuellement et collectivement, pour assouvir ce désir irrépressible ?
Fécondation in vitro, congélation d’embryons, sélection génétique, ban­ques d’ovules et de spermatozoïdes, dons d’embryons, mères porteuses, homoparentalité et grossesses tardives sont à l’honneur dans cet essai à saveur d’enquête journalistique, qui se lit d’un trait. Dans un style ciselé et efficace, l’auteure Dominique Forget livre les résultats de ses recherches, de même que les confidences parfois troublantes qu’elle a recueillies auprès de femmes et d’hommes qui ont fait l’expérience de la procréation assistée, souvent au prix d’énormes sacrifices. Elle expose également l’état de la réglementation en matière de procréation assistée au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde, et rapporte les propos d’experts qui ont pris position dans les débats entourant la procréation assistée.
Dérangeant, voire profondément bouleversant, Bébés illimités est un livre-choc qui nous laisse avec de grandes réflexions…

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 09 mai 2012
Nombre de lectures 0
EAN13 9782764422175
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0032€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Collection dirigée par Jean-François Chicoine
De la même auteure Perdre le Nord ? , Boréal, 2007.

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Forget, Dominique
Bébés illimités : la procréation assistée… et ses petits
(La santé du monde)
Comprend des réf. bibliogr.
ISBN 978-2-7644-0948-0 (Version imprimée)
ISBN 978-2-7644-2216-8 (PDF)
ISBN 978-2-7644-2217-5 (EPUB)
1. Procréation médicalement assistée. I. Titre. II. Collection : Santé du monde (Montréal, Québec).
RG133.5.F67 2012 613.9’4 C2012-940511-6



Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada pour nos activités d’édition.
Gouvernement du Québec – Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC.
Les Éditions Québec Amérique bénéficient du programme de subvention globale du Conseil des Arts du Canada. Elles tiennent également à remercier la SODEC pour son appui financier.

Québec Amérique
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Dépôt légal : 2 e trimestre 2012
Bibliothèque nationale du Québec
Bibliothèque nationale du Canada

Projet dirigé par Martine Podesto
Mise en pages : Andréa Joseph [ pagexpress@videotron.ca ]
Révision linguistique : Claude Frappier et Chantale Landry
Conception graphique : Célia Provencher-Galarneau
Photo en couverture : Photomontage réalisé à partir d’une photographie de Shutterstock/©Elena Ray.
Crédits photos : Shutterstock/©Picsfive ; Shutterstock/©iDesign ; Shutterstock/©Arsgera ; Shutterstock/©Tatiana Morozova ; iStockphoto/©dra_schwartz ; Photocase/©unikation ; iStockphoto/©BlackJack3D ; Shutterstock/©Zurijeta ; Shutterstock/©Zurijeta.
Conversion au format ePub : www.studioc1c4.com
Pour toute question technique au sujet de ce ePub : service@studioc1c4.com

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés

© 2012 Éditions Québec Amérique inc.
www.quebec-amerique.com
DOMINIQUE FORGET

Sous la direction du D r Jean-François Chicoine
PRÉSENTATION DE LA COLLECTION « LA SANTÉ DU MONDE »
La collection « La santé du monde » propose des ouvrages scientifiques, médicaux, humanistes et sociaux débordant d’originalité. Les auteurs invités sont choisis pour leur excellence, leur avant-gardisme, leur capacité à traiter de sujets brûlants mais fondamentaux, ainsi que pour leur audace à transcender les tendances annoncées. Afin de mieux témoigner des nombreuses facettes du vivant, les questions de prévention abordées dans les ouvrages, ainsi que celles qui concernent les soins, la recherche médicale et l’éducation à la santé, sont mises en relation avec des champs interreliés, notamment celui des sciences sociales. Nous avons voulu que les points de vue s’adressent à un public élargi et que les connaissances croisées puissent coller à des passages concrets de la vie pour mieux favoriser les solutions et les actions convergentes. « La santé du monde » est dirigée par le D r Jean-François Chicoine, pédiatre, professeur adjoint au CHU Sainte-Justine, et directeur scientifique de la société Le monde est ailleurs.
PRÉFACE
Chez beaucoup de personnes, l’accumulation d’achats jamais utilisés témoigne de l’écart entre demandes et désir (…) La demande n’est pas la transposition consciente du désir (…) La demande d’enfant ne s’accompagne pas obligatoirement du désir d’enfant.

