La promesse des villes pour le meilleur des mondes possibles
77 pages
Français

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La promesse des villes pour le meilleur des mondes possibles

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Description

Quel est l'horizon global de défis et opportunités pour les villes en termes de prospérité équitable, de transition climatique et digitale, d'accueil des immigrants, d'éducation, de science et d'innovation, de culture et d'arts, de renaissance urbaine, de gouvernance citoyenne et de planification durable ? Quel avenir souhaitent établir les villes sur une planète aux ressources limitées, mais avec une intelligence et une imagination collective infinies ? Comment envisagent-elles les futurs possibles et choisissent-elles leur vision consensuelle d'avenir désiré, à partir de l'extraordinaire ingéniosité humaine ? Quelles stratégies leur permettent de concrétiser cette vision ? Comment contribuent-elles à la conception d'un monde meilleur pour tous ? Quelles sont les pratiques qui off rent les meilleurs exemples pour les villes durables de demain ? Quel rôle les villes souhaitent jouer, comme communautés démocratiques, tandis que nous avançons dans le troisième millénaire ? Autant de questions essentielles auxquelles ce livre apporte des réponses claires et argumentées.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 05 octobre 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782336910086
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Copyright




















© L’Har mattan, 2020
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
www.editions-harmattan.fr
EAN Epub : 978-2-336-91008-6
Villes et Entreprises Collection dirigée par Alain Bourdin et Jean Rémy
La ville peut être abordée selon des points de vue différents : milieu résidentiel, milieu de travail, milieu de culture. Ceux-ci peuvent être entremêlés ou séparés. Il en va de même des groupes sociaux qui communiquent à travers ces divers types d’enjeux. La dimension économique n’est jamais absente, mais elle entre en tension avec la dimension politique. Ainsi peut-on aborder la conception urbanistique ou architecturale, l’évaluation des politiques sociales ou socio-économiques et les formes d’appropriation par divers acteurs. Pour répondre à ces interrogations, la collection rassemble deux types de textes. Les premiers s’appuient sur des recherches de terrain pour dégager une problématique d’analyse et d’interprétation. Les seconds, plus théoriques, partent de ces problématiques ; ce qui permet de créer un espace de comparaison entre des situations et des contextes différents. La collection souhaite promouvoir des comparaisons entre des aires culturelles et économiques différentes.
Dernières parutions
Stéphanie MINCHELLA, Les entreprises a l’heure du flex-office, contextes, enjeux, vécus , 2020.
Yves COUILLARD, La gouvernance des entreprises industrielles. Du management opérationnel , 2020.
René KAHN, Roseline LE SQUÈRE et Jean-Michel KOSIANSKI (dir.), Cultures régionales, développement économique. Des ressources territoriales pour les économies régionales , 2014.
Yves DRAUSSIN, Saint-Quentin-en-Yvelines – Le centre-ville 1973- 2003. Une épopée urbaine , 2013.
Lambert MOSSOA, Les politiques urbaines en Afrique saharienne. Contours réels , 2012.
Jean-Luc ROQUES, Une sociologie de la petite ville , 2011.
Pierre-Yves LÉO et Jean PHILIPPE (dir.), Villes moyennes et services aux entreprises , 2011.
Monique RICHTER, Pour une réhabilitation de l’habitat créole à Mayotte , 2010.
Guillemette PINCENT, La réhabilitation des quartiers précoloniaux dans les villes d’Asie centrale , 2009.
Alessia DE BIASE et Monica CORALLI, Espaces en commun. Nouvelles formes de penser et d’habiter la ville , 2009.
Jean-Luc ROQUES, La fin des petites villes , 2009.
Carlos COLLANTES DIEZ, La ville africaine : entre métissage et protestation , 2008.
Titre

Voula P. Mega






La promesse des villes pour le meilleur des mondes possibles

Au cœur des objectifs du développement durable 2030 à l’ère de la géopolitique urbaine
Clause de non-responsabilité : « Les opinions exprimées n’engagent que leur auteur et ne peuvent en aucun cas être considérées comme reflétant la position officielle de la Commission européenne. La Commission européenne ne peut être tenue responsable de l’usage des informations contenues dans le présent document. »
Couverture : Stockholm, première capitale européenne de l’environnement (©Voula Mega)
Tous les dessins qui accompagnent le texte sont de l’auteur.
Remerciements
Mes plus sincères remerciements à mes premiers lecteurs exigeants Anna Carin Krokstäde-Kneip et Michel Kneip.
Un grand merci à la Commission européenne de m’avoir accordée l’autorisation de publier cet ouvrage comme activité extérieure. Je suis tout particulièrement reconnaissante aux collègues de la Direction Générale Recherche et Innovation, à la Direction de coopération internationale, et les collègues qui travaillent sur la Mission Villes de Horizon Europe et le nouvel agenda urbain pour l’Union européenne.
Je tiens à remercier également L’Haramattan que je retrouve plus de dix ans après « Modèles pour les villes d’avenir », ainsi que mon éditeur principal Springer pour les livres sur les villes durables ; cet ouvrage continue leur trajectoire pour répondre aux demandes et démarches de décideurs français qui essaient d’aider les villes à se réinventer face aux défis globaux majeurs.
Enfin, comme ce livre est mon premier après la suspension du printemps 2020, j’aimerais remercier Ivo Maes pour sa contribution à mon déconfinement créatif.
Table des matières
Introduction Prélude aux villes, emblèmes de civilisations biodiverses
Dessin 1 : Tokyo et le labyrinthe des villes-mondes
Chapitre 1 Le monde d’avenir et les villes : tendances, risques et opportunités
1. 1 Les tendances démographiques et l’avenir du progrès urbain
1. 2 A l’ère de la géopolitique urbaine : villes puissantes et villes émergentes
1. 3 La ville, ruche de créativité, dans le voyage du développement durable
1. 4 La vision consensuelle d’Habitat III (Quito, 2016) : Une vie meilleure pour tous, c’est possible
Dessin 2 : Copenhague, première capitale post-carbone ?
