Les Merveilles du cœur
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Description

L’imam al-Ghazâlî, est ce savant, penseur et mystique incontournable, qui par son oeuvre phare « Vivification des sciences religieuses », ne cesse jusqu’à ce jour d’imposer son éclat dans l’océan des savoirs islamiques. Si depuis 1111, date de sa mort, il continue par cette oeuvre et d’autres à servir de référence dans les nombreux domaines qu’il aborde, c’est sans doute qu’au-delà de sa stature de savant, il sait par la ferveur qui anime ses écrits, redonner à la religion son statut légitime de science éminemment vivante, et considérer celle-ci avec un regard toujours pénétrant et un souffle spirituel propice à réveiller la conscience d’un large public.Le chapitre que nous présentons ici est un thème aussi central à cet ouvrage majeur que l’est le coeur à l’être humain.Le coeur, nous dit l’auteur, est ce réceptacle ou ce miroir où se reflètent les influences supérieures et inférieures : non seulement les actions en découlent, mais aussi les divers degrés d’intentions. La nature et les modalités de ses influences, ainsi que l’interrogation sur la notion d’intention, sont les thèmes principaux de cette étude. Elle traite aussi du rapport du coeur aux deux voies d’acquisition de la science : l’apprentissage et l’inspiration directe.

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Informations

Publié par
Date de parution 28 octobre 2015
Nombre de lectures 329
EAN13 9791022501163
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,032€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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– Revivificaton des sciences de la religion –
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Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous les pays à l’Éditeur.
1431-2010
ISBN 978-2-84161-464-6 // EAN 9782841614646
Al-Ghazâlî ‘Imam Abu Hamid
Les merveilles du cœur
Traduction et annotation par Idrîs De Vos
L ES M ERVEILLES DU CŒUR
Au nom de Dieu le Clément, le Miséricordieux.
Louange à Dieu, Lui dont l’impénétrable majesté laisse les cœurs et les raisons perplexes, et dont les prémices de l’éblouissante lumière confondent les regards ; Lui qui est informé des plus intimes secrets, et qui sait ce que cèlent les consciences ; Lui qui en la gestion de Son royaume Se dispense de tout conseillé et de tout auxiliaire ; Lui qui meut les cœurs à Sa convenance, pardonne les fautes, voile les péchés, et dissipe les maux.
Que la prière et le salut soient adressés sans réserve au maître des envoyés, l’artisan de l’unité religieuse et l’acteur de la défaite impie, ainsi qu’à sa famille intègre et pure.
L’honneur de l’homme, et la prérogative qui le place au-dessus d’un grand nombre de créatures, ne sont autres que cette prédisposition qu’il a à connaître le Très-Haut. Cette prédisposition est sa parure, sa perfection et sa gloire en ce monde, de même qu’elle est son viatique et son épargne pour l’autre monde. Or l’être humain est prédisposé à cela grâce à son cœur, non grâce à un quelconque autre membre. Le cœur est en l’homme cette part qui connaît Dieu, qui se rapproche de Lui, qui œuvre pour Lui, qui tend vers Lui, et qui perçoit intuitivement ce qu’Il veut. Les membres, pour leur part, ne sont rien de plus qu’une suite de serviteurs ou un ensemble d’instruments dont le cœur dispose comme un roi dispose d'un esclave, un berger de son troupeau, ou un artisan de ses outils.
Le cœur ensuite est cette part de l’homme qui reçoit l’agrément du Seigneur lorsqu’elle est purifiée de tout ce qui n’est pas Lui, mais qui est voilée à Sa présence lorsqu’elle est absorbée par les altérités ; le cœur est cette part qui adresse à Dieu les requêtes et les confidences, et qui devant Lui se blâme ; qui tire joie de la proximité de Dieu ; qui est heureuse lorsque le Seigneur la purifie, et qui est déçue et malheureuse lorsqu’Il l’entache et l’avilit. C’est du cœur seul en réalité que procède l’obéissance dont l’homme fait preuve envers Dieu : les adorations qui se diffusent jusqu’aux membres étant ses lumières ; c’est également de lui que la désobéissance et la rébellion procèdent : les turpitudes qui se diffusent dans les membres n’en sont que les conséquences.
