Anthropérotiques
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Description

L'Institut Kinsey (Indiana, USA) prône la recherche pluridisciplinaire et le savoir dans tous les domaines de la sexualité humaine. Ses collections, à caractère anthropologique, en constitue la face cachée, voire inexplorée. Du documentaire ethnologique aux constructions esthétisantes de certaines photographies, en passant par les prototypes de la pornographie orientale, c'est toute une vision de l'Autre qui émane de ces images d'archives.

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Publié par
Date de parution 01 mai 2009
Nombre de lectures 267
EAN13 9782296226661
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Préface
__________________________________

C'est dans les activités les plus banales de l'existence que l'être humain
révèle sa grande capacité créatrice. Nous devons tous manger pour
survivre et l'on sait, bien sûr,que le besoin est universel, mais cela
n'explique enrien pourquoicertains mangentavec leurs doigts, alors que
d'autres utilisent desbaguettes ou une fourchette.Il estévidentet
incontestable que l'alimentation représente partoutet toujoursune
préoccupatmais encore faion primaire,utcommen-il comprendret
certaines sociétés en arriventdans la caà classertégoriecomestibleles
fourmis grilléesoufle caïmanumé. Touten négligeantd'autres
ressources nutritives jugées moins agréables,trop grossières ouqui sont
interdites parce qu'appartenantaudomaine dusacré. La puissance de la
culture devientdominante quand la cupar magie,isine, commetransforme
levulgaire cochon en côtelettqes de porc,uand le jus deraisin devient
champagne oule sangduChrist, quand lehomard commun estrebaptisé
Cardinal des mersmessage deme. Leure partout univoque :les humains
sontmaîtres de la nature etles humains nesontpas devulgaires
animaux!!

Il n'en estpas autrementdans lechamp de la sexualité. Depuis les
débuts de la Préhistoire, le corpshumain n'a pasvraimentchangé, les
organes sexuels nese sontpastransformés etle choixdes positions n'a
malheureusementjamais progressé. Néanmoins, au-delà deces constats

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universels, les conceptions dusexe etles pratiques sexuelles semblent
aussivariées etdisparates que les cuisines dueffemonde. Ent, chaque
culture impose son propre code, souventoriginal etdistinctif, du
comportementacceptable. Oùqu'ilvienne aumonde,toutenfantdoit
apprendre qu'il existpare des âgesticudes caliers, des occasions,tégories
de partpolienaires, destesses etde faire, des liedes façonsuxetmême
des heures de la journée pour cegenre d'activités. On lui enseignera, du
coup, qu'il devra aussi respecter les interdits etque certains
comportements seraientinacceptables ouregrettables, parfoismême
criminels. Depuis les chasseurs-cueilleurs de la Préhistoire jusqu'aux
habitants desgigantesques centresude lale poidsrbains modernes,
culture atoujours jouéun rôle déterminantdans le contrôle de la
sexualité. Saforce paraîtparticulièrementflagrante lorsqu'on prend
conscience que lesprincipauxparamètres de labeauté séduisante etde
l'attraitérotique sontlargementdes effetmode pors detés par l'air du
temps ; c'estjustementce qui, par exemple, nous incite aujourd'hui à
trouverun peuridicule des grands séducteurs des premières annéesdu
cinéma.

L'étude scientifique ducomportementsexuel chercheà identifier les
dénominateurs qui seraientcommuns à l'humanité entière, ce qui lui
impose detenir compte etaussi en quelque sorte surmonter la diversité
destraits culturels spécifiques. L'œuvre admirabled'Alfred Kinsey
représenteune contribution immense à l'appréciatl'écarion det
considérable entre lesreprésentations idéologiques courantes de la
sexualité etlesvéritables pratiques de personnes réelles. Toutcela dans le
contexte assezparticulier de la sociétlaqé américaine,uelle, comme
chacun sait, l'obligea à surmonter bien destracas nonmérités. Une
société qui se ditprofondémentchrétienne etdontle Dieun'a pas de
partenaire sexuel connu, avecuné d'n fils,une mèrevierge, qui mourut
puceau,unetelle société ne semble pasprédisposée à débattre
ouvertementde sexualitaé. Rappelonsussi que cette société américaine
étaitencore profondémentmarqul'hériée partage de ce qu'on désigne

