Les Fondations philanthropiques : de nouveaux acteurs politiques?
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Description

Ouvrage clé permettant de comprendre le rôle politique des fondations subventionnaires, le présent collectif est la première grande synthèse de l’histoire de la philanthropie canadienne et québécoise.
Dès le début du XXe siècle, la dimension sociopolitique des organisations philanthropiques a été remise en question : quelle légitimité d’action pouvaient avoir des acteurs privés fortunés dans le domaine de l’entraide ? Cet ouvrage répond à cette question en se basant sur une variété de travaux dirigés par différentes équipes de recherche.
Plusieurs thèmes centraux sont abordés : survol historique et comparatif du rôle des fondations, au Québec, au Canada et ailleurs ; proposition de classification théorique et empirique des fondations ; caractérisation des relations entre les différents acteurs de l’éco­système philanthropique ; identification des stratégies mobilisées par ces différents acteurs ; réflexions sur le rôle des fondations dans la création de politiques publiques… Ce livre propose une vue d’ensemble éclairante du secteur de la philanthropie subventionnaire qui, malgré son champ d’action restreint, demeure fondamental dans les reconfigurations sociales en cours.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 25 octobre 2017
Nombre de lectures 1
EAN13 9782760547711
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,1400€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

LES FONDATIONS PHILANTHROPIQUES
De nouveaux acteurs politiques?
Presses de l Universit du Qu bec
Le Delta I, 2875, boulevard Laurier
bureau 450, Qu bec (Qu bec) G1V 2M2
T l phone: 418 657-4399 - T l copieur: 418 657-2096
Courriel: puq@puq.ca - Internet: www.puq.ca

Diffusion / Distribution:
CANADA
Prologue inc., 1650, boulevard Lionel-Bertrand
Boisbriand (Qu bec) J7H 1N7 - T l.: 450 434-0306 / 1 800 363-2864
FRANCE
Sof dis, 11, rue Soufflot
75005 Paris, France - T l.: 01 53 10 25 25

Sodis, 128, avenue du Mar chal de Lattre de Tassigny
77403 Lagny, France - T l.: 01 60 07 82 99
BELGIQUE
Patrimoine SPRL, avenue Milcamps 119
1030 Bruxelles, Belgique - T l.: 02 7366847
SUISSE
Servidis SA, chemin des Chalets 7
1279 Chavannes-de-Bogis, Suisse - T l.: 022 960.95.32

Diffusion / Distribution (ouvrages anglophones):

Independent Publishers Group, 814 N. Franklin Street
Chicago, IL 60610 - Tel.: (800) 888-4741

La Loi sur le droit d auteur interdit la reproduction des uvres sans autorisation des titulaires de droits. Or, la photocopie non autoris e - le "photocopillage - s est g n ralis e, provoquant une baisse des ventes de livres et compromettant la r daction et la production de nouveaux ouvrages par des professionnels. L objet du logo apparaissant ci-contre est d alerter le lecteur sur la menace que repr sente pour l avenir de l crit le d veloppement massif du "photocopillage .
LES FONDATIONS PHILANTHROPIQUES
De nouveaux acteurs politiques?
Sous la direction de
Jean-Marc Fontan, Peter R. Elson
et Sylvain Lef vre
Catalogage avant publication de Biblioth que et Archives nationales du Qu bec et Biblioth que et Archives Canada
Vedette principale au titre:
Les fondations philanthropiques: de nouveaux acteurs politiques?
(Innovation sociale)
Comprend des r f rences bibliographiques.
Publi en formats imprim (s) et lectronique(s).
ISBN 978-2-7605-4769-8
ISBN 978-2-7605-4770-4 (PDF)
ISBN 978-2-7605-4771-1 (EPUB)
I. Fondations. 2. uvres de bienfaisance. 3. Philanthropie. I. Fontan, Jean-Marc, 1953- .
II. Elson, Peter R., 1948- . III. Lef vre, Sylvain. IV. Collection: Collection Innovation sociale.
HV16.F66 2017
361.7 632
C2017-940949-2


C2017-940950-6

R vision
Gislaine Barrette
Correction
Sandra Guimont
Conception graphique
Richard Hodgson
Mise en pages
Info 1000 Mots
D p t l gal: 4 e trimestre 2017
Biblioth que et Archives nationales du Qu bec
Biblioth que et Archives Canada
2017 - Presses de l Universit du Qu bec
Tous droits de reproduction, de traduction et d adaptation r serv s
Imprim au Canada
D4769-1 [01]
TABLE DES MATI RES
LISTE DES FIGURES ET TABLEAUX
LISTE DES SIGLES
INTRODUCTION Jean-Marc Fontan, Peter Elson et Sylvain Lef vre
Bibliographie
PARTIE 1 La philanthropie en analyse compar e
1 Les fondations en perspective compar e historique (Europe, tats-Unis, Canada, Qu bec) Sylvain Lef vre et Nicole Rigillo
1. Europe: des fondations locales et charitables aux liens avec la gen se de l tat social
2. tats-Unis: la naissance des fondations modernes
3. Canada: de l influence anglaise et am ricaine au d veloppement d une voie philanthropique singuli re
4. Qu bec: une histoire philanthropique contretemps
5. La tendance actuelle: la mont e en puissance des fondations?
Bibliographie
2 Une charit en mutation, modernit et philanthropie au Qu bec entre 1840 et 1917: une tude historique exploratoire David Champagne
