Le temps des émotions
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Description

Que sont exactement les émotions ? Qu'en disent les sciences ? Pour en faire quoi ? Le XXXXVIIe Congrès de la Société Française de Sophrologie a confronté l'état actuel de nos connaissances quant au fonctionnement de notre cerveau et de notre corps à tout ce que nous en ignorons encore. Cerveau-corps contenant et/ou sécréteur de conscience ou cerveau-corps émetteur-récepteur de consciences ? Ni l'un ni l'autre, les deux en même temps ou d'autres hypothèses impensables encore ? Qui peut le dire avec certitude ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 juin 2015
Nombre de lectures 5
EAN13 9782336383798
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Copyright



















© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr

EAN : 978-2-336-73390-6
Titre
XXXXVII e Congrès
de la Société Française de Sophrologie










LE TEMPS DES ÉMOTIONS

Sous la direction de Jean-François FORTUNA et Claude CHATILLON avec la collaboration de Claudie TERK-CHALANSET
Autres publications

Autres publications de la SFS aux éditions L’Harmattan :

La sophrologie face aux difficultés de la vie
Dépressions et chemins de vie
L’hystérie dans tous ses états
Les différents modes d’être au temps
L’amour au temps des thérapies
Violences…
Les images en sophrologie
La sophrologie face au changement
Sophrologie et Créativité
Sophrologie et Addictions
La place de la Sophrologie dans l’avenir de notre société
Sophrologie et Estime de soi
Le sophrologue face aux attentes du sujet en crise
Sophrologie sans Frontières
Sophrologie et Vie quotidienne
Traumatismes et Résilience
INTRODUCTION
Le temps des émotions
Force nous est de constater que nombre de personnes consultant un sophrologue souffrent de troubles de l’émotion.
Généralement cela se traduit par des symptômes montrant une dis-régulation entre les idées, le corps et le sentiment d’exister, berceau du Soi pour donner sens aux émotions.
Les patients arrivent en état de sur-stress ; ils sont envahis ou par une anxiété chronique et dorment mal ou très peu, ou par une tristesse qui les submerge, ou par des colères subites, ou par des pensées négatives qui tournent en boucle, ou encore ils sont coupés d’eux mêmes, dissociés et incapables de reconnaître ce qu’ils vivent.

Pour comprendre ces phénomènes, il s’agit de prendre en compte :
– Le climat social, économique où les uns croulent sous le travail et les autres en manquent.
– Une société consumériste où les activités s’enchainent les unes aux autres et où le virtuel domine au détriment des relations de chair et d’os. Il en découle des comportements addictifs donnant le ressenti que le temps s’accélère.
– L’éducation a laissé une large place à l’expression émotionnelle sans en mesurer forcément toutes les implications. Il en découle une difficulté à vivre les frustrations. L’agir et le pulsionnel priment.
– La gestion des émotions est différente selon les cultures. La polysémie culturelle surprend et peut être mal comprise dans les codes sociaux traitant des émotions.

Le temps consacré aux émotions liées à des deuils est raccourci. De fait, le vivre ensemble n’a plus sa fonction de contenant pour soutenir l’individu dans les épreuves. Cela se traduit au niveau individuel par un manque de Présence à Soi indispensable à une bonne régulation des émotions.

Identifier ses émotions, gérer ses émotions, anticiper les réponses permet de calmer la peur, de reprendre confiance en soi et de retrouver un corps vibrant en accord avec ses sentiments.

De quelle compréhension, de quels outils dispose la Sophrologie pour répondre ? La modélisation de la psyché humaine apportée par les neurosciences va-t-elle transformer nos pratiques sophrologiques ?

Pourrions-nous dire que ces phénomènes émotionnels sont en mutation, sont mutants ?

Pour répondre à ces questions, les points de vue des neurosciences, des philosophies seront exposés pour se recentrer sur le phénomène de la Conscience.
Nous verrons que son fonctionnement demeure encore en partie mystérieux pour les neurosciences et que les pratiques sophrologiques : corporelles, imaginaires, symboliques favorisent la conscience des émotions.

RÉSUMÉ DES COMMUNICATIONS POUR COMPRENDRE LES ÉMOTIONS : APPORTS DES SCIENCES HUMAINES
Différentes cultures et philosophies ont nourri notre sophrologie, que ce soit la phénoménologie, la psychanalyse. La culture du yoga si particulière quant au vécu du corps, a fondé la pratique d’une relaxation en mouvement : les relaxations dynamiques. Le bouddhisme a inspiré la sophrologie pour regarder les émotions dans une distance méditative.

Bruno SCHMIDT nous retrace tout d’abord une « Genèse de l’émotion – Genèse du groupe humain » , en partant de l’émotion initiale : son éprouvé, puis son rôle dans le corps humain en tant qu’élément moteur dans la naissance de la relation à l’autre. Il présente ensuite les 4 émotions primaires :
– Leur spécificité respective et leur importance dans la vie de relation de l’homme avec les autres hommes, dans la naissance de la relation sociale, annonciatrice du groupe humain et de la société humaine telle qu’elle est à ce jour.
– Le lien avec le concept d’« intelligence émotionnelle ».
– Le lien avec la sophrologie dans la gestion des émotions.

Puis Gérard THOURAILLE, dans « Ça m’affecte donc je suis » , envisage l’émotion comme une situation existentielle vécue ici maintenant, c’est-à-dire comme un phénomène . Bouleversante et pulsionnelle, elle est aussi irrationnelle car elle contrevient largement à la rationalité dominante. Rejoignant les analyses de Sartre, l’exposé voit dans l’émotion la rencontre de deux mondes : celui de l’objectivité rationnelle et celui de la subjectivité intime. L’émotion affirme la nature foncièrement affective de l’être humain. Sans jamais chercher à gommer cette disposition essentielle, la Sophrologie peut, en travaillant notamment sur la base, le support et l’ancrage du sujet, atténuer les résonances parfois néfastes des émotions.

Jean-François FORTUNA nous expose ensuite « La conscience sophronique au risque du développement de l’enfant, selon Henri Wallon » .
En son temps, Wallon a proposé une conception du développement psychologique qui avait pour objet une analyse de l’évolution avec l’ensemble de la personnalité.
Nous lui devons la formule « L’homme est biologiquement social » .
En avance sur son temps, sa théorie est considérée par beaucoup comme prémisses de la conception de la théorie de l’attachement qui, elle, a été développée bien plus tard.
Pour Wallon, l’évolution psychologique concerne à la fois les aspects psychomoteurs, affectifs et cognitifs de la personnalité : stades impulsif, émotionnel, sensori-moteur, projectif, du personnalisme, catégoriel, de l’adolescence.
Pour les sophrologues que nous sommes, acceptant toutes les techniques qui peuvent être utiles à la personne qui vient nous voir, nous revisitons avec la sophrologie ces stades lors de notre développement vers la conscience sophronique, avec notamment les relaxations dynamiques et leurs techniques annexes.
Il tente de développer son propos en faisant des parallèles entre ces deux considérations avec des exemples de situations pour les étayer.