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courammentcomme le puritanismevictorien,une période de
contradictions flagrantes entre discours etpratique. En effet, les
historiens prétendentque lapornographie étaitflorissante etqu'il n'ya
jamais euautantqà Londresde bordelsufin d'à laudix-neuvième siècle,
aumomentoùdans les foyers bourgeois, les pattes dupiano étaient
recouvertes d'une housse parce quetrop suggestives. L'hypocrisie était
particulièrementcriante du tKinseemps dey, mais elle n'a pas disparu
dansun pays oùles principales chaînes detélévision refusentencore de
montrerune femme qui allaite son enfant,tandis que,toutprès, des
chaînes spécialiséesn'hésitentpas àprésentertous les produits d'une
pornographie désormais sans limites.

Mais si l'on souhaite dépasser le contexte culturel particulier de la
société américaine pour atteindreunevision à portée plusuniverselle, il
faudra nécessairement tenir compte etmieuxcomprendre lasexualité des
autres, l'érotisme ailleurs.

Ce qui ne sera pas chose facile. Car malgré les similitudes évoquées, il
estbeaucoup plus facile d'étugasdier latronomie etla cuisine que de
pénétrer le champ dela sexualité. Il ne s'agitpas d'une caractéristique que
l'on retrouve partout, maisdetrès nombreuses sociétés considèrentle
sexe comme relevantde la sphère privée oùla discrétion s'impose. Il n'ya
pas quee desthnographes maladroits, ilya augens qssi bien desui
préfèrentschanger leujetde laconversation. Peut-être s'agit-il delatrace
d'un sentimentdevulnérabilité animale. Peut-être l'extase sexuelle est-elle
perçue commeune dangereuse perte decontrôle quivientcontrediretous
ces discours qui affirmentnotre maîtrise rationnelle dumonde. Quoi qu'il
en soitpa, lauvretl'informaé detion estsans doute regrettable, mais elle
n'estpasuniquementle refletgêne ode laula pudibonderie des
ethnographes.

Les photographies présentées dans cetouvrage proviennentde
diverses parties dul'on cherche à comprendrepomonde. Siurquoi
celle

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ci oucelle-là aété retenue, il seraitsans doute prudentde prendre pour
acquis qu'il s'agitlà durésultatd'un heureuxmélange de motivations.
Certaines illustrations ontsans doute été recueillies pardes scientifiques
intéressés partoutce quitouche la sexualité. D'autres ontprobablement
étonné par leur étrangeté exotique oupar le genre de bizarrerie qui
dégoûte oufaitrêver. D'autres encore ontdûparaître franchement
érotiques, émouvantes etexcitantes. Ce qui seraitconforme à ceque l'on
croitsavoir etqu'il fautmaredire : entière de sexe, presquetoutestaffaire
de circonstances etde contexte. De lamême manière que la nudité n'a pas
le mêmesens chezqle médecinue danssa cuisine, l'érotisme n'estjamais
identique ici etailleurs.

Notre définitiontraditionnelle de l'obscénité enfournit un bon
exemple. Alors que les peintres de la même époque pouvaientmontrer
des femmes nues en contexte de mythologie grecque ouen évoquant
l'Ancien Testament, Édouard Manetcréaun scandale avec leDéjeuner
sur l'herbe. Ce n'estpas que le corps des Sabines aitété différentde celui
de cettordinaire assise se femmeur l'herbe, mais parceque l'éloignement
requis n'étaitplus respecté. Pour des raisons identiques, les nus exotiques
duNational Geographicontlongtemps paruinoffensifs dansune société
qui, pourtant,toléraitnmal lauditon raconé ;tqe mêmeue leséditeurs de
la revue auraient un joula phor modifiéto de deuxjeunes Polynésiennes
quni, seinsus, faisaientcode lautufoncer qmanière àre, deuelque peula
teinte deleur peaud'é, afinvitla même logiqer le scandale. Parue, maisen
direction inverse, larevuePlayboyinventa leconceptassezimprobable de
la fille d'à côté, laissantcroire quée ses modèlestaientdevéritables
voisines proches, autrementdit, celles qui profitentd'un attraitérotique
maximal.