1. La modernit qu b coise: quelle structure de l assistance?
2. Les classes ethnoculturelles, la haute bourgeoisie et les figures cl s de la philanthropie
3. Quelques figures cl s du philanthropisme du XIX e si cle au Qu bec
3.1. La philanthropie anglaise
3.2. La philanthropie francophone
3.3. La philanthropie cossaise
Conclusion
Bibliographie
3 Un clairage europ en sur les fondations priv es Antonin Margier
1. Historique
2. L volution depuis les ann es 1980
3. Un bref portrait des fondations en Europe
3.1. La diversit des fondations europ ennes
3.2. Les cadres juridiques et l gislatifs
3.3. L volution des fondations europ ennes
4. Des rep res conceptuels
4.1. Quelle l gitimit pour les fondations?
4.2. Les explications du d veloppement restreint des fondations europ ennes
5. Quels sont les principaux secteurs de financement?
5.1. Les fondations et organisations but non lucratif (OBNL)
5.2. Les fondations priv es et transformations urbaines
Conclusion
Bibliographie
4 Regards crois s sur la classification des fondations: entre cat gories formelles et constructions th oriques Sylvain Lef vre et Iryna Khovrenkov
1. Les fondations au Canada, travers les cat gories administratives de l Agence du revenu du Canada
1.1. Les ordres de grandeur (2003-2013)
1.2. Les fondations par taille
1.3. Les fondations par type d activit
2. Le r le des fondations comme enjeu interne du champ philanthropique
2.1. Le courant du "philanthrocapitalisme et le courant de la "philanthrophie de changement social
2.2. Le positionnement politique
3. Les fondations sous le regard des chercheurs
3.1. Le courant lib ral
3.2. Le courant gramscien
3.3. Le courant des interactions et circulations
Conclusion: l articulation des grilles d analyse
Bibliographie
5 L information et les outils pour la recherche aupr s des fondations subventionnaires canadiennes Fran ois Brouard
1. Les parties prenantes de l cosyst me li es aux fondations subventionnaires
1.1. Les fondations subventionnaires
1.2. Les gouvernements
1.3. Les donateurs, les organismes b n ficiaires et le public
1.4. Les m dias et les interm diaires
2. Les types et les flux d information
2.1. Les types d information
2.2. Les flux d information
3. Les outils de recherche
3.1. Les principales sources d information
3.2. La base de donn es existantes
4. Les d fis li s aux outils de recherche
4.1. La quantit
4.2. La qualit
Conclusion
Bibliographie
6 Les dons des fondations au Canada et aux tats-Unis: une analyse compar e des donn es Nicole Rigillo, Mirle Rabinowitz-Bussel, Nazita Lajevardi et James Stauch
1. Les typologies des fondations au Canada et aux tats-Unis
1.1. Les types de fondations enregistr es au Canada
1.2. Les types de fondations aux tats-Unis
2. Les influences historiques sur le d veloppement des fondations au Canada et aux tats-Unis
2.1. La relation entre les dons des fondations, la bienfaisance et l tat aux tats-Unis et au Canada
2.2. Les particularit s du contexte canadien
2.3. Les attitudes l gard des dons
3. La taille du secteur philanthropique et les dons au Canada et aux tats-Unis
3.1. Les secteurs d enjeux
3.2. Le r le de la l gislation
Conclusion
Bibliographie
PARTIE 2 Les strat gies des acteurs philanthropiques
7 Le portrait des dons octroy s par des fondations priv es et publiques aux organismes communautaires de la r gion de Montr al (2005 et 2011) Richard Morin, avec la collaboration de Gabri le Lalibert Auger
1. La m thodologie
2. Le portrait des fondations en 2005
2.1. Les dons des fondations priv es
2.2. Les dons des fondations publiques
2.3. Les domaines d intervention des organismes b n ficiaires des fondations priv es
2.4. Les domaines d intervention des organismes b n ficiaires des fondations publiques
2.5. Une typologie des fondations priv es et publiques
3. Le portrait des fondations en 2011
3.1. Les dons des fondations priv es
3.2. Les dons des fondations publiques
3.3. Les domaines d intervention des organismes b n ficiaires des fondations priv es
3.4. Les domaines d intervention des organismes b n ficiaires des fondations publiques
3.5. Une typologie des fondations priv es et publiques
4. L volution du portrait des fondations entre 2005 et 2011
4.1. Les dons des fondations priv es
4.2. Les dons des fondations publiques
4.3. Les domaines d intervention des organismes b n ficiaires des fondations priv es
4.4. Les domaines d intervention des organismes b n ficiaires des fondations publiques
4.5. Une typologie des fondations priv es et publiques
Conclusion
Annexe 1. Pr cisions sur le financement octroy par la Fondation Chagnon, Avenir d enfants
Annexe 2. Pr cisions sur le financement octroy par la Fondation Chagnon, Qu bec en forme
8 Les rapports entre organismes communautaires et fondations subventionnaires Richard Morin, assist de James Darbouze, Gabri le Lalibert Auger, Gessica Gropp et Sofiane Mokrani
1. Le portrait des organismes communautaires de notre chantillon
1.1. Les entretiens de 2011
1.2. Les entretiens de 2013
1.3. Les entretiens de 2014
2. L acc s l appui financier des fondations
3. La marge de man uvre
4. Le suivi et l valuation
5. Les discussions sur les fondations dans les r seaux communautaires
Conclusion
Bibliographie
9 La strat gie des fondations: les cas de Centraide du Grand Montr al et de la Fondation Lucie et Andr Chagnon Ta eb Hafsi et Denis Harrisson
1. Les fondations: une introduction
2. Le concept de strat gie et son application aux fondations
2.1. L environnement
2.2. Les ressources
3. Les fondations Montr al: les cas de Centraide du Grand Montr al et de la fondation Lucie et Andr Chagnon
3.1. Centraide du Grand Montr al
3.2. La Fondation Lucie et Andr Chagnon
3.3. Analyse et comparaison
Conclusion
Bibliographie
10 Une mobilisation improbable: la prise de parole publique des fondations qu b coises contre les in galit s Annabelle Berthiaume et Sylvain Lef vre
