Le philosophe et le transfert des sciences et de la technologie en Afrique
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Description

L'accès aux sciences et à la technologie est un problème crucial pour les pays africains, mais il s'exprime souvent en termes de transfert et non de maîtrise de processus. Le véritable développement scientifique et technologique doit être profondément ancré dans la vie sociale et suivre l'évolution de celle-ci. Tout transfert de technologie comporte donc la menace d'une pression sur les structures du pays d'accueil souvent accentuée par le prolongement du rapport de domination.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2010
Nombre de lectures 157
EAN13 9782336274508
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

© L’Harmattan, 2009
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris
http://www.libraireharmattan.corn diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattani @wanadoo.fr
9782296119512
EAN : 9782296119512
Le philosophe et le transfert des sciences et de la technologie en Afrique

Le Bernard Sissa
Sommaire
Page de Copyright Page de titre COLLECTION « PENSÉE AFRICAINE » - dirigée par François Manga-Akoa INTRODUCTION PREMIERE PARTIE - LES LIENS NATURELS DE LA PHILOSOPHIE ET DES SCIENCES
La tentation de la philosophie La « scientificité » de la philosophie Qu’en est-il du rapport de la science et de la technologie ? La science, la technologie et leurs interrelations
DEUXIEME PARTIE - LA POLITIQUE DES SCIENCES ET DE LA TECHNOLOGIE EN AFRIQUE
Le choix et le transfert des technologies Les implications socio-politiques du transfert des sciences en Afrique Une science et une technologie pour le peuple
TROISIÈME PARTIE - DÉGRADATION DE L’ENVIRONNEMENT : LA PROBLÉMATIQUE DU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE DANS LE MONDE
La dégradation de l’environnement et la problématique du réchauffement climatique Le réchauffement climatique et ses conséquences Sur le plan de la santé Sur le plan de l’agriculture La disparition des forêts Hausse du niveau des océans, inondations et déplacement des populations La responsabilité de l’homme et de la nature dans le réchauffement climatique Qu’est-ce que l’effet de serre ? La pollution de l’environnement en Afrique par les déchets toxiques L’hybridation des logiques scientifiques et politiques L’interrogation philosophique : vers une autodestruction de l’humanité? Les futilités pédagogiques de la coopération Le problème sans question
QUATRIÈME PARTIE - L’ÉDUCATION : PRÉALABLE INDISPENSABLE À TOUT DÉVELOPPEMENT SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE
La formation des techniciens La science et la technologie dans l’enseignement général Echec des théories racistes et anti-scientifiques Handicap par rapport à une certaine école
CINQUIEME PARTIE - LE DEVELOPPEMENT SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE ENDOGENE
Une science et une technologie avec le peuple Une technologie endogène La nécessité de la réflexion philosophique ou la réflexion philosophique comme nécessaire La philosophie comme résultat d’un débat Le matérialisme dialectique : une philosophie pratique L’indépendance de l’Afrique, condition essentielle de liberté (de recherche, de création, de développement) Critique de l’idéologie de la globalisation : Le triomphe du capitalisme international
SIXIEME PARTIE - LA PROBLEMATIQUE DE LA PHILOSOPHIE AFRICAINE
La visée de toute philosophie Autrement dit Le rôle du philosophe aujourd’hui L’Unité possible des courants de pensée philosophique en Afrique et leur transcendance
CONCLUSION
COLLECTION « PENSÉE AFRICAINE »
dirigée par François Manga-Akoa
En ce début du XXI e siècle, les sociétés africaines sont secouées par une crise des fondements. Elle met en cause tous les secteurs de la vie. Les structures économiques, les institutions politiques tels que les Etats et les partis politiques, la cellule fondamentale de la société qu’est la famille, les valeurs et les normes socioculturelles s’effondrent. La crise qui les traverse les met en cause et au défi de rendre compte de leur raison d’être aujourd’hui.
L’histoire des civilisations nous fait constater que c’est en période de crise que les peuples donnent et expriment le meilleur d’eux-mêmes afin de contrer la disparition, la mort et le néant qui les menacent. Pour relever ce défi dont l’enjeu est la vie et la nécessité d’ouvrir de nouveaux horizons aux peuples africains, la Collection « PENSEE AFRICAINE » participe à la quête et à la création du sens pour fonder de nouveaux espaces institutionnels de vie africaine.
Dernières parutions
René TOKO NGALANI, Propos sur l’État-nation , 2010.
Pius ONDOUA, Développement technoscientifique. Défis actuels et perspectives , 2010.
René TOKO NGALANI, Mondialisation ou impérialisme à grande échelle ? , 2010.
Roger MONDOUE, « Nouveaux philosophes » et antimarxisme. Autour de Marx est mort de Jean-Marie Benoist , 2009.
Antoine NGUIDJOL, Histoire des idées politiques. De Platon à Rousseau , 2009.
Pius ONDOUA, Existences et Valeurs. Avenirs pluriels, Tome III, 2009.
Pius ONDOUA, Existences et Valeurs. L’irrationnelle rationalité, Tome II , 2009 .
Pius ONDOUA, Existences et Valeurs. L’urgence de la philosophie , Tome I, 2009.
Pius ONDOUA, Technoscience et Humanisme , 2009.
Doumbia S. MAJOR, Le manifeste pour l’Afrique. Pourquoi le continent noir souffre-t-il ? , 2009.
Ce livre est spécialement dédié à leurs Excellences Messieurs :
Laurent Gbagbo , Président de la République de Côte d’Ivoire et
Alpha Oumar Konaré , ancien Président du Mali et Ancien
Président de la Commission de l’Union Africaine.
L’histoire de l’humanité nous enseigne qu’en tout temps, les hommes ont cherché à dominer et à humilier leurs semblables qui acceptèrent souvent avec lâcheté et sans gloire le fait accompli, alors que les autres se révoltèrent contre cette barbarie, parfois les armes à la main. Alors était né le nationalisme : concept concentré du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Etant éternel et imprescriptible, tout nationalisme, toute fierté de soi à la condition du respect minimum des règles compatibles avec l’éthique de la vie dans la communauté nationale et internationale, sous peine de discrédit, quels que soient la raison du comportement ou le contenu du combat, doit être une donnée permanente pour tout homme libre.