Par l’obscurité ou la lumière que le cœur projette se manifestent les mérites et les démérites apparents, tant il est vrai qu’un récipient ne peut verser que ce qu’il contient. L’homme connaît-il son cœur qu’il se connaît soi-même ; et se connaît-il soi-même qu’il connaît son Seigneur. L’homme l’ignore-t-il, au contraire, qu’il s’ignore soi-même ; et s’ignore-t-il soi-même qu’il ignore son Seigneur. Et quiconque ignore son cœur ignore a fortiori tout autre personne. Or la plupart des gens ignorent leur cœur et leur propre personne. Ce qui s’oppose à leur propre connaissance est le fait que « Dieu s’interpose entre l’homme et son cœur » (Coran, 8 : 24). Dieu s’interpose en empêchant l’homme d’avoir regard sur son cœur, de le surveiller, d’en connaître les attributs et les modalités de changements d’états qui s’opèrent entre les doigts du Miséricordieux. Il l’empêche de savoir comment il chute parfois au plus bas degré, et se trouve ravalé au niveau des Démons, et comment il s’élève d’autre fois au plus haut degré, et se hisse jusqu’au rang des anges rapprochés. Qui n’a pas cette connaissance de son cœur, lui permettant de l’observer, de le surveiller et de guetter ce qui s’y manifeste et s’y déverse de trésors provenant du royaume céleste, est concerné par la parole du Très-Haut qui dit : « Ils ont oublié Dieu et Dieu leur a fait oublier leur propre personne. Ainsi sont les gens pervers » (Coran, 59 : 19). Aussi la connaissance du cœur et des réalités de ses attributs est-elle le principe de la religion et le fondement de la voie des aspirants.
Puisque nous avons terminé d’étudier, dans la première moitié de notre oeuvre, les adorations et les usages qui sont le propre des membres – ce qui correspond à la science extérieure –, et que nous avons promis d’aborder dans la deuxième moitié les caractéristiques salutaires ou pernicieuses du cœur – ce qui correspond à la science intérieure –, il nous semble nécessaire d’introduire cela par deux chapitres : l’un sur la présentation des caractéristiques merveilleuses et des complexions singulières du cœur, l’autre sur la manière d’exercer le cœur et de l’éduquer. Cette introduction faite, nous pourrons alors traiter en détail des états qui lui sont préjudiciables et de ceux qui lui sont bénéfiques.
Examinons donc dès maintenant les singularités du cœur, au moyen de paraboles qui en rendront la compréhension plus aisée. Car exposer les singularités et les secrets appartenant au monde céleste est au-delà de l’entendement de la plupart des gens.
Ce que désignent l’âme, l’esprit, le cœur et la raison
Je sais que ces quatre termes sont d’usage dans l’étude de tels sujets, et que cependant, parmi les savants éminents, peu sont ceux qui les cernent, qui en distinguent les différents sens, les limites et les multiples appellations. La plupart des confusions dont ces noms font l’objet sont dues à l’ignorance de leur signification, et au fait qu’y sont associées différentes appellations.
Nous expliquerons donc en premier lieu le terme qui concerne en propre notre sujet : le cœur ( qalb ).
Ce mot a deux acceptions. Il désigne d’une part cet agrégat de chair conique placé à gauche de la poitrine, organe qui a ses spécificités, et qui comporte une cavité à l’intérieur de laquelle se trouve un sang noir qui est la source et l’origine de l’esprit. Mais notre propos n’est pas d’en décrire la forme et les modalités, car c’est un sujet qui intéresse les médecins, et ne concerne aucunement les questions relatives à la religion. En outre, on trouve également cet agrégat de chair chez les animaux, et même chez les morts.
Aussi lorsque nous utiliserons le mot « cœur » dans cet ouvrage, il ne sera jamais question de cet amas de chair qui n’a aucune valeur. Celui-là appartient au monde terrestre et physique, et les bêtes peuvent tout à fait l’appréhender du regard, ce qu’a plus forte raison l’être humain est parfaitement capable de faire.
Dans sa seconde acception, le mot « cœur » désigne une réalité subtile, divine et spirituelle, qui au demeurant est liée à ce premier cœur physique. Cette réalité subtile n’est autre que la réalité essentielle de l’être humain : elle est ce qui en lui appréhende, connaît et sait ; et ce qui en lui exprime, réagit, se plaint et demande.
Nous avons dit que cette réalité spirituelle a un lien avec le cœur physique. Or la nature de ce lien confond la raison humaine. Il est semblable au lien qui unie les causes accidentelles aux corps ; qui unie les qualités aux qualifiés ; qui unie l’instrument à son utilisateur ; ou encore, qui unie l’événement au lieu où il se produit. Nous nous garderons d’expliciter ce point pour deux raisons. La première est que ce sujet relève de la science intuitive. Or l’objet de cet ouvrage se borne aux sciences relatives aux comportements. La deuxième est que le fait d’en éclairer le sens nécessite de révéler le secret de l’esprit, ce que le Prophète  lui-même ne fit point, et ce qui ne convient donc à personne de faire.
Ainsi, lorsque nous employons le terme « cœur » dans cet ouvrage, nous désignons cette réalité subtile, et notre propos étant d’en mentionner les caractéristiques et les états, non d’en indiquer la réalité dans ce qu’elle a de plus essentiel. Car la science relative aux comportements nécessite d’en connaître les attributs et les états, non d’en révéler la nature.