1. La chronologie de la cr ation du collectif
2. L mergence du collectif et les conditions de possibilit s
2.1. Le contexte politique g n ral de 2014-2015
2.2. Les restructurations dans le milieu des fondations
2.3. L mergence d une initiative rassembleuse: le modus operandi
3. Quel avenir pour la coalition?
3.1. L enjeu des in galit s entre fondations
3.2. La crainte de "parler politique
3.3. La relation de la philanthropie aux in galit s sociales et conomiques
4. L valuation par le collectif
4.1. La r ponse gouvernementale
4.2. L accueil dans l espace public
4.3. La construction d un acteur collectif
Conclusion
Annexe 1. Les acteurs concern s
Annexe 2. "Les risques de la rigueur budg taire paru le 11 mars 2015
Annexe 3. La couverture m diatique de la lettre du 11 mars 2015
Bibliographie
11 Le portrait et l analyse de l engagement des fondations subventionnaires canadiennes dans les politiques publiques Peter R. Elson et Sara Hall
1. La question politique est importante
2. Les fondations subventionnaires canadiennes
2.1. Au-del du capital: les r les des fondations dans l laboration des politiques publiques
2.2. Le paysage de l engagement politique
2.3. L engagement dans les politiques publiques
3. Le mod le d laboration de politiques en trois tapes
3.1. L tape de l identification des probl mes
3.2. L tape de l laboration des politiques publiques
3.3. L tape de la prise en compte du contexte politique
3.4. L tape de la mise en uvre
3.5. L tape des effets
4. Une mise en perspective
Conclusion
Bibliographie
Conclusion. Penser le secteur philanthropique en termes d cosyst me cologique vis e thique et port e esth tique Jean-Marc Fontan et Beno t L vesque
1. Les fondements cologiques de la notion d cosyst me
2. Une utilisation largie et dulcor e de la notion d cosyst me en conomie
2.1. Les cosyst mes d affaires
2.2. Les cosyst mes entrepreneuriaux
2.3. Une "critique sympathique interne des SE: vers une reformulation largie et inclusive aux organisations de la soci t civile et aux entreprises d conomie sociale
3. La notion d cosyst me appliqu e l entrepreneuriat social et la philanthropie
3.1. L cosyst me de l entrepreneuriat social
3.2. L cosyst me de la philanthropie subventionnaire
4. Penser l cosyst me philanthropique en int grant les cl s thique et esth tique de la posture cologique
5. L cosyst me philanthropique en contexte de transition sociale et cologique
5.1. Un premier l ment de r ponse
5.2. Un deuxi me l ment de r ponse
Conclusion
Bibliographie
Notices biographiques
LISTE DES FIGURES ET TABLEAUX
Figures

Figure 3.1.
Proportion des actifs des 15 premi res fondations comparativement la richesse nationale
Figure 3.2.
R partition des aires g ographiques d intervention des fondations de six pays europ ens
Figure 4.1.
Graphique du nombre de fondations par type (2003-2013)
Figure 4.2.
Graphique du total des actifs et des subventions par type de fondations (2003-2013)
Figure 4.3.
Graphique de la r partition des fondations par champ d intervention (2003-2013)
Figure 4.4.
Graphique du nombre de fondations selon le type d activit (2003-2013)
Figure 4.5.
Graphique actifs totaux par type d activit (2003-2013)
Figure 5.1.
cosyst me, parties prenantes et information
Figure 7.1.
Nombre de fondations priv es selon le budget total destin des organismes de la RMR de Montr al en 2005
Figure 7.2.
Nombre de fondations publiques selon le budget total destin des organismes de la RMR de Montr al en 2005 (excluant Centraide du Grand Montr al)
Figure 7.3.
R partition des dons en fonction du domaine d intervention (fondations priv es 2005)
Figure 7.4.
R partition des dons en fonction du domaine d intervention (fondations publiques 2005, l exclusion de Centraide du Grand Montr al)
Figure 7.5.
R partition des dons en fonction du domaine d intervention - Centraide du Grand Montr al 2006
Figure 7.6.
Nombre de fondations priv es selon le budget total destin des organismes de la RMR de Montr al en 2011
Figure 7.7.
Nombre de fondations publiques selon le budget total destin des organismes de la RMR de Montr al en 2011 (excluant Centraide du Grand Montr al)
Figure 7.8.
R partition des dons en fonction du domaine d intervention (fondations priv es 2011)
Figure 7.9.
R partition des dons en fonction du domaine d intervention (fondations publiques 2011, l exclusion de Centraide du Grand Montr al)
Figure 7.10.
R partition des dons en fonction du domaine d intervention - Centraide du Grand Montr al 2012
Figure 7.11.
Nombre de fondations priv es selon le budget total destin des organismes de la grande r gion de Montr al, 2005 et 2011
Figure 7.12.
Nombre de fondations publiques selon le budget total destin des organismes de la RMR de Montr al, 2005 et 2011 (excluant Centraide du Grand Montr al)
Figure 11.1.
Cadre de l engagement des fondations dans l laboration des politiques publiques
Figure C-1.
L cosyst me philanthropique
Tableaux

Tableau 3.1.
D veloppement des fondations, par pays, en pourcentage
Tableau 3.2.
Principaux types de fondations en Europe
Tableau 3.3.
Principaux champs d activit des fondations europ ennes
Tableau 4.1.
R partition des fondations dans les grandes villes canadiennes (2003 et 2013)
Tableau 4.2.
Les dix principales fondations donatrices au Canada selon la valeur de leur actif en 2013
Tableau 4.3.
Typologie de relation donateur-donataire, selon P. Frumkin
Tableau 4.4.
D penses moyennes par type d activit , 2003-2013
Tableau 5.1.
Exemples d information partag e par les fondations subventionnaires
Tableau 5.2.
Contenu du formulaire T3010 de l Agence du revenu du Canada
Tableau 5.3.
Exemples de recherche utilisant les donn es du T3010
Tableau 6.1.
Donn es de 2012 sur les fondations au Canada et aux tats-Unis
Tableau 6.2.
Donn es de 2012 et 2014 sur les fondations communautaires
Tableau 7.1.
Typologie de 38 fondations donnant un total de plus de 20 000 $/ann e aux organismes communautaires (OC): RMR de Montr al (2005)
Tableau 7.2.
Typologie de 38 fondations donnant un total de plus de 20 000 $/ann e aux organismes communautaires (OC): RMR de Montr al (2011)
Tableau 8.1.
Quartiers des enqu tes et entrevues de 2011 en fonction du d veloppement de l action communautaire et de la composition sociale
Tableau 8.2.
