Instantanés chinois
206 pages
Français

Instantanés chinois , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
206 pages
Français
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Vivre en Chine, tenter de se fondre dans la population, partager son quotidien et se confronter tous les jours aux questions qui font le "choc des cultures". A travers les habitants de ce pays, donner un aperçu de ce qu'est aujourd'hui ce formidable géant. Dix années passées dans l'Est de la Chine ont été consignées par l'auteur au fil des saisons. Des tranches de vie personnelles, des faits du quotidien, des temps forts de la Chine d'après Mao ; voici quelques clés pour comprendre les Chinois du XXIème siècle.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2007
Nombre de lectures 293
EAN13 9782296169081
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Instantanés chinois
Dans le nid du dragon@ L'Harmattan, 2007
5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion. harmattan @wanadoo.fr
harmattan 1
ISBN: 978-2-296-029149
EAN: 9782296029149Esmeralda LLADSER
Instantanés chinois
Dans le nid du dragon
L'HarmattanPoints sur l'Asie
Collection dirigée par Philippe Delalande
La collection a pour objet de publier des ouvrages brefs, (200 à 500
pages), sur l'actualité politique, économique, sociale, culturelle en
Asie. Ils traitent soit d'un pays d'Asie, soit d'un problème régional,
soit des relations de ces pays avec le reste du monde. Ces ouvrages
s'apparentent à des essais aisément accessibles, mais sur des bases
documentaires précises et vérifiées. Ils s'efforcent, au-delà de
l'analyse de l'actualité de prolonger la réflexion sur l'avenir. La
collection voudrait, autant que faire se peut, pressentir les questions
émergentes en Asie. Elle est ouverte à des témoignages, des
expériences vécues, des études systématiques. Les auteurs ont tous
une connaissance pratique de l'Asie.
Les lecteurs visés sont des personnes soucieuses de s'informer de
l'actualité en Asie: investisseurs, négociants, journalistes, étudiants,
universitaires, responsables d'ONG, cadres de la fonction publique en
relation avec cette Asie en rapide mutation; où vit la majeure partie
de la population du monde.
Déjà parus
Antony TAO, Dieu et le Tao, 2007.
Nilsy DESAINT, Mort du père et place de la femme au Japon,
2006.
Asie 21 - Futuribles, La Chine à l'horizon 2020, 2006.
PROCREAS, Cambodge: Population et société d'aujourd'hui,
2005.
Lucas DOMERGUE, La chine, puissance nucléaire, 2005
Dominique LUKEN-ROZE, Cambodge: vers de nouvelles tragédies?
Actualité du génocide, 2005.
Rervé CODRA YE, L'alliance nippo-américaine à l'épreuve du Il
septembre 2001,2005.
Chris REYNS, Images du Japon en France et ailleurs: entre
japonisme et multiculturalisme, 2005.
J.P. BEAUDOUIN, Zen, Ie torrent immobile, 2005.
Sabine TRANNIN, Les ONG occidentales au Cambodge. La réalité
derrière le mythe, 2005.
Stéphanie BESSIERE, La Chine à l'aube duXXlème siècle, 2005.
Nathalène REYNOLDS, L'enjeu du Cachemire dans le conflit
indopakistanais,2005.L'empreinte d'un homme sur un
autre est éternelle, aucun destin n'a
traversé le nôtre impunément.
F. MAURIACA Milou et Tinou,
A Ahy, Anti et JackyINTRODUCTION
Rien ne me prédestinait à aller m'enraciner à l'autre bout du
monde et d'aussi loin que j'aie pu fouiller dans ma mémoire,
l'attirance pour cet étrange pays n'est pas allée de soi.
Deux souvenirs me viennent à l'esprit et deux seulement,
d'événements qui m'ont fait porter les yeux vers ces frontières
lointaines avant d'atteindre l'âge des grandes décisions: le dessin
appliqué de Maman sur mon cahier d'écolière. «Une petite
Chinoise !» m'avait-elle suggéré en s'amusant à tracer pour moi les
contours de ce personnage de l'autre face de la planète. Ce serait
donc mon costume pour Carnaval.