Pour terminer Christine VARNIÈRE nous parle de « Méditation Vipassanā et émotions » et nous présente la technique de méditation Vipassanā, en tant qu’elle est un outil d’observation de l’esprit et de connaissance de soi.
Vipassanā en pali signifie l’introspection, la vision profonde, la vision intérieure pénétrante, c’est-à-dire voir les choses telles qu’elles sont réellement, au-delà de nos perceptions habituelles. C’est une des plus anciennes techniques de méditation de l’Inde.

Pratiquer la méditation Vipassanā ,
– c’est développer son équanimité, c’est-à-dire l’équilibre de l’esprit,
– c’est apprendre à observer les phénomènes de l’esprit (pensées, films mentaux, émotions) sans se laisser entraîner dans leur tourbillon,
– c’est observer les pensées et émotions et prendre ainsi du recul pour les regarder perdre leur force et leur pouvoir,
– c’est donc sortir de la spirale descendante et accepter les choses pour ce qu’elles sont, changeantes et impermanentes.
II. NEUROSCIENCES ET ÉMOTIONS
Aujourd’hui les neurosciences mettent les émotions au centre du fonctionnement psychique. Il y a un dialogue entre le corps et le cerveau concernant les sensations émotives, base du fonctionnement psychique humain. Différents centres émotionnels sont définis : peur, compassion, empathie… dans le cerveau humain.
Différentes mémoires sont à l’œuvre pour nous permettre de réagir face à une situation et en avoir un ressenti émotionnel : mémoire de travail, mémoire tampon, mémoire du passé, par exemple.
En quoi ces données vont servir le sophrologue dans sa compréhension de la vie émotionnelle ?

Gilles PENTECÔTE dans « Émotions : nouveaux regards » présente les façons récentes de considérer les émotions, susceptibles d’enrichir notre pratique de la sophrologie : les apports de la psychologie évolutionniste, le mode adaptatif des émotions « positives », les émotions et la cognition incarnée et la notion d’évitement émotionnel dans sa relation à la méditation.

Puis Benoit FOUCHÉ présente « La sophrologie et les émotions devant les neurosciences » .
La sophrologie par ses pratiques centrées sur le corps et les images, en état modifié de conscience, nous permet de gérer nos émotions et nos sentiments. Les neurosciences nous ont appris comment se fabriquent les émotions en découvrant un circuit corps-cerveau et cerveau-corps avec des lieux du corps, des localisations cérébrales et des hormones.
La sophrologie est la voie de l’accroissement de la conscience et surtout elle utilise le chemin cerveau-corps et corps-cerveau qu’ont décrit les neurosciences.
L’émotion est le ressenti d’un mouvement à l’intérieur du corps : contraction des muscles des épaules, position dans l’espace, sensations des muscles abdominaux agréables ou désagréables. Surtout pour les émotions fondamentales (la peur, la colère, la tristesse, le dégoût) il y a une perception d’un stimulus, sans interprétation et sans conscience ; puis mise en route d’une réaction viscérale.
Les émotions plus humaines, comme la fierté, la jalousie, la gratitude, peuvent donner lieu à une interprétation du stimulus.
Il est important de comprendre les neurones miroirs ou la « boucle du comme si » décrite par les neurosciences. Dans cette boucle, les aires productrices d’émotions activent directement des aires sensori-motrices, sans passer par l’étape des émotions dans le corps.
Ce circuit est celui que vient solliciter le sophrologue dans les techniques de substitution-sensorielle, de correction sérielle et d’acceptation progressive.
Mais il faut savoir – et A. Damasio l’affirme bien – que ces émotions et sentiments nés du « comme si » sont des simulations, donc d’intensité plus faible.

Dans son exposé, Isabelle FONTAINE pose la question :
« La mémoire du corps est-elle fiable ? »
Nos émotions, comparables à des « palpeurs » de notre environnement, ont besoin de ces agents de renseignements que constituent nos 5 sens.
Quels peuvent être les dysfonctionnements et les ratés du système émotionnel ? Max Pagès, dans sa théorie de la trace,

fait l’hypothèse dans la réaction émotive d’une connexion entre « quelque chose de psychique » d’une part, et « quelque chose de corporel » d’autre part. C’est grâce à l’imaginaire, cette sorte de « lanterne magique », activée par nos techniques de sophrologie, que nous pouvons fabriquer à la demande des images, les combiner et les projeter, nous déplacer dans l’espace et le temps sur notre écran mental et notre ressenti corporel. Grâce à ce dispositif interne nous pouvons être créateurs, metteurs en scènes et acteurs d’un monde transformable à notre gré.
C’est ce circuit psychosensoriel que la Sophromnésie Émotionnelle se propose d’explorer, aidant le sujet à sortir d’un enfermement d’indifférenciation totale, quasi solipsiste.
« L’imagination est plus importante que le savoir » , dit le physicien Albert Einstein. Imaginer c’est tout à la fois : sentir, ressentir et pressentir nos émotions enfin incarnées.

Yann-Yves MALLET termine cette 1 re journée par un exposé sur « Les émotions et l’intrication » .
Ce terme « intrication », utilisé couramment en séance de constellations familiales, désigne la découverte fondamentale de la psychologie du vingt et unième siècle, à la hauteur de l’observation de la notion de refoulement au vingtième siècle.
Intricare (latin) : enchevêtrer, embrouiller.
La physique quantique depuis 1935 utilise le terme intrication pour désigner le lien éternel et instantané entre deux particules ayant été en contact une fois dans leur vie : tout événement arrivant à l’une sera instantanément perçu par l’autre, quelle que soit la distance entre les deux particules.
En psychologie et en constellations familiales et systémiques, l’individu intriqué se sent possédé par des émotions ou des comportements qu’il ne comprend pas, comme si « cela ne lui appartenait pas » : il porte en effet le destin et l’histoire d’un ancêtre qui demande à être réintégré dans le champ et la mémoire familiale.
« L’inconscient, c’est les autres » , nous dit Jean-Michel Oughourlian. Pour J.D. Nasio, « L’inconscient, c’est la répétition » .
III. TECHNIQUES SOPHROLOGIQUES
Une mobilisation corporelle du sujet entraîne un sentiment physico-psychique, par exemple en RD1. Qu’en fait le sophrologue, comment travaille-t-il avec ce sentiment et avec les émotions ? Que va-t-il privilégier : l’ancrage corporel ? La dimension symbolique ? La mise à distance ?
Les images et le vécu des situations à venir, pratiques de nos sophro-acceptations-progressives, permettent-ils de transformer, chez certaines personnes, les troubles anxieux, les troubles phobiques ?
Dans les situations traumatisantes qui impactent la santé et le bien-être, quels sont les outils sophrologiques qui permettent de libérer ces tensions, blocages émotionnels ?

