ART (L ) COMME AUTOBIOGRAPHIE DE LA SUBJECTIVITE ABSOLUE, SCHELLING, BALZAC, HENRY
179 pages
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ART (L') COMME AUTOBIOGRAPHIE DE LA SUBJECTIVITE ABSOLUE, SCHELLING, BALZAC, HENRY

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Description

La thèse de cet ouvrage est que l'art est une expression de la subjectivité. L'entreprise de l'auteur s'appuie sur Schelling qui a su découvrir dans le produit de l'art le fruit de la conjonction des deux activités du psychisme conscient et inconscient, sur Balzac chez qui émerge le projet de donner à voir la cause ; sur Michel Henry qui conçoit l'art comme une phénoménologie.
Jad Hatem est professeur de philosophie et de littérature à l'Université Saint-Joseph à Beyrouth.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2010
Nombre de lectures 269
EAN13 9782296227293
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L’ART COMME
AUTOBIOGRAPHIE
DE LA SUBJECTIVITE ABSOLUE
SCHELLING, BALZAC, HENRY

DanielCohen éditeur

www.editionsorizons.com

Philosophie,unecollection dirigée parJadHatem

Partoutoùl’onannonceàgrandscrislafin de lamétaphysique et
làmême oùl’oncroitpouvoirenterrerensilence lalibre pensée,
c’estl’homme en latotalité deson être etensadimension de
transcendance qui esten péril.Rien, d’unecertaine manière, n’est
plus vulnérable qu’ellecarelle est toutl’homme.Elles’exposeàla
déchéancecarlaliberté est son essence.

Insulté parAgamemnon,Achille est surle pointdes’emporter
etdetuer sonrival quandAthéna,venue l’apaiser,se place derrière
lui etleretientparla chevelure.Ilseretourne etlareconnaît
seulementpourlui.Lamain qui guéritlapassion esten mêmetemps
lamain qui dessille les yeux.Parla conversion qu’elle opère, la
sagesse est vision de l’invisible. «Nous sommes tous», ditPlotin,
«commeunetêteàplusieurs visages tournés versle dehors,tandis
qu’ellesetermineversle dedanspar unsommet unique.Si l’on
pouvait seretournerou si l’onavaitla chance d’avoirlescheveux
tirésparAthéna, onverraitàlafoisDieu,soi-même
etl’êtreuniversel ».

Danslamêmecollection:
MoniqueLiseCohen,Récitdes jours et veille du livre,Orizons,
2008.
JadHatem,La poésie de l’extase amoureuse, Shakespeare etLouise
Labé,Orizons,2008.
ISBN978-2-296-08725-5

©Orizons,chezL’Harmattan,Paris,2008

Jad Hatem

L’artcommeautobiographie
de lasubjectivitéabsolue
Schelling,Balzac,Henry

2009

QuelqueslivresdeJadHatem

Mal et transfiguration,coll. «Extasis»,Cariscript,Paris,1987.
L’écharde dumal dansla chairdeDieu, «Extasis»,Cariscript,
Paris,1987.
L’inversion dumaître etdu serviteur,coll. «Laphilosophie en
commun »,L’Harmattan,Paris,2001.
Lagloire de l’Un.Philoxène deMabbourg etLaurentde la
Résurrectioncoll. «Théologie plurielle »,L’Harmattan,2003.
ChristetintersubjectivitéchezMarcel,Stein,WojtylaetHenry,coll.
«La Philosophie encommun »,Paris,2004.
LeSauveur et les viscères de l’Être.Sur le gnosticisme etMichel
Henrycoll. «Théologie plurielle »,L’Harmattan,2004.
Semer leMessie selonFondane poète,La Partde l’Œil,Bruxelles,
2004.
Mystique et philosophiemêlées,coll. «Théologie plurielle »,L’Har
mattan,2005.
Élémentsdethéologie politique,coll. «Théologie plurielle »,L’Har
mattan,2005.
Hallaj et leChrist,coll. «Théologie plurielle »,L’Harmattan,2006.
Marx, philosophie du mal,coll. «Laphilosophie encommun »,
L’Harmattan,Paris,2006.
Théologie de l’œuvre d’art, mystique etmessianisme.Thérèse
d’Avila,AndreïRoublev,MichelHenry,coll. « donner raison »,
éditionsLessius,Bruxelles,2006.
Lapoésie de l’extaseamoureuse,Shakespeare etLouiseLabé,coll.
Athéna-Philosophie,Orizons,2008.
Phénoménologie de la création poétique,L’Harmattan,2008.
L'Artcommeautobiographie de lasubjectivitéabsolue,Schelling,
Balzac,Henry,coll.La Main d’Athéna-Philosophie,Orizons,
2009.