La fabrication culturelle de l'attraitmériteraitd'être examinée de plus
près. Encoreune fois, parce que le sexe hors contexte perd son sens.
Pour l'illustrer, considérezles propos ignobles d'un général serbe,
aujourd'hui recherché pour crimes de guerre, qui écartaitdurevers de la

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main lesaccusations deviol portées contre sestroupes en disantque cela
étaitimpensable puisque seulement un aveugle pourrait violerune
Albanaise etque son armée n'engageaitpas d'aveugles. Untel propos
traduit une attitude ouvertementracistn'ese, mais iltpas exceptionnel.
Dès que l'Autre paraît tellementdifférentqde Soiu'il cessed'appartenir à
l'espèce humaine (ce qui servaitparfois à justifier l'esclavage), l'intérêt
sexuel semble s'éteindre. Logiquement, l'érotisme seraitalorsune forme
de bestialité. Nous savons que certains anthropologues n'ontpas hésité à
recourir à la publiciteé faciletqugrand Bronislae levMalinowski avu
l'un de ses ouvrages être mis envente sous letitre parfaitement vulgaire
deLa vie sexuelle des sauvages. Mais on peutégalementémettre
l'hypothèse que les récits ethnographiques anciens racontant(quelquefois
en latin) les pratiques sexuelles del'autre boutdumonde n'ontpeut-être
pastoujours eul'effetpornographique qui leur estsouventattribué. Tout
repose sur la prédisposition dans l'œil du voyeur.

Toutcela suggère qu'en parcourantcetouvrage nous devrions
demeurertrès attentréacifs à nostions. Chaque foisque ladistance paraît
trop grande etque l'objetn'a d'autre mérite que celui d'une curiosité
insolite, il s'agitpeut-être d'un relentd'ethnocentrisme méprisanthérité du
colonialisme occidental. Par contre, quand les illustrations réussissentà
émouvoir etstimuler, c'estque nous avons commencéàtraverser les
frontières culturelles poupénér enfintrer l'érotisme del'Autre. Cequi
nous permettraitd'élargir l'éventail des plaisirs concevables. Etpuis, qui
sait, nous pourrions même,demain, goûter àun platde fourmis grillées
oude caïman fumé.

1
Bernard Arcand

1
Anthropologue (professeur à l’Université Laval de QuArcand esébec), Bernardt
l’auteur d’un ouvrage désormaisclassique :tamanoir. Anthropologie deLe jaguar et le
la pornographie(1991).

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Femme nue
Anonyme
Afrique subsaharienne, date inconnue
Tirage argentique
13,2 x8 cm
[1102]

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0

Érotisme et anthropologie
__________________________________

e
À partir dula qXV siècle,uestion de l’altérité se posaen Occident
avec deplus en plus d’acuité. Certes, ilyavaitdes précédents,tels les
écrits d’Hérodote ouencore lesrécitce n’éMarco Polo; maiss detaient
là que deceface àpâles préliminairestardentdésir qui se mità pousser
des marins à franchir les limites de l’horizon. Les premiers grands
voyages autour dumonde élargirentirréversiblementl’univers mental et
humain de l’Europe et, dans leur sillage, ils confrontèrentl’Européen à la
réalité d’une humanité protéiforme. Outre lesdébats spécieuxsur
l’aptitude des “sauvages” àdisposer d’ula sene âme,xualitl’Aé deutre
ne manqua pas d’intriguer l’homme occidentaltouten nourrissantsa
rêverie et, disons-leaussi, sesfantasmes. Il est vrai qu’il étaitengoncé
dansune société amplementcoercitivmae entière de mœurs etqui,
depuis des lustres, avaitconsommé le divorce entre l’espritetle corps, ce
dernier ne pouvantqu’entravplein épanoer leuissementdupremier.
L’apparente liberté sexuobserelle des indigènes,vée ouprésumée, ne
pouvaitqu’alimenter son imaginaire érotique. Vision hâtive etsouvent
erronée, fruitde projections libidineuses surun ailleurs pressenti
voluptueux, la perception pré-anthropologique n’allaitpastarder à
transformer cette altérité enun sanctuaire de la luxure. Nous sommes
déjà auxantipodes dumythe dubon sauvagecher à Rousseau, lequel
idéalisait ubercé parn hommeune Nature bienveillante etqui, par
miracle, auraitété préservé detoute contamination culturelle. Ce