Le second terme est celui « d’esprit » ou « souffle de vie » ( rûh ) 1 . Celui-ci a également deux acceptions en rapport avec notre sujet. Il est d’une part ce corps éthéré dont la source est la cavité du cœur physique, qui circule à travers les artères vers l’ensemble des parties du corps. Sa circulation dans le corps, ainsi que le flot des lumières faites de vie, de sensation, de vue, d’ouïe et d’odorat qu’il véhicule dans les membres, sont semblables au flot de lumière qui émane d’une lampe que l’on fait circuler aux quatre coins d’une pièce : chaque point qu’il touche se trouve illuminé. Ainsi, la vie est-elle comparable à cette lumière qui se répand sur les murs, et l’esprit est-il comparable à la lampe ; tandis que la circulation et le mouvement de l’esprit dans notre réalité cachée sont comparables au déplacement de la lampe dans les différentes parties de la pièce par le mouvement de celui qui la tient.
Lorsque les médecins parlent du souffle de vie, c’est cela qu’ils désignent. Il s’agit d’une vapeur insaisissable que produit la chaleur du cœur. Mais notre propos n’est pas d’expliquer cet aspect. C’est là encore l’affaire des médecins dont l’objet est le soin des corps. Quant aux médecins qui se consacrent à soigner les cœurs, de manière à les ramener à la proximité du Seigneur des mondes, leur propos n’a foncièrement aucun rapport avec le souffle de vie ainsi défini.
Le terme rûh , dans sa deuxième acception, désigne cette réalité subtile qui en l’homme est douée de connaissance et d’entendement. C’est ce que nous avons expliqué dans l’une des définitions du cœur, et c’est ce que désigne le Très-Haut lorsqu’Il dit : « Dis : l’esprit est l’affaire de mon Seigneur » (Coran, 17 : 85). Il s’agit là d’une réalité indicible que la plupart des raisons humaines ne sauraient appréhender.
Le troisième terme à préciser est « âme » ( nafs ). Cette appellation est également partagée entre plusieurs acceptions dont deux sont liées à notre propos. Il désigne d’abord cet ensemble de propensions à la colère et à l’envie qui existent chez l’homme ainsi que nous allons l’expliquer. C’est le sens qui est le plus souvent en usage dans le langage des soufis : ils désignent par ce terme la source commune des caractéristiques humaines blâmables qu’il est nécessaire, pour cette raison, de combattre et de briser. C’est ce qu’indique la parole du Prophète  : « Ton plus grand ennemie est cette âme qui loge en ton sein ».
Le second sens de ce terme correspond à cette réalité subtile dont nous avons parlé, et qui s’identifie à l’homme dans sa réalité propre 2 . Dans ce sens, la nafs est ce qui désigne l’homme en tant que tel, ainsi que son essence. Mais elle est décrite selon des caractéristiques variables, en fonction de ses états. Si elle aborde les ordres avec quiétude et que ses troubles cessent du fait qu’elle domine ses passions, elle est appelée « âme apaisée ». Dieu dit au sujet d’une telle âme : « Ô âme apaisée revient vers ton Seigneur satisfaite et agréée ! » (Coran, 89 : 27). Or, on ne peut imaginer que l’âme comprise selon la première définition puisse revenir vers Dieu : elle en est écarté et appartient aux troupes du Démon. Puis si elle ne trouve pas la quiétude mais qu’elle lutte contre les penchants égotiques, et s’y oppose, elle est appelée « âme encline au blâme [de soi] », car elle réprimande l’homme lorsque celui-ci manque à son devoir dans l’adoration de son Maître. Dieu dit au sujet de celle-ci : « Certes, J’en jure par l’âme encline au blâme ! » (Coran, 75 :2) Mais si elle cesse de résister, qu’elle se plie à l’autorité des désirs, et obéit aux suggestions du Démon, elle est appelée « âme instigatrice du mal ». Dieu dit en nous transmettant le propos de Joseph ou de la femme du haut intendant : « Je ne disculpe pas mon âme. L’âme est encline à instiguer le mal. » (Coran, 12 : 53)
On peut aussi considérer que l’âme « instigatrice du mal », dont il est question dans ce verset, correspond à la première définition du terme nafs . Ainsi l’âme est-elle, selon cette première acception au plus haut point méprisable, tandis qu’elle est estimable, selon la seconde acception, ,parce que, dans ce cas, elle n’est autre que la personne même de l’homme, c’est-à-dire son essence et la réalité qui en son être connaît Dieu ainsi que toute chose qu’embrasse son savoir.
Le quatrième terme est « la raison » ou « l’intellect » ( ‘aql ) 3 . Celui-ci revêt également diverses significations liéés à notre propos, dont deux que nous avons mentionnées dans le chapitre relatif à la science 4 .
Il désigne, selon le premier de ces deux sens, la connaissance des choses elle-même. Dans ce cas, il exprime la faculté cognitive dont le siège est le cœur.