Chapitre 2 La transition écologique systémique des villes
2. 1 Bio-diver-cités urbaines en déséquilibre écologique
2. 2 Des villes résilientes face au changement climatique
2. 3 Qualité de l’air, de l’eau, et du sol urbain
2. 4 La nutrition et l’amélioration du métabolisme urbain
2. 5 Écosystèmes urbains et fonctions d’avenir
Dessin 3 : Singapour, pionnière en systèmes de gestion aquatique
Chapitre 3 Les villes et l’avenir énergétique
3. 1 Vers une énergie intelligente, propre et responsable
3. 2 Efficacité énergétique : l’option à privilégier
3. 3 Énergies renouvelables et électricité verte
3. 4 Les décideurs locaux sur la voie de l’engagement
Dessin 4 : Rome sans voitures
Chapitre 4 La réinvention de la mobilité et de l’accessibilité urbaine
4. 1 L’optimisation des transports urbains de personnes et de biens
4. 2 La marche et la bicyclette, seuls moyens de mobilité durable
4. 3 Transports publics : des mouvements de qualité à partager
4. 4 Les technologies et innovations de l’avenir
Dessin 5 : New York, ville monde dans un monde de villes
Chapitre 5 Villes vertes, prospères et l’économie créative durable
5. 1 L’échiquier des villes, liens essentiels entre réseaux locaux et globaux
5. 2 Croissance verte inclusive et bioéconomie circulaire urbaine
5. 3 Les villes entreprenantes, partenariats et incubateurs d’éco-emploi
5. 4 Villes et entreprises écoresponsables et investissements socio-culturels urbains
Dessin 6 : Londres, la régénération multiculturelle créative
Chapitre 6 Villes saines, équitables, diverses, intergénérationnelles
6. 1 La diversité, la solidarité urbaine et la justice sociale
6. 2 Le droit à l’éducation, à l’emploi, au logement et à l’inclusion active
6. 3 L’intégration des immigrés et des minorités dans les cosmopoles
6. 4 La santé et la sécurité et les villes durables solidaires
Dessin 7 : Toronto, ville multiculturelle par excellence
Chapitre 7 Villes d’excellence : « les arts et les sciences sont libres » (article 13, Charte européenne des droits fondamentaux)
7. 1 Les villes de la science et de l’innovation
7. 2 Les villes, paysages historiques et cultures vivantes
7. 3 Les villes comme théâtres et chefs-d’œuvre d’Art
Dessin 8 : Berlin, ville phare de la réconciliation européenne
Chapitre 8 Planification participative durable, choix éclaires et liens créatifs
8. 1 L’évolution des formes et des fonctions urbaines
8. 2 Infrastructures vertes et consolidation du tissu urbain
8. 3 Architecture durable et espaces publics nobles
8. 4 Les villes en tant que chronotopes
8. 5 Les villes et la mer : un lien au potentiel bleu-vert
Dessin 9 : Bruxelles, ville riche en organisations non-gouvernementales
Chapitre 9 Le droit à la ville : villes pour et avec les citoyens
9. 1 La gouvernance urbaine plurielle 2. 0 : Villes, îlots d’orgueil civique, en interaction avec tous les acteurs
9. 2 Participation active locale et communautés intelligentes
9. 3 Citoyenneté ouverte, confiance mutuelle et un leadership partagé à inventer
Dessin 10 : Curitiba : Capitale écologique du monde émergent
Chapitre 10 Initiatives internationales pour les meilleurs de villes/mondes possibles
10. 1 Les villes de l’Union européenne : Une constellation de visions, citoyenneté et solidarité
10. 2 Mégapoles, C40, 100 Villes Résilientes : Pollinisation choisie pour un Visage Humain de la Planète
10. 3 Objectif Universel 11 pour 2030 : Que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables : indicateurs et cibles
Dessin 11 : Shanghai : Les villes émergentes et le défi de la durabilité
Références et orientations bibliographiques
Sites internet sélectionnés
Dessin 12 : Athènes, berceau de citoyenneté urbaine
Acronymes
Dessin 13 : Paris, parmi les premières mégapoles de la planète
L’Auteur
Dessin 14 : Istanbul, la ville entre deux continents
Introduction Prélude aux villes, emblèmes de civilisations biodiverses
Les villes sont essentielles pour le progrès de notre monde globalisé, qu’il a un fort potentiel de surprises, de tensions et de risques. La planète Terre semble prise dans une zone de multiples turbulences et incertitudes. L’horizon global est obscurci par la menace existentielle du réchauffement climatique et la hausse intolérable des températures, des événements extrêmes comme des sécheresses, inondations et cyclones, le déclin dramatique de la biodiversité, des inégalités économiques et nouvelles formes d’exclusion et les spectres de pandémies et de terrorisme.
En 2015, l’humanité a déclaré sa volonté universelle de faire face aux crises et avancer vers le développement durable avec un agenda pour 2030. Les villes, abritant déjà plus que la moitié des citoyens du monde et annonçant soixante-dix pour cent des habitants de la planète en 2050, sont au cœur des 17 objectifs universels interconnectés de développement durable. Seuls écosystèmes humains, ouverts et toujours inachevés, elles représentent le meilleur et le pire des mondes possibles, reflétant toute la complexité des relations entre les différents types de ressources et capitaux. Mais, elles semblent déterminées de surmonter les pressions et tensions croissantes et de marquer des progrès significatifs vers le développement durable, et la démocratie locale et globale. Elles déclarent aussi avoir la force et la légitimité de conduire le monde à travers des transitions difficiles et nécessaires qui ne doivent laisser personne derrière.
Chaque ville est exceptionnelle, elle a une identité unique et un faisceau d’opportunités et d’enjeux spécifiques. Mais toutes les villes cristallisent des avantages et inconvénients communs, tandis que dans un monde de plus en plus interconnecté, les défis partagés abondent et sont souvent l’objet de démarches entrelacées. Les villes tissent désormais leur avenir tout en coopérant étroitement entre elles, s’inspirant des autres et influant sur les autres. Elles ont de plus en plus conscience qu’elles font partie de la communauté urbaine universelle.
De nombreuses villes du monde font face à de graves problèmes de gestion de l’urbanisation vertigineuse : assurer des infrastructures techno-sociales, des logements et des emplois adéquats pour des populations en croissance, faire face à l’impact environnemental de l’étalement urbain et réduire la vulnérabilité face au changement climatique et son cortège de catastrophes. Cependant, malgré les progrès réalisés, les inégalités persistent : en 2018, 883 millions de personnes vivent dans des bidonvilles.