Carine NIEUWMUNSTER entame une réflexion sur le thème de « Sophrologie et dépression » et sur l’impact des techniques de sophrologie dans l’accompagnement des personnes dépressives hospitalisées. Émergence et accueil des émotions.

Chantal BIWER partage ensuite son expérience dans le domaine des « Émotions, Sophrologie, Maladies Mentales » .
Les maladies mentales perturbent les processus émotionnels au point de transformer le chagrin, le rire, la colère, la peur, la joie… en symptomatologies invalidantes dans bon nombre d’affections mentales.
Comment la sophrologie peut-elle aborder ces états émotionnels ?
C’est ce qu’elle se propose d’aborder dans cette conférence à partir de vignettes cliniques et de récits de sa pratique d’ateliers de sophrologie en psychiatrie sur 25 ans.

Sylvie DITMANN , dans « Sophrologie et maladies du grand âge » nous parle de l’importance de comprendre les pathologies liées au grand âge pour pouvoir mieux aider nos aînés. Savoir adapter les outils de la sophrologie pour éveiller en eux leurs capacités et les relier à leur désir de vie.

« Quand la sophrologie rentre à l’hôpital » , Nathalie HERREMAN nous fait part de ses expériences.
L’hôpital, lieu de toutes les craintes , de toutes les peurs… les plus intimes et les plus légitimes puisque c’est de sa santé qu’il est question, ce bien si précieux et unique.
Cette infirmière sophrologue est confrontée au quotidien à des patients qui ont peur : de l’intervention chirurgicale, de la maladie et de ses conséquences sur son intégrité physique, de la douleur, de l’inconnu… peur pour soi mais aussi pour son enfant, son conjoint, ses parents… et cette peur n’est pas proportionnelle au degré de gravité de la pathologie.
Comment les outils sophrologiques peuvent-ils aider le patient et le soignant ? Quelle est la place de la sophrologie dans le soin et comment l’y introduire ? Quelles sont ses possibilités… et ses limites ? Quels outils proposer ?
Elle nous relate un exemple d’intégration de la sophrologie au sein du Centre Hospitalier de Luxembourg dans 2 services cibles : en endoscopie digestive et à l’hôpital de jour.
– Présentation de l’observation de l’impact de la sophrologie au cours des coloscopies de dépistage : techniques utilisées, prise en charge du patient, résultats.
– Présentation de la prise en charge des patients en préopératoire avec une orientation anxiolytique.

Isabelle BERGDOLL termine cette demi-journée en relatant une expérience de « Sensibilisation de la pratique sophrologique sur une chaîne de montage automobile » , afin de l’intégrer dans la stratégie de prévention des troubles musculo-squelettiques. La stratégie consiste à développer une synergie entre les différents types d’ateliers adaptés aux besoins identifiés des opérateurs de montage.
IV. LA VIE ÉMOTIONNELLE DU SOPHROLOGUE
Le sophrologue doit-il faire un travail de psychothérapie pour aborder les émotions avec les patients / clients ?
Le sophrologue doit-il faire un travail émotionnel avant de recevoir des patients / clients ?
Le sophrologue doit-il pouvoir se différencier de la personne, reconnaître ses projections, être capable de ne pas s’identifier ?

Norbert CASSINI s’oriente « Vers une approche sophrologique des émotions ou Le magicien des émotions » .
Les émotions désagréables sont considérées par certains comme des parasites qu’il faudrait réduire ou supprimer, par exemple en sophrologie par des techniques de respiration ou de relaxation. Pour d’autres, elles constituent le signal d’une difficulté d’adaptation d’un individu à une situation donnée. Ainsi, ce qui pour la plupart des personnes constitue la cause d’une émotion pourrait n’être que son contexte. Nous aurions ainsi un tableau de bord émotionnel, comme les voyants d’alarme du tableau de bord d’une voiture qui nous signalent dans un contexte donné un dysfonctionnement, et, si nous avons le livret d’utilisation, la marche à suivre pour mieux nous adapter.
Mais si les émotions désagréables sont des signaux, que nous signalent-elles exactement ? Et comment se servir de ces signaux pour mieux nous adapter ?
Un travail sophrologique sur ce thème sera avant tout une redécouverte phénoménologique de ce que sont les émotions, leur nature et, au-delà, leur fonction…

Yann CORMIER aborde quant à lui les relations entre « Émotion, projection, transfert ».
Une des spécificités de l’approche sophrologique est de proposer un travail sur les émotions en lien avec le corps. En travaillant sur le senti et le ressenti, la sophrologie touche là au vécu archaïque, aux nouages premiers entre soma et psyché. Ce travail mobilise alors des affects et des fantasmes puissants qui trouvent, à travers la RD1 notamment, un chemin d’expression et parfois de résolution.
Le sophrologue, confronté aux émotions et projections du patient, l’est aussi aux siennes propres car il se trouve, comme dans toute relation d’aide / de soin, noué dans une relation de transfert / contre-transfert dont il convient de prendre conscience et de savoir identifier les manifestations.
Il se propose, dans ce contexte, de discuter ces trois notions : émotion, projection et transfert, notion plus psychanalytique mais réalité à laquelle aucun praticien n’échappe et qui reste un puissant moteur d’efficience dans la relation avec le patient et la mise en place et le maintien de l’alliance thérapeutique.
Dans ce cadre nous pourrons poser la question de l’opportunité d’un travail en psychothérapie pour les sophrologues.

Patrick-André CHÉNÉ se penche sur « Le temps des émotions, sexologie et sophrologie » .
S’il est un domaine où les émotions sont prégnantes, c’est bien la sexualité. Le désir sexuel comporte diverses composantes physiques, cognitives, motivationnelles mais la composante émotion est fréquemment au premier plan.
Dans certains cas les émotions vont inhiber la sexualité, dans d’autres, elles vont l’exacerber. Gérer les émotions est l’un des temps fondamentaux de la correction des troubles sexuels et de l’amélioration de la sexualité.
Seront évoqués différents dysfonctionnements allant de la panne transitoire due à l’émotion des premières fois à la hâte de l’éjaculateur précoce ou la peur du lâcher-prise dans l’anorgasmie. Sans négliger les différentes étiologies, la cause émotion émerge souvent dans les troubles sexuels et la sophrologie va apporter des solutions renforçant les techniques de rééducation sexologique.
Quant à certaines émotions dont la joie , stimulées, elles sont pour leur part gage de réussite.

Pour terminer Michel VERTALLIER aborde les émotions dans le monde médical avec « Mes émotions « émoi »« . Nos émotions sont essentielles à notre survie et font partie intégrante de notre constitution. Quelles sont les émotions mises en jeu qui font que l’on souhaite s’occuper de la personne en face de soi ? Une réflexion au carrefour des cultures et des philosophies, des techniques et des pratiques.