Cette vérité historique n’aura guère ébranlé la certitude d’être de certains de nos Chefs d’Etat, habitués qu’ils sont d’aller à Canossa pour s’aplatir devant ceux-là qui les méprisent et pillent nos richesses, et continuer, malgré cela, de voguer sur le radeau de la méduse des illusions, car de Canossa au radeau de la méduse, il n’y a qu’un perdant, l’Idéal, que leurs Excellences Laurent Gbagbo et Alpha Oumar Konaré ont su préserver pour la dignité de l’ Afrique Noire et de l’homme africain, pendant leur mandat.
INTRODUCTION
Nul doute que l’immense travail accompli depuis des siècles et qui se caractérise par le rythme accéléré du développement de la science a été en partie motivé par l’idée que l’homme pourrait ainsi se rendre maître et possesseur de la nature. Mais un bilan des résultats de cette activité scientifique avec la technique comme application fait apparaître aujourd’hui la négativité de cette performance qui rappelle son inscription indépassable dans une nature à la profondeur de laquelle ses activités conscientes ne parviennent pas à se mesurer.

En tout cas, le développement scientifique et technique n’a en rien diminué l’impuissance des hommes face aux problèmes de leur organisation collective, le déchirement de la société nationale et mondiale, la misère physique des deux tiers de l’humanité et psychique du troisième.