En 2016, 91 % de la population urbaine dans le monde devait subir une qualité de l’air moins bonne que celle indiquée par les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé quant aux particules (PM 2,5) ; plus de la moitié a été exposée à des niveaux de pollution de l’air au moins 2,5 fois supérieurs à cette norme de sécurité. En 2016, environ 4,2 millions de personnes sont décédées des suites d’une pollution atmosphérique élevée, souvent liée à la consommation de produits énergétiques polluants que les pays n’ont pas encore banni mais continuent de subventionner.
Pendant les dernières décennies, près de 90 % des décès imputables à des catastrophes signalées à l’échelle internationale se sont produits dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. Offrir une vie meilleure à tous est la promesse de toutes les villes, que ce soit dans les pays industrialisés ou en voie de développement, avec des forces et des faiblesses souvent contrastées. Ce livre cherche à mettre en valeur des visions et des actions des villes qui investissent dans le développement durable et le mieux-être et l’épanouissement de tous, et promeuvent la science et l’innovation, le dialogue et la culture, dans un esprit de tolérance et d’ouverture, de solidarité et de partage juste.
Les promesses tenues des villes pour le meilleur des mondes possibles peuvent inspirer tous ceux qui aiment les villes, qui s’y plaisent et s’émerveillent et croient au potentiel des villes pour façonner un monde à visage humain. L’enquête porte sur les perspectives les plus critiques pour des villes, des écosystèmes riches de leur extraordinaire diversité, et présente des pratiques urbaines exemplaires pour le développement durable et un ordre global plus éthique. Le souhait ultime est que des architectes, ingénieurs et urbanistes, décideurs et citoyens en quête de voies vers la ville durable puissent trouver ici quelques idées fondamentales, afin de capter et mettre en valeur les immenses possibilités des villes résolument tournées vers l’avenir.
Les questions cruciales sont : Quel est l’horizon global de défis pour les villes en termes de prospérité équitable, d’accueil des immigrants, d’éducation, de science et d’innovation, de culture et d’arts, de renaissance urbaine, de gouvernance citoyenne et de planification durable ? Quel avenir souhaitent établir les villes sur une planète aux ressources limitées, mais avec une intelligence et une imagination collective infinies ? Comment envisagent-elles les futurs possibles et choisissent-elles leur vision consensuelle d’avenir désiré, à partir de l’extraordinaire ingéniosité humaine ? Quelles stratégies leur permettent de concrétiser cette vision ? Comment contribuent-elles à la conception d’un monde meilleur pour tous ? Quelles sont les pratiques qui offrent les meilleurs exemples pour les villes durables de demain ? Quel rôle les villes souhaitent jouer, comme communautés démocratiques, tandis que nous avançons dans le troisième millénaire ?
Comme pour l’Anthropocène, l’entrée de l’humanité dans l’ère de « homo urbanus » est irréversible. L’empreinte des urbains sur la terre se fait de plus en plus lourde et l’avenir de la planète semble être de plus en plus décidé dans les villes. La première raison est simplement leur taille et leur poids démographique et économique. L’extraordinaire concentration et pollinisation choisie de diverses ressources, possibilités et activités est l’essence même des villes, seuls lieux où des personnes se réunissent pour optimiser leurs chances. Les villes sont souvent des centres de pouvoir politique et de commandement de chaînes de ressources et de valeurs et elles créent des modèles qui sont diffusés sur l’ensemble des nations, des villes, et même de la planète. Enfin, les villes ont toujours promu des démocraties citoyennes ouvertes. L’entrecroisement des dynamismes politiques locaux a amorcé l’ère de la géopolitique urbaine.
Dans un monde de plus en plus multipolaire et globalisé, les villes deviennent des acteurs géostratégiques de premier ordre. Soixante-cinq millions de personnes choisissent un horizon urbain comme perspective de vie, chaque année. Les villes leur offrent de nombreuses possibilités à faire des choix essentiels. Elles peuvent mobiliser toutes leurs forces et renforcer leur capital humain, social, physique, financier et bâti, culturel, artistique et politique afin de créer de meilleures conditions de vie et de travail. Chacune et chacun des citoyens du monde espère pouvoir y poursuivre sa quête fondamentale d’accomplissement et de bonheur.
Les villes des pays industrialisés, avec une population stabilisée et de plus en plus âgée, essaient de renouveler leurs infrastructures et réinventer les services qu’elles offrent à leurs citoyens. Les villes en voie de développement, en pleine explosion démographique, doivent faire face à des demandes exorbitantes en ressources et services d’une population jeune et pauvre, venant massivement chercher un meilleur avenir en milieu urbain. L’émergence d’une classe moyenne urbaine, notamment dans les économies en développement, crée également des nouvelles dynamiques et perspectives.
Cet ouvrage essaie d’apporter un éclairage sur des problématiques urbaines nouvelles, telle que les villes multi générationnelles et les villes commandant ensemble les ressources stratégiques de la planète, l’accueil des immigrés, la croissance écoresponsable, verte ou bleue, l’économie circulaire créative et les progrès vers les objectifs du développement durable. Il souligne enfin les germes du progrès et les capacités qu’une ville doit renforcer pour se réinventer et conduire à un monde meilleur.
Le premier chapitre examine les tendances, les tensions et les opportunités qui peuvent influencer sur les villes au croisement de tous les flux, tangibles et intangibles, de la planète. La démographie et les mouvements migratoires, l’émergence d’une conscience mondiale, d’une nouvelle classe moyenne et de changements radicaux des modes de production et de consommation, les avancées scientifiques et technologiques, la révolution digitale, et le progrès des jeunes, femmes et minorités, enfin la nécessité de réinventer l’art de vivre ensemble sont soulignés comme les principales tendances, souvent porteuses aussi bien de risques que d’opportunités.
Les villes sont des ruches d’ingéniosité et possibilités. Leur capacité à regrouper et confronter tant de diverses ressources vivantes les rend laboratoires d’invention et d’innovation. L’éco-responsabilité lie les villes à leur conscience universelle. Les villes durables, parmi les piliers prioritaires des dix-sept objectifs fondamentaux de l’agenda du développement durable 2030, peuvent grandement contribuer, en outre, aux autres objectifs, la lutte contre la pauvreté et le changement climatique, la promotion de la santé publique, d’emplois décents et la prévention des tensions liées à la distribution de l’énergie, la nourriture et l’eau.
