Le bonheur ou la vérité ?
219 pages
Français

Le bonheur ou la vérité ?

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219 pages
Français

Description

Cet essai-fiction pourrait tout à fait s'inscrire dans une certaine continuité avec le petit livre de Lipman, La découverte d'Harry Stottlemeier, publié chez Vrin en 1978 et en faveur du développement de l'enseignement et de l'initiation à l'exercice de la philosophie. En effet, cet ouvrage montre à quel point il est nécessaire de donner à réfléchir à notre jeunesse, et pourquoi pas par le biais de la fiction et du roman ? Tant il nous faut faire feu de tout bois et profiter de la « modernité » et d'une possible culture populaire comme le proposait déjà Deleuze, ou comme le font toujours aujourd'hui Francis Métivier ou
Thibaut Giraud entre autres. Ainsi, par la mise en scène d'un groupe d'élèves, au travers du cours de philosophie du jeune professeur Weir, l'idée est bien celle de divertir tout en transmettant la connaissance, en apportant des moyens méthodiques, voire méthodologiques, et donc en cherchant à susciter l'étonnement, puis l'effort, en vue de l'appropriation de ladite théorie de la connaissance...

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Publié par
Date de parution 05 juin 2020
Nombre de lectures 1
EAN13 9782140151026
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

/ Littérature
Xavier Moreau
Préface de Francis Métivier
Impressions de rentrée en terminale Essaifiction
Rue des Écoles
LE BONHEUR OU LA VÉRITÉ ?
Rue des Écoles La collection « Rue des Écoles » est dédiée à l’édition de travaux personnels, venus de tous horizons : historique, philosophique, politique, etc. Elle accueille également des œuvres de fiction (romans) et des textes autobiographiques. Déjà parus Zorlu (Jacqueline),Elles ne sont pas tombées… Des survivantes arméniennes du génocide de 1915 exilées en Occident, 2020. Gaigneux (Monique),Après le bagne, l'empreinte des chaînes,2020. Payot (Jean-Pierre),Climat : l’alerte impossible, 2020. Gärtner (Martine),Au-delà du Mur, un conte de l’Allemagne réunifiée, 2020. Pérol (Huguette),Les exilés de la Grande Bleue, 2020. Gillet (Marie),Avec la vieille dame, 2020.
Lamarre (Jules),Le préposé de Notre-Dame, 2020. Diallo (Thierno),Dévouement et remerciement, 2020. Fernandes (Aurore),Un doute possible, 2020 Perea Zaldivar (Margarita),Sénographie,Touches de vies avec un cancer du sein,2020. Jaffrézou (Raymond),La disparue du manoir, 2020.
Leluin (Sylvie),Dans les yeux d’Aïna,2020. Ces douze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.editions-harmattan.fr
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LE BONHEUR OU LA VÉRITÉ ?
ïmpressîons de rentrée en termînae
© 2020, L'Harmattan 5-7, rue de l’École-Polytecnique – 75005 Paris www.editions-armattan.fr ISBN : 978-2-343-20136-8 EAN : 9782343201368
PRÉFACE par FRANCIS MÉTIVIER Éloge de l’élève
On entend parfois dire, dans les salles des professeurs : « Nous ne sommes pas là pour plaire aux élèves, les aimer ou se faire aimer d’eux, mais nous sommes là pour leur faire apprendre. » Las… Si tel est mon métier, je démis-sionne. « Leur faire apprendre » : quelle vilaine expression ! Elle a quelque cose du gavage des oies. Non, j’aime les élèves. Pire : j’aime des élèves et des élèves m’aiment. Si j’aime autant mon savoir que j’aime les élèves, c’est que le savoir constitue le moyen de la persévérance vers une meil-leure intelligence. À cet égard, les professeurs de piloso-pie sont comme des entraîneurs sportifs : une fois le geste montré et les principes majeurs expliqués, c’est à l’élève de faire et de montrer l’originalité d’une pensée. Non de réci-ter des informations. Quand un élève lève la main, ce n’est pas pour « répondre » à la question mais pour exprimer sa pensée : le fait qu’un élève prenne la parole dans mon cours n’est jamais le résultat d’une obligation scolaire mais toujours un onneur moral dont il me gratifie.
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Le Boneur ou a Vérîté ?
Il ne s’agit pas de faire des élèves des pilosopes mais, pour reprendre le vocabulaire de Kant, des personnes capables de pilosoper, de penser par elles-mêmes, des personnes intellectuellement majeures, de les libérer de tous les tuteurs qui prétendent « penser » à leur place. « Leur faire apprendre » : on distribue des potocopies – comme un militant politique –, on fait des « contrôles » – comme la police –, on évalue – en imaginant réaliser une opération scientifique –, on met des notes – comme une agence de notation. Telle est la macine à juger de l’éducation et sa manie de l’évaluation. Dans ce cas, je dis : « we don’t need no education ». La pilosopie ré-siste à cette mécanique. C’est cette résistance, cette li-berté, cet amour de la pilosopie que Xavier Moreau met en scène dansïmpressîons de rentrée, en Termînae. En sous titre : le boneur ou la vérité ? Les deux !
