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Contribution socio-économique de l'agro-business au développement

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Description

Ce livre fait le point sur l'analyse socioéconomique de l'agrobusiness qui a connu un développement considérable ces dernières années. Précisément, il met en évidence les contrats avec les agrobusiness et les défis auxquels sont confrontés les agriculteurs locaux, analyse les apports des agrobusiness au développement afin de suggérer de nouvelles pistes d'orientations et, enfin, de réfléchir sur le processus
d'amélioration de l'agriculture familiale.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 31 octobre 2019
Nombre de lectures 31
EAN13 9782336884974
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Titre
Malick NDIAYE










CONTRIBUTION SOCIO-ÉCONOMIQUE DE L’AGRO-BUSINESS AU DÉVELOPPEMENT

Cas de l’Île Maurice et du Delta du fleuve Sénégal
Copyright


































© L’Harmattan-Sénégal, 2019
10 VDN, Sicap Amitié 3, Lotissement Cité Police, DAKAR
http://www.harmattansenegal.com
senharmattan@gmail.com
senlibrairie@gmail.com
EAN Epub : 978-2-336-88497-4
REMERCIEMENTS

J’exprime ma gratitude et ma reconnaissance aux professeurs Felwine SARR (Université Gaston Berger) et Brinda Ramasawmy (Université de Maurice) pour leurs conseils et orientations. J’adresse aussi mes remerciements au projet Haagrim pour avoir financé ces recherches.
AVANT-PROPOS

L’agriculture occupe une place importante dans les économies des pays africains. Elle est organisée et mise en œuvre par les exploitations agricoles de types familiales (Zoundi et al., 2005). Ces dernières font preuve d’une capacité d’adaptation aux effets du changement climatique, aux crises alimentaires, à la baisse des prix et à la concurrence déloyale sur les marchés. Plusieurs travaux de recherche mettent en exergue les capacités de résilience de ces exploitations et leur contribution notoire à la sécurité alimentaire dans les pays en développement (Bélières et al., 2002 ; Toulmin et Gueye, 2003 ; Nihous, 2008). Les exploitations agricoles familiales font face à des contraintes qui limitent sérieusement leur potentiel d’augmentation de la productivité et des revenus. Il s’agit en effet d’un manque d’informations sur les méthodes de production, les opportunités de marché, l’absence de capital financier à cause d’un accès limité au crédit et enfin la réticence à prendre des risques 1 (Bijman, 2008). Ainsi, de nombreux décideurs et analystes considèrent que l’agrobusiness constitue en fait un « nouveau » paradigme de développement car permettant de résoudre plusieurs de ces contraintes et intégrant les petits exploitants aux marchés. Une étude récente de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) indique que « l’agrobusiness à travers l’agriculture contractuelle semble être le principal moyen de rendre l’agriculture africaine plus axée sur le marché » (Felgenhauer et Wolter, 2009). Il est un modèle envisagé dans la vague de stratégies de partenariat public-privé lancée ces dernières années. A cet effet, la plupart des pays africains portent une attention particulière, dans leur politique agricole, à l’agrobusiness en raison de ces multiples avantages (Olounlade, et al., 2014). C’est dans ce contexte politique que s’installent plusieurs agrobusiness au Sénégal notamment au Delta du fleuve et la transformation de nombreuses compagnies sucrières en Île Maurice 2 .
Par conséquent, les contrats agricoles des agrobusiness 3 se sont développés au cours des dernières décennies et sont largement répandus dans les pays en développement autour de certaines cultures (Prowse, 2012).
• En Amérique latine, plus de 70 % de la production avicole du Brésil et 30 % de la production de soja sont produits en agriculture contractuelle tandis que les multinationales de la banane telles que Dole et Del Monte ont toutes des exploitations agricoles contractuelles.
• En Asie, l’Indonésie, la Malaisie et la Chine figurent parmi les pays où l’agriculture contractuelle est importante, au Vietnam par exemple plus de 90 % du coton, du lait frais et plus de 40 % du riz et du thé proviennent de l’agriculture contractuelle.
• En Afrique, l’agriculture contractuelle est importante et en nette augmentation. Au Mozambique, tout le coton et le tabac sont produits par l’agriculture contractuelle et près de 12 % de la population rurale du Mozambique est impliquée dans ce type d’agriculture. Tout le paprika, le tabac et le coton en Zambie et 60 % du thé et du sucre du Kenya sont produits sous contrat d’agriculture (Eaton & Shepherd, 2001).
Plusieurs études suggèrent que les arrangements en agriculture contractuelle des agrobusiness permettent aux agriculteurs d’obtenir de meilleurs rendements, de se diversifier dans de nouvelles cultures et d’augmenter leurs revenus (Bijman, 2008). Patrick (2004) affirme qu’il existe des preuves que l’agriculture contractuelle améliore le bien-être des petits exploitants dans d’autres parties du monde. En Amérique latine, par exemple, les contrats ont été largement utilisés et, dans de nombreux cas, les petits exploitants y participent activement. Au Guatemala, les petits exploitants ont contracté pour produire du brocoli et des pois mange-tout destinés à l’exportation vers les États-Unis. Au Pérou, l’asperge est produite sous contrat pour une entreprise exportant vers l’Europe. En Équateur, la multinationale Frito Lay contracte les petits exploitants pour produire une variété particulière de pommes de terre à transformer en puces pour le marché intérieur. Dans chacun de ces cas, les petits exploitants tirent des avantages économiques de la libéralisation du marché. Les contrats agricoles des agrobusiness constituent également un outil utile pour promouvoir le développement économique en toute liberté (Glover, 1984 ; Porter et Phillips-Howard, 1997).
Des études rapportent également un certain nombre de désavantages et de menaces, tels que les limites de l’inclusion des systèmes d’agriculture contractuelle (souvent limités au plus haut niveau des agriculteurs), les relations souvent inégales entre entrepreneurs et agriculteurs (Bijman, 2008). Les agrobusiness préfèrent gérer de grandes plantations et ne pas avoir à traiter avec beaucoup d’agriculteurs, mais de vastes zones de terres sont rarement disponibles. Par conséquent, ils accaparent les gros morceaux de terres africaines, participant ainsi à l’accélération du mouvement d’accaparement des terres (Shepherd, 2013 ; Delcourt, 2012).
D’où l’intérêt de cette recherche dont l’objectif est d’évaluer l’impact des agrobusiness sur le revenu et le bien-être des exploitations agricoles familiales au Delta du fleuve Sénégal et en Île Maurice. Cette étude examine également les préoccupations selon lesquelles les agrobusiness occupent les terres des exploitations agricoles familiales dans les deux pays où se portent les recherches. Il est important, dès lors, d’enquêter sur les facteurs qui influent sur la participation des agriculteurs aux contrats agricoles des agrobusiness. Ce travail ambitionne d’identifier des orientations claires du modèle de développement des exploitations familiales à travers l’agrobusiness pour une aide de prise de décision politique ainsi que la recherche scientifique.
1 Les agriculteurs préfèrent généralement se garantir un minimum de nourriture.
2 La république de Maurice (communément appelé Maurice) est constituée de l’île Maurice et les îles de Rodrigues, Agalega et de l’archipel des Chagos. Nos recherches se portent sur île Maurice.
3 Des grandes entreprises agricoles de type capitaliste très intégrées au marché amont et aval.
REVUE DU SECTEUR DE L’AGRICULTURE AU SENEGAL ET A MAURICE

R ÉSUMÉ
L’agriculture est la principale occupation de la population rurale sénégalaise comme mauricienne. Elle occupe une place stratégique en termes de devises et de sécurité alimentaire.
Dans ces pays d’Afrique, l’agriculture est pratiquée en majorité par les agriculteurs dans de petites superficies et avec des rendements généralement faibles. Ils sont mis à l’épreuve, d’une part, par des besoins du ménage difficile à satisfaire, et d’autre part, par une modernisation qui s’impose avec l’essor de l’agrobusiness. La transformation de la petite agriculture est toutefois nécessaire pour booster la production et la productivité, et satisfaire les besoins de ces populations.
Dans cette première partie de l’étude, nous analyserons la situation des agriculteurs dans les deux pays afin de mieux cerner leurs performances et de délivrer des mesures appropriées pour relever le défi de la sécurité alimentaire et les stratégies pour réduire la pauvreté.
I NTRODUCTION
La majorité des agriculteurs au Sénégal combinent les cultures de rente (arachide, coton) et les cultures vivrières de subsistance (mil, sorgho, maïs). Ces dernières années, on remarque l’émergence de l’horticulture pratiquée à grande échelle dans les Niayes et dans la Vallée du fleuve Sénégal, où la culture du riz est également fort développée. Cette agriculture, fortement tributaire des conditions pluviométriques et des disponibilités en terres productives, est aussi caractérisée par une dégradation des conditions de production : baisse de la pluviométrie, érosion, salinisation, baisse de fertilité des sols, mauvaise gestion des ressources naturelles, etc. La politique actuelle du Gouvernement du Sénégal est axée sur le développement de l’agriculture commerciale pour renforcer la sécurité alimentaire, réduire les importations de produits alimentaires, préserver les équilibres socio-économiques et dynamiser l’économie rurale.
