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Jeu du foulard et autres jeux d'évanouissement

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Description

Les Actes de ce premier colloque sur les jeux d'évanouissement se veulent un point de départ pour une réflexion multidisciplinaire à propos de pratiques dangereuses, à extension planétaire. Les jeunes qui se livrent à ces pratiques, délibérément ou sous la pression du groupe, ont-ils seulement conscience de la gravité de l'enjeu non seulement pour eux, mais aussi pour la cellule familiale ? Comment transmettre une information critique et rigoureuse qui demeure le meilleur garant contre les chimères, les manipulations et autres éblouissements ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mars 2010
Nombre de lectures 75
EAN13 9782336257273
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
9782296112605
EAN : 9782296112605
Jeu du foulard et autres jeux d'évanouissement

Françoise Cochet
Sommaire
Page de Copyright Page de titre Jeudi 3 décembre 2009
Présentation Introduction Pratique des évanouissements et asphyxies chez l’enfant : conséquences cliniques immédiates et à long terme Jeux du foulard et ses dérivés : approche physiopathologique des risques en termes de mortalité et de séquelles chez l’enfant et l’adolescent. Jeux d’asphyxie dont « choking game » : évaluation d’un comportement à risque potentiellement mortel Les jeux d’asphyxie chez les enfants et les jeunes De la constriction du cou et des états modifiés de conscience : ce que nous apprend la littérature médicale. De l’absence de prévention à la provocation au jeu du foulard, quelles pratiques le droit doit-il appréhender ? Quelles politiques publiques de prévention des pratiques d’étouffement chez l’enfant et l’adolescent Jeux, dangers et rites Anthropologie du vertige et de la syncope Echange avec la salle A bout de souffle Y a-t-il des enfants à risque ? Le point de vue d’une psychiatre pour enfant A chaque âge sa pratique d’évanouissement ? Échange avec la salle Hypoxiphilie : trois cas dont un double
Vendredi 4 décembre 2009
Table ronde internationale Présentation de l’Action nationale de la délégation aux victimes Le travail de prévention des BPDJ : démarche auprès des élèves, réaction de ces derniers, position des enseignants et des parents, sensibilisation auprès des gendarmes de terrain Les jeux d’évanouissement : présentation de sensibilisation Rôle et place de l’Éducation nationale dans la prévention et la prise en compte du jeu du foulard et de ses dérivés Les méthodes d’information et de préventions mises en place dans différents pays et les stratégies ouvrant de nouvelles perspectives d’intervention efficace à l’échelle nationale et internationale Programmes américain et canadien de prévention
Echange avec la salle Clôture du colloque
Jeudi 3 décembre 2009
Présentation

Françoise COCHET
Présidente de l’APEAS
Je pense qu’on va commencer puisque, même si nous attendons encore un certain nombre de personnes, il ne faudrait pas que nous prenions trop de retard.
Au nom de l’association APEAS que je préside, je voudrais vous remercier d’être présents. Je remercie également tous ceux qui avaient prévu d’être présents et qui ont été retenus, soit par la grippe, qu’ils ont contractée, soit pour avoir été réquisitionnés pour injecter les vaccins. Nous n’avons pas beaucoup de chance avec cette actualité.
Je tiens à remercier tout particulièrement Madame Bachelot-Narquin, Ministre de la Santé et des Sports, d’avoir bien voulu patronner ce colloque, et de nous avoir prêté cette salle et tout le matériel qui s’y rapporte, pendant ces deux journées de conférences. Elle sera représentée par Madame le Docteur de Penanster, de la Direction Générale de la Santé.
Je remercie également Monsieur Luc Chatel, ministre de l’Éducation nationale, qui a bien voulu accepter de patronner lui aussi ces deux journées. Il sera représenté par le Directeur Général de l’enseignement scolaire, Monsieur Jean-Louis Nembrini.
Je remercie Madame Marie-Dominique Simonet, ministre de l’enseignement obligatoire en communauté française de Belgique, pour son soutien. Elle sera représentée par Monsieur Etienne Jockir, conseiller des centres PMS.
Monsieur Patrick Gérard, recteur de l’académie et chancelier des universités de Paris, que je remercie de son soutien, a bien voulu se faire représenter par Madame Sylvie Gonnet, conseillère technique au rectorat.
Je tiens à remercier infiniment Monsieur Jean-François Dehecq, président de Sanofi-Aventis qui, dès 2002, avait compris, alors que nous venions de l’informer de notre action, l’enjeu de santé publique que représente cette information, et l’importance de lever le tabou sur ces « jeux » d’enfants. Ce sont effectivement des « jeux », qui sont en réalité des pratiques qui peuvent s’avérer mortelles ou qui peuvent entraîner des conséquences dramatiques de handicaps définitifs. Ces pratiques qui étaient tellement répandues depuis des dizaines d’années et qui n’avaient finalement jamais été étudiées jusqu’en 2000, étaient non seulement ignorées des parents mais également des professionnels dont les médecins, les infirmières. Jean-François Dehecq a compris que l’enjeu était d’ordre sanitaire et public. Il n’a pas cessé de nous soutenir, de nous aider, de nous conseiller. Le service du mécénat Sanofi-Aventis, ici présent, est à remercier aussi infiniment pour son soutien, en la personne de sa directrice Caty Forget, ainsi que toute son équipe.
Je tiens à remercier également les députés présents, en particulier ceux du groupe UMP qui ont travaillé tout l’été à un rapport sur ce sujet. Il s’agit de Cécile Dumoulin, députée des Yvelines et de Patrice Verchère, député du Rhône. Je remercie également les députés belges, ainsi que leurs représentants.
Au nom de l’association, je voudrais dire notre profonde reconnaissance à tous les intervenants du colloque.
Monsieur Jean-Marie Huet, magistrat, directeur des Affaires criminelles et des grâces au ministère de la Justice, a bien voulu accepter de se pencher sur le paysage pénal face à ces pratiques. Il nous rejoindra ce matin
Les professeurs Andrew Macnab et Thomas Andrew, qui ont traversé les océans pour participer à ces deux journées de travail, et nous présenter leur travaux et réflexions.
Le docteur Marie-France le Heuzey, qui a accepté de venir nous faire part de son avis de psychiatre de l’enfant et de l’adolescent, et de ses conclusions.
Le docteur Charly Fampou-Toundji et la ville de Noisy-le-sec dont il est responsable de santé publique, qui exposera ses expériences de prévention.
Je remercie bien évidemment notre comité scientifique composé - vous allez les entendre, et je ne vais pas les citer ici nommément, – de médecins, médecins urgentistes, médecins pédiatres, de sociologues spécialistes des conduites à risques, dont un professeur de l’université de Strasbourg, de psychiatres, de pédopsychiatres, d’une avocate expert juridique du barreau de Paris, mais également d’un professeur de l’université de Lisbonne, qui a fait de nombreuses recherches documentaires, et va aborder ce soir un sujet particulièrement délicat.