«Le feu caché danslapierretient
prisonniercelui qui ne l’ensortpas».

RaymondLulle

À Cristian Ciocan

CH

D

A

EM

GP

K

MV
MX
PPC

SW

SIGLES

Balzac,La Comédie humaine, Paris, Gallimard, Pléiade,
1976-1981.
Balzac,Œuvresdiverses,Paris,Gallimard,Pléiade,
1990-1996.
Henry,L’Amourles yeuxfermés,Paris,Gallimard,
1976.
Henry,L’Essence de lamanifestation,Paris,PUF,
1963.
Henry,La Généalogie de lapsychanalyse,Paris,PUF,
1985.
Henry,Voirl’invisible.SurKandinsky,Paris,PUF,
2005.
Henry,C’estMoi la Vérité,Paris,Seuil,1996.
Henry,Marx,Paris,Gallimard,1976.
Henry,Philosophie etphénoménologie ducorps,Paris,PUF,
1965.
Schelling,SämmtlicheWerke,Stuttgart,Cotta,1856-
1861.

SECTION I

LA CRÉATION

«Lesmuses sont sœursetparconséquent rivales».
Balzac,LaDernièreFée,CH X

CHAPITRE I

DE LA CRÉATION ARTISTIQUE
COMME RÉVÉLATION
DU SOI ABSOLU

«La Poésie est unrêverationalisé ».
Coleridge,Notebooks,§2086.

I.VERS LA DÉDUCTION TRANSCENDANTALE DE L’ART

i lesdieuxavaient vouluqueSchelling mourûtàvingt-cinqans
S
danslecourantde l’année1800, il n’eûtpeut-être pas survécu
danslamémoirevivante etactualisante de laphilosophie entantque
penseurduMoiabsoluouentantquecommentateurdeFichte.Il
eûteuàpartageravecd’autresle mérite d’avoirfondé laphilosophie
de lanature.Maisil eûtacquis sûrement une placeunique dans
l’histoire desidéespouravoirconféréàl’artlestatutd’organon de
laphilosophie.Ce n’estpas sans raison queNovalisécrità Friedrich
Schlegel le26décembre1797queSchelling «sembleavoirbeaucoup
desenspoétique ».
Parmisesécritsde jeunesse, il n’en estpasde plusmûri que
LeSystème del’idéalismetranscendantal.Préparé parlalecture

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L’ART COMME AUTOBIOGRAPHIE DE LA SUBJECTIVITÉ ABSOLUE

attentive de laDoctrine de lasciencedeFichte, etlarédaction,
consécutivecela, desÉclaircissementsde l’idéalisme de la Doctrine
de lascience(1797), ilaété enseigné pardeuxfoisavantd’être
publié en1800.Ouvrage de facture fichtéenne, il entend présenter
l’idéalismecomme « l’histoire progressive de la conscience de
1
soi » .Ce projetfaitéchoauprogramme dumaître:«LaDoctrine
de lasciencedoitêtreune histoire pragmatique de l’esprit
2
humain » .Dans sapréface,Schelling indiquevouloirprésenter
de manièreclaire lesdéductionscomplexesdeFichte (p.331).Par
lamême occasion, il faisait sonner son nom danslatrompette de
la Renommée.
La conception générale du système etle détail de l’exposition
génétique de la conscience desoi
nesontpourtantpasidentiques.Plus tard,àl’occasion descoursdeMunichsurl’histoire
de laphilosophie,Schellingajouteraqu’ilavaitcherchérendre
3
intelligible laDoctrine de lascience.Cependant,sur troispoints
essentiels,Schelling étaiten désaccord profondavecelle.Le
premierconcerne larelation de l’idéalismetranscendantalavecde la
philosophie de lanature.Cesdeux sciences sontpourSchelling
égalementnécessaires.OrFichte niaitjusqu’àlapossibilité de la
seconde.Le deuxième pointconcerne l’AbsoluqueSchelling pose
comme l’identité du sujetetde l’objet.Parlà,Schellingrevenaità
la conception englobante desapremière œuvre philosophique, le
DuMoicomme principe de laphilosophie, etannonçaitlagrande
mutation de1801,année oùil publieral’Exposition de monsystème
de philosophie, danslaquelle ilconstruiralaphilosophie
directementàpartirde l’Absolu.Letroisièmeterme dudésaccordtientà
lafonction de l’artqui n’ajamais vraimentintéresséFichte etdont
il nesoupçonnaitguère qu’on pûten faireusage pourbouclerla
boucle du système demeuréchezluibéant.FriedrichSchlegel ne
1.SWIII, p.331.Cf.SWI, p.382etSW X, p.94. (Les références au Systèmeseront
désormaisindiquéesdansletexte même;j’utilise la traduction deChristianDubois
parueà Louvain en1978).
2.Fichte,SämtlicheWerke,Berlin,1845-1856,I, p.222.
3.SW X, p.95.