Au cours des vingt dernières années, Maurice a connu des changements structurels majeurs passant d’une économie agricole monoculturale à une situation caractérisée par une économie qui connaît une diversification rapide. Maurice est fortement dépendant des importations pour son approvisionnement alimentaire. Elle importe la totalité de ses deux denrées de base, le riz et la farine (tous deux subventionnés) et plus de 80 % de ses besoins de consommation en lait, bœuf et agneau.
Les politiques de développement rural du gouvernement actuel mettent l’accent sur l’amélioration de la productivité agricole et encouragent la diversification de l’agriculture avec une attention particulière à la conservation des ressources naturelles et à la création d’emplois ruraux.
I. L’ AGRICULTURE SÉNÉGALAISE
1. Les systèmes de production agricoles
Au Sénégal, quatre systèmes de culture sont pratiqués : pluvial, bas-fond, décrue et irrigué.
L’agriculture pluviale , elle se trouve davantage dans les zones à vocation mixte, où l’agriculture extensive a évincé l’élevage extensif, notamment le Bassin arachidier avec une tendance à l’extension vers le Nord et le Sud du pays. Les cultures pratiquées sont principalement des cultures vivrières (mil, sorgho, maïs) et de rente (arachide, coton). En plus, d’autres cultures comme la pastèque, le sésame, le bissap, le manioc et l’agriculture de fruits (orange, mangue) sont aussi cultivées avec des proportions faibles.
L’agriculture de bas-fond , les cultures de bas-fond sont principalement rencontrées dans les régions de Kolda et de Tambacounda où elles sont pratiquées respectivement par 36,31 % et 17,02 % des ménages agricoles. Elles sont également pratiquées dans la région de Ziguinchor et dans les Niayes. Le potentiel d’irrigation des superficies en bas-fonds et mangroves est évalué à 60 000 ha (FAO, 2007). Les terres de bas-fond sont traditionnellement cultivées par les femmes pour la plupart. Les systèmes de culture des zones de bas-fond utilisant peu d’intrants diminuent au profit des systèmes de culture ayant recours à l’irrigation.
L’agriculture de décrue, elle couvre des micro-superficies au niveau des berges intérieures. Sans intrants, les cultures de décrue se portent sur des sols naturellement enrichis par l’évolution des eaux et des micro-organismes qui s’y déposent. Le potentiel pour les superficies en cultures de décrue était de 100 000 ha, mais il était fortement diminué à cause de la sécheresse qui a affecté le Sénégal dans les années 1980 et de l’implantation des barrages de Diama et Manatali (FAO, 2007). Les cultures de décrue sont principalement pratiquées dans la Vallée du fleuve Sénégal et concernent notamment le sorgho et le maïs.
L’agriculture irriguée, elle se développe principalement dans la Vallée du fleuve Sénégal et dans les Niayes. L’agriculture irriguée porte essentiellement sur le riz et les cultures maraîchères telles que la tomate, l’oignon, le gombo et la patate douce. Dès l’indépendance, l’Etat sénégalais a adopté une politique de développement de l’agriculture irriguée. C’est dans ce contexte politique qu’a été créé en 1965 la SAED (Société Nationale d’Aménagement et d’Exploitation des Terres du Delta du fleuve Sénégal et des Vallées du fleuve Sénégal et de la Falémé) pour favoriser l’introduction massive de la culture irriguée avec un encadrement technique dense. De plus, dans les années 1980 les barrages de Diama et de Manantali sont construits et mis en service pendant que l’économie agricole est libéralisée. L’agriculture irriguée est devenue la composante principale de la plupart des exploitations agricoles surtout au niveau du Delta et de la basse Vallée (CSE, 2000). Elle concerne également la culture du melon dans la région de Thiès ainsi que la culture de la banane dans la zone de Niandane, dans le Bassin de l’Anambé à Kolda et à Tamba sur les rives de la Gambie.
2. Les ressources naturelles disponibles
Les terres arables constituent 19 % de la superficie totale du pays, soit 3,8 millions d’hectares. Ces terres sont inégalement réparties dans les zones éco-géographiques : 57 % dans le Bassin arachidier, 20 % en Casamance, 10 % au Sénégal Oriental, 8 % au Fleuve Sénégal, 4 % dans la zone Sylvopastorale et 1 % dans les Niayes. Annuellement les mises en valeur agricoles ne portent que sur 65 % de ces terres, soient 2,5 millions d’hectares environ. Toutefois, ces données n’ont pas pris en compte des dunes rouges (dans la Vallée) et les grottes (dans les Niayes) qui sont exploitées par les agrobusiness qui disposent de gros moyens.
L’essentiel de ces terres est cultivé sous pluie (98 %), de sorte que l’activité agricole est exposée aux aléas climatiques. Seulement 2 % sont mis en valeur grâce à l’irrigation (IPAR/ASPRODEB, 2007). Sur un potentiel de terres irrigables de 350 000 ha, le Sénégal n’exploite que 105 000 ha (soit 64 %), dont 76 000 ha dans la Vallée du fleuve Sénégal, 15 000 ha en basse et moyenne, 10 000 ha dans les Niayes, 4 000 ha dans la vallée de l’Anambé et 600 ha dans le Sénégal Oriental (Faye et al., 2007 ; Sene, 2011).
Comme ressources hydriques, le pays dispose de quatre (4) cours d’eau : le fleuve Sénégal dont le bassin couvre une superficie 4 de 290 000 km 2 , la Casamance 20 150 km 2 , l’Anambé 4 000 km 2 et la Gambie qui s’étend sur 54 631 km 2 dans sa partie sénégalaise 5 (IPAR/ASPRODEB, 2007). À cela s’ajoute le potentiel irrigable par les eaux souterraines. Le pays dispose aussi de 4 milliards de m 3 d’eaux souterraines 35 milliards de m 3 d’eaux de surface renouvelables (APIX, 2013) mais l’essentiel de ces ressources potentielles en eau est perdu soit dans l’Océan, soit par évapotranspiration.
Dès son accession à l’indépendance, le Sénégal avait procédé à une mise en place d’une loi sur le domaine national (LDN) délibérée et adoptée par l’Assemblé nationale, le 17 juin 1964. Son objectif était de favoriser une utilisation rationnelle et une mise en valeur de la terre tout en harmonisant le système foncier avec les besoins de développement (Diouf, 2015). Dans cette loi, les terres du domaine national ne peuvent faire l’objet d’une propriété individuelle, d’une part, et l’État détient les terres du domaine national en vue d’assurer leur utilisation et leur mise en rationnelles, d’autre part (Ndiaye, 2011). La situation économique continuant à se détériorer, différents plans d’ajustements structurels sont mis en œuvre sous l’égide de la Banque Mondiale et du FMI (Diouf, 2015). A cet effet, sont mises en place de nouvelles politiques et stratégies agricoles favorisant les investissements privés et la libéralisation du secteur agricole. Dans cette vision politique, la LOI n° 2004-16 du 4 juin 2004 a été adoptée portant loi d’orientation agrosylvopastorale. Elle avait pour mission de lutter contre le morcellement des exploitations agricoles familiales et l’extension rapide des petites exploitations non viables, la surexploitation des terres et des ressources naturelles, etc. (Ndiaye, 2011). Ces orientations s’inscrivent dans la logique de la politique d’intégration sous-régionale, ainsi que des engagements dans le cadre de conventions internationales et les accords commerciaux bilatéraux et multilatéraux. Dès lors, de grandes firmes agrobusiness appuyées par des groupes financiers s’implantent notamment dans les Niayes et la Vallée du fleuve Sénégal pour y exploiter de grandes surfaces agricoles selon le modèle de l’agrobusiness. Faye et al., (2011) rapportent que depuis 2006, plus de 400 000 ha (soit près de 30 % des surfaces arables) ont déjà fait l’objet d’attributions sur les 1 400 000 ha de réserves foncières disponibles.
La sécurisation foncière devient alors indispensable pour lutter contre l’accaparement des terres, réduire les conflits sur le foncier agricole, limiter le morcellement des superficies cultivables (Diouf, 2014). Elle pourrait aussi permettre aux exploitations agricoles familiales de sécuriser leurs investissements, de leur faciliter l’accès au crédit bancaire, de lever les contraintes liées à l’insécurité foncière et d’améliorer ainsi leur situation.