Je revois encore cette fillette nattée, en habit bleu (rien
n'était en effet plus simple à esquisser qu'un costume Mao) qui
tenait à la main un objet carré. Il n'éveillait rien de particulier en
moi, mais il faisait sourire Maman, ce petit livre de couleur rouge.
Nous étions en 1971. Tout cela était d'une simplicité évidente,
mais je voyais bien qu'un mystère s'y cachait et que derrière cette
esquisse facile se lovaient des sous-entendus amusés.
L'autre souvenir remonte à 1976. Ce fut mon véritable
premier contact avec la réalité chinoise. Le journal télévisé
diffusait les images d'une population perdue, d'hommes et de
femmes désespérés. Une vieille toute fripée gémissait en essuyant
les larmes qui mouillaient son visage. Le président MAO venait de
mourir et la Chine était orpheline. Comment la mort d'un homme
qu'on ne connaissait qu'au travers des images et des discourspouvait-elle jeter ces gens dans un tel désarroi? La disparition de
Pompidou, notre président à nous, n'avait pas provoqué cette
désespérance... Un mystère de plus.
Rien d'autre. Pas un livre, pas une histoire, pas une chanson.
Et puis il y a des tournants imprévisibles et me voilà du jour
au lendemain sur un aiguillage inattendu qui porte mon regard tout
là-bas, par un hasard soudain, une simple curiosité amusée. Sans
crier gare, cet horizon éloigné se met à prendre des formes plus
précises et mes yeux, progressivement captivés, n'ont plus du tout
envie de s'en détacher.
Nous voici donc liées, Elle et moi.
Depuis que j'ai entamé ici le récit de mes petites aventures
quotidiennes, depuis que se déroule le fil de mes observations
étonnées et que je couche aussi précisément que possible mes
impressions de cet ailleurs, il me semble qu'est montée en moi de
façon irrépressible une bouffée de plus en plus ardente et
jusqu'alors restée à couvert. Un souffle de vraie tendresse m'anime
pour les gens de Chine, et une profonde sympathie aussi, dans le
sens original du mot, qui s'est fait jour à mesure que les pages se
couvraient d'encre. A travers les mots qui défilent, c'est un peu
comme si l'on éclairait pour moi, d'une flamme douce, cette encre
invisible qui fait toujours rêver les enfants et s'ébahir le curieux à
la vue du message secret qui apparaît. Le premier lecteur ici, et le
plus émerveillé, c'est encore moi...
Aujourd'hui j'appartiens à ces amoureux, attachés
volontaires, prêts à toutes les concessions pour ceux-là, si
différents, mais au sein desquels on se retrouve aussi. Oui, nous
sommes aux antipodes: culture, pensée, mœurs, tout nous sépare
ou plutôt nous distingue. Mais on s'aperçoit malgré soi et contre
toute attente que l'on retrouve dans ces hommes et ces femmes des
choses familières; on les décèle imperceptiblement derrière
l'enveloppe qui les masque et on se réchauffe soudain de nos
similitudes. Le miroir est bien là: grattez cette plaque de verre
coloré, et vous trouverez tout derrière la vraie réflexion; c'est le
fin fond de vous que cet homme ou cette femme vous renvoie,
comme un boomerang.
Le processus est étrange. On commence par s'étonner,
découvrir, se prendre au jeu, s'interroger, perdre patience, se
perdre, se murer parfois, pour enfin se retrouver et s'apercevoir que
12ce qui semble avoir disparu ici, chez soi, on le retrouve finalement
là, à dix mille kilomètres, bien vivant. Nous ne sommes qu'un. Et
s'il était besoin d'en faire la preuve, ces petits proverbes et
expressions chinois mis en exergue à chaque tête de chapitre nous
rappellent que le simple bon sens est notre premier point commun.
Ce qui me charme avant tout, c'est ce sentiment
indescriptible, oscillant entre naïveté et candeur, que l'on rencontre
à tous les coins de rue, cette capacité d'étonnement, cette
transparence parfois dans la spontanéité qui les prend. Il me semble
trouver là une manière de fidélité à l'enfant que chacun de nous
porte encore, bien enfoui au creux des côtes. Dans le fond tout peut
sembler si simple, même si les formes empruntées nous déroutent
souvent: complexité des us, pour nous, qui nous disons directs,
mais si entiers dans leur pensée, si clairs. Ça peut sembler un
paradoxe, mais c'est ainsi que je les perçois à présent, et c'est pour
cela qu'ils me rassurent.