1

1

prototype de l’humainvivantà l’étatde nature etfaisantpourune large
partl’économie d’une sexualité réduite austrictnécessaire étaitcompris
par les philosophes des Lumières comme l’inversion structurale de
l’homme policéeten proie àune société qudéprai n’a de cesse de lever.
Si les“indigènes” furentparfois perçus entantque réincarnation
d’Adam avantla Chute, leur nuditévirginale nedevaitlong fepas faireu
etlavertuidéalisée setransformavite enlubricité quasi animale.Ainsi
confinés dansun étatprimitif, régis parune économie de subsistance et
un habitatde fortune, les “naturels” étaientperçus commedes créatures
grégaires, exemptes detoutes structures de la parenté etautrestabous
2
régulateurs. Pour faire image, ils s’unissaientselon le désir dumoment,
n’ayantcure de l’inceste oude la pudeur. DansLa Guerre dufeu
(1981), lefilm deJean-Jacques Annaud auquel collaboraDesmond
Morris,ude copne scèneulation aléatclimaoire donne let. Un stimulus
sexuel (vfesses féminines)ision deysuffitpour qu’un mâles’accouple
sur le champ etauregard detous avecune femelle entous points
disponible. Il est vrai qu’il s’agitlà detemps préhistoriques, mais l’on
saitcombien jusqu’àune date récente les Occidentauxfaisaientsouvent
l’amalgame entre premiers hommes et“primitifs” ; aprèstout, l’épisode
des Tasaday“découverts” auxPhilippines etsupposés incarner l’âge de
pierre ne remonte qu’auxannées 1970. Cetattrait,voire fascination, pour
une humanité exemptée detoutcode moral allaitbientôtréclamer ses
zoos humains, rendantducoup possiblel’observation empirique de ces
héritiers du temps primordial età l’égard desquels l’histoire n’auraiteu
aucune prise. Si Montaigne en personne avaitrendu visite àune
cinquantaine de “cannibales”Roamenés àuen en 1550(Toffin :28),
e
c’estle XIXsiècle qui incarne sans contestde foire oe ce phénomèneù,
entà barbe ere la femmetle gorille,sontexhibés desspécimensvenus de
contrées lointaines comme s’il s’agissaitlà d’une difformité (cf. en
particu“Vénlier laus hottentote”) oud’une animalité étrangement

2e
Dans sonVoyage à Tombouctou, réalisé audébutduXIX siècle,l’explorateur René
Cailliéutilise ainsi à de nombreuses reprises leterme de “naturels” pour se référer aux
autochtones de l’Afrique subsaharienne.

1

2

ressemblante. Ce phénomène de ménageries humaines s’amplifia avec
l’essor ducolonialisme qui, reculantsans cesse la frontière dumonde
“civilisé”, assujettissaitde noen abondanceuvellestribus parfoislivrées
en pâtula cre àuriosité des foules. Ces scènes reconstituées, oùil était
loisible d’observer desindigènes au travail ouentmanger,rain de
baignaientdansune atmosphère d’érotismethéâtralisé. Les expositions
univl’ère coloniale meerselles dettaientainsi envitrine ces populations
venues d’ailleurs, oscillantentreunevolonté didactique gudesidée par
objectifs anthropologiques dansle meilleur des cas et, bien souvent,un
désir d’exdes règlesrigohiber des corps affranchisureuses dela pudeur
qui sévissaientà l’époque, àtel pointqu’Alison Griffiths n’a pas hésité à
qualifierufoires dene de ces“peep-showlascif” (Griffiths :68). La
confrontation avec des corps passablementdénudés ne pouvaiten effet
quetroubler des esprits pétris deconformismes etpour lesquels lavision
d’uchene simpleville provoquaitl’émoi. Quoique différentes par leurs
traits physiques oula couleur de leur peau, ces “peuplades” jugées
inférieures renvoyaientnéanmoins aux visiteurs l’image de leur propre
sexualité muselée. Onne pouvaitqdès lorsue mesudisrer latance entre,
d’un côté,une réserve de bon aloi frisantsouventla pudibonderie et, de
l’autre,une sexualité considérée débridée (enparticulier chezles
Africains) et un penchantinconsidéré pour la danse donton connaîtla
portée érotique. Danscette société duspectacle ethnographiqudansee, la
du ventre,toute ruisselante desensualité, engendraitainsiunevéritable
poétique de l’érotisme qui provoquaitsoitles foula censdres deure, soit
uncharmeindéniable sur lepublic masculin, en donnantà cetermetoute
sa portée magique. Notons que cette fascination pour l’altérité extrême
(figureunissantl’Autre etl’autre sexe) fonctionnaità double sens. Ainsi
le documentaire deThomas Edison (Moki Snake Dance, 1901), montrant
des IndiensHopi d’Arizona dansantdansun étatde quasi-nudité, laisse
entrevoirune Occidentale changeantbrusquementde position afinde
mieuxassouvir sa soif devoyeurisme ; les films mettanten scène les
Amérindiens jouissaientpour cette raison précise d’une grande
popularité auprès des femmes (Griffiths : 182). Franchissantle pas,