Je remercie la police nationale, la gendarmerie nationale, la police des Etats-Unis dont un représentant nous a rejoints, la délégation aux victimes du ministère de l’Intérieur, qui a engagé des actions très importantes, information et formation à la prévention de la police, de la gendarmerie et aussi des pompiers. La délégation aux victimes sera représentée par Madame Chapalain, officier de police en retraite depuis cet été.
Je remercie aussi toute la communauté de l’éducation nationale. Elle est représentée en particulier par Madame Françoise Cusin, médecin conseiller technique de l’Inspection d’académie de Saône-et-Loire, partenaire de notre association depuis des années. Elle prendra la parole demain après-midi, il sera très important d’écouter ce qui a pu être fait dans son département.
Je remercie infiniment les familles de victimes qui sont présentes, qui vont être présentes ces deux journées. Il ne s’agit pas de l’ensemble des familles de victimes, bien sûr, puisque trop nombreuses, elles auraient à elles seules rempli la salle Laroque. Il s’agit de familles de victimes, de représentants des parents qui se sont engagés dans des actions d’information, de prévention, ou de parents qui sont eux-mêmes professionnels : professionnels par exemple de médecine, biologistes ou infirmiers. Je remercie infiniment tous les parents qui sont venus de plusieurs pays, de plusieurs continents, qui ont passé de nombreuses heures dans les avions pour nous rejoindre, et qui vont parler des actions conduites dans leur pays et expliquer comment elles ont tenté de faire cesser ce tabou. Nous venons malheureusement encore d’apprendre de nouveaux cas, cette semaine, en France et à l’étranger.
Je terminerai par des remerciements appuyés aux associations de parents de victimes CHOUSINGHA et GASP, et au comité de soutien le CALJAR, dont plusieurs représentants sont ici présents.
Merci à CABU, pour le dessin qu’il nous a offert, à l’occasion de ce colloque, merci à Davy Kilembe, qui chantera demain sa chanson du « rêve indien ».
On va donc vous exposer cette problématique. On va essayer d’interpréter le pourquoi, le comment, les causes, les conséquences. Pourquoi ces pratiques sont-elles si dangereuses ? Comment peut-on prévenir les parents, bien sûr, mais également les enfants, depuis les plus jeunes jusqu’aux jeunes gens de l’université, des conséquences terribles de ces pratiques qu’ils croient sans danger, qu’ils pensent être totalement anodines et qui causent des morts, je vous l’ai dit, tous les mois en France et bien sûr dans le monde. Je vous remercie.

Dominique DE PENANSTER
Sous-directrice, promotion de la santé et prévention des maladies chroniques à la Direction générale de la Santé
Madame la Présidente, Mesdames, Messieurs.
Je voudrais tout d’abord excuser Mme BACHELOT, ministre de la santé et le Professeur Didier HOUSSIN, directeur général de la santé qui regrettent de ne pas pouvoir introduire ce colloque mais comme vous pourrez le comprendre l’actualité de la pandémie grippale les retient à l’extérieur. Ils m’ont chargé de les représenter et vous assurer de tout l’intérêt qu’ils portent à la cause qui nous réunit durant ces deux jours.
Je suis tout particulièrement heureuse de vous accueillir dans cette salle du ministère de la santé prouvant le soutien que la direction générale de la santé, et tout spécialement ma sous direction, apporte aux actions menées par l’Association de Parents d’Enfants Accidentés par Strangulation (APEAS) qui organise ce colloque.
En effet, la prévention des conduites à risques chez les jeunes est un des aspects essentiels de la politique de santé publique envers cette tranche d’âge de la population, initiée par Madame BACHELOT en février 2008, dans le plan santé des jeunes.
Tout accident est tragique. Il l’est d’autant plus lorsque c’est un jeune qui est touché, que les conséquences sont un handicap ou la mort. Cette morbidité et cette mortalité sont évitables c’est la raison pour laquelle le ministère de la santé s’est engagé dans la lutte contre les jeux dangereux, voilà deux ans, après que vous soyez, Madame la Présidente, venue m’exposer ce problème lorsque nous nous sommes rencontrés.
Vous m’aviez alors dit en présentant votre association « Notre seul désir est que plus personne ne vive le cauchemar que nous avons vécu, que plus aucun enfant ou adolescent ne meure de la pratique d’un jeu stupide dont il ignorait ou sous-estimait le danger. » Ces propos, Madame, nous ne pouvons que les partager et faire que ce combat qui est le vôtre soit aussi le notre.
En effet, chaque année, en France et en Europe, de nombreux enfants et adolescents sont victimes des jeux dangereux. En les pratiquant ou en y participant, volontairement ou non, les jeunes ne sont souvent pas conscients du danger qu’ils encourent et des conséquences dramatiques auxquelles ils s’exposent.
Bien que les accidents liés au «jeu du foulard », jeu le plus connu, et l’action de l’APEAS envers les pouvoirs publics et les médias commencent à faire parler du sujet, l’étendue du phénomène des jeux dangereux et de leurs conséquences reste cependant encore mal connue des familles, des professionnels de santé et des professionnels en contact avec les jeunes.
Par ailleurs, un silence pesant entoure ce phénomène de la part des enfants et de jeunes eux-mêmes et parfois aussi des institutions, ce qui explique qu’il existe peu de données sur la fréquence réelle de ces pratiques.
Lorsque l’accident tragique survient le recensement est difficile car on ne pense pas forcément à une conséquence d’un jeu dangereux. Ceci explique que les données épidémiologiques sur le sujet sont rares et éparses provenant de sources diverses qu’il est difficile de recouper pour donner des statistiques nationales fiables Ces sources proviennent de l’Éducation nationale, services d’urgence, SAMU de France, police nationale, gendarmerie nationale collectivités locales, associations telles que APEAS et d’autres encore). Ainsi, on estime entre 15 et 20 le nombre de jeunes qui décéderaient chaque année en France de la pratique de ces jeux. Ces chiffres sont donc probablement sous estimés car certains accidents sont pris pour des suicides par pendaison ou strangulation, voire des causes accidentelles de jeux classiques.
L’évolution de ce phénomène est donc très difficile à évaluer et il convient de réfléchir sur les moyens d’en améliorer le recensement afin d’affiner la connaissance sur ce phénomène et compléter ainsi les études réalisées localement en France et au niveau international. Ces jeux dangereux sont pratiqués par les enfants et les adolescents dans le cadre familial mais aussi dans le milieu scolaire et sont relayés notamment par Internet où certains sites fait la promotion de ces jeux sans avertissements sur leurs dangers.
