Genre et action publique : la frontière public-privé en questions
247 pages
Français

Genre et action publique : la frontière public-privé en questions

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247 pages
Français

Description

La définition des catégories de public et de privé est au fondement de l'exclusion des femmes du pouvoir au nom d'une nature féminine incompatible avec le règne de la raison et de "l'intérêt général". La mise en questions de cette dichotomie est essentielle pour comprendre la manière dont les arbitrages dans l'action publique confortent ou modifient les rapports sociaux de sexe. Quel est l'impact des politiques publiques sur la redéfinition des frontières public-privé et sur la structure genrée de la société ?

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Publié par
Date de parution 01 mai 2009
Nombre de lectures 2
EAN13 9782296225046
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Exrait

AVANT PROPOS

PierreMULLERet RéjaneSENAC-SLAWINSKI

S’inscrivant en continuité avecles travauxquestionnant le
genre des politiques publiques (Kofman,1986 ;Pateman,
1988b;Jenson, Sineau,1998,2001 ;Marques-Pereira,2003),
l’Atelier «Genre etaction publique»del’Ecole doctorale de
1
l’IEP de Parisapour particularitépar rapportauxtravaux
précurseursfrançais réalisésen particulier pardes sociologues
(Heinen,DelRe,1992 ;Commaille,1993a etb,1997 ;
Commaille, Martin,1998)de fairelelienentrepoliticset
policies.Son objectif esteneffetde faire
dialoguerdesétudiante-s, des universitairesetdeschercheursafinde comprendre et
participeraux débatsd’idéesur lesenjeux dela diversité dela
prise encompte dela dimension genrée des politiques
publiques.Prenant lepartid’une approcherésolument
comparative,non seulementen termesempiriques maisaussi
théoriquesetdisciplinaires, cetatelierabordelegenre de
l’action publique àtravers les interactionsentre desdynamiques
transnationales, en particuliereuropéennes, etdes spécificités
nationales.Ainsi,lestatutdu genre, cette«catégorieutile»
(Scott,1998)dénaturalisant les inégalitésentreles sexes, est
celuid’un objetd’analyse et l’action publique estcomprise au
sens large, afind’intégrer les interrogations suscitées par ses
diversesdynamiquesdepuis l’étude des politiques publiquesen
tant quetelles, à celle des mouvements sociauxoudes
comportements politiques.

Structuré autourderegardscroisésentre des travaux en
cours ou plusaboutis, ceséminaire doctoralaorganiséunatelier
ème
«Etat-providence et politiquesdu genre enEurope»au8

1
Ceséminaire doctoral surnomméAGAP estanimépardesdoctorant-e-set
superviséparPierre Muller, directeurderechercheCNRS.

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Congrèsdel’AFSP à Lyon lemercredi14 septembre2005.Son
objectif étaitd’examinerdans quellemesureleprocessus
d’intégrationeuropéennepeutêtre considéré commelemoteur
depolitiquesvisantau passage del’égalité formelle àl’égalité
réelle.Pourcela, deux axes problématiques ontété abordésà
traversdeuxtempsde discussion.D’unepart,Jacques
Commaille, Professeurdes universitésémérite àl’Ecole
Normale Supérieure de Cachanet membre del’Institutdes
SciencesSocialesduPolitique, a discutétrois papiers portant
sur l’approche comparée dela dimensiondu genre dans les
politiques publiquesdesEtatseuropéens.D’autrepart,
Jacqueline Heinen,professeure desociologie àl’Université
VersaillesSaint-Quentin-en-Yvelines, aquestionnéles quatre
papiers sur l’analysemulti-niveauxdes politiques
communautairesdu genre àtraversdeuxanglesd’approche,
celuiducadreinstitutionneletceluidelatranspositiondes
«acquiscommunautaireps »ar lesEtats membresdel’Union
européenne.Enrichis parcetempsde discussion,les papiersde
cetatelier ontfait l’objetd’un numéro spécialdelarevue
Politique européennesous letitre«Genre etaction publique en
Europe» (Sénac-Slawinski,Dauphin,2006).

Suite à ce congrès,l’AGAP, atelierderecherche etde
réflexion, apoursuivi sonanalyse des liensentrelegenre et
l’action publique en se concentrant sur lesensdescatégoriesde
public etdeprivé aucœurdela définitionàla foisdu genre et
del’action publique.Considérant la frontièrepublic-privé
commelenœud àla foisdel’exclusiondesfemmesdu public et
delajustificationdu genre del’inaction publique,ila été décidé
depréparer unejournée d’étudesdel’école doctoralesur le
thème«Genre etaction publique :la frontièrepublic-privé en
questions ».Elle a eu lieuauCentre de RecherchesPolitiquesde
SciencesPo -CEVIPOFle 8juin 2007.