OUVERTURE DU XXXXVII e CONGRÈS
Claude CHATILLON
Bonjour à tous et merci une fois encore de nous faire le plaisir de participer en nombre au Congrès de la Société Française de Sophrologie.

Je profite de cette occasion pour vous annoncer que 2016 sera l’année du cinquantenaire de la SFS, nous espérons fêter avec vous tous cet anniversaire et célébrer l’implantation et le développement de la Sophrologie en France.

Notre thème pour ce congrès 2014 va nous permettre de nous pencher durant ces deux jours sur les « Émotions ».
L’approche des émotions est incontournable en Sophrologie, car elles sont l’interface entre le corps et le psychique, à travers les émotions c’est l’identité entière du sujet qui s’exprime.

Les différents conférenciers nous permettront de comprendre comment se manifeste l’émotion, comment la recevoir, que faire de ces émotions qui parfois nos envahissent ; comment les gérer et faut-il les gérer ?
Des réflexions nous seront proposées à partir de la philosophie, de la psychologie et des neurosciences qui nous annoncent une « cartographie » des émotions.
Et bien sur, nous verrons comment la sophrologie aborde ce vaste domaine, car nous avons à faire dans nos consultations aux émotions à l’état brut, car nous accueillons des personnes en difficulté ou en souffrance, touchées dans leurs corps et leur être tout entier.

Mais place aux conférenciers et bon congrès à tous.
I POUR COMPRENDRE LES ÉMOTIONS : APPORTS DES SCIENCES HUMAINES
GENÈSE DE L’ÉMOTION GENÈSE DU GROUPE HUMAIN
Bruno SCHMIDT
Pour introduire mon propos, je veux citer tout d’abord une parole de René DAUMAL :

« Notre souffrance, nos émotions sont soudain perçues comme autant de leviers dynamiques vers une redécouverte infinie de nous-mêmes.
Tout ce qui nous mine, nous brûle et nous ronge est foyer d’éveil. »

« Est-ce normal de ressentir ça ? »
C’est la question que nous posaient souvent les toxicomanes les semaines suivant la cure de sevrage habituelle, dans cette structure prenant en charge ces personnes qui souffraient de ce « trop plein de manque ».
« Ça » était le trop plein d’émotions mal contenues, mal gérées, voire démesurées que ressentaient ces patients. Comme si, après la « déprise » du produit, il y avait cette impossibilité flagrante à gérer ces manifestations. Comme si le produit avait pris la place de ces émotions pendant des années, ou tout au moins empêché cette gestion « normale » des émotions.
Alors, en tant que soignants, nous nous sommes penchés sur ces aspects bien particuliers et avons, au fur et à mesure des années, pu étudier, nous former, réfléchir à ce qu’étaient véritablement ces émotions. Ces manifestations tant physiques que psychiques d’une telle ampleur que la vie et les projets de vie des personnes en sont conditionnés.

Bien avant les « chercheurs » et « scientifiques » de l’émotion connus à ce jour (Damasio, Goleman, Cyrulnik, Salovay…), Spinoza lui-même, en 1632, parlait de « pistes » pour mieux gérer ces émotions et pour en avoir une « conscience plus étendue », selon ses propres mots.
L’émotion est d’abord une sensation, une saveur, un éprouvé dans le corps qui se manifeste devant un danger, une alerte, une défense, une joie profonde.
C’est une régulation interne du corps qui lui permet de s’adapter au milieu extérieur, visant à rétablir l’homéostasie au même titre que le phénomène réflexe.

C’est d’abord dans le corps avant d’en passer par les mots.
Selon A. Damasio, d’abord est ce qu’il appelle « la machinerie de l’émotion », puis vient seulement la carte cérébrale, la représentation de cet éprouvé : c’est une image mentale, une idée, c’est ce qu’il appelle alors « la machinerie du sentiment ».
Le sentiment émerge de la sensation pure, de l’éprouvé de cette émotion.
En effet, lorsque l’on voit un chien agressif qui vient vers nous, d’abord la peur (émotion fondamentale) nous pousse à nous protéger, à courir et à nous mettre à l’abri. Ensuite seulement les mots viennent, la représentation (« mais qu’est ce que ce chien vient faire là ? En liberté et agressif ? » ) nous permettant alors de mettre une explication, un sens à ce qui se passe.
Le sens émerge de cette sensation brute par la parole.
Les hommes ont acquis la parole pour dire, expliquer, sortir du non sens, de l’insensé, de la confusion.
Et il est d’une importance capitale de pouvoir mettre « ça » en mots pour que cela soit « vivable », « entendable », pour que « ça » prenne sens.
« Mets un nom à ton diable et il disparaîtra. » Il suffit en effet parfois de nommer, désigner, baptiser quelque chose d’incompréhensible et donc d’angoissant, pour faire céder notablement cette angoisse, en donnant sens à ce qui se passe. Le mot va désigner, délimiter, « incarner » ce flou anxiogène.

Je rappelle que « sens » est de la même famille que « sensation », « saveur », « savoir ».
Il est fondamental de passer de l’émotion pure à la mise en mots, afin de passer au stade de l’affect, du sentiment, plus gérable puisque nommé, reconnu donc « objectivé »… Ce qui permet de sortir de la confusion.

Ainsi, grâce aux mots, les émotions rentrent dans le monde social, dans le monde humain, puisque les humains se définissent justement par l’acquisition de la parole qui leur permet de se détacher du temps présent et de se projeter.
B. Cyrulnik parle de « rentrer dans le monde des symboles » . C’est, en fait, grâce à l’immersion dans ce « monde des symboles » depuis le plus jeune âge que l’homme a pu « objectiver » ce qui lui arrivait, mettre en mot, mettre à distance pour mieux gérer.
En ce qui concerne les émotions, celles-ci reconnues, mises en mots, sont alors nommées, objectivées et peuvent, à ce titre, être utilisées au service de la personne dans une meilleure compréhension des évènements de sa vie.
C’est la base et la toute première partie de ce que les « scientifiques » de l’émotion appellent « la gestion des émotions ».
C’est tout d’abord « re-connaître », « baptiser » ces éprouvés afin d’y mettre du sens et sortir de la confusion.

Dans le cadre de ce congrès, je vais donc essayer, moi-même, de mettre des mots sur ces éprouvés particuliers que l’on nomme les émotions.

Au tout début de mes propos, je parlais de l’émotion comme d’une régulation interne du corps qui permet de s’adapter au milieu extérieur.
Mais beaucoup plus que s’adapter au milieu extérieur (ou dans le but justement de s’adapter, de survivre et d’évoluer), les émotions ont permis à l’homme de s’ouvrir à l’autre, d’aller au contact de l’autre, donc de se socialiser et de fonder le groupe « humain ».

