Anthropologie de l accouchement à domicile
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Anthropologie de l'accouchement à domicile , livre ebook

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Description

L’accouchement à domicile est un événement biologique et social qui fait appel à la solidarité entre femmes dans les communautés rurales haïtiennes technomédicalement démunies. Les naissances difficiles sont traversées de conceptions nomologico-causales et de conceptions exocausales. Dans le premier cas, elles sont perçues comme des phénomènes procédant de lois naturelles et relevant de ce fait des compétences des matrones (mais rien n’empêche un homme de réaliser un accouchement dont le « blocage » est dû à la lenteur de la nature). Dans le second cas, elles sont considérées comme des phénomènes bloqués par une personne malveillante, un lwa ou un mauvais esprit obligeant les matrones et les proches de la parturiente à céder tout ou partie du terrain de l’accouchement à des hommes appelés houngans exerçant occasionnellement le métier de sajès ou fanm chay gason (sages-hommes traditionnels), à des médecins-feuilles qui s’y connaissent un peu en vodou, ou à des mambos. En Haïti, la transition d’une pratique obstétricale traditionnelle prétendument dangereuse à l’industrialisation toute-puissante du phénomène de la naissance n’est pas souhaitable, d’après les témoignages que nous avons collectés auprès des mères et des matrones.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 10
EAN13 9791095177265
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0090€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Anthropologie de l'accouchement à domicile Les mères, les matrones et les sages-hommes traditionnels d'Haïti prennent la parole

par
OBRILLANT DAMUS


| Collection Espace, territoires et société |


Dédicace
Je dédie cet ouvrage à ma mère qui m’a permis d’observer dans le nid familial la naissance de ma sœur cadette quand j’avais trois ans. Cette paysanne a accouché de ses trois enfants à domicile.