C’est ce qui m’amène à réfléchir sur la situation du transfert du savoir scientifique et technique en Afrique, sa problématique interne, son enracinement, sa fonction sociopolitique. Pour peu qu’on pousse cette réflexion plus loin, elle conduit à se poser deux questions essentielles : le transfert des compétences scientifiques et technologiques en Afrique peut-il véritablement servir à l’élaboration d’une politique de développement économique et social ? Peut-il contribuer efficacement à la détermination des objectifs et des moyens et à la prévision de ses effets sociaux et éthiques ? Ainsi entendue, la question que je dois traiter ici ne prétend pas épuiser tout le problème. La situation actuelle de l’Afrique se caractérise par cette oscillation : la première, idyllique, quant à l’importation de la science et de la technologie, fait passer pour les idées du phénomène du développement ce qui n’est en fait qu’une philosophie oblique, une idéologie ; la seconde, empirique, persuade que la comptabilité des moyens et le recensement des objectifs constituent un véritable programme de développement. Ces deux attitudes sont négatives et ne peuvent être que rejetées ; elles sont les conséquences d’un phénomène qui renvoie à cette réflexion générale : l’identification de la science à l’Europe et à ses extensions nord-américaines. Cette réflexion générale repose sur le postulat suivant : la science est dans son ensemble, le fait de la seule positivité occidentale. Et quand les Occidentaux se désignent de manière confuse comme les héritiers de ceux qui ont contribué à l’élaboration de la science, c’est toujours pour revendiquer leur droit à l’exclusivité de la science.

Ainsi, la science, par ses origines aussi bien que par son devenir dans les sociétés autres que celles du monde occidental, ne sera-telle introduite et développée qu’au prix d’une soumission au modèle occidental, érigé en idéal ? Partant, pour que ce modèle soit immédiatement transposable et afin que cet idéal soit réalisable, on recourt à des schémas simplistes qui n’engendrent en fait qu’un simulacre d’efficacité. Ces divers schémas se coordonnent autour de deux thèmes : la science est de nature essentiellement pragmatique, ce qui assure la transplantation du modèle ; les bénéfices de la science sont immédiats, ce qui implique un assujettissement à des objectifs commandés par des intérêts économiques ou des décisions politiques… Bref ! La science avec la technologie comme application est considérée comme un produit fini, que l’on peut importer, ce qui dispense d’une véritable politique de la science et d’une réflexion sur les facteurs sociaux propres à chaque pays.

L’influence de cette conception fut considérable sur l’enseignement et sur la recherche. Elle ne fut nullement ébranlée par son échec général, ni même par l’absence de bénéfices immédiats.

C’est précisément cet occidentalo-morphisme que je vais examiner afin de comprendre comment il a constitué un obstacle au développement scientifique en Afrique, comment il révèle l’ignorance dans laquelle se trouvent les cadres administratifs et les dirigeants à qui il appartient de décider d’une véritable politique dans la recherche de la science fondamentale.
PREMIERE PARTIE
LES LIENS NATURELS DE LA PHILOSOPHIE ET DES SCIENCES
La science a toujours constitué un facteur qui exerce une action importante sur notre vie sociale ; elle fait surgir de graves problèmes sociaux et introduit ainsi un intérêt croissant dans le rapport entre elle-même et la philosophie.

De par le rythme accéléré du développement de la science, son extension à presque tous les domaines de l’activité humaine, ses résultats acquièrent une portée théorique et sociale telle qu’aucun philosophe, aucun chercheur ou penseur ne peut passer sous silence ces questions qui s’élaborent selon les conditions sociales qui sont celles des philosophes, selon leur culture, leurs réalités historiques et concrètes et leur appartenance de classe.

Ainsi, deux tendances s’opposent dans la solution de la question du rapport de la philosophie et de la science : le néo-positivisme par exemple érige en principe l’approche «strictement scientifique » de tous les problèmes, et réfute quant au développement de la science la valeur que représente l’examen des questions classiques de la philosophie et de la conception du monde.

En tout cas une chose est sûre : la philosophie et la science constituent un tout harmonieux, en ce sens que ce sont des activités humaines parmi d’autres, qui font ressentir leur influence sur le développement de la culture humaine et qui ne peuvent donc se développer chacune de son côté indépendamment du contexte socio-économique.

A notre époque, la vie sociale, économique et politique met à l’ordre du jour l’examen détaillé des fonctions concrètes dans lesquelles se manifestent les sciences et son attitude envers les autres aspects de l’activité humaine ; ce qui exige l’examen (en philosophie) des deux conceptions du monde : la métaphysique et le matérialisme dialectique.