Afindepermettreunemise à distance denos terrains
respectifs,nousavonschoiside conserver leprincipe de
l’organisationdetable-ronde animéepardesdiscutant-e-s.Nous
yavonsajoutéundéfi supplémentaire, celui queles papiers

8

discutés soientécritsau minimumàquatremains, celaobligeant
à croiserau moinsdeux analysesdeterrain pouréclairer les trois
interrogationsdéfiniescomme communesau thème centraldu
questionnementdela frontièrepublic-privé au regard du genre
del’action publique.
1.Quels sont lesenjeux dela dichotomiepublic-privé au
regard dela dichotomiegenrée?
2.Comment l’action publiquemodifie-t-ellelesfrontières
public-privé?
3.Quels sont les impactsdel’action publique etdela
redéfinitiondesfrontières public-privésur lastructure
genrée delasociété?
Deplus, afindenepas succomberaux dangersd’unepolysémie
implicite, chaquepapierdoitexposerclairementdans son
introduction leou lesangle-s prioritaire-sàtravers le-s-quel-s
est mise en questions la frontièrepublic-privé.La diversité des
approches illustre eneffet que cette dichotomieloind’être
univoquerenvoie à descouplesaussidistincts que ceux de
domestique/non-domestique, Etat/société,marché du travail/
travaildomestique(famille),sphèrepolitique(voirepartisane)/
sphèrenon-partisane et/ou non-politique.Ces quatre visagesde
la frontièrepublic-privéontétéquestionnésau regard des trois
questionsci-dessusenfonctionbien sûrdesdomainesabordés
(politique, emploi, Europe,influence des normes
internationales, violence, conflits…).

Al’instardu numéro spécial «Genre etaction publique
enEurope»dePolitique européenne,l’objetde cet ouvrage
collectif estdepoursuivrela discussionentamée dans le cadre
delajournée d’études organisée auCEVIPOF en transformant
les papiers présentésenchapitresenrichis par lalecture et
l’implicationdes quatre discutantes: Rose-Marie Lagrave,
directrice d’étudesàl’EHESS,Armelle LeBras-Chopard,
Professeuràl’Université de VersaillesSaint-Quentin, Rachel
Silvera,maître de conférencesàl’Université
ParisX-MAGEIRESCO, ManonTremblay, Professeuretitulaire àl’Ecole
d’études politiquesdel’Université d’Ottawa;desdeux
président-e-sdeséance : Marc Sadoun, Professeurd’Université

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àl’IEP de ParisetMariette Sineau, directrice derecherche
CNRS auCEVIPOF, etdel’interventionconclusive de
Geneviève Fraisse, directrice derecherche auCNRS –
Université ParisI.Nous tenons sincèrementàles remercier pour
leuractiveparticipationà cetteréflexion qui n’aurait pas pu
déboucher surcet ouvragesans leurscritiquesbienveillanteset
constructives.

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0

PRESENTATION DES AUTEUR-E-S

LaureBERENIestdocteure en sciencepolitique(Université
Paris 1),post-doctorante àl’InstitutdesSciences socialesdu
Politique(ISP-CNRS).Sathèse(«Dela cause àlaloi.Les
mobilisations pour laparitépolitique enFrance(1992-2000) »)
explorelagenèse des loisde1999et 2000 dites « sur laparité».
Elle arécemment publié :«DuMLF auMouvement pour la
parité.Lagenèse d’unenouvelle cause dans l’espace dela cause
desfemmes »,Politix, vol. 20,n°78,2007,p. 107-132 ;
«FrenchFeministsRenegociate RepublicanUniversalism: The
GenderParityCampaign »,French Politics, vol. 5,n°3,2007,p.
191-209 ;Introductionauxgender studies.Manueldesétudes
sur legenre,Bruxelles, DeBoeck,2008(avec Sébastien
Chauvin,AlexandreJaunaitetAnne Revillard). »

MaximeFORESTestchargé derecherche àl’Université
Complutense de Madrid au seindu projetQUING(Gender +
e
Equality policies,6PCRD)et membre duGroupe de
Sociologie Politique Européenne.Ses travauxportent sur la
dimensiondu genre dans les transformations post-communistes
et questionnentdans uneperspectivesociologiqueleseffets
concretsdel’européanisationdes « politiquesdu genre»au sein
del’UE élargie.En 2006,ilapubliénotamment «L’invention
des intérêtsdegenre»,inMichel,:Hélène (dir.)Lobbyisteset
lobbyingdel’Unioneuropéenne,auxpresses universitairesde
Strasbourgainsi que«Les transferts institutionnelsàl’usage des
politiquesd’égalitéhommes-femmesdans les nouveaux Etats
membresdel’Unioneuropéenne»,Revueinternationale de
politique comparée, Vol. 13,n°2,p. 259-278.En 2004,ila
codirigé ave GeorgesMink l’ouvragePost-communisme :les
sciences socialesàl’épreuve, chez L’Harmattan.