Selon la deuxième acception, le terme ‘aql peut désigner la part de l’être qui appréhende les sciences. Dans ce cas, il est assimilé au cœur, c’est-à-dire la réalité subtile évoquée plus haut. Et nous savons que toute personne connaissant a une existence propre et autonome, tandis que la connaissance est une qualité comprise en lui. Or la qualité n’est pas le qualifié.
Outre ces deux sens, le ‘aql peut également désigner la qualité de celui qui comprend autant que le siège de la compréhension, c’est-à-dire l’intelligence. C’est le sens qu’indique la parole du Prophète  : « La première chose que Dieu créa est l’intellect ». La connaissance étant une réalité accidentelle, elle ne peut pas avoir été la première créature, car le siège de celle-ci a nécessairement dû être créé avant ou en même temps. En outre, Dieu n’aurait pu s’adresser au ‘aql, comme le dit la suite du hadith évoqué, et lui demander de venir puis de partir, si cette réalité correspondait à la connaissance.
Il t’apparaît donc que la signification de ces noms existe de manière concrète. Ils désignent le cœur physique, l’esprit physique, l’âme concupiscente et les connaissances. Ces quatre sens sont exprimés par quatre termes différents. A cela s’ajoute un cinquième sens, commun aux quatre termes, à savoir cette réalité subtile qui appréhende en l’homme les choses. Les quatre termes désignent alternativement ce cinquième sens. Aussi dénombre-t-on cinq significations pour quatre mots, chacun de ces mots évoquant deux réalités.
La plupart des savants sont déroutés par les différences dans l’usage de ces termes ainsi que par leur alternance. C’est pourquoi on les entend dire tout aussi bien en parlant des pensées : sa raison conçoit cette pensée, son esprit conçoit cette pensée, son cœur conçoit cette pensée ou son âme conçoit cette pensée. Leurs propos ne permettent de faire aucune différence entre ces termes. C’est à dessein de lever le voile sur cette question que nous avons commencé ici par expliquer ces termes.
Ainsi qu’il est mentionné dans le Coran et dans la tradition prophétique, le mot « cœur » désigne la part de l’homme ayant la faculté de comprendre et de connaître la réalité des choses. Il peut aussi désigner le cœur qui se trouve dans la poitrine, car entre cette réalité subtile et cet organe physique existe un lien particulier, comme nous venons de le montrer. Et si ce lien existe également entre elle et les autres parties du corps, et qu’ils la désignent dans l’usage, il reste que ce lien se fait par l’intermédiaire du cœur. Le lien de la réalité subtile évoquée avec les autres parties se fait donc en premier lieu au niveau du cœur, comme si celui-ci en était le siège, le royaume, l’univers ou la monture. C’est pourquoi Sahl at-Tustarî compare le cœur au trône et la poitrine au marchepied. Et que l’on ne s’imagine pas qu’il fasse là allusion au Trône et au Marchepied divins : cela est impossible. Il veut simplement dire qu’il est le royaume de l’homme et le lieu d’où émane sa gestion, et où se conçoivent ses actions. Ils sont donc à l’homme ce que sont le Trône et le Marchepied pour le Très-Haut. Toutefois, cette comparaison n’est valable que sous certains aspects, et expliquer ce point ne sied pas à notre propos. Nous ne n’y arrêterons donc pas.
Les armées du cœur
Dieu dit : « Ne connaît les armées de ton Seigneur que Lui-même. » (Coran, 74 : 31) Le Très-Haut possède ainsi, dans ces univers que sont les cœurs, les esprits et les autres réalités, des armées coalisées dont Lui seul connaît la nature et le nombre exact. Nous indiquerons pour notre part quelques armées du cœur, celles-là même qui sont liées à notre présent propos.
Disons donc que le cœur dispose notamment de deux armées. L’une peut être appréhendée par les yeux externes, l’autre ne peut être appréhendée que par le regard intuitif et interne. Le cœur occupe la position de roi tandis que ses armées occupent la position de serviteurs et d’auxiliaires : c’est ce que signifie le mot « armée » dans ce contexte.