Soutien financier en provenance de fondations des neuf organismes communautaires tudi s en 2011 en fonction de leur domaine d action
Tableau 8.3.
Soutien financier en provenance de fondations des 19 organismes communautaires tudi s en 2013 en fonction de leur domaine d action
Tableau 8.4.
Soutien financier en provenance de fondations des sept organismes communautaires tudi s en 2014 en fonction de leur domaine d action
LISTE DES SIGLES
ACF
Advocacy Coalition Framework
ARC
Agence du revenu du Canada
EFC
European Foundation Center
SE
cosyst me entrepreneurial
EUP
tablissements d utilit publique
FCC
Fondations communautaires du Canada
FGM
Fondation du Grand Montr al
FLAC
Fondation Lucie et Andr Chagnon
FPC
Fondations philanthropiques Canada
IRS
Internal Revenue Service
LIR
Loi de l imp t sur le revenu
LSE
London School of Economics
OBNL
Organisation but non lucratif
OCDE
Organisation de coop ration et de d veloppement conomiques
PFC
Philanthropic Foundations Canada
RMR
R gion m tropolitaine de recensement de Montr al
RUP
Reconnue d utilit publique
SACAIS
Secr tariat l action communautaire autonome et aux initiatives sociales
INTRODUCTION
Jean-Marc Fontan, Peter Elson et Sylvain Lef vre
Les fondations subventionnaires, de nouveaux acteurs politiques? Telle est la question laquelle nous tenterons de r pondre par la production de cet ouvrage collectif. Les diff rents auteurs qui ont contribu sa r alisation apportent, chacun leur fa on, des l ments de r ponse cette question. Rappelons que cette interrogation date. D s le d but du XX e si cle, avec le d veloppement des premi res fondations subventionnaires tatsuniennes de l re moderne, la dimension sociopolitique de ces organisations a t fortement questionn e. Ce questionnement critique a d ailleurs donn lieu des relations tendues entre des dirigeants de ces nouvelles organisations et la pr sidence de l tat f d ral.
Rockfeller and his advisers sought to obtain a federal charter from the U.S. Congress to authorize the creation of the Rockfeller Foundation Immediately [ he ] encountered fierce criticism in Washington, D.C. Some of the opposition stremmed from resistance to Rockfeller s extraordinay wealth, obtained from the monopolistic business practices of Standard Oil and stubborn resistance to labor unions . " No amount of charities in spending such fortunes , observed former President Theodore Roosevelt , " can compensate in any way for the misconduct in acquiring them (Reich, 2016, p. 64).
D s les premiers moments d existence des grandes fondations tatsuniennes fut pos e la question de la cr dibilit et de la l gitimit d action d acteurs priv s fortun s intervenant sur la question de l entraide et du providentialisme (Fontan, L vesque et Charbonneau, 2011). Le questionnement de l acceptabilit sociale de ces organisations laissait entrevoir deux dimensions aux critiques qui taient formul es. D un c t , il paraissait non l gitime de voir de nouveaux acteurs priv s agir sur la sc ne de l action sociale, une sc ne traditionnellement d volue aux glises et, plus r cemment, l tat. D un autre c t , cette ill gitimit d coulait du constat de discontinuit dans les comportements d hommes d affaires devenus riches. Pourquoi, soudainement, deviendraient-ils de grands philanthropes, et ce, apr s avoir amass leur fortune? Pourquoi ne jugeaient-ils pas pertinent d adopter une posture philanthropique d s les premiers moments de la conduite des activit s conomiques qui leur avaient permis de la constituer? D une certaine fa on, le commentaire du pr sident Roosevelt invitait les gens d affaires se d finir philanthropes d s le d part afin de faire de leur entreprise un espace collaboratif qui tiendrait compte non seulement de questions conomiques mais aussi des enjeux sociaux du moment ou venir.
Compte tenu des capacit s limit es de mobilisation de ressources financi res de l tat f d ral des tats-Unis, lesquelles furent h rit es des arrangements institutionnels du XIX e si cle, la critique formul e par le pr sident Roosevelt t moignait aussi de la faiblesse d intervention de l tat face aux questions sociales. l oppos , les actions philanthropiques la Carnegie ou la Rockfeller d montraient une capacit effective d intervention: ces nouvelles fondations disposaient de ressources conomiques relativement importantes, rapidement mobilisables, p rennes, ce qui leur permettait d agir sur la longue dur e. Comme ces philanthropes l exprimaient en leurs termes ("rendre la communaut et "agir pour le bien de l humanit ), ces nouvelles organisations d montraient une capacit d agir r elle tout en tant dot es de modalit s priv es de gouvernance.
The idea behind the Rockefeller Foundation and the Carnegie Foundation was to establish an entity with broad and general purposes, intended to support other organizations (e.g., research institutes), seeking to address root causes of social problems rather than deliver direct services (work "wholesail rather than "retail ), and designed to be administred by private, self-governing trustees, with paid professionnal staff, who would act on behalf of a public mission (Reich, 2016, p. 65-66).
Cette faiblesse de l tat f d ral tait bien r elle au d but du XX e si cle. Elle fut lentement att nu e au fur et mesure de l augmentation des capacit s financi res de l tat pour laisser place, partir des ann es 1960, un tat intervenant de plus en plus fortement dans les grands champs de l action sociale et de la culture. Cet interventionnisme de l tat a grandement affaibli l importance relative du r le jou par les investissements priv s des fondations subventionnaires dans les domaines de l ducation, de la sant et de la culture. Cette perte d importance s att nue au d but des ann es 1980, en raison du retour en force des capacit s d action des fondations subventionnaires. D une part, il se cr e de nouvelles fondations partir de dotations tr s importantes, l image de la Fondation Bill et Melinda Gates en 2000. D autre part, ce retour en force prend place dans un contexte o , pour nombre de repr sentants et repr sentantes du monde de la philanthropie subventionnaire, il s agit moins de travailler de concert ou en compl mentarit avec l tat que de travailler ou d intervenir de fa on novatrice, soit pour r pondre de nouveaux besoins, soit pour pallier les insuffisances de l tat, ou encore pour intervenir sur de nouveaux terrains. Un renouveau "philanthropique est observ , lequel se dote de moyens plus sophistiqu s pour atteindre des objectifs mieux d finis et plus au fait des limites de la philanthropie caritative.