Ceci est d’une importance capitale. Que l’on se place du point de vue de l’ontogenèse ou de la phylogenèse, il apparaît que les émotions, et notamment les émotions fondamentales ou primaires (colère – peur – tristesse – joie) poussent le petit homme ou ont poussé l’espèce « homme » à aller vers l’autre, à nouer des relations et à fonder le groupe humain.
C’est en fait la fonction même de ces quatre émotions primaires : elles poussent l’homme à aller vers les autres, expliquant ainsi beaucoup de comportements humains depuis l’aube de l’humanité jusqu’à ce jour.

Je vais présenter ces 4 émotions et leurs fonctions respectives dans ce qui suit.

La peur

– C’est l’émotion la plus archaïque (cerveau reptilien), commune à toutes les espèces animales.
– La peur supporte la notion de danger donc de protection de l’individu. Les personnes qui ne ressentent pas la peur (certaines pathologies psychiatriques ou bien lors de séquelles de traumas crâniens) ont de fortes capacités à se mettre en danger.
– La peur me permet donc de me protéger, donc à terme, de survivre.
– Elle me pousse vers l’autre pour me sentir protégé, rassuré (papa, maman, famille, groupe…).
– La capacité à éprouver la peur engage alors la notion de confiance (laisser rentrer). Elle est donc à la base et la genèse des groupes : familiaux, sociaux…

La colère

La colère naît et est éprouvée :
1) Quand mes besoins ne sont pas satisfaits (pas d’écoute – pas de compréhension de ce que je suis en droit d’attendre de l’autre – pas de prise en compte de jugement de valeurs – attaque sur mes valeurs – enfermement physique ou psychique).
1)
2) Quand mon espace a été « intrusé » (mot de Winnicott), envahi (faire à ma place et contre ma volonté – non respect de ma place, mon temps, ma fonction, mon rôle…). C’est alors une énergie de défense, de rébellion.
– C’est l’apprentissage du NON, l’apprentissage du « JE ». C’est la construction de ma frontière, de mon identité. Elle participe à la construction de mon « MOI ».
– La colère m’amène à aller vers l’autre pour défendre mon espace, mon territoire.
– La colère m’amène à prendre ma place dans le monde. Quand ça a marché, alors le même mouvement va aller chercher l’autre pour partager et construire.

La tristesse

– La tristesse est reliée au manque (éprouvé très physique de la notion de manque, de déprivation).
– Elle sert à me séparer, à réussir mon deuil.
– Le deuil me permet d’accepter la perte donc à terme de passer à autre chose et à aller vers de « l’Autre ».
– La tristesse me pousse à aller vers l’autre ou les autres, pour me faire consoler, rassurer (si ce contact n’a jamais lieu lors de la petite enfance, cela peut être préjudiciable).
– La capacité à éprouver une authentique tristesse engage la capacité à éprouver de la joie (les deux émotions complémentaires par excellence).

La joie

– Joie : jouir, se réjouir.
– Je ne peux pas entreprendre quelque chose sans me réjouir, sinon je ne boucle pas la boucle.
– La joie me pousse à aller vers l’autre pour partager (engage la notion de partage, de réjouissance).
– La joie engage la notion d’intime, d’ouverture, de lâcher prise.
– La joie supporte aussi la sexualité (ouverture, confiance, lâcher-prise, partage).
Il n’y a donc pas de bonnes ou mauvaises émotions. Elles sont toutes d’une importance capitale dans la construction de l’individu et des individus entre eux, du groupe humain.
On parle aujourd’hui d’« intelligence émotionnelle ». On cite même le terme de « quotient émotionnel ».

P. Petre Salovay, né en 1958, psychologue, sociologue contemporain, enseignant à la faculté de Yale, a écrit plusieurs ouvrages sur l’intelligence émotionnelle.
Pour lui, celle-ci se décline en cinq étapes qui ne sont pas sans rappeler les fondamentaux vécus en sophrologie :

1. La connaissance des émotions : capacité essentielle à la connaissance et à la compréhension de soi (reconnaissance des émotions).
2. La gestion de ses émotions : est fonction de la conscience de soi. En se libérant de l’emprise d’émotions dites « négatives », et en leur substituant des émotions positives, l’individu appréhendera mieux les aléas de son existence et en sortira plus autonome.
3. L’auto motivation : capacité à postposer la satisfaction de ses désirs immédiats et de réprimer ses pulsions.
4. La perception des émotions d’autrui : ainsi, l’empathie, en constitue l’élément fondamental.
5. La maîtrise des relations humaines : elle comprend notamment la possibilité d’aider à gérer les sentiments de l’autre.

On voit tout à fait les liens avec la sophrologie et la possibilité qu’elle nous offre dans les prises en charge de patients « souffrant » de cette non-reconnaissance, de cette perte de sens de ce qu’ils éprouvent au plus profond d’eux-mêmes.
ÇA M’AFFECTE DONC JE SUIS
(Temps des émotions et profils de l’émotion)
Gérard THOURAILLE
Quelquefois un colloque fait particulièrement écho à celui qui l’a immédiatement précédé. Ceci parce que leurs thèmes respectifs sont largement en résonance l’un avec l’autre. C’est, me semble-t-il, le cas aujourd’hui avec ce congrès. Voici une année, dans la bonne ville de Bordeaux, nous réfléchissions sur le traumatisme. Un an plus tard, dans la non moins bonne ville de Paris, nous nous penchons sur le temps des émotions. Et y-a-t-il plus intensément émotionnel qu’une situation traumatique ? Avec le temps des émotions , c’est un vaste ensemble de turbulences affectives, de passions, de sentiments exacerbés et de ressentis puissants qui se découvre. Il s’étend de la grande frayeur et de la crise d’angoisse jusqu’aux émois esthétiques ou amoureux en passant par une foule d’états d’intensités diverses. Le monde des émotions, et donc le temps des émotions, concerne de près nos pratiques à médiation corporelle qui se proposent notamment d’ atténuer la résonance émotionnelle des affects (Schultz).

Bien que les formes de l’émotion soient nombreuses et variées, cet exposé évoquera l’émotion en général. Mais il ne s’agit pas de déployer un savoir sur le processus objectif de l’émotion, par exemple sur les mécanismes neurophysiologiques et biologiques qui le sous-tendent ou encore sur ses dimensions psycho-sociologiques. D’autres le feront et mieux que moi. Il s’agit ici de se mettre à l’école de l’expérience émotionnelle, de la suivre dans son irruption pour le sujet et de décrire son événement qui est aussi son avènement. Il s’agit de penser l’émotion comme un phénomène, c’est-à-dire en elle-même, telle qu’elle se montre, et non comme le signifiant d’autre chose qu’elle-même. Venant du courant sophrologique, ce mode d’approche ne saurait étonner car la Sophrologie a toujours affirmé son ancrage phénoménologique.