L’armée visible se compose des mains, des pieds, des yeux, des oreilles, de la langue et de l’ensemble des membres, qu’ils soient apparents ou cachés, car tous sont au service et à disposition du cœur ; celui-ci en use et les congédie comme bon lui semble. Les membres sont soumis au cœur par nature. Ils ne peuvent aller contre sa volonté ou se rebeller contre lui. Ainsi, s’il ordonne à l’œil de s’ouvrir, il s’exécute et s’ouvre ; s’il ordonne à la jambe de bouger, elle s’exécute et bouge ; s’il demande péremptoirement à la langue de parler, elle s’exécute et parle ; et il en va de même de tous les membres. La sujétion des membres et des facultés sensorielles au cœur ressemble sous un certain rapport à la sujétion des anges à Dieu, exalté soit-Il : ils Lui obéissent par nature, et ne peuvent aller contre Sa volonté, plus encore, comme le dit le Seigneur : « Ils ne vont aucunement contre l’ordre de Dieu, et font ce qui leur est demandé de faire. » (Coran, 66 : 6)
Cependant, l’armée visible du cœur et les anges se distinguent dans le fait que les anges – que la paix soit sur eux – ont conscience d’obéir et de se conformer aux ordres, tandis que les paupières s’ouvrent et se ferment conformément à l’ordre du cœur de manière passive, sans avoir conscience, ni d’eux-mêmes, ni de leur obéissance au cœur. D’autre part, celui-ci n’a besoin de ces armées qu’en tant que monture et viatique dans ce voyage pour lequel il fut créé, qui doit le conduire au Très-Haut, et lui faire traverser les étapes jusqu’à Sa divine rencontre, tant il est vrai que les cœurs ne furent créés que pour Lui. Dieu dit Lui-même à ce sujet : « Je n’ai créé les hommes et les djinns que pour qu’ils se consacrent à Mon adoration. » (Coran, 51 : 56)
La monture du cœur n’est autre que le corps, et son viatique la connaissance. Quant aux causes secondes par lesquelles il accède à ce viatique, et grâce auxquelles il peut en user, ce sont les bonnes œuvres. Le serviteur ne peut arriver jusqu’à Dieu tant qu’il n’a pas logé dans le corps, et qu’il n’a pas traversé l’existence terrestre. Car il faut nécessairement passer par le plus bas degré pour parvenir au plus haut degré. Or ce bas-monde constitue un champ à cultiver en vue de l’au-delà, et l’un des degrés sur la voie du salut. S’il fut appelé « bas-monde », c’est que, de ces deux degrés que sont la vie terrestre et la vie future, il est le plus bas. Aussi le cœur est-il contraint de se doter de certain bien en ce monde, car le corps est la monture sur laquelle il arrive jusqu’à cette existence. Il doit donc veiller sur le corps, et prendre soin de lui. Et pour prendre soin de lui, il doit le pourvoir des aliments qui lui conviennent, et subvenir à ses autres besoins ; et il doit le préserver de tout ce qui lui est nuisible.
Afin que le cœur s’emploie à alimenter le corps, il fallait que lui soient apprêtées deux armées. La première, intérieure, est l’appétit ; la seconde, extérieure, ce sont la main et les membres participant à lui fournir cette nourriture. Aussi les désirs correspondant à ce dont a besoin le cœur furent-ils créés, et les membres qui sont les instruments au service de ces désirs furent-ils créés également. Puis afin de le préserver des nuisances, il dut avoir recours à deux autres armées : l’une est intérieure, et il s’agit de la colère, par laquelle il repousse les dangers, et se venge de ses ennemis ; l’autre est extérieure, et il s’agit des mains et des jambes, au moyen desquels il agit selon ce que dicte la colère. Tout cela est extérieur, les membres étant comme des armes ou d’autres choses semblables. Quiconque a besoin de se nourrir mais ne connaît pas ses aliments aura vainement faim, et côtoiera les aliments qui lui conviennent sans en profiter. La connaissance a donc besoin elle aussi de deux armées : l’une, intérieure, est constituée de l’ouïe, de la vue, de l’odorat, du toucher et du goût ; l’autre, extérieure, est composée des yeux, des oreilles, du nez, etc. Le détail de ce besoin et de la sagesse qui le motive est un vaste sujet que de nombreux ouvrages ne suffiraient pas à épuiser. Nous en avons indiqué quelques exemples dans notre chapitre portant sur la gratitude, contentons-nous donc de cela.
L’ensemble des armées du cœur peut être résumé à trois catégories. La première se constitue des impulsions et des stimulants qui concourent soit à s’attirer un bien, comme le désir, soit à écarter un mal, comme la colère. Cette première catégorie peut être appelée « volonté ».
La seconde catégorie correspond à ce qui fait mouvoir les membres en vue de parvenir à ses fins. Cette seconde catégorie peut être appelée « force ». Elle est diffuse dans l’ensemble des membres, et en particulier dans les muscles et les nerfs.
La troisième catégorie est constituée des éléments participant à la perception et à la connaissance des choses, tels des espions au sein de l’armée. Il s’agit des facultés de la vue, de l’ouïe, de l’odorat, du goût et du toucher, lesquelles sont circonscrites autour de membres déterminés. Cette troisième catégorie peut être appelée « savoir » et « perception ». A chacune de ces armées intérieures sont associées des armées extérieures : les membres. Ceux-là sont composés de graisse, de chair, de nerfs, de sang et d’os, autant d’instruments à disposition de ces armées. La faculté de saisir avec force est le propre des doigts, la faculté de voir est le propre des yeux. Toutes les facultés correspondent ainsi à des membres. Mais notre propos n’est pas de recenser ces armées extérieures, c’est-à-dire les membres, car celles-ci appartiennent au monde terrestre et sensible. Notre propos est d’évoquer les armées invisibles par lesquelles ces armées extérieures sont assistées.