A. Bouregba, Les troubles de la parentalité , Dunod, 2002.
J’ ai accompagné suffisamment de familles dans ma vie professionnelle pour me convaincre que sans le déploiement écosystémique du désir, nommément le désir d’enfant, la parentalité ne serait pas « suffisamment bonne » pour élever et éduquer des petits et, ultimement, pour assurer la pérennité de notre monde.
C’est la volonté qui transforme l’adulte en parent. Ce n’est ni le sperme du mâle, ni l’ovule de la femelle, ni les ébats improbables au fond d’une éprouvette, ni l’habitacle utérin, ni même l’acte de naissance apte à claironner juridiquement le statut parental. C’est le mouvement intérieur vers un plus petit que soi qui permet l’accouchement d’un parent.
Ce n’est pas la réalité.
Ce n’est pas dans les livres.
D’accord : l’ascendance génétique, ce n’est pas rien et c’est du concret. De l’infiniment petit, mais du concret quand même. En témoignent les recherches généalogiques identitaires de millions d’hommes et de femmes en mal de fondations solides. Mais un papa et une maman, en plus, ou en lieu et place du « pèremère », c’est autrement « plus bon » qu’une conserve d’ADN.
C’est une histoire imaginée avant la naissance, un temps présent à vivre (changements de couches compris) ou un futur à tricoter plus ou moins serré. C’est de la génétique modifiée par le vivant. Elle a un nom : épigénétique.
C’est de la fiction.
C’est dans les livres.
Entre l’enfant mythique d’une culture donnée, l’enfant fantasmé construit à partir des expériences d’enfance, l’enfant imaginé puis à bercer dans la vie réelle (changements de couches toujours compris), toutes les raisons sont valables pour vouloir des enfants. On fait des enfants pour soi, pour donner de soi, pour mettre un peu de soi dans nos familles et nos sociétés et pour faire que soi existe encore un peu après sa mort. Mais si tous ces « soi » qui forgent et renforcent nos narcissismes n’étaient pas aussi, et très fortement, impulsés par un désir psychique, nos progénitures ne ressembleraient pas à grand-chose.
Je demande un jour à Bernard Voyer, l’explorateur, de me suggérer des noms de rédacteurs et de journalistes capables de traiter d’environnement avec un regard neuf. Il me parle alors de Dominique Forget que j’apprends à connaître. D’abord, son précédent ouvrage, Perdre le Nord ? , m’impressionne. Puis je me mets à la lire sur tout plein de sujets pas faciles à vulgariser qu’elle honore pourtant de main de maître. C’est un talent, indubitablement. Avec la personnalité ciselée qu’il faut pour le transmettre. Ainsi, je suis aux anges quand elle accepte d’écrire un ouvrage au sein de notre collection. Avec son efficacité redoutable, vite elle me propose différents sujets qui tous me titillent, m’interrogent, m’intéressent. Ensemble, nous choisissons celui de la procréation assistée, pour son actualité, à cause de ses flous, à cause de sa complexité qui, en toute humilité, ne peut pas être traitée avec justice et justesse par tant d’autres. Mais si je choisis la procréation, c’est surtout à cause du désir, justement, que je n’arrive plus toujours à cerner dans le quotidien et les aspirations des familles à soigner.
On devient géniteur par nature, on pourrait dire par verticalité. Seulement, on devient parents par mouvement du cœur et d e la tête, par horizontalité en quelque sorte. Le plaisir d’enfant ne débarque pas du ciel. Il est un mouvement intersubjectif construit par et pour des hommes et des femmes, mais impossible sans la confiance, le temps à y investir, l’amour, le social, l’ambition, l’altérité, l’empathie, le jugement, les aptitudes morales et une quête de sens, à tout le moins embryonnaire. Le plaisir d’enfant n’est pas une fatalité. Il est le petit lait de la volonté dont je parle, le substrat du papa et de la maman et de ce qu’on leur souhaite vivement : au-delà de la recette et des savoir-faire, une famille à expérimenter, avec toutes ses modulations possibles et imaginables.
La procréation assistée est-elle le désir assisté ? Le désir des uns doit-il être assisté par les autres ? Le désir est-il intime ou collectif ? Le désir de l’un nuit-il au désir de l’autre ? La procréation assistée est-elle réalisable sans le désir d’enfant ? Sinon peut-elle, devrait-elle l’être ? Est-ce qu’une chose que l’on peut faire, techniquement ou financièrement, doit être faite ? Si la science, la technologie et le génie humain permettent de nouvelles frontières à la reproduction de la vie, si ces frontières bousculent l’éthique, les idées reçues, le tissu social et les arbres de vie, doivent-elles être freinées ? Et si oui, par qui, jusqu’où, et pour combien de temps encore ? Y a-t-il quelqu’un quelque part dans la salle pour se porter garant du désir ?
Bébés illimités propose une aventure scientifique et humaine dans les couloirs infinis, ou tordus, c’est selon, de la procréation assistée.
Dans une main, Dominique Forget tient la nôtre et la réchauffe de ses propres réactions, jamais de ses états d’âme : elle aime bien trop assister à nos propres automatismes et changements de caps ou d’opinions. Voire à notre déconfiture, vous verrez.
Dans son autre main, elle tient le scalpel qui lui permet de nous débarrasser des arêtes, sans jamais noyer le poisson : infertilité, fécondation in vitro, congélation d’embryons, mères porteuses, mères vendeuses, homoparentalité, don de sperme, don d’ovules, monoparentalité, grossesses vieillardes, enfantement après la mort, clonage et autres utopies. Vous lirez le reste, toujours brillant, parfois intolérable.
Quand, arrivé au bout du couloir, Dominique Forget nous fait finalement croire à une suite, par exemple un embranchement pour l’enfer et un autre qui est une porte de sortie pour le paradis, elle nous plaque là, sans jugement de valeur, comme pour mieux en appeler à nos propres questionnements et à notre propre intériorité.
Vous êtes prévenu.
Vous avez beau penser que vous avez déjà fait le tour de la question de la procréation assistée, fait le tour de bien des récits – Le meilleur des mondes d’Huxley en tête de liste – ou des films de science-fiction-réalité sur la question – Gattaca , The Switch , Starbuck et cie – et beau prétendre ne pas profondément vous intéresser à la reproduction de l’espèce, Bébés illimités , qui tient autant de l’essai scientifique que du journalisme d’enquête, vous conduira dans des limites impossibles à soupçonner d’avance, du moins en toute honnêteté.
Le livre de Dominique Forget est écrit comme un polar où l’enjeu du crime, ou de l’absence de crime, ne serait plus le trio habituel pouvoir-argent-sexe, mais bien ce même trio, avec un quelque chose en plus, petit ou grand, impalpable en tout cas : ce ou ces désirs fondateurs, régénérateurs, inextinguibles… illimités. À vous, à nous de décider si ces espérances sont individuelles ou collectives.
Ô monde admirable qui abrite des gens pareils…
JEAN-FRANÇOIS CHICOINE, M.D., FRCPC
Professeur adjoint de pédiatrie au CHU Sainte-Justine
Directeur scientifique à Le monde est ailleurs
Collection « La santé du monde » chez Québec Amérique
Bibliographie
Bouregba, A., cité par Marinopoulos S. et al . Moïse, Œdipe et Superman, Librairie Arthème Fayard, 2003.
Huxley, A., Le meilleur des mondes , 1932.
Winnicott, D.W., L’enfant et sa famille , Petite Bibliothèque Payot, 1957.
INTRODUCTION
Enfants à tout prix
R égulièrement, je me fais poser la question par des gens que je rencontre pour la première fois : avez-vous des enfants ? Comme je réponds par la négative, on me jette un regard intrigué. À 39 ans, l’horloge biologique aurait dû se mettre à sonner depuis longtemps. Le mécanisme doit être détraqué.
D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais ressenti un désir irrépressible de devenir parent. Évidemment, je trouve les bébés mignons. Je pressens aussi que la vie doit prendre tout son sens lorsqu’on la partage avec un plus petit que soi. Pourtant, lorsque j’ai été confrontée à la possibilité de troquer ma liberté contre la poussette et les biberons, j’ai toujours repoussé le projet de la maternité.
C’est peut-être la raison pour laquelle le désir d’enfant, que je constate partout autour de moi, me fascine autant. Je vois des amis prêts à tout pour élargir leur famille et prendre soin d’un petit être qui dépendra entièrement d’eux. Prêts évidemment à sacrifier leurs nuits de sommeil pour nourrir bébé et calmer ses pleurs. Mais prêts parfois aussi à se soumettre à des traitements médicaux éprouvants lorsqu’ils n’arrivent pas à concevoir un enfant naturellement. Prêts à mettre leur couple sur la corde raide quand les échecs répétés, dans l’intimité de leur chambre à coucher ou dans la salle d’opération d’une clinique de fertilité, transforment leur vie sexuelle en une épopée qui est tout sauf romantique. Et prêts, dans certains cas, à recourir aux ovules ou aux spermatozoïdes d’un pur inconnu pour concrétiser leur projet.
En fait, ce n’est pas tant le désir d’enfant qui me fascine, mais jusqu’où ce désir peut nous pousser.
Au commencement était le scalpel
Sur YouTube, n’importe quel internaute peut visionner la venue au monde de Louise Brown, premier bébé conçu par fécondation in vitro, née par césarienne en 1978 dans un hôpital de la région de Manchester, en Angleterre. Sur la vidéo, on voit la mère de Louise, Lesley Brown, sous anesthésie générale, transportée sur une civière jusqu’à un quartier opératoire. Le D r Patrick Steptoe pratique une incision dans le bas de son ventre pour en sortir un bébé bien rose de 2,6 kilos (5 livres et 12 onces) sous le regard de l’anesthésiste, du pédiatre et d’observateurs.
Avant d’en arriver là, Lesley Brown avait accepté de devenir le cobaye d’une médecine des plus expérimentales. Parce que ses trompes de Fallope étaient bloquées, les ovules relâchés par ses ovaires n’arrivaient pas à se frayer un chemin pour aller à la rencontre des spermatozoïdes de son mari. C’est ce qui expliquait pourquoi, depuis neuf ans, Lesley et John Brown n’arrivaient pas à concevoir d’enfant.
Le D r Steptoe, un obstétricien-gynécologue particulièrement audacieux, a proposé à Lesley de l’aider à concevoir un enfant d’une tout autre façon. Quelque 38 semaines avant la naissance de Louise Brown, il a pratiqué deux petites incisions dans l’abdomen de sa patiente, sous anesthésie générale. Une première incision pour insérer une caméra dont les images étaient retransmises sur un écran, et une seconde pour passer des instruments à l’aide desquels il a prélevé un ovule mature directement dans un des ovaires de Lesley. C’est à ce moment que son collègue, le physiologiste Robert Edwards, est entré en scène. Il a récupéré l’ovule et, dans son laboratoire, l’a fécondé avec le sperme de John Brown. Le scientifique avait passé des années à mettre au point la recette pour permettre à un ovule de survivre à l’extérieur du corps humain et, ensuite, pour réussir à faire croître un ovule fécondé pendant quelques jours dans un incubateur.
Son labeur a porté fruits. Grâce à l’ovule de Lesley et à un des spermatozoïdes de John, il a obtenu un embryon viable qu’on a transféré dans l’utérus de la future maman. Neuf mois plus tard naissait Louise Brown, première de toute une génération d’enfants que les médias ont baptisés les « bébés-éprouvettes » (en réalité, la fécondation in vitro ne se produit pas dans des éprouvettes, mais dans des petits plats de verre qu’on appelle des « plats de Petri »).
Le scientifique Robert Edwards a obtenu le prix Nobel de médecine en 2010 pour avoir réalisé cet exploit. Il était trop tard pour le D r Patrick Steptoe, décédé en 1988. (Hormis une exception en 2011 pour le Montréalais d’origine Ralph Steinman, le comité Nobel n’a jamais attribué de prix à titre posthume.) Certains observateurs ont fait valoir que le comité avait trop attendu, frileux à l’idée de remettre un prix pour une réussite qui a longtemps fait l’objet de controverses. Encore aujourd’hui, certains groupes religieux, dont l’Église catholique de Rome, s’insurgent contre l’idée que des médecins et des scientifiques jouent à Dieu en créant la vie en laboratoire. À part ces quelques irréductibles, la fécondation in vitro n’émeut plus grand monde. La polémique s’est graduellement éteinte lorsque les observateurs ont constaté que les « bébés-éprouvettes » étaient en bonne santé.