Le second chapitre est consacré aux villes comme écosystèmes vitaux pour la transition écologique systémique. L’urbanisation influence énormément l’occupation et l’utilisation des sols, la biodiversité, le cycle hydrologique local et régional, la qualité de l’air et le climat de la planète. Réduire son empreinte écologique est le premier défi pour les villes qui désirent vivre en harmonie avec la nature. Pour prospérer en respectant la planète, les villes ont besoin de cellules et neurones écologiques et respectueuses de l’environnement. Les organes et les fonctions urbaines doivent renforcer la capacité de résilience et la transition à la civilisation du développement durable.
Un éventail de bonnes pratiques souligne des actions exemplaires des villes pour le climat, leurs stratégies d’adaptation au changement et en faveur de la biodiversité. Copenhague et Stockholm, parmi les capitales européennes vertes, éclairent le chemin. A l’instar de Rotterdam, plusieurs villes désirent devenir des « villes éponges », ou concourir avec Vancouver pour devenir la ville la plus verte de la planète.
Les villes ont un rôle prééminent à jouer pour l’équilibre dynamique entre la quantité et la qualité de développement et la symbiose harmonieuse entre la nature, les humains et les espaces bâtis. La gestion intelligente responsable des ressources stratégiques, telles que nutriments, matériaux et produits, est essentielle pour les villes qui refusent la dépendance et le déclin. L’endettement en matière de ressources naturelles peut être aussi dangereux que l’endettement financier. L’agroécologie peut créer de nouveaux dialogues fructueux entre l’urbain et le rural.
En 2019, le 29 juillet fut le jour « du dépassement », jour à partir duquel l’humanité aurait dépensé toutes les ressources naturelles renouvelables pendant toute l’année. Il y a urgence à faire retarder cette date. Les villes doivent inventer de nouvelles ressources, souvent à partir de déchets, minimisés et optimisés, si elles souhaitent continuer à prospérer, tout en améliorant leur efficacité et en réduisant la pauvreté et la pollution. Des chercheurs et organisations respectées suggèrent qu’il est possible de bien vivre, en équilibre écologique, avec zéro particule de déchets.
L’énergie, enjeu géostratégique incontournable, est étroitement liée à la vitalité urbaine et au droit de tous à la société post-carbone. Les villes responsables doivent garantir l’accès pour tous à une énergie abordable, verte et sûre, voie royale vers la neutralité climatique. Il existe un grand potentiel pour l’efficacité énergétique en liaison avec une énergie plus durable, des options et technologies plus propres et la responsabilisation et l’amélioration des comportements. L’avènement de sources locales d’énergie renouvelable et des « procumers », simultanément producteurs et consommateurs d’énergie verte, peut conduire à des villes productrices au lieu de consommatrices d’énergie. Le troisième chapitre permet de mieux comprendre les éléments constitutifs et vecteurs de production et de consommation d’énergie durable dans les villes et des efforts consentis au niveau local pour surpasser les objectifs nationaux et supranationaux de politique énergétique.
La mobilité durable et l’accessibilité sont fondamentales pour les sociétés et les économies urbaines, essentielles pour la qualité de vie locale et une croissance équilibrée, génératrice d’emplois durables. La qualité des services de transport des personnes et des biens a un impact crucial sur la vie des citoyens. La performance du secteur des transports, très énergivore et grand contributeur au réchauffement de la planète, doit être fortement améliorée. L’automatisation et les voitures électriques sont parmi les innovations qui gagnent du terrain.
Le quatrième chapitre met en lumière les défis pour l’avenir des espaces, des services et des infrastructures de transport. Il examine des approches en matière de transports propres et efficaces et des alternatives de mobilité durable, et des innovations sociales, pour se déplacer différemment et mieux dans la ville.
Le dynamisme économique et la qualité de vie sont des atouts cruciaux pour les villes qui désirent attirer des personnes et des capitaux. Le potentiel des villes pour le développement durable est en rapport avec leur tendance à se dépasser, leur capacité à innover, produire et diffuser de la richesse, tout en améliorant le bien-être de tous, en harmonie avec la nature. Scènes centrales dans les théâtres nationaux et sur le grand échiquier mondial, les villes génèrent des économies d’agglomération par le renforcement mutuel d’activités. En temps d’incertitude, la recherche d’une croissance équilibrée avec les autres composantes du développement durable, est critique. Des innovations à bénéfices multiples sont essentielles pour la création de nouveaux actifs, surtout issus de passifs. Les entreprises, organisations et institutions ont un rôle essentiel à jouer dans la création de « valeur à partir de valeurs partagées ».
La qualité de vie et l’accès à des ressources et des connaissances sont des promesses essentielles de l’attrait urbain. Le cinquième chapitre est dédié aux efforts des villes compétitives pour favoriser, attirer et retenir des talents et promouvoir des services intelligents de qualité, et des entreprises vertueuses vertes. Les villes sont elles-mêmes sources de nouveaux emplois écologiques et peuvent influencer les marchés dans la direction du développement durable. Elles peuvent explorer et exploiter de nouveaux horizons, tels la mer et la bio économie, dotées d’un grand potentiel pour une utilisation durable des ressources. Des partenariats novateurs avec des éco-entreprises sont déterminants pour concilier les effets économiques à court terme avec des objectifs de durabilité à long terme.
Le sixième chapitre est consacré aux villes en tant qu’écoles pour respecter la différence et apprendre à vivre mieux en société. Il met en lumière l’évolution du capital social des villes et leur capacité d’équité, de justice sociale et de solidarité. Les défis sont de plus en plus importants dans les villes qui sont confrontées à de nouvelles formes d’exclusion et de discrimination, où les inactifs représentent un potentiel énorme, où plus de trois générations et des ethnies diverses coexistent, et où les migrants viennent à la recherche de meilleures conditions de vie et de travail. Fonctionnant comme des aimants sur les migrants, les villes doivent développer leur capacité d’accueil et d’intégration pour le bénéfice de tous.
L’innovation et les sciences, l’éducation et les arts trouvent dans les villes des espaces d’interactions privilégiées. Les villes sont des héritages vivants, qui refusent de se figer dans le passé et investissent dans l’avenir, sur lequel les citoyens projettent leurs espoirs et leurs souhaits. Leur identité est définie par le patrimoine et les traditions, la culture, la science et les arts. Dans les villes du monde, le talent des hommes a produit d’immenses chefs-d’œuvre, expressions matérielles ou immatérielles liées au génie des lieux.