BrigitteFROTIEEestdocteure en sociologie etchercheure
associée àl’ISP-Cachanainsi qu’àl’Université Pablode
Olavide(Séville).Sur les questionsdu genre etdel’action
publique,ses travauxtraitent tout particulièrementducas

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1

espagnoldans une approchesoit monographique,soit
comparative.Sesanalyses se centrent sur les politiquesd’égalité
professionnelle enentreprise etau seindesarmées,sur les
politiquesd’aide àla famille ainsi quesur les mouvements
féministesdelatransitiondémocratique et le féminisme d’Etat.
Elle aprésentéses résultats notammentaux congrèsdel’AFSP
de2005, del’AFSetduClerséen 2006ainsi que dansdes
revuesdontcelle deRecherches et Prévisionsen 2004,Terrains
& Travauxen 2005,Politique européenneen 2006.
Actuellement, elle collabore àune étude espagnolesur les
politiques localesdewelfare.Il s’agitainsi pourelle de
questionner laqualificationducasespagnoldans les travaux
comparatifs sur lesEtats providencesous uneperspective de
genre.

Alexandra JONSSONestdoctorante enSciencesPolitiquesà
l’Institutd’EtudesPolitiquesde Paris, attachée auCevipof et
boursière dela CNAF(Caisse Nationale desAllocations
Familiales).Sous la directionde Pierre Muller (CNRS/Sciences
Po), elleréaliseunethèsesur «Les politiques publiquesdela
sphèreprivée enEurope :l’évolutiondes politiquesvisant la
conciliationentrevieprofessionnelle etvie familiale enFrance,
Suède etauRoyaume-Uni».Elle enseigneparallèlementà
l’Université de Nice Sophia Antipolis (ATER)et participe aux
activitésdu laboratoire ERMES(Equipe derecherchesur les
mutationsdel’Europe etdeses sociétés).Elle apublié
dernièrement «Les politiquesdela conciliationentre vie
professionnelle etvie familiale enEuropCe :hangementset
continuité dans troiscontextes nationaux»,inChangement
technique, changement socialpubliésous la directionde
RESEO chezl’Harmattan 2007, et (avec Nathalie Morel)
«Egalité des sexesetconciliationvie familiale-vie
professionnelle enEurope.Une comparaisondes politiques
menéesenFrance, enSuède etauRoyaume-Uni »,Politique
Européenne,n°20 automne2006.

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Delphine LACOMBEestdoctorante en sociologie àl’Ecole
desHautesEtudesenSciencesSociales,rattachée àl’Iris,
ATER àl’Université de La Rochelle.Ses travauxportent sur
l’exercicepolitique desviolences masculinesfaitesauxfemmes
auNicaragua, et lesformesderésistances qu’elles soulèvent
depuis l’actioncollective féminine.Elle aréaliséune enquête
spécifiquesur les modalitésdereconfigurationdes mouvements
de femmes précédant lesélections présidentielles
nicaraguayennesdel’année2006:«actioncollective féministe
etagendapartisanauNicaragua :le casduMouvement
ème
Autonome desFemmes» présentée au 5congrèseuropéende
latino-américanistes (CEISAL-Bruxellesavril 2007).Elle a
contribué àlapublicationcollective«Quelques réflexions sur le
rapportdejeuneschercheusesféministesàleur terrain » in
TerrainsetTravaux, Dynamiquesdu genre,nº10,2006.

Armelle LE BRAS-CHOPARDest professeure descience
politique àl’Université de
Versailles/Saint-Quentin-enYvelines.Ses travauxsont principalementcentrés sur la
philosophiepolitique.Parmiceuxquiconcernent legenre,outre
desarticlesanalysantdesdiscoursdepenseurs sur « la»femme,
etceux qui portent surdes politiques publiquesen matière
d’égalité deschancesdans l’Education, elle apublié :Lezoodes
philosophes, Plon,2000, Prix MédicisEssai ;Lemasculin,le
sexuelet lepolitique, Plon,2004;Les putainsduDiable.Le
procèsen sorcellerie desfemmes, Plon,2006, etdirigé avec
Janine Mossuz-Lavau, Lesfemmeset lapolitique, L’Harmattan,
1997.Elle est, depuis 2000, chargée demissionàl’égalité des
chancesfemmes/hommesauMinistère del’Enseignement
supérieur.