3. Évolution récente de la production agricole
Les principales filières de cultures au Sénégal sont les céréales (riz, mil, mais, sorgho), les filières industrielles (arachide, coton) et les cultures horticoles (légumes et fruits). La production céréalière (Cf. Figure 1 p.22) enregistre une production de 2 247 094 tonnes en 2016 soit une augmentation de 54 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années (1 454 693 tonnes) (ANSD, 2015 ; ANSD, 2017). Cependant, elle connait une baisse de 12 % en 2013 par rapport à 2012 (Banque Mondiale, 2014 ; PAM, 2014). Les cultures industrielles ont connu une augmentation de 52 % en 2016 par rapport à la moyenne des cinq dernières années (ANSD, 2017) avec une légère baisse de 18 % de la production entre 2012 et 2013 (ANSD, 2015). Cette baisse peut s’expliquer par une diminution d’environ 80 % des superficies cultivées de 2012 à 2013. L’arachide, principale culture de rente du pays, est cultivée sur environ 40 % des terres cultivées, emploie un million de personnes et les exportations de produits liés à l’arachide représentent environ 60 % du total des exportations agricoles (PAM, 2014). Quant à la production du coton, elle demeure modeste et ne peut pas constituer une source de revenu de substitution pour le pays.
L’horticulture (fruits et légumes principalement) est l’une des filières les plus dynamiques du secteur agricole au Sénégal, en raison de la permanence de ses activités dans certaines zones, du nombre de pratiquants au niveau national, de la diversité des espèces cultivées, des régions touchées et surtout des retombées financières pour les principaux acteurs. Les cultures légumières et les cultures fruitières enregistrent une hausse de la production entre 2012 et 2015 avec une variation annuelle de 8,8 % et 2,8 % respectivement (ANSD, 2017). Les exportations horticoles sont passées de 13 321 tonnes à 85 414 tonnes entre 2004 et 2014, soit une augmentation annuelle moyenne de 54,12 % (Banque Mondiale, 2014). Cette filière est donc économiquement relevant, bien qu’elle absorbe à peu près 1 % de la population active et exploit le 5 % des terres agricoles et joue un rôle essentiel dans la diversification de la production agricole, la création de revenus à l’investissement, l’amélioration de l’alimentation et la création d’opportunités de travail au milieu rural, urbain et péri-urbain.
Figure 1 Graphique de l’évolution de la production des filières agricoles au Sénégal

Source des données : ANSD, 2016
4. Typologie et organisation des agriculteurs sénégalais
Les caractères communs à l’ensemble des exploitations familiales du Sénégal sont la faiblesse de la taille des exploitations qui se situe entre 1 et 3 ha en moyenne et le taux d’utilisation d’une main d’œuvre familiale d’à peine 52 % (Diouf, 2014). Toutefois, nous notons des différences d’une zone à une autre. Dans son rapport, Sene (2011) réalise une caractérisation des exploitations familiales dans la zone des Niayes. Il distingue :
• Les petites exploitations : leur taille est inférieure à un hectare et relève plus de l’exploitation individuelle que de l’exploitation familiale. Ces petites exploitations pratiquent la diversification des cultures en associant différentes espèces maraîchères à l’arboriculture fruitière et à l’élevage destinées à l’approvisionnement des marchés locaux.
• Les exploitations moyennes (assurent 80 % de la production maraîchère du pays) : leur taille varie entre 1 et 20 hectares et sont pour la plupart des exploitations privées. Ces exploitations de type semi-modernes cultivent principalement l’oignon, la tomate, le haricot vert, le chou, l’aubergine, le piment, le poivron sont essentiellement destinées au marché en gros et à l’exportation.
• Les exploitations modernes : Elles exploitent en moyenne plus de 50 hectares et disposent des moyens techniques et financiers pour la production. Elles sont privées ou à caractère associatif (GIE) et sont concentrées dans les régions de Dakar (Sébikotane), de Thiès (Pout, Mboro) et de Saint-Louis. Leur production est constituée en majeure partie de cultures d’exportation (haricot vert, tomate).
Par ailleurs, la FONGS (2013) a réalisé une caractérisation sur 1811 exploitations familiales suivies et réparties dans les six zones agro écologiques du Sénégal. Les résultats de cette enquête montrent que
• 12 % des exploitations familiales sont excédentaires et en sécurité ainsi réparties : 44 % dans les Niayes, 18 % dans le Bassin arachidier, 15 % dans la zone Sylvopastorale, 7 % en Casamance, 5 % dans la Vallée du fleuve et 3 % au Sénégal Oriental. Leur taux de couverture en besoin céréalier de base est supérieur à 12 mois et elles exploitent 73 % des 11 ha de superficie moyenne par année dont ils disposent. Elles disposent d’équipements adaptés et gagnent un revenu agricole de plus de 2,5 millions FCFA/an.
• 68 % des exploitations familiales sont en situation intermédiaire 6 . Elles se localisent dans la Casamance à 87 %, dans le Sénégal Oriental à 79 %, dans le Bassin arachidier à 67 %, dans la zone Sylvopastorale à 63 %, dans les Niayes à 52 % et dans la Vallée du fleuve Sénégal à 48 %. Le taux de couverture de leurs besoins de base se situe entre 3 et 12 mois. Ces exploitations disposent d’une superficie moyenne en terre de 9 ha et en exploitent annuellement les 78 %. Elles disposent d’un équipement relativement adapté et entretiennent un cheptel. Les revenus qu’elles retirent de leur agriculture et de leur élevage s’élèvent en moyenne à un plus de 1,132 million FCFA/an.
• 20 % des exploitations familiales sont vulnérables et en insécurité. Elles ont un taux de couverture de leurs besoins de base inférieur à 3 mois/an et gagnent un revenu agricole moyen d’un peu moins de 469 000 FCFA/an. Il s’agit de familles avec un grand nombre de personnes à nourrir (17 personnes) et qui ont, en même temps, les plus petites superficies (moins de 6 ha). Ces exploitations sont de 47 % dans la Vallée du fleuve, 22 % dans la zone sylvopastorale, 18 % au Sénégal oriental, 18 % dans le Bassin arachidier, 6 % en Casamance et 4 % dans les Niayes.
Pour une meilleure prise en charge de leurs difficultés et de leur développement, les exploitations agricoles sénégalaises se sont structurées en de forts réseaux d’organisations locales (groupements villageois, associations villageoises, GIE). Ces organisations se sont regroupées (1974) en une Fédération des Organisations Non Gouvernementales du Sénégal (FONGS) (FIDA, 2004). Cette dernière avait pour objectif de promouvoir une identité paysanne commune et faire valoir les intérêts des agriculteurs auprès des pouvoirs publics. Confrontées à la complexité des institutions administratives, les organisations paysannes regroupées au sein de la FONGS et autres fédérations professionnelles et unions de coopératives se sont regroupées en 1993 au sein du CNCR (IPAR/ASPRODEB, 2007). Ce dernier a pour but de défendre les intérêts des agriculteurs et de s’engager dans un partenariat avec l’Etat et les autres acteurs économiques.
Le financement des exploitations agricoles familiales est assuré principalement par le budget de l’Etat à travers des fonds versés dans les banques nationales qui représentent 6,1 % du budget national (Banque Mondiale, 2014). Le financement privé est assuré par la Caisse Nationale de Crédit Agricole du Sénégal (CNCAS) qui est la principale source de financement par crédit des agriculteurs ruraux. Les Institutions de Micro Finances (IMF) jouent un rôle important dans l’épargne et le crédit de proximité. Parmi lesquelles nous pouvons citées le Crédit Mutuel du Sénégal (CMS), l’Alliance de Crédit et d’Epargne pour la Production (ACEP), l’Union des Mutuelles du Partenariat pour la Mobilisation de l’Epargne et du Crédit au Sénégal (UM–PAMECAS) et l’Union Nationale des Commerçants et Industriels du Sénégal (UNACOIS). En dehors de ces systèmes, il faut noter la présence des ONG dans le financement. Malgré ces efforts de financement public et privé, qui reste néanmoins faible, les agriculteurs sénégalais sont toujours confrontés à un problème d’accès aux crédits.
Dans certains pays en développement, des études de la FMI (2013) ont révélé un impact significatif de l’éducation de la formation sur la croissance économique : une contribution à la croissance de 23,2 % pour le Ghana, de 16 % pour le Nigeria, de 15,9 % pour la Corée du Sud. Au Sénégal, l’Etat intervient en milieu rural à travers des directions techniques, des sociétés de développement, des agences et des services techniques déconcentrés et décentralisés. Ainsi, en matière d’appui/conseil, les services sont assurés par les sociétés régionales de développement rural (SAED, SODEFITEX, SODAGRI) et l’Agence Nationale de Conseil Agricole et Rural (ANCAR). Dans le domaine de la recherche, l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA), l’Institut de Technologie Alimentaire (ITA) et l’Institut National de Pédologie (INP) jouent un rôle important dans le développement agricole. Néanmoins, les niveaux d’éducation et de compétence sont encore relativement bas et les domaines couverts trop limités. Selon les statistiques tirées de la dernière enquête sur la pauvreté au Sénégal (ESPS-2011), 72,4 % des chefs de ménage n’ont aucun niveau d’instruction (FMI, 2013) et 54,6 % de la population rurale sont dans leur grande majorité analphabètes (ANSD, 2014). Ce qui fait que l’utilisation de techniques de production demeurant à un niveau rudimentaire entrainant ainsi une productivité faible. Une mauvaise maîtrise et un faible degré d’application de la science et la technologie constituent donc une contrainte fondamentale.