Plusieurs types de jeux existent selon qu’ils sont intentionnels ou contraints (c’est-à-dire subis contre la volonté de l’enfant) mais également selon leurs modalités et leurs circonstances. On distingue ainsi, sous des appellations très variées :
les jeux d’agression où l’usage de la violence physique gratuite est utilisé par un groupe contre un enfant pris pour cible ou comme souffre douleur pendant toute une journée sous un prétexte décidé le matin par exemple le port d’une couleur, son anniversaire…
les jeux de non oxygénation, d’asphyxie, de suffocation ou d’évanouissement dont le jeu du foulard fait partie qui sont les plus anciens. Cette catégorie de jeux qui fait plus spécialement l’objet de ce colloque consiste à bloquer sa respiration à freiner l’oxygénation du cerveau créant une anoxie pour ressentir des sensations intenses ou des visions pseudo hallucinatoires accentuées parfois des efforts d’hyperventilation aboutissant à des pertes de connaissance, des comas voire la mort. Le risque de mort est d’autant plus grand que le jeune reproduit ce jeu seul à son domicile.
Ces deux journées seront consacrées aux jeux de non oxygénation ou d’évanouissement mais les jeux d’agression sont également une préoccupation de mes services notamment eu égard aux conséquences de ces jeux sur la santé des jeunes et sur la violence qu’ils représentent.
Au-delà de mieux cerner ce fléau, il convient de lutter contre celui-ci et la meilleure arme est la prévention. La prévention passe par une information des risques liés à ces pratiques auprès du grand public, des professionnels de santé qui doivent être alertés par certains symptômes présentés par des jeunes (signes cutanés sur le cou, bourdonnements d’oreille, maux de tête, repli sur soi…) et auprès des professionnels en contact avec les jeunes et au premier plan les personnels de l’éducation nationale. L’information faite auprès des jeunes doit être particulièrement dosée, adaptée et pédagogique pour éviter l’effet inverse de celui attendu et éviter de susciter au contraire des vocations.
Je sais, Madame la Présidente, que vous multipliez les conférences, les débats, les séances d’information et de prévention auprès des jeunes et que votre combat pour éviter ces drames familiaux est sans limite. Le développement et la diffusion de vos outils de prévention sur les jeux d’évanouissement sont indispensables pour les professionnels de la santé ou de l’éducation. Ils leur permettent d’intervenir auprès des enfants avec efficacité, de contribuer à la diminution de ce phénomène afin de tenter de l’éradiquer répondant ainsi à l’objectif que vous vous êtes fixé.
C’est pourquoi, depuis ces deux dernières années, le ministère de la santé et des sports apporte son soutien à l’association APEAS, pour que les actions de prévention se multiplient et que de nombreux professionnels de santé et de l’éducation puissent être informés et formés sur les moyens de prévention à mettre en œuvre pour éviter de tels drames. Notre travail s’inscrit par ailleurs en complémentarité avec les actions menées par les services du ministère de nationale et plus particulièrement la direction générale de l’enseignement scolaire qui a engagé aussi depuis plusieurs années des actions de prévention de la violence à l’instar de la brochure intitulée «jeux dangereux et pratiques violentes » disponible sur le site EduScol.
La présence à ce colloque de membres du ministère de l’éducation nationale, de la police nationale et l’intervention demain du directeur général de l’enseignement scolaire montrent que les différents ministères concernés sont désormais mobilisés pour lutter contre ce fléau.
Vous avez souhaité que ces journées abordent le sujet des jeux dangereux dans toute sa complexité. Le programme montrent que les interventions seront très diverses et contribueront sans nul doute à une très grande richesse d’échanges, notamment par la confrontation des expériences étrangères qui seront présentées demain.
Je ne pourrai malheureusement pas rester ces deux jours avec vous mais serai très attentive aux conclusions de ces journées et nous nous reverrons pour formaliser d’autres actions dont ce colloque n’est qu’un début.
A tous et à toutes, je vous souhaite un colloque qui vous permette d’apporter votre contribution à la lutte contre ce phénomène qui touche nos enfants et nos jeunes et qui ne doit laisser personne indifférent que nous soyons parent ou non. Je vous remercie de votre attention.

Jean-Louis NEMBRINI
Directeur général de l’enseignement scolaire
Monsieur le député, Madame la Présidente, Monsieur le Président, je représente ici ce matin Monsieur Luc Chatel qui aurait voulu être présent mais qui m’a expressément demandé de parler en son nom tant le sujet qui vous préoccupe nous préoccupe aussi. C’est un véritable sujet d’éducation. Vous le savez, la nation donne des responsabilités toujours plus importantes à son école. On a évoqué la question de la grippe qui retient les hauts fonctionnaires de ce ministère. Hier, nous réunissions tous nos correspondants académiques grippe. Il y a peut-être dans la salle des médecins qui étaient correspondants de nos académies et qui étaient présents à notre réunion d’hier.
En matière de santé, je voudrais rappeler que la loi, la loi de 2005 qui a institué le socle commun de connaissances et de compétences précise les responsabilités de l’Éducation Nationale. Je cite le socle commun. Nous devons veiller à ce que les élèves soient éduqués à la sexualité, à la santé, à la sécurité. Nous devons veiller à ce qu’ils sachent porter secours en passant le premier niveau du brevet correspondant. Nous devons veiller à ce que chaque élève sache que la vie en société se fonde sur le respect de soi – nous sommes au cœur du sujet – sur le respect des autres.
Bien évidemment, l’École républicaine a toujours eu pour mission de donner des connaissances utiles pour la santé et le bien-être des élèves. C’était même un des fondements de cette Ecole républicaine avec sa volonté d’éduquer aux comportements, de promouvoir une morale du comportement nourrie – les plus anciens d’entre nous s’en rappellent – de mauvais exemples puisés dans l’environnement de l’élève. Des lectures édifiantes y pourvoyaient. Autres temps, autres méthodes. Aujourd’hui, non seulement l’école doit transmettre des connaissances fondamentales – la loi le plus rappelle – mais en plus, il lui revient des responsabilités de plus en plus lourdes sur toutes les questions et notamment celle qui nous préoccupe aujourd’hui. Peut-être parce que les enfants et les adolescents sont devenus plus vulnérables. Peut-être aussi parce que la parole des parents est plus fragilisée, souvent contrée. Peut-être aussi parce que, dans notre monde, les enfants et les adolescents se sentent un peu perdus. A coup sûr parce que chacun veut, maintenant, expérimenter, choisir par lui-même, chercher ses limites, chercher des sensations inédites. Ce sont des références de notre monde, du monde des adultes. Je dis ceci simplement pour signifier les difficultés des éducateurs lorsqu’ils agissent contre les pratiques violentes à l’école et hors de ses murs.
Mesdames et Messieurs, je voudrais néanmoins vous dire l’attention résolue et constante de notre institution pour ce qui concerne la prévention de ces comportements dangereux et parmi ces derniers, les jeux dangereux. Je pense évidemment aux jeux de non-oxygénation qui sont l’objet de ce colloque. Vous venez de les évoquer dans le détail : jeu du foulard bien sûr, vous l’avez dit. J’ai noté parmi les appellations le rêve bleu, le rêve indien, le jeu de la tomate. Nous devons porter une attention très précise aux appellations, aux noms que les jeunes donnent à ces jeux qui nous indiquent qu’ils ne les situent bien sûr pas sur le terrain du danger qui nous préoccupe mais sur le terrain de l’expérience, et qui leur appartient, en propre. Je pense bien sûr, et je ne vais pas les ignorer même s’ils ne font pas l’objet du colloque, aux jeux d’agression, happy slapping , petit pont massacreur, plus explicitement encore jeu de la mort subite. Drôles de jeux, en vérité, où l’on va parfois jouer contre son gré, soumis à l’influence ou même à la violence du groupe et pour quelles conséquences – vous l’avez dit Madame la Présidente, je n’ai pas à y revenir.