Les arts dans la ville constituent l’expression ultime de l’intelligence collective, l’imagination et l’ingéniosité. De nombreuses actions novatrices se concentrent sur les espaces urbains qui permettent de convertir les lieux quotidiens en expériences uniques. Le patrimoine culturel urbain, expression majeure du génie humain collectif, est aussi important pour l’humanité que les sites exceptionnels naturels.
Le développement intellectuel et le rayonnement culturel et artistique des villes sont cruciaux pour leur avenir. Le septième chapitre examine le rôle des ressources intellectuelles et culturelles comme des atouts majeurs de la ville durable et présente un spectre d’actions visant à renforcer l’identité urbaine et à rendre les citoyens fiers des lieux où ils résident. Plusieurs villes du « savoir » investissent dans la science et l’innovation, ainsi que dans des partenariats avec des universités, des organisations et des entreprises, et fournissent des modèles vers des villes d’excellence.
La régénération continue des espaces vitaux est essentielle pour renforcer la capacité de renouvellement des cellules urbaines. Les zones déshéritées et défavorisées peuvent être transformées en quartiers innovants et attrayants et renverser les dédales du déclin. La participation des jeunes et des femmes dans les projets peut étendre considérablement les chances de réussite, et l’éducation est toujours l’investissement productif le plus décisif.
L’aménagement du territoire et les infrastructures vertes sont des instruments essentiels pour la régénération durable des villes, de leurs parties physiques et de leur prodigieuse diversité. Des friches industrielles et des infrastructures vétustes doivent être converties en espaces intelligents, verts et bien intégrés dans le tissu urbain. De nombreuses villes démontrent que le renforcement et la consolidation du tissu urbain peut empêcher l’étalement urbain et réduire la lourde charge des émissions et le fléau de la congestion. La renaissance urbaine est censée ramener l’harmonie dans les villes, thème cher à l’expo de Shanghai 2010, première exposition universelle à avoir lieu dans une métropole du monde émergeant.
Le huitième chapitre suggère que, dans un climat global incertain, la renaissance urbaine ne peut pas être perçue comme une évolution linéaire du passé, elle nécessite des bonds qualitatifs et des changements de paradigmes. Des innovations urbaines doivent porter aussi bien sur le corps de la ville, avec ses systèmes sanguin, respiratoire et nerveux, que sur son âme, avec ses valeurs, ses concepts, ses questionnements, et sur le cœur de la ville, avec ses émotions, ses sensibilités, ses étonnements.
L’architecture durable en quête d’excellence peut entraîner de nouvelles formes d’expression urbaine et une meilleure performance des bâtiments et des quartiers. Des espaces publics et culturels, ouverts et accueillants, peuvent favoriser la vie de la collectivité et la démocratie locale et apporter une plus grande valeur aux lieux de passage et de partage. Des projets structurels symboliques peuvent contribuer à des synergies devenir des références d’avenir.
Des citoyens responsables, présents et futurs, sont les acteurs de la scène politique des villes dans un monde multipolaire et interdépendant. Ils ont le droit de consultation et d’association et le devoir de contrôle démocratique des politiques qui les concernent. La citoyenneté active, la participation, la co-création et la codécision sont indispensables pour établir une vision pragmatique pour l’avenir d’une ville. Une nouvelle gouvernance doit renforcer le potentiel offert par toutes les mains invisibles des sociétés et économies urbaines et construire un consensus social sur une vision à réaliser avec les efforts de tous.
Le neuvième chapitre est consacré aux villes pour et avec les citoyens. La résilience des villes dans le temps est aussi liée à leur capacité à promouvoir des démocraties ouvertes, la citoyenneté active étant une dimension essentielle des villes durables. Des partenariats innovants peuvent optimiser le potentiel de synergies, nourrir le contenu et les méthodes de collaboration et servir de catalyseurs du changement. Des alliances institutionnelles sont enrichies avec un éventail d’exercices participatifs. Des coalitions de villes, à la fois des pays en développement et des pays développés, peuvent jouer un rôle primordial pour faire face aux défis communs et accomplir les objectifs pour la renaissance de la planète.
De l’anticipation à la gouvernance démocratique, la prospective stratégique peut apporter des éclaircissements pour bâtir une vision d’avenir durable choisi parmi de nombreux futurs possibles. Une réflexion prospective, établie conjointement avec les citoyens, peut ouvrir de façon spectaculaire le spectre des possibilités et mieux co-évaluer les obstacles et les moteurs de changement. La planification stratégique pour la mise en œuvre d’une vision urbaine transformatrice doit considérer aussi bien les changements dans l’espace que dans le temps, et doit donc se concentrer non seulement sur les trois dimensions territoriales, mais aussi sur la dimension temporelle. Le temps urbain est également une ressource précieuse et rare. Des plans locaux de temps peuvent renforcer les capacités des villes comme chronotopes et améliorer l’efficacité des ressources et la qualité de la vie.
Le but des politiques éclairées, mieux conçues et co-dessinées, est de parvenir à une meilleure qualité et des perspectives de vie épanouissante. Des observatoires urbains et des indicateurs de durabilité peuvent aider à évaluer l’état des villes et servir de boussoles dans le chemin qui reste à parcourir vers des cibles précises. Les indicateurs d’impact sont un instrument puissant et pourraient servir comme repères dans l’élaboration des politiques futures.
Le dernier chapitre traite des meilleures pratiques proposées aux villes du monde en développement, où presque toute la croissance urbaine de la planète a désormais lieu. La constellation européenne urbaine, une structure polycentrique unique de grandes, moyennes et petites villes, offre un éventail des pratiques inspirantes. La reconnaissance des quatre dimensions de subsidiarité, locale, régionale, nationale et européenne, par le traité de Lisbonne, a souligné l’importance d’une gouvernance à plusieurs niveaux, avec le citoyen au centre des dialogues et des actions.
Les anthologies montrent que les villes ont un rôle essentiel pour une croissance intelligente, durable et inclusive, et les valeurs de la justice sociale et de la citoyenneté, des droits de l’homme et de la démocratie. Les partenariats stratégiques sont essentiels pour partager les expériences internationales.