Quel boneur de cercer la vérité avec les élèves, de travailler les concepts et les distinctions conceptuelles pour examiner les préjugés et finalement, tirer de cet ef-fort commun, au-delà de la masse des informations ap-prises, des flots de fausses polémiques, des marais du « ça dépend », un filet de sens, une goutte de vérité essentielle et, surtout, partagée ! Le savoir pilosopique est amour car il n’est pas balancé aux élèves. Il émerge du vrai dé-bat, de cette dynamique bouillonnante qu’est la classe. Ce volcan. Alors oui, certains dorment. Et c’est pour cela que je les réveille à coup de « Stairway to eaven » ou de « Anarcy in te UK » pour leur faire entendre ce qu’est le scepticisme antique ou le niilisme politique. Les oreilles plus que la vue, le son plutôt que l’image.
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ïmpressîons de rentrée en termînae
L’image, autre manie de l’éducation, qui fascine et ébète plutôt qu’elle n’éveille.
J’écris ces mots en plein confinement. Un mois sans voir les élèves. C’est le début des vacances. Nous avons reçu la même consigne de l’Inspection pédagogique et de la direction du lycée : il faut se déconnecter, souffler. Finis, les cours avec l’ordinateur ou le smartpone en classe virtuelle. Bonnes vacances. Mais arrête-t-on de pilosoper ? Kant écrivait : « Il n’y a pas de pilosopie qu’on puisse apprendre, on ne peut apprendre qu’à pi-losoper. » La conséquence : si on peut arrêter pendant quinze jours d’apprendre la pilosopie, on ne peut ar-rêter de pilosoper. Et comme les élèves sont des ap-prentis (nous sommes tous des apprentis en pilosopie puisqu’on n’en finit jamais d’apprendre à pilosoper), ils désirent – et je le désire aussi – continuer à pilo-soper, même à distance, dans ces vacances de confine-ment. C’est pour cela, que je les aime : ils veulent que nous continuions à pilosoper ensemble (bon pas tous) alors que ce n’est pas obligatoire, et même officiellement déconseillé. Car il faudrait se reposer. Mais là encore : la pensée se repose-t-elle ? Même dormant, elle œuvre, elle rêve, elle a son inconscient. Alors je leur ai soumis une question (une question, et non un « sujet » d’épreuve car en cette année 2020 nous déclarons : le bac est mort, vive le bac) : Un désir inconscient peut-il être immoral ?
Confinement, désir,desîderare: les élèves sont des étoiles qui brillent (des fois, cela ne se voit pas) et qui me manquent devant l’écran de mon ordinateur, alors
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Le Boneur ou a Vérîté ?
que j’entends juste leur voix et lis leurs prases sur le cat de classe virtuelle du CNED. « Qu’est-ce que c’était bien, quand on se voyait au lycée », écrit une élève. On se « voyait », on se voyait vraiment, dans le réel, les yeux dans les yeux, sourires face à face, esprits face à face, dans un camp concret de pensées sérieuses et profondes. Notre ambiance.
Pauvres collègues qui enseignent dans leur classe comme derrière un ygiapone, comme avec un masque et des gants, qui n’ont rien compris, qui n’admettent pas que la relation à l’élève, parce que ce dernier est une per-sonne umaine, ne soit pas une relation d’égalité. La peur de l’élève, du bruit, du bavardage, du scandale, de l’irres-pect, mais surtout le manque de confiance en soi qui fait qu’on ne doit pas parler d’autre cose que ce qui a été préparé pour la « séquence ». Ne pas sortir de l’« objectif » pédagogique : l’acquisition de la compétence – comme si une compétence pouvait s’acquérir en une eure. Ne pas sortir des rails. Dès fois qu’on serait amené à dire « je ne sais pas ». Nous, en pilosopie, nous sommes tranquilles car Socrate l’a dit d’emblée : « je sais que ne je ne sais rien ». Alors ce postulat nous autorise à avoir toute la culture générale que nous voyons, certes toujours limitée mais s’étendant et s’étendant encore. Jusqu’à la mort. En pilosopie, rien ne s’oublie quand ce qui est appris sert la pensée propre. Dans son journal, Kierke-gaard écrivait : « La transparence de l’existence, c’est être ce que l’on enseigne ». Nous y sommes. Tout est dit. Être, c’est transparaître. Qu’est-ce qui transparaît dans l’ensei-gnement de la pilosopie ? L’amour. L’amour de quoi ?
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