ElisabethMARTEUestdoctorante àl’Institutd’Études
Politiquesde Paris (rattachée auCEVIPOF)encodirectionavec
l’UniversitéBenGourionenIsraël.Sathèseportesur les
organisationsde femmesarabesenIsraël.Elle a été boursière du
Centre derecherche françaisde Jérusalem (CNRS)de2004à
2006etestactuellementATER àl’Université Paris
1PanthéonSorbonne.Elle est membre d’un groupe derecherchesur la

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Palestine(EHESS-IFPO Amman)ainsi que d’un groupesur les
relations transfrontalièresdans lesespaces israélo-palestiniens
(IREMAM Aix-en-Provence).Elle apubliérécemment l’article
«Genre et nationen mouvement:les nouveaux enjeux dela
mobilisationféminine arabe enIsraël »Raisons politiques,
Paris, Pressesde Science Po,n°24,2006,p.143-157eta dirigé
lapublicationàparaîtreCivilOrganizationsand Protest
Movements inIsrael: Mobilizationsaroundthe
IsraeliPalestinianConflict, Palgrave Macmillan,2009.

Pierre MULLERestdirecteurderecherche auCNRS à
SciencesPo.Ses publications portent sur l'action publique en
France etenEurope,notamment:L'Étatenaction,politiques
publiquesetcorporatismes(avecBruno Jobert,PUF,1987) ;
Politiques publiquesenEurope(encodirectionavec YvesMény
etJean-LouisQuermonne, L'Harmattan,1995) ;L'analyse des
politiques publiques(avec YvesSurel, Montchrestien,1998) ;
Les politiques publiques(PUF, Quesais-je?,7e éd. 2008) ;
«Esquisse d'unethéorie duchangementdans l'action publique :
structures, acteursetcadrescognitifs »,Revue française de
sciencepolitique55(1),2005.En 2008ila co-dirigé avec
IsabelleEngeli, etThanh-HuyenBallmer-Cao,Les politiquesdu
genre, Paris, L’Harmattan, coll.Logiques politiques.

Gwenaëlle PERRIERestdoctorante àl'Institutd'Etudes
Politiquesde ParisetauCentre d'Etudesdel'Emploi.Sathèse,
réaliséesous la directionde Pierre Muller (CNRS/SciencesPo),
portesur l'intégrationdel'objectif d'égalité entreles hommeset
lesfemmesdans lamise enœuvre des politiquesdel'emploien
Ile-de-France etàBerlindepuis 2000.En 2007, elle apublié
l’article«Intégrer legenre dans les politiquesdel’emploi–la
mise àl’épreuve d’un nouveaucritère d’action publique» pour
larevue en ligne duCentre Interdisciplinaire d’Etudesetde
Recherches sur l’Allemagne.Elle a écritavec Marie-Thérèse
Letablier unarticleintitulé«Lamise enœuvre dugender
mainstreamingdans les politiques localesdel’emploi
l’exemple duFonds socialeuropéenenIle deFrance» paruen
2008 dans lenuméro spécialdesCahiersdu genresur legender

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mainstreaming.Elle a enseigné aucycleibéro-américainde
Poitiers, ainsi qu'aucycleparisiendel'Institutd'Etudes
Politiquesde Parisetàl’université de Paris8.Depuis septembre
2008, elle estATER àl’université de Lille2.

Anne REVILLARDestdocteure en sociologie(ISP, ENS
Cachan)et maîtresse de conférencesàl’université Paris 13
Villetaneuse.Sathèse(«La cause desfemmesdans l’Etat:une
comparaisonFrance-Québec(1965-2007) »)analyseles
politiquesdepromotiondu statutdesfemmesenFrance etau
Québec.Elle arécemment publié«Statingfamilyvaluesand
women's rights: familialismand feminismwithin the French
Republic. »French politics,vol. 5,n°3,2007,p. 210-228;
«Entre arènejudiciaire etarènelégislative :les stratégies
juridiquesdes mouvementsféministesauCanada»,p.145-163
inJacquesCommaille etMartine Kaluszynski (dir.), La fonction
politique delajustice, Paris: LaDécouverte, coll.Recherches,
2007.