Les pratiques urbaines exemplaires enseignent que, de Singapour à Sao Paulo, il est crucial de trouver des solutions locales aux défis globaux, mais aussi de s’inspirer de laboratoires urbains de l’avenir. Des initiatives conjointes offrent des partenariats et hélices quadruples (secteur public, privé, organisations citoyennes et Universités) de villes et citoyens travaillant ensemble, au-delà des frontières nationales.
Ce livre préconise la durabilité forte, impliquant que non seulement le capital urbain total devrait être précieusement sauvegardé, mais aussi chacun de ses précieux composants. Les formes de capital urbain embrassent le capital environnemental (systèmes de support de vie), naturel (ressources physiques négociées aux marchés), humain (santé, éducation et bien-être), social (réseaux, traditions, culture), politique (capacité des citoyens et des communautés à prendre en main leur avenir) et créé (financier et bâti). Chaque forme de capital est essentielle et devrait être transmise fructifiée aux générations futures. Plus les forces d’érosion se multiplient, plus il y a urgence d’agir.
Des promesses inspirantes pour saisir les chances de l’avenir offrent le fil à ce livre qui se veut un concentré d’informations et de réflexions sur des concepts, des visions et des pistes d’actions-clés. Un ensemble d’orientations bibliographiques et de sites offre au lecteur la possibilité de continuer de naviguer en quête d’ouvrages plus spécialisés pour des connaissances plus spécifiques et détaillées.
Les exemples novateurs et les bonnes pratiques inviteront le lecteur à un voyage à travers le monde urbain de demain, au moment où les villes déploient des ailes du renouveau vers le meilleur des mondes possibles.
L’écriture de cet ouvrage s’est terminée juste avant la crise de COVID-19, la pandémie qui a secoué le monde en 2020. Cette crise sanitaire qui a provoqué une crise économique gigantesque a magnifié des failles et inégalités préexistantes, mais elle a aussi révélé des ressources extraordinaires des villes et des citoyens et de leurs capacités de se redresser. Des trésors insoupçonnés de solidarité urbaine ont permis de porter un autre regard sur les villes confinées. La distanciation sociale, complète antithèse de l’entrecroisement urbain, et le confinement des habitants, a permis aux villes du monde de respirer un air pur et serein. Serait-il une parenthèse ou le début d’un nouveau cycle de croissance durable et responsable, portant plus sur la régénération écologique et la justice sociale ?
Plusieurs organisations prônent pour une grande réinitialisation. Que cet ouvrage contribue à la réinvention des villes est notre ultime souhait.


Dessin 1 : Tokyo et le labyrinthe des villes-mondes
Chapitre 1 Le monde d’avenir et les villes : tendances, risques et opportunités
1. 1 Les tendances démographiques et l’avenir du progrès urbain
La révision des tendances d’urbanisation planétaire proposée par l’ONU en 2018 souligne que 68 % de la population mondiale vivra en ville en 2050. En 2018, nous étions 4.1 milliards de citadins, 55 % de la population mondiale, contre 10 % de citadins à la fin du 19 ème siècle. Depuis les années 2000, on compte en moyenne 65 millions de nouveaux citadins par an.
La relation entre la population urbaine et rurale serait pleinement renversée entre 1950 et 2050. En 1950, la population planétaire était essentiellement (70 %) rurale, elle sera essentiellement (70 %) urbaine en 2050. Le rythme de croissance urbaine est de plus en plus hallucinant. Jusqu’à 2050, 2,5 milliards de personnes s’ajouteront aux agglomérations urbaines, l’entière population de la Chine et de l’Inde ensemble.
La croissance urbaine aura principalement lieu dans des villes des pays émergents ou en voie de développement, celles qui abritent également le plus grand nombre des bidonvilles, principalement en Asie (54 % de la population urbaine globale), mais aussi en Afrique, abritant 13 % de la population urbaine globale. Lagos, ancienne capitale du Nigeria, est championne mondiale en croissance vertigineuse de sa population. Les deux tiers de ses habitants vivent dans des bidonvilles (UN 2018b).
La planète compte 33 mégavilles, avec plus de 10 millions d’habitants, abritant un huitième de la population mondiale (UN 2018b). Le monde pourrait en avoir 43 en 2030. Pourtant, la moitié des citoyens urbains vivent dans des villes avec moins de 500 000 habitants. L’Europe, troisième continent plus urbanisé après les Amériques, est le paradigme d’un espace polycentrique aux villes petites, grandes et intermédiaires qui garantissent un tissu dense et varié.
Tokyo, avec 37 millions d’habitants, reste de loin la plus grande agglomération mondiale. Elle est suivie par New Delhi (29 millions), Shanghai (26 millions), Mexico et São Paulo (22 millions chacune). Viennent ensuite Le Caire, Bombay (Mumbai), Pékin (Beijing) et Dhaka, avec autour de 20 millions d’habitants. Tokyo pourrait commencer son déclin démographique vers 2020, tandis que Delhi, continuant sa croissance vertigineuse, pourrait devenir la première ville mondiale vers 2028.
Dans un contexte mondial très incertain, aux multiples turbulences géopolitiques, les grandes villes représentent des opportunités extraordinaires, mais aussi des risques majeurs liés au changement climatique, le déclin de la biodiversité et les injustices sociales. La mondialisation a modifié la répartition de la richesse et facilité l’ouverture, la mobilité et la connectivité, mais elle encourage aussi de nouvelles inégalités et fait perdre aux citoyens leurs repères habituels. Les catastrophes naturelles pourraient être potentiellement plus coûteuses et plus meurtrières en frappant les villes, étant donné leur extraordinaire concentration de population et de richesse. La hausse du niveau des mers serait une des tendances les plus menaçantes pour les mégapoles côtières et surtout les mégapoles deltaïques (West 2016).
1. 2 A l’ère de la géopolitique urbaine : villes puissantes et villes émergentes
Dans ce contexte divers et inégal, la durabilité du développement dépendra de la capacité des villes à gérer la croissance urbaine, en particulier dans les pays en développement et à être des acteurs interconnectés incontournables dans le système de gouvernance globale. Des politiques intégrées pour améliorer la vie des citoyens en harmonie avec la planète sont plus que jamais nécessaires. L’espace urbain, lieu d’agrégation par excellence, peut servir de laboratoire d’expérimentation et de phare pour l’avenir.
