L Heuristique de la peur chez Hans Jonas
183 pages
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L'Heuristique de la peur chez Hans Jonas , livre ebook

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Description

L'auteur a analysé, à la lumière de Hans Jonas, la technoscience telle qu'elle a accru l'agir de l'homme et posé des problèmes que l'éthique de la transcendance et de l'immanence ne pouvaient plus résoudre. Afin de traiter les problèmes qui accompagnent la technoscience, Jonas estime qu'il faut une éthique nouvelle, l'éthique de l'avenir qu'il appelle également éthique de la responsabilité. Cette éthique repose sur un concept de référence, l'"heuristique de la peur".

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juillet 2010
Nombre de lectures 911
EAN13 9782296260740
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

L’HEURISTIQUE DE LA PEUR
CHEZ HANS JONAS

Pour une éthique de la responsabilité
à l’âge de la technoscience
Éthique, Politique et Science
Collection dirigée par Lucien AYISSI


Cette collection offre une plage intellectuelle à tous ceux qui sont déterminés à soumettre à la sanction philosophique les questions relatives à l’éthique, à la politique et à la science. En prenant, à travers des publications, part aux divers débats relatifs au devenir des valeurs, au sens du pouvoir politique et au rapport de la science à l’aventure existentielle de l’homme dans le temps et dans l’espace, ils pourront ainsi contribuer au renouvellement d’une infrastructure conceptuelle qui risque de se pétrifier si elle n’est pas constamment revisitée.
Serge-Christian MBOUDOU


L’HEURISTIQUE DE LA PEUR
CHEZ HANS JONAS


Pour une éthique de la responsabilité
à l’âge de la technoscience
© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-12322-9
EAN : 9782296123229