Quelles que soient ses formes particulières, l’événement d’émotion, son fait (le fait qu’il y a émotion) présente des traits saillants caractéristiques. J’en relèverai plusieurs… D’abord sa puissance bouleversante . Le dictionnaire définit l’émotion comme un trouble subit, comme « une agitation passagère causée par un sentiment vif » . Le verbe latin emovere signifie remuer, ébranler. Chez les Romains l’expression mens emota désignait un esprit bouleversé. Cette agitation du dedans étreint le sujet, le saisit, le submerge. Tel un arbre isolé sous la tempête, le voilà secoué, bien secoué. L’émotion plonge l’individu dans une soudaine et impérieuse modification qui se fait en lui mais aussi largement sans lui . Elle concerne et le champ de conscience et le corps. À travers des manifestations connues (possiblement des tensions musculaires, un pouls accéléré, une respiration courte, des signes vasomoteurs, une agitation, des larmes et même parfois un évanouissement), le corps fait partie intégrante du vécu émotionnel. Avec, dans et par l’émotion, c’est l’entièreté psychosomatique individuelle qui s’affiche… Second trait saillant : l’aspect pulsionnel de l’émotion. L’adjectif « pulsionnel » a ici une portée uniquement descriptive. Il désigne simplement une poussée au sens mécanique et physique du terme. Le phénomène émotionnel donne à voir une sorte de poussée à laquelle le sujet ne peut pas résister. Observer la chose n’implique nullement une théorie de la pulsion – comme en Psychanalyse où la pulsion a un statut énergétique précis au sein de l’appareil psychique. L’approche phénoménologique constate seulement un fait. L’émotion bouscule, percute, rentre dedans. Elle peut même démolir, terrasser et certains sont morts à l’occasion d’une forte émotion. La personne émue ne se soustrait pas à son émotion, ne transige pas avec elle. Imparable, irréfutable, irréductible, l’émotion submerge et noie avec la vigueur et la force d’une déferlante. S’émouvoir consiste à être percuté, commotionné . Rappelons- nous Baudelaire relatant l’extraordinaire émotion qu’il éprouva en entendant pour la première fois le Tannhäuser de Wagner. Il parle d’une « commotion singulière » .

En troisième lieu, venons-en à la dimension irrationnelle de l’émotion. Non qu’elle soit forcément sans rapport avec la réalité, la vraisemblance, la logique. Mais parce que l’ événement d’émotion ne procède pas de la rationalité. Il n’est jamais le produit de la réflexion, de la déduction, de l’explication, de l’analyse, de la connaissance. Il n’émane pas d’une représentation claire. L’émotion ne résulte pas d’un cheminement rationnel qu’elle conclurait immanquablement. Elle pénètre, envahit et son originalité tient justement dans cette pénétration et dans cette invasion. Une intense transformation s’opère alors sur-le-champ. Illustrons le propos avec un exemple personnel que je relaterai au présent. Je suis sophronisant. La séance proprement dite est terminée. Nous en sommes à la phénodescription et c’est mon tour. Je parle d’une montagne, d’une haute colline plutôt, qui m’est apparue plusieurs fois au profond de la relaxation. Soudain quelque chose de fort me saisit et me serre. Le paysage, je le reconnais à présent. Cette hauteur arrondie, ces pentes herbues, la crête boisée au sommet. C’est la petite montagne que je voyais au loin quand, jeune enfant, j’habitais pour les vacances dans la maison de mes grands-parents. Mon cœur tape plus vite et plus fort. Son battement sonne le tocsin dans ma tête. Ça tire désagréablement du côté de mon estomac. Un début de sanglot s’étrangle dans ma gorge. Une époque quasiment enfouie vient de survoler à la vitesse de la lumière près de six décennies. Je prends en pleine figure toute une vie passée, toute une ambiance révolue : ses saveurs, ses senteurs, ses formes, ses gestes, ses rythmes quotidiens, ses paroles, ses mots, ses voix familières, ses visages aimés aujourd’hui disparus. J’ai envie de pleurer. Je suis ému. Je crois que je pleure déjà. Aucun mot ne sort plus de ma bouche. Autour de moi c’est le silence, la suspension, le vide. Personne ne parle. Mon trouble inonde la salle. Mon trouble inonde l’espace. Mon trouble inonde tout l’espace. Je ne suis plus qu’émotion.

Comment comprendre cette subite métamorphose dans laquelle le sujet est immédiatement transporté ? Aucune raison logique n’explique le surgissement émotionnel (celui-là et les autres). Il se situe d’emblée hors du domaine rationnel et de ses sentiers balisés. La simple remémoration d’un paysage agréable, de jours heureux et d’êtres aimés ne peut pas provoquer un tel bouleversement psychocorporel. D’autant qu’il intervient après une séance de relaxation sophrologique, méthode qui se propose entre autres finalités d’atténuer les turbulences affectives et leur résonance. D’un point de vue strictement rationnel et logique l’émotion n’a pas sa place dans un environnement raisonnable . Mais cette non-rationalité diffère radicalement de l’extravagance ou de la fantasmagorie. Car le propre de l’émotion, son sens existentiel, consiste justement à percuter et à déborder le système rationnel objectiviste dans lequel nous vivons et dans lequel nous baignons. Elle échappe au réseau ordinaire des raisons, des déterminations, des causes, des effets, des enchaînements routiniers. Abruptement et soudainement elle transperce l’univers impersonnel et objectif du savoir, du faire et des affaires. Avec elle et en elle, c’est un autre horizon qui apparaît, un autre espace qui se découvre : un monde intime, singulier, affectif, qualitatif, relationnel, transférentiel. Il est peuplé de ressentis, d’échos intimes, de symboles personnels, d’imaginations, d’ imaginal (H. Corbin). Ce lieu propre, ce quant à soi, est aussi un quant à l’autre tant l’altérité et les visages d’autrui y sont présents. Pour chacun de nous et le plus souvent à notre insu, ce monde officieux et intime est aussi réel que le monde officiel et public. Il émerge brutalement lors du vécu émotionnel. L’émotion n’est pas autre chose qu’une zone d’interférence en quoi l’espace intime d’un sujet singulier vient télescoper et recouvrir pour un temps l’univers rationnel dominant. En somme le bouleversement émotionnel s’invite lui-même. Autrement dit, seule l’émotion justifie l’émotion .