5. Les contraintes fondamentales
L’agriculture sénégalaise est confrontée à une non-maîtrise des ressources en eau, à la dégradation des ressources productives, et au manque de matériel agricole performant (PAM, 2014). Sous l’effet combiné de la sécheresse endémique et la pression humaine croissante sur les ressources, la dégradation des agrosystèmes demeure préoccupante. Les contraintes techniques de l’agriculture familiale se distinguent aussi par la faiblesse du niveau d’équipement et la vétusté du matériel agricole et le manque de semences à haut rendement et la péjoration des conditions climatiques (ISRA, 2008).
Les faibles niveaux d’alphabétisation et de scolarisation entravent l’accès aux nouvelles technologies et aux pratiques novatrices, ainsi qu’à une gestion plus efficace de l’exploitation agricole (Toulmin et Gueye, 2003) notamment dans un contexte caractérisé par une forte intégration des systèmes de commercialisation et de production. Les faibles capacités financières d’une large partie des agriculteurs limitent leurs possibilités d’investissement pour accroître le potentiel de production de leurs exploitations agricoles. Enfin, la politique de libéralisation et de privatisation du gouvernement s’est traduite par la dégradation des prix et des revenus agricoles et la paupérisation du monde rural.
II. L’ AGRICULTURE MAURICIENNE
1. Les systèmes de production agricole
Les systèmes de production agricole mauriciennes se caractérisent par une agriculture pluviale et celle irriguée.
L’agriculture pluviale, la production pluviale est dominée par la petite agriculture avec une exploitation moyenne de 0,25 hectare et quelques grandes exploitations qui sont plus de 10 hectares. Les principales filières cultivées sont les pommes de terre, l’oignon, la tomate, le piment, les crucifères, l’ail, et le gingembre (Hardowar et al., 2014). Elle est également constituée par la production de fruits qui compose principalement de la banane, l’ananas les saisonniers tels que le litchi et la mangue occupant 3 065 ha de terres.
L’agriculture irriguée, le développement de l’irrigation à Maurice a commencé en 1910 avec la construction des réservoirs de la Ferme et de la Nicolière ainsi qu’à l’installation des principaux canaux d’alimentation en 1929 pour acheminer l’eau vers les régions de l’Ouest et du Nord (FAO, 2013). L’irrigation de surface a commencé au début des années 1960 avec l’introduction de l’irrigation par aspersion. En 1978, avec la création de l’Office de l’irrigation mauricienne, on assiste à l’expansion du secteur de l’irrigation de la canne à sucre et les cultures vivrières (FAO, 2005). Le pays a un potentiel d’irrigation estimé à 33 000 ha mais compte 21 416 ha sous irrigation. En outre, environ 75 % des terres sont irriguées avec de l’eau de surface et de 25 % avec les eaux souterraines (FAO, 2005). Le manque de capacité de stockage d’eau constitue la principale contrainte pour le développement de l’irrigation. Mais la réhabilitation de la majeure partie des canaux d’eaux et les nouvelles technologies ont amélioré la disponibilité de l’eau et ont augmenté l’efficacité de l’irrigation.
2. Les principales ressources agricoles
L’eau et la terre sont les principales ressources agricoles mais sous l’action du climat ils sont en perpétuelle dégradation au fil des années. Le pays compte plus de 2,75 milliards de m 3 des ressources en eau renouvelable disponibles, dont 18 % sont retirés chaque année. De l’eau totale retirée, environ 68 % est utilisé dans le secteur agricole (FAO, 2013). Maurice dispose aussi d’un réseau hydraulique bien développé avec des sources de rivières qui proviennent du plateau central, des forages, des nappes aquifères et des réservoirs qui composent les ressources en eau de surface (MENDU, 2010). En effet, le pays est constitué de 25 principaux bassins fluviaux et 22 bassins fluviaux versants mineures variable entre 3 et 164 km 2 . Le système d’eau comprend un système souterrain ayant 4 aquifères centrales exploitées par 135 forages et petits puits (Johnson, 2011).
Les précipitations à Maurice représentent 4000 mm dans la zone de super-humide sur le plateau central, à environ 1500 mm sur la plaine côtière de l’Est et seulement environ 800 mm sous le vent du Nord plaine côtière de l’Ouest (MENDU, 2010). Toutefois, en raison de sa topographie et de situation géographique, le pays souffre de ruissellement rapide et évaporation.
Dans son rapport, la FAO (2013) indique que Maurice dispose de 980 km 2 de terres agricoles soit 48,3 % du total des terres disponibles dont les 43 % sont des terres arables. Leur utilisation se compose de 60 % à 70 % sous culture pluviale de canne à sucre et 8 à 10 % des cultures de diversification (tomates, aubergines, piments, poivrons verts, melon d’eau). En plus, 20 % des terres agricoles sont abandonnées en raison du manque d’eau (ADB, 2004). L’agriculture occupe environ 43 % du total de la superficie des terres, tandis que 25 % occupés par des forêts, 25 % en zone bâtie, 2 % par des routes, des deux réservoirs et 3 % en champs de canne abandonnée (UNEP, 2010). Par ailleurs, UPA (2003) rapporte que 243 022 ha sont protégés, dont 110 118 hectares sont exploitables parmi lesquels 85 541 sont cultivés effectivement. Sur une superficie totale de 64683 hectares occupé par les exploitations agricoles, 83 % ont été utilisés par les entreprises et institutions tandis que les 17 % restants par les exploitations familiales (Statistics Mauritius, 2014).
La propriété foncière est très inégale, en particulier en ce qui concerne les terres agricoles. Lalljee (2010) rapporte qu’il existe à Maurice plusieurs formes de régime foncier : (i) système freehold, par lequel les gens détiennent des titres de propriété ; (ii) Terres de l’Etat, qui sont loués pour la chasse et le tir ; (iii) pas géométriques qui sont loués en tant que sites de Campement, baux industriels et des baux d’hôtel ; (iv) terres de l’Etat est également louées pour l’agriculture connues sous le nom règlements fonciers ; (v) Métayers qui louent des terres principalement pour la production de canne à sucre et qui paient un loyer en nature et non pas en espèces.
Les zones écologiquement sensibles sont en cours de dégradation ou perdues, principalement en raison de l’expansion des zones bâties y compris le développement du logement ou du tourisme d’hébergement (MENDU, 2010). Les activités économiques (agriculture, tourisme, industrie et affaires) englobent de vastes secteurs donnant lieu à des besoins concurrents pour les ressources en terres et en eau y compris, la pression sur leur biodiversité (Saha, 2001). Il est alors nécessaire de protéger et d’améliorer ces ressources terrestres à la fois pour les générations futures et pour veiller à ce que tous les segments de la population y compris, les groupes économiques plus faibles, bénéficient du processus de développement.
3. Évolution de la production des principales filières agricoles
L’agriculture mauricienne se caractérise par la culture de canne à sucre, les cultures vivrières, les cultures du thé et du tabac. La production de canne à sucre est passée de 4 235 849 tonnes en 2007 à 4 667 235 tonnes en 2009 puis de 3 815 782 tonnes en 2013 à 4 044 422 tonnes en 2014 ; soit une hausse respective de 3 % et 6 % (Statistics Mauritius, 2015). Nous notons des baisses annuelles en 2010, 2011, 2015 et en 2016 avec des taux de décroissance respectifs de (-3,2 %), (-3,1 %), (-0,9 %) et (-5,3 %). Cette baisse continue de la production peut s’expliquer par la diminution de 36 % du prix de la tonne de sucre en 2006 (Statistics Mauritius, 2013). Ce prix a chuté de 11 % de 2013 à 2014 (Statistics Mauritius, 2014), puis de 20 % de la campagne de 2014-2015 (Statistics Mauritius, 2015) soit une baisse de 4 % en moyenne par an de 2008 à 2015. Une telle chute du revenu a poussé les agriculteurs de canne à sucre à abandonner cette culture. Entre 2001 et 2010, 60 % (soit 8 400 ha) des terres autrefois sous canne ne sont toujours plus mis en valeurs (Statistics Mauritius, 2015).
La production de feuilles de thé vert connait aussi des augmentations et des diminutions. En effet, durant les années 2009, 2014 et 2015, elle a diminué respectivement de (-3,8 %), (-4,7 %) et (-11,5 %). Par contre, elle a augmenté de 21,8 %, passant de 7 370 tonnes en 2010 à 8 975 tonnes en 2011 puis de 8,5 %, passant de 6 732 tonnes en 2015 à 7 301 tonnes en 2016.