Il convient donc de distinguer d’un côté la philosophie qui part d’une interrogation sur les fondements du savoir, et des valeurs (le vrai, le beau, le bien, le mal, etc.) ce qui l’amène à remettre en cause tous les dogmes et tout ce qui est transmis par la tradition, et d’un autre côté d’une systématisation des croyances traditionnelles, religieuses et magiques, concernant les rapports des hommes entre eux, et les rapports des hommes avec la nature et les forces qui s’y déploient : il est donc naturel de penser que, pour qu’il y ait rapport, il faut avant tout que la philosophie considère les sciences comme un objet d’investigation particulier, qu’elle remplisse envers elle les fonctions de méthode générale et de théorie de la connaissance, et qu’elle permette aux savants d’accéder aux lois les plus générales du développement du monde. Comprise ainsi, la philosophie entretient avec les sciences un rapport qui aurait une raison d’être, en ce sens qu’elle doit fournir aux sciences leur méthode et leur théorie de la connaissance, et qu’elle doit être considérée d’une part comme le résultat d’une généralisation des données des sciences et d’autre part comme leur base méthodologique.

Mais ce rapport de la philosophie et des sciences ne saurait se confondre avec l’épistémologie, qui est toujours le rapport des catégories philosophiques à une science particulière, et à la particularité de ses problèmes de constitution, de définition, de méthode comme à la spécificité de son contenu ; car le développement exponentiel des disciplines scientifiques et leurs interventions brutales dans la vie et la pensée du grand nombre exigent maintenant une confrontation à la fois renouvelée et considérablement étendue de leurs méthodes et de leurs résultats avec les principes, les catégories et les concepts de la philosophie.

Partant, le matérialisme dialectique ne peut, ne pas rendre compte des découvertes de la science et les assimiler, ni renoncer à élaborer l’éclairage général sans lequel la multiplication des connaissances scientifiques conduirait la pensée humaine au mécanisme du robot, au chaos agnostique ou au renoncement irrationaliste.

Ce rapport ne saurait avoir non plus d’intérêt culturel ; c’est-à-dire l’intérêt de préciser les sens et les valeurs dans lesquels peut se reconnaître et s’assumer à un moment historique une société en développement, etc. que si la philosophie englobe la science dans un mouvement de réflexion sur soi de la culture en question.

Cette réflexion sur soi de la culture par et dans la philosophie n’a elle-même de sens et de valeur que si la science est d’abord relativisée dans ses contradictions propres, par rapport à ses conditions externes autant qu’internes, donc dans une histoire qui n’est pas seulement la sienne, mais aussi l’histoire économique, sociale et politique.

L’histoire de la science témoigne que les principes véritables de la connaissance se sont toujours développés sur la base de la navigation maritime, des découvertes géographiques et des nécessités de la pratique sociale et politique, du développement de l’industrie, qui enrichissent la science d’une multitude de faits nouveaux dans les domaines de la mécanique, de la thermodynamique de l’électromagnétisme, de l’optique, du nucléaire, de l’informatique, etc. Les conditions sociales et économiques des temps modernes ont provoqué le développement considérable des connaissances scientifiques concrètes.

Des observations systématiques, une large utilisation de l’expérimentation et des diverses méthodes mathématiques ont permis aux savants d’expliquer bon nombre de phénomènes naturels, de découvrir une multitude de faits autrefois ignorée… Bref ! Une quantité de faits nouveaux qu’il faut étudier sur le plan théorique. C’est donc en démêlant l’écheveau complexe des phénomènes, en étudiant exactement et sous tous les aspects, en reproduisant expérimentalement et en vérifiant aussi par l’expérience les conclusions théoriques et les hypothèses, que tout progrès de la science est possible.

Le rapport organique de la philosophie et de la pratique sociale sous toutes les formes est essentiel dans le matérialisme dialectique et il trouve sa confirmation sans cesse plus profonde dans le caractère du développement de la réalité sociale, de la science et de la pensée sociale.