We observed new players - individuals who came into their wealth with the explosion of the technology industry, new financial institutions and other growth industries. Donors were younger, more diverse and more philanthropically engaged. There were new institutional vehicles emerging, such as donor-advised funds, the donor option in United Way, and giving circles, which put the donor at the centre of decision making. And these new donors were adopting new strategies and approaches that, at their core, viewed giving not merely as doing good, but as an investment in outcomes and impact. There was a fever pitch that change was coming and that this " new philanthropy would replace traditional philanthropy (Ferris, 2016, p. 316-317).
L ge d or de l interventionnisme public, caract ris par les d cennies allant de l apr s Seconde Guerre mondiale au d but des ann es 1980, s est depuis passablement tiol . Au Canada, par exemple, si l tat, tout en demeurant l acteur central, agit en toute l gitimit dans la gestion des activit s de r gulation soci tale et de redistribution de la richesse, il le fait de fa on moins h g monique ou imp riale en devant tenir compte de l importance prise par d autres acteurs. Cette situation d tat-nation la fois fort et faible, l gitime mais questionn , affirmatif sur sa souverainet , mais timide dans ses d cisions, pose probl me eu gard aux exigences nonc es par des mouvements sociaux ou par certains segments de la population. D un c t , sur le plan social, malgr le d ploiement du providentialisme des ann es 1970, nous assistons depuis les deux derni res d cennies tant une volution permanente du visage de la pauvret qu l augmentation constante des in galit s sociales. D un autre c t , cette ancienne question sociale se sont ajout s les d fis li s au r chauffement climatique et la perte de diversit des cosyst mes naturels. Enfin, la crise de la repr sentation politique, avec la d l gitimation des m canismes traditionnels (abstention, perte de confiance dans les lus), voire des acteurs interm diaires (partis, syndicats, m dias), mine la l gitimit de l architecture d mocratique. D s lors, le contexte et le cadrage soci tal actuel remettent en question la pr tention et la capacit de l tat faire face ces enjeux et ces d fis.
Cet tiolement de la capacit et de la l gitimit de l tat a t accompagn par une mont e en importance du pouvoir d agir de plusieurs acteurs sociaux. Il s est mat rialis par une externalisation de responsabilit s et de champs de comp tences tatiques vers les secteurs priv et communautaire. La "communautarisation et la "marchandisation de responsabilit s et d actions qui relevaient traditionnellement ou qui devraient relever de champs de comp tences publics n a pas t sans affecter la centralit occup e par l tat dans la gestion des affaires "de la Cit . L appel un retour la centralit d un l gislateur fort et en capacit d agir s est fait certes entendre depuis le d but des ann es 1980. Mais ce sont des appels plus vigoureux encore qui ont marqu les derni res d cennies, davantage d externalisation, de d r glementation, de communautarisation et de marchandisation des activit s et des champs de comp tences de l tat. Ces appels ont d ailleurs fr quemment t port s par des gouvernements.
Devant une vidente absence de leadership politique, ces appels doivent aussi apporter des l ments de r ponse au projet d avenir de l humanit , l heure, par exemple, d une n cessaire transition cologique. Sur quelles orientations culturelles reposerait cet avenir et quel grand plan d organisation des soci t s serait requis pour r pondre aux enjeux socio- conomiques, sociopolitiques et environnementaux actuels et surtout venir? Un tel plan devrait-il reposer uniquement sur deux grands secteurs institutionnels, lesquels seraient en charge des affaires politiques, l tat, et conomiques, le March ? Au contraire, un tel plan devrait-il tenir compte des capacit s r elles de l ensemble des acteurs et des logiques institutionnelles en place? savoir un tat plus modeste qui partagerait la sc ne non seulement avec son vis- -vis institutionnel des premi res heures, le March , mais aussi, avec cet autre acteur qui, depuis le d but du XIX e si cle, ne cesse de prendre de l ampleur et de l importance en mati re de gouvernance soci tale: la "soci t civile . Mais, au-del de cette invocation un nouveau partage des responsabilit s, quelles modalit s d articulation des diff rents int r ts - potentiellement divergents - et quelles formes concr tes doivent prendre la coconstruction et la coproduction de l action publique? Les d fis sont videmment immenses (Skocpol, 2016).
Voil donc le contexte et le cadrage dans lesquels s inscrit notre r flexion, soit celui d une nouvelle donne soci tale o les turbulences suscit es par le d clin de la troisi me r volution industrielle et son passage une quatri me suscite des tensions et des d bats, des am nagements et des r am nagements, des mises en obsolescence et l apparition de nouvelles fa ons de d finir notre avenir (Schwab, 2017).
Cette nouvelle donne nous interpelle, chercheurs et acteurs, d une fa on telle que nous devons plus que jamais travailler ensemble afin de mieux comprendre ce qui est en train de se produire dans nos soci t s. Les auteurs qui ont particip la r daction de cet ouvrage explorent chacun leur fa on certains des l ments requis pour nous doter d une vue d ensemble clairante sur le secteur de la philanthropie subventionnaire, un petit champ d action, certes, mais un champ d intervention qui demeure important dans les reconfigurations en cours, car situ au c ur des recompositions et tensions structurelles voqu es pr c demment.
Le d frichage que nous avons r alis explore plusieurs dimensions. Premi rement, il importe de situer la philanthropie subventionnaire tant sur le plan historique que conceptuel. C est cette t che que r pond la premi re partie du livre. Dans un premier temps, il s agit de rappeler des l ments historiques, les chapitres 1 , 2 et 3 vont dans cette direction. Le chapitre 1 , de Sylvain Lef vre et Nicole Rigillo, pr sente une perspective historique compar e entre les traditions europ ennes et nord-am ricaines ( tats-Unis et Canda). Le chapitre 2 , de David Champagne, d crit la mutation qui prend place au Qu bec entre 1840 et 1917 dans la fa on de penser et de pratiquer le m c nat. Enfin, le chapitre 3 , d Antonin Margier, brosse un portrait contemporain de l mergence et du d veloppement de fondations priv es en Europe.