Réjane SENAC-SLAWINSKIestchargée derecherche au
CNRS affectée auCentre MauriceHalbwachs
(CNRS-EHESSENS)dans l’Equipe de Recherchesur lesInégalitésSociales.
Elle enseigne àl’Ecole desHautesEtudesenSciencesSociales
(EHESS)etàl’Université SorbonneNouvelle-Paris 3.Ses
recherches questionnent les inégalitésdegenre àlalumière de
leurs représentations, eten particulierdu lienentrenormeset
règles,sentimentsdejustice et politiques publiques.Elle a
récemment publiéL’ordresexué–Laperceptiondes inégalités
femmes-hommesdans la collection «Lelien social »desPUF
(2007),un «Quesais-je? » intituléLaparité(n°3795,2008),
“Justifying parityinFrance after passageoftheso-calledparity
lawsand electoralapplication ofthem:the“ideological
tinkering” ofpolitical partyofficials (UMP and PS)and
women’sNGOs”,FrenchPolitics,vol. 6,n°3, September 2008
p. 234-256etavec Sandrine Dauphin un numéro spécial
«Gender mainstreaming: del’égalité deschancesàla
diversité? »desCahiersdu genre(n°44,2008).Elle fut
Secrétaire Générale del’Observatoire delaparité entreles

1

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femmeset les hommes,serviceinstitué auprèsduPremier
Ministre(2001-2003), avantd’enseigneràl’Université
VincennesSaintDenis -Paris8 etàl’Université Versailles
Saint-Quentin.

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INTRODUCTION

LES POLITIQUES PUBLIQUES
PEUVENT-ELLES CONTRAINDRE
LESHOMMESÀFAIRELEMÉNAGE?

PierreMULLER

Les travauxqui sont réunisdanscet ouvragesont le fruit
d’un travailcollectif detroisansautourdelaquestion « genre et
politiques publiques ».Aujourd’hui, cethème bénéficie d’une
certainelégitimité dans le
champacadémique(Engeli,BallmerCao, Muller,2008),maiscen’était pasvraiment le casà
l’époque.Certes,onconnaissaitbiendes travaux despécialistes
étrangèrescomme,parexemple,Jane Jenson (1997,2003,2008)
ouAmyMazur (Mazur,2002) mais on peutdirequelaquestion
était,sauf exception (Mossuz-Lavau,2002b, Sineau,2004),
quasiment inexplorée enFrance.D’uncôté,l’analyse des
politiques publiques,malgréundéveloppement spectaculaire,
avaitdélaisséles questionsdu genrepour prendre encompte
d’autresdomaines plus «virils » ;del’autre,lesétudesdegenre
s’étaient plutôtconcentrées sur l’étude dela dimension sexuée
des rapportsde dominationet l’explicationdescausesetdes
effetsdela domination patriarcalesdans l’ordre économiqueou
politique.
Larencontre était pourtant inévitable àpartirdu moment
où l’action sur les rapports sociauxdesexe étaient mise à
l’agenda des politiques publiquesdans lemonderéel:politiques
en matière deprocréation,lutte contrelesdiscriminations,
contrelesviolencesfaitesauxfemmes…Quandon prendun
peuderecul,on peutaussi se direque cesdeuxdisciplines
étaientfaites pour serejoindre,parcequetoutes lesdeux
souffrent (ou ont souffert si l’onveutêtreoptimiste)d’un
décalage entreleurdéveloppementàl’échelleinternationale et
leur implantationencorerelativement récente au seinduchamp
académique français.Ainsi,toutes lesdeuxont pour

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7

caractéristique d’être d’embléeinternationalesetcomparatives
etdenes’appuyer quetrès peu sur une« tradition »française –
mêmesidesauteuresfrançaises ont jouéun rôlenon
négligeable dans le développementdesétudesféministesen
général.
Leséminaire doctoraldontest issucelivres’estdonc
donné d’embléepour objetderéfléchiràlajonctionde cesdeux
perspectives.Ilétaitcomposé de doctorant-e-s–oudejeunes
docteur-e-s–travaillantàpartirde diversesapproches sur les
« politiquesdu genre»àpartirdelaquestiondes rapportsde
sexe dans les sociétéscontemporaines.Leseul participant qui ne
partait pasdu pointde vue delaquestiondu genre,maisd’une
interrogationen termesd’analyse des politiques publique était
l’auteurde ces lignes,quiétait supposé êtreresponsable du
séminaire et qui, de ce fait s’est trouvé àplusieurs reprisesdans
lasituationdel’enseignantenseigné.Aufildes séances, aufur
etàmesurequelaproblématique del’impactdel’action
publiquesur larelation public-privés’imposaitcommele fil
rouge del’atelier,nousavonsétépeuàpeuconduitcomme
spécialiste des politiques publiquesànous poserdenouvelles
questionsàproposdes modèlesd’interprétation quenousavions
proposésen partantd’interrogationsassez éloignéesdes
1
questionsdegenre.
Pourdireleschosesautrement,l’idées’est
progressivement imposéeselon laquelleilexisteun rapportd’élucidation
réciproqueentrelesétudesdegenre et l’analyse des politiques
publiques.D’uncôté,l’analyse del’action publique contribue à
élucider les mécanismes qui transforment lastructuregenrée des
sociétés puisquelamise en questiondela domination patriarcale
débouchepresquetoujoursàun moment ou unautresur lamise
sur l’agenda delaquestionen termesd’action publique – en
particulierdans l’ordre delarelation public-privé;d’unautre

1
Nousavionscependantété conduitànous poserces questionsdu genre à
partirdetravaux etd’interventions portant surd’autresdomaines quel’analyse
des politiquesau sens strict, comme celuidelaplace desfemmesdans le cadre
des stratégies paysannesde diversification parexemple.

