Aux sources de l’idée laïque : Révolution et pluralité religieuse
143 pages
Français

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Description

La question de la laïcité est aujourd’hui au cœur de notre débat politique et social. Les conflits actuels trouvent leur origine dans la reconstruction par l’histoire républicaine d’un affrontement limité à la République et au catholicisme. C’est cet héritage national que l’historienne Rita Hermon-Belot entreprend ici de revisiter. Elle met en lumière la rupture révolutionnaire. Elle révèle à travers les débats de la Révolution française que celle-ci ne fut pas, comme on le dit trop souvent, foncièrement hostile aux religions. Elle en organisa même la diversité d’expressions avant que l’évolution des parties en présence ne l’entraîne à partir de 1793 vers une position plus tranchée. En remontant aux sources de notre laïcité, en reformulant les termes du débat actuel, cette grande enquête peut contribuer aujourd’hui à éclairer et à comprendre les tensions qui traversent notre société. Historienne, directrice d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, Rita Hermon-Belot s’est attachée à l’histoire de la pluralité religieuse dans le contexte français. Elle a publié L’Abbé Grégoire. La politique et la vérité (Seuil, 2000). 

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 07 octobre 2015
Nombre de lectures 0
EAN13 9782738165046
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0950€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Rita Hermon-Belot
Aux sources de l’idée laïque
Révolution et pluralité religieuse