Cette troisième catégorie, disions-nous, est donc celle des facultés de perception. Elle se divise en deux types de facultés : les facultés dont le siège est apparent, c’est-à-dire les cinq sens (l’ouïe, la vue, l’odorat, le goût et le toucher) ; et les facultés dont le siège est caché dans les cavités du cerveau. Ces dernières sont également cinq. Lorsque l’homme voit quelque chose, s’il ferme les yeux, il en perçoit l’image en lui-même : c’est le fait de sa faculté imaginative 5 ; puis cette image demeure en lui parce qu’une partie de son être la conserve : il s’agit de sa mémoire ; il réfléchit ensuite sur ce qu’il a enregistré, et associe les divers éléments mémorisés entre eux : [c’est la faculté de réflexion] ; il se remémore ensuite ce qu’il a oublié puis s’en rappelle : [c’est la faculté de remémoration] ; il regroupe enfin l’ensemble de ces sensations en lui au moyen du sens commun 6 . Il y a donc, à l’intérieur de l’homme, un sens commun, une imagination, une faculté de réflexion, une faculté de remémoration, et une mémoire. Si Dieu n’avait pas créé les facultés de mémoire, de réflexion, de remémoration et d’imagination, le cerveau en serait démuni autant que le sont la main et le pied. Ces facultés sont donc également des armées intérieures, de même que leur siège est intérieur.
Telles sont les armées du cœur. En dire davantage par le moyen d’exemples et de paraboles, de façon à en faciliter la compréhension aux intelligences limitées, demanderait beaucoup de temps. Or, le présent ouvrage se veut utile aux intelligences vives et aux savants émérites, nous nous efforcerons cependant de faire comprendre aux gens de moindre intelligence ce qu’elles désignent, par le biais de symboles, afin que le sujet reste pour eux abordable.
Illustration du cœur et de ses armées intérieures
Sache que les deux armées que sont la colère et l’envie peuvent se soumettre parfaitement au cœur, ce qui l’aide dans son cheminement, et ce qui lui est de bonne compagnie dans son voyage. Mais elles peuvent également se montrer réfractaire, et s’insurger farouchement, au point de prendre le contrôle du cœur, et de le dévoyer. Une telle situation le mène à la perte, et à l’interruption de ce voyage dont la finalité n’est autre que sa félicité éternelle.
Le cœur dispose encore d’une autre armée, composée de la science, de la sagesse et de la réflexion 7 , comme nous allons l’expliquer plus loin. Il est de son devoir de s’assister de cette armée, car celle-ci est le parti de Dieu, lequel est coalisé contre les deux autres armées précitées, à savoir la colère et l’envie. Ces dernières peuvent, de leur côté, s’associer au parti du Démon, et si, à ce moment là, le cœur ne cherche pas le soutien de cette armée divine, et qu’il laisse les armées de la colère et de l’envie s’emparer de lui, il court inexorablement à son trépas, et se condamne à un échec certain.
La plupart des créatures se trouvent dans cet état : leur raison est soumise à leurs désirs, n’ayant de cesse de chercher le moyen de les assouvir. Or c’est leurs désirs qui devraient être soumis à leur raison de façon à répondre aux aspirations de celle-ci. Nous allons te donner trois exemples pour t’aider à comprendre ce point.
La première parabole consiste à dire que l’âme humaine – comprise comme la réalité subtile évoquée – dans le corps est comme un roi dans sa ville et son royaume. Le corps est le royaume, l’univers, la résidence et la ville de l’âme ; les membres et les facultés sont à l’instar des artisans et des ouvriers ; la raison fait office de conseiller et de ministre avisé ; le désir est comme un mauvais serviteur chargé d’apporter la nourriture et les approvisionnements à la ville ; la colère et le zèle sont comme la police. Selon cette image, le serviteur chargé d’apporter les provisions est un menteur invétéré, un traître et un fourbe. Il se présente en conseiller bienveillant, mais dessous son conseil se cache un mal acerbe et un poison mortel ; il a pour habitude de contredire le conseiller dans les avis qu’il donne et les dispositions qu’il prend, au point de le contester, et de contrarier ses plans continuellement.