1

3

certainsvisiteurs de ceszoos humains s’accordaientparfois descontacts
sexuels avec des indigènes fraîchementimportés de leursterres
lointaines, comme pour mieuxgoûter à cette nouvelle réalité enfin à
port: 4main (Toffinée de3-45). Heureusement,une ethnographie plus
rigoureuse allaitgraduellementrétablir les faitress entituantces
sexualités allogènesauxcontextes culturels ethautementcodifiés qui les
régissent, etnon àune présupposée liberté sexuelle fondée sur les seules
lois de la nature etautresthéories des climats.

Homme ithyphallique
Anonyme
Afrique subsaharienne, date inconnue
Tirage argentique
15,5x9 cm
[1015]

Homme pourvu d’une queue
Anonyme
Location etdate inconnues
Tirage argentique
13,2 x8 cm
[1033]

1

4

Le mâle africain passait volontiers pourun surhomme dontles mensurations
imposantes n’avaientpour équivalentquardee sonur libidinale. Ainsi réifiés et
relégués auphénomènes de foire, les “indigènes” érang detaientcensés provoquer soit
la répulsion soit unetroublante attraction.

Depuis cette époque où, doublementbridée par des projections
purementfantasmatiques et une idéologievisantlesà hiérarchiser
peuples, la perception del’Autre manquaitsingulièrementde rigueur
scientifique, desouvrages majeucaracrs àtère anthropologique
ouethnohistorique se sontdonné pour objetl’étude systématique et, enthéorie du
moins, objectivla see dexualité ausein de sociétnon-és d’origine
européenne. Nous songeonsentre autres aux travauxdésormais
classiques deBronislawMalinowski (La Viesexuelle des sauvages),
MargaretMead (OcéanieMœurs etsexualité en), RobertVan Gulik (La
Vie sexuelledans la Chine ancienne) ou, plus récemment, à l’étude de
Jean-Pierre Ombolo (société en Afrique noireSexe et). Notons encore
lestravauxd’Edgar Gregersen (The World of Human Sexuality)
proposant unevaste fresque de la sexualitmonde, ainsi qé de par leue
ceuxde Clellan S.Ford etFrank A. Beach (SexualPatterns of
Behaviour). D’autres ouvimporrages non moinstants ontpour leur part
traitceré detaines pratiques etinstitutcaracions àtère sexuel. C’estle cas
notammentde Verrier Elwin (jeunes chez les MuriaMaisons des) qui
étudia en Inde l’institution dughotul,un dortoir pour les jeunes ausein
duquel se pratiqugénéralisé. Le domaineqe l’échangismeui a
certainementle plus retenul’attenteion desthnologues demeure celui des
rites etmutilations sexuels dontle paradigme non-exhaustlaif comprend
circoncision, l’excision etl’infibulation (cf. le livre dumême nom de
Jacqueline Khayat; A.M. Vergiatleur a aud’amplesssi consacré
descriptions dansdes primitifs de l’OubanguiLes Rites secrets).
D’autres auteurs ontégalementintégré des données ethnographiques
relevantdirectementsede laxualité, même si leurs proposne se limitaient
pas à cette seule problématique. DansLa Production des Grands
Hommes, Maurice Godelieréa ainsitudié la fellation initiatique chezles
PapouNos deuvelle-Gudans lecadre des riinée, cecitpassage.es de