Même si je discute le terme, certains auteurs ont qualifié de magique le monde subjectif qui, à chaque émotion, heurte et enfonce l’objectivisme régnant. Ainsi Jean-Paul Sartre dans son premier traité théorique intitulé Esquisse d’une théorie des émotions (1938). Il y écrit : « La situation magique du monde colore l’ensemble de notre rapport à autrui, aux visages, aux situations… Il faut parler du monde de l’émotion comme on parle des mondes du rêve ou d’un monde de la folie… Il y a émotion quand le monde des ustensiles s’évanouit brusquement et que le monde magique apparaît à sa place. » Le verbe évanouir , employé par Sartre, me rappelle un incident qui affecta beaucoup jadis un de mes amis. Bien qu’il désapprouve ce genre de manifestations, il assista un jour à un combat de coqs dans le Sud de la France (en Camargue). L’affrontement fut tellement hargneux et tellement sanglant entre les pauvres bêtes que mon ami a fini par s’évanouir, par tourner de l’œil, par tomber dans les pommes. Que s’est-il passé ? Entre d’une part le monde extérieur, objectif, cruel, impitoyable, soumis à la loi du plus fort, et d’autre part un monde intérieur (celui de mon ami) rempli de compréhension, d’empathie, de compréhension et de chaleur humaine, la collision fut si violente et si frontale que la conscience de mon ami n’y résista pas. Elle se réfugia dans l’absence, dans l’oubli, dans l’évanouissement. Un monde intime, personnel, magique en termes sartriens, a percuté et fait momentanément disparaître un monde extérieur, horrible et insoutenable… Dans le cas d’une émotion heureuse, esthétique par exemple, c’est bien le même genre de rencontre heurtée entre deux systèmes qui se produit. Ainsi, la musique de Wagner était tellement en phase avec l’intériorité propre de Baudelaire, elle faisait tellement écho à sa quête inlassable d’une beauté supérieure, transcendante et hors de la réalité prosaïque, que c’est l’intimité même du poète qui déferlait avec les notes et les accords wagnériens. Le monde intérieur de Baudelaire, son monde magique , et la musique de Wagner se confondaient, débordaient et remplaçaient pour un temps un monde extérieur, quotidien, laid et médiocre.

L’émotion provient assurément de ce qu’il y a d’humain dans l’homme. Pour autant, elle n’est pas un accomplissement. Elle ouvre une brèche dans le grand mur lisse de la rationalité et laisse entrevoir ce qu’il y a de l’autre côté : une coloration intime, une singularité, la tonalité d’une âme. Mais elle n’assure jamais une assise suffisante au sujet dont l’individualité et la consistance d’être humain s’étayent aussi sur un « principe » de réalité. Comme le montre la Psychanalyse, ce réalisme suppose des castrations (des conflits entre le désir et la loi au détriment du désir mais avec l’acquisition d’une autonomie pour l’individu). Tandis que l’émotion n’offre pas de base solide pour la personne, pour sa maturation, pour sa compétence à vivre. Aussi certains l’ont incriminée. Je pense à Emmanuel Lévinas qui l’examina en se plaçant sur le terrain de sa vertu et de sa pertinence quasiment morale. Dans De l’existence à l’existant , il écrit : « L’émotion… met la subjectivité du sujet en question ; elle l’empêche de se ramasser, d’être quelqu’un… Elle est… le fait de se trouver au-dessus d’un vide » . Pour Lévinas le sujet ému est suspendu en l’air , privé de base et il n’est plus vraiment un sujet. Il lui manque ce que l’auteur appelle l’ ici , le lieu, le positionnement stable. De fait la turbulence émotionnelle se situe aux antipodes de la stabilité. Ainsi éclairée l’émotion est en somme une entrave, un empêchement, une difficulté à exister. L’expérience prouve que cela n’est pas foncièrement faux. Une trop grande émotivité, une propension excessive à s’émouvoir, peut devenir catastrophique dans la vie et même engendrer une véritable situation de handicap. Le risque est alors que trop d’émotions tue l’émotion ou, si l’on préfère, que la connaissance et la pensée se détournent du phénomène d’émotion au motif qu’il est parfois, et même souvent, néfaste. Or le vécu émotionnel témoigne de ce qui se passe et se joue en nous et dans notre condition. Il est une fenêtre ouverte sur nos rouages et il serait dommage de ne pas y regarder.

Revenons à Lévinas et à la base perdue. Reconnaissons le bien-fondé de son approche qui, d’ailleurs, s’intéresse moins à l’émotion elle-même qu’à sa valeur et à la rupture d’équilibre qu’elle implique. Le sujet ému est décrit comme suspendu au-dessus d’un abîme, dépossédé de son support et exilé de son lieu. Un retour vers ce support et vers une fixation stable s’impose donc. « En se posant sur une base… le sujet se ramasse, se dresse et devient le maître de tout ce qui l’encombre… Le sujet prend sur lui… Le corps est l’avènement même de la conscience » , écrit Lévinas. Ces lignes sont vraiment en phase avec ce qui se vit au cours de nos pratiques. Il est inutile de rappeler à des sophrologues tout l’intérêt et toute l’importance de l’ ancrage en Sophrologie. Il est inutile de rappeler l’ampleur du travail sur le support et sur la masse pesante du corps. Prendre conscience de ses points d’appui consiste certes à porter son attention vers des zones de contact et vers une pesanteur. Plus encore, prendre conscience de ses points d’appui consiste à intégrer un support, à trouver une base, à la rejoindre, à s’y arrimer, à s’y glisser, à s’y abandonner. Cette culture de la base paraît fondamentale. Aussi l’expression « sophronisation de base » ne désigne-t-elle pas une technique sommaire, rudimentaire. Elle touche à du très profond au cœur de notre art. Elle renvoie à l’insertion du sujet, à son ancrage, dans le sentiment qu’il repose sur une base accueillante et amie. En RD, le support est aussi le corps agissant lui-même. La vie de conscience se place au sein de cet agir. Le corps est alors « l’avènement même de la conscience ». Également et symétriquement on peut ajouter que la conscience est à cet instant l’avènement même du corps.

Les méthodes dites à médiation corporelle amortissent la résonance émotionnelle des affects parce qu’elles ramènent le sujet à sa base, à sa stabilité, à sa solidité d’existant posé là. Les expériences vécues par le sophronisant semblent éloignées de la turbulence émotionnelle. Apparemment le temps de la pratique psychocorporelle n’est pas celui des émotions. Ce qui répond d’ailleurs aux attentes et aux demandes des patients et de la société (se détendre, gérer ses émotions, son stress, se maîtriser, être bien dans sa peau). Mais, nous le savons bien, il ne s’agit aucunement de faire planer les gens par-dessus leur condition humaine ou de les transformer en des sortes de zombies béats incapables de s’émouvoir. Il est seulement question d’ amortir une résonance souvent pathogène. Le fait d’être ému, l’événement d’émotion, s’enracine profondément dans notre présence à tous et à chacun. Que serait la vie sans émotion ? Une abstraction. Que serait l’individu s’il n’avait pas à tout moment la possibilité de s’émouvoir ? Une autre abstraction. Bouleversante, pulsionnelle, irrationnelle l’émotion affirme concrètement que ni l’existence ni l’existant ne sont des abstractions.