Ma mère
Crédit : Damus, O., 2020
Remerciements
Je voudrais remercier les médiateurs et les médiatrices qui ont contribué à la réussite des enquêtes (ateliers de dialogue locaux, entretiens individuels et collectifs) sur lesquelles s’arcboute cet ouvrage : Monsieur Belmondo Dief Lucdor (Jean-Rabel) ; Monsieur Yvener Desterar (Bainet) ; Monsieur Joassaint Fritzner (Jean-Rabel) ; Madame Anthonyne Éd. Lucdor (Jean-Rabel) ; Madame Marie Danielle Lucdor (Jean-Rabel) ; Madame Claudine Petit-Homme Philor (Jean-Rabel) ; Madame Alberta Dieujuste (Jean-Rabel) ; Madame Natacha Pierre-Victor (Jean-Rabel) ; Monsieur Wilner Léon (Bainet) ; Madame Rosemonde Moreau (Bainet) ; Monsieur Price-Carlo Domond (Plateau-Central).
Mes remerciements les plus chaleureux s’adressent aussi à la Fondation Denis Guichard (France), à mesdames Sunami Inoue (Japon) et Ketheline Lindor (France/Haïti) pour le soutien financier apporté à la réalisation des enquêtes sur l’accouchement à domicile, ainsi qu’à mesdames Isabelle Jezequel et Lucie Hubert (France) qui ont relu le tapuscrit à titre bénévole.
Préface 1
Ce livre se présente très clairement comme un plaidoyer pour la défense des connaissances locales et autochtones en tant que savoirs experts et expérientiels détenus et pratiqués par des accoucheurs et accoucheuses traditionnels haïtiens (matrones, docteurs-feuilles, houngans et mambos ) qui réalisent une très grande partie des naissances en milieu rural. Ces connaissances qui se transmettent (de mères à filles le plus souvent) sont essentielles à « la préservation du lien social ou la filiation communautaire ».
Plus largement, cet ouvrage qui oscille entre récit ethnographique et analyse anthropologique soulève des questions de fond pour nos disciplines : En quoi la connaissance de savoirs et compétences traditionnels liés à l’expérience peut-elle permettre d’interroger les pratiques de l’obstétrique ultramoderne et ses effets iatrogènes (largement décrits par la littérature) ? Quel impact ces « traditions », décrites comme bienveillantes par l’auteur, peuvent-elles avoir localement sur les pratiques de naissance dites modernes dans les hôpitaux des grandes villes en Haïti ou plus globalement sur la technicisation de la mise au monde ?
Cet ouvrage est d’abord utile pour rendre compte, faire le récit par l’écriture de la pratique traditionnelle en Haïti exercée par des personnes qui sont habituellement «  exclues de la parole  » et qui ont peu conscience de la richesse de leur savoir. On y apprend par exemple que la grossesse est considérée autant par les «  fanm chay  » que par les parturientes comme un événement normal, naturel, mais pas «  totalement sans risque  », que ces dernières consultent peu pendant la grossesse, voire pas du tout, que les consultations sont totalement détechnicisées – la parole étant plus rassurante que tout geste dit scientifique – et qu’il est attendu des gestantes qu’elles possèdent un savoir sur la mise au monde qu’elles doivent mobiliser pour aider l’intervenant traditionnel choisi. De fait, même si certaines souhaiteraient accoucher à l’hôpital, elles sont trop pauvres ou redoutent tant les violences obstétricales qu’elles préfèrent accoucher à la maison (« parfois dans la nature, dans un marché ou sur un chemin »), y compris si elles ont connu précédemment des accouchements pathologiques. Nous avions déjà en partie connaissance de ces éléments par les précédents travaux de l’auteur [1] (de façon moins précise qu’il ne les présente dans cet ouvrage) et par d’autres contributions de chercheurs qui ont travaillé notamment en Afrique [2] .
Mais, de mon point de vue, ce qu’il faut surtout retenir de ce travail, c’est qu’il s’inscrit plus largement dans une perspective réflexive sur la santé globale et qu’il interroge sur les conditions à mettre en œuvre pour reconnaître les savoirs autochtones comme compétences.
Ainsi il permet de discuter de plusieurs notions. Tout d’abord, celle de nature qui est ici multiple. Si la nature est au centre des pratiques (recours par exemple à des plantes médicinales), celles-ci reposent également sur une médecine spirituelle (invocation de saints, d’esprits). Ainsi, cet ouvrage révèle toute la complexité du système de référentiel des pratiques des matrones et autres praticiens traditionnels puisque des descriptions très précises nous permettent de comprendre que «  le réel et l’imaginaire, la culture et la nature  » ne s’opposent pas. Ils fonctionnent ensemble et ont la même valeur. Comme le dit l’auteur, les «  savoirs sont ouverts  ». C’est l’ensemble des éléments à disposition des professionnels qui font sens et qui sont mobilisés pour la réussite de l’accouchement.
Les notions d’« (auto, endo, exo) épistémicide » et, de façon sous-jacente, celle de hiérarchie des savoirs sont aussi centrales. En effet, ce travail est particulièrement pertinent pour montrer comment les tradipraticiens interrogés participent eux-mêmes à la disparition des savoirs locaux ou la subissent. Tout contact avec la médecine occidentale se payerait par la perte, le dénigrement d’une pratique ancienne qui a pourtant fait ses preuves au quotidien (d’ailleurs, l’auteur note qu’il faudrait reconnaître une «  dimension scientifique aux savoirs de matrones parce qu’ils sont fondés sur l’observation empirique et l’expérimentation  »), mais qui ne répond pas à l’exigence de la médecine des preuves ( Evidence-Based Medicine ). Pourtant l’expert n’est-il pas celui qui – au sens premier – est un individu « rendu habile par l’expérience », qui a un « savoir d’usage » [3]  ? On peut aussi citer T. Borkman [4] pour qui les savoirs expérientiels sont : « truth learned from personal experience with a phenomenon rather than truth acquired by discursive reasoning, observation, or reflection on information provided by others. »
Ainsi, l’auteur plaide pour l’ entraide épistémologique, pour que le vodou ou l’invocation d’un Saint puissent côtoyer n’importe quels autres savoirs du Nord. Mais peut-être faudrait-il pour cela que les connaissances de la matrone ne soient pas seulement reconnues comme des croyances, notion qui de fait s’oppose aux savoirs. La problématique de la reconnaissance semble être au cœur du problème de statut que rencontrent les intervenants en « ethno-obstétrique ». Leurs « savoirs non institutionnalisés » empêchent, pour l’auteur, « l’émergence d’une conscience du savoir » et ne permettent pas de développer un « sentiment de compétences et d’efficacité personnelle ».
Enfin, même si en Haïti des hommes (sages-hommes traditionnels, médecins-feuilles et houngans ) peuvent intervenir dans la parturition, il semble qu’on retrouve de la même façon un principe déjà mis en évidence par F. Saillant [5]  : « Chaque fois que les ressources médicales et socio-sanitaires (sont) rares ou peu accessibles, les femmes semblent alors savantes » et inversement. En Haïti, nous sommes probablement à la croisée des chemins. La diffusion des savoirs dits scientifiques dominés par la biologisation [6] commence à insuffler l’idée que « les femmes et leurs savoirs sont considérés comme des entités douteuses et contestables ».
Béatrice Jacques
Maîtresse de conférences en sociologie, chercheuse au Centre Émile Durkheim (UMR 5116), Université de Bordeaux
Préface 2
Il y a plusieurs obstacles qui empêchent l’accès des femmes du milieu rural au système sanitaire national, notamment au personnel qualifié et au plateau technique de l’accouchement : obstacles d’ordre géographique, c’est-à-dire liés à la distance et à l’état des routes qui rel

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