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Enfin, même si son analyse concerneessentiellementle monde
occidenta eal, Bernard Arcandul’incontestable méritjee deter les bases
d’une anthropologie de la pornographie (Le jaguar et le tamanoir),
comblantainsiunvide épistémologique donton comprendra plulas bas
longévité. Plus inhabituel esten revanche l’ouvrage réalisé sous la
direction de Don Kulick etMargaretWilson :Identity, andTaboo. Sex,
Erotic Subjectivity in AnthropologicalFieldwork. Aulieude considérer
les sociétéstraditionnelles commeun objetd’étude mis àdistance par
l’ethnologue, cette collection d’essais s’emploie à souligner la
complexité d’unetelle interactivité. Àtrop privilégier l’observation
participantmémême de lae, à la basethode ethnographique,
l’anthropologue finitparfois par s’attacher, sentimentalementoudu
moins charnellement, auxautochtones,voire pour les plus infortunées à
êtrevictimes deviol. En effet,unetelle méthode consiste à se fondre dans
le groupe ethnique étudié afinde mieuxle qen comprendreuotidien,
l’organisation sociale oule systAinsi plongéème de pensée.dans la
longue durée, il n’estdonc pointrare pour l’ethnologupare deticiper à la
sexualité dugroupe observlà encore, lesé, mais,témoignages demeurent
discrets, distants etmarginaux, commesi cette incursion ausein d’un
Eros indigène parasitaiten quelque sorte laportée scientifique des
enquêtes deterrain, comme si la distance nécessaire s’évanouissait
obligatoirementdans ce superlatif ducontactqu’estl’acte sexuel.
Lorsque deux univers culturels s’observent, la rencontre estprévisible.
Sans qu’il soitpossible de discerner le statut(soldat, colon, missionnaire
ouethnographe) de l’homme occidental figurantsur la photographie de
piètre qualité représentée ci-dessous, leslibertés que celui-ci s’accordeà
l’égard des deuxfemmes autochtonestrahissentbien l’intersection
incontournable entre deuxsi lemondes, mêmeplus petitdénominateur
commun estici à l’évidence celui dela sensualité. Quelles qu’en soient
les motivations oules péripéties, la sexualité de l’Autre finitbien souvent
par devenir aussi celle de Soi.

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Homme occidental flanqué de deux femmes africaines
Anonyme
Date inconnue
9,8x7 cm
[1123]

Si la sexualitétransparaîtdans maintstravauxà caractère
anthropologique, elledemeure pourtantdiscrète, sous-jacente, évoquée
commeune cause (nécessité de perpétuer l’espèce ou, dumoins, la
lignée) ou une conséquence (scelleruneunion matrimoniale) qui ne
mériteraitpointde s’yattarder davantage. Dans l’institutionuniverselle
dumariage, par exemple, on devine la partimportante qu’elle joue,
notammentdans le cadre de la polygamie qui exigeunvéritable
calendrier conjugal et, plula pols encore,yandrie, pratique impensable
poudes esprir bients machistes qui ne souffriraientaucun partage.
Toutefois, le primatsera souventla socialisadonné àtion de cette force
quasitellurique,via l’étude destabous etautres interdits religieuxqui en
délimitentles formes acceptl’anables. De même,thropologie juridique
analyconséqsera lesuences detellestransgressions ounon-respectdes
règles de la bienséance communautaire etdontla sanctionva dusimple