La production des cultures vivrières s’est comportée ses dernières années de façon contrastée. D’une part, des hausses annuelles ont été notées en 2009 (22.5 %), en 2010 (0,8 %), en 2011 (0,9 %) et en 2016 (4,7 %), et d’autre part, des baisses considérables ont été enregistrées en 2008 (-6,2 %), en 2014 (-3,5 %) et en 2015 (-9,9 %). Cette diminution est principalement imputable aux effets négatifs du changement climatique sur certaines cultures et à la baisse des superficies cultivées de (-7 %), (-1,1 %), (-4,5 %) et (-2,7 %) en 2007, 2010, 2015 et 2016 respectivement ( Cf. Figure 1 p. 31 ).
Figure 2 Graphique de l’évolution de la production des filières agricoles à Maurice

Source des données : (Statistics Mauritius, 2017)
4. Typologie et organisations des agriculteurs mauriciens
La majorité des exploitations agricoles est de types familiaux gérés en co-exploitation (généralement des conjoints). Plusieurs incorporent un des enfants de la famille, quelquefois un ou des employés (UPA, 2003). Selon le recensement de 2014 de l’agriculture, le nombre total d’exploitations agricoles (excluant la canne à sucre et du thé seulement) a été estimé à 18 350. Les membres de la famille de l’agriculteur sont de 69 865 (52 % les hommes et 48 % étaient des femmes). La taille moyenne des ménages était de 3,8 personnes (Statistics Mauritius, 2014). Les exploitations agricoles mauriciennes peuvent être catégorisées en petit exploitant (moins de 0,42 hectares), en moyen exploitant (de 0,42 à 5 hectares), en gros exploitant (plus de 5 hectares) rapporté par (Ramasawmy et Fort, 2010). La majorité de ces agriculteurs produisent en plein champ et leurs exploitations sont très peu mécanisées. Les petits et moyens exploitants sont pour la plupart propriétaires de leur terrain tandis que les gros exploitants louent une partie de leur terrain auprès de particuliers ou des terrains à bail appartenant à l’État.
Les coopératives des agriculteurs agricoles sont installées pour à Maurice pour la première fois en 1913 pour faire face aux difficultés et pour améliorer le niveau de vie des petits planteurs de canne à sucre. Elles ont été mises en place pour compenser les besoins de l’approvisionnement, de la production, de la transformation et de la commercialisation (Munary, 2015). Elles régulent et supervisent en général la production et fournissent des services à la communauté agricole. Selon le GIS (2013), il existe trois types de coopératives à Maurice : les coopératives agricoles de la canne à sucre, les coopératives théières et les coopératives de légumes.
Les sociétés coopératives agricoles de la canne regroupent 157 coopératives agricoles existantes. Elles sont regroupées sous la Fédération des Coopératives Agricoles de Maurice : Mauritius Cooperative Agricultural Federation Ltd (MCAF), créée en 1950 et joue un rôle important en ce qui concerne la viabilité des planteurs de canne. Les coopératives théières réunies les cultivateurs de thé et se sont affiliées à la Grand Port Savanne Credit and Tea Marketing Cooperative Federation Ltd (Fédération des Coopératives de Marketin du Thé). Maurice compte également 63 sociétés coopératives de légumes qui se sont regroupées sous la Fédération des Coopératives de Marketing Agricoles de Maurice : Mauritius Agricultural Marketing Cooperative Federation Ltd (MAMCF Ltd) créée en 1968. Ces différentes coopératives se regroupent à l’Union des coopératives de Maurice (MCU), qui est l’organe suprême. Ces coopératives de agriculteurs ont joué un rôle essentiel dans la promotion de l’agriculture en termes de fournitures des installations, des services, entre autres avantages à leurs membres, mais dans le même temps font face à certaines contraintes (Munary, 2015). Elles sont confrontées aussi à des défis liés à l’insuffisance du financement, à l’analphabétisme, au manque de formation et d’éducation.
L’agriculture mauricienne est financée par le gouvernement (84,8 % en 2011), les bailleurs de fonds et les banques de développement (10,1 % en 2011) et le financement par les ventes de biens et services (5 % en 2011) (ASTI, 2013). L’Etat avait mis en place une banque agricole afin d’aider les petits planteurs qui souffraient de la sécheresse et des cyclones. Il s’agissait de Mauritius Agricultural Bank (MAB) ouverte en 1936 dans le but de financer le secteur sucrier qui avait souffert des intempéries. La MAB était transformée en DBM (Develppment Bank Mauritius) en 1964 dans le cadre d’une restructuration qui avait pour objectif de rehausser le niveau des services offerts et de mieux soutenir le secteur de l’agriculture mais aussi de l’industrie.
Les agriculteurs sont encadrés et appuyés par plusieurs organismes paraétatiques venant dans le secteur agricole. Les importations de produits agricoles sont réglementées par des organismes comme l’Office de commercialisation des produits agricoles (AMB), l’Office du thé et l’Office des tabacs. Les principaux organismes de recherche agricole sont l’Institut de recherche de l’industrie sucrière de Maurice (MSIRI) dont l’objectif est d’accroître la productivité des agriculteurs de canne à sucre et le département de recherche et vulgarisation agricoles (FAREI) dont l’objectif est de soutenir et de pourvoir les services à la communauté agricole dans les secteurs de l’agroalimentaire et non-sucre.
5. Contraintes
Les exploitations agricoles sont exposées aux changements imprévisibles du climat (les cyclones et la sécheresse), à un marché intérieur limité, à la rareté des terres et de l’eau, et à des coûts de production élevés. Les agriculteurs sont aussi à l’épreuve de (i) la position historiquement dominante de la canne à sucre par rapport aux cultures de diversifications ; (ii) du vieillissement et diminution de la population agricole ; (iii) du sous-investissement et de l’investissement incorrect ; (iv) des limites de la terre, de l’eau et des ressources humaines ; (v) des insuffisances d’approvisionnement et de l’augmentation des coûts des intrants agricoles ; (vi) de la gestion des risques ; et (vii) de l’absence de stabilité / durabilité dans le cadre de la politique agricole (MAIF, 2008).
Enfin, la petite agriculture mauricienne est limitée par : l’accès aux nouvelles technologies, la mécanisation insuffisante et le manque d’installations d’irrigation, l’insuffisance des investissements et de la planification dans la recherche, la reconversion accrue des terres à des fins non agricoles, etc. (FAO, 2013).
C ONCLUSION
Les résultats moyens du secteur agricole des deux pays ont montré une baisse de la production agricole au cours des récentes décennies sauf pour la production horticole. Ces variations soulignent le fait que l’agriculture sénégalaise comme mauricienne sont encore très dépendante des aléas climatiques, du faible niveau d’équipement et des ressources productives en dégradation. Les politiques agricoles des gouvernements successifs se sont également révélées inadéquates notamment au niveau de la petite agriculture. Très peu d’efforts ont été consentis pour le développement des agriculteurs encore moins l’élaboration de programmes novateurs en vue d’étudier les questions agricoles et de mesurer les besoins pressants en technologies nouvelles.
La conjonction des facteurs climatiques et morpho-pédologiques a engendré plusieurs types de systèmes de production qui sont souvent influencés par des facteurs financiers et socio-culturels des populations. C’est pourquoi il s’avère indispensable dès lors de rompre les mécanismes qui sous-tendent ce phénomène et de propulser une agriculture plus moderne qui permettra de réduire l’insécurité alimentaire et d’établir une souveraineté alimentaire pour le développement de l’agriculture au Sénégal et à Maurice.
Dans ces pays, l’agriculture est pratiquée en majorité par les agriculteurs qui sont caractérisés par des exploitations à superficies de cultures très faibles, moins équipées et peu productives. Ces derniers, occupant une place importante pour les populations rurales du fait de leur rôle en termes de génération de revenus mais aussi de sécurité alimentaire sont confrontés à des contraintes d’ordre naturel, structurel, social et économique. L’agrobusiness est aussi pratiqué dans ces pays et regroupe les acteurs des filières agricoles qui investissent ou qui cherchent des opportunités d’investissement dans le secteur agricole pour aller au-delà de l’autosuffisance alimentaire.
4 9,5 % seulement concernant le Sénégal.
5 Soit 70,9 % de son bassin versant.
6 Ni totalement en sécurité ni en insécurité chronique
EFFICIENCE TECHNIQUES DES EXPLOITATIONS AGRICOLES FAMILIALES DANS LE DELTA DU FLEUVE SENEGAL ET EN ÎLE MAURICE

R ÉSUMÉ
Cette réflexion est entreprise pour déterminer l’efficacité technique des exploitations agricoles familiales et identifier les facteurs qui déterminent leur productivité. La technique d’Analyse par Enveloppement de Données (DEA) est utilisée pour déterminer les niveaux d’efficacité technique de ces exploitations. Un modèle de régression Tobit est appliqué pour identifier les facteurs influençant l’efficacité technique des exploitations dans la production agricole.