1

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côté,l’entréepar la dimensiondu genrepermetderenouveler
sensiblement les modalités selon lesquelles on s’interrogesur
l’action publique aujourd’hui, en introduisantdenouvelles
questions (ouen renforçant laperti-nence dequestionsdéjà
émergentes).
Pourceuxqui, commenous,sontconvaincus que
l’analyse des politiques publiques neselimitepasàune étude,
mêmesophistiquée et ouverte, demécanismesde décision,mais
permetdeposerdemanièreutilelaquestiondelaproductionde
l’ordresocialdans les sociétés moderneset post modernes,se
poser laquestiondel’impactdes politiques publiques sur la
relation public-privérevientàopérer unesorte deplongée dans
les mécanismesdeproductiondel’ordresocialet politique, ces
processusàtravers lesquels nos sociétés se«fabriquent »,se
mettenten sens,setransformentetdonc agissent
surellesmêmes.

Pouraller un peu plus loindansces réflexions,on peut
alors suggérer quelques pistesderecherchesurcetterelation
entre action publique et transformationdela
frontièrepublicprivé.

1.Lamise en politiques publiquesdelarelation public-privé

Lapremièrepropositionestbienconnue et nerelèvepasà
proprement parlerdel’étude del’action publiquetellequ’elle
s’estdéveloppée dans lapériodeplus récente.Il s’agitde
réaffirmer le constat quela distinction publicprivé, dans ses
différentesacceptions qui sontdétailléesdanscet ouvrage,mais
surtout pourcequiconcernela distinctionentrel’ordre de
l’intime(la famille)et l’ordre du public(l’économique d’une
part,lepolitique et l’Étatd’autrepart)estaucœurdela
constructiondes sociétés modernes.Orc’est sur la base de cette
distinctionentrelasphère del’intime et lasphère du publicque
lesfemmes sontassignéesà des tâchesessentiellement
domestiquesen raisondeleurs «vesprtus »écifiques.D’un
côté, ce clivage en grandepartie fondateurdes rapports sociaux
desexerelève del’invisible, enfonctiond’un processusde

1

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naturalisationbienconnu.Maisdel’autre,il n’existe en réalité
queparcequ’ilest garanti par un ordrejuridiquequi légitimeles
modalitésdela domination patriarcale et lasoumissiondes
femmes qui peutaller jusqu’àlajustificationdesviolences
exercées surelles.Pour reprendrela formule célèbre« leprivé
est politique»,on peutdireque cette formule est juste d’abord
parcequeleprivén’existepas sans lagarantie d’un Étatcomme
lemontrent lesdiversesformesderépressionsàl’encontre de
celles quivont oser transgressercetterègle.
C’estcetterelation « invisible»entreleprivé et lepublic,
garante d’un ordresexué(Sénac-Slawinski,2007),queles
féministescontestentàtravers leurs luttescontrela domination
patriarcale àla foisau seindela famille etdel’espacepublic, en
dénonçant précisément l’homologie entrelesdeux.Or mêmesi
lesféministes, en toutcasaudépart,nevont pas
nécessairementconstruireleuractionvers l’État, cetteremise encause de
la frontièrepublic-privé comme élémentfondateurdela
domination masculineprendrapidement la forme d’unenjeu
d’action publique :le combatféministeva, deplusen plus
clairement, déboucher sur unerevendication pour lamise en
place denouvelles politiquesdestinéesàprendre enchargela
transformationdes rapports sociauxdesexe dans lasociété.
La deuxièmepartie duXXèmesiècleoffre ainsi une
multitude d’exemples montrant la diversité des processusde
mise àl’agenda delarelation publicprivé commeproblème,
commeobjetdepolitique et leschapitresde celivre en
1
analysent plusieurs .A chaque fois, cequi sejoue dans les luttes
et les processusde constructiond’action publique àtraversdes
luttes sociales,maisaussi lamobilisationdesavoirsexperts,
c’est le déplacementdela frontièrepublic-privé.C’estcequi se
passe, bien sûr, dans lamise en place des politiquesconcernant

1
Cettequestiondelarelationentremobilisationsféministesetaction publique
a fait l’objetde développements très riches lorsdelajournée d’étudesur «Le
rôle duféminisme dans l’émergence denouveauxproblèmes sociauxsur la
scènepublique» organiséepar le Centre d’étudeseuropéennesde SciencesPo
le14 janvier 2008sous la directionde LaurieBoussaguetetSophieJacquot.