Si, dans la gestion de son fief, le suzerain se contente des avis de son ministre en se détournant des indications de ce serviteur fourbe pour prendre le parti de faire tout le contraire de ce que ce dernier lui suggère, il fera en sorte que le policier l’éduque, et que le ministre le dirige : il leur donnera une pleine autorité sur cet imposteur et ses partisans afin qu’ils soient maintenus au rang de sujets, et n’accèdent pas à celui de gouvernants ; qu’ils demeurent dans la position de vassaux administrés, et ne se hissent pas à celle de souverains plénipotentiaires. S’il fait cela, la concorde et la justice règnera dans son pays grâce à lui. Il en va de même de l’âme. Si elle cherche le soutien de la raison pour dompter ses élans de colère, et lui donner autorité sur l’envie, elle s’appuiera alternativement sur l’une et sur l’autre pour les annuler réciproquement : d’une part, en réduisant l’influence et l’impétuosité de la colère pour s’employer à réfréner et à atténuer l’envie, d’autre part, en contenant et en dominant l’envie, pour donner à la colère et à l’ardeur autorité sur elle. Si l’âme agit de la sorte, en réalisant combien sont haïssables les actions que l’envie implique pour être assouvie, ses forces s’équilibrent, et sa tempérance s’harmonise. Mais quiconque renonce à cette voie est comme celui dont le Seigneur a dit : « Vois-tu celui qui prend pour dieu son âme, et que Dieu fourvoya en dépit de son savoir. » (Coran, 45 : 23) ; et celui dont Il dit : « …et qui suit ses passions. Celui-là est semblable à un chien : si tu l’attaques, il halète, et si tu le laisses, il halète. » (Coran, 7 : 176)
Le Très-haut dit, en revanche, au sujet de celui préserve son âme des passions : « Quiconque craint l’auguste position de son Seigneur, et préserve son âme des passions, aura le Paradis pour refuge. » (Coran, 79 : 40-41) S’il plaît à Dieu, exalté soit-Il, nous verrons, dans le chapitre portant sur l’éducation de l’âme, comment combattre ces armées néfastes, et donner l’autorité aux bonnes sur les autres.
Pour donner une deuxième parabole, sache que le corps est comme une ville, et que la raison – je veux dire la part consciente de l’homme – est comme un souverain ayant la gestion de cette ville ; ses facultés sensibles extérieures et intérieures sont comme ses armées et ses auxiliaires ; ses membres sont comme ses sujets ; l’âme malveillante, faite d’envie et de colère, est comme un ennemi qui conteste au souverain son autorité, et s’emploie à perdre ses sujets. Son corps est alors comme une forteresse et un poste de frontière, tandis que son âme est comme un frontalier : s’il combat l’ennemi, le vainc et l’empêche ainsi de parvenir à ses fins, il en appréciera les conséquences heureuses. Mais s’il revient vers la civilisation, comme Dieu l’évoque en disant : « …ceux qui combattent dans la voie de Dieu en faisant don de leur argent et de leur propre personne. Dieu donne la précellence à ceux qui combattent en faisant don de leur argent et de leur propre personne, sur ceux qui demeurent chez eux. » (Coran, 4 : 95), et qu’il abandonne à l’ennemi la frontière, et néglige ses sujets, il en subira avec regret les fâcheuses conséquences. Ses sujets se vengerons alors de lui au jour du Jugement, et il s’entendra dire, comme nous en informe le hadith : « Mauvais pâtre que tu es : tu mangeais de la viande et buvais du lait, et tu ne fut pas capable d’abriter la bête égarée ou de panser les blessures. Le jour est venu de me venger de toi. » Ce combat spirituel est également indiqué par la parole du Prophète  : « Nous revenons du petit combat pour aborder le grand combat ». 8
En guise de troisième parabole, je dirais que la raison est comme un cavalier qui s’adonne à la chasse : l’envie est comme le cheval qu’il monte, et la colère comme le chien qui l’accompagne. Si le cavalier est habile, que sa monture est docile, et que son chien est bien dressé, il a toutes les chances que la chasse lui soit favorable. Mais s’il est lui-même maladroit, que son cheval est rétif, et que son chien n’obéit pas à ses ordres, il a toutes les chances de se blesser, et, bien entendu, de revenir bredouille.
La maladresse du cavalier est comparable à l’ignorance, au peu de sagesse, et au manque de discernement de l’homme ; l’indocilité du cheval sera la victoire du désir passionnel, et en particulier celui du ventre et du sexe ; et la véhémente et nuisible fougue du chien sera l’excès et la domination de la colère. Puisse Dieu, par Sa grâce, nous accorder une propice providence !
La particularité du cœur de l’homme
Dieu a également accordé ce que nous avons évoqué là à l’ensemble des animaux. Ce n’est pas le propre de l’être humain. Car les animaux éprouvent aussi l’envie et la colère, et ils sont dotés comme l’homme des sens externes et internes. Quand la brebis voit le loup, elle perçoit aussitôt en son cœur la menace qu’il représente, alors elle s’enfuit. C’est là une réaction propre à ses sens internes.
Mentionnons donc maintenant les caractéristiques propres au cœur de l’homme ainsi que les prérogatives qui lui valent un si insigne honneur et une si grande proximité du Très-Haut. Ces spécificités sont en rapport avec la science et la volonté.
