L intervention collective : Convergences, transformations et enjeux
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Description

De façon plus marquée que d’autres groupes d’Amérique du Nord, la société québécoise exprime sa solidarité par l’entremise d’organismes communautaires, de coopératives, d’associations syndicales et d’initiatives collectives visant l’intérêt général. Elle se distingue également par la pratique de l’intervention collective, une profession ayant soutenu l’action citoyenne et le développement des services publics depuis les années 1960. Le présent ouvrage propose de suivre l’itinéraire de cette profession à partir de trois enquêtes, menées en 1988, en 2003 et en 2015. Il en résulte un essai original sur un métier atypique, qui se situe entre diversité et convergence – bien qu’il touche une variété de secteurs –, entre transformation et continuité. Les dynamiques d’influence et les enjeux analysés par les auteurs concernent non seulement l’intervention collective, mais également l’action communautaire et le développement des collectivités. Ce livre intéressera les personnes concernées par la mise en place de conditions favorables à la mobilisation et à la participation citoyennes, qu’elles soient dans le métier, aux études ou à la direction d’organisations de santé et de services sociaux ou de relèvement économique et social.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 19 septembre 2018
Nombre de lectures 0
EAN13 9782760549814
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0040€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

F OND E PAR H ENRI D ORVIL (UQAM) ET R OBERT M AYER (U NIVERSIT DE M ONTR AL )
L analyse des probl mes sociaux est encore aujourd hui au c ur de la formation de plusieurs disciplines en sciences humaines, notamment en sociologie et en travail social. Les milieux francophones ont manifest depuis quelques ann es un int r t croissant pour l analyse des probl mes sociaux, qui pr sentent maintenant des visages variables compte tenu des mutations des valeurs, des transformations du r le de l tat, de la pr carit de l emploi et du ph nom ne de mondialisation. Partant, il devenait imp ratif de rendre compte, dans une perspective r solument multidisciplinaire, des nouvelles approches th oriques et m thodologiques dans l analyse des probl mes sociaux ainsi que des diverses modalit s d intervention de l action sociale, de l action l gislative et de l action institutionnelle l gard de ces probl mes.
La collection Probl mes sociaux et interventions sociales veut pr cis ment t moigner de ce renouveau en permettant la diffusion de travaux sur divers probl mes sociaux. Pour ce faire, elle vise un large public comprenant tant les tudiants, les formateurs et les intervenants que les responsables administratifs et politiques.
Cette collection tait l origine codirig e par Robert Mayer, professeur m rite de l Universit de Montr al, qui a sign et cosign de nombreux ouvrages t moignant de son int r t pour la recherche et la pratique en intervention sociale.

D IRECTEUR
H ENRI D ORVIL, P H . D.
cole de Travail social, Universit du Qu bec Montr al
C ODIRECTRICE
G UYLAINE R ACINE, P H . D.
cole de Service social, Universit de Montr al
L intervention collective
Presses de l Universit du Qu bec
Le Delta I, 2875, boulevard Laurier, bureau 450, Qu bec (Qu bec) G1V 2M2
T l phone: 418 657-4399
T l copieur: 418 657-2096
Courriel: puq@puq.ca
Internet: www.puq.ca
Diffusion / Distribution:
C ANADA
Prologue inc., 1650, boulevard Lionel-Bertrand, Boisbriand (Qu bec) J7H 1N7 T l.: 450 434-0306 / 1 800 363-2864
F RANCE
Sof dis, 11, rue Soufflot, 75005 Paris, France - T l.: 01 5310 25 25
E T B ELGIQUE
Sodis, 128, avenue du Mar chal de Lattre de Tassigny, 77403 Lagny, France - T l.: 01 60 07 82 99
S UISSE
Servidis SA, Chemin des Chalets 7, 1279 Chavannes-de-Bogis, Suisse - T l.: 022 960.95.25
Diffusion / Distribution (ouvrages anglophones):

Independent Publishers Group, 814 N. Franklin Street, Chicago, IL 60610 - Tel.: (800) 888-4741

La Loi sur le droit d auteur interdit la reproduction des uvres sans autorisation des titulaires de droits. Or, la photocopie non autoris e - le "photocopillage - s est g n ralis e, provoquant une baisse des ventes de livres et compromettant la r daction et la production de nouveaux ouvrages par des professionnels. L objet du logo apparaissant ci-contre est d alerter le lecteur sur la menace que repr sente pour l avenir de l crit le d veloppement massif du "photocopillage .
L intervention collective
Convergences, transformations et enjeux
Yvan Comeau
Denis Bourque
Ren Lachapelle
Catalogage avant publication de Biblioth que et Archives nationales du Qu bec et Biblioth que et Archives Canada
Comeau, Yvan, 1958- , auteur
L intervention collective: convergences, transformations et enjeux / Yvan Comeau, Denis Bourque, Ren Lachapelle.
(Probl mes sociaux et interventions sociales; 92)
Comprend des r f rences bibliographiques.
Publi en formats imprim (s) et lectronique(s).
ISBN 978-2-7605-4979-1
ISBN 978-2-7605-4980-7 (PDF)
ISBN 978-2-7605-4981-4 (EPUB)
1. Organisation communautaire - Qu bec (Province). 2. Travailleurs sociaux - Qu bec (Province). I. Bourque, Denis, 1953- , auteur. II. Lachapelle, Ren , 1947- , auteur. III. Titre. IV. Collection: Collection Probl mes sociaux interventions sociales; 92.
HV41.C65 2018
361.309714
C2018-941212-7


C2018-941213-5

R vision
Catherine Vaudry
Correction d preuves
Sandra Guimont
Conception graphique
Julie Rivard
Mise en page
Interscript
D p t l gal: 3 e trimestre 2018
Biblioth que et Archives nationales du Qu bec
Biblioth que et Archives Canada
2018 - Presses de l Universit du Qu bec
Tous droits de reproduction, de traduction et d adaptation r serv s
Imprim au Canada
D4979-1 [01]
Cet ouvrage r sulte d une longue d marche d quipe appuy e financi rement par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH), dans le cadre des subventions d excellence du programme D veloppement de partenariat 2014-2017. Ce projet s inspirait directement de l approche suivie en 2003 par une quipe elle-m me financ e par le CRSH, dirig e par Yvan Comeau et compos e de Martine Duperr , Yves Hurtubise, Cl ment Mercier et Daniel Turcotte.
En 2014, l quipe est constitu e du chercheur principal Denis Bourque et des cochercheurs Sonia Racine (Communagir), Jacques Caillouette (Universit de Sherbrooke), Yvan Comeau (Universit Laval), Dominic Foisy (Universit du Qu bec en Outaouais) et S bastien Savard (Universit d Ottawa). Font galement partie du groupe Ren Lachapelle titre de collaborateur la recherche, ainsi que les repr sentants d organisations partenaires, St phanie Courcy-Legros (RQIIAC), Genevi ve Giasson (Communagir) et Fran ois Soucisse (RQIIAC). Sept journ es de travail se sont tal es entre 2014 et 2016. Au cours des premi res r unions, les participants ont formul des questions et des hypoth ses de recherche et imagin des moyens qui ont t mis en uvre entre les rencontres pour susciter la participation des intervenantes collectives l enqu te. mi-parcours, alors que les r sultats taient mis en forme dans d innombrables tableaux, l quipe a consacr plusieurs r unions la formulation d explications permettant d interpr ter les corr lations statistiques. Enfin, elle a tenu une rencontre pour commenter une premi re version du manuscrit r dig par les auteurs de ce livre. Ceux-ci ont travaill concr tement la mise en ligne du questionnaire, aux analyses statistiques, l organisation, la tenue des groupes de discussion ainsi qu la r daction et aux r visions du manuscrit.
Nos remerciements s adressent nomm ment aux 519 r pondants au questionnaire ainsi qu aux 61 personnes ayant particip aux huit groupes de discussion. Leur provenance est d taill e dans l annexe m thodologique.
Nous soulignons enfin le travail de Lisa-Marie Harvey titre d assistante de recherche, alors tudiante la ma trise en service social l Universit Laval, pour la constitution de la liste des salari es de l intervention collective du secteur communautaire. De m me, nous soulignons celui de Fr d rik Gagnon, alors tudiant la ma trise en travail social l Universit du Qu bec en Outaouais, qui a contribu l organisation des groupes de discussion et l analyse de leur contenu, galement comme assistant de recherche.
REMERCIEMENTS
LISTE DES ENCADR S
LISTE DES TABLEAUX
LISTE DES ABR VIATIONS
INTRODUCTION
C HAPITRE 1 LES CRITS SUR LA PROFESSION ET LES FONDEMENTS DU CADRE D ANALYSE
1.1. La formalisation des savoirs professionnels en intervention collective
1.1.1. Aux tats-Unis
1.1.2. Au Qu bec
1.2. Les initiatives de professionnalisation
1.3. Les tudes sur les salari es de l intervention collective
1.4. Les ph nom nes d influence et leur mise en relation dans un cadre d analyse
C HAPITRE 2 UNE PROFESSION AUX MULTIPLES VISAGES
2.1. Les convergences de l intervention collective entre les secteurs
2.1.1. Des femmes tr s scolaris es
2.1.2. Des conditions d emploi usuelles et g n ralement satisfaisantes
2.1.3. Des valeurs, des courants d id es et des fonctions convergentes
2.1.4. L importance des activit s ponctuelles de formation
2.1.5. L effet de proximit du soutien offert par les pairs
2.2. Les particularit s de l intervention collective selon les lieux de pratique
2.2.1. Les diff rences de taille et de mission des organisations
2.2.2. Les parcours scolaires et les variations d ge entre les secteurs
2.2.3. L ventail des titres d emploi, de l anciennet et des conditions de travail
2.2.4. Des pratiques contrast es: populations vis es, sources d inspiration et t ches
2.2.5. La diversit des formules de ressourcement
2.2.6. Des formes d encadrement et de soutien in galement d velopp es
Synth se et conclusion
C HAPITRE 3 LES TRAJECTOIRES DE L INTERVENTION COLLECTIVE
3.1. Les continuit s du m tier
3.1.1. La durabilit de la mission des tablissements
3.1.2. Un profil des intervenantes inchang dans le secteur communautaire
3.1.3. La r gularit des conditions d emploi
3.1.4. La constance de l exercice de la profession dans le secteur communautaire
3.1.5. Le ressourcement: une pr occupation enracin e
3.1.6. La stabilit de la supervision professionnelle et du soutien
3.2. La nature des transformations et leurs cons quences
3.2.1. Un milieu de travail en mutation surtout dans le r seau public
3.2.2. Les variations du profil des intervenantes
3.2.3. Le travail change: moins de temps consacr l intervention collective
3.2.4. La modification des pratiques et de l intervention proprement dite
3.2.5. La diminution des activit s ponctuelles de formation aux fins de ressourcement
3.2.6. Une appr ciation plus forte pour la supervision professionnelle et le soutien
Synth se et conclusion
Dans le secteur public
Dans le secteur communautaire
C HAPITRE 4 LES DYNAMIQUES D INFLUENCE SUR L INTERVENTION COLLECTIVE
4.1. L actualisation des probl matiques et l expression des demandes sociales
4.2. La modulation des syst mes de bien- tre
4.2.1. Les politiques publiques
4.2.2. Les programmes et les plans d action gouvernementaux
4.2.3. Le tiers secteur
4.2.4. Les organisations philanthropiques
4.3. La configuration des organisations employeuses
4.3.1. La mission
4.3.2. La taille
4.3.3. Les rationalit s de gestion
4.3.4. Les politiques internes
4.3.5. Les liens interorganisationnels
4.4. Les cohortes d intervenantes
4.4.1. Le genre
4.4.2. L ge
4.5. Les strat gies de valorisation de la profession
4.5.1. L organisation professionnelle
4.5.2. La participation d finir le service d intervention collective
4.5.3. Les syst mes de formation
4.5.4. La recherche
Synth se et conclusion
C HAPITRE 5 LES ENJEUX ACTUELS DE L INTERVENTION COLLECTIVE
5.1. Le secteur du d veloppement local et r gional
5.1.1. De la r gionalisation la municipalisation du d veloppement
5.1.2. Le niveau des ressources et leur r partition g ographique
5.1.3. La dimension participative du d veloppement
5.1.4. La recomposition des syst mes de d veloppement local
5.2. Le secteur public
5.2.1. Un syst me de sant et des services sociaux plus centralis et ax sur le curatif
5.2.2. Les alliances en faveur de la sant globale
5.2.3. Le renouvellement de la gestion des tablissements
5.2.4. La vigueur de l association professionnelle
5.3. Le secteur communautaire
5.3.1. Les transformations institutionnelles et l instabilit des organismes communautaires
5.3.2. La sp cificit du communautaire et la place d volue la mobilisation citoyenne
5.3.3. La contribution de la professionnalisation
5.3.4. Le cadrage de la dimension professionnelle en intervention collective
5.4. Les enjeux transversaux
5.4.1. Le renouvellement de l tat social
5.4.2. Le soutien l engagement social en mutation
5.4.3. La reconnaissance de l autonomie et de l expertise professionnelles
Synth se et conclusion
CONCLUSION
ANNEXE M thodologie des enqu tes
BIBLIOGRAPHIE
NOTICES BIOGRAPHIQUES
Encadr 1.1.
Les temps difficiles de l organisation communautaire dans le secteur public
Encadr 2.1.
La constitution et le d clin du r seau des agentes de d veloppement rural (ADR)
Encadr 2.2.
Le personnalisme
Encadr 2.3.
La Fondation Lucie et Andr Chagnon
Encadr 3.1.
Itin raire de la fusion des tablissements publics de sant et de services sociaux
Encadr 3.2.
Les cadres de r f rence de l intervention collective dans le secteur public
Encadr 3.3.
Les retomb es de la Politique de reconnaissance et de soutien l action communautaire
Encadr 3.4.
La mise en uvre de la Loi sur l quit salariale dans le secteur public et pour les OC en particulier
Encadr 3.5.
Les mouvements citoyens au Qu bec dans les ann es 2010
Encadr 4.1.
La reconnaissance des droits des personnes handicap es au Qu bec
Encadr 4.2.
La mise en place du Programme national de sant publique (PNSP) au Qu bec
Encadr 5.1.
La politique de d veloppement social de la Ville de Montr al
Tableau 2.1.
Les similitudes de l intervention collective entre les secteurs public, communautaire et du d veloppement rural (2015)
Tableau 2.2.
Les particularit s de l intervention collective dans les secteurs public, communautaire et du d veloppement rural (2015)
Tableau 3.1.
Les invariants de l intervention collective sur le plan du milieu de travail et du territoire dans les secteurs public et communautaire
Tableau 3.2.
Les invariants de l intervention collective en mati re de profil des intervenantes dans les secteurs public et communautaire
Tableau 3.3.
Les invariants de l intervention collective en mati re d emploi dans les secteurs public et communautaire
Tableau 3.4.
Les invariants de l intervention collective sur le plan des pratiques dans les secteurs public et communautaire
Tableau 3.5.
Les invariants de l intervention collective en mati re de ressourcement et de formation continue dans les secteurs public et communautaire
Tableau 3.6.
Les invariants de l intervention collective en mati re de supervision et de soutien dans les secteurs public et communautaire
Tableau 3.7.
Les transformations de l intervention collective sur le plan du milieu de travail et du territoire dans les secteurs public et communautaire
Tableau 3.8.
Les transformations de l intervention collective en mati re de profil des intervenantes dans les secteurs public et communautaire
Tableau 3.9.
Les transformations de l intervention collective en mati re d emploi dans les secteurs public et communautaire
Tableau 3.10.
Les transformations de l intervention collective sur le plan des pratiques dans les secteurs public et communautaire
Tableau 3.11.
Les transformations de l intervention collective en mati re de ressourcement et de formation continue dans les secteurs public et communautaire
Tableau 3.12.
Les transformations de l intervention collective en mati re de supervision professionnelle et de soutien dans les secteurs public et communautaire
Tableau 5.1.
Chronologie des principales initiatives gouvernementales visant les fonctions et les responsabilit s des municipalit s
Tableau A.1.
Nombre de r pondantes et r pondants dans les enqu tes selon le secteur
Tableau A.2.
Comparaison entre la population m re des OC et l chantillon selon le sexe (2015)
Tableau A.3.
Comparaison entre la population m re des ADR et l chantillon selon le sexe (2015)
Tableau A.4.
Comparaison entre la population m re et l chantillon des intervenantes des r seaux associatifs et autres organisations selon le territoire (2015)
Tableau A.5.
Caract ristiques des groupes de discussion (2015)
ADR
Agente ou agent de d veloppement rural
CHSLD
Centres hospitaliers de soins de longue dur e
CISSS
Centres int gr s de sant et de services sociaux
CIUSSS
Centres int gr s universitaires de sant et de services sociaux
CLD
Centre local de d veloppement
CLSC
Centre local de services communautaires
CRD
Conseil r gional de d veloppement
CR
Conf rence r gionale des lus
CSN
Conf d ration des syndicats nationaux
CSS
Centre de services sociaux
CSSS
Centre de sant et de services sociaux
DSC
D partement de sant communautaire
FCLSCQ
F d ration des CLSC du Qu bec
FTQ
F d ration des travailleurs et travailleuses du Qu bec
GMF
Groupe de m decine familiale
MRC
Municipalit r gionale de comt
NGP
Nouvelle gestion publique
OBNL
Organisme but non lucratif
OC
Organisatrice ou organisateur communautaire (secteur public)
OPDQ
Office de planification et de d veloppement du Qu bec
PNSP
Programme national de sant publique
ROCQ
Regroupement des organisateurs communautaires du Qu bec
RQIIAC
Regroupement qu b cois des intervenantes et intervenants en action communautaire
Les pratiques collectives et associatives caract risent le Qu bec comme soci t distincte, car elles y sont parmi les plus d velopp es en Am rique du Nord: taux de syndicalisation de 40 alors qu il est de 30 ailleurs au Canada et de 13 aux tats-Unis; pourcentage le plus lev de l conomie sociale et coop rative dans le PIB; mouvement associatif tr s organis (plus de 60 000 organismes ou deux fois plus par habitant qu en Ontario) et le plus soutenu financi rement par l tat; r seau de services de garde de jeunes enfants autog r s et financ s par une politique publique (Avenel et Bourque, 2017). Parmi les facteurs explicatifs de cet tat de situation, on peut penser une strat gie de survie de la part d une petite nation qui doit recourir la solidarit et la coop ration pour assurer son d veloppement (Laville, 2016). S ajoute aussi la contribution de l intervention collective d ploy e au Qu bec depuis plus de cinquante ans en tant que domaine de sp cialisation du travail social qui s appuie sur les potentialit s de l action collective. Avant les ann es 1960, les glises, les syndicats, les coop ratives et les mutuelles avaient mis en place des initiatives d action collective autour d enjeux sociaux touchant les conditions et les milieux de vie des classes populaires. Il faudra attendre la g n ration des premiers dipl m s universitaires en sciences sociales et en service social pour que l intervention collective soit port e par une thique professionnelle, un corpus de connaissances scientifiques et des approches m thodologiques en plus des motivations militantes qui la caract risent g n ralement.
Pr sente dans les secteurs public et associatif, l intervention collective postule que les probl mes sociaux sont de nature collective et doivent faire l objet de solutions collectives. Elle s implante au Qu bec partir des ann es 1960 avec ces jeunes dipl m s universitaires form s aux r f rences th oriques nord-am ricaines comme l approche conflictuelle d Alinsky (1946), ou celle plus consensuelle de Ross (1955), ainsi que sud-am ricaines avec l approche conscientisante de Freire (1974) et aussi fran aises avec celle du d veloppement global du p re Lebret (1958). Au d but des ann es 1970, un nouveau type d tablissement public de sant et de services sociaux est cr : les centres locaux de services communautaires (CLSC) (int gr s en 2014 dans les nouveaux centres int gr s de sant et de services sociaux - CISSS), o est pratiqu e l intervention collective, aussi appel e organisation communautaire. Actuellement, pr s de 400 organisatrices et organisateurs communautaires (OC) sont enti rement d di s l intervention collective et exercent leur profession dans le r seau public de sant et de services sociaux. Il s agit d une configuration que l on ne retrouve pas ailleurs au Canada ou par exemple en Ontario, o les intervenants collectifs sont essentiellement l emploi d organismes but non lucratif (OBNL), d agences non gouvernementales ou de municipalit s. La configuration qu b coise se d marque aussi de la France, o l intervention collective, nomm e intervention sociale d int r t collectif (ISIC), n est pas l apanage de sp cialistes qui y sont exclusivement d di s temps plein comme au Qu bec, mais pratiqu e en principe par toutes les travailleuses sociales, en sus de leur pratique d intervention individuelle, dont l ampleur et le caract re souvent d urgence expliqueraient la tr s faible pr sence de l ISIC sur le terrain (Conseil sup rieur du travail social, 2010).
Le Qu bec se d marque galement par l extension du champ de l intervention collective au-del du service public. Plus de 2 000 personnes la pratiquent partir d autres institutions et organisations comme les centres locaux de d veloppement (CLD), les corporations de d veloppement conomique communautaire (CD C), les corporations de d veloppement communautaire (CDC), les municipalit s, les organismes communautaires, les fondations philanthropiques, etc., et se r f rent des descriptions de t ches et des comp tences qui correspondent g n ralement celles des OC, comme l a d montr Robitaille (2007).
Le pr sent ouvrage permet de mieux comprendre la diversit de titres professionnels et d employeurs en intervention collective qui recouvre en r alit une m me fonction. Il fait le point sur l intervention collective au Qu bec partir d enqu tes men es une quinzaine d ann es d intervalle (1988, 2003 et 2015). Il montre les diff rentes facettes qu elle prend aujourd hui dans les lieux o on la pratique et comment, malgr ces diff rences, un corpus de savoirs en fait un seul m tier. Puisqu une profession se reconstruit forc ment, le livre analyse les ph nom nes qui en perp tuent les fondements, les dynamiques qui la transforment et les modalit s qui lui permettent de s adapter de nouveaux contextes.
L originalit de l analyse tient d abord aux donn es in dites recueillies en 2015 sur l intervention collective dans plusieurs secteurs d emploi et particuli rement dans les secteurs public, communautaire et du d veloppement rural. De surcro t, cet tat des lieux recourt au m me questionnaire ayant examin la situation de cette profession en 1988 et en 2003. Son unicit provient galement de la d marche, qui repose sur les savoirs acquis par la recherche, sur des donn es quantitatives et sur le point de vue de personnes exp riment es dans le domaine (la m thode de recherche est d crite en annexe). Un autre de ses traits particuliers r side dans la mise en rapport des v nements soci taux, des cadres organisationnels et des pratiques des intervenantes et intervenants pour comprendre la complexit des influences qui agissent sur l intervention collective.
Le livre trouvera d abord preneur chez les praticiennes et praticiens du m tier ainsi que chez les personnes en formation. Assur ment, il leur offre une occasion de prendre une distance avec leur pratique quotidienne et de comprendre comment celle-ci peut tre affect e malgr les intentions de la ma triser. Il permet d accro tre leurs capacit s strat giques afin d influencer l adaptation de leur pratique aux in vitables contingences et de peser sur l avenir de leur m tier. Pour les d cideurs et les dirigeants d organisations ayant une mission de rel vement conomique et social, l ouvrage pourra les inspirer dans la mise en place de conditions valorisantes pour les ressources humaines vou es la participation et la mobilisation de la population. Pour la recherche, cette contribution apporte des connaissances indiqu es pour des comparaisons avec des travaux actuels et futurs.
La th se principale soutenue ici veut que l intervention collective fasse partie des professions atypiques ayant la fois un socle commun et une diversit de traits et, la diff rence des professions tablies et encadr es par l tat, une r gulation peu normalis e. La notion de professionnalisation rend alors compte de dynamiques volutives et ouvertes moins institu es que pour des professions reconnues par un ordre professionnel accr dit (V zinat, 2010, inspir e de Demazi re et Gad a, 2009). D ailleurs, la pr occupation essentielle du livre consiste illustrer l unit et la diff renciation de l intervention collective ainsi que les conditions de sa professionnalisation.
Pour y arriver, le premier chapitre donne l tat des connaissances duquel partent les auteurs de l ouvrage. Il montre en quoi la professionnalisation de l intervention collective r sulte de la syst matisation et de la codification des savoirs qui se sont accumul s, de la mise en place d un syst me de formation et de la constitution d un corps professionnel (Wittorski, 2008, p. 19). Le fait que ces crits soient dat s justifie en quelque sorte la publication de cet ouvrage, qui prend le relais pour dresser un tat des lieux et analyser les transformations de l intervention collective. cette fin, le deuxi me chapitre rend compte des particularit s de l intervention collective dans les secteurs public, communautaire et du d veloppement rural, et met l accent sur les convergences actuelles qui la d finissent en tant que profession. Le troisi me chapitre poursuit l analyse selon une perspective temporelle. l aide des informations disponibles, il rep re les continuit s de la profession et d finit les ph nom nes qui la transforment. partir de ces constats, le quatri me chapitre pousse l analyse plus avant en fournissant des explications sur les dynamiques qui maintiennent et modifient la trajectoire de l intervention collective. Consid rant ces dynamiques, le cinqui me chapitre adopte un angle plut t strat gique puisqu il s attarde aux enjeux relatifs au d ploiement de l intervention collective.
Note: Puisque les femmes constituent la majorit des professionnelles de l intervention collective, le f minin sera habituellement utilis pour d signer ces salari es.
LES CRITS SUR LA PROFESSION ET LES FONDEMENTS DU CADRE D ANALYSE
Ce chapitre rappelle d abord les connaissances produites sur l intervention collective en fonction des dimensions de sa professionnalisation (Wittorski, 2008, p. 19). Il sera d abord question de la contribution des crits la codification de ces savoirs et leur diffusion par la formation. Puis, le chapitre s arr tera aux efforts de regroupement professionnel ainsi qu aux contributions permettant de conna tre ce groupe de salari es. Cette profession pr sente non seulement de multiples facettes, mais elle volue et pour cette raison, une section s attardera aux connaissances produites sur les ph nom nes qui l influencent. Ce sera alors l occasion de rendre explicite le cadre d analyse ayant inspir les auteurs.
1.1. L A FORMALISATION DES SAVOIRS PROFESSIONNELS EN INTERVENTION COLLECTIVE
Si l on consid re que la condition du salariat est d embl e remplie pour examiner la professionnalisation, on peut passer aux dimensions relatives la syst matisation des savoirs et leur transmission par la formation (Wittorski, 2008, p. 19). Puisque les crits am ricains font uvre de pionniers et qu ils ont repr sent une source majeure d inspiration pour la conceptualisation de l intervention collective au Qu bec, la prochaine section en propose un aper u historique.
1.1.1. Aux tats-Unis
Stephen H. Gurteen publie en 1882 un des premiers crits qui regroupe des savoirs d intervention collective. Son livre Handbook of Charity Organization repr sente en fait un guide pour le d veloppement d une "charity organization society (Betten et Austin, 1990; Weil, 1996). Il est suivi en 1885 par la monographie Hull House Maps and Papers r dig e par Jane Addams, Florence Kelly, Julia Abbott et Edith Abbott, qui y font tat des m thodes pour l tude d une communaut et pour la planification collective du d veloppement. D autres textes publi s dans les ann es 1920 1 pr cisent davantage le processus d intervention collective. Mais c est la publication par Robert P. Lane de son rapport en 1939 sur l intervention collective, la suite de sa pr sentation faite en 1937 la Conf rence nationale du service social am ricain, qui donne le plus de l gitimit cette m thode pour le service social am ricain, qui lui-m me conna t un processus de professionnalisation (Hopps et Pinderhughes, 1987, p. 365).
L enseignement de l intervention collective dans les d partements de travail social des universit s am ricaines d bute dans les ann es 1940. Il puise dans les crits disponibles et, par la suite, dans les contributions produites par les auteurs de cette p riode (Wayne McMillen et Saul Alinsky, entre autres) et des ann es 1950 (Murray Ross et Arthur Dunham). Produit pr cis ment aux fins de la formation, l ouvrage de Harry Lurie (1959), Community Organization Method in Social Work Education , rend publique la synth se des connaissances sur l intervention collective faite avec 52 experts, en tant que quatri me volume du programme d tude du Conseil am ricain pour l ducation en service social (Betten et Austin, 1990; Weil, 1996).
la fin des ann es 1960, Jack Rothman propose une typologie de l intervention collective en trois mod les (d veloppement local communautaire, planning social et action sociale) qui a le m rite de donner des rep res pour appr hender la diversit de l intervention collective et de permettre d autres auteurs de raffiner cette typologie et m me d en construire de nouvelles adapt es leur contexte national, comme ce sera le cas au Qu bec (Doucet et Favreau, 1991; Bourque et al ., 2007). Dans les ann es 1970 et 1980, Ralph M. Kramer, Harry Specht, Fred M. Cox, John L. Erlich et John E. Tropman dirigent des ouvrages comportant de nombreuses contributions sur le processus d intervention collective et sur des exp riences de terrain permettant d illustrer les mod les d intervention en fonction de la typologie de Rothman (1979; Rothman et Tropman, 1987). Singulier et remarqu , le livre de Saul Alinsky, Rules For Radicals (1971), fait le point sur son approche misant sur la r v lation du conflit et les m canismes de pression pour faire avancer la r solution d un probl me social. La remise en cause de la typologie de Rothman am ne Samuel H. Taylor et Robert W. Roberts en proposer en 1985 une autre dans Theory and Practice of Community Social Work en cinq mod les ( Program Development and Coordination, Planning, Community Liaison, Community Development et Political Empowerment ).
La production de connaissances sur l intervention collective emprunte un nouveau canal en 1993 avec la revue scientifique Journal of Community Practice soutenue par l Association for Community Organization and Social Administration. D s lors, les publications sur l intervention collective abordent des th mes plut t pr cis. En effet, m me si des ouvrages r cents portent sur la m thodologie de l intervention collective, ils en approfondissent des aspects particuliers tels que les th ories de base en sciences sociales, l analyse sociale des probl mes sociaux, l tude de la collectivit , le leadership, les strat gies, la mise en place de r seaux, le changement dans une organisation, les comp tences de l intervenant et ainsi de suite (par exemple, les contributions suivantes: Hardina, 2002; Rubin et Rubin, 2008; Staples, 2004; Hardcastle et Powers, 2004; Brown, 2006; Brueggermann, 2006; Netting, Kettner et McMurtry, 2008; Kirst-Ashman et Hull, 2009). D autres ouvrages illustrent l intervention collective dans des champs d application (Weil, 2005), travers des exp riences de terrain (Fauri, Wernet et Netting, 2000; Szakos et Szakos, 2007), pour des populations particuli res (Delgado et Staples, 2008), dans le contexte urbain (Delgado, 2000), et selon la perspective d une intervention orient e sur les forces de la collectivit (Long, Tice et Morrison, 2006).
1.1.2. Au Qu bec
Le cumul des connaissances en intervention collective et l institutionnalisation de sa formation aux tats-Unis font en sorte que, d s les ann es 1940, des universitaires et des dirigeants de services sociaux qu b cois s y rendent pour se perfectionner (Blondin, Comeau et Provencher, 2012, p. 18-22). Les premi res contributions qu b coises traitent de l intervention collective de mani re g n rale et ne proposent pas d analyse d exp riences pr cises. Le p re Gonzalve Poulin et Simone Par de l Universit Laval crivent dans les ann es 1940 les premiers textes de niveau universitaire touchant l intervention collective dans les Cahiers du service ext rieur d animation sociale . Puis, apr s une sp cialisation au d but des ann es 1940 Washington en service social, Roger Marier crit en 1951 le premier texte qu b cois consacr la m thodologie de l organisation communautaire dans la discipline du service social. partir de l , les crits sur l intervention collective suivront au moins six directions qui parfois se superposent dans le temps: l animation sociale, le processus d intervention collective, la conscientisation, les mod les et leur illustration dans diff rents domaines, l organisation communautaire dans le secteur public et les crits sp cialis s.
Le passage une d signation comme profession ax e sur la participation la prise en charge de leur situation par les personnes concern es d bute dans les ann es 1960 autour de l appellation d "animation sociale . L exp rience phare en milieu urbain se d roule au Conseil des uvres de Montr al, et l animateur Michel Blondin livre en 1964 une premi re syst matisation de sa pratique, suivie peu apr s par le texte de Claude Morin (1962) intitul "La m thode d organisation communautaire dans le milieu canadien-fran ais et par celui de Pierre Laplante (1962) titr "L organisation communautaire telle qu on la pratique au Conseil des uvres de Montr al . L exp rience du Conseil des uvres fera l objet de plusieurs descriptions et analyses notamment par Hector Ouellet, Jean-Charles Falardeau, G rald Fortin et Gilles Houle (Blondin, Comeau et Provencher, 2012, p. 159-162).
Plut t que de pr senter un portrait unifi de l animation sociale, Fr d ric Lesemann et Michel Thi not (1972) d montrent partir de plusieurs exp riences montr alaises qu il existe en fait plusieurs types de pratiques d animation sociale. Les textes qu ils r unissent notamment sur les comit s de citoyens mis sur pied par le Conseil des uvres de Montr al et sur le Front d action politique de Montr al (FRAP) montrent que des organisations privil gient soit la mise sur pied de services g r s par les citoyens, soit la pression sur les d cideurs sur des questions d am nagement urbain par exemple, soit la politisation pour une action partisane sur la sc ne municipale. Pour mettre en vidence les distinctions, les auteurs invitent examiner les finalit s, les id ologies, les objectifs, les fonctions de l animation sociale, ainsi que ses strat gies et ses techniques. Cette question des mod les d intervention collective sera reprise dans les ann es 1980.
En milieu rural, l animation sociale inspire l ambitieux projet de d veloppement de la grande r gion du Bas-Saint-Laurent, Gasp sie et les-de-la-Madeleine, qui se d roule de 1963 1965, nomm le Bureau d am nagement de l Est du Qu bec (BAEQ) (Jean, 2016). Cette exp rience donne lieu galement de nombreuses analyses, dont plusieurs sont r pertori es par le Groupe de recherche interdisciplinaire en d veloppement de l Est du Qu bec (GRIDEQ) de l Universit du Qu bec Rimouski, qui publie un cahier de 110 pages recensant les crits sur l animation sociale (Lapointe et al ., 1978).
L animation sociale inspire deux ouvrages g n raux publi s la m me ann e. Charles C t et Yannick Harnois (1978) s int ressent la diversit des fondements de l animation au Qu bec (l action catholique, la psychosociologie, l organisation communautaire am ricaine, le militantisme politique, la contre-culture et le courant antiautoritaire) et d crivent plusieurs exp riences, en particulier celles issues de la Compagnie des Jeunes Canadiens. Pour sa part, Aline Ch vrefils (1978) propose dans son livre Le r le des animateurs sociaux une analyse d exp riences d animation sociale, afin de d gager des principes d intervention.
Ce dernier ouvrage est suivi dans les ann es 1980 de plusieurs autres centr s cette fois sur le processus d intervention collective. Bien davantage que les volumes de Fran ois Marcotte (1986) et de Marc Savaria (1985), le livre de Lamoureux, Mayer et Panet-Raymond (1984) conna t une grande popularit . Il b n ficie d une long vit additionnelle en tant revu en 1996 sous un nouveau titre (Lamoureux et al ., 1996), puis r dit en 2002 et en 2008 avec l ajout de collaborateurs, puis refondu en 2011, cette fois sous la direction de Jocelyne Lavoie et de Jean Panet-Raymond (2011). Pour sa part, Roger Poirier (1986) analyse l itin raire de l action et de l intervention collectives dans la ville de Hull (aujourd hui Gatineau) partir de 1968 dans Qui a vol la rue principale? .
Par ailleurs, une partie des crits qu b cois sur l intervention collective porte sur le courant de la conscientisation d velopp l origine par l ducateur br silien Paulo Freire. Deux ouvrages pr sentent une syst matisation originale de ce mod le d intervention appuy sur des exp riences d ducation populaire (Ampleman et al ., 1983 et 1987). La parution d une dizaine de Cahiers de la conscientisation par le Collectif qu b cois d dition populaire de 1994 2000 rend compte de pratiques qu b coises originales. L ouvrage Th orie et pratique de conscientisation au Qu bec publi en 2012 fait le point sur l approche et permet des intervenantes de rendre compte de leur pratique notamment avec des femmes autochtones (Ampleman, Denis et Desgagn s, 2012).
La question des mod les d intervention constitue une autre direction donn e par des textes marquants, dont l article de G rald Dor (1985), qui distingue quatre mod les d intervention: l int gration sociale, la pression sur les pouvoirs, l appropriation et la politisation. Pour sa part, Louis Favreau (1989, p. 280) distingue l organisation communautaire reconnue en CLSC de l intervention communautaire pratiqu e dans les organismes communautaires. En outre, il propose de recourir la typologie de Jack Rothman pour caract riser "avec une certaine justesse les diff rents types d intervention collective (Favreau, 1989, p. 280). L ouvrage qu il dirige avec Laval Doucet (1991) reprend sa proposition et met en perspective l exp rience qu b coise d intervention collective autour des mod les propos s par l Am ricain, soit l implantation de services ( planning social), le d veloppement local et l action sociale. Plus r cemment, un manuel fait voluer ces mod les en ajoutant l intervention sociocommunautaire, afin de tenir compte des pratiques qu b coises visant le d veloppement des r seaux et l int gration sociale (Bourque et al ., 2007).
L organisation communautaire dans le secteur public b n ficie elle aussi d analyses particuli res. Yves Hurtubise, Gilles Beauchamp, Louis Favreau et Danielle Fournier (1989) r alisent un premier portrait exhaustif des organisatrices et organisateurs communautaires (OC) du r seau public de sant et de services sociaux. Cette enqu te marque d ailleurs le point de d part de la pr sente contribution (voir la m thodologie de l tude en annexe ). Parall lement cette enqu te, une association professionnelle regroupant ces intervenantes voit le jour en 1988, le Regroupement qu b cois des intervenantes et intervenants en action communautaire (RQIIAC). Afin de rendre compte du contenu des colloques bisannuels qui d butent en 1988, le RQIIAC publie des actes sous forme de livre, du moins jusqu en 1998. L association a aussi publi deux cadres de r f rence (Lachapelle, 2003; RQIIAC, 2010).
partir de l hypoth se qu il existe une diversit de centres locaux de services communautaires (CLSC) - le principal employeur des OC de l poque -, Louis Favreau et Yves Hurtubise (1993) en distinguent trois types au terme d tudes de cas: sociocommunautaire (ancrage local et partenariat public-communautaire), socio-institutionnel (interm diaire du minist re et sous-traitance par le communautaire) et hybride ( la fois lieu d appartenance sociale et outil d implantation de services publics). Ces chercheurs remarquent, entre autres choses, les liens qui existent entre la conception que les dirigeants ont de leur CLSC et les types de pratiques qui sont favoris es. De plus, ils mettent en lumi re l influence des communaut s, de l tat et de l tablissement employeur sur l organisation communautaire. Ils ajoutent qu au fil des premi res d cennies des CLSC, l organisation communautaire est devenue "une pratique professionnelle avec son autonomie, c est- -dire sa marge de man uvre, son domaine propre d intervention, ses m thodes de travail, son know how , son savoir-faire particulier et ses strat gies ou mod les d intervention (Favreau et Hurtubise, 1993, p. 134). L article de Bourque (1997) appuie ce constat du d veloppement d un corpus de connaissances au fil de l volution de cette profession la jonction des milieux, des institutions et des politiques. Il ajoute:
M me si l organisation communautaire appara t comme une constituante du service social, elle a connu une trajectoire qui lui est propre et qui est largement tributaire de son insertion institutionnelle, de l volution des mouvements sociaux et des communaut s, et de celle des politiques sociales. (Bourque, 1997, p. 59)
la suite de la r forme en 2003 du syst me qu b cois de sant et de services sociaux, les centres de sant et de services sociaux deviennent les tablissements publics qui embauchent la plupart des OC. Le livre de Denis Bourque et Ren Lachapelle (2010) analyse les transformations et les nonc s de politiques l origine de la r forme et en font ressortir les logiques sous-jacentes. Cet examen les am ne soulever plusieurs dilemmes et enjeux pour l organisation communautaire dans le secteur public.
Un dernier groupe de textes s int resse des th mes un peu plus sp cialis s en intervention collective. Peut- tre parce qu il existe ce patrimoine intellectuel relatif aux fondements de cette pratique d intervention, on remarque que la production crite des ann es 2000 touche des sujets relativement pr cis: la constitution de l acteur collectif (Duperr , 2004), la concertation (Bourque, 2008), l environnement (Comeau, 2010), l itin raire d un pionnier de ces pratiques (Blondin, Comeau et Provencher, 2012), l h bergement des a n s (Comeau, Desrosiers et Martin-Caron, 2015), le d veloppement territorial (Robitaille, 2016), les pratiques de liaison (Lachapelle, 2017) et les liens entre le d veloppement social et l intervention collective (Avenel et Bourque, 2017).
Ce coup d il sur la litt rature consacr e l intervention collective au Qu bec met en vidence la constitution de savoirs rigoureux en intervention collective. Un autre aspect de la professionnalisation se rapporte l appropriation de ces connaissances, qui passe notamment par la formation. On sait qu avant les ann es 1960, l enseignement universitaire dans le domaine est encore embryonnaire, bien qu il existe des lieux de formation au leadership en action collective parrain s par l glise catholique, par les syndicats ouvriers et agricoles ainsi que par le mouvement coop ratif. Durant les ann es 1960, on commence enseigner l organisation communautaire dans les programmes universitaires qu b cois, de travail social le plus souvent, en tant que mode d organisation et de gestion des services de bien- tre (Morin, 1962). De nos jours, tous les programmes universitaires en travail social offrent des cours en intervention collective au premier cycle et souvent au deuxi me cycle. Pour ce qui est de la diplomation et des modes de ressourcement des personnes qui exercent la profession, le pr sent ouvrage permettra de faire le point sur ces sujets, et ce, de fa on comparative entre secteurs d emploi et dans le temps.
1.2. L ES INITIATIVES DE PROFESSIONNALISATION
Hormis la condition du salariat et la formalisation de savoirs sp cifiques transmis dans la formation, la professionnalisation devrait conduire la composition d un groupe professionnel, savoir l existence d une association professionnelle, d une d finition de son travail et de ses t ches, ainsi que d une thique partag e (Wittorski, 2008, p. 19). En ce qui concerne l intervention collective, la forme d association professionnelle varie travers les poques et selon les secteurs. Le Regroupement des organisateurs communautaires du Qu bec (ROCQ) devient en 1977 la premi re association du genre et r unit les intervenantes provenant de diff rents secteurs, notamment des CLSC et des organismes communautaires. Sur le plan thique, le ROCQ publie en 1979 un manifeste dans lequel il engage une r flexion sur l orientation des pratiques collectives qui met l accent sur les rapports entre les classes sociales. Dans cette perspective, ses membres se reconnaissent dans la volont de mettre leur expertise "au service du prol tariat , peut-on lire en premi re page (Regroupement des organisateurs communautaires du Qu bec, 1979).
Une p riode de d bat prend place dans les ann es 1980 sur les conditions permettant de pr server l organisation communautaire un r le " la marge des institutions tablies (Dor , 1992, p. 134), notamment dans les CLSC. La diffusion de l uvre de Paulo Freire (1974) et son adaptation au contexte qu b cois notamment avec les personnes assist es sociales permettent de syst matiser le courant de la conscientisation. Dans le secteur communautaire, elle devient une r f rence en mati re d ducation populaire et dans le secteur public, elle conforte l all geance des OC qui y adh rent en faveur de la population faible revenu et elle leur permet d envisager des moyens pour utiliser les marges de man uvre dont elles disposent. Le ROCQ devient le Collectif qu b cois de conscientisation en 1983, confirmant ainsi l alignement d une partie de l intervention collective sur cette orientation, pr sent e dans un nouveau manifeste. En mati re de diffusion des savoirs, outre les publications d j voqu es, le Collectif tient r guli rement des activit s de formation. Nous verrons dans quelle mesure le courant de la conscientisation est toujours d actualit en intervention collective, et ce, m me si le Collectif qu b cois de conscientisation a t dissous en 2017.
D autres d bats int ressent l intervention collective dans les ann es 1980 et particuli rement les OC du secteur public. La remise en cause des CLSC et de l organisation communautaire ( encadr 1.1 ) font craindre un affaiblissement de l autonomie de l intervention collective, de l action communautaire et des pratiques de nature pr ventive, ainsi qu une d gradation des rapports entre les r seaux public et communautaire. La cr ation du RQIIAC, qui f te ses trente ans en 2018, s inscrit dans ce contexte. Les analyses faites dans les prochains chapitres permettront de cerner son influence sur l intervention collective tant sur le plan des r f rents thiques que sur celui du ressourcement des OC.
Encadr 1.1. - Les temps difficiles de l organisation communautaire dans le secteur public

Revenons sur le contexte particulier, voire difficile de l organisation communautaire dans le secteur public la fin des ann es 1980. l origine, les CLSC misaient sur la pr sence d quipes multidisciplinaires, sur le recours aux r seaux de la communaut ainsi que sur la participation de la population l administration et la programmation des services sociaux et de sant . Or la mission des CLSC a t mise mal d s le d but (Roy, 1987). En 1974, le ministre des Affaires sociales de l poque, Claude Forget, avait mis en doute le d veloppement des CLSC, la suite des pressions du monde m dical et de l lite locale, qui voyaient mal le r le critique exerc par certains CLSC (et OC?) dans leur communaut . Au moins deux enjeux polarisaient les parties en cause: 1) la nature des services devant tre plus pr ventive (sociale) pour les uns, et plut t curative (m dicale) pour les autres; 2) le cheminement des d cisions pour tablir les priorit s d un CLSC, soit partir du minist re (logique descendante) ou partir de la collectivit (logique ascendante). Dix ans plus tard, en 1986, apr s le parach vement du r seau des CLSC - qui tait une d cision du Parti qu b cois -, Th r se Lavoie-Roux, nouvelle ministre de la Sant et des Services sociaux du second gouvernement du Parti lib ral de Robert Bourassa, mandate un comit pr sid par le Dr Jacques Brunet (ancien sous-ministre sous Claude Castonguay) pour valuer nouveau les CLSC. Dans ses recommandations, le rapport Brunet ( Rapport du Comit de r flexions et d analyse des services dispens s par les CLSC , 1987) propose notamment de r duire les services offerts par les CLSC l essentiel (les services sanitaires) et de placer l organisation communautaire en soutien aux programmes en place (Mayer, 2002, p. 347-349). Les OC avaient sans doute l impression que leur marge de man uvre se r duisait et qu une menace planait sur leur pr sence dans le syst me de sant et de services sociaux. C est d ailleurs dans ce contexte qu un groupe d OC pr sents au colloque "Fais-moi signe de changement ( Victoriaville en 1986) ont lanc l op ration qui a men l enqu te de 1988, laquelle a conduit la cr ation du RQIIAC de m me qu une collaboration de ce dernier avec la F d ration des CLSC du Qu bec pour affirmer la vocation sociale de ces tablissements et soutenir la logique ascendante de la d finition des services (S n chal, 1994).
partir des ann es 1990, les initiatives de la soci t civile, notamment les tats g n raux du monde rural en 1991 et les politiques gouvernementales de d veloppement, donnent forme peu peu une infrastructure de soutien au d veloppement rural. Selon des dynamiques qui seront ult rieurement examin es de plus pr s, un secteur d intervention collective se pr cise avec les agentes et agents de d veloppement rural (ADR), dont le titre d emploi partag laisse croire une certaine identit professionnelle. Ces salari es ne se r clament pas n cessairement de l organisation communautaire, mais l essence du m tier reste la m me. L association professionnelle prend ici la forme d un r seau national dans les ann es 2000 et des r seaux r gionaux tiennent des rencontres r guli res de formation.
1.3. L ES TUDES SUR LES SALARI ES DE L INTERVENTION COLLECTIVE
La professionnalisation suppose des caract ristiques partag es par les personnes qui exercent l activit de travail, notamment en mati re de formation scolaire et par l usage d un titre d emploi commun (Wittorski, 2008, p. 19). Encore faut-il que l on puisse tablir le portrait des personnes salari es qui pratiquent l intervention collective. On doit Claude Larose et G rald Dor la premi re enqu te statistique parue en 1979 sur les personnes qui pratiquent l intervention collective au Qu bec (Dor et Larose, 1979). Les auteurs d nombrent 492 postes d organisateurs communautaires au Qu bec. Au moins deux groupes d employeurs ressortent, puisque l on compte 213 postes dans le monde associatif et les "organismes priv s de bien- tre , et 279 dans le r seau public. Si, sous plusieurs aspects, ce portrait pr sente une diversit , il montre aussi plusieurs convergences. Ainsi, en termes de formation, la majorit de ces personnes sont des universitaires et quatre sur dix poss dent un dipl me en travail social. De plus, au moins les deux tiers des r pondantes et r pondants appartenant aux secteurs public et communautaire se r f rent aux mod les de pression (animation de type syndical sans perspective politique) et de politisation (conscientisation et formation la militance dans un parti de gauche, par exemple).
Dix ans plus tard, dans le contexte difficile qui pr vaut pour l organisation communautaire dans le secteur public ( encadr 1.1 ), une enqu te du m me type est r alis e, mais cette fois sur les OC de ce r seau (Hurtubise et al ., 1989). Sans que les protagonistes de cette recherche le planifient l poque, une nouvelle quipe prend le relais en 2003 avec un questionnaire semblable, mais cette fois en ajoutant l tude des intervenantes du secteur communautaire (Comeau et al ., 2008). Avec la pr occupation de mise jour des connaissances sur l intervention collective et de suivi de ces modifications, l quipe l origine de la pr sente contribution relance en 2015 la m me op ration en ajoutant le secteur du d veloppement rural (voir l annexe m thodologique ). C est donc cette filiation des enqu tes de 1988, 2003 et 2015 que se rapporte le pr sent ouvrage.
1.4. L ES PH NOM NES D INFLUENCE ET LEUR MISE EN RELATION DANS UN CADRE D ANALYSE
De mani re g n rale, les tudes empiriques qu b coises sur l intervention collective sont descriptives. De telles num rations de caract ristiques repr sentent une contribution pertinente et utile qu il convient toutefois de distinguer des comparaisons qui, elles, peuvent conduire une explication en termes de processus sociaux. En fait, la description marque une premi re phase de la recherche qui s impose avant de songer l explication (Houle, 1997). Dans chacune des enqu tes sur lesquelles s appuie le pr sent ouvrage, les intervenantes nous informent de qui elles sont, de leur parcours de formation, des valeurs et des courants d id es dont elles s inspirent, des mod les d intervention auxquels elles se r f rent et des fonctions qu elles assument. En ce sens, le chapitre 2 , en partie, d crit l intervention collective telle que les intervenantes la pr sentent en 2015 dans trois secteurs (public, communautaire et du d veloppement rural) et le chapitre 3 montre les changements de ce qu elles en disent dans deux secteurs (public et communautaire). Ce n est qu apr s, dans le chapitre 4 , que se tient l explication des dynamiques d influence.
On le comprend, le passage de la description l explication exige une comparaison syst matique de donn es et d informations. En ce sens, la recherche de Favreau et Hurtubise (1993) d gage d abord des types de CLSC et tablit leurs particularit s. Les dissemblances appellent une explication que les chercheurs attribuent un certain nombre de facteurs. Premi rement, le degr d organisation des collectivit s et la nature des difficult s qu elles rencontrent orienteraient les OC dans leur choix de mod les de pratique. Deuxi mement, l orientation des politiques sociales et des programmes mis en place par l tat inciterait l intervention collective travailler avec telle population et sur telle probl matique sociale. Troisi mement, l image de l tablissement employeur, l organisation communautaire servirait de canal soit aux pr occupations de la collectivit soit celles du minist re, et contribuerait, selon le cas, des liens de partenariat ou de sous-traitance avec les associations locales.
L explication peut galement suivre une comparaison temporelle ou longitudinale de l intervention collective que l on ne trouve qu exceptionnellement dans les tudes empiriques. L enqu te de 2003 rev t ce caract re unique puisqu elle compare l aide d un m me questionnaire un groupe professionnel deux moments diff rents (les OC en 1988 et en 2003) (Comeau et al ., 2008). De surcro t, l enqu te de 2003 recourt des corr lations statistiques pour statuer sur la validit des diff rences et met contribution les intervenantes elles-m mes l explication des transformations lors de groupes de discussion. Dans cette veine, l enqu te de 2015 suit dans le temps deux groupes d intervenantes: les portraits des OC du secteur public pris en 1988, 2003 et 2015, et ceux des intervenantes du secteur communautaire pris en 2003 et en 2015.
Un autre souci de l explication, apr s l tape de la comparaison, consiste lier dans un syst me d interpr tation les ph nom nes dont l influence est suppos e. Si les diff rences et les ressemblances qui ressortent des informations livr es par les intervenantes doivent tre consid r es comme tant attest es et v ritables, moins que d autres recherches les invalident, l explication comporte plusieurs possibilit s. La perspective de la structuration d Anthony Giddens (1997) est retenue pour interpr ter les diff rences observ es, et ce, pour plusieurs raisons.
En premier lieu, pour cette th orie, le temps et l espace constituent deux dimensions fondamentales des ph nom nes sociaux. Voil une pr occupation laquelle se rattachent deux moments de l analyse: la diff renciation de l intervention collective ( chapitre 2 ) et sa transformation ( chapitre 3 ), partir de ce que nous disent les intervenantes. La diff renciation concerne les formes prises par l intervention collective dans diff rents lieux (l espace). Pour cette raison, elle fait l objet d une comparaison en 2015 dans des organisations contrast es, soit celles des secteurs public, communautaire et du d veloppement rural. Pour sa part, la transformation am ne consid rer l intervention collective dans un m me secteur des moments diff rents (le temps).

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