Dans un deuxi me temps, les chapitres 4 , 5 et 6 de la premi re partie du livre fournissent des l ments compl mentaires en portant un regard empirique ou th orique sur l objet tudi . Le chapitre 4 de Sylvain Lef vre et d Iryna Khovrenkov combine les approches empiriques et th oriques pour introduire des modalit s de classification et d analyse des fondations. Le chapitre 5 , de Fran ois Brouard, pr sente une r flexion m thodologique sur la fa on de recueillir des donn es statistiques et sur les outils de recherche notre disposition pour tudier les transactions qui prennent place entre des fondations subventionnaires et les organisations ou projets qu elles subventionnent. En compl ment, au chapitre 6 , l quipe de Nicole Rigillo se penche sur l analyse compar e des dons r alis s par des fondations tatsuniennes et canadiennes sur ces deux espaces nationaux.
La deuxi me partie de l ouvrage aborde la question des strat gies mises de l avant par des acteurs philanthropiques. Elle permet de porter un regard sur l cosyst me philanthropique tout en accordant de l importance la dimension des relations prenant place entre des acteurs de cet cosyst me. Cette section mobilise du travail d analyse fait partir de donn es quantitatives ou qualitatives, travers galement des tudes de cas.
Richard Morin, dans les chapitres 7 et 8 , prend pour sc ne d observation certains quartiers montr alais. Dans sa premi re contribution, il observe, entre 2005 et 2011, la nature et la place occup e par le don philanthropique dans le financement d organisations communautaires. La photographie ainsi r alis e lui permet, d un c t , de relativiser le poids quantitatif des montants allou s par des fondations aux organisations tudi es. D un autre c t , dans son deuxi me texte, il illustre l importance qualitative que peut prendre le financement philanthropique dans la mission de l organisation subventionn e.
L tude des relations entre subventionnaires et subventionn s d coule de l application de strat gies d intervention, pour les premiers, et de strat gies de financement, pour les seconds. Au chapitre 9 , le travail de Ta eb Hafsi et de Denis Harrisson explore la question des actions strat giques retenues par des organisations subventionnaires. Le travail de recherche a t effectu partir d tudes de cas sur deux acteurs philanthropiques qu b cois: Centraide du Grand Montr al et la Fondation Lucie et Andr Chagnon.
Les strat gies d ploy es peuvent aussi prendre une dimension collective. En effet, les collaborations entre des fondations subventionnaires sont de plus en plus observ es et portent sur une vari t de dimensions. Le travail d Annabelle Berthiaume et de Sylvain Lef vre pr sent dans le chapitre 10 examine une forme de collaboration r cente entre des fondations qu b coises. L objet de cette collaboration porte sur une prise de parole publique concernant la question des in galit s sociales et de leur accentuation en contexte d aust rit .
Ce dernier point soul ve la question du rapport au politique de la philanthropie subventionnaire. Cette question est explor e au chapitre 11 , la derni re contribution cette deuxi me partie de l ouvrage, soit celle de Peter Elson. Ce dernier dresse un portrait de l engagement des fondations subventionnaires canadiennes dans les politiques publiques et l analyse. Au c ur de cette analyse, nous retrouvons la question de l influence de l acteur philanthropique subventionnaire sur la d finition et l orientation des politiques publiques.
En guise de conclusion, le livre se termine par un travail de synth se r alis par Jean-Marc Fontan et Beno t L vesque sur la dimension cosyst mique du secteur philanthropique. Au-del d un effet de mode tr s r cent consistant situer tout objet d tude dans un cosyst me, la contribution de ces auteurs permet de d finir un cadre d analyse critique et prospectif des interactions observ es entre des r seaux d acteurs disposant de ressources et de pouvoirs in gaux.
Bibliographie
Ferris, J.M. (2016). "Is this a new golden age of philanthropy? An assessment of the changing landscape , Voluntary Sector Review , vol. 7, n 3, p. 315-324.
Fontan, J.-M., B. L vesque et M. Charbonneau (2011). "Les fondations priv es qu b coises: un champ de recherche mergent , Lien social et politiques , n 65, p. 43-64.
Reich, R. (2016). "On the role of foundations in democracies , dans R. Reich, C. Cordelliet et L. Bernholz (dir.), Philanthropy in Democratic Societies , Chicago, The University of Chicago Press, p. 64-85.
Schwab, J. (2017). La quatri me r volution industrielle , Paris, Dunod.
Skocpol, T. (2016). "Why political scientists should study organized philanthropy , Political Science Politics , vol. 49, n 3, p. 433-436.
PARTIE 1
La philanthropie en analyse compar e
1 LES FONDATIONS EN PERSPECTIVE COMPAR E HISTORIQUE (EUROPE, TATS-UNIS, CANADA, QU BEC)
Sylvain Lef vre et Nicole Rigillo
L action philanthropique s enracine dans une histoire longue. On l observe d s l Antiquit grecque, notamment sous la forme de l verg tisme (Veyne, 1976). De fa on g n rale, ce type d action permet une redistribution de ressources aupr s de personnes d munies ainsi que l allocation de fonds pour l accomplissement de grands travaux dits d int r t public. Les ressources mobilis es pour la bienfaisance sont principalement financi res. Elles proviennent de surplus engendr s par diverses activit s conomiques ou sont le fruit d activit s consacr es la production d un capital qui est r serv en totalit des activit s de bienfaisance. Cette histoire de la philanthropie se compose de diff rentes phases, o certaines p riodes se d tachent par leur importance: le V e si cle avant J sus-Christ, le premier si cle, l Antiquit tardive, le XIV e si cle, la p riode de la R forme ou le XIX e si cle (Robbins, 2006, p. 28).