Il incombe à l’Éducation Nationale d’empêcher, de ne pas admettre que dans ses propres murs, des enfants, des adolescents puissent prendre des risques inconsidérés et parfois fatals. Il lui incombe aussi de les informer, de les préparer à choisir, de mesurer les conséquences de leurs actes, d’en connaître la gravité et cela, dans un langage accessible, dans un langage acceptable pour ces adolescents et ces enfants. C’est à cette tâche que chaque jour s’attachent tous les personnels de nos écoles, de nos lycées, de nos collèges : professeurs, personnels de direction, personnels d’éducation, agents, ouvriers de service. En un mot, ce sont tous les adultes qui relèvent de l’Éducation Nationale ou des collectivités territoriales qui doivent continuer inlassablement à faire preuve d’une vigilance constante. Mais je veux signaler en particulier, parce que leur travail est souvent trop méconnu, le travail des médecins de l’Éducation Nationale, des infirmières de l’Éducation Nationale qui, aujourd’hui, alors que nous évoquons ces questions graves, doivent les prendre en charge mais aussi, sont au service du ministère de la Santé pour s’occuper de la vaccination, vous le savez. Ces personnels font un travail extraordinaire et je veux, au nom de Luc Chatel, leur rendre un profond hommage ainsi qu’à tous les agents de l’Éducation nationale, je le redis. Car leur métier est difficile, toujours plus exigeant, un petit peu ingrat, il faut le reconnaître parce que souvent, lorsque ça ne marche pas, c’est de la faute de l’école.
Vous le savez peut-être, tous les ans, j’adresse au nom du ministre à la communauté éducative la liste des priorités de l’année. Eh bien depuis deux années, consécutivement, dans notre texte de référence pour l’année scolaire qu’on appelle la circulaire de rentrée, la question des jeux dangereux est mise en avant. Je cite. C’est un texte adressé aux recteurs, aux inspecteurs d’académie et à tous les responsables. Il est expressément indiqué que la prévention et la lutte contre les violences doivent s’organiser au sein même de chaque établissement. Le phénomène de jeux dangereux, en particulier, doit faire l’objet d’une vigilance constante.
Afin d’accompagner les éducateurs de nos écoles, de nos collèges, de nos lycées, le ministère a édité – vous y avez fait allusion mais comme vous en avez fait la promotion, je continue, je le montre – cette petite plaquette à la richesse de laquelle certains d’entre vous ici, dans la salle, ont contribué. « Les jeux dangereux et les pratiques violentes : prévenir, agir, intervenir. » Vous l’avez dit, on peut la télécharger sur un site qui s’appelle EduScol, comme ça se prononce, c’est facile. Vous pouvez aller voir, vous pouvez la critiquer parce que ça nous permettra de faire une édition à jour. Nous avons toujours besoin d’outils qui correspondent au temps, qui correspondent au langage du temps, qui correspondent aux découvertes des sociologues, des scientifiques, qui nous permettent de progresser.
Cette brochure, elle a été rédigée, je l’ai dit, avec l’aide des meilleurs spécialistes. Concernant les jeux dangereux, elle précise les signes physiques, comportementaux qui doivent alerter la communauté éducative. Vous y avez fait allusion : je n’insiste pas. Un chapitre particulier s’attache à la question de la prise de risques chez l’enfant et l’adolescent. Je pense que ce document permet de mieux comprendre que, si la prise de risques est nécessaire – on éduque à la prise de risques, c’est de l’âge des adolescents – il est du devoir des adultes d’être attentifs aux dérives possibles, bien sûr.
Une brochure certainement mais aussi un effort de formation. Les personnels de santé de l’Éducation nationale peuvent désormais suivre, dans le cadre de la formation continue – le ministre l’avait annoncé au printemps – un module spécifique de formation consacré aux jeux dangereux. Mes services vous diront peut-être plus précisément ce dont il s’agit. Dans cette perspective, un cahier des charges national vient d’être achevé avec l’aide des experts reconnus sur le sujet. Il sera bien sûr porté à la connaissance des associations concernées, en particulier Madame la Présidente l’APEAS, vous le savez bien puisque vous avez vous-même contribué de longue date à tous nos travaux et, en particulier, à la rédaction de cette brochure.
Nous pouvons compter – je vous le dis ; je vous le redis – sur la vigilance, sur la disponibilité, sur la compétence des agents des services publics de l’Éducation Nationale. Les récréations, par exemple, doivent être des moments d’intense attention. Mais malheureusement, cela ne suffit pas. J’en veux d’ailleurs pour preuve que les jeux de strangulation, en particulier, se déroulent souvent à la maison. C’est pourquoi il nous faut instruire et éduquer avec des arguments – j’insiste peut-être un peu trop lourdement ce matin – et une pédagogie toujours renouvelés. La qualité du discours est une qualité absolument essentielle à la réussite de notre travail commun. C’est pourquoi j’ai accueilli avec une singulière satisfaction la tenue de ce colloque, plus encore les éléments de ces travaux tels que le programme, les annonces, la qualité des intervenants, la qualité du questionnement, la variété de l’approche scientifique des interventions. Voici autant de promesses de richesse dans les propos et dans les progrès de la connaissance de tous les phénomènes touchant aux jeux dangereux. Je vous le dis simplement : à l’Éducation Nationale, nous avons besoin de vos réflexions ; nous avons besoin de vos suggestions pour être plus efficaces. Nous ne pouvons pas être seuls. Je vous remercie pour votre attention.
Introduction

Jean-François DEHECQ
Président du Conseil d’administration du groupe SANOFI-AVENTIS
Je n’ai pas grand-chose à rajouter à ce qui a été dit et puis je n’ai peut-être pas tout à fait bien ma place ici. Qu’est ce que je veux dire ? Je veux dire d’abord que, contrairement aux remerciements que vous me faites, Madame, c’est vous que je remercie. C’est vous que je remercie de m’avoir invité là. Oui, bon, en tant que patron d’une grande entreprise, nous avons mis en place il y a longtemps ce qu’on appelle vaguement le mécénat. On ne l’appelle pas vaguement pour ceux qui le font : cela représente un travail considérable. Je ne sais pas où est Caty. Ce n’est pas de la charity business , c’est quelque chose sur lequel on doit être extrêmement discret. Je pense que, pendant 30 ans, j’ai cherché à être discret et pas à mettre ça en avant. La mode, maintenant, est un petit peu plus à se décorer de ce qu’on fait.