La science en question est la connaissance des choses relatives à ce monde et à l’autre, ainsi que la connaissance des vérités intellectuelles. Toutes ces sciences ne relèvent aucunement du domaine du sensible, si bien que les animaux ne partagent pas avec l’homme le privilège de les connaître. Je dirais même que les connaissances générales nécessaires 9 sont le propre de l’intellect. L’homme peut-il ainsi juger du fait qu’il n’est pas concevable qu’une personne se trouve en deux endroits en même temps. Il conclu que cela est valable pour toute personne alors que ses sens n’embrassent qu’un nombre réduit d’individus. Son Jugement dépasse donc le strict cadre de la réalité que ses sens appréhendent. Si tu comprends cette vérité concernant la science extérieure non contingente, cela te semblera d’autant plus évident pour ce qui concerne les réalités purement spéculatives.
Pour ce qui concerne la volonté, on remarque que si l’homme cerne intellectuellement la conséquence d’un fait, et qu’il connaît le moyen de veiller à son intérêt dans une affaire, naissent alors en lui le désir et la volonté de concourir à cet intérêt, et d’agir sur les causes qui le servent. Or cette forme de volonté n’est pas de même nature que le mouvement qui suscite l’envie, ou que celle des animaux. Elle est même tout le contraire de l’envie. Car l’envie, par exemple, répugne à la pratique de la saignée et des ventouses, alors que la raison la prescrit et la demande ; elle est même prête à payer pour cet acte. De même, alors que l’envie penche pour les mets délicieux même en cas de maladie, l’homme raisonnable entend en lui-même une voix qui le dissuade de les manger. Or cette voix n’est pas celle de l’envie.
Si Dieu, en créant l’intellect qui informe l’homme des conséquences des choses, n’avait pas créé ce stimulant et ce ressort volitif mettant ses membres en mouvement pour agir selon les décisions de l’intellect, ces décisions auraient été fatalement inopérantes.
Ainsi, le cœur de l’homme se caractérise-t-il par une science et une volonté que n’ont pas les animaux, et que n’ont pas davantage les jeunes enfants. Ces prérogatives apparaissent en lui avec la maturité. L’envie et la colère, quant à elles, se trouvent déjà chez l’enfant, ainsi que les sens externes et internes.
Dans l’acquisition de ces sciences, l’enfant passe par deux étapes.
La première étape consiste à ce que son cœur réunisse l’ensemble des connaissances non contingentes élémentaires, comme la connaissance de ce qui est impossible et de ce qui est possible selon les apparences. A ce stade, les connaissances théoriques ne lui sont pas encore acquises mais elles deviennent possibles, et tendent grandement à s’actualiser. Il en va de ces connaissances comme d’un praticien de l’écriture qui ne connaît encore de l’écriture que l’encre, la plume et les lettres isolées et non agencées : une telle personne est en passe de savoir écrire mais ne le sait pas encore complètement.
La seconde étape consiste à ce que s’accumulent et s’impriment en lui les connaissances acquises par son expérience et sa réflexion. Il peut alors revenir à ces connaissances comme bon lui semble, devenant semblable à une personne rompue à l’usage de l’écriture, et dont les gens disent : « un tel écrit », même s’il n’est pas en train d’écrire à ce moment précis, car cela signifie simplement qu’il a cette capacité. Ceci est l’ultime degré d’humanité.
Mais ce degré lui-même comporte d’innombrables niveaux, correspondant aux niveaux respectifs des gens sous le rapport de leurs connaissances quantitatives et qualitatives, et de la manière qu’ils ont d’acquérir ces connaissances. Car certains cœurs les acquièrent de manière spontanée et intuitive par le biais d’inspirations divines, tandis que d’autres les acquièrent par l’étude et l’apprentissage. De même, certains sont prompts à assimiler, et d’autres sont lents. C’est en cela que varient les stations des savants, des sages, des prophètes et des saints. Car les niveaux de progression dans le savoir sont innombrables, du fait que les connaissances divines sont inépuisables. Le plus haut degré est celui du prophète auquel sont rapidement révélées toutes les vérités, ou la plupart, sans apprentissage ni effort, par le biais du dévoilement divin.
Dans cet état de grâce, le serviteur se rapproche de Dieu, sous le rapport de la compréhension, de la conformation à la vérité et de l’authenticité, non sous le rapport du lieu ou de la distance. La progression dans ces niveaux correspond aux stations des aspirants cheminant sur la voie de Dieu. Ces niveaux sont innombrables et l’aspirant seul sait où il se situe lui-même dans sa progression. Il le sait comme il sait les niveaux par lesquels il est passé. Quant au chemin qu’il lui reste à parcourir, il n’a pas réellement connaissance de ce qui lui est réservé. Il peut seulement croire à son existence, comme nous croyons à la prophétie et au prophète, et comme nous prêtons foi à son existence.

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