Réelle ou seulement possible, l’émotion révèle notre foncière affectivité . L’affectivité n’est pas une fonction de plus, une propriété de plus, qui s’ajouterait à d’autres fonctions et d’autres propriétés pour composer l’ensemble psychocorporel qu’on appelle être humain. Elle n’est pas une fonctionnalité intermittente qui s’exprimerait à certains moments et pas à d’autres. Sous des formes diverses et à des intensités variables, l’affectivité concerne toutes les situations de l’existence et même celles qui paraissent les moins propices aux émois. Toute situation est ressentie d’une certaine manière. Elle se déroule dans une certaine ambiance ( Stimmung ). Toute situation présente une certaine tonalité affective, une résonance intime de l’ordre de l’humeur. Cette disposition affective, la Befindlichkeit chère à Heidegger, a d’innombrables allures et d’innombrables visages depuis l’indifférence, l’ennui, la mélancolie ou l’insensibilité technicienne jusqu’aux bouleversements les plus intenses. Le sujet est affectif parce qu’il est toujours affecté, toujours en rapport avec des choses au sens phénoménologique : autres personnes, objets du monde, images, pensées, situations, événements… Sans cesse il est contacté par elles, touché par des choses (le dictionnaire Littré recense 17 acceptions pour le verbe toucher ). Mode général de l’existence, notre essentielle aptitude à être affecté se donne puissamment à voir quand l’émotion déferle.

Sans aucune allusion théorique je propose d’appeler ça la chose qui déclenche, atteint, touche, impressionne, bouleverse. Je propose d’appeler ça le quelque chose qui précipite la réaction émotionnelle. Chacun pourrait alors résumer la situation avec ces simples mots : Ça m’affecte donc je suis .
LA CONSCIENCE SOPHRONIQUE AU RISQUE DU DÉVELOPPEMENT DE L’ENFANT, SELON HENRI WALLON
Jean-François FORTUNA
Après quelques propos sur la présentation de l’œuvre et de la théorie du développement d’Henri Wallon, je ferai un parallèle osé avec le développement de la conscience sophronique.
Je prends le risque.
Bien entendu, il y aura parmi vous des sympathisants et des opposants. Comme toujours dans pareil cas.
Ma tentative est de montrer que, dans notre « développement sophrologique », nous revisitons ces étapes. Je m’en tiendrai cependant uniquement aux premiers stades, ceux relatifs au thème de notre congrès : le temps des émotions.

Le développement de la conscience sophronique au travers des différents degrés de la Relaxation Dynamique, après les techniques de base, se fait en général sans problème pour toute personne lambda qui n’a rien vécu de « compromettant » dans ce qui est « dynamisé » et mis en conscience en chaque parcelle de son individu au cours de cette évolution vers la sophronie. Quoique…
Par contre, l’apport de la psychanalyse donne un autre éclairage sans magie à la sophrologie qui s’en trouve enrichie du fait d’un plus de conscience et, surtout, de discernement.
Dans la pratique en thérapie, cela nous est précieux, sans qu’il en soit fait un dogme.
En sophrologie, nous avons les techniques « couvrantes » et les techniques « découvrantes », soit celles qui ne tiennent pas compte de l’inconscient et celles qui tiennent compte de l’inconscient (comme les techniques de Julian de AJURIAGUERRA, neuropsychiatre et psychanalyste décédé en 1983, Jean BERGES, neuropsychiatre et psychanalyste décédé en 2004, le cycle supérieur de SCHULTZ, pour ne citer que celles-là).
La psychanalyse nous enseigne, pour le cas où nous l’ignorerions, que les mots, notre logos, peuvent toucher au point d’être vécus comme une pénétration dans le corps. La relaxation ne marche et ne devient possible que lorsque la personne qui est là est bien avec nous, lorsque nous avons sa confiance et qu’elle accepte cette « entrée » en elle (celle de notre logos s’il est besoin de le préciser).
La sensation, et de là la prise de conscience, ne vient pas de rien. Elle vient d’un rapport entre le dedans et le dehors du corps. Mais il faut que quelque chose provoque ce rapport. Ce qui vient provoquer la sensation est, en partie, notre logos (comme celui de la personne qui s’occupe d’un nourrisson).
À partir de là, nous apprenons que les formulations des sensations sont importantes, notamment dans le dialogue post-sophronique, car avoir senti ou ressenti est une chose, nous le dire et nous dire quoi, après coup, va montrer la défense (je ne dirai rien) ou l’ouverture au fantasme généré qui marque que le processus déclenché fonctionne. Il y a un « oui » ou un « non » qui est dit :
– « oui, rêver, imaginer et votre présence me le permet, merci »,
– « non, vous m’embêtez, je ne dirai rien sauf peut-être la sensation, mais que ça ».

L’approche psychanalytique nous fait prendre conscience qu’il y a un rapport transférentiel et contre-transférentiel avec, automatiquement car cela en découle, un rapport de domination et de dépendance créé par le supposé savoir.
Heureusement que la parole (et sa liberté pour tous les protagonistes) peut moduler les choses.
Tout ceci étant, la sophrologie, même dans l’utilisation de ses techniques découvrantes, le dialogue post-sophronique, ne sont pas pour autant des formes d’analyse comparables à celle utilisée par la psychanalyse et ses concepts.
Nous sommes là dans une approche thérapeutique ou psychothérapique de la sophrologie, où, bien entendu, la posture sera celle qui sera le plus profitable pour le travail à opérer et en fonction de ce qui convient à la personne qui est venue nous voir : debout si c’est debout, assis si c’est le mieux ou allongé si c’est ce qui est le plus profitable.

Henri Wallon est né en 1879 et décédé en 1962.
Il était philosophe, psychologue, neuropsychiatre, pédagogue et homme politique.
Son thème de prédilection était la conscience. Il prônait des méthodes d’études objectives, notamment l’étude des racines biologiques de la conscience comme origine de l’intelligence et du caractère.
Par ses travaux pour une psycho-biologie, il a montré la complexité et le dynamisme de l’évolution de l’enfant en mettant en évidence l’interdépendance des facteurs biologiques (maturation du système nerveux) et sociaux dans le développement psychique (facteur social, qui gère l’interaction entre l’enfant et le milieu, incluant bien évidemment les aspects cognitifs et affectifs).
Je fais déjà un premier parallèle : pour moi, dans ma pratique et mon enseignement de la sophrologie, j’y vois l’interdépendance des facteurs biologiques mis en évidence par ce que nous activons et les facteurs sociaux par la présence du sophrologue. Ce n’est donc pas ici simplement le développement psychique dont il est question, mais celui aussi de la conscience sophronique.
Les recherches de Wallon ont surtout été axées sur la psychopathologie, la pédagogie et la psychologie appliquée. Et de là, elles se sont centrées sur les processus de développement de l’enfant et de la question de la conscience, dans le sens psychologique du terme.

Les stades de l’évolution psychologique de l’enfant sont des étapes.
« Une étape est un système mental en rapport avec l’âge, caractérisée par un ensemble de besoins et d’intérêts qui en assurent la cohérence.

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