Repenser l humain
177 pages
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Repenser l'humain

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Description

Où l'humain commence-t-il et où finit-il ? Auparavant, la chose était claire : l'homme était le seul être parlant, doué de raison. Aujourd'hui ce privilège est relativisé : on insiste sur la ressemblance et les continuités entre l'homme et certains animaux. Notre passion égalitaire aurait-elle cédé à l'emballement, en s'étendant aux animaux ? Des interrogations éthiques et juridiques inédites naissent : quels droits pour les animaux ? Peut-on autoriser le clonage, ou la fabrication d'hybrides homme-machine ? Les auteurs ont pensé que ces questions méritaient réflexion.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2010
Nombre de lectures 231
EAN13 9782296252387
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Introduction 1 par JeanBaptiste Lecuit Les frontières de l’humain sont affectées d’un flou gran dissant. Pendant des siècles, la différence anthropologique est allée de soi : parmi les animaux, l’être humain n’estil pas le seul à jouir de la parole, le seul doué de raison ? Plus forte ment que jamais dans l’histoire de l’Occident, le caractère absolu de ce privilège est fragilisé par le succès de concep tions mettant au jour l’insertion de l’homme dans leconti nuum d’un vivant évolutif, luimême censé être tissé des mêmes éléments que ceux qui composent les réalités les plus bassement matérielles. Ce n’est pas le moindre des paradoxes que cette mise en crise de la différence anthropologique n’émane ni des êtres considérés par l’être humain comme ses inférieurs – lesquels secoueraient en quelque sorte le joug d’une injuste domina tion –, ni d’êtres censément supérieurs – divinités courrou cées d’une telle arrogance –, mais de l’exercice de cette fa culté même qui le faisait unique à ses propres yeux : la pen sée. Car c’est de la science, un des ses plus beaux fleurons, que sont issues les informations venant bouleverser les repè res ancestraux de l’être humain. Elles établissent en effet sa continuité généalogique avec de frustes créatures et son ex trême proximité génétique avec des êtres parfois encagés dans ses zoos ; elles attestent l’existence passée d’au moins une autre espèce terrestre douée de raison – l’homme de
JeanBaptiste Lecuit enseigne l’anthropologie théologique à la Faculté de Théologie de l’Université Catholique de Lille. Il est responsable du Centre « Politique, Société, Culture, Religion ».
Neandertal – ; elles mettent au jour les capacités cognitives exceptionnelles d’animaux jusqu’ici trop méconnus. C’est aussi l’intelligence de l’être humain qui a conçu, organisé et mis en œuvre des entreprises d’extermination qui le rabaissent à ses propres yeux, lui faisant considérer après coup sa fierté d’animal rationnel comme une misérable pré tention. La tendance contemporaine à contester les frontières entre l’homme et l’animal n’estelle pas renforcée par la per ception plus ou moins consciente du lien entre le durcisse ment de ces frontières et le risque de rejeter certains hu mains hors de l’enceinte qu’elles délimitent ? L’interpellation de Claude LéviStrauss mérite ici particulièrement l’attention : « C’est, en quelque sorte, d’une seule et même foulée que l’homme a commencé par tracer la frontière de ces droits entre luimême et les autres espèces vivantes, et s’est ensuite trouvé amené à reporter cette frontière au sein de l’espèce humaine, séparant certaines catégories reconnues seules véritablement humaines d’autres catégories qui subis sent alors une dégradation conçue sur le même modèle qui servait à discriminer entre espèces vivantes humaines et non humaines. Véritable péché originel qui pousse l’humanité à l’autodestruction. Le respect de l’homme par l’homme ne peut pas trouver son fondement dans certaines dignités parti culières que l’humanité s’attribuerait en propre, car, alors, une fraction de l’humanité pourra toujours décider qu’elle incarne ces dignités de manière plus éminente que d’autres. Il faudrait plutôt poser au départ une sorte d’humilité princi pielle : l’homme, commençant par respecter toutes les formes de vie en dehors de la sienne, se mettrait ainsi à l’abri du ris que de ne pas respecter toutes les formes de vie au sein de 2 l’humanité même . »
2  Claude LéviStrauss, entretien avec JeanMarie Benoist,Le Monde, 2122 janvier 1979, p. 14.
Mais, diraton, le fait que l’être humain en vienne à douter de sa transcendance à l’égard de l’animalité, et qu’il soit le seul à le faire, confirmea contrario cette transcen dance, à la façon dont le doute cartésien systématique ne peut atteindre la certitude du « je pense », puisqu’au contraire il l’effectue. De fait, personne ne conteste que l’être humain soit le seul capable d’effectuer certains types d’actions men tales, comme les mathématiques ou la poésie. Mais ce n’est pas ce cœur ou ce sommet que le flou vient atteindre : ce sont les territoires où l’humain confine à son autre, les frontières qui en tracent les contours, lesquelles passent entre l’humain et leprotohumainl’axe phylogénétique comme sur (sur l’axe ontogénétique), entre l’humain et lepaléohumain(comme l’homme de Neandertal), entre l’humain et leproxi mohumain(en ce qui concerne par exemple certaines per formances cognitives), entre l’humain et lesimilihumain(l’ordinateur ou le robot), entre l’esprit humain et l’infra humain des ; entre l’humain et leprocessus cérébraux «transhumain» (Dieu ou le divin étant réduits à une pro duction humaine). Ces bouleversements peu à peu introduits dans les men talités s’accompagnent d’interrogations éthiques et juridiques nouvelles, qu’ils contribuent à susciter : interrogations tou chant au droit des animaux, aux devoirs envers l’embryon ou la personne gravement souffrante et demandant à mourir, à la licéité du clonage, de la fabrication de chimères ou d’hybrides hommemachine. Le débat est à son tour redoublé par celui qui porte sur l’élucidation des causes et des enjeux de cette crise d’identité. Pourquoi en sommesnous arrivés là ? Fautil s’en désoler ? Comment orienter la réflexion ? L’ampleur et la difficulté du sujet exigent un considéra ble effort de recherche. Le présent ouvrage réunit les contri butions à la première édition d’une série de colloques conçus
pour y contribuer, organisés par des membres du Centre 3 « Politique, Société, Culture, Religion » en collaboration avec d’autres chercheurs. Dans une première partie, la réflexion se porte sur la différence anthropologique telle qu’elle a été pensée philosophiquement, en ce qui concerne la parole (chap. 1) et la conscience (chap. 2), et telle qu’elle peut être envisagée à la lumière des sciences de la nature (chap. 3). Dans un second temps, la question des frontières est trai tée du point de vue des sciences dites humaines, dans la me sure où elles pensent l’être humain comme ne relevant pas des seules sciences de la nature. Parmi ces sciences, deux sont ici représentées : l’économie, en tant qu’elle prend plus ou moins en compte la spécificité de l’humain (chap. 4) et le droit, sous l’angle de la notion de crime contre l’humanité (chap. 5). La troisième et dernière partie concerne la notion de frontière ellemême, dans son application à la question de l’homme. Parmi les multiples approches envisageables, trois sont ici proposées : un exemple d’approche théologique, qui considère l’être humain comme étant luimême un être fron tière (chap. 6), et deux approches philosophiques, portant respectivement sur le caractère mouvant des frontières (chap. 7) et sur les déterminations et enjeux culturels de l’acte de tracer des frontières (chap. 8).
3  Équipe de recherche de l’Université Catholique de Lille. Le collo que s’est déroulé le 10 juin 2008.
I. L’ÊTRE DE PAROLE ET DE CONSCIENCE
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