Ce développement exponentiel des sciences exerce forcément une énorme influence sur la pensée des hommes à tel point qu’aucun système philosophique ne peut ignorer le rôle de la science en tant que facteur exerçant une influence sensible sur toute l’existence réelle de l’homme et de l’humanité, aucun d’eux ne peut se soustraire à la nécessité de définir d’une manière ou d’une autre, son attitude à l’égard de ce fait, ce qui ne veut pas dire une soumission de l’une à l’autre, encore moins une assimilation de la science à la philosophie.
La tentation de la philosophie
Principalement dans les périodes de crise, la philosophie a toujours voulu se donner une figure de science en adoptant un protocole de méthode qui n’est autre (souvent) que mathématique. La philosophie a cru trouver dans ces méthodes une rigueur d’enchaînement de pensée ou d’exposition qui pourrait lui permettre d’atteindre un statut « scientifique » et de devenir par là même, à l’instar de la mathématique, une science « vraie et véritable » ; « ce qui a séduit les philosophes dans les mathématiques, c’est la possibilité qu’elles ont d’avancer par leurs propres moyens conceptuels grâce à la déduction 1 ».

La philosophie s’attache, avant tout, aux questions du sens et de la liberté, lesquelles ne sont pas immédiatement discernables et analysables dans une sorte d’évidence historique simple. Il lui faut donc élaborer ses systèmes par les moyens d’une relecture des différentes philosophies sur les problèmes de la dialectique, du sujet et de l’objet, de l’unité de la théorie et de la pratique, de l’empirisme et du théorique, de la science et des autres formes de l’activité humaine.

Tiraillée de l’intérieur, accusée de l’extérieur d’inefficacité, de n’être qu’un simple chevauchement d’idées, la philosophie a voulu alors adopter la méthode scientifique cela, parce que la science avec la technologie comme application est arrivée à une maîtrise partielle des lois du monde de la réalité par les divers méta procédés en mathématique, en physique, en biologie, la théorie de l’expérimentation et enfin l’épistémologie à mettre de l’ordre dans le chaos naturel, et à accroître des possibilités concrètes au sein des différentes civilisations. Bon nombre de philosophes ont donc pensé qu’en se démarquant de leur méthode pour adopter celle de la science au niveau de l’élaboration de leurs positions philosophiques, ils atteindraient peut être la même efficacité.

Cela s’est imposé par exemple à partir de la renaissance. Descartes a pensé donner à sa philosophie les cadres conceptuels fondamentaux qui faisaient défaut à la révolution de la physique opérée par Galilée, en important la méthode qu’il ne pensait trouver dans sa discipline, en appliquant de façon mécanique des termes dénués de leur sens : il faut des théorèmes, des conséquences, des démonstrations. Mais ces termes étant arrachés à leur signification originaire ne pouvaient pas engendrer une démarche scientifique proprement mathématique.

Ainsi « l’expérience » que Descartes fait de la philosophie n’est pas directement une expérimentation ; c’est l’expérience qui pratique l’introspection avec transposition des saisies et des autosaisies psychologiques dans les dimensions d’une analyse spéculative. Mais dans ses Méditations , quand Descartes opère ce mouvement d’intériorisation et de prise de conscience de ce qu’implique sa propre présence en lui-même, il le fait selon un mode d’investigation qui n’a rien d’un schéma scientifique, et qui représente un autre mode d’approche de la réalité, avec sa logique particulière, une logique qui n’est pas quantifiable. Lorsqu’il prononce l’équation : « Je pense donc je suis », il ne prononce pas une égalité de type mathématique, et le « donc » n’est pas une égalité qui marque l’ équiparité absolue des deux plateaux d’une balance. Il y a tout un acte de transition convertissant qui est inscrit dans ce « donc » et qui est le lieu d’une parole risquée.

« La philosophie de Descartes n’est pas une philosophie qui oriente la science mais … une philosophie qui exploite la science physico-mathématique naissante à des fins apologétiques, c’est-à-dire extra-scientifique et en l’occurrence au profit de l’idéologie de la liberté de l’esprit qui prend dès lors la forme d’un idéalisme mathématique 2 ».
Ainsi, il ne serait pas juste de dire que Descartes n’est qu’un décalque philosophique de la science Galiléenne. La notion d’expérience par exemple n’a pas la même signification chez Descartes et Galilée. L’expérience chez Galilée est strictement scientifique. Par exemple : la conclusion de ce que Galilée a mis à mal la cosmogonie et la représentation du monde de Ptolémée, en montrant que la terre n’est pas le centre de l’univers, était le résultat d’un certain nombre d’observations faites avec des appareils astronomiques et des opérations mathématiques, ce mode de démonstration objective part de certaines expérimentations qui elles-mêmes sont indépendantes d’un certain nombre de développement technologie, en particulier du développement des lunettes astronomiques qui permettaient d’observer les mouvements relatifs des astres les uns par rapport aux autres, de déterminer quelles sont les attractions des étoiles les unes par rapport aux autres : il y a tout un acte d’expérimentation, des résultats et l’interprétation de ces résultats. C’est le procès normal de l’expérience scientifique.

