Socrate l athénien ou de l invention du religieux
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Description


Socrate est sans conteste le philosophe qui fait le plus rêver. Paradoxalement, tout a été écrit sur ce personnage hors du commun qui préférait le dynamisme de l’oralité au statisme des lettres. Aussi, cet ouvrage n’a pour d’autre ambition que faire découvrir, redécouvrir, un des « pères fondateurs » du genre philosophique. Il sera question de dialectique, de réfutation, d’ironie, d’inspiration...



On parlera aussi des témoins classiques et de leurs thèses contradictoires : Aristophane, Xénophon, Platon et bien d’autres encore. Un fil rouge traverse cette enquête : le rapport de Socrate au religieux. Un des chefs d’accusation qui devait entraîner la condamnation de l’Athénien en 399 fut l’impiété. Qu’en fut-il ? Ne s’agissait-il pas plutôt d’une autre façon de dire le religieux qui aurait été incomprise en son temps ? Socrate aurait-il été « l’inventeur du religieux ? ».



Baudouin Decharneux est philosophe et historien des religions. Maître de recherches du FNRS, professeur à l’Université libre de Bruxelles et Membre de l’Académie Royale de Belgique. également Membre associé de l’Académie d’Athènes et profesor honorario de la Universidad Autónoma de Madrid. Il a enseigné en qualité de professeur visiteur dans de nombreuses universités en Europe et Outre-Mer.






Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 3
EAN13 9782803105151
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0030€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

SOCRATE L'ATHENIEN OU DE L'INVENTION DU RELIGIEUX
B D AUDOUIN ECHARNEUX
S ’A OCRAT E L T HÉNIEN  ’ OU DE L INVENT ION DU RELIGIEUX
Académie royale de Belgique rue Ducale, 1 - 1000 Bruxelles, Belgique www.academieroyale.be
Informations concernant la version numérique ISBN : 978-2-8031-0515-1 © 2016, Académie royale de Belgique
Collection L’Académie en poche Sous la responsabilité académique de Véronique Dehant Volume 82
Diffusion Académie royale de Belgique www.academie-editions.be
Crédits Conception et réalisation : Laurent Hansen, Académie royale de Belgique
Couverture : Jacques-Louis David, La mort de Socrate (1787)
Publié en collaboration avec
Au professeur Evanghélos Moutsopoulos, Membre de l’Académie d’Athènes et Confrère de l’Académie royale de Belgique, en témoignage de ma profonde reconnaissance, Aux maîtres anciens qui surent maintenir le souci de l’humanité aux heures les plus sombres de l’Histoire. Puissent leurs pensées guider nos réflexions et volontés en ces temps difficiles ! À ceux qui aujourd’hui perpétuent leurs enseignements ayant choisi le chemin de la philosophie authentique sans sacrifier aux modes et aux préjugés. Puissent-ils persévérer dans cette voie humaniste pour transmettre ses valeurs aux générations suivantes !