Les villes, reflétant la diversité spatiale et temporelle des ressources et des valeurs des sociétés en perpétuelle évolution, sont appelées à répondre aux besoins immédiats d’aujourd’hui tout en prenant en compte les exigences de demain. Ces deux thèmes sont au cœur du développement urbain durable. L’Indice de Développement Durable d’Arcadis a classé 100 villes mondiales selon les trois piliers du développement durable : social (Population), environnemental (Planète) et économique (Prospérité). Les villes européennes sont de loin celles qui équilibrent le mieux les trois dimensions. Elles dominent le classement Arcadis avec 16 d’entre elles dans le top 20. Zurich est en 1 ère position, grâce à ses nombreuses actions en matière de durabilité environnementale et économique (Arcadis 2016).
Dans un contexte de gouvernance démocratique globale affaibli (Gore 2013), les villes, bastions de démocraties ouvertes, peuvent devenir des acteurs puissants, non pas uniquement à cause de leur poids démographique, mais par leur exercice de gouvernance démocratique et leur capacité de servir d’exemple et de disséminer des modèles. Les contours de géopolitique urbaine sont explorés dans plusieurs analyses et font l’objet des dialogues internationaux.
Le “leadership” (art de gouverner) au niveau urbain est sous pression plus immédiate que celui au niveau des gouvernements nationaux. Le premier classement asiatique de villes mondiales « Global Power City » (Ville Mondiale Puissante), initié en 2008 par la Fondation Mori Memorial et l’Institut pour les stratégies urbaines à Tokyo, a mis en évidence l’émergence d’une géopolitique urbaine, comme une conséquence de la croissance des réseaux interurbains. Ce classement annuel analyse et compare des villes mondiales en termes de « pouvoir planétaire ». Il est intéressant de noter que, pendant la première décennie, New York, Londres, Paris et Tokyo ont été les villes les plus puissantes de la planète (Mori Memorial Foundation 2018). Singapour suit dans le classement et obtient une haute place dans plusieurs indices internationaux, y compris celui de la transparence.
La série des rapports de A.T. Kearney sur les villes mondiales, également initiée en 2008, a été l’un des premiers à classer les villes en fonction de leur réputation mondiale, et il reste très apprécié pour son évaluation globale des capacités urbaines. Dix ans après, le rapport de 2018 examine les performances des villes, et évalue leur potentiel selon cinq critères : l’activité économique, le capital humain, l’échange d’informations, l’offre culturelle et l’influence politique.
La course pour devenir « la » ville globale est grande ouverte. New York conserve la première place du palmarès des villes globales, grâce à sa solide performance dans les activités commerciales et le capital humain, tandis que San Francisco est toujours en tête des villes qui ont une capacité d’innovation constante. Aucune ville ne maîtrise tous les aspects d’une ville mondiale. Une ville parfaitement globale, affichant un indice 100, devrait être composée de 15 villes. New York occupe la première place sur cinq des 27 indicateurs et Bruxelles sur quatre. Melbourne et Sydney mènent le bal dans trois des 13 aspects, Moscou et Londres dans deux. En 2018, Seattle entre pour la première fois dans le classement, ainsi que six nouvelles villes en Chine (Kearny 2018).
En 2014, l’aperçu des villes émergentes a mis l’accent sur des villes asiatiques et africaines vulnérables, mais pleines de potentialités. Jakarta et Manille, mégapoles du Sud-Est asiatique à la biodiversité foisonnante et l’économie croissante, sont en première position. Addis Abeba, capitale de l’Ethiopie et siège de l’Union Africaine, est en 3 e position, tandis que Nairobi, 9 e au classement, occupe le deuxième rang à l’échelle africaine, devant Johannesburg et Le Cap. Les mégapoles du Caire et Lagos n’occupent que la 30 e et la 32 e position respectivement (Kearney 2014).
1. 3 La ville, ruche de créativité, dans le voyage du développement durable
Héraclite, philosophe grec de la fin du 6 ème siècle av. J. C., a enseigné que rien n’est permanent sauf le changement. L’avenir urbain est en perpétuel réinvention. Pourtant, le progrès vers le développement durable ne peut pas être le résultat de simples changements linéaires. À part les évolutions qui remodèlent sans cesse le paysage urbain, la mutation profonde nécessite des bonds et des changements de paradigmes nourris d’innovations. Les villes doivent mobiliser toutes leurs forces créatrices et concevoir et réaliser des éco-innovations, des innovations socioculturelles et aussi des innovations institutionnelles et publiques.
Chaque ville croît par des processus de diversification et de différentiation graduelle, de changements évolutifs et de bonds qualitatifs et quantitatifs. Si les villes désirent créer un avenir meilleur que ce que promet la simple projection de leur passé et de leur présent, elles doivent innover. Chaque innovation urbaine est une étincelle qui a le potentiel de provoquer des flammes. De l’émergence d’une nouvelle idée jusqu’à la transformation finale, la naissance et la croissance d’une innovation dépendent des ressources d’une ville et de leur mobilisation pour réinventer leur propre avenir. Les villes stériles stagnent, les villes fertiles progressent (Jacobs 1969).
L’innovation a été définie comme de la « destruction créative » (Schumpeter 1976). Il s’agit d’un processus et non pas d’un événement, qui englobe l’invention d’un nouveau concept, les coalitions qui se créent pour sa mise en place, les multiples itérations et interactions et la transmutation finale. Toute innovation associe les idées à l’action et porte en elle les graines de son dépassement. L’innovation la plus ardue consiste souvent non pas en l’introduction d’une nouveauté, mais en l’abolissement d’une pratique désastreuse bien ancrée dans les traditions.
Les villes ouvertes à l’innovation favorisent l’éclosion de nouvelles idées, la co-création, l’entrecroisement et l’engagement collectif pour réaliser les actions prometteuses. Les pouvoirs publics locaux ont l’obligation de réaliser les potentiels pour relever les défis sociaux, économiques et environnementaux croissants et élargir le champ des possibles. Grand nombre d’innovations réclament la décentralisation, la répartition équilibrée des pouvoirs, la vision à long terme, la négociation et le dialogue en quête de consensus (Mega 2013).