Mais quand Descartes se concentre sur l’acte de penser pour dire ce que signifie le fait que je sois actuellement en train de penser la pensée, il retrouve l’expérience fondamentale de l’aristotélisme. Quand je dis que je pense, j’atteints la racine même de mon existence. Cela veut dire que pour penser, je dois préalablement exister. Mais ce n’est pas cela qui est impliqué dans l’équation cartésienne quand il dit : « Je pense donc je suis ». Cela veut dire qu’il prend position sur le fait que la pensée est ce qui donne sens à mon existence ; on retrouve cela chez Pascal quand il dit que l’homme est un roseau pensant. Il y a donc une identité affirmée entre existence et pensée pour dire la dignité de l’homme.

C’est une prise de position qui n’est pas la résultante d’un certain nombre de calculs ; c’est une prise de position qui engage toute une vision du monde, des rapports de l’homme à l’homme.
Les seuls philosophes qui ont effectivement tenté de transposer les méthodes scientifiques en philosophie sont ceux de l’école de la logique formelle polonaise (sans oublier les ancêtres : Leibnitz, Frege Boole), mais leurs réflexions ont été tirées vers un pur formalisme. Cela ne veut absolument pas dire que le formalisme n’a pas de sens ….

Kant a pris lui aussi le départ de sa réflexion dans cette opposition de l’efficacité et de l’inefficacité de la philosophie, dans l’unité contraignante où aboutissent les procédures et les conclusions de la science, et d’autre part, des diverses positions philosophiques. Il a voulu mettre en forme spéculative la mathématique et la physique newtonienne. Mais en fait, la logique kantienne a été une transposition de la logique de la physique newtonienne avec toute une élaboration extra-physique.

Bien que Platon ait fait de la mathématique un des instruments de sa pédagogique, il la considérait néanmoins comme le premier degré d’un acte de connaissance qui se déploie au-delà du modèle mathématique sur un autre modèle d’articulation qui ne relève plus de l’univers mathématique. En ce sens, la mathématique est une propédeutique au savoir philosophique, et c’est le point de départ de l’univers culturel de son temps ; mais cela ne marque pas la totalité du périple platonicien car le raisonnement qui se déploie trouve son origine dans la culture.

Dans la République en particulier, Platon construit sa théorie avec des références d’abord sociologiques, culturelles et politiques qui ne sont pas celles de la quantification.

Il s’avère donc que chaque fois que la philosophie a voulu importer la méthode des sciences pour l’appliquer à son système, elle est entrée en contradiction avec sa propre dynamique, avec ses propres données.

Quoi qu’elle fasse, la philosophie ne sera jamais une science, car la science se caractérise par une spécialisation étroite, le souci de neutralité éthique et idéologique, la recherche d’une vérité absolue, rationnelle, universelle, et l’exigence d’une vérification plus rigoureuse. Elle prétend ainsi se distinguer des autres modes de connaissance, par l’objectivité des théories, lois, résultats expérimentaux soigneusement établis et vérifiés par une longue pratique collective. Mais la philosophie, elle, n’est pas une activité destinée à découvrir une substance absolue, en dehors du temps.

Elle est la réflexion déterminée de ce monde, et le reflet du tout Social ; c’est-à-dire qu’elle puise son contenu aussi bien dans les sciences que dans les autres activités humaines. Ce qui fait que, quand la pratique sociale change, la philosophie change à son tour, et ce changement est la prémisse nécessaire du changement de la pratique sociale : « Les mutations philosophiques sont fonction des révolutions scientifiques, des grandes « Coupures » où se réorganisent les problématiques des sciences existantes, où se fondent, le cas échéant, de nouvelles sciences. Ces coupures elles-mêmes ne sont pas, bien entendu, de purs évènements du discours, des pratiques expérimentales qui informent d’un bout à l’autre la science : pratique organiquement liée à l’ensemble des pratiques matérielles de l’homme mettant en œuvre divers procédés techniques et dépendants, de ce fait, du développement de la technologie, donc des forces productives 3 ». Mais la philosophie est aussi mouvement qui rapporte les objets les uns aux autres ; or ce mouvement, cette transition essentielle des éléments de ce monde (les uns par rapport aux autres et d’abord dans les relations entre les personnes) échappe à l’ordre d’une quantification et n’est pas traitable selon un modèle mathématique.