Introduction
L’hypercritique contemporaine n’a guère épargné Socrate. En effet, comme l’homme n’a rien écrit, force est donc de faire référence aux sources ayant transmis un pan de sa pensée et celles-ci, principalement les écrits d’Aristophane, Xénophon et Platon, à force d’être triturées, sont classiquement considérées comme irréductibles les unes aux autres, de sorte qu’il serait impossible de dessiner, même à grands traits, un portrait crédible du Socrate historique. Il est vrai qu’une certaine histoire de la philosophie s’inspire volontiers de l’exégèse biblique qui, lorsqu’elle s’attache à la figure de Jésus, parle volontiers d’un Jésus de l’histoire et non d’un Jésus historique. Des sources éparses, des idées contradictoires, des pensées disséminées au fil de récits ne constituent en rien une histoire, aussi la prudence est-elle de mise. Il est vrai aussi que le plus sûr moyen de ne pas se tromper est de ne rien dire, il est donc assez confortable de faire preuve de réserve. Le commentateur qui ne dit rien gagne à tout coup, comme l’a prophétisé 1 Mallarmé en clamant que « jamais un coup de dés n’abolira le hasard ». Socrate n’est pas la seule victime du genre hypercritique, les plus prestigieux parmi les penseurs antiques sont fréquemment étudiés comme s’ils ne donnaient plus à penser. Cette mode, pour intéressante qu’elle soit parfois sur le plan méthodologique, vise avant tout à éviter que des critiques négatives soient adressées au commentateur qui, ne voulant prêter le flanc en rien au jugement d’autrui, devient insignifiant en tout. Une manie théologique visant à écarter toute forme de débat contradictoire en des matières touchant de près ou de loin la foi et le dogme, s’est ainsi insinuée au sein de l’histoire de la philosophie au point d’oblitérer sa portée créative. C’est en effet parce que la philosophie est contradictoire en soi, en ce compris la façon dont elle appréhende sa propre historicité, qu’elle fait sens. Elle ne peut s’accommoder de la frilosité, même couverte sous le confortable édredon de la méthodologie, sous peine de travestir son identité. Comment s’étonner dès lors de la disparition des études portant sur l’Antiquité des programmes scolaires ? Somme toute, à quoi bon étudier la pensée de personnages ayant si peu et si mal dit ? Pour paraphraser un aphorisme célèbre de Wittgenstein, si l’histoire de la philosophie ancienne ne peut, ne veut ou ne sait rien dire, il vaut mieux la taire. Telle n’est pas notre opinion. Il est des modes qui manifestent des fautes de goût et qu’il convient de ne pas suivre. L’histoire de la philosophie s’accommode fort mal d’une vision fragmentée de sa propre tradition. Non qu’il faille dénier le caractère allusif, lacunaire, contradictoire, des sources en l’état ou telles qu’elles nous ont été transmises, mais bien parce que la quête de l’unité au travers de la diversité, du sens au sein de l’éclatement, du signifié dans le flot des signifiants, fait intimement partie de cette discipline née il y a bien longtemps sur les rivages de la Méditerranée. C’est précisément en cherchant la cohérence au travers d’une multiplicité de discours défendant des thèses opposées que la tradition philosophique s’est constituée, inventant du même coup l’art de créer l’unité là où le vulgaire ne percevait qu’incohérence ; l’histoire de la philosophie ne peut donc échapper à cet impératif, sous peine de glisser vers une histoire des idées et des mentalités, disciplines qui ne lui sont certainement pas étrangères, mais qui n’affichent pas la même exigence synthétique. En effet, il n’est d’histoire de la philosophie sans tentative d’unification des pensées, idées et doctrines, proposées par les prédécesseurs, pour reprendre la terminologie favorite d’Aristote, sans tentative d’unification d’enseignements qui, pour éclatés et épars qu’ils furent en raison de contingences multiples, ont été considérés comme faisant sens. Bref, l’histoire de la philosophie est un pan de la philosophie à part entière, elle est même d’un certain point de vue la philosophie elle-même puisqu’il s’agit, évoquant du coup Diogène le Cynique, d’entrer dans un cycle que d’aucuns jugent infernal et d’autres vertueux : lire plus et penser moins, penser plus et lire moins. Pour le dire autrement, l’historien de la philosophie ne peut se contenter d’un Socrate de l’histoire, il lui faut oser un Socrate historique. Quelle est donc l’hypothèse que nous soumettons ici à la sagacité du lecteur ? Poursuivant notre réflexion entamée dans un volume de cette même collectionLa religion existe-t-elle ? Essai sur