2

0

lareproduction (contraception, IVGpuis procréationassistée),
les politiquesde conciliationentre vie familiale etvie
professionnelle,ouencoreles politiquesd’égalité entreles
femmeset les hommesau travail.
On retrouve bien ici unerelation quiestaucœurde
l’étude des politiques publiques:pour quese déclenchel’action
publique,pour quese construiseunespace d’actionet
d’interaction quel’on peut qualifierdepolitique(au sensde
policy),ilest nécessairequesoit mis sur l’agendaun problème
quiva être construit socialementcommeobjetd’intervention
publique àtraversdes mécanismes mettanten présence des
acteurs/actricesdont on peut reconstituer les raisonsd’agiret les
stratégies.On retrouve aussi,plus généralement, cetteidéemise
enavant par l’analyse cognitive des politiques publiques selon
laquelleles politiques sont, demanièreindissoluble, àla fois un
lieude décryptage des rapports sociaux (ici les rapports sociaux
desexe)etd’action sur les rapports sociaux (ici la domination
masculine).Par rapportàlapériodeprécédente,il nes’agit plus
seulementdegarantir lapréservationd’un ordrepatriarcalà
travers le droitet la violencemaisde(re)construireun ordre
socialàtravers lamise enœuvre depolitiques publiques.
Lorsquel’on prendun peuderecul,on peutvoir là cequi
ressemble àune extraordinaireprétentiondes sociétés modernes
àsetransformerelles-mêmes,ycompris sur leur sphèrelaplus
intime,par lamise en place,sous la forme d’unesorte d’altérité
par rapportà elles-mêmes, d’instrumentsd’actionàla fois
produits parellesetdestinésà agir surelles (Muller,2000,
2005).

2. L’intimecommeobjetd’action publique :l’impossible
sectorisation

La frontièrepublic-privé devientdonc, aufildelamise en
place des politiques qui la concernent,un objetd’action
publique deplusen plusexplicite, àtraversdes instruments très
différents: certains relèventdel’ordre delarépression (lutte
contrelesviolencesfaitesaux femmes), certainesconcernent
l’aménagementdel’ordrejuridique en général (règlesdu

2

1

divorceoudroitdu travail)alors que d’autresconcernent plutôt
les politiques sociales,laplace desfemmesau seindes
entreprises ou la fiscalité.Toutesces politiques,outreleurs
effets propres sur lestatutet laplace desfemmes (maisaussi,
parexemple, des personnes homosexuelles)dans lasociété,ont
poureffetderendre visible cequi relevait jusquelà du nondit,
del’évidence.Or lesimple faitderendre visiblela frontière est
une façondela déplacer,parcequel’on rendperméablela
sphèreprivée à deseffetsd’action publique.
C’est ici qu’ilfautévidemment rappeler lerôle de celles
quel’onappelleparfois les «fémocrates »(on nepeut
s’empêcher icide considérer queletermen’est pas très
heureux) quidans tous les paysdéveloppés, vont traduire,
concrétisercette actiondelasociétésur sasphèreprivée en
instrumentsd’action publique, en moyensbudgétaireseten
l’institutionnalisant (Revillard,2007).Il n’est pas sans intérêtde
noter que c’estau seinde cequi n’est pas unvéritableÉtat, à
savoir l’Unioneuropéenne,que ceprocessusdepolitisation (au
sensdemise en politiques publiques)del’action sur les rapports
sociaux desexe a étélaplusvisible et peutêtre aussi laplus
efficace, en toutcasenEurope.C’estaussiau niveaudel’UE
que vasejouerdelamanièrelaplusclairele dilemme de
l’action publique dans le domaine des rapportsentreles hommes
et lesfemmes (Jacquot,2006).Il s’agitdelaquestiondela
sectorisationdes politiquesdu genre :jusqu’àquel pointest-il
possible demettre en placeunesectorisationdes politiquesdu
genre, etencoreplusdes politiquesdel’intime?