Cela ne veut pas dire que la philosophie se caractérise à un statut scientifique c’est-à-dire à une « exigence de rationalité », car la démarche philosophique se caractérise «par la liaison intime entre le souci de connaître rationnellement, méthodiquement, la réalité aussi bien physique que socio-culturelle et la volonté de prendre appui sur ce savoir pour définir l’orientation profonde, absolue que doit adopter le comportement humain 4 ».

Hegel a tenu à dire que la philosophie même si elle ne prend pas la démarche commune de la science, peut et doit secréter elle-même sa propre science c’est-à-dire sa propre rationalité.
La « scientificité » de la philosophie
La « scientificité » de la philosophie n’est pas celle qui relève d’une logique des solides, mais d’une logique proprement dialectique qui a ses procédures, et ses étapes, exposables objectivement, mais non sous l’ordre de l’enchaînement des relations quantitatives. Hegel par exemple a poussé très loin l’affirmation de la scientificité de la philosophie dans l’exposé qu’il a fait et qui est la structure pour lui du connaître, par exemple le mouvement dans ses trois temps : de réflexion posante, de réflexion extérieure ou de réflexion déterminante ou encore le mouvement de l’immédiateté, de la médiation (avec le médiatisé et le médiatisant) et de l’immédiateté devenue. Il y a là un schéma de pensée qui est un schéma à signification universelle et qui permet une vérification du mouvement de toutes les figures de l’histoire ; à ce titre, il est objet d’enseignement, de preuves et d’épreuves, et peut servir à tenter de comprendre, selon un ordre de communication, ce qui est en jeu dans les options de la raison, dans les options de liberté. Or tout ce qui est de l’ordre de la communication peut être de l’ordre de la science, dans la mesure où ce qui est de l’ordre de la communication est sujet à vérification de la part de l’interlocuteur.

La « scientificité » qualifie ce qui est vérifiable, ce qui n’est pas seulement acceptable sur la foi d’une parole étrangère, ce qui peut devenir ma propre parole, animer mon expérience, et être reconnu et devenir ainsi la réalité commune de l’expérience de l’autre et de moi selon un ordre d’objectivité. Or la philosophie fait appel à la discussion, à la confrontation, à la critique des représentations, des croyances, des opinions, pour ne retenir comme vraie que celle qui résiste à cette épreuve critique. C’est ce qui l’oppose au Mythe qui trouve sa manifestation dans la religion.

« La mentalité mythique érige directement un comportement individuel en norme universelle de comportement, une option individuelle en vérité universelle, du seul fait qu’il s’agit du comportement, de la volonté ou des déclarations d’une individualité, homme ou Dieu posée comme exemplaire 5 ». La philosophie instaure le débat sur l’absolu, sur la réalité, les valeurs et les normes, des valeurs des mouvements, d’expérience objective capable de constituer une civilisation. Il y a une civilisation du quantifiable aussi bien qu’une civilisation des réalités essentielles, une civilisation de l’existence. Dans le domaine de la pensée comme dans celui de la conduite, l’esprit mythique « se soumet toujours, par admiration, par amour, ou le plus souvent, par peur, à une autorité extérieure. Le culte de la personnalité, la soumission aveugle à quelque grande personnalité constituent les caractéristiques fondamentales de la mentalité mythique 6 ».

La philosophie de par sa propre scientificité originaire essaie de conjuguer les conditions historiques au niveau socio-économique, avec les phénomènes dans lesquels elle vise à exprimer le sens de la raison et de la liberté, et cela par la prise en compte objective de ces conditions. Elle déploie la parole du sens ; mais cette parole du sens n’est pas projetée dans l’abstraction ou de façon mécanique dans le milieu où l’on vit, mais selon les conditions objectives, socio-culturelles, historiques et concrètes.