Pour avoir vécu de nombreuses années tout là-bas, pour
m'être abreuvée aux sources des fleuves Jaune et Bleu, pour avoir
changé leur exotisme en mon quotidien, j'ai eu envie de partager
mes impressions. Certes il ne s'agit pas d'embrasser tout le pays,
même si l'on s'est permis des percées jusqu'à quelques limites.
Mon évocation s'est bornée ici au monde de l'Est, des côtes, à cette
portion la plus facilement palpable de la Chine, celle des quatre
cents millions d'hommes et de femmes qui ont accès à la
modernité. Ça peut sembler partiel, mais c'est un passage obligé.
Des récits, aventures, anecdotes, instants sur le vif, ce qui fait
les heures de la vie, des sentiments, des sensations, des questions,
j'ai eu envie de consigner certains de ces moments chinois, de
parler de ces gens que j'ai rencontrés mais aussi de transcrire ce
qu'ils m'ont conté, et j'ai pris comme un immense privilège de
pouvoir boire directement à leurs réminiscences du passé. Cela je
l'ai regroupé dans une partie intitulée «Des femmes et des
hommes». Ce sont eux qui font la Chine en premier lieu. Ce sont
eux qui m'ont accueillie.
Quelle meilleure façon de s'intégrer que par cette passerelle
que nous ouvrent les enfants, ces enfants qui nous conduisent à
l'essentiel et au plus profond, les vrais pionniers, les plus grands
aventuriers, vierges de tout préjugé, et tendant les bras
généreusement à tout ce qui leur est offert? Evoquer ma vie
chinoise ne me semblait pas possible sans une partie consacrée à ce
13que j'ai nommé «L'enfance enracinée», petites filles qui ont jeté
l'ancre ici, bien plus vite que moi et bien plus profondément.
La Chine a ses terres sauvages aussi et garde, malgré nos
désirs de comprendre toujours plus, une part de mystère. Je suis
partie à l'autre bout de la géographie chinoise, mais j'ai aussi
voyagé aux limites de ce qui est compréhensible à mon sens, et me
suis parfois retrouvée au-delà du temps. «L'autre bout de l'autre
bout du monde» c'est le voyage mis en abîme, quand on se perd
avec bonheur.
Il y a enfin la vie des petits jours dans toute sa simplicité,
souvent différente de la simplicité du quotidien occidental, les
moments auxquels on s'est habitué et qui, s'ils n'avaient pas été
jetés un matin sur le papier, auraient perdu à jamais ce petit goût de
plaisir et de dépaysement qu'on a en se les rappelant soudain.
Partager mon quartier, mes voisins, la circulation, les petites joies,
les soucis, c'est aussi ça la vie chinoise.
Malgré le désir de communiquer ce bonheur de découvrir,
malgré le besoin de libérer ces frustrations, ces incompréhensions
parfois, il est difficile d'expliquer avec des mots les sensations
fortes qui relient à ce pays. Le mieux serait encore de s'y rendre,
de voir, d'écouter patiemment, de découvrir et d'apprécier,
parcours de longue haleine, certes, mais le jeu en vaut la chandelle!
Si ces humbles histoires peuvent aider à faire pousser
quelques ailes, le dragon, vu de plus près, s'en trouvera moins
effrayant. C'est mon souhait le plus cher.. .
14CHAPITRE I
DES FEMMES ET DES HOMMESRENOUER - Eté 1999
L'or ne vaut pas cher, la tranquillité a
Pendant trois ans, j'ai vécu la vie d'une provinciale chinoise,
trois années quasiment coupée du monde moderne et occidentaL..
C'est en juillet 96 que j'ai foulé de nouveau cette terre abandonnée
sept ans auparavant. Nous débarquions, en famille, de grands
projets tout neufs plein la tête, avec la ferme intention de créer,
d'investir, de profiter de l'élan ascendant et de la formidable
énergie de ce pays, qui nous paraissait porter les espoirs d'une
réussite programmée.