Fabrication numérique : Actissia Services, 2012
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Le monde connaît de plus en plus des mutations aux niveaux politique, économique, culturel, religieux et social grâce à la technoscience dont l’essor remonte au projet baconien de la science.
En effet, à travers son utopie technologique, « la Nouvelle Atlantide » (New Atlantis), Francis Bacon jette déjà, au XVIIe siècle les bases de la société moderne que l’humanité occidentale édifie ces dernières années. C’est cela qui fait dire à Hans Achterhuis que « nous avons réalisé, ou en tout cas nous sommes en train de réaliser, le rêve que Bacon décrivait au XVIIe siècle. Les thèmes de la prolongation de la vie, le contrôle du comportement et les manipulations génétiques (…) sont tous les trois éminemment présents dans la Nouvelle Atlantide de Bacon. » {1}
Bacon fait d’ailleurs la synthèse des nouvelles inventions qui consacrent la sujétion totale de la nature au pouvoir de l’homme. L’impératif technologique baconien suivant lequel « tout ce qui est possible doit être réalisé » est, au cours du même siècle, davantage précisé par René Descartes. D’après ce philosophe, la science est le moyen par lequel l’homme arrivera à dompter l’univers. Elle seule, en effet, peut nous « rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » {2} .
Ainsi, dans la philosophie moderne, depuis Bacon et Descartes, on assiste à une véritable révolution des mentalités, notamment à travers le nouveau regard qu’on jette sur la science. Elle n’est plus simplement contemplative, mais agressive vis-à-vis de la nature. Comme le remarque si bien Hans Jonas, « La méthode analytique qui s’impose au XVIIe siècle n’a plus une attitude contemplative, mais agressive à l’égard de son objet. » {3} Le paroxysme de cette attitude agressive sera atteint au XIXe siècle à travers le positivisme d’Auguste Comte, et le scientisme de Marcelin Berthelot et d’Ernest Renan. Aujourd’hui, aucun secteur de la vie sociale n’échappe au pouvoir et à l’emprise de la technologie.
Au plan biologique, on assiste à la domination du « Surhomme biologique » ; il aura réussi, à l’exemple de Prométhée, à voler le feu aux dieux pour actualiser pleinement son humanité et échapper ainsi à la dictature de la nature. Selon Jonas, « l’homme veut prendre en main sa propre évolution, dans le but non seulement de conserver l’espèce en son intégrité, mais de son amélioration et de sa transformation conformément à son propre projet » {4} . Il devient donc un ingénieur généticien ; il manipule les gènes du vivant pour obtenir ce qu’il veut. En parodiant Nietzsche, on peut dire que le Dieu de la Genèse est mort pour que vive le « surhomme biologique ». Au moyen de l’ingénierie génétique, les hommes s’engagent dans des pratiques biotechnologiques pour satisfaire leurs besoins thérapeutiques. On explore le fond génétique des individus qu’on peut désormais reproduire en série. On pousse aujourd’hui le bouchon jusqu’au clonage humain. Le désir d’éternité de l’humanité est sur le point d’être comblé. En effet, comme le relève encore Jonas, « la mort n’apparaît plus comme une nécessité faisant partie de la nature du vivant, mais comme un défaut organique évitable » {5} .
Les manipulations à l’extrême du génome portent une estocade sérieuse sur la valeur de l’humanité. Celle-ci est victime d’une perte de repères, car, précise Jonas, « notre pouvoir d’agir (tributaire de la révolution technologique) nous entraîne au-delà des concepts de n’importe quelle éthique d’autrefois. » {6}
Au plan agro-pastoral, l’agriculture transgénique, à travers les Organismes Génétiquement Modifiés (O.G.M.), présente un certain nombre de risques, dont la modification génétique du consommateur. Nous sommes déjà dans la grande révolution biologique aux avantages considérables, mais aussi aux risques incalculables. Aussi, Jonas déplore-t-il que « le châtiment naturel cumulatif des techniques agraires de maximisation commence déjà à se manifester (...) par la contamination chimique des eaux côtières (...) avec tous les effets néfastes transmis par l’économie enchevêtrée des organismes. » {7}
Au plan stratégique, l’exhibition de la force brutale est interprétée comme un signe de rayonnement de la nation. L’éventualité d’une guerre s’installe comme le risque avec lequel il faut désormais vivre. Or, la possibilité des hostilités repose moins sur les options expansionnistes de chaque partie que sur sa puissance optimale d’anéantissement confrontée à celle de l’adversaire, toute chose qui optimise l’univers militaro-industriel. Celui-ci fait peser sur le monde le spectre de la guerre qui entraîne à son tour une spiritualisation de l’agressivité. Ceci plonge le monde dans une insécurité considérable, aux conséquences actuelles et futures incalculables. Les deux confrontations guerrières à l’échelle planétaire, dont Hiroshima et Nagasaki constituent le paroxysme, sont là pour l’illustrer. Or, Jonas, en sa qualité de spectateur et d’acteur de la Seconde Guerre mondiale, a pu constater de près les horreurs de la guerre. C’est d’ailleurs, selon Jean Greisch, la raison principale qui l’a poussé à passer « des recherches érudites sur les phénomènes gnostiques à une exigeante réflexion sur les dangers de la technologie. » {8} En marge de cette production militaire, le nucléaire constitue une menace fort grave, comme on peut le voir avec la catastrophe de Tchernobyl. L’industrie de l’armement et le nucléaire influencent à leur tour la politique internationale.
Dans le domaine politique, la chute du mur de Berlin et la dislocation du bloc communiste ont entraîné l’émergence unilatérale des puissances de l’Ouest dont le chef de file est les États-Unis d’Amérique. Dans ce contexte, l’on peut, par la force des armes, imposer, au grand mépris des exigences démocratiques et du droit international, sa volonté au reste du monde comme on peut le voir avec le conflit irakien. On peut également, sous prétexte de libérer deux otages, et avec la bénédiction de l’Oncle Sam, détruire tout un pays, en l’occurrence le Liban, comme l’a fait Israël.
Ainsi, dans toute la structure sociale, le primat est donné à l’intérêt et à l’efficacité, d’où un attachement excessif aux biens matériels qui entraîne progressivement la disparition du milieu et la dégradation de l’écosystème, et tous les problèmes environnementaux. C’est dans ce sens que l’on parle de crise écologique.
Il est grand temps que la philosophie se penche sur ces différents problèmes pour justifier davantage son existence contemporaine.
Le tour d’horizon des différents philosophes qui se sont penchés sur la question nous permet de nous arrêter sur Hans Jonas dont la préoccupation est effectivement la révolution introduite dans l’agir humain par le savoir moderne. La vie étant affectée à tous les niveaux par l’impact de la technoscience, qui a changé les promesses de libération en véritable épée de Damoclès sur l’humanité, la réflexion jonassienne rend compte des réalités telles que le changement, la destruction et la précarité de la vie. Pour y remédier, Jonas propose un tractatus éthicus technologicus , afin qu’au nouvel agir humain correspondent de nouvelles responsabilités. Pour fonder une telle responsabilité, Jonas met sur pied une conception éthique bas&

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