Il n’y a pas que Patrick Steptoe et Robert Edwards qui méritent la reconnaissance des couples infertiles. Les femmes qui ont accepté de servir de cobayes pour les premières tentatives du célèbre duo britannique mériteraient leur propre prix. On estime qu’au cours des années 1970, avant que Lesley Brown ne tombe enceinte, plus de 80 d’entre elles se sont allongées sur la table d’opération du D r Steptoe, alors que l’équipe tentait, à coups d’essais et d’erreurs, de mettre au point la technique de prélèvement des ovules et de fécondation en laboratoire. Ces femmes étaient prêtes à tout, y compris à subir une anesthésie générale, faire ouvrir leur abdomen et se livrer aux expériences les plus incertaines, contre l’espoir de mettre un enfant au monde.
En 2005, au cours du congrès annuel de l’American Society for Reproductive Medicine, tenu cette année-là à Montréal, le D r Robert Nachtigall a rendu hommage au courage, voire à la témérité de ces femmes. « Il est vrai qu’elles étaient confrontées à l’infertilité », a concédé ce professeur d’obstétrique et de gynécologie à l’Université de la Californie à San Francisco. « Il n’y a pas de patients plus motivés que les couples infertiles. Même les patients cancéreux ne sont pas aussi déterminés. »
Voilà qui dit tout !
Le supermarché de la reproduction
Depuis 1978, des millions de « bébés-éprouvettes » sont nés dans le sillage tracé par Patrick Steptoe, Robert Edwards et Lesley Brown. La fécondation in vitro s’est popularisée au point d’être devenue banale. Les médecins arrivent aujourd’hui très souvent à prélever une bonne quinzaine d’ovules à la fois dans les ovaires d’une patiente, sans qu’il soit nécessaire d’ouvrir son abdomen. Une aiguille insérée par le vagin fait l’affaire.
Au laboratoire, les embryologistes peuvent injecter un spermatozoïde directement à l’intérieur de chaque ovule prélevé, permettant parfois à des spermatozoïdes porteurs d’un défaut génétique responsable de l’infertilité d’accomplir leur travail de fécondation. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, l’infertilité peut être transmise de père en fils ! Les urologues peuvent même aller chercher des spermatozoïdes dans les testicules, quand le blocage d’un canal empêche ces spermatozoïdes d’être relâchés dans le sperme.
Les généticiens, pour leur part, offrent de scruter le bagage génétique d’embryons avant qu’ils ne soient transférés dans l’utérus de la future maman, pour s’assurer que les enfants à naître ne seront pas affligés d’une grave maladie.
Bref, les couples ont désormais accès à ce que la psychanalyste française Geneviève Delaisi de Parseval, spécialiste de la procréation assistée, a baptisé le « supermarché du devenir parent ». Et quel supermarché !
Avant d’écrire ce livre, j’avais déjà dans mon réseau plusieurs amis qui avaient eu recours à la fécondation in vitro pour concevoir un enfant. Parfois avec succès, parfois non. Je connaissais aussi des couples de lesbiennes qui avaient épluché les catalogues de photos de banques de sperme pour choisir un géniteur pour leur petit. En faisant la recherche pour ce bouquin, j’ai compris que je n’avais encore rien vu. J’ai rencontré des femmes qui avaient accepté de se faire transférer trois, quatre, même cinq embryons d’un seul coup, dans l’espoir qu’au moins l’un d’eux s’accroche. L’une s’est retrouvée mère de triplés, une autre a subi une « réduction fœtale » pour éliminer les fœtus en trop, à la 12 e semaine de grossesse.
J’ai aussi fait la connaissance de couples qui avaient eu recours à des mères porteuses, en Ontario, en Alberta ou en Californie. L’un d’eux, un couple d’hommes homosexuels, avait spécifié dans le contrat que la femme qui portait leur enfant devait accoucher par césarienne une semaine avant la date prévue. Les futurs papas s’assuraient ainsi de pouvoir être présents au moment de l’accouchement qui allait survenir à Los Angeles, à des milliers de kilomètres de leur domicile. Le même couple avait demandé à la clinique de fertilité de n’implanter que des embryons « filles » dans l’utérus de la mère porteuse. En Californie, tous les rêves de parentalité sont possibles.
Au cours de ma recherche, j’ai également appris l’existence de couples américains qui donnaient en adoption les embryons en trop qu’ils avaient fait congeler dans les laboratoires de cliniques de fertilité, et celle de couples qui adoptaient ces embryons, les faisant transplanter dans l’utérus de la future maman. L’une d’elles, caucasienne, a donné naissance à des jumeaux hispaniques. J’ai appris l’histoire d’une grand-mère qui avait accouché de son propre petit-enfant et celle d’une quinquagénaire qui avait choisi de donner son utérus à sa fille (née sans cet organe), comme on donne un rein.
Le désir d’enfant, ai-je découvert, peut être encore bien plus fort que ce que j’avais imaginé. Et l’offre de services pour assouvir ce désir ne cesse de grandir.
Les cliniques de fertilité ont poussé comme des champignons depuis la naissance de Louise Brown, partout dans les pays où des couples en mal d’enfant ont les moyens de s’offrir la très coûteuse fécondation in vitro. Près de 500 cliniques brassent des affaires aux États-Unis, selon des chiffres compilés par l’International Federation of Fertility Societies. On trouve un nombre semblable de cliniques en Inde. Au Canada, on en compte 27. Au Québec, on recense 4 cliniques privées : la clinique OVO, le Centre de fertilité de Montréal et le Centre de reproduction de Montréal offrent des services dans la métropole, alors que la clinique Procrea reçoit des patients à Montréal et Québec.
En date du 1 er janvier 2012, deux centres publics québécois s’ajoutaient au lot, soit le Centre de reproduction McGill et la Clinique de procréation assistée du Centre hospitalier de l’Université de Montréal, fraîchement inaugurée en décembre 2011. Le Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine et le Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke devraient commencer à offrir des services de fécondation in vitro en 2012 et le Centre hospitalier universitaire de Québec, au début de 2013.
Depuis que les services de procréation assistée sont devenus gratuits dans la Belle Province, le 5 août 2010, la demande a littéralement explosé. Les cliniques québécoises effectuaient environ 2 800 cycles de fécondation in vitro avant la gratuité. On s’attend à ce qu’elles en réalisent 7 000 en 2015, quand le nouveau programme aura atteint sa vitesse de croisière.
Au nom de la liberté
La demande n’est pas près de s’essouffler. En fait, la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval croit que le désir d’enfant n’a jamais été aussi fort. L’expression « désir d’enfant » serait d’ailleurs toute récente. « En général, nos ancêtres se plaignaient d’en avoir trop, sans même avoir le temps d’en désirer », écrit-elle dans Famille à tout prix (Seuil, 2008).
Bien sûr, la pulsion n’est pas nouvelle. On a toujours fait des enfants, que ce soit pour donner une partie de soi, pour profiter d’un amour inconditionnel, pour survivre à sa propre mort, ou tout simplement par instinct. Mais cette pulsion primaire, croit Geneviève Delaisi de Parseval, aurait atteint une nouvelle dimension.
« La pilule contraceptive a donné l’illusion aux couples qu’ils avaient le contrôle absolu sur leur reproduction », me fait remarquer la psychanalyste, avec laquelle je me suis entretenue au téléphone. « Aujourd’hui, on pense que pour avoir un enfant, il suffit de le décider. En attendant, on remet le projet à plus tard, le temps de trouver le bon partenaire, le bon boulot, le bon état d’esprit. Lorsqu’on se sent enfin prêt, si ça ne marche pas comme on l’avait anticipé, le désir flambe. Le projet d’enfant se transforme en une mission, celle de l’enfant à tout prix. »
Selon différentes estimations, de 10 % à 20 % des couples occidentaux seraient aujourd’hui infertiles. L’écart entre les chiffres est considérable car l’infertilité est un concept difficile à saisir. « Lorsqu’une femme commence à tenter d’avoir un enfant à 42 ans, peut-on encore parler d’infertilité, sachant que les fonctions reproductrices féminines commencent à s’essouffler naturellement dès la fin de la trentaine ? », se demande Nathalie Parent qui, au moment où je l’ai rencontrée, était coordonnatrice générale de la Fédération du Québec pour le planning des naissances, un organisme communautaire constitué de groupes de femmes et de personnes préoccupées par la santé reproductive et sexuelle.
La tendance à la maternité tardive se constate partout dans les pays occidentaux. En 1987, selon Statistique Canada, seulement 4 % des Canadiennes qui accouchaient avaient leur premier enfant passé l’âge de 35 ans. En 2005, la proportion atteignait 11 %. Dans les cliniques de fertilité du Québec, selon les informations qu’on m’a transmises, le quart des femmes auraient plus de 40 ans.
En 2001, l’American Society for Reproductive Medicine (ASRM) a voulu lancer chez nos voisins du Sud une campagne de sensibilisation pour réduire les risques d’infertilité. On voulait informer le grand public de la menace que pouvaient représenter le tabac, l’obésité, les maladies transmises sexuellement et l’âge avancé. Le message était délicat à faire passer, note la journaliste Liza Mundy dans son livre Everything Conceivable. How Assisted Reproduction is Changing our World (Anchor Books, 2008). L’Association ne voulait pas donner l’impression que les personnes infertiles étaient des fumeurs obèses et libidineux. Le facteur de risque le plus difficile à faire avaler cependant était celui de l’âge avancé.
La National Organization for Women (NOW) a été piquée au vif lorsqu’elle a vu apparaître sur des autobus des affiches montrant un biberon de bébé épousant la forme d’un sablier, pour signifier que le temps était l’ennemi de la fertilité féminine. La présidente de NOW, Kim Grady, a vilipendé l’ASRM qui, selon elle, menait une campagne de peur et exerçait une pression indue sur les jeunes femmes.
L’ASRM s’est défendue en faisait valoir qu’elle ne voulait pas dicter aux femmes à quel âge elles devaient avoir leurs enfants. Elle ne voulait pas les pousser non plus à fonder une famille avant d’établir leur carrière. Elle voulait simplement les sensibiliser et leur faire savoir que si elles désiraient des enfants, elles devaient en tenir compte dans la planification de leur parcours de vie. Les membres du comité de l’ASRM ont appris à la dure que rien ne peut entraver la sacro-sainte liberté reproductive. Toutes les femmes et tous les hommes sont libres de décider d’avoir des enfants ou non et de choisir le moment et la façon de les avoir.
L’enfant : un ancrage
Évidemment, il n’y a pas que des femmes d’âge avancé dans les cliniques de fertilité. Loin de là ! Parfois, ce sont des couples de lesbiennes ou des femmes célibataires qui ont besoin du coup de pouce de la procréation assistée pour pouvoir devenir enceinte. Et la plupart du temps, ce sont des couples dont la femme approche de la fin de la vingtaine ou est au début de la trentaine, qui n’arrivent pas à avoir un enfant pour des raisons strictement médicales. Ces personnes, cependant, ont toujours quelque chose en commun : elles désirent avoir un enfant plus que tout.
Selon Geneviève Delaisi de Parseval, l’enfant serait devenu une valeur refuge au sein des familles. « Avec la fragilisation des couples, la généralisation des divorces et des recompositions familiales, la filiation est désormais le seul lien indissoluble, fait-elle valoir. Il y a encore peu de temps, on pensait que c’était le destin des enfants de quitter un jour leurs parents. De nos jours, ce sont les parents qui partent et c’est aux enfants que revient paradoxalement la charge d’assurer la continuité de la famille. »
L’enfant est un ancrage. Le plus beau et le plus fort qui soit.
En écrivant ce livre, j’ai entendu des histoires de toutes sortes. J’ai été souvent étonnée, parfois troublée, occasionnellement inquiète du sort d’une mère porteuse ou de celui d’un enfant. J’ai été attendrie par les histoires qui finissent bien, attristée par celles qui se terminent mal. Cependant, je n’ai jamais réellement été choquée. Après tout, mettre un enfant au monde reste une affaire toute personnelle. Et cela relève d’un petit miracle bien plus grand que moi.
Bibliographie
Delaisi de Parseval, Geneviève, Famille à tout prix , Paris, Éditions du Seuil, 2008.
International Federation of Fertility Societies, IFFS Surveillance, 2010.
