De la nature du despotisme et de la fin de l esclavage
166 pages
Français

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De la nature du despotisme et de la fin de l'esclavage , livre ebook

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Description

Témoignage vivant d'un intellectuel du 19ème siècle, ce livre nous décrit tous les mécanismes employés par les tyrans pour asservir leur propre peuple. La première et la plus fondamentale comme le rappelle l'auteur est que le tyran doit, comme le tueur qui s'assure de la faiblesse et la vulnérabilité de sa proie, s'assurer de l'ignorance du peuple qu'il gouverne. Tel une chauve-souris, le tyran chasse ses sujets dans les ténèbres de la naïveté et de la crédulité.Voici un livre qui en se servant d'exemples d'Orient et d'Occident nous guide tout au long des processus de la dérive tyrannique. Dérive cachant des concepts doctrinaux sur lesquels les musulmans se déchirent depuis plusieurs siècles comme l'usage et la place de la raison face à la révélation. Enfin, avant de conclure sur une note positive indiquant comment en finir avec les tyrans, l'auteur pose une liste de questions aussi limpides que pressantes pour les sociétés islamiques actuelles prises entre la tradition et la modernité, entre la révélation et les coutumes.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2015
Nombre de lectures 9
EAN13 9791022500081
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0850€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

À la mémoire de Tahar al-Haddad, à l’occasion de l’hommage qui lui a été rendu dernièrement, sa tombe ayant été profanée et le monument qui lui est dédié ayant été dégradé.
© Dar Albouraq, 2017
Distribué par :
Albouraq Diffusion Distribution
Zone Industrielle
25, rue François de Tessan
77330 Ozoir-la-Ferrière
Tél. : 01 60 34 37 50
Fax : 01 60 34 35 63
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E-mail : orient-lib@orient-lib.com
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91, rue Jean-Pierre Timbaud
75011 Paris
Tel : 01 48 05 04 27
Fax : 09 70 62 89 94
E-mail : librairie11@albouraq.com
Site Web : www.albouraq.com
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous les pays à l’Éditeur.
1439-2017
ISBN 979-1-02250-008-1 // EAN 9791022500081
A BDERRAHMAN AL -K AWÂKIBÎ
DE LA NATURE DU DESPOTISME ET DE LA FIN DE L’ESCLAVAGE
Traduction critique et commentaire par
Amor Cherni
Dès qu’une nation atteint la majorité et connaît la vraie valeur de la liberté, elle recouvre sa dignité
Al-Kawâkibî
Tant qu’un peuple est contraint d’obéir et qu’il obéit, il fait bien ; sitôt qu’il peut secouer le joug, et qu’il le secoue, il fait encore mieux.
J. J. Rousseau
PRÉFACE
Abderrahmane al-Kawâkibî est un brillant écrivain et un combattant infatigable qui s’est battu contre le despotisme ottoman. Il répond exactement à l’image que l’on se fait aujourd’hui de l’intellectuel révolutionnaire. Il a lutté contre les autorités turques de sa ville, les wâli-s d’Alep, occupa plusieurs postes administratifs, fit paraître deux journaux ( ach-Chahbâ’ et I‘tidâl ) qui furent tour à tour suspendus, puis interdits. Il fut l’objet de tracasseries continues, arrêté plusieurs fois et même condamné à mort, puis innocenté. Il finit par s’exiler en Égypte, lieu de rassemblement des intellectuels arabes militants. Là aussi, il continua sa lutte, publia ses deux ouvrages connus ( Umm al-Qurâ et al-Istibdâd ), entreprit deux longs voyages au cours desquels il explora les côtes sud de l’Arabie jusqu’aux Indes et tomba, enfin, la nuit du 14 juin 1902, empoisonné au Caire par les agents du sultan Abdulhamid 1 .
al-Kawâkibî reçut d’abord une formation traditionnelle dans l’école al-Kawâkibiyya, fondée par l’un de ses ancêtres, où il fut l’élève, entre autres, des son propre père et où il fit montre, dès son jeune âge, de signes d’intelligence et d’excellence. Mais sa grande curiosité et son avidité de savoir l’ont conduit à compter sur lui-même pour continuer sa formation. Il se fit alors autodidacte, dévorant journaux, revues et livres, et s’initia au droit, à l’histoire et aux sciences (on raconte qu’il apprit la géométrie dans les manuels de ses enfants en les aidant à faire leurs devoirs scolaires !). Il semble avoir eu quelques informations sur la culture moderne et sur quelques auteurs européens dont il cite nommément l’italien Vittorio Alfieri 2 .