En réalité, aucun secteur n’échappetotalementà ce
dilemmequiestconstitutif detoutepolitiquepublique.Pour
quesemette en placeunepolitique dans undomaine,quel qu’il
soit,ilfaut quese développe,sinon un secteuràproprementdit,
du moins un processusdesectorisationdelaréalitésur laquelle
lesautorités gouvernementalesveulentagir.Ceprocessus
renvoie àtroiscomposantesfondamentales (Muller,2004): des
acteurs quivonten quelquesortes’identifierau problème età
son traitement, des institutionsadministratives susceptiblesde
stabiliserdans letemps l’action publique et un savoirconstitué

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de diagnostics, etdesolutionsdébouchant sur lamise en place
d’instruments spécifiques.Pourquoi s’agit-ild’undilemme?
Évidemment parcequ’aucun problèmen’est sectorisépar
luimême etconcerne aucontraireunemultitude de facettesetde
domainesdelasociété.Pourquoialors
lanotiondesecteurestelle consubstantielle à celle depolitiquepublique?Parcequ’elle
est la conditiondela constitutiondesavoirsexperts, donc
spécialisés,portés pardesacteurs quivont revendiqueravec
plus ou moinsdesuccès lemonopole del’agir sectorielet le
pouvoir qui luiestassocié.Tout sepasse commesi,pour
exercercette action surelles-mêmes,les sociétésdevaient
procéderàuneopérationde découpageindispensable àla
fabricationdesavoirsexpertsetdes instruments qui leur sont
associés.Toutepolitique débouche ainsi sur lamise en place
d’unelogique desectorisation, cequi la condamne, dans le
mêmemouvement, àneplus pouvoir prendre encomptele
problèmequ’elle entendtraiterdans son intégralité.
Ce dilemme est particulièrement marqué dans le casdes
politiquesdegenre, etencoreplusdes politiques qui se donnent
pour objetderemettre en question la domination patriarcale
dans lasphèreprivée.Certes il nes’agit pasdenier l’efficacité
de certaines politiquescomme cellesconcernant l’IVGou la
contraception (avecquelques réserves quandmême).Leschoses
sont moinsclaires si l’on s’interrogesur leseffetsdes politiques
d’égalitéhommes-femmesdans lasphèreprofessionnelleou la
parité en politique.Mais peut-onconsidérer pourautant que ces
politiques « touchentàl’intime» ?

3. La frontière public-privé comme frontière del’action
publique?

Finalement,laprincipaleleçonde cetravailcollectifsur
larelationentrepolitiques publiqueset genre àtravers la
questiondela frontièrepublic-privé est pour nous uneleçonde
modestie : contrairementà cequenousavons pucroire etécrire,
l’historicité(Touraine,1973,33)des sociétés modernes,
entendue commeleurcapacité à agir surelles mêmes,seheurte
àuncertain nombre de butoirs redoutables.Parmid’autres (il

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faudrait sansdoute évoquer laquestiondelarégulationdu
marché),on trouvelaquestiondelarégulationdela frontière
public-privé etau-delà des rapports sociaux desexe.Cettelimite
relève de deuxprocessus qui nesont pas toutà faitdu même
ordre.
Lepremier renvoie àla difficultérencontréepar les
mouvementsféministesà«constituer leur problème en
secteur ».Il nes’agit pas ici, évidemment, denier lesavancées
importantes obtenuesdansdesdomainesfondamentaux comme
lamaîtrise deleurcorps par lesfemmes,leurdroitàtravailler ou
laparité en politique.Maisces succès,sansêtre enaucuncas
marginaux,n’ont pasdébouchésur lamise en place
d’administrations puissantescapablesd’institutionnaliserdes
politiques sur lelong terme, commesemblemalheureusement le
montrer lereculdes services publicschargésdesfemmes.Il
s’agit peutêtre dela dimension laplusvisible de cebacklash
dénoncépar les organisationsféministes,quiauraientainside
plusen plusde difficulté à faire accepter leurs revendications
par les gouvernements.
Onestalorsconfronté àun problèmetrèsdélicat qui ne va
pas sans susciterdenombreusescontroverses parmiceux/celles
qui travaillent sur laquestiondes relationsentrepolitiques
publiqueset rapports sociaux desexe.L’hypothèsequel’on
veut proposer iciest quelesdifficultés rencontrées par les
mouvementsféministes pour renforcer les politiquesdegenre en
généralet les politiquesdelasphèreprivée en particulier sont
liéesàleur refusdereconnaîtreles transformations globalesdu
contexte del’action publique – cequenousappelons
l’émergence du référentieldemarché.Ilestainsifrappantde
constater quelaplupartdesavancéesféministesdelaseconde
vague aucoursdesannéesd’après guerresontcalées sur un
référentiel globaldel’État providencequiapermis le
développement significatif depolitiquesdeprotectionàl’égard
desfemmescomme épouses,travailleuses oucitoyennes.

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