Mayo Foundation for Medical Education and Research, Diseases and Conditions –Infertility , MayoClinic.com (consulté le 2 janvier 2012).
Mundy, Liza, Everything Conceivable. How Assisted Reproduction is Changing our World , New York, Anchor Books, 2008.
Wade, Nicholas, « Pioneer of in Vitro Fertilization Wins Nobel Prize », New York Times , 4 octobre 2010.
LA FABRIQUE DE BÉBÉS
La procréation, dans un labo près de chez vous
«V ous avez devant vos yeux à peu près tout ce qu’il faut pour créer la vie en laboratoire. Il ne manque que vos ovules et les spermatozoïdes de votre partenaire. » La représentante commerciale de la compagnie Cook Medical qui me tient ce discours de vente est visiblement ravie de constater mon enthousiasme devant toute cette quincaillerie : incubateurs, seringues et pipettes qui équipent les laboratoires des cliniques de fertilité. « Pouvez-vous fabriquer la gardienne qui vient avec ? », lui ai-je demandé à la blague.
C’est au Centre Mont-Royal, un lieu connu pour accueillir des conférences de toutes sortes, en plein centre-ville de Montréal, que j’ai rencontré cette vendeuse spécialisée en matériel médical. J’y étais au mois de mai 2011 pour assister au 15 e Symposium sur l’endocrinologie reproductive et l’infertilité, organisé par le D r Seang Lin Tan, un Malaysien d’origine connu à Montréal pour avoir fondé le Centre de reproduction McGill. Et pour avoir opéré le « miracle Julie Snyder », en aidant la célèbre animatrice de la télé à devenir enceinte, après des années d’essais infructueux dans d’autres cliniques.
À l’invitation du D r Tan, des médecins et des embryologistes étaient venus des États-Unis, d’Europe et d’aussi loin que l’Argentine, l’Égypte, le Liban, Singapour ou l’Australie, pour discuter des dernières avancées sur le front de la fécondation in vitro (FIV). Pendant trois jours, je les ai écoutés discuter de stimulation ovarienne, d’échographie, de ponctions des ovaires, de don d’ovules, de culture d’embryons et de mères porteuses.
Je ne m’attendais pas, cependant, à trouver en marge du congrès cette petite foire commerciale où des représentants étaient venus proposer leurs derniers joujoux aux propriétaires de cliniques de fertilité des quatre coins du monde. D’où mon regard ébahi devant la représentante de Cook Medical.
« Cette très longue aiguille, m’explique patiemment ma nouvelle connaissance, s’insère à l’intérieur du vagin, puis à travers sa paroi. Le médecin la pique à l’intérieur d’un ovaire et s’en sert pour aspirer les ovules qui se trouvent à l’intérieur. » Et celle-ci, plus petite ? « On la pique dans les testicules, pour y puiser directement des spermatozoïdes, quand ils ne sont pas assez nombreux dans le sperme », me répond la jeune femme. Ouch !
L’entreprise offre une foule d’autres produits à ses clients : des outils qui servent à mettre les ovules en contact avec les spermatozoïdes sous l’œil attentif d’un technicien, des milieux de culture pour faire croître les embryons en laboratoire, des incubateurs pour les garder au chaud, des cathéters qui servent à les transférer à l’intérieur d’un utérus… La vie, en kit !
Un peu plus loin, au stand de la compagnie Merck, on présente les derniers médicaments qui, lorsqu’ils sont injectés dans l’abdomen, stimulent les ovaires pour qu’ils produisent simultanément plusieurs ovules. Quand le médecin piquera son aiguille dans les ovaires, il pourra retirer idéalement une quinzaine d’ovules bien mûrs plutôt qu’un seul, comme le veut la nature.
Au prochain stand, celui de l’entreprise Origio, on propose de très fins tubes de plastique dans lesquels on peut loger quelques ovules afin de les congeler à très haute vitesse dans l’azote liquide, à –196 °C, pour les conserver à l’abri des ravages du temps. « C’est pour les femmes qui ne sont pas prêtes à avoir des enfants maintenant, mais qui veulent préserver leurs ovules pour plus tard », m’explique gaiement le représentant. Il omet de me préciser que la technologie n’est pas encore parfaitement au point et que les taux de succès d’une fécondation in vitro avec des ovules congelés sont encore inférieurs à ceux qu’on obtient avec des ovules frais. « Il faut lui pardonner, c’est un vendeur », me lance avec un clin d’œil le D r Hassan Sallam, venu d’Alexandrie pour assister au symposium.
Décidément, les spécialistes de la fertilité ont pensé à tout pour satisfaire les besoins des aspirants parents. Le scientifique Robert Edwards et son complice le D r Patrick Steptoe, « pères » de Louise Brown, auraient été ravis de pouvoir compter sur de tels équipements.
Depuis leur exploit, plus de 4 000 000 de poupons sont venus au monde grâce à la FIV. Des jeunes artistes, des scientifiques, des politiciens, de futurs astronautes ou champions olympiques qui n’auraient jamais vu le jour sans ces aiguilles et ces incubateurs. Et autant de parents comblés. Au Danemark, un peu plus de 4 % des bébés naissent maintenant grâce à une FIV. Rarement une technologie aura-t-elle influencé le cours du destin de façon aussi spectaculaire.
Pourquoi moi ?
La semaine suivant mon passage au symposium, je suis encore fascinée par les prouesses de la technologie lorsque je rencontre Barbara pour le lunch, dans un café du Plateau-Mont-Royal. Bien que je ne l’aie encore jamais rencontrée, je la reconnais immédiatement grâce à la description qu’elle m’a faite d’elle-même par courriel. Une rousse aux cheveux frisés, ça se repère tout de suite.
Pour amorcer la recherche pour ce livre, j’avais envoyé un appel à tous par Internet à mes contacts : connaissez-vous des gens qui ont eu recours à la procréation assistée pour concevoir un enfant ? En l’espace de 48 heures, j’avais près d’une cinquantaine de noms dans ma boîte de courriels. On me référait à l’amie d’une amie, à une nièce, à une cousine… Bref, tout le monde connaissait quelqu’un. Barbara était la collègue de travail d’une vieille copine.
Une fois les sandwichs commandés, je partage avec ma compagne de table ma fascination pour les joujoux technologiques que j’ai vus à la foire commerciale quelques jours plus tôt. Je suis convaincue que cette nouvelle maman, qui a conçu ses enfants grâce à la fécondation in vitro, partagera mon enthousiasme. Elle lève plutôt les yeux au ciel. « C’est parce que tu n’as pas eu à passer par là ! », me lance cette spécialiste en finance.
Pendant plus d’un an, Barbara et son conjoint Michael (qui m’ont demandé d’utiliser un prête-nom, pour préserver leur intimité) ont tenté de faire un enfant naturellement, un projet qu’ils trouvaient follement romantique, mais qui s’est rapidement transformé en corvée, puis en chemin de croix.
« Au début, quand j’avais mes règles, on ne s’en faisait pas trop », me raconte la femme d’affaires entre deux bouchées de sandwich végé. « On se disait qu’on n’était pas pressés, qu’on allait prendre notre temps. Un an plus tard cependant, quand on s’est retrouvés devant rien, on a commencé à se poser des questions. »
En 2006, Barbara et Michael se sont décidés à consulter un médecin de famille qui s’est empressé de les questionner sur leurs antécédents médicaux. Ni l’un ni l’autre ne fumait – un bon départ puisque le tabac est connu pour accélérer le déclin des ovules et causer à l’occasion des anomalies chez les spermatozoïdes. Autre point positif : le couple buvait un verre à l’occasion, sans plus. En trop grande quantité, l’alcool peut perturber l’équilibre hormonal chez la femme ou nuire à la santé des spermatozoïdes.
Des tests de dépistage d’infections transmises sexuellement se sont révélés négatifs. On sait que la chlamydia et la gonorrhée, entre autres, peuvent causer l’inflammation des voies génitales.
Leur médecin les a adressés à une clinique de fertilité. Nouveaux tests… nouveaux résultats négatifs. Une hystérographie (radiographie de l’utérus et des trompes) n’a détecté aucun blocage, aucune anomalie. Le spermogramme prescrit à Michael (un test qui permet de vérifier le nombre, la motilité et la morphologie des spermatozoïdes) a révélé que tout était normal.
Pour environ 20 % des couples qui consultent en clinique spécialisée, la cause de l’infertilité demeure inexpliquée. Dans le cas de Barbara cependant, l’origine du problème n’était pas tout à fait mystérieuse. Cette maniaque de course à pied, en pleine santé, avait bel et bien un handicap physique. Elle était… vieille.
« J’avais 38 ans à l’époque et les spécialistes me considéraient comme une antiquité ! », tonne encore Barbara, qui en a 43 aujourd’hui.
Au Centre de fertilité de Montréal, le D r Neal Mahutte a l’habitude d’entendre les doléances de patientes comme Barbara. La petite clinique qu’il dirige avec sa femme, la D re Sophia Ouhilal, dans un édifice à bureaux à proximité du métro Vendôme, reçoit régulièrement des femmes qui ont trop longtemps ignoré leur horloge biologique, le temps de bâtir leur carrière, de trouver le père idéal pour leurs enfants ou de se convaincre de se lancer dans l’aventure.
« Souvent, ce sont des femmes qui mangent bien, qui font du sport, qui sont en pleine forme et qui ne peuvent pas s’imaginer que leur corps pourrait les trahir », me raconte le D r Mahutte, un Ontarien d’origine qui a étudié la médecine à l’Université McGill. « Elles croient que, parce qu’elles ne sont pas en ménopause, elles sont encore fertiles. Or ce n’est pas parce qu’une femme a ses règles qu’elle ovule nécessairement. Et ce n’est pas parce qu’elle ovule que l’ovule en question est de bonne qualité. »
Le fond du baril
À chacune de ses patientes, le D r Mahutte raconte la même petite histoire. L’histoire de la vie, rien de moins.
Il explique comment, selon les dernières théories, chaque bébé fille naît avec une réserve d’ovocytes, ces ovules en devenir qui n’ont pas encore atteint la maturité, mais qui déjà contiennent tout le bagage génétique utile à la création d’un embryon. Le jour de sa naissance, une fillette peut compter sur environ 1 000 000 à 2 000 000 d’ovocytes en banque, mais cette réserve s’amenuise rapidement. De tous les ovocytes contenus dans les ovaires à la naissance, seulement 400 environ atteindront la maturité pour former des ovules.
Dès la naissance, des ovocytes commencent à mourir. À la puberté, il n’en reste que 300 000 dans les ovaires de l’adolescente. À 37 ans, le compte aura baissé à 25 000. « C’est le fond du baril », révèle le D r Mahutte.
Pourtant, 25 000 semble un chiffre énorme. « Il n’y a pas que la quantité qui diminue avec l’âge, précise le gynécologue-obstétricien. La qualité aussi. » Certains scientifiques y voient un legs de l’évolution. Élever un enfant requiert tellement d’énergie qu’une mère a intérêt à cesser d’avoir de nouveaux poupons passé un certain âge, pour pouvoir se consacrer à ceux qu’elle a déjà enfantés. Les ovaires seraient, selon cette théorie, programmés pour pondre des ovules moins fécondables avec le temps.
Évidemment, il n’y a pas deux patientes parfaitement identiques, précise le D r Mahutte. Certaines femmes entrent en ménopause dans la vingtaine ou la trentaine. D’autres sont fertiles jusqu’à 50 ans. Ce sont deux cas de figure extrêmes. Entre les deux, on observe grosso modo la même évolution.
Le scénario typique se caractérise par une très légère baisse de la fertilité autour de 29 ans, puis par une chute beaucoup plus marquée vers 37 ans. C’est ainsi qu’à l’âge de 30 ans, une femme qui tente de devenir enceinte naturellement a 22 % des chances d’y arriver, chaque mois, si son partenaire est fertile. Les probabilités chutent à 18 % à 35 ans, à 5 % à 40 ans et à 1 % à 45 ans.
« Mais on ne peut pas empêcher une “vieille” d’espérer », me dit Barbara, une pointe d’ironie dans la voix.
Pour évaluer la réserve ovarienne des femmes qui viennent les consulter, les spécialistes en fertilité dosent certaines hormones dans leur sang ou effectuent une échographie de leurs ovaires. Ils arrivent ainsi à évaluer le nombre de « follicules antraux » d’une patiente. Les « follicules » sont ces petites poches qui se trouvent à l’intérieur des ovaires et qui contiennent chacune un ovocyte. Les follicules « antraux » sont ceux qui, au cours d’un cycle menstruel donné, ont atteint un stade de développement assez avancé pour être susceptibles de pondre un ovule.
« Il arrive qu’après ces tests, j’annonce à mes patientes qu’elles ont 5 % de chances de tomber enceintes, même avec les meilleures techniques de procréation assistée, indique le D r Mahutte. À tous les coups, elles me répondent qu’elles vont faire partie de ces 5 %. »