Moi, Madame, je me souviens de la fois où on est venu me parler de quelque chose que je ne connaissais pas. Pourtant, pour avoir fait beaucoup de choses, jusque et y compris dans l’Éducation Nationale, pour avoir suivi beaucoup d’enseignements à travers, malheureusement, seulement des présidences de Conseils d’administration, des présidences d’universités, des présidences de Grandes Écoles, cela vous éloigne quand même un petit peu des réalités. Quand on est venu me parler, quand vous êtes venue me parler, d’abord, Madame, vous parliez avec votre cœur parce qu’on oublie un petit peu mais c’est la manière dont vous avez été atteinte, vous, dans votre chair par cette histoire-là. Maintenant, c’est la présidente de l’APEAS mais c’est surtout une maman qui a particulièrement souffert. Alors, quand on croise des gens comme vous, que voulez-vous qu’on fasse ? On est bien obligé de faire quelque chose ou sinon, ce n’est peut-être pas la peine de vouloir mener une vie d’homme debout. Donc cela s’est passé tout simplement. Cela s’est passé tout simplement. Vous nous avez fait comprendre un certain nombre de choses. On a essayé de voir un peu comment on pouvait vous aider. Vous étiez et vous êtes, quoi qu’on en dise, encore particulièrement toute seule avec votre équipe. Une équipe qui est un petit peu toute seule parce que, comme toujours, les mots, c’est bien, les discours, c’est bien et c’est extrêmement important.
Aujourd’hui, c’est fabuleux d’avoir cette reconnaissance de ce colloque que vous avez voulu, ce colloque international où des gens qui savent vraiment de quoi ils parlent, qui savent ce qu’ils peuvent apporter, qui savent comment on peut avancer vont se mettre pendant deux jours à parler. Je pense que c’est à eux qu’il faut laisser la place, c’est pour cela que je ne serai pas trop, trop long. Je pense que, bien sûr, il y a la reconnaissance et c’est une grande marche aujourd’hui, pour vous, Madame et aussi pour votre équipe. Il y a le fait que, oui, bien sûr, on va continuer à vous donner un peu de sous, que vous allez, je l’espère, en avoir d’un certain nombre d’institutions mais il y a quand même quelque chose qui est important : c’est que les grandes choses, dans la vie, ce ne sont pas que des histoires de fric, ce ne sont pas que des histoires de discours. Ce sont fondamentalement des histoires de femmes et d’hommes. Donc, ce qu’il faut qu’on arrive et ce qu’il faut que tout le monde, là, réussisse à pousser dans les années qui viennent ou dans les mois qui viennent, ce sont des moyens humains pour vous aider un peu, parce que je pense que vous avez plus que donné, vous et votre équipe. Je pense que c’est aussi ça qui est important : qu’on se sente tous responsables, tous les gens. Il y a beaucoup de gens beaucoup plus savants que moi qui vont parler dans ces deux jours-ci.
En tout cas, c’est vrai que vous avez besoin, au-delà du support moral, au-delà du support financier, vous avez besoin que des femmes et des hommes s’engagent à vos côtés. Ce ne peut pas être qu’un bénévolat. Il va bien falloir qu’à un moment donné, on trouve que c’est suffisamment sérieux pour qu’il y ait un délégué, partiellement mis à votre disposition, qui soit quelqu’un qui soit rémunéré par la collectivité, parce qu’il s’agit d’un problème grave, de la collectivité. Je pense que, Madame, vous avez bien posé le problème. On voit bien que c’est quelque chose qui vous tient particulièrement à cœur. Bien sûr, le ministère de la Santé est derrière vous. Je pense que la présentation qui a été faite par le représentant de l’Éducation nationale, de mon école, de notre école, est quelque chose qui est aussi extrêmement important. Mais il va falloir qu’on aille plus loin. Il va falloir qu’on aille plus loin, ça, c’est sûr.
Je suis plein d’admiration pour la manière donc vous avez pu monter et par tous ces gens qui ont accepté de venir. Alors, oui, il y a des parents. Ceux-là aussi, ils sont là, dans la salle. Je pense que cela ne doit pas être facile d’écouter tout ça parce qu’eux, ils savent de quoi il s’agit. Nous, on en parle, simplement. Il y a surtout, dans le monde scientifique au sens large, des gens qui sont très compétents et dont on peut espérer qu’ils vont apporter des idées, dire un petit peu ce qui est possible, ce qui n’est pas possible, comment il faut s’y prendre de façon à ce qu’on puisse avoir encore un peu plus de pression sur tout ce qui peut être fait.
J’aime beaucoup que vous soyez là, Monsieur le député, parce que moi, vous savez, dans la vie, je pense que tout est politique. Et je pense que les sociétés meurent de passer la main à des institutions plutôt que de prendre en charge leurs responsabilités à travers, bien sûr, la représentation et la représentation nationale, qui est quand même le plus important. Cela vous donne, à vous, des devoirs encore beaucoup, beaucoup plus grands. Et, sous cet aspect-là, je pense que le travail du député, le travail des représentants est un travail qui, lui aussi, est souvent ingrat. D’abord parce qu’il faut passer aux élections à chaque fois et qu’on est toujours en train de regarder ce qui va se passer. Mais c’est un travail qui doit être, oui, totalement au service des autres et donc, au service de causes de ce genre.
Je ne vais pas aller plus loin parce que je pense que je n’ai pas d’autres choses à dire et que je pense que vous en avez beaucoup plus, vous. Mais vraiment, je voulais vous remercier. Parce que moi, dans ma maison, quand j’ai attrapé ce problème, qu’est-ce que ça a changé dans la maison ? Eh bien ça a changé quelque chose de fondamental, c’est que, d’un seul coup, je n’ai pas été tout seul à reconnaître, avec les gens de la direction de la communication, du mécénat, à comprendre ça. On a essayé de faire comprendre ça dans la maison. C’est devenu une cause des gens de la maison. Cela faisait plus de 100 000 personnes à travers le monde qui se sont penchées sur ce problème, qui ont dit que c’était un vrai problème, qui sont allées dans les écoles de leurs enfants, expliquer qu’il y avait là un vrai problème, qui sont devenues vraiment des informateurs de cette cause grave et qui sont devenues, par un petit bout, par le tout petit bout de ce que chacun pouvait faire, des défenseurs des enfants dans cette affaire-là. Vous nous avez apporté beaucoup. Vous nous avez apporté beaucoup. Vous savez, une entreprise, bien sûr, ça vit avec des résultats, ça vit avec un tas de trucs. On peut bâtir des empires. Mais une entreprise, c’est d’abord un corps social qui a besoin, s’il veut vivre bien, d’avoir du sens. Votre démarche - je vous le dis, je le dis surtout pour tous ceux qui s’occupent de ça et qui s’intéressent particulièrement à cela – nous a, je pense, un petit peu enrichis tous. Moi, je dis souvent, je dis toujours que, quand je serai six pieds sous terre, personne ne se souviendra que j’ai bâti un empire, qu’on m’a décoré dans tous les sens. Mais j’espère que, dans quelques petits coins du monde, il y a des gens qui auront eu le sentiment que je les avais un peu aidés à vivre et que je les avais un peu aidés à vivre comme des femmes et des hommes debout. C’est ma seule ambition. Vous m’avez aidé à porter ça et à porter ça aux autres. Pour cela, je vous remercie beaucoup. Merci.