L’efficacité technique moyenne dans le cadre du rendement d’échelle variable est de 70 % en Île Maurice et 40,1 % dans le Delta du fleuve Sénégal. Cela implique qu’il est possible d’augmenter la production agricole de 30 % et 59,9 % par rapport au niveau actuel des intrants respectivement dans ses zones. Les résultats montrent que 44,07 % des agriculteurs en Île Maurice et 2,5 % des agriculteurs dans le Delta sont techniquement efficaces sous rendement d’échelle variable.
Il est recommandé d’entreprendre une politique d’amélioration de l’éducation formelle des agriculteurs, de renforcement des capacités de leurs organisations et d’accès aux terres et aux intrants.
I NTRODUCTION
L’agriculture a été historiquement l’un des piliers de l’économie mauricienne (IEDOM, 2009) dominée par la culture de la canne à sucre avec environ 90 % des terres cultivées (UNFCCC, 2010). Actuellement, l’agriculture mauricienne se diversifie plus avec la production des cultures vivrières le tabac et le thé (MAIF, 2008). Elles sont cultivées sur 10 % de la superficie totale par quelque 12 000 agriculteurs (UNFCCC, 2010). La république de Maurice, comme beaucoup de pays en développement, est confronté à des difficultés en intrants de base et des problèmes de la sécurité alimentaire avec la récente explosion des prix alimentaires. Ces problèmes devraient persister en raison de certains changements structurels dans le système alimentaire mondial. La production annuelle de cultures vivrières tourne autour de 25 % des besoins alimentaires totaux tandis que les 75 % restants comprenant des aliments de base tels que le blé, le riz, l’oignon, l’ail, la tomate en conserve pour la cuisine et les fruits sont importés (MAIFS, 2013). L’agriculture emploie environ 8,7 % de la population (HRDC, 2012) mais il a augmenté de 0,9 %, passant de 44 900 en 2014 à 45 300 en 2015 (Statistics Mauritius, 2016). Sa contribution au produit intérieur brut (PIB) du pays a diminué au fil des ans : 3,5 % en 2012, 3,3 % en 2013, 3,7 % en 2014 et 3,5 % en 2015 (Statistics Mauritius, 2014) ; (Statistics Mauritius, 2016). En plus, IFAD (2013) estime aussi que 8,7 % des mauriciens vivent dans la pauvreté.
L’agriculture sénégalaise, quant à elle, est confrontée à des perspectives de mauvaises récoltes et à une faible productivité. Selon les prévisions, la production céréalière pourrait baisser de 30 % à l’horizon 2025 (Funk, et al. 2012) et l’arachide pourrait connaître une baisse de 5 % à 25 % de ses rendements à l’horizon 2050 (Jalloh et al, 2013) cité par (Samaké, 2015). Les produits agricoles, ainsi que les moyens de subsistance des personnes qui en dépendent, sont particulièrement vulnérables au changement climatique. Alors que les acteurs politiques s’efforcent de vaincre la pauvreté qui est de 46,7 % de la population sénégalaise (Banque Mondiale, 2014). En dépit d’un potentiel agricole immense 7 , le pays a encore du mal à nourrir sa population et dépend des importations 8 et des dons alimentaires étrangers pour nourrir des millions de citoyens. Le secteur agricole se caractérise également par des performances moins souvent menées par moyens traditionnels et technologies agricoles peu développés. Par ailleurs, la croissance continue de la population, qui est de l’ordre de 2,7 % au niveau national (ANSD, 2018), creuse l’écart qui sépare l’offre alimentaire de la demande alimentaire en céréale. Par conséquent, au tournant du XXI e siècle, garantir des denrées alimentaires aux populations devient plus difficile.
Dans ces contextes, il est primordial de promouvoir une agriculture efficace et efficiente, c’est-à-dire, utiliser moins de ressources pour produire davantage. Cela a motivé beaucoup de recherches ces dernières années sur l’ampleur et les sources à l’origine des écarts d’efficacité dans l’agriculture paysanne (Alene et al. 2006). La mesure de l’efficacité a été un domaine de recherche populaire depuis la publication de son article en 1957. Farrell (1957) a développé le concept d’efficacité technique basé sur les relations entre les intrants et les extrants. Depuis, de nombreuses recherches se sont concentrées sur les facteurs explicatifs de l’efficacité technique des ménages agricoles : Chavas et al. (2005) en Gambie ; (Abatania et al., 2012) au nord du Ghana ; Dhehibi et al. (2014) dans les deux gouvernorats de la Palestine. Ces auteurs trouvent que le genre, l’âge, le niveau d’éducation du chef de ménage, son expérience, la main-d’œuvre, l’accès au crédit et aux services de vulgarisation, et l’appartenance à une coopérative affectent de manière significative l’efficacité technique. Un certain nombre d’études ont également été menées sur l’efficacité technique de la production de certaines filières agricoles : Coelli et al. (2002) pour la production du riz au Bangladesh ; Rios et Shively (2005) pour la production de café au Vietnam ; Padilla-Fernandez et Nuthall (2009) pour la production de canne à sucre au Philippines ; Chiona (2011) pour la production de maïs en Zambie et Clemente et al. (2015) pour production d’agrumes au Brésil. D’où l’intérêt de cette réflexion qui aborde la problématique de l’analyse de l’efficacité des exploitations et de la production agricole. Cette analyse est importante dans le contexte de la promotion des programmes et projets de développement agricole et de la contribution de l’agriculture à l’économie nationale mauricienne et sénégalaise.
Notre objectif est d’analyser l’efficacité technique des exploitations agricoles familiales. Ainsi les questions spécifiques posées par cette étude sont : Quel est le niveau d’efficacité technique des facteurs de production ? Quels sont les facteurs socio-économiques qui influencent l’efficacité technique des exploitations agricoles ? Ceci est réalisé en estimant leur efficacité technique et en établissant les facteurs qui influencent celle-ci. Cette efficacité est estimée dans un cadre d’analyse d’enveloppe de données (DEA) pour différencier les agriculteurs efficaces des agriculteurs inefficaces.
I. L ITTÉRATURE EMPIRIQUE SUR L’EFFICACITÉ TECHNIQUE DES SYSTÈMES DE PRODUCTION AGRICOLES
Diverses études se sont intéressées sur l’efficacité technique en utilisant la méthode DEA (Data Envelopment Analysis) (Javed et al., 2010 ; Heidari, et al., 2011 ; Bhatt et Bhat, 2014) ou la méthode de frontière stochastique (Stochastic frontier models) (Rahman et Umar, 2009 ; Dhehibi et al., 2014). Elles admettent les uns après les autres que l’âge, le sexe, l’expérience, l’appartenance à une organisation, la main d’œuvre, accès aux crédits, et la taille de l’exploitation et la superficie cultivée sont les facteurs socioéconomiques qui déterminent l’efficacité techniques des agriculteurs (Chavas et al., 2005 ; Abatania et al., 2012 ; Dhehibi et al., 2014). Chavas et al. (2005) a étudié l’efficacité des ménages agricoles en Gambie en utilisant des mesures non paramétriques. Ces derniers ont utilisé une analyse économétrique basée sur le modèle Tobit pour identifier les facteurs explicatifs de l’efficacité technique de production. Ces auteurs trouvent que les scores d’efficacité des ménages varient de 0,08 à 0,95 et que 85 % des ménages sont techniquement efficaces. Ils expliquent la présence d’inefficacité par les mauvaises capacités de gestion des ménages, l’inefficience du marché du travail et du crédit et la mauvaise organisation des ménages. Il résulte de leur travail que le genre de ménage, le statut de pauvreté et l’insécurité alimentaire exercent une influence significative sur l’efficacité.
Abatania et al. (2012) ont étudié l’efficacité technique de 189 exploitations agricoles dans le nord du Ghana en utilisant la méthode DEA. Ils trouvent un score d’efficacité technique moyen de 0,77. Ce qui implique que, en moyenne, les exploitations agricoles pourraient réduire leurs intrants agricoles de 22,74 % tout en produisant le niveau de production actuel. Ils montrent que le sexe et l’âge du chef de ménage, la main-d’œuvre salariée, la localisation géographique des exploitations affectent de manière significative l’efficacité technique.