Les secrets de Hollywood
À la fin des années 1980, l’équipe du D r Richard Paulson, directeur de la clinique de fertilité à l’Université de la Californie du Sud, a fait une découverte étonnante. Si les ovules des femmes vieillissaient au point de devenir périmés, leur utérus, lui, restait parfaitement capable de porter un enfant, peu importe leur âge. Il suffisait d’administrer à ces femmes des suppléments de deux hormones, l’œstradiol et la progestérone (voir figure) pour préparer leur endomètre à accueillir un fœtus.
« Un femme de 50 ans qui fait une FIV avec les ovules d’une donneuse de 25 ans a les mêmes chances de tomber enceinte que si elle était dans la vingtaine, même si elle est ménopausée », explique la D re Louise Lapensée, obstétricienne-gynécologue à l’hôpital Saint-Luc du CHUM et cofondatrice de la clinique OVO.
Aux États-Unis, c’est un secret de polichinelle. Les Susan Sarandon (maman à 46 ans), Holly Hunter (mère de jumeaux à 47 ans), Geena Davis (mère de jumeaux à 48 ans) n’ont probablement pas donné naissance sans avoir eu recours à une « aide extérieure ».
« Elles ont certainement eu recours à des donneuses d’ovules, affirme la D re Lapensée. Du même coup, elles donnent l’impression aux jeunes femmes qu’elles peuvent remettre leur projet de maternité à plus tard et qu’elles seront toujours fertiles. »
Bien sûr, l’âge maternel est loin d’être le seul facteur responsable de l’infertilité féminine. Parmi les quelques dizaines de couples infertiles que j’ai interviewés pour la préparation de ce bouquin, plusieurs étaient encore dans la vingtaine et la majorité avait la jeune trentaine.
Marie-Ève avait les trompes de Fallope presque entièrement obstruées, ce qui empêchait les spermatozoïdes de Denis d’aller à la rencontre de ses ovules. Christine avait été diagnostiquée avec le syndrome des ovaires polykystiques : ses ovaires étaient remplis d’ovocytes, mais ils n’arrivaient pas à les amener à maturité pour expulser des ovules. Anne-Marie avait subi un traitement de chimiothérapie pour un cancer du sein. Les médicaments avaient endommagé ses ovocytes.