Je prends, comme philosophe, une certaine distance pour essayer de comprendre quel est le mouvement qui est en jeu à travers certains phénomènes que je vis. Je prends une distance, et je mets en mouvement la structure, avec ce que j’ai vécu dans le passé à l’aide d’autres systèmes ; j’essaie d’en faire une totalité de cohérence. Et quand ce modèle est construit, élaboré, je le mets à l’épreuve de la réalité, je suis un acteur de cette réalité, de cette histoire, non pas au niveau où je serais l’homme de la quantité comptant les éléments, simplement pour faire avancer des possibilités matérielles d’une civilisation. Je serais l’homme qui accompagne ce mouvement, qui le comprend et qui entend dire à chaque instant sa signification et de le reprendre à partir de son sens.

Il y a donc une « scientificité » philosophique : celle de l’ordre du procès dialectique, mais cette scientificité philosophique a en elle-même, dans son économie, dans son fonctionnement propre, toute une part qui est immédiatement comparable à la scientificité du premier type : elle tient dans l’analyse du rapport entre les divers systèmes philosophiques mais aussi dans l’économie interne de chacun d’eux. La philosophie n’est pas seulement objective, elle est aussi engagement du sujet dans un objet. Par contre, si elle veut s’engager dans cet objet, elle doit prendre le temps de regarder comment l’objet est constitué, quelle est sa structure interne ; là, le philosophe prend le résultat du scientifique, il élabore lui-même ses propres expérimentations scientifiques (au sens premier de ce terme) et ensuite il tente d’assumer ses résultats dans un autre acte de scientificité.

On peut donc dire que le développement de la philosophie est lié au développement de la science en raison de cette utilisation que la philosophie fait du matériau de la technique en auscultant ses structures, pour élaborer un matériau de plus en plus différencié sur lequel elle pourra prononcer la parole de sens, la parole d’une nouvelle interrogation.

Science et philosophie entretiennent donc des rapports de réciprocité et de détermination mutuelle. « A spécifier son statut propre, la philosophie en tant que pratique théorique et théorisante s’assigne généralement place et lieu du côté des sciences. Ainsi, relativement à sa propre représentation idéologique, la philosophie se définit elle-même par son rapport aux sciences : c’est à dire que ce rapport qu’elle entretient avec les sciences est déterminant de son être et de sa spécificité. C’est dans son rapport aux savoirs que la philosophie s’est instaurée et développée 7 », et plus loin Niamkey Koffi poursuit : « En effet, loin d’être fondateur des sciences, la philosophie, toute philosophie naît de l’exploitation des sciences et sans cette exploitation, elle ne serait pas ce qu’elle est ou prétend être ».

Il résulte de tout cela que le rapport de la philosophie aux sciences ne fait aucun problème, et ne présente aucun sujet de controverse.
Qu’en est-il du rapport de la science et de la technologie ?
Par leurs exigences complémentaires, la science et la technologie modernes ont porté leur efficacité de la méthode scientifique, le volume de connaissances acquises à un degré incomparable à tout ce que l’humanité avait connu auparavant. Elles occupent aujourd’hui une place à part par rapport à tous les autres problèmes du développement socio-économique ; elles possèdent leurs complexités et leurs difficultés intrinsèques. En même temps elles ne peuvent être convenablement analysées et résolues que si elles sont considérées dans leur interrelation positive par rapport à l’ensemble du contexte du développement de société donnée et traitées dans le cadre d’une recherche de solutions globales appropriées.
La science, la technologie et leurs interrelations
On définit généralement la science comme étant la connaissance ordonnée, ou systématique, dont le développement procède par critères acceptés. D’un point de vue plus philosophique, l’objet de la science est la recherche des vérités fondamentales concernant l’univers. En pratique, ce sont la systématisation des faits observés et la puissance de son pouvoir de prévision qui font de la science une forme éminemment utilisable du savoir au service de l’homme et son progrès.

Le moteur de la science est la recherche. Activités créatives, basée sur l’expérience, l’observation, l’intuition, la réflexion.

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