une idée prétendument universelle, nous nous interrogeons sur l’origine d’une idée, celle de religion dont on sait l’origine linguistique latine, le développement théologique chrétien et la 2 mondialisation socio-culturelle contemporaine . En effet, si les penseurs romains, Cicéron et Varron au premier chef, élaborèrent l’idée dereligioen s’interrogeant sur son étymologie, il faut noter que ces réflexions théologiques apparurent à la fin de la République à un moment de l’Histoire où les philosophes grecs devinrent les maîtres à penser des juristes et historiens de langue latine. En examinant l’idée dereligiodans leur propre tradition, ces auteurs mobilisèrent des concepts philosophiques grecs s’efforçant de définir une notion qui, jusqu’à leur époque, était d’autant plus floue qu’elle semblait aller de soi, était d’autant plus opaque qu’elle ne cessait de s’afficher. Quand lareligiopartout, elle n’est nulle part ; quand une idée va de soi, elle en est devient mystérieuse. Comme on le sait, les Grecs n’avaient pas un mot pour exprimer la religionen soi, ils utilisaient les vocableshagios, hieros, hosios, pour désigner les choses sacrées selon leur contexte spécifique, eusebeia, pistis,évoquer la piété ou encore pour latreia, thrèskeia, pour qualifier l’adoration, le culte, le service, rendus à une divinité. Dans laCité de Dieu, Augustin déjà s’interrogeait sur le culte qu’il convenait de vouer à Dieu en évoquant le terme greclatreia 3 qui, selon lui, s’approchait au mieux de l’idée latine de religion . Notre soupçon est que le premier qui semble avoir eu l’audace de s’interroger sur l’essence de ces pratiques, qui s’est efforcé de les rassembler pour les unifier au sein d’une catégorie commune, qui aurait en quelque sorte « inventé » sinon la religion du moins le religieux, aurait été Socrate. Cet ouvrage a pour ambition de présenter la figure de Socrate aux lecteurs épris de philosophie qui s’intéressent et s’interrogent sur ses origines antiques. Le propos est donc fort classique. Toutefois, nous défendons une thèse — nous convenons volontiers qu’elle est audacieuse et contestable —, il nous semble qu’au travers des sources classiques qui nous donnent un portrait éclaté du philosophe, le curieux sophiste et physicien d’Aristophane, le raisonneur en quête de l’elenchos (la réfutation) et le citoyen avisé et respectueux de l’ordre de la cité de Xénophon,ou l’introspectif cherchant à se connaître lui-même de Platon, il est un trait commun : cet homme-là tentait de définir l’interaction entre le visible et l’invisible, du moins en ce qui concerne le rapport aux déités, comme nul autre ne l’avait fait avant lui. S’immisçant dans l’interstice de deux mondes, celui que l’on voit, celui que l’on ne voit pas, il eut l’audace de situer l’intersection de ces catégories non au sein de la cité classique, mais au cœur même de la pensée du sujet. Avant d’inventer la religion, il fallut que l’on inventa la religiosité et, nous semble-t-il, Socrate s’acquitta de cette tâche complexe entre toutes. Il fut sans doute incompris ou trop bien compris… Pour les uns, il apparut donc comme un athée au sens antique, à savoir quelqu’un bouleversant l’ordre établi entre la cité et les dieux ; pour les autres, un penseur ayant rendu explicite une (des) tradition(s) jusqu’alors implicite(s). Un certain Socrate dangereux innovateur pour les uns ; homme fidèle à la tradition de sa cité pour les autres. L’histoire a retenu ce jugement paradoxal et nous reviendrons sur ce point dans nos conclusions. Quoi qu’il en soit, c’est ce questionnement inédit sur les dieux, jugé révolutionnaire par les uns et conventionnel par les autres, dont il est question lorsque le dieu delphique, Apollon, par le truchement de la Pythie, répond à Chéréphon que Socrate est le plus 4 sage des hommes . On peut certes prendre l’oracle au pied de la lettre, Socrate, philosophe vertueux, est le plus sage parmi les humains. On peut ponter l’oracle avec la célèbre maxime qui se trouvait dans le sanctuaire « connais-toi toi-même et tu connaîtras les hommes et les dieux », l’Athénien ayant fait sienne la devise delphique ; on peut aussi, fidèle en ce au genre oraculaire affectionné par l’Archer de Delphes, interpréter l’oracle comme paradoxal, le philosophe est le plus sage des humains car sa pensée dépasse les humaines certitudes. Bref, Apollon peut indiquer une forme de sagesse liée à la tradition ou une autre forme de sa sagesse liée à la rupture : un entre-deux ou une autre façon de visiter les frontières du visible et l’invisible. Quoi qu’il en soit, Socrate se mit en route, non sur les sentes menant vers d’autres contrées, mais au sein de sa propre cité, arpentant les rues, interrogeant les citoyens, poursuivant inlassablement le seul pèlerinage qui en vaille vraiment la peine : la découverte et la connaissance de soi-même. Nous suggérons que ces pensées et questionnements, régulièrement associés à une « présence divine », le fameux « signe divin,daimonion semeion» qui sera à l’époque du moyen-platonisme qualifié de démonique (ledaimôn ougeniusSocrate), furent sans doute à l’origine d’une de