Jocelyn LACHANCE
Sociologue, université de Strasbourg, université Laval de Québec
Nous avons un vaste programme devant nous. Je vous accompagnerai durant ces deux journées. Je me présente rapidement. Je suis le modérateur du colloque. Je suis docteur en sociologie à l’université de Strasbourg et à l’université Laval de Québec. Un colloque d’une richesse et d’une pluridisciplinarité telles que celles dont nous avons la chance de bénéficier pendant deux jours comporte une certaine difficulté : les intervenants seront nombreux à se succéder. Je ne doute pas qu’ils seront tous très intéressants et qu’ils auront beaucoup de choses à dire. Nous devrons néanmoins nous limiter à un certain temps de parole. Je demanderai donc d’emblée aux différents intervenants de respecter leur temps de parole. Des espaces de parole sont aménagées pour échanger avec le public. Une autre frustration peut également naître : les échanges devront peut-être être interrompus pour pouvoir avancer. Je vous rappelle que des temps de pause sont également prévus, des moments informels au cours desquels vous pourrez discuter avec les intervenants. Si chacun y met du sien, nous parviendrons à un beau colloque où personne ne sera frustré. C’est le défi que nous nous lançons tous pour les deux prochains jours. Nous allons commencer par un film introductif à la problématique du jeu du foulard, réalisé par Gilles CORRE et intitulé « Ceci n’est pas un jeu ».
[projection du film]
Merci pour ce très beau film, qui est une belle introduction à notre sujet. Nous aurons l’occasion de rencontrer plusieurs personnes ayant participé à ce film au cours du colloque. Elles interviendront tout au long du colloque, aujourd’hui et demain. Au cours de ce colloque, plusieurs disciplines du champ social et du champ des sciences dures seront présentes. Nous commençons ce matin avec l’apport médical. Les médecins sont des acteurs importants, voire fondamentaux, pour comprendre ce sujet. Sans plus tarder, j’invite Jean LAVAUD, médecin pédiatre urgentiste, ancien directeur du SMUR à l’hôpital Necker de Paris, à nous présenter la conférence suivante : « Évanouissements et asphyxies chez l’enfant : conséquences cliniques immédiates et à long terme. »
Pratique des évanouissements et asphyxies chez l’enfant : conséquences cliniques immédiates et à long terme

Dr Jean LAVAUD
Médecin pédiatre urgentiste
Je vais donc vous parler essentiellement des conséquences cliniques immédiates, à court et à long terme de ces évanouissements et de ces asphyxies chez nos enfants et nos adolescents. Beaucoup de ces pratiques ont lieu de manière volontaire et, quelques fois, de façon non volontaire, en forçant les enfants à pratiquer ce jeu pour les faire entrer dans un groupe. Elles s’observent chez les enfants de 5 ans à l’adolescence. Je me souviens d’une petite fille de 5 ans, qui, en cour de récréation, se suspendait à une barre métallique d’une barrière jusqu’à comprimer suffisamment son larynx pour perdre connaissance. Cette pratique peut débuter très tôt. Si, le plus souvent, ces jeux sont initiés dans les collectivités d’enfants, dans des établissements scolaires, surtout dans les écoles élémentaires et les collèges, ils se pratiquent également dans d’autres collectivités (centres aérés, centres de vacances, internats). Au départ, l’initiation a lieu en groupe, mais la gravité extrême, c’est-à-dire le plus grand nombre de décès, est observé lorsque l’enfant reproduit seul la pratique. L’enfant va donc se suspendre. Et cette suspension du corps, lorsque l’hypoxie est importante, aboutit à la perte de connaissances. Une fois que la perte de connaissances est survenue, il est trop tard. Il n’y a pas de retour en arrière possible. Le propre poids du corps de l’enfant accentue la strangulation et fait passer l’enfant du coma au décès.
Les objectifs de ces pratiques sont variables : vivre des sensations émotionnelles très fortes, vivre des sensations sensorielles, hallucinatoires, voir des formes variées, colorées, avoir la sensation de planer ou voir des objets se déplacer autour d’eux. Ce peut être également pour faire partie d’un groupe social, pour être admis. C’est une sorte d’initiation tout à fait particulière. Dans quelques cas, il existe de véritables addictions. Des enfants font cela de très nombreuses fois par jour, chaque jour et mettent à chaque fois, lorsqu’ils sont seuls, leur vie en danger. Les mécanismes sont bien connus. Il y a d’abord l’apnée volontaire. On appelle cela également le jeu de la tomate. Des enfants très jeunes, dans les écoles maternelles, en grande section ou dans les écoles élémentaires, bloquent leur respiration le plus longtemps possible jusqu’à l’évanouissement. Ce jeu de la tomate est bien connu des enfants. Il y a ensuite la suffocation, c’est-à-dire la compression thoracique, manuelle, qui fait obstacle à la ventilation. Quelques fois, un cordage peut être mis autour du thorax de l’enfant. Hier, un de mes collègues pédiatres m’a raconté qu’il avait vu dans son cabinet un enfant de 13 ans arriver avec une marque circulaire au niveau de son thorax. Alors que l’enfant n’a pas expliqué comment cela s’était produit, il s’agissait très probablement d’un jeu de suffocation avec un cordage très serré autour de son thorax. La strangulation peut être manuelle, surtout lorsque les enfants sont en groupe, ou être réalisée avec un lien quelconque. Nous avons parlé de foulard, mais c’est rarement le cas. C’est une appellation générique pour tous ces jeux. Ce sont le plus souvent des cordages, des ceintures de pantalons, de judo, etc. Lorsque l’enfant est seul, le plus souvent cette strangulation est accentuée par la pendaison. Dans tous ces cas, il y a une diminution de la possibilité d’oxygénation cérébrale, une hypoxie cérébrale, de plus en plus majeure conduisant, si la strangulation, la suffocation ou la pendaison se poursuivent, à l’anoxie cérébrale. La conséquence demeure identique que ce soit un obstacle à la ventilation ou à la circulation ou que ce soit un obstacle mixte. Notre cerveau est fait de cellules qui fonctionnent grâce à trois carburants : le sucre, l’eau et l’oxygène. Nous avons dans notre corps des mécanismes régulateurs, en fonction des différents secteurs liquidiens et des problèmes hormonaux, qui permettent de maintenir notre hydratation à un bon niveau malgré des apports insuffisants ou des pertes majeures, et, pour le sucre, de maintenir le taux à un chiffre satisfaisant et régulier. Malheureusement, il n’en est pas de même pour l’oxygène. L’oxygène doit être apporté de manière permanente, car la consommation et l’utilisation de l’oxygène par les cellules pour travailler correctement doivent être permanentes. Quelles sont les conséquences cliniques immédiates d’une hypoxie modérée ? L’enfant va ressentir des bourdonnements d’oreille, des tapes sourdes au niveau des tempes, une vision double, des hallucinations visuelles très variées, une impression de planer au dessus du sol, une impression d’objets qui se déplacent et des phénomènes physiques tels qu’une lourdeur dans les jambes ou, du fait de la strangulation, des rougeurs au niveau du visage. La conséquence clinique immédiate de cette hypoxie, après la perte de connaissance, qui arrive très rapidement après les premiers signes, ce sont les convulsions, ces tremblements généralisés qui traduisent le manque d’oxygène cérébral. Ces convulsions peuvent durer plus ou moins longtemps selon l’importance de la privation d’oxygène. Quand l’enfant est pendu, il faut faire très attention à la dépendaison afin de ne pas aggraver des lésions au niveau du rachis cervical ou d’en créer lorsqu’elles n’existaient pas auparavant. Il faut absolument que l’axe tête-cou-thorax soit préservé. Après l’arrêt de l’hypoxie à ce stade, la récupération peut être complète. Mais, pendant un certain nombre d’heures, parfois même de jours, peuvent se manifester des troubles de l’équilibre, des tremblements fins des extrémités, des troubles moteurs, des difficultés à la marche et la montée des escaliers, une confusion de l’enfant, une désorientation temporo-spatiale, une amnésie compète des phénomènes que l’enfant a pu percevoir avant la perte de connaissances et l’hypoxie et une amnésie complète de l’évènement lui-même. Des enfants restent parfois dans le coma plusieurs heures après la réanimation médicale.