Chez plusieurs couples, c’était du côté des aspirants papas que ça clochait. Leurs spermatozoïdes étaient trop peu nombreux ou trop peu mobiles.
À chacun de ces couples, les obstétriciens-gynécologues ont proposé des thérapies allant de la chirurgie mineure, pour désobstruer les trompes par exemple, jusqu’à la fécondation in vitro.
Stimulation et insémination
Son sandwich végé terminé, Barbara me relate les étapes de ce qu’elle appelle son « marathon procréation ». Un parcours classique, vécu à quelques variantes près par la majorité des couples qui m’ont raconté leur histoire.
Au début de l’aventure, le spécialiste en fertilité qu’elle a consulté lui a prescrit du citrate de clomifène, un ovulant assez doux, administré en pilules, vendu commercialement sous des noms comme Clomid ® ou Serophen ® . Pris au début du cycle menstruel pendant cinq jours, ces médicaments stimulent très légèrement les ovaires, pour les pousser à amener deux ovules à maturité au 13 e jour du cycle plutôt qu’un seul. On cherche ainsi à augmenter les chances d’une rencontre entre un spermatozoïde et un ovule. Chez les femmes qui n’ovulent pas, le même médicament est prescrit afin de stimuler les ovaires, pour les forcer cette fois à expulser ne serait-ce qu’un seul ovule mature.
« Autour du moment de l’ovulation, il fallait faire l’amour aux deux jours, se souvient Barbara. On a laissé le romantisme au placard et on a suivi les indications à la lettre. Après trois mois passés à “baiser sur commande”, on n’était pas plus avancés. Chaque mois, quand j’avais mes règles, j’avais un petit coup de cafard. »
Le moment était venu de passer à la prochaine étape. Le médecin a proposé au couple de combiner le citrate de clomifène à l’insémination artificielle. Le sperme de Michael serait déposé directement dans l’utérus de Barbara, pour aider les spermatozoïdes à se rendre jusqu’aux ovules. « Mon chum n’était pas chaud à l’idée d’éjaculer dans un gobelet, mais j’ai fini par le convaincre. Si j’étais prête à prendre des hormones et à mettre les pieds dans les étriers sur la table du gynéco, la moindre des choses, c’était qu’il surmonte sa petite gêne. » Comment réfuter un tel argument ? Le couple a appelé la clinique pour prendre rendez-vous.
Barbara a continué à prendre le citrate de clomifène. Aux deux jours environ, elle passait par la clinique de fertilité avant de se rendre au travail, pour subir une échographie ovarienne et suivre la progression de ses follicules. Quand un, deux ou trois d’entre eux avaient atteint la taille désirée (18 mm environ), elle rentrait à la maison et au moment indiqué, s’injectait un médicament qui déclenchait la libération des ovules, exactement 36 heures plus tard. « On était sur les blocs de départ », raconte-t-elle.
À la clinique, Michael surmontait sa petite gêne pour aller s’enfermer quelques minutes dans l’isoloir, puis remettait les fruits de son labeur à une technicienne. L’équipe procédait aussitôt au « lavage » du sperme : à l’aide d’une centrifugeuse, elle séparait le liquide séminal et concentrait les meilleurs spermatozoïdes pour obtenir un super-échantillon.
Après quoi Barbara plaçait ses pieds dans les fameux étriers de la table d’examen. Le médecin insérait un cathéter (un fin tube de nylon) à travers le col de son utérus et poussait sur le piston d’une seringue pour y déposer la marchandise, tout en l’avisant : « Attention, c’est parti ! »
Trois essais et trois échecs plus tard, les coups de cafard de Barbara avaient cédé le pas aux sanglots. « Ça me prenait chaque fois que je voyais une bedaine de femme enceinte autour de moi. Mais je me consolais en gardant le cap sur l’objectif. Je n’allais pas baisser les bras. »
Le couple allait passer à la vitesse supérieure, c’est tout. On allait poursuivre les inséminations, mais plutôt que de prendre du citrate de clomifène, Barbara s’administrerait un traitement hormonal plus puissant : elle s’injecterait des gonadotropines dans l’abdomen. Les gonadotropines sont des hormones normalement sécrétées par l’hypophyse, une glande rattachée au cerveau. Il en existe principalement deux : l’hormone folliculo-stimulante (FSH), qui a pour rôle de stimuler la croissance des follicules, et l’hormone lutéinisante (LH), qui provoque la rupture du follicule et donc l’ovulation (voir figure).
Les gonadotropines prescrites par les spécialistes en fertilité sont essentiellement de la FSH, semblable à celle sécrétée par l’hypophyse. « Quand on utilise un médicament comme le citrate de clomifène, on agit sur l’hypophyse pour pousser cette glande à produire davantage de FSH, explique le D r Mahutte. Quand on utilise les gonadotropines, on injecte directement de la FSH dans le corps pour stimuler les ovaires. C’est beaucoup plus puissant. » Les femmes qui fréquentent les cliniques de fertilité connaissent les gonadotropines sous des noms comme Gonal-F ® , Puregon ® , Repronex ® , Menopur ® ou Bravelle ® .
Avec l’injection de petites doses de gonadotropines dans son abdomen, ce ne seraient plus un ou deux follicules qui viendraient à maturité chaque mois dans les ovaires de Barbara, mais quatre, peut-être cinq. On voulait accroître le nombre de cibles potentielles pour les spermatozoïdes.
Les injections n’étaient pas douloureuses. Elles laissaient bien un petit bleu sur le ventre de Barbara, mais cette battante n’allait pas s’arrêter pour si peu. Quelques jours après chacune des inséminations toutefois, Barbara a eu ses règles, lui signalant clairement l’échec de son entreprise. « C’était la première fois de ma vie où je voulais vraiment quelque chose, mais que je n’arrivais pas à l’avoir », admet-elle.
Aux grands maux les grands moyens. Après presque deux années d’essais infructueux, le couple mettrait toutes les chances de son côté en optant pour la Cadillac des traitements : la fécondation in vitro. Leurs ovules et leurs spermatozoïdes seraient combinés en laboratoire, sous microscope, et les embryons seraient implantés directement dans l’utérus de Barbara.
Un traitement plus efficace, mais beaucoup plus coûteux. En 2008, les traitements de fertilité n’étaient pas encore couverts par la Régie de l’assurance maladie du Québec. Le couple avait dépensé quelques milliers de dollars pour les examens diagnostiques, les inséminations (au coût de 200 $ chacune) et les médicaments. Pour la FIV, il faudrait casquer environ 10 000 $ par essai. Ça n’allait pas retenir un couple de professionnels qui gagnait bien sa vie. « Je ne me suis même pas arrêtée deux secondes pour y penser », dit Barbara.