Les fondations modernes se d veloppent sur ces bases historiques. Si elles s en inspirent, elles en r volutionnent aussi la port e et les modalit s organisationnelles. Pour illustrer le cadre de d veloppement des fondations modernes europ ennes et nord-am ricaines, nous nous pencherons sur leur histoire r cente. Nous passerons tr s rapidement en revue le cadre historique europ en avant de porter notre regard sur l histoire de la philanthropie aux tats-Unis, au Canada et au Qu bec. Ce chapitre se terminera par une analyse des tendances actuelles en philanthropie.
1. Europe: des fondations locales et charitables aux liens avec la gen se de l tat social
En Europe, depuis le Moyen- ge, les fondations religieuses, travers certains ordres monastiques (b n dictins et franciscains notamment), recueillent legs et dons, en nature ou en esp ces, pour cr er des asiles et h pitaux accueillant les pauvres, les vagabonds et les malades. Ces fondations religieuses sont tol r es si elles restent locales et dot es d une perspective charitable. Leur expansion est per ue comme une menace potentielle pour les pouvoirs politiques, travers notamment les propri t s de mainmorte qui sont des biens inali nables et qui chappent aux taxes et droits de succession. La d tention de ces ressources par l glise catholique accro t galement la rivalit avec un tat central en construction, qui se b tit parfois en concurrence avec l autorit religieuse.
Pour ces deux raisons, en France, les fondations seront longtemps mises l index par un tat qui d tient le monopole des missions d int r t g n ral et maintient la marge les corps interm diaires, associatifs ou religieux. Au sein de la Grande Encyclop die dit e par Diderot et d Alembert, cette uvre colossale des Lumi res, l conomiste Turgot (qui deviendra ensuite contr leur g n ral des finances de Louis XVI) crit en 1756 dans l article intitul "Fondation :
Un fondateur est un homme qui veut terniser l effet de ses volont s [ ]. Aucun ouvrage des hommes n est fait pour l immortalit ; puisque les fondations toujours multipli es par la vanit absorberaient la longue tous les fonds et toutes les propri t s particuli res, il faut bien qu on puisse la fin les d truire. Si tous les hommes qui ont v cu avaient un tombeau, il aurait bien fallu, pour trouver des terres cultiver, renverser ces monuments st riles, et remuer les cendres des morts pour nourrir les vivants (cit dans Archambault, 2003, p. 70).
Apr s la R volution fran aise, les fondations apparaissent comme des incarnations de l Ancien R gime, par leur lien la fois avec l glise et avec la noblesse, les deux ordres honnis par le tiers tat.
A contrario , au XIX e si cle, les fondations redeviennent une institution valoris e dans certains autres pays, mais dans un dessein diff rent. En effet, l essor des fondations la ques appara t davantage comme une solution la conciliation de l expansion d un tat-nation d un c t , et de la diversification des int r ts de la soci t civile de l autre (Anheier, 2001). Dans ce XIX e si cle o l industrie et le commerce font flor s, tandis qu un prol tariat urbain se d veloppe, on assiste ainsi au d veloppement de fondations par les nouvelles lites marchandes en Angleterre, aux Pays-Bas, en Allemagne et en Autriche. Paris, 20 du budget des familles de la bourgeoisie est consacr la charit et en 1897, on compte 2700 organisations caritatives dans la capitale (Cohen, 2003, p. 403). Mais ces initiatives demeurent le plus souvent dot es de vocations tr s localis es et particuli res, une chelle principalement municipale. N anmoins, il faut souligner le r le de certaines "n buleuses r formatrices (Topalov, 1999), o collaborent des experts, des philanthropes, des lus et des industriels. Ces r seaux uvrent au d but du XX e si cle comme des incubateurs de futures politiques publiques, par exemple dans le domaine social, de la sant ou de l urbanisme, autour du mouvement hygi niste. On peut citer les r seaux gravitant autour du Mus e social en France, de Charles Booth puis de Seebohm Rowntree en Angleterre ou encore de la Social Policy Association en Allemagne (Cohen, 2003, p. 405).
L action de ces r seaux philanthropiques, aux XIX e et XX e si cles, permet d affiner notre compr hension de la relation complexe entre la philanthropie et la construction des tats, avec des enjeux sociaux mais aussi politiques. En effet, cette relation pose question dans les affaires int rieures: quelle place l tat doit-il laisser des initiatives priv es qui prennent en charge l int r t g n ral? Mais cette interrogation se pose aussi dans les affaires ext rieures, comme le montre l exemple de l Empire britannique l gard de ses colonies, et notamment de l Inde.
En effet, dans l Empire britannique, certaines initiatives philanthropiques ont t reproduites, de la m tropole vers les colonies. La transposition des formes victoriennes de la philanthropie priv e a permis de fournir aux sujets coloniaux un acc s aux biens publics sans pour autant alimenter les attentes qu un tel acc s aurait pu susciter, c est- -dire la construction d un tat social, avec des pr rogatives claires (Ramusack, 2007). Ce transfert de mod le philanthropique a galement servi encourager les valeurs victoriennes d conomie et d autosubsistance. La loi a aussi t un moyen de d tourner les sujets coloniaux des formes d aide mutuelle bas e sur le statut, comme la caste ou la communaut , et de les orienter vers une charit bas e sur les valeurs chr tiennes et lib rales, plus d sincarn e et sans attente de retour direct. Pour ce faire, un cadre l gislatif et des incitations plus officieuses ont encourag dans les colonies, la fin du XIX e si cle et au d but du XX e si cle, le d veloppement de fiducies de bienfaisance ( charitable trust ) et de soci t s de secours mutuel (Birla, 2009; Lambert et Lester, 2004).