L’aboutissement de ces phénomènes, lorsqu’ils se poursuivent, est l’encéphalopathie anoxique aigue. L’apport d’oxygène est définitivement interrompu. L’atteinte cérébrale anoxique primaire, qui détruit un plus ou moins grand nombre de cellules, est totalement irréversible. Il n’existe pas de possibilité de récupération des cellules cérébrales. A ce stade, il n’y a pas que le cerveau qui soit touché, mais également tous les autres organes (poumons, foie, reins, tube digestif). Tout coma profond supérieur à 24 heures est de mauvais pronostic. Dans ces formes comateuses, on assiste quelques fois à une amélioration transitoire au deuxième jour, mais l’enfant va s’enfoncer le lendemain et évoluer inéluctablement vers un tableau de décérébration et le décès. Dans les survies avec séquelles, celles-ci peuvent être modérées (troubles moteurs, troubles sensoriels, problèmes de mémoire ou psychiques) ou graves même si les fonctions vitales sont restaurées (cécité corticale par atteinte du cerveau occipital, où sont enregistrées les images de notre rétine, surdité définitive, paralysie totale des membres, paraplégie, hémiplégie, épilepsie plus ou moins sévère, troubles comportementaux ou des fonctions cognitives, troubles psychiques, voire psychiatriques). La dernière étape est l’encéphalopathie sévère et irréversible, avec une simple vie végétative que l’enfant mènera hélas jusqu’au décès qui surviendra dans un délai variable en fonction des évènements. Dans l’échelle de survie de Glasgow, très connue des urgentistes et réanimateurs, on classe l’évolution des enfants victimes de ces phénomènes anoxiques de 1 à 5 (1 étant le décès, 2 la vie végétative et 5 la survie sans séquelles ou avec des séquelles légères).
Il nous faut nous attarder sur le devenir des hypoxies modérées à répétition. Ce sont des signes d’alertes que les adultes, au premier rang desquels les parents et les éducateurs, doivent repérer pour discuter avec l’enfant et prévenir ces pratiques qui sont extrêmement dangereuses. Nous vous avons rappelé l’existence de céphalées tenaces, répétées, récidivantes et résistantes aux médicaments, de vertiges, de mouches volantes devant les yeux, de scotomes, de bourdonnements d’oreille, de pétéchies purpurri sur le cou ou le visage, d’ecchymoses linéaires, d’accès de toux sèches diurnes et nocturnes, de troubles de la mémoire, de l’attention, de la concentration et des diminutions brutales des performances scolaires. Je terminerai par la possibilité de survenue de complications de ces formes d’hypoxies modérées à répétition : l’épilepsie. L’épilepsie est une maladie chronique, avec des crises à répétition. La grande crainte des réanimateurs quant à une épilepsie mal contrôlée par les médicaments est la survenue d’un état de mal convulsif. Un état de mal convulsif prolongé aboutit à un œdème du cerveau et à une hypertension intracrânienne, avec la possibilité d’un décès. Il n’y a que l’information qui puisse prévenir et éviter ces drames.

Jocelyn LACHANCE
Merci beaucoup Monsieur LAVAUD d’avoir insisté sur la diversité des conséquences et d’avoir ouvert votre présentation sur les signes avant-coureurs qui peuvent nous aider à appréhender le sujet et peut-être même à détecter certains comportements. Nous poursuivons tout de suite avec Frédéric JOYE, médecin urgentiste CHU, directeur du centre de formation médicale d’urgence de l’Aude à Carcassonne, qui nous présente une conférence intitulée « Jeu du foulard et ses variantes : approches physiopathologiques des risques en termes de mortalité et de morbidité. »
Jeux du foulard et ses dérivés : approche physiopathologique des risques en termes de mortalité et de séquelles chez l’enfant et l’adolescent.

Dr Frédéric JOYE
Médecin urgentiste – Centre de formation médicale d’urgences de l’Aude
Je vais insister sur les mécanismes que sont l’hypocapnie, l’hypercapnie et la pression intracrânienne. Dans le jeu du foulard et ses techniques dérivées, ces divers mécanismes sont associés. Nous allons faire un rappel des échanges gazeux et de la physiologie circulatoire. En permanence, nous arrivons à survivre car nous sommes entourés d’arbres qui fabriquent de l’oxygène. En échange, nous leur donnons du C0 2 . Autre notion importante : dans l’air ambiant, la fraction d’oxygène parmi les autres gaz est stable à 21 %, tandis que celle du CO 2 est très faible. Dans la cage thoracique se trouvent les poumons et au fond des poumons des alvéoles, autour desquelles se trouvent des petits capillaires (artérioles) où circule du sang veineux riche en dioxyde de carbone en provenance du cœur. Après l’échange des gaz dans l’alvéole, le sang se trouve enrichi en oxygène. Vous inspirez par vos tuyaux respiratoires, les derniers tuyaux conduisent l’air dans l’alvéole, le sang qui arrive est très chargé en CO 2 et très peu en O 2 . Un régime de pression fait que l’oxygène entre dans le sang. Lorsque vous inspirez, vous contractez des muscles, entre autres le diaphragme. Lorsque vous expirez, vous êtes plutôt passifs, vous laissez l’air sortir, à moins que vous ne toussiez. Lorsque vous inspirez à fond et que vous gonflez vos poumons, vous pouvez bloquer la sortie de l’air. Dans la poitrine, la mécanique se complexifie. Un premier cœur s’occupe du sang veineux, tandis qu’un deuxième se charge du sang artériel. Les deux fonctionnent en permanence comme une pompe à double circuit. Le sang veineux, qui provient de l’ensemble de l’organisme et notamment de la cervelle, arrive dans les cavités droites du cœur. Lorsque le ventricule droit se contracte, il éjecte le sang dans les artères pulmonaires qui vont jusqu’aux alvéoles pour chercher de l’oxygène. L’oxygène revient par les veines pulmonaires. Le sang a été oxygéné et revient au cœur. Le ventricule gauche se contracte et envoie le sang oxygéné vers l’ensemble des tissus qui en ont besoin, dont notre cerveau. Il faut retenir que les poumons font office de filtre échangeur gazeux et que l’organisme consomme l’oxygène et rejette du CO 2 .