Derrière nous, nous laissions la France et la famille d'Europe,
les repères de notre vie et nos bases professionnelles. Pendant
plusieurs années, nous avions consacré toutes nos forces à une
petite entreprise, nous débattant comme des forcenés pour la
maintenir à flot, et notre enthousiasme s'y était dissous jusqu'à son
dernier souffle. Après avoir lutté, acharnés au travail et persuadés
qu'il y aurait toujours un mieux, dans quelques semaines, quelques
mois ou même l'année suivante, après avoir survécu avec l'énergie
du désespoir, à bout de course, nous avions fini par admettre que
plus rien ne pouvait être sauvé, et la mort dans l'âme nous dûmes
nous résigner à donner le coup de grâce.
Nous n'avions cependant pas perdu la certitude de pouvoir
nous relever, de rassembler nos forces et de construire à nouveau.
Nous étions jeunes et avions tout à faire, d'autant que nous ne
possédions rien. La Chine était là qui nous attendait patiemment:
notre petite famille franco-chinoise avait misé son avenir sur cet
17eldorado de l'Asie. C'était aussi l'une des souches de notre fille.
Alors en avant!
Liquidation, dernières formalités, procuration, plus de
maison, meubles donnés, notre richesse se résumait à ces cartons
mal ficelés qui nous suivirent au bout du monde (deux ou trois
malles à jouets et quelques piles de vêtements d'hiver), et nous
voilà dans le charter de China Eastern, classe économique, dernière
rangée (celle dont le dossier s'incline à peine), ma remuante Isis
sur les genoux, pour une douzaine d'heures dans le ciel de
l'hémisphère Nord.
Je savais bien que ce nouveau monde était en pleine
évolution; j'avais suivi de loin les rebondissements de son
développement, les commentaires des journalistes enthousiasmés;
j'avais vu les images qui couraient la planète et décrivaient à
grands coups d'exclamations un pays en pleine mutation, mais
c'est malgré tout avec surprise et curiosité que j'ai trouvé cette
autre Chine, différente de celle que j'avais connue et qui était
restée intacte dans ma mémoire, malgré le balayage des médias.
Je me retrouvais bien loin du milieu des étudiants de Pékin,
où les étrangers étaient parqués dans le "jardin de la cuillère", à
deux pas du grand lac du campus, Beida, l'Université de Pékin, où
j'allais suivre chaque jours des cours de littérature moderne, en
m'accrochant laborieusement aux explications des professeurs. La
vie y était facile pour nous autres laowai1 : nous étions dorlotés,
bien chauffés, nourris délicatement, douches ouvertes à toute heure.
Je me souviens que, pour avoir le superflu, nous pouvions échanger
au noir jusqu'à cent quatre-vingts Rmb un billet de cent FEC. Les
Foreign Exchange Currency étaient alors la monnaie réservée aux
étrangers, cet argent qui seul permettait de faire des emplettes dans
les magasins de l'Amitié où l'on pouvait trouver des marchandises
rares et pourtant de première nécessité, Beida où nous autres,
malgré notre bourse pleine, ne pouvions pas toujours acheter notre
pain brioché du matin car nous n'avions pas droit aux tickets de
rationnement de céréales (nous étions riches), et c'était au bon
vouloir de l'aimable employé du magasin d'Etat de décider si oui
ou non, nous pourrions déjeuner de tartines; Beida de Mai 89 aussi,
des rêves fous, des jeunes qui trouvaient à faire exploser un
dynamisme et à étancher une soif d'expression. Les élans parfois
I Etrangers.
18dépassaient la mesure, juste comme dans un jeu d'enfants où l'on
se demande jusqu'à quelles limites on peut aller. Les haut-parleurs
nasillaient à tue-tête; tout à coup une voix dans la foule appelait à
une manifestation spontanée et un cortège se formait, défilant
autour du campus. Cela pouvait arriver à deux heures de
l'aprèsmidi, à minuit, n'importe quand... Pékin, j'y ai encore de
merveilleux souvenirs, des rencontres inoubliables, beaucoup
d'artistes en y réfléchissant...
Celui-là, que je croisai dans un bus lors de ma première
découverte de la Chine en 87, avec sa démarche de
ToulouseLautrec, et avec qui je parcourus un bout de chemin, je l'ai
retrouvé deux ans plus tard. Comment oublier ce visage d'ange...