Peser ses chances
Selon la D re Louise Lapensée, de la clinique OVO, lorsque la femme a 35 ans ou moins et que l’infertilité de son couple demeure inexpliquée, les chances qu’elle tombe enceinte au cours d’un cycle se chiffrent ainsi : 8 % lorsqu’elle a recours au citrate de clomifène ; 10 % lorsqu’elle combine le citrate de clomifène à l’insémination artificielle ; 18 à 20 % lorsqu’elle combine les gonadotropines à l’insémination artificielle ; 32 % lorsqu’elle a recours à la fécondation in vitro (depuis l’entrée en vigueur, le 5 août 2010, de la réglementation québécoise limitant le nombre d’embryons transférés).
Note : il s’agit de taux de grossesses cliniques (confirmées par une échographie à six semaines) par cycle amorcé.
Gonflés aux hormones
Sur les quelque 10 000 $ que coûtait un cycle de fécondation in vitro en 2008, l’année où Barbara et Michael ont tenté le coup pour la première fois, la moitié servait à payer pour les services de la clinique de fertilité. Le reste couvrait la facture pour les médicaments, en grande partie des gonadotropines qui serviraient à produire une super-ovulation. « Le prix des médicaments varie en fonction de la dose, qui elle dépend entre autres de l’âge de la patiente et de sa réserve ovarienne », explique Lynn Blouin, qui tient une pharmacie spécialisée reconnue comme la Mecque de la fertilité à Montréal. « Chez les femmes qui ont une bonne réserve ovarienne, plus le dosage est élevé, plus le nombre d’ovules produits par les ovaires sera important. » Les femmes qui ont une réserve ovarienne diminuée, elles, produiront peu d’ovules malgré de fortes doses de médicaments.
Lorsqu’on se lance dans une fécondation in vitro, il n’est plus question de stimuler les ovaires pour amener deux, trois ou quatre ovocytes à maturité. On administre des gonadotropines en doses suffisamment élevées pour générer idéalement beaucoup plus d’ovules. Selon une étude réalisée à l’Université de Birmingham, dont les résultats ont été publiés en 2011 dans la revue Human Reproduction , on observerait effectivement les plus hauts taux de succès avec la FIV lorsque les médecins arrivent à prélever une quinzaine d’ovules dans les ovaires de la patiente. En dessous de 15, on réduit le nombre d’embryons potentiels que l’on pourra créer en laboratoire, puis transférer dans l’utérus. Mais trop, c’est comme pas assez. Au-delà de 15, la qualité des ovules tend à décliner et les risques d’effets secondaires associés à la prise d’hormones s’accentuent.
Pour produire une super-ovulation, on stimule les ovaires en suivant un calendrier très strict que les médecins appellent « protocole ». Le protocole long – qui s’étire sur huit semaines, de la prise du premier médicament jusqu’au test de grossesse – est proposé à la grande majorité des femmes, notamment aux plus jeunes chez lesquelles les médecins s’attendent à pouvoir recueillir un grand nombre d’ovules. Le protocole court – qui dure cinq semaines de la prise du premier médicament jusqu’au test de grossesse – est généralement recommandé aux femmes qui ont une faible réserve ovarienne ou qui tolèrent mal le protocole long.
Pendant les deux premières semaines du protocole long, la patiente ne prend que des contraceptifs oraux. Ils sont administrés à titre préventif, pour éviter que des kystes se forment sur les ovaires à cause des hormones qui seront administrées par la suite. Des kystes empêcheraient la récolte des ovules dans les ovaires en fin de parcours.
« La prochaine étape consiste à couper la communication entre le cerveau et les ovaires », m’explique le D r William Buckett, obstétricien-gynécologue au Centre de reproduction McGill, une clinique publique installée à l’hôpital Royal Victoria, au centre-ville de Montréal. « À l’aide de médicaments, on veut prendre le contrôle du cycle menstruel et éviter que le corps déclenche une ovulation à un moment inopportun. »
C’est ainsi qu’à partir de la troisième semaine du protocole long, la femme s’injecte dans l’abdomen un « agoniste de la GnRH » ( gonadotropin releasing hormone ). Ce médicament, connu sous des noms commerciaux comme Suprefact ® , encourage d’abord le cerveau à hausser la production de la FSH et de la LH. « Au bout de deux semaines cependant, il finit par épuiser l’hypophyse et la mettre complètement K.O. », m’explique le D r Buckett. Le cycle hormonal naturel est alors interrompu.
Bien qu’elles puissent causer à l’occasion des maux de tête, des bouffées de chaleur ou des sautes d’humeur, ces petites injections sont généralement bien tolérées.
Une fois les quatre premières semaines du protocole écoulées, on peut commencer la stimulation ovarienne proprement dite. Commence alors l’injection des gonadotropines pour stimuler la croissance des follicules. Quotidiennement, pendant une douzaine de jours, la femme s’injecte le médicament dans l’abdomen.