S’inscrivent dans cette logique les travaux de Dhehibi et al. (2014). Ces auteurs ont analysé l’efficacité technique et les déterminants de la production agricole des exploitations en Palestine. Une frontière de production stochastique de Cobb-Douglas a été utilisée portant sur un échantillon de 100 exploitations pluviales. Il en résulte qu’en moyenne que les exploitations de l’échantillon peuvent potentiellement augmenter leur productivité de 28 % grâce à une utilisation plus efficace des intrants. Ils estiment que le niveau d’éducation des agriculteurs, leur expérience, l’accès au crédit et aux services de vulgarisation, et l’appartenance à une coopérative sont les principaux déterminants de l’efficacité technique. Une étude similaire et récente a été faite au Bénin où une efficacité technique de 0,95 pour le maïs et 0,99 pour le coton a été déterminé dans des exploitations familiales d’agro-éleveurs peuls (Diogo, et al., 2017). Ils trouvent que, d’une part, la taille du cheptel bovin et la superficie emblavée ont influencé significativement le parcage et d’autre part que, la main d’œuvre a influencé significativement l’application de l’engrais minéral.
Bhatt et Bhat (2014) ont étudié le lien entre la taille des exploitations et l’efficacité technique des agriculteurs dans le district Pulwama de Jammu-et-Cachemire en Inde. L’approche non paramétrique a été choisie. La méthode DEA a été utilisée pour évaluer les scores d’efficacité technique de 461 agriculteurs enquêtés. L’étude montre que les grandes exploitations tendent à avoir un revenu agricole net plus élevé par acre et sont techniquement efficaces comparativement aux autres catégories de petites exploitations. Ils constatent que l’occupation, l’expérience, l’adhésion à une organisation du chef de ménage, la taille du ménage, la superficie cultivée, et le type de semence sont des déterminants importants qui influencent les écarts entre la taille des exploitations et l’efficacité technique des agriculteurs. D’autres études empiriques ont été menées sur la production agricole de certaines cultures pour quantifier exactement le niveau d’efficacité atteint par les agriculteurs dans plusieurs pays.
Les déterminants de l’efficacité technique de la production végétale ont été analysé par Rahman et Umar (2009) dans la zone de Lafia de l’état de Nasarawa au Nigeria. Ils trouvent que l’efficacité technique de la production agricole varie de 0, 32 à 0,89 avec une moyenne de 0,69. Ils estiment aussi que l’âge, le sexe, l’état matrimonial, la taille du ménage, d’autres professions et la propriété foncière sont les déterminants significatifs qui expliquent les variations observées dans l’efficacité technique.
Au Bangladesh, Coelli et al. (2002) ont mesuré l’efficacité technique, allocative et à l’échelle de la culture du riz. Ils estiment des scores d’efficacités technique, allocative, de coût et de production de riz à la saison sèche de 0,694 ; 0,813 ; 0,562 et 0,949 respectivement. Ils affirment aussi que les familles nombreuses sont susceptibles d’être plus inefficaces que les agriculteurs qui ont un meilleur accès aux marchés d’intrants. Par contre, les agriculteurs qui font moins de travail agricole ont tendance à être plus efficaces.
L’efficacité technique du système riz-blé a aussi été étudiée par Javed et al. (2010) à Punjab au Pakistan. Appliquant les modèles d’analyses DEA et Tobit, ces auteurs trouvent que l’efficacité technique est de 32 % en moyenne et que les intrants pourraient être réduits de 17 % sans réduire le niveau de production avec la technologie existante. Il résulte de leur étude que la taille des exploitations, l’âge des exploitants agricoles et les distances des marchés l’affectent positivement l’efficacité technique des agriculteurs.
Les mesures de taille et d’efficacité de l’exploitation pour le café au Vietnam ont été étudiées par Rios et Shively (2005) en utilisant une approche en deux étapes : un modèle DEA suivi d’une analyse de régression. Selon eux, les grandes exploitations sont plus efficaces sur le plan technique et économique que les petites exploitations.
Padilla-Fernandez et Nuthall (2009) trouvent que le score d’efficacité technique moyen est de 0,78 dans les exploitations de canne à sucre au Central Negros Area, Philippines. Ce qui implique que les 22 % de marges d’amélioration expliquent les pertes enregistrées dans leurs exploitations. Il ressort de leurs résultats que les différences d’utilisation des intrants entre les exploitations techniquement efficaces et ceux techniquement inefficaces étaient très importants en termes de superficie, de semences et d’intrants de main-d’œuvre.
Dans cette même logique, les niveaux d’efficacité technique et allocative des agriculteurs de maïs en Zambie ont été estimés par Chiona (2011) en appliquant l’approche DEA et une équation de régression MCO. Les résultats montrent que seulement 15 % de l’échantillon sont techniquement efficace et seulement 12 % sont entièrement efficaces en fonction de l’allocation. Il détermine que les méthodes de labour mécanisé, l’utilisation d’engrais et de semences certifiées, l’éducation formelle des chefs de ménage et la participation à des activités agricoles sont corrélées positivement avec l’efficacité technique.
La même approche méthodologique a été appliquée par Clemente et al. (2015) pour analyser efficacité technique des agriculteurs d’agrumes en 2009 et 2010 dans l’état de Sao Paulo au Brésil. Cependant, ils estiment que la « formation » et l’expérience » sont les variables qui contribuent le plus à accroître l’efficacité technique des agriculteurs de cette zone. C’est avec cette même méthodologie que Yusuf et Malomo (2009) trouvent des scores d’efficacité différents entre les grandes exploitations (0,89), les exploitations moyennes (0,87) et les petites exploitations (0,86) de volaille dans l’État d’Ogun au Nigéria. Selon ces auteurs, les années d’expérience agricole ont eu une incidence positive sur l’efficacité, tandis que la taille du ménage a eu une efficacité négative. Heidari et al. (2011) ont déterminé l’efficacité économique de l’utilisation des ressources dans les fermes de production de poulets de chair. Les valeurs moyennes des rendements techniques et des rendements des agriculteurs ont été de 0,92 et 0,93 respectivement. Ils affirment qu’environ 10 % du total des ressources d’intrants pourraient être économisés si les agriculteurs utilisent leurs intrants de manière efficiente. Par conséquent nous affirmons avec Osawe et al., (2008) que les agriculteurs doivent donc utiliser les ressources disponibles de manière intensive et rationnelle afin de produire un meilleur rendement et d’être plus efficaces techniquement.
II. M ÉTHODE : DÉFINITION DES VARIABLES
Notre échantillon porte de manière aléatoire sur 270 exploitations agricoles familiales en Île Maurice et 320 dans le Delta du fleuve Sénégal. Les données ont été collectées à l’aide d’un questionnaire réalisé par le logiciel Sphinx. Les types de données collectées sont des données quantitatives réalisées à l’aide de questionnaire destiné aux chefs d’exploitations agricoles familiales.
Les données utilisées sont relatives à la production agricole et aux moyens de productions agricoles dans les zones concernes. Nous avons retenu pour cette étude 4 variables soit 1 output et 3 inputs :
• l’output production, il est mesure par la production et exprime en kilogrammes
• l’input superficies cultivées, les superficies cultivées sont exprimées en hectare ;
• l’input main d’œuvre, la main-d’œuvre est approximée par la population active dans l’agriculture. Cet input est exprimé en homme/jour
• l’input consommations intermédiaires, il constitue la quantité d’engrais chimique ou organique appliqué exprimé en kg par hectare.
III. P RÉSENTATION DU MODÈLE EMPIRIQUE
Dans cette étude, l’efficacité technique des agriculteurs est mesurée par la méthode d’analyse par enveloppement de données (Data envelopment analysis (DEA)). Il a été développé par Charnes, et al. (1978) et est connu sous le nom de CCR Model (Farrell, 1957). Cette méthode est une approche non paramétrique basée sur l’utilisation des techniques de programmation linéaire pour mesurer l’efficacité et / ou l’inefficacité technique. Il construit une frontière par morceaux linéaire à partir des données observées, donc il ne nécessite aucune hypothèse sur la forme fonctionnelle et la répartition des termes d’erreur. Les ensembles de sortie et d’entrée définissent les frontières de possibilité de production contre lesquelles les performances techniques des activités de production peuvent être mesurées. Selon Coelli et al. (1998), il est nécessaire de sélectionner l’orientation à partir du modèle DEA orienté vers l’entrée (inputs) ou du modèle DEA orienté vers la sortie (outputs) selon quelles quantités le décideur à plus de contrôle. Coelli, et al. (2002) suggèrent que le chef de l’exploitation doit en préférer un qui assure le contrôle des quantités (intrants et extrants). Comme les agriculteurs ont plus de contrôle sur les intrants que sur la production, nous utilisons un modèle de DEA axé sur les entrées. Il offre une plus grande flexibilité puisqu’il n’exige pas d’hypothèse a priori sur la relation fonctionnelle des intrants et des extrants.
La méthode DEA calcule les scores d’efficacité technique des différentes unités de production à partir d’une frontière d’efficacité. Les unités de production localisées sur la frontière sont considérées comme techniquement efficace avec un score de 1 (ou 100 %) et celles localisées sous la frontière sont techniquement inefficace avec un score inférieur à 1 (ou 100 %). Ces unités de production inefficaces disposent donc d’une marge d’amélioration de leur performance (Cooper, et al., 2006). Elles pourront se référer aux unités de production techniquement efficaces pour appliquer leurs meilleures pratiques.