La ville a toujours été un formidable laboratoire du politique. L’étude des agglomérations urbaines sur divers continents, confronte les problématiques et les dynamiques des villes développées à celles des villes émergentes, des centres concentrés et des périphéries souvent chaotiques, des enjeux, des conflits et des risques auxquels doivent faire face les divers acteurs de l’urbanisation de plus en plus connectés.
La taille, fonctionnalité et qualité de vie sont des critères importants pour des villes. Le caractère spécifique et les défis des villes moyennes et intermédiaires ont souvent fait l’objet d’une attention limitée, bien que ces villes constituent la majorité de toutes les villes. De par leur rôle central dans la réalisation de processus de développement urbain plus équilibrés et durables, et la réduction des inégalités territoriales, il est impératif d’accorder de l’importance aux villes intermédiaires.
Les villes intermédiaires et leurs divers partenaires peuvent aider à identifier un éventail de concepts et de stratégies vers la culture du « mieux vivre ensemble » comme facteur clé pour atteindre les objectifs du développement durable. Un autre aspect important est l’intégration de stratégies participatives, avec une attention particulière sur la contribution et les talents des femmes et les impératifs de la citoyenneté, ainsi que le développement des services fondamentaux et des infrastructures et opportunités au niveau local.
1. 4 La vision consensuelle d’Habitat III (Quito, 2016) : Une vie meilleure pour tous, c’est possible
Les Objectifs de Développement Durables (ODD) adoptés par l’ONU en 2015, moins de trois mois avant l’accord de Paris, s’inscrivent dans la voie de la transformation systémique en proposant une « nouvelle vision pour amener l’humanité dans un nouveau monde ». Un nouveau « récit collectif », capable de susciter une communauté de destins, devrait mobiliser les villes, désireuses à devenir plus inclusives, plus sûres, plus résilientes et plus durables.
Quelques mois après l’adoption de l’agenda 2030 pour le développement durable, la Conférence des Nations Unies sur le Logement et le Développement Urbain Durable (Habitat III) à Quito en 2016, a présenté un nouveau programme urbain, connu comme l’agenda de Quito, visant à orienter les politiques des villes à travers le monde. Dans ce cadre, des autorités et parties prenantes sont incités à accroître les performances des villes, mettre en œuvre des stratégies et des politiques visant à relever les importants défis auxquels elles sont confrontées, et répondre à ces questions environnementales et socio-économiques, tout en plaçant les citoyens au cœur des enjeux (UN-HABITAT 2017).
L’agenda de Quito comprend notamment un appel à l’égalité des chances et l’élimination des discriminations, au plein respect des droits des migrants et des réfugiés, à des villes plus propres, au renforcement de la résilience et à la réduction des émissions de carbone, à l’amélioration de la connectivité et à la promotion d’espaces publics verts, sûrs et accessibles.
L’agenda ne fixe pas des objectifs spécifiques contraignants, il s’agit plutôt d’une « vision partagée » qui établit des principes pour la transformation des zones urbaines en lieux plus inclusifs, plus sûrs, plus résilients et plus durables, de manière à promouvoir la prospérité et la qualité de la vie pour tous. L’intention est d’avancer vers des villes et des établissements humains dans lesquels tous les habitants pourront jouir des mêmes droits et des mêmes possibilités et notamment des droits fondamentaux référant aux buts et aux principes énoncés dans la Charte des Nations Unies.
Les villes se sont engagées à la pleine réalisation du droit à un logement convenable, en tant qu’élément du droit à un niveau de vie acceptable et digne, sans discrimination. L’accès universel et pour un prix abordable à l’eau potable et à des installations sanitaires sûres ; et l’accès universel, dans des conditions d’égalité, aux biens publics et à des services de qualité dans des domaines tels que la sécurité alimentaire, la nutrition, la santé, l’éducation, les infrastructures, la mobilité, l’énergie, la qualité de l’air et la répartition des ressources.
L’agenda de Quito a mis l’accent sur la participation civique en renforçant les sentiments d’appartenance et d’appropriation. Elle favorise les interactions sociales et les échanges entre générations, les expressions culturelles et la participation politique, la cohésion sociale, l’intégration et la sécurité dans des sociétés pluralistes et pacifiques, où les besoins de tous les habitants sont satisfaits, une attention particulière étant accordée aux besoins des citoyens les plus vulnérables.
L’égalité des chances entre les sexes et l’autonomie des femmes et des filles doit garantir leur participation pleine et effective et l’égalité des droits dans tous les domaines, y compris à tous les niveaux de la prise de décisions. L’agenda plaide pour un travail décent et une rémunération égale pour un travail de valeur égale, ainsi que l’élimination de toutes les formes de discrimination, de violence et de harcèlement à l’encontre des femmes et des filles dans les espaces public et privés.
Les villes doivent se montrer à la hauteur des défis et des perspectives qui accompagnent une croissance économique durable, en promouvant des transformations territoriales structurelles, des activités à valeur ajoutée et l’utilisation responsable des ressources, en mobilisant les sociétés locales et prenant en compte la contribution de l’économie informelle, tout en soutenant une transition viable vers l’économie formelle.
La planification territoriale devrait encourager la mobilité propre et l’accessibilité dans les villes, en mettant à la disposition de tous des moyens de mobilité urbaine viables, propres, sûrs et accessibles, ainsi que des systèmes de transport de passagers et de marchandises, économes en ressources. Relier les personnes, les lieux, les biens, les services et les opportunités est essentiel pour le lien social et l’avenir des villes.
L’agenda de Quito souligne également la nécessité de réduire les risques de catastrophe et la vulnérabilité urbaine, renforcer la résilience et les capacités d’adaptation face aux catastrophes d’origine naturelle ou humaine et favoriser l’atténuation des changements climatiques et l’adaptation par des mesures pertinentes.
Enfin l’équilibre entre villes et milieu naturel est primordiale pour le développement durable. Un soin particulier doit être porté sur les espaces péri-urbains. A Quito, les villes se sont engagées à protéger, préserver, restaurer et promouvoir les écosystèmes, les ressources aquatiques et marines, les habitats naturels et la biodiversité, réduire au minimum leur impact environnemental et avancer vers des modes de production et de consommation durables, respectueuses de l’environnement et la planète.
Trois ans après, la situation d’urgence s’est aggravée. La seule réponse valable demande, plus que jamais, un sursaut à l’échelle de la planète.

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