nouvelle catégorie de pensée, le religieux, car ils induisirent une autre façon de dire le rapport aux dieux — pour le coup spéculative, abstraite et pour tout dire difficilement accessible au commun des mortels — et, participant à une refonte du théologique, transfigurèrent la relation que des citoyens entretenaient avec le monde des mythes chantés par les poètes, pour devenir la « propriété » d’une nouvelle élite, celle des philosophes. De ce point de vue, les juges athéniens ne s’y trompèrent pas au cours de la sinistre année 399, mais ils apportèrent la pire réponse possible aux chefs d’accusation — les plus lamentables qui soient au sein d’une démocratie, fût-ce celle 5 d’une Athènes sur le déclin — ; ils sanctionnèrent en fait ce bouleversement sans précédent, fondant même d’un certain point de vue, un nouveau type de discours interrogeant et disant le rapport au divin. En condamnant Socrate, ils actaient qu’Athènes avait bel et bien changé de paradigme théologique. Comme nous l’avons dit, Socrate a exercé une véritable fascination sur l’histoire de la philosophie. Sophiste brocardé par la comédie, esprit critique soumettant à la redoutable épreuve de l’elenchosles plus prestigieux de ses concitoyens, penseur en quête de l’impossible définition de l’idée, homme à l’écoute de l’interdit démonique, le philosophe athénien, semblable à la déité marine Protée, a résisté à toute forme de catégorisation comme l’attestent les témoignages de ses contemporains qui nous rapportent ses dires, faits et gestes. Que dire alors des Écoles philosophiques, qui se revendiquèrent de son autorité travaillant ainsi sous la prestigieuse égide d’un maître sanctifié par un martyre aussi injuste qu’inutile ? Les témoignages d’Apulée de Madaure dans sonDe Deo Socratis, de Porphyre sous forme fragmentaire — on pourrait également citer des Pères de l’Église comme Tertullien, Lactance, Augustin —, ne doivent pas être mésestimés car ils nous semblent précisément faire écho à la fondation de cette catégorie 6 nouvelle, le religieux, qui connut une fortune exceptionnelle durant l’Antiquité tardive . D’un certain point de vue, ces relectures témoignent de la reconnaissance d’une fondation qui devait marquer à jamais l’histoire de la philosophie. La transfiguration du signe divin en intériorité démonique marque cette période qui vit lentement le polythéisme se métamorphoser en hénothéisme pour, croyaient sans doute certains de ses penseurs les plus féconds, mieux affronter 7 l’ascension du monothéisme chrétien . Le message qui nous est adressé par les commentateurs anciens est donc loin d’être « dépassé » ou « négligeable ». Il ne travestit ou ne trahit en rien la pensée socratique, bien au contraire il indique l’origine d’un débat qui traversera l’Antiquité jusqu’à la fermeture de l’École d’Athènes en 529 de notre ère. C’est toute la question de l’archéologie de l’unité divine dans son rapport à la conscience qui est au cœur du débat. Nous soupçonnons donc que Socrate, par analogie à Ulysse, philosophe « aux mille ruses », aurait été en quelque sorte « l’inventeur » — et nous n’ignorons pas qu’un certain structuralisme abusa de l’expression — d’un savoir nouveau qui révolutionna la façon dontla cité d’Athèna considérait le rapport aux dieux et son cortège de pratiques, d’us et coutumes. Le voyageur qui parcourt aujourd’hui Athènes, ce lieu prestigieux entre tous —une nouvelle fois saccagé par l’incurie politique, mais ceci n’est qu’un avatar momentané d’une histoire qui fut et sera prestigieuse —, ne manquera pas d’apercevoir un bâtiment d’allure classique jouxtant l’université. Il s’agit de l’Académie, œuvre de style classique conçue par l’architecte Théophil Hansen en 1926, qui, contrairement aux autres édifices savants qui tirent leur nom du héros Akademos, porte le nom d’une ville, sa ville, Athènes, et non celui d’un pays. Le plus prestigieux des élèves de Socrate, Platon, fondateur de l’Académie antique, perpétue ainsi...
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