Le cerveau est extrêmement vulnérable, notamment parce que les quelques vaisseaux qui sont reliés au cerveau sont peu nombreux, les principaux étant les carotides et les jugulaires. Dans les mécanismes de strangulation, même peu forte ou incomplète, on observe des compressions exclusivement ou presque exclusivement jugulaires, alors que le sang qui arrive des artères continue sa course. C’est le mécanisme d’œdème cérébral aigu. Notre cerveau est très sensible à l’hypoxie, c’est-à-dire à la baisse du taux d’oxygène dans le sang, qui fait souffrir les cellules cérébrales et fait mourir le cerveau en situation d’anoxie cérébrale. Voici l’échelle de pourcentage de survie des personnes en arrêt cardiorespiratoire en fonction du délai où la première personne sachant réanimer les a prises en charge. Il faut enseigner les premiers secours à toute la population et notamment à nos jeunes enfants, car après deux à trois minutes la mortalité atteint déjà 75 %.
Comment réagit le cerveau aux variations de CO 2 dans le sang, qui lui apporte de l’oxygène mais également du CO 2  ? Vous êtes à la plage avec vos enfants. Vous avez oublié le gonfleur du matelas pneumatique et vous décidez de le gonfler avec la bouche. Au bout de quelques minutes, la tête vous tourne parce que vous avez fait diminuer extrêmement rapidement la teneur en dioxyde de carbone dans votre sang. Quand vous inspirez, vous faites entrer de l’oxygène et ressortir du CO 2 . Vous faites sortir beaucoup trop de CO 2 et vous vous trouvez en situation d’hypocapnie, ce qui est très mal toléré sur le plan respiratoire. Les enfants qui font de l’hyperventilation puis de l’apnée font bien souvent un malaise dès l’hypocapnie et non au moment de l’hypoxie. L’hypercapnie survient lorsqu’on est en apnée, car l’oxygène ne rentre plus, mais surtout on n’expire plus non plus. Il y a donc moins de CO 2 qui sort. L’hypercapnie est évidemment très mal tolérée par le cerveau. Certains insuffisants respiratoires s’arrêtent de respirer car ils souffrent d’une hypercapnie sévère. L’hypercapnie provoque malaises et pertes de connaissances.
La pression de perfusion cérébrale est ce qui fait que les cellules du cerveau sont correctement enrichies en oxygène. Il ne suffit pas d’avoir une bonne pression artérielle à la sortie du cœur pour que l’oxygène arrive dans les cellules du cerveau, il faut aussi que le sang arrive à une pression suffisante. En cas de compression incomplète, notamment jugulaire et peu souvent carotidienne, l’enfant crée un obstacle au retour veineux depuis le cerveau et le sang veineux reste à l’intérieur du cerveau. Or, le cerveau se trouve dans une coque rigide, le crâne, qui n’est pas extensible. On se trouve dans une situation proche de l’œdème cérébral aigu. La pression dans le crâne s’élève et crée un frein à l’arrivée de sang dans les carotides, c’est-à-dire un frein à la pression artérielle. Le régime de pression fait que in fine le cerveau ne peut plus être irrigué par les carotides car la pression intracrânienne est trop forte. Vous voyez donc l’association de mécanismes complexes : l’hypoxie pure liée à l’apnée, l’hypocapnie lorsque l’on ventile trop vite et l’hypercapnie lorsque l’on cesse de ventiler et la strangulation sans compression carotidienne pure. En apnée prolongée, les enfants sont en arrêt respiratoire. L’apport en oxygène chute, ce qui entraîne une hypoxémie, une hypercapnie et une souffrance cérébrale aigue, qui est en principe réversible si l’on inspire à nouveau rapidement. L’apnée consécutive à une hyperventilation est celle utilisée par les apnéistes : on hyperventile pour faire entrer de l’oxygène et sortir du CO 2 , on plonge sous l’eau et au fur et à mesure de la descente on continue de consommer de l’oxygène et à produire du CO 2 . Ainsi, l’organisme passe brutalement d’une situation d’hypocapnie à celle d’hypercapnie, ce qui est encore plus mal toléré.
L’organisme comporte des récepteurs au niveau des artères, qui permettent d’enregistrer la pression artérielle. Si la pression est trop basse ou trop haute, l’organisme va chercher à la corriger. Un des principaux récepteurs, que l’on appelle le glomus ou sinus carotidien, se trouve sur la bifurcation carotidienne. Si l’on appuie sur ce récepteur, un stimulus est envoyé qui indique que la pression s’élève, ce qui crée un mécanisme vagal réflexe car l’organisme cherche à ralentir le cœur et à diminuer la tension. Les artères se dilatent, le cœur ralentit et la pression artérielle baisse si le mécanisme de massage de ce sinus n’est pas arrêté. Les enfants ne sont pas en situation de malaise à cause d’une hypoxie, mais à cause d’une chute de la perfusion cérébrale par diminution de la pression artérielle, ce qui in fine conduit à une hypoxie puisque le sang oxygéné n’arrive plus.
L’association de l’apnée et de l’hypertension thoracique n’est pas nouvelle. Ce phénomène a été décrit par un médecin au début du 18 ème siècle. Dans la manœuvre de Valsalva, on arrête de respirer et on souffle dans son nez, comme le font les plongeurs. L’objectif est de rouvrir les trompes d’Eustache en créant une hyperpression dans les fosses nasales. Si vous fermez votre glotte, que vous vous empêchez d’expirer et que vous soufflez, vous vous retrouvez dans une situation d’hyperpression thoracique, et éventuellement d’hyperpression carotidienne. Les mêmes mécanismes vagaux que les précédents conduisent à une chute de la tension. En cas d’hypertension intracrânienne, des pétéchies apparaissent en raison de l’hyperpression dans le visage et dans le cerveau. Ces microhémorragies peuvent survenir dans le cerveau. Dans l’apnée associée à une manœuvre de Valsalva, s’ajoutent aux mécanismes d’hypoxie aigue et d’hypercapnie des mécanismes d’hyperpression intrathoracique avec un réflexe vagal ainsi qu’un frein au retour du sang veineux, puisque le thorax est sous pression. On se trouve ainsi en situation d’hypercapnie majorée avec un risque d’œdème cérébral. Voilà ce qu’il se passe avec le jeu de la tomate, qui est tout aussi dangereux que celui du foulard.

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