© ODILE JACOB, OCTOBRE 2015
15 , RUE SOUFFLOT, 75005 PARIS


www.odilejacob.fr


ISBN : 978-2-7381-6504-6

Le Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2° et 3°a), d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective¸ et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illi­cite »¸ (art. L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Introduction
Qui pourrait mettre en doute aujourd’hui le fait que la pluralité des appartenances religieuses constitue un enjeu social et politique majeur ? Pour être devenue familière, la constatation n’en est pas moins empreinte de sentiments mêlés. Elle dément frontalement l’hypothèse longtemps tenue pour inéluctable d’une sécularisation vouée à congédier le religieux hors de la modernité, mais il y a aussi là un malaise devant le visage d’une diversité en expansion constante que nous présente cette pluralité. Le malaise tenant alors aux liens qu’elle entretient avec la globalisation du monde, à ce qu’elle vient souvent d’ailleurs et parfois de très loin. Dans le cas français, l’une des racines pourrait résider aussi dans le rapport que ce pays entretient avec son passé.
L’histoire de la pluralité religieuse a en effet été largement explorée pour la séquence allant des guerres dites « de religion » des XVI e et XVII e  siècles. La connaissance et l’approche en ont été considérablement renouvelées par des travaux récents, déployés à l’échelle européenne. Mais elle semble dans le contexte français s’effacer du champ de la modernité, celui des études portant sur le XVIII e  siècle et la période contemporaine. Comme si non seulement la pluralité religieuse mais le traitement politique, social et culturel des questions qu’elle pose constituaient un objet neuf, dépourvu d’histoire ou du moins d’une histoire gardant encore quelque pertinence au regard des réquisits du présent. Une position qui fait apparaître la France comme singulièrement coupée de sa propre expérience alors qu’on sait bien que les héritages du passé sont souvent d’autant plus actifs qu’ils sont ignorés.
Il s’agit donc ici de prendre la pluralité religieuse, les conditions qui lui sont faites et les représentations qu’elle suscite, pour objet de recherche historique au cours d’un temps long dont la Révolution française serait le premier moment. Ce livre voudrait ouvrir un triptyque embrassant la question de la fin du XVIII e  siècle à celle du XX e .
Pluralité et non pluralisme, dans la mesure où ce dernier supposerait une intention : une pluralité choisie et même revendiquée 1 . La pluralité est d’abord une situation de fait mais encore doit-elle être reconnue pour telle, ce à quoi la monarchie française s’est invariablement refusée pendant deux longs siècles, de la révocation de l’édit de Nantes en 1685 à la Révolution. Cette pluralité religieuse peut être vécue de façon harmonieuse ou conflictuelle, la réalité tenant le plus souvent des deux. Mais, que la balance penche d’un côté ou de l’autre, là où elle existe de fait, elle finit par produire une culture intégrant à la fois l’affrontement ou l’accommodement, mais dont diversité et altérité constituent un horizon familier.
La liberté des cultes, ensemble des conditions légales, juridiques qui permettent l’expression des affiliations religieuses, en est une modalité possible. Sans doute peut-elle dès lors qu’elle est défendue par le politique parvenir à imposer cette culture, mais cela au prix de procès historiques inscrits dans la longue durée. La France en constitue probablement un cas exemplaire, toute la question étant de savoir si le processus y est vraiment parvenu à son terme au point que l’on puisse tabler sur une véritable culture de la pluralité religieuse bien acclimatée et largement partagée. La Révolution en aura en tout cas été la première et décisive étape, celle d’une première expérience pluraliste au moment où s’ouvre l’âge démocratique des individus.
*
Quel intérêt l’histoire de la Révolution a-t-elle pris à cette question ? La première historiographie de la question religieuse en Révolution a essentiellement été une historiographie catholique qui, dans le sillon des interprétations d’un Bonald ou d’un Maistre, n’a vu dans la Révolution que la libération de puissances ténébreuses dont la destruction du catholicisme aurait constitué le dessein ultime. Ces premiers ouvrages, écrits le plus souvent par des ecclésiastiques, ont pour une large part d’entre eux été des martyrologes 2 . Lorsque d’autres religions que le catholicisme y apparaissent, c’est surtout comme figure du mal à l’œuvre dans l’histoire : un complot républicain protestant dénoncé sans relâche depuis Bossuet 3 .
Une attention aussi exclusivement centrée sur le destin du seul catholicisme a d’une certaine façon trouvé son prolongement dans l’historiographie du tournant républicain de la fin du XIX e  siècle, tout occupée à retracer l’affrontement entre l’Église catholique et la république héritière de la Révolution. N’y ont d’ailleurs guère échappé des auteurs non catholiques (mais qui ne se revendiquaient pas nécessairement comme tels) dont certains ont apporté une contribution décisive au grand récit laïque : Edmond de Pressensé et Georges Weill avec son histoire, toujours inégalée, de l’idée laïque en France 4 .
Il y aura eu quelques exceptions, des auteurs dont la carrière a été écriture de l’histoire, réflexion sur l’histoire, mais aussi combat : Michelet et Quinet, dont la publication des ouvrages, mais également les cours au Collège de France ont été émaillés de tant de mobilisations et d’empoignades 5 . Engagement polémique qui a aussi eu sa version plus populaire, la publication du Juif errant d’Eugène Sue en feuilleton dans Le Constitutionnel durant les années 1844-1845, et dont toute une imagerie a su tirer les effets les plus frappants. Reste qu’en dépit du titre la pluralité n’est pas vraiment présente ici, la figure du juif errant reste très symbolique. Mais, qu’ils veulent y voir l’éclosion de quelques graines semées par le protestantisme pour Michelet, ou y regretter surtout l’irrémédiable lacune d’un pays qui, avec la Réforme, a refusé tout esprit de libre examen pour Quinet, la grande question qui fascine tout le premier XIX e  siècle français n’est guère celle du destin de telle ou telle confession ou même de toutes, mais celle de la nature de la force à l’œuvre dans la Révolution. Et si l’histoire de Michelet et de Quinet n’est certes pas que catholique, elle reste bien essentiellement peuplée de chrétiens.
La pluralité est cependant bien présente dans l’écriture française de l’histoire, mais c’est essentiellement sur ce qui en est le plus souvent tenu pour marges, les récits des groupes que l’on désigne comme des minorités ou, selon l’expression en vigueur du temps de la Révolution et encore bien après, les « non-catholiques ». Ce retour sur l’histoire s’inscrit dans la vie sociale des groupes minoritaires et en reçoit une considérable impulsion, avec les fondations respectives de la Société de l’histoire du protestantisme français créée en 1852 avec son « Bulletin », et de la Société des études juives avec sa propre revue en 1880. Mais ces historiographies vont chacune son pas, elles restent séparées les unes des autres, s’attachant à des préoccupations qui leur sont propres. Le Bulletin de la Société de l’histoire du protestantisme français consacre une bien plus grande part de ses articles à l’histoire du protestantisme en France que ne le fait la Revue des études juives , plus engagée dans la « science du judaïsme 6  ». Des préoccupations qui, pour chacune de ces « minorités », tournent pour une large part autour de la question de leur survie à travers les temps. Et le regard porté sur la Révolution en est un exemple frappant.
Une première et considérable différence apparaît au premier coup d’œil dans la place qui lui est faite : rupture et ouverture majeure pour des juifs qui en France ont très longtemps considéré, et célébré, la Révolution et l’« émancipation 7  » qu’elle apportait comme une étape fondatrice dans l’histoire même du judaïsme, alors que les protestants ont eu bien d’autres grands repères et références symboliques.
Il est encore une autre veine historiographique qui a rencontré la pluralité religieuse, et elle a posé de premiers jalons et rassemblé des matériaux précieux pour son étude. Les travaux de clercs déjà évoqués étaient des monographies locales, nourries de la fréquentation de gisements documentaires tout proches et, pour certains, recueillant même dans les premières décennies du XIX e  siècle des récits vécus. Un peu plus tard, il en a été de même pour les non-catholiques, avec une profusion de travaux qui constituent de véritables gisements encore peu exploités. C’est bien sûr dans celles des régions françaises où la pluralité était le mieux enracinée que l’histoire locale n’a pu l’ignorer, au premier rang desquelles le Midi et l’Alsace 8 , avec une mention particulière des travaux de Rodolphe Reuss. Car le grand historien de l’Alsace est peut-être un des seuls dont l’œuvre a été attentive à la pluralité dans toute son extension, et celle-ci a de longtemps été considérable dans cette région : catholiques, réformés, luthériens et autres groupes protestants, mais également les juifs. Rodolphe Reuss a d’ailleurs publié un article dans la Revue des études juives 9 . Ce travai

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