Trop c’est trop
Lorsque les follicules sont trop stimulés par les traitements hormonaux, la femme est à risque de souffrir du syndrome d’hyperstimulation ovarienne. Les ovaires deviennent anormalement gros – 5 cm, 10 cm, voire plus – et extrêmement douloureux. Les vaisseaux sanguins qui les alimentent laissent s’échapper du liquide qui gonfle l’abdomen. Les symptômes apparaissent seulement une semaine environ après la ponction des ovaires.
Cette complication est plutôt rare, mais elle est potentiellement grave. L’hyperstimulation ovarienne sévère peut provoquer des vomissements, des chutes de pression, des difficultés respiratoires et parfois la mort. Environ 2 % des femmes qui reçoivent une stimulation ovarienne en vue de faire une FIV devront être hospitalisées à cause d’un syndrome d’hyperstimulation sévère.

Au naturel
À la clinique OVO, environ 25 % des patientes qui se soumettent à une fécondation in vitro ne reçoivent pratiquement aucune stimulation ovarienne avant la ponction de leurs ovaires. C’est ce qu’on appelle la FIV en cycle naturel (FIVn). « Plutôt que de miser sur un nombre élevé d’ovules, on mise sur la qualité », explique le D r Jacques Kadoch, expert en FIVn chez OVO. « On laisse le soin au corps de sélectionner le meilleur ovocyte, comme cela se fait dans la nature. On suit l’évolution du follicule dominant grâce à l’échographie et on ne donne que quelques médicaments à la patiente vers le milieu du cycle pour éviter une ovulation précoce. »
Avec un seul ovule à ponctionner puis à féconder, il n’y a aucune place à l’erreur. « Il arrive qu’on ne puisse pas recueillir d’ovule ou que l’ovule prélevé ne soit pas fécondé », explique le D r Kadoch.
Les candidates idéales à la FIVn sont les patientes de moins de 37 ans qui ont un cycle régulier, mais qui ne peuvent pas concevoir d’enfant, soit parce qu’elles ont une trompe bloquée ou parce que les spermatozoïdes de leur conjoint sont peu nombreux ou peu motiles.
« Plusieurs femmes préfèrent ne pas prendre de médicaments, avec raison, dit le D r Kadoch. Le FIVn élimine aussi le problème des embryons surnuméraires, qui sont congelés et dont les couples ne savent que faire une fois qu’ils ont eu leurs enfants. De plus, en cas d’échec, on peut recommencer immédiatement le mois suivant, alors qu’avec le FIV classique, il faut donner une chance au corps de se reposer. »
Certaines patientes ne tardent pas à sentir une sensibilité au bas du ventre. « Après une semaine, je sentais que mes ovaires étaient gonflés à bloc, raconte Barbara. À tel point que j’avais du mal à boutonner mes jeans. »
L’évolution des follicules est suivie grâce à des échographies répétées. Lorsqu’un nombre suffisant atteint environ 18 mm, on déclenche l’ovulation à l’aide d’un autre médicament. En principe, les ovaires devraient commencer à relâcher leurs ovules 36 heures plus tard. Mais il n’est pas question de les laisser s’échapper. Trop précieux ! À la 35 e heure, la patiente sera dans la salle d’opération de la clinique de fertilité, les pieds dans les étriers, tandis que son médecin ponctionnera ses ovaires pour prélever la récolte.
Ovaires en direct
Lors de mon passage à la clinique OVO, par une journée de décembre, une équipe s’affairait justement à prélever les ovules d’une patiente. La clinique de fertilité montréalaise, située en bordure de l’autoroute Décarie, avait accepté ma demande de visiter « les coulisses » de la FIV – les laboratoires où les embryologistes s’affairent chaque jour à manipuler ovules et spermatozoïdes pour créer la vie.
Habillée d’un survêtement bleu, de couvre-chaussures et d’un bonnet pour éviter de contaminer les lieux, je suis vaguement indisposée par la chaleur. « On maintient la température au plus haut degré tolérable

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