1

7

divorce à la lapidation. En dépitdes lourdes implications de la sexualité
dans les domaines dupouvoir, de laparenté etdes rôles sociauxattribués
à chaque sexe,unevariable demeure pourtantinexplorée oupresque,
celle duplaisir physique. Que saitmopréliminaires, des-on dests de
l’amour, des postures, de l’expression de la jouissance, des situations
qui excitentles partenaires ? Sommetoute bien peu. On comprendra
aisémentque, dansuntel contexte, l’érotisme fasse figure devaleur
négligeable, de résidu un peu trop rapidementescamoté. Ainsi, malgré
l’excellence de la plupartdes ouvrages cités etla myriade de notes
relevées sur le sujetauhasard desmonographies, force nous estde
constater combien la sexualité etl’érotisme constituentle parentpauvre
de l’ethnologie. Untel constatrelève dupur paradoxe. En effet, alors que
les anthropologues sesontsouventfocalisés sur l’étude de lafamille et,
clef devoûte de cetédifice, l’institution dumariage que nousvenons
d’évoquer, soulignantd’une partcombien les hommesconsidéraientles
femmes entantque biens précieuxdansun système plusvaste
d’échanges économiques, démontrantd’autre partqucape latation de la
sexualité des épouses n’avaitd’autres buts que de maximiser la
reproduction (Eriksen: 108),un paramètre faitpourtantcruellement
défaut: celui dela séduction etde l’intimitabsené, grandestes de ces
rapports humains. Commesi l’acte copulatoire n’assouvissaitqu’une
fonction sociale. Comme sil’homo ludensdans ses badineries
voluptueuses représentait une exclusivité occidentale. Après les pulsions
animales qui caractérisaientles “sauvages” d’antan, ceux-ci ne
s’uniraientdésormais qu’envuprocréer, ene deuntrajetfulgurant
menantde l’instinctaveugle àla rationalisation extrême, fondée surune
fonctpoion àurvseraioir. Cetoulablier lescérémonies delampe éteinte,
notammentchezles Inuits, quitémoignentfaicombien l’orgietpartie
intégrante deleurunivers culturel. Ouencore cette pratique masculine de
Bornéo qui consiste à incruster des perles soupeas laudupénis afin
d’augmenter le plaisir physique des partenaires sexuels (Brown). Entre
l’appel dela Nature etla raisonreproductrice s’ouvre levaste champde
l’érotisme dontbien peude sociétés en sortentexemptées. Dans son

1

8

analyse prospective des expressions collectives del’obscénité ausein de
diverses ethnies africaines,Edward Evans-Pritchard n’hésità raillera pas
ses collègues qui s’excusaientde livrer detelles “indécences”, préférant
parfois lest“aire cartporop horriblesur être répétées” oubien les
traduisanten latin pour en diminuer l’effetpart(Erop
profanevansPrit68). Àl’échard :vidence, ilya làun substratculturel qui affleure
abondammentetque seulun aveuglement têtuetpétri demoralisme
tiendraitpour négligeable.Il n’existe pas dedichotomie entre sociétés
traditionnelles etsociétés modernes en ce qui concerne la sexualité et
l’érotisme. Une certaineuniversalité semble régir les comportements
voluptueuxetles représentatparfoisions obscènes,tempérés à la baisse,
il est vrai, parl’intransigeance dumonothéisme oul’austérité de
certaines sociétés collectivement“refoulées”,telle celled’Inis Beag en
Irlande oùlavue d’un pied nudérange età propos de laquelleJohn
Messenger parle même de naïveté sexuelle (Messenger :14-5). Ilne
faudrait toutefois pas confondreune morale surplombante, imposée par
les institutions religieuses oupolitiques, avecune éthique populaire plus
perméable ausens. Lalangage despensée sauvage, pour reprendreun
terme de Claude Lévi-Strauss, est une pensée inclusive à la différence
notmoderne qla penséeable deui alongtemps évacué le corpstenupour
suspect. Ausein des sociétdiés jadistes “exotiques” etaujourd’hui
“premières” prévauten effet une dimension holistique où, sans fausse
pudeur, lecorps joue pleinementAinsi, sansson rôle.une oncede honte,
l’acte sexuelyestparfaitementintrelié àégré, parfois mêmeune
cosmogonie complexe. Ceci estévidentchezles Dogons duMali où,
selon certains africanistes (Griaule :90-1),toutsetient, la position du
couple durantla copulatsion, laymboliqul’archie érogène detecture et
les mythes fondateurs. Il faudrait toutefois pondérer cette approche qui,
de l’usage duprésent anthropologiqueà l’immutabilité de certaines
structures, ne laisse que peude place à la créativité des acteurs, en
l’occurrence celle ducouple dontles ébats auraientété réglés en des
temps immémoriaux. Heureusement, lestravauxde Fredrick Barth ont
réintroduitl’initiative individule jeelle dansuqsocial, ceui ne manquera

19

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