Ce modèle a été initialement proposé par (Charnes, et al., 1978) et est construit comme suit :

Pour:

– ø = estimation de l’efficacité technique à calculer pour chaque exploitation,
– y = inputs (entrées) utilisées et u la quantité des inputs (sorties) ;
– x = outputs (sorties) obtenues et v la quantité des outputs ;
– β = vecteur d’intensité déterminant l’efficacité technique pour chaque exploitation ;
– n est le nombre de sorties (n = 1,2,., N) ;
– p est le nombre d’entrées (p = 1,2,…, P) ;
– j représente le jème DMU.
Les hypothèses sous-jacentes de ce modèle sont que l’exploitation agricole j (1, 2,…, J) produit la sortie y n en utilisant une combinaison d’intrants x p (main-d’œuvre, semence, engrais) ; et une frontière de production axée sur l’entrée des retours variables à l’échelle (VRS). La fonction objective ø, est un scalaire qui représente le niveau minimum auquel l’utilisation des entrées peut être réduite sans altérer le niveau de sortie. Une exploitation est considérée comme techniquement efficace si ø,= 1, alors qu’une exploitation avec ø, ‹1 est considéré comme techniquement inefficace. Un index égal à un garantit que l’utilisation de toutes les entrées ne peut pas être réduite en même temps, bien qu’une variation de l’utilisation de l’une d’entre elles puisse améliorer l’efficacité (Iraizoz et al., 2003).
Comme deuxième étape, on a utilisé le modèle Tobit pour identifier les facteurs associés à l’efficacité. Le modèle Tobit est couramment utilisé pour régresser les estimations de l’efficacité technique par rapport aux facteurs susceptibles d’influencer l’efficacité technique.
L’équation suivante a été estimée, sur la base des données primaires obtenues :
TE = β 1 + β 2 Ag + β 3 Educ + β 4 Sup + β 5 Act + β 6 Eng + β 7 Adh+ β 8 Aut + ε
TE les scores d’efficacités obtenus par le DEA. Par conséquent, chaque DMU a un coefficient d’efficacité positif, limité à l’intervalle 0 à 1 ; Ag l’âge du agriculteur (en années) ; Educ le niveau de scolarité du agriculteur (en années) ; Sup la taille de la superficie cultivée (en hectares) ; Act le nombre d’actifs de l’exploitation ; Eng le quantité d’engrais chimique et organique utilisée ; Adh l’adhésion du chef d’exploitation à une organisation de agriculteurs ; AutS les sources de revenu non agricole ; ε le terme d’erreur.
IV. C ARACTÉRISTIQUES SOCIOÉCONOMIQUES DES EXPLOITATIONS AGRICOLES
Les caractéristiques sociales et économiques des exploitations agricoles ont des implications importantes sur les productions agricoles. Les résultats de l’analyse ont montré que la majorité des exploitations agricoles familiales sont dirigées par des hommes : 95,94 % dans le Delta et 91,48 % en Île Maurice. Les agriculteurs hommes ont un meilleur accès aux terres agricoles que les femmes. Cela contredit les conclusions d’Adisa et d’Okunade (2005) ; Nsoanya et Nenna (2011) qui ont affirmé que les femmes constituent l’épine dorsale du secteur agricole et de la production agricole.
La taille modale des exploitations agricoles contractantes dans le Delta est de 8 à 11 personnes et elle est de 4 à 7 personnes pour la plupart des exploitations non-contractantes. En Île Maurice, la majorité des agriculteurs non-contractants (53,11 %) ont une taille comprise entre 1 et 3 personnes ; alors qu’elle est de 4 à 7 personnes chez les contractants.
L’âge est une caractéristique socio-économique importante car la force du travail diminue avec l’âge. La majorité des chefs d’exploitations contractants dans le Delta sont âgés de 53 à 63 ans alors qu’elle est de 42 à 52 ans chez les non-contractants. La classe d’âge modale des agriculteurs en Île Maurice est de 42 à 52 ans représentants 38,71 % de contractants et 38,85 % de non-contractants.
Dans le Delta, le niveau d’instruction des répondants reste relativement faible. En effet, 69,38 % d’entre eux n’ont pas reçu d’éducation formelle et seulement 16,88 % ont atteint le niveau primaire. Les résultats montrent aussi que dans le Delta, les agriculteurs non-contractants sont plus instruits (31,21 %) que les contractants (29,93 %). En Île Maurice, 94,44 % des répondants sont instruits et la majorité ont au moins atteint l’école secondaire (48,89 %). Cela implique globalement que la majorité des agriculteurs mauriciens ont reçu une forme d’éducation ou une autre et ont donc l’avantage d’adopter l’innovation car l’éducation est un facteur d’adoption facile des technologies agricoles améliorées, comme l’ont observé Ozor et Madukwe (2005). Toutefois, les agriculteurs contractants ont un niveau d’éducation plus élevé (9,68 %) que les non-contractants (5,08 %).
Nous constatons aussi que la majorité des chefs de ménages mauriciens sont des propriétaires de leur surface de culture (51,48 %). Pour la plupart, ils cultivent une taille de superficie comprise entre 0-1 hectare. Le mode d’acquisition des terres est variable dans le Delta. L’héritage/achat domine avec 78,13 % des exploitations. L’importance de l’héritage tout comme l’affectation par la collectivité locale renseigne sur la nécessité de mettre les communautés locales au centre des modes de gouvernance foncière en milieu rural au Sénégal. La pratique de l’héritage ou sa persistance est un indicateur important dans la lecture des représentations sociales du foncier (Enda Pronat/UGB/ISRA-BAME, 2017). Ces dernières années, avec l’apparition de la marchandisation des terres, les ressources héritées ont commencé à être partagées entre les détenteurs de droits légitimes.
Le Delta du Sénégal est caractérisé par la présence d’exploitations faiblement mécanisées et par conséquent exigeantes en main-d’œuvre du fait de la diversité des cultures que l’on y rencontre et des exigences des différentes opérations culturales associées. Malgré un nombre important de personnes dans les exploitations, la main-d’œuvre familiale est faiblement représentative avec 3 personnes en moyenne durant toute l’année par exploitation de taille moyenne de 2,23 ha. Cet effectif demeure insuffisant pour les différentes tâches agricoles. A ce fait, les chefs d’exploitations font recours en moyenne à des saisonniers et des journaliers qui interviennent uniquement dans des travaux ponctuels.
Les résultats montrent que dans le Delta, les non-contractants (13,3 %) cultivent les plus importantes superficies (plus de 4 ha) ; de même, en Île Maurice se sont les non-contractants (1,67 %) qui occupent les plus grandes surfaces de terre.
Les exploitations familiales s’organisent également pour leurs intérêts pour défendre leur cause. En effet, 72,50 % des chefs d’exploitations ont adhéré à une organisation dont la plupart se retrouvent dans des groupements d’intérêt économique (GIE) qui est la forme la plus répandue. Contrairement à ceux du Delta du fleuve Sénégal, les agriculteurs en Île Maurice adhèrent moins dans des organisations de agriculteurs (21,48 %).
La fluctuation des productions agricoles aggrave le risque et la vulnérabilité des agriculteurs dépendant fortement de l’agriculture. Les agriculteurs qui n’ont aucune autre source de revenus sont les plus exposés à la vulnérabilité notamment en année de production agricole faible. Ainsi, les agriculteurs s’investissent dans d’autres activités non-agricoles pour faire face à toutes leurs charges. Toutefois, 58,62 % des agriculteurs mauriciens et 67,81 % de ceux dans le Delta ont d’autres activités non-agricoles tels que le commerce, le salariat, l’embouche, le transport etc.
Malgré leur faible superficie cultivée, les agriculteurs mauriciens ont un revenu agricole plus important (3813 €) et la majorité d’entre eux gagne un revenu supérieur à 2000 €. La plupart des contractants gagnent un revenu brut qui est supérieur à 2000 € par campagne alors que ceux non-contractants ont un revenu qui se situe entre 0-500 €.
Dans le Delta, le revenu agricole moyen des agriculteurs est de 2126 € et ceux obtenant entre 0 et 500€ sont plus importants. Toutefois, au-delà de cette proportion (0-500 €), les agriculteurs non-contractants obtiennent un revenu supérieur.
Les caractéristiques socioéconomiques des ménages sont présentées dans le Tableau 1 (Cf. p37-38).
Tableau 1 Caractéristiques socioéconomiques des exploitations familiales
Variables
Delta du fleuve Sénégal
Île Maurice
Ensemble
Contractants
Non- Contractants
Ensemble
Contractants
Non- Contractants
Fréquence
%
%
%
Fréquence
%
%
%
Age moyen (ans)
19-30
47
14,69
12,25
16,76
23
8,52
8,6
8,47
31-41
60
18,75
20,4
17,34
40
14,82
11,83
16,38
42-52
74

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