La seule et unique fois où j'assistai à une « party» entre
francophones et personnels d'ambassades... ou plutôt m'y étais-je
perdue, comme un chien au milieu d'un jeu de quilles, de nouveau
ce visage m'avait frappée. Apparemment, tous les chemins qu'il
empruntait le ramenaient au monde parallèle des Occidentaux,
attiré comme par un aimant, de cette façon un peu malsaine qui
suscite l'embarras et la méfiance parfois, car dans ce pays d'où
l'on ne sortait pas facilement, toute manœuvre était bonne dans
certains esprits pour s'ouvrir une voie vers un visa pour l'Ouest.
Six ans avaient passé depuis cette année charnière;
j'entamais donc un nouveau tronçon de ma route de la soie,
endossant un statut tout neuf où se mêlaient les composantes de
mère de famille, de patronne improvisée et d'étrangère de
province... Je m'aperçus vite que j'étais la seule représentante de
ce genre dans les environs, puisqu'en l'espace de trois années il ne
me fut donné de croiser dans cette petite ville qu'un ou deux
visages occidentaux.. .
Notre installation se fit lentement et sur le mode "local" car,
comme tout le monde, nous attendions l'occasion de sauter sur le
premier appartement qui pointerait à l'horizon de Linhai. Il nous
fallut ainsi attendre un lieu de vie privé pendant près d'un an. Les
logements manquant, les nouvelles constructions qui
commençaient à s'élever dans le paysage étaient rapidement
enlevées par les spéculateurs. Les populations vivaient donc
entassées, cohabitant souvent à plusieurs familles.
]9Nos dix premiers mois se passèrent donc à la «chinoise»,
chez mes beaux-parents, Nainai et Yeyel, famille sur famille.
Certes nos recherches n'avaient pas toutes été infructueuses. Nous
avions bien eu l'occasion, par une «relation», de nous installer dans
un meublé pendant quelques temps. Terriblement vilain, ce
logement, fonctionnel et d'un confort tout relatif, me rappelait nos
intérieurs des années cinquante, mais j'avais le sentiment d'être
enfin un peu chez moi. Très vite pourtant cet intermède prit fin car
après quelques semaines la propriétaire eut besoin, en l'espace de
quelques jours, de récupérer son logement. Nous étions supposés
libérer les lieux pendant deux ou trois semaines et les retrouver par
la suite, jusqu'à la prochaine fois... J'étais préparée à l'imprévisible,
mais la chiquenaude était un peu forte et je ne me sentais pas la
docilité ni l'humeur d'entamer une partie de ping-pong: d'avance
je déclarai forfait. Nous migrâmes de nouveau chez Nainai et Yeye,
dont la porte était toujours ouverte, et reprîmes nos recherches en
espérant trouver un toit plus stable.
Après de nouveau plusieurs mois d'attente, Gugu2, ma
bellesœur, nous annonça avec joie que deux pièces s'étaient libérées
audessus de chez elle, qui, bout à bout avec le débarras contigu,
pouvaient faire un très bon logement. C'est ainsi que nous sommes
entrés dans notre premier appartement...
Désirant faciliter notre installation, Gugu se chargea, en
notre absence, de faire nettoyer cet espace béni: peinture blanche
et papier, linoléum... Elle se montra d'une grande gentillesse en
prenant sous sa responsabilité, et à notre insu, toute notre
installation, dans ses moindres détails, allant jusqu'à meubler notre
nouvel intérieur... à son goût, évidemment.
Pour une surprise, c'était une surprise et c'est ainsi que de
retour en Chine, après notre première visite annuelle en France,
nous avons découvert une enfilade de trois salles que le couloir
commun de l'immeuble séparait de la «pièce d'eau» (à savoir
simplement: pièce où se trouve l'arrivée d'eau).
Nous logions dans une ancienne banque désaffectée. Mais ne
pas se méprendre, ni s'imaginer des locaux à l'atmosphère feutrée,
tendus de moquette, aux huisseries impeccables. Pour avoir une
idée juste, il faut se figurer un bâtiment des années cinquante pleine
I
Papi et Mamie.
2
Tante paternelle, pour mes fiIles.
20

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents