Le patient malgré lui
84 pages
Français

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Le patient malgré lui , livre ebook

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Description

Au-delà de la marchandisation de la santé, la médecine, qui autrefois avait pour but de soulager, soigner et guérir, exerce maintenant un pouvoir sans limites à des fins de plus en plus obscures. L'exemple du certificat de bonne santé illustre l'absurdité du système tentaculaire qui s'est développé : aujourd'hui, l'homme n'a plus le droit de dire « je suis en bonne santé ». Le médecin doit en témoigner à sa place en produisant un certificat signé. C'est une atteinte manifeste à la liberté individuelle.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 décembre 2011
Nombre de lectures 20
EAN13 9782296475991
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Le patient malgré lui
Pratique et Ethique médicales
Collection dirigée par Richard Moreau et Roger Teyssou

La collection Les Acteurs de la Science , prévue pour recevoir des études sur l’épopée scientifique moderne, se dédouble pour accueillir des ouvrages consacrés spécifiquement aux questions fondamentales que la santé pose actuellement. Cette nouvelle série cherche à faire le point objectivement et en dehors des modes sur des connaissances, des hypothèses et des enjeux souvent essentiels pour la vie de l’homme. Elle reprend certains titres publiés auparavant dans Acteurs de la science.

Déjà parus

Emmanuel BABIN, Le cancer de la gorge et la laryngectomie. La découration , 2011.
Rémi BORDES, Dire les maux. Anthropologie de la parole dans les médecines du monde , 2011.
François CLOUTIER, La médecine verticale , 2010.
Gilbert et Anne-Christine PIERRE, Parole d’une autiste muette, Enigme et évidence , 2010.
Gérard MEGRET, Êtes-vous un bon malade ? , 2010.
Bernard JOUANJEAN, Physiologie du risque face à l’Histoire , 2009.
Eric SOLYOM, Les cahiers d’un chirurgien. Témoin de la faillite du système de santé , 2009.
Lionel CHARBIT, L’information médicale. Informer le patient et le grand public : de l’obligation légale à la pratique , 2009.
Docteur Jean CHABRIER, Seules les femmes savent marcher avec des talons aiguilles. Souvenirs d’un gynécologue accoucheur , 2008.
Philippe RAULT-DOUMAX, L’assurance-maladie au risque de la mondialisation , 2008.
Philippe PIRNAY, L’aléa thérapeutique en chirurgie , 2008.
Angélique SENTILHES-MONKAM, L’hospitalisation à domicile, une autre manière de soigner , 2007.
Vincent DELAHAYE et Lucie GUYOT-DELAHAYE, Le désir médical , 2007.
Laurence de Chambrier


Le patient malgré lui
Réflexions sur le certificat de bonne santé obligatoire
© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-55606-5
EAN : 9782296556065

Fabrication numérique : Actissia Services, 2012
Je dédie ce travail à mon frère Jérôme qui, depuis des années, interlocuteur sans concessions lors de nos discussions et conseiller de livres passionnants, a ouvert des chemins de réflexion dans mon esprit.
Introduction
Le cuisinier cuisine, le boulanger fait le pain, l’avocat défend ses clients, le paysan cultive son champ, le facteur distribue le courrier, le médecin soigne les malades, c’est évident. Mais depuis quelques années, le travailleur, quel que soit son métier, est écrasé par des charges administratives inutiles et absurdement coûteuses imposées par des bureaucrates qui ne vivent pas dans le monde réel, et des politiciens qui laissent faire.
La visite médicale obligatoire pour obtenir un certificat de bonne santé est un exemple parmi d’autres de ces mesures dérisoires et hors de prix. Lorsqu’il soigne un malade, le médecin rédige parfois un certificat médical qui témoigne que son patient souffre d’une atteinte à sa santé. Ce document permet d’obtenir de l’aide dans diverses situations. Mais aujourd’hui, on lui demande tout autre chose. Il doit témoigner de la bonne santé du sujet bien-portant. Cela signifie qu’une personne qui se sait en bonne santé et n’éprouve aucun besoin de consulter est obligée de venir le voir afin d’obtenir un document qui atteste de cette bonne santé. Cette démarche est imposée par un tiers, futur employeur, club de sport, camp de vacances, direction de crèche, école privée, agence de voyage, ambassade, État, etc., qui base son exigence sur un règlement ou un texte de loi (obsolète ou récent), mais, souvent, il n’y a aucun cadre juridique à cette demande. Ce laissez-passer est indispensable pour pratiquer des activités quotidiennes telles que se marier, intégrer une crèche ou une école, pratiquer un sport, travailler, obtenir un visa. Il y a donc du nouveau dans le cabinet médical entre le médecin et son patient : on attend du médecin qu’il désigne les sujets bien-portants et témoigne à leur place de leur bonne santé, par le biais d’un certificat qu’il signe. Le certificat de bonne santé c’est exactement cela, un papier rédigé par un docteur pour dire qu’un corps fonctionne bien, cela en lieu et place de la parole de celui qui occupe ce corps.
Nous rédigeons chaque année une quantité de certificats de bonne santé, de non-contre-indication et une myriade d’autres permis de vivre sa vie. Il n’y a pas un lieu, pas un coin d’existence, pas une activité qui ne soient épargnés par la nécessité de montrer ce laissez-passer. Sans lui, le sujet n’a pas le droit de faire ce qu’il a toujours fait depuis que l’homme existe, il ne peut vaquer à des occupations banales, il ne peut plus vivre. Nous, médecins, acceptons d’être indispensables à tout moment de la vie des non-malades, et de dire : « La responsabilité est mienne. » Ainsi, en dehors de nous, les autres doivent se taire, et ceux qui le souhaitent peuvent dire : « Je suis déchargé de toute responsabilité. » Cette position est intolérable pour le médecin et désespérante parce qu’elle déresponsabilise la société dans son ensemble.

Dans cet ouvrage, je présenterai de nombreux exemples de certificats que mes confrères ou moi-même avons été amenés à rédiger pour des personnes vivant à Genève ou en France voisine, parfois aussi dans des pays plus lointains. À part de très rares exceptions, ces documents sont inutiles, ils imposent une présence médicale superflue à un patient qui croit que c’est pour son bien, et qui est donc trompé. Après avoir brièvement défini et revu les buts du certificat médical utilisé à bon escient, je définirai ce qu’est la prévention en médecine, et chercherai à démontrer à quels critères elle doit répondre pour être autre chose que du vent. J’utiliserai l’exemple de la soi-disant prévention de la mort subite pendant le sport, en France, pour montrer que le certificat de bonne santé ou de non-contre-indication n’a à voir ni avec la médecine (pour autant qu’elle se définisse comme le soin à donner aux malades) ni, dans l’immense majorité des cas, avec la prévention (pour autant qu’on attende de celle-ci qu’elle prévienne réellement un événement qui pourrait être nuisible pour le patient). Si ce document ne sert à rien sur le plan de la santé, il faut donc se demander à quoi ou qui il sert. Si nous, médecins, acceptons de le rédiger, il est nécessaire de s’interroger sur le rôle qu’on nous fait jouer et quels sont nos nouveaux maîtres. Il me paraît évident que ces certificats médicaux, qu’ils soient une dérive de la médecine du travail, une dérive de la médecine du sport ou une dérive tout court, sont un des signes d’un dysfonctionnement plus général d’une société qui exige du contrôle, de la transparence et la disparition de l’espace privé. Comme l’œil des caméras de surveillance dans les rues surveille des innocents pour repérer d’éventuels suspects, on demande au médecin d’intervenir à tout moment afin d’organiser la surveillance des bien-portants, pour détecter d’éventuels malades. De manière générale, nous devrions refuser d’effectuer des actes qui ne sont pas reliés directement avec le soin du patient. C’est devenu d’autant plus difficile que la médecine préventive (ou celle qui veut faire croire qu’elle l’est) nous entraîne de plus en plus hors maladie, déplaçant notre fonction d’origine. Le concept de prévention a conduit à l’idée totalement irréaliste que toute atteinte à l’homme, par la violence d’une agression humaine ou par la maladie, est inacceptable et que le but à atteindre est le risque zéro. Ce glissement vers un besoin sans limites de prévention de tout événement imprévu nécessite un contrôle total. Les moyens utilisés pour l’atteindre sont infinis et représentent, selon moi, des menaces directes pour la liberté individuelle et la démocratie.
Certains certificats de bonne santé répondent à des lois qui datent des années 1940 et qui avaient pour but de maîtriser les épidémies de tuberculose. Ces lois ont été renouvelées, transformées, mises à jour, étendues sans que personne ne s’interroge sur leur finalité, et de nouvelles lois sont votées dans toute l’Europe pour en exiger toujours plus. Cependant, en France depuis quelques années, un réel travail de rationalisation et de mise à jour se fait, en particulier depuis 2007, avec la révision du code de la santé publique. Mais les demandes de certificats hors cadre légal se multiplient partout au gré de la fantaisie de chacun, selon l

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