DE LA CRÉATION ARTISTIQUE COMME RÉVÉLATION DU SOI ABSOLU

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5

déplorait-il pasl’absence danslaDoctrine de lascience— «trop
4
étroite »à cetégard —, d’une déductiontranscendantale de l’art?

II.LA PRODUCTION

LeSystème de l’idéalismetranscendantalpartd’une distinction
danslesavoirdu subjectif etde l’objectif.LeMoi (lesubjectif dans
lesavoir)s’opposeune nature (l’objectif danslesavoir).Pour
s’affirmeret seconnaître, il doit se posercomme objetpourlui-même.
De lasorte, lastructure duelle,subject-objective, exhibe lafigure
même de la conscience desoi.LeMoi est sujetqui ne peutdevenir
objectif que pourlui-même et, en le devenant,s’imposeune limite.
L’activitéréflexivese développe grâceauxdeuxactivitéslimitée et
illimitée duMoisuivantdesuccessiveslimitationsdépassées.
Laphilosophiethéoriqueretrace l’autoconstruction duMoi.
Montrantqu’il estlerésultatd’unesynthèseabsolue,Schelling
reprend lesdifférentsmomentsconduisantaux
synthèsesparticulières, de lasensation originaireàl’intuition productiveàla
réflexion.L’acte de l’intelligencesurelle-mêmes’affirmecomme
vouloirentantquecelui-ci
estconcevablecommeautodétermination objectivantl’auto-intuition duMoi.Laphilosophie pratique
prendalorslerelaiset reconduitleMoi de
lavolontéàl’intersubjectivité,aulibre-arbitre,àl’histoire.Laméthode potentielle
propreà Schelling prend ici la configuration d’un développement
dialectique, la chosesansle nom.En effet,Schelling l’appelle
« méthodesynthétique » qu’ilrésumeainsi:«Deuxopposésa
etb(sujetetobjet)sont réunisparl’actionx, maisenxilyaune
nouvelle opposition,cetd (sentantet senti), l’action devientdonc
elle-mêmeàsontourobjet ;elle ne peutelle-mêmes’expliquer
que par une nouvelleaction =z» (p.412).Chacun desmoments
envisagésestconçu selon qu’il estcomprisparleMoi ouparle
philosophe (für uns).Danslapremièresérie, l’activité estle plus
souventaveugle.
4.KritischeFriedrich-Schlegel-Ausgabe,Zurich,XVIII, p.32, n°143.