On pourrait succinctement résumer sa pensée, en attendant d’y revenir avec plus de détail, en rappelant que sa réflexion s’est d’abord portée sur la décadence dans laquelle il voyait plongé le monde arabo-musulman. Comme tant d’autres réformateurs de son époque, comme Jamaliddine al-Afghani, Mohamed Abduh, ou Rachid Ridha, et d’autres, il cherchait d’abord à comprendre les causes de cette décadence, puis à travailler à les enrayer, afin d’impulser un mouvement de « progrès » ( taraqqî ), par lequel l’Orient rattraperait l’Occident, en rattrapant son propre retard.
Pour lui, un peu comme pour Jamaliddine, la cause de ce retard ou de cette décadence est avant tout politique et tient aux divers despotismes qui ont sévi et continuent à sévir en terre d’Orient. C’est là la raison pour laquelle il s’est battu, dès son jeune âge, contre les autorités despotiques, défendant la cause de sa ville, venant en aide aux faibles, allant jusqu’à ouvrir un cabinet d’avocat pour défendre bénévolement les opprimés. Car, disons-le brièvement, pour lui, la solution ne tient pas, à l’encontre de ce que pense Alfieri ou Jamaliddine, à l’exercice de la violence contre tel ou tel despote, mais à la lutte contre le despotisme. Or, une telle lutte doit se faire sur le long terme, mobiliser toute la nation et emprunter le chemin de la diffusion des sciences et des diverses connaissances. Car, l’arme redoutable du despotisme, qui lui permet de régner sur les corps, est celle par laquelle il règne déjà sur les âmes, savoir l’ignorance . Ce n’est donc qu’en combattant l’ignorance, la superstition et l’obscurantisme, par la propagation des lumières des sciences et de la raison, qu’on pourrait le combattre.
Il faut préciser, toutefois, que cette œuvre d’éducation populaire ne peut pas se faire d’une façon anonyme et comme par une génération spontanée. Elle requiert nécessairement des hommes de bonne volonté, qui aient suffisamment de culture et d’enthousiasme, c’est-à-dire des intellectuels engagés, conscients des enjeux historiques de leurs nations, prêts à affronter les sévices qui les menacent, disposés à se sacrifier pour leurs peuples, et décidés à tout donner pour leur libération et leur progrès.
al-Kawâkibî a consacré son premier ouvrage, Umm al-Qurâ , à l’élaboration d’un plan suivant lequel il réunit un groupe de ce genre de lettrés, qu’il fait venir à la Mecque (la mère des cités) de tous les coins du monde musulman, et qu’il met en délibération pendant une quinzaine de jours autour des causes de la décadence. Ces réunions aboutissent à la fondation d’une association (une société secrète) dont on élabore les statuts, décide des modes de liaisons et de communication et à laquelle est assignée la tâche d’œuvrer à la diffusion du savoir, diffusion sanctionnée par des correspondances, des publications, etc. Bref, tout se passe comme s’il s’agissait de mettre sur pied une université populaire clandestine, dont la superficie couvre l’étendue du monde musulman, et dont la mission consisterait à l’unir, à l’éveiller et à l’éduquer selon un projet culturel et politique.
Une vaste question se pose à propos de ce projet : quelle est la place qu’y occupe la religion ? Cette question se double rapidement d’une autre, moins neutre et plus partisane : al-Kawâkibî est-il un penseur religieux ou un penseur laïc ? Un débat animé est mené, depuis longtemps, entre ceux qui soutiennent l’un ou l’autre point de vue, surtout parmi les chercheurs arabes 3 . Il est évidemment exclu de contribuer ici à clarifier ce débat et encore moins d’y prendre position. Peut-être y reviendrons-nous dans un écrit plus conséquent sur la pensée de l’auteur. Mais disons pour le moment, que cette question se pose davantage à propos d’ Umm al-Qurâ qu’à propos d’ al-Istibdâd , parce que d’une part les lettrés qu’al-Kawâkibî fait venir de tous les coins du monde musulman et qu’il réunit à la Mecque sont des ‘ulamâ’ , ou savants religieux. D’autre part, le débat mené à propos des causes de la décadence en vient à identifier la religion parmi ces causes et à mettre l’accent sur la responsabilité des religieux « enturbannés ». On retiendra uniquement une phrase qui clôt les débats du deuxième jour :
De mon point de vue, notre mal profond <provient de> l’entrée de notre religion sous la férule des ‘ulamâ’ officiels, autrement dit sous la domination des ignorants enturbannés 4 .
Disons, pour être bref 5 , qu’al-Kawâkibî développe une thèse claire à ce propos : la décadence est due, sans doute, au despotisme ; ce dont traite son second ouvrage consacré à al-istibdâd et auquel nous allons revenir tout de suite. Néanmoins, l’un des moyens par lesquels le despotisme a pu asseoir sa domination est l’interprétation réactionnaire et rétrograde qu’il a réussi à donner et à imposer de la religion. Cette 

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