1

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L’ART COMME AUTOBIOGRAPHIE DE LA SUBJECTIVITÉ ABSOLUE

Ayantdéduitl’histoirecomme manifestation de l’harmonie
duconscientetde l’inconscient, de laliberté etde lanécessité,
Schelling estamenéàidentifierle fondementdecette harmonie en
untermesupérieur.Étantle fondementde l’identité de l’objectif et
du subjectif, l’Identitéabsolue n’estni objective nisubjective, elle
précèdetoutescission et, partant, ne peutaccéderàla conscience.
Cetabsolupensé parle philosophe n’estpas saisi parleMoi
luimême —autrementdit, demeure invisible dansl’histoire, dirait
5
AdamSmith , lamain qui dirige leMoi mûpar son
intérêtparticulier versl’intérêtgénéral nonvisé parla conscience.En effet, le
processushistorique nesauraitprendre fin (p.601-603).L’Absolu
serévèlecontinûment sansjamais se fixerdanslaréalité.Encela
Schelling, quireste fidèleàl’espritdeFichte, ne faitquereprendre
6
une proposition desesLettres surle dogmatisme etcriticisme.Le
Moi doitdoncpasseràuneautresphères’ilveutlui-même prendre
conscience de l’harmonie originaire du subjectif etde l’objectif en
vue d’appréhenderdans sonrefletl’ensoi qui demeure en deçàde
la conscience.
L’identité originaire est révélée danslatéléologie etl’art.En
effet, lanature estàlafois un produitfinalisé (ce quisuppose la
conscience) et un mécanismeaveugle (ce qui implique
l’inconscience).Cette dualitésignifie que lanature n’estpasconsciente
quantàlaproduction, mais seulementquantauproduit.
Cependant,cette identité duconscientetde l’inconscientn’est
pasencoresuffisante pourleMoicarils’attend maintenantàla
trouveren lui etnonseulementdanslanature. «Le philosophe
transcendantalvoitbien que le principe decette identitéconstitue
ce qu’ilyad’ultime en nous(...), maisleMoi lui-même ne levoit
pas» (III, p.610).Il ne le pourraqu’àtraversl’intuition esthétique.

5.

6

.

Cf.Enquêtesurlanature etlescausesde larichesse
desnations,II,iv.Balzacquireconnaîtqu’ilyaen nous« despenséesauxquellesnousobéissons sanslesconnaître » (La
Femme detrenteans,CH II,p.1128),comprend par« doigtdeDieu»une
intervention divine (unchâtimenten l’occurrence) moyennant unagirhumain qui n’estpas
en possession desonsens transcendant(Ibid, p.1142,1148,1204-1205).
SWI,p.331.

DE LA CRÉATION ARTISTIQUE COMME RÉVÉLATION DU SOI ABSOLU

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Avantd’analyserl’intuition esthétique,Schelling
ladéduitdialectiquement.Il lui faut une intuition danslaquelle (I) leconscient
etl’inconscient sont unisdansleMoi, et(II) oùleMoi estconscient
decette identité.Ainsi présentée, dans son exigence, l’intuition ne
se laisse pasdéduiresansdifficulté.Elle exige en effetqu’entant
que production duMoi, l’activité
productricesoitlibre,c’est-àdire qu’àl’instardulibreagirhistorique, ellescinde l’identité du
conscientetde l’inconscientpuisqueson objetdoitêtre produit
avec conscience.Maiselle exigeaussi queson objet soitproduit
sansconscience (àl’instarduproduitde lanature) parce que
leMoi doitprendreconscience de l’identité duconscientetde
l’inconscient, orlàoù s’accomplitcette identité, leMoicesse de
pouvoir sesentirlibre.En effet, l’acte libre nesauraiticis’étendre
indéfinimentcomme le libreagirhistorique
dontl’objetestnécessairementinfini (III, p.613).Danslecasde l’intuitionàdéduire,
l’identité duconscientetde l’inconscientdoitêtre posée
objectivementafin que levisé devienne présentetque leMoi puisse
prendreconscience decette identité.
La contradiction estlevée dans une perspective génétique.
LeMoi doitcommenceràproduireavec conscience etfinir
inconsciemmenteuégardauproduit,c’est-à-dire objectivement
(ounécessairement) (III, p.613). «L’identité desdeuxactivitésne
devraitêtresupprimée qu’envue de la conscience,
maislaproduction doit s’acheverdansl’inconscience;il doitdoncyavoir un
pointoùlesdeuxactivitéscoïncident, etinversement, làoùelles
coïncident, laproduction doitcesserd’apparaîtrecommeune
production libre » (III, p.614).Cecirevientàdire que le produit
qui nousintéresse n’estpaspossiblesanscette identité objective
oùleMoireconnaît,aumomentde l’achèvement, qu’àsaliberté
s’estjointe lanécessité.
Aumomentoùlesdeuxactivitéscoïncidentlaproduction
cesse d’être libre (III, p.614). «L’intelligences’achèveradoncdans
une parfaitereconnaissance de l’identité exprimée dansle produit
commeune identité dontle principesetrouve en elle-même,

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