En Inde, par exemple, des fonds philanthropiques, regroupant les dons des lites britanniques, visaient des domaines n glig s par le gouvernement colonial, comme l ducation des filles. Parall lement, ce gouvernement encourageait les lites indiennes faire des dons, l aide d changes de titres et d autres honneurs, afin de b tir des biblioth ques publiques, des coles, ou encore pour assurer de l approvisionnement de nourriture durant les famines (Lal, 1994; Sundar, 2000, p. 108). Les soins m dicaux pour les Indiens taient un autre domaine n glig par le gouvernement colonial; il a longtemps limit ses interventions en sant l entretien d un "cordon sanitaire entre les Indiens et les Europ ens, par la s gr gation raciale et la vaccination s lective (Arnold, 1993, 2000). Jusqu l ind pendance en 1947, les h pitaux et les cliniques sp cialis es, quand ils existaient, taient financ s presque totalement par des fonds philanthropiques, r unis par des dons et dotations des lites britanniques et indiennes (Arnold, 2000; Lal, 1994). Les propri taires de certaines des plus grandes entreprises indiennes ont aussi jou un r le notable comme "philanthropes industriels au d but du XX e si cle, guid s par le pr cepte de Ghandi selon lequel les hommes d affaires taient les administrateurs ( trustees ) de la richesse de la soci t et devaient donc la redistribuer. Ces philanthropes furent troitement li s au mouvement nationaliste indien et leur philanthropie servit b tir les institutions qui favoriseraient l autosuffisance de l Inde, sur le chemin de l ind pendance (Sundar, 2000; Watt, 2011). Citons le magnat de l acier, Jamsetji Tata, dont la famille fut progressivement reconnue comme les "Rockefeller de l Inde . Il joua un r le cl au d but du XX e si cle dans le d veloppement d institutions ducatives et de bourses, afin de former les Indiens des r les bien sup rieurs aux simples fonctions d employ s de bureau auxquelles les cantonnait le syst me d ducation colonial (Lala, 2006).
Le cas indien, li la philanthropie d velopp e dans l Empire britannique, permet de pointer certains changements d chelle et de d placements de sens: d une philanthropie locale et se limitant un p rim tre charitable, que nous avons d crite pour l Europe, nous arrivons une philanthropie se d veloppant dans un cadre national, voire transnational, et rev tant des significations proprement politiques. Ces transformations du sens que rev t la philanthropie sont li es pour partie des modifications de la configuration sociopolitique et conomique aux XIX e et XX e si cles, qui conf r rent un r le et un poids nouveaux la philanthropie.
Ainsi, plusieurs volutions historiques doivent tre prises en compte afin de comprendre l volution du p rim tre d action des fondations europ ennes. Premi rement, il faut souligner, entre le XIX e et le XX e si cle, le r le jou par l av nement de la d mocratie repr sentative. Pour Lambelet (2014, p. 29), au sein d un XIX e si cle o mergent, d une part, un nouveau r pertoire d action caract ris par la manifestation de rue (Tilly, 1986) et, d autre part, un suffrage censitaire puis universel, la philanthropie constituerait une r ponse pour les lites conomiques. Ce serait un moyen pour elles d avoir une influence importante, sans avoir se soumettre au nouveau jeu politique lectoral et repr sentatif, qui remet en question les assises traditionnelles du pouvoir. Mitsushima (2014) pointe plut t la concurrence entre les lites: l entr e en philanthropie des patrons (haute finance et haut commerce), en France, au XIX e , se fait contre la noblesse, qui monopolise encore le pouvoir (malgr l av nement du suffrage universel). Contre la "politique institu e , o se maintient la "classe oisive (la noblesse), et qui se r sumerait un m lange de course aux places et de simple administration quotidienne des affaires, la philanthropie permettrait d acc der la "vraie politique , d entreprendre, par l action plus que par de longs discours, une r forme profonde de la soci t , en dehors du cadre rigide et contraignant des lois. Dans cette perspective, la philanthropie est donc un moyen d avoir acc s au pouvoir, en sortant du cadre limitant de la d mocratie repr sentative.
Deuxi mement, pour comprendre l volution du r le de la philanthropie, il faut souligner le r le des deux guerres mondiales. En effet, la destruction de patrimoines industriels consid rables a profond ment affect la structure des in galit s et de la richesse (Piketty, 2013), mais aussi le nombre des fondations en Europe, beaucoup n y ayant pas surv cu. Ainsi, parmi les pays actuellement dot s du plus grand nombre de fondations, on retrouve la Suisse, la Su de ou le Liechtenstein, relativement pargn s par ces conflits par comparaison avec leurs voisins.
Troisi mement, il faut souligner que la place des fondations est videmment fonction du d veloppement concomitant de l tat social, mesure que celui-ci se saisit des politiques sociales, sanitaires et ducatives. Or ce d veloppement volue selon les poques et les pays. Ainsi, l intensification des pr l vements fiscaux des tats, notamment lors des guerres mondiales, accro t leur capacit redistributive tout en freinant l accumulation de grandes fortunes. Par ailleurs, si on suit le mod le d Esping-Andersen (1990), des types diff rents d tat social peuvent tre relev s selon les pays; ils attribuent des responsabilit s diff rentes aux fondations, selon des mod les sociaux-d mocrates, corporatistes, lib raux ou encore p riph riques (Anheier et Daly, 2007). Aujourd hui encore, on observe, par exemple, une forte suspicion envers les fondations au sein des tats scandinaves. De nombreux auteurs attribuent donc au d veloppement de mod les d tat-providence plus forts en Europe la diff rence avec la situation aux tats-Unis, o son absence serait la fois la condition et la cons quence de fondations puissantes et de pratiques philanthropiques diffuses (Dogan, 2007; Schuyt, 2010; Buhler, Light et Charhon, 2001). Mais est-ce si clair?
2. tats-Unis: la naissance des fondations modernes
Les tats-Unis sont fr quemment pr sent s comme un id al-type philanthropique oppos celui de l Europe, notamment l gard du poids des fondations dans la soci t , car celles-ci y jouent un r le tout fait central et jouissent d une reconnaissance importante. Mais il faut pr ciser que ce qu on y d signe par "fondations a peu voir avec les organismes religieux et charitables issus du Moyen- ge outre-Atlantique. Par rapport son avatar europ en, l institution y est r invent e sous plusieurs aspects la fin du XIX e si cle. Aux tats-Unis, les fondations modernes renvoient une forme institutionnelle particuli re, le trust , qui survit son fondateur et est reconnu par des dispositifs juridiques, fiscaux et politiques. La fondation devient non plus le prolongement de la volont d un donateur (parfois apr s sa mort), mais une "machine r soudre des probl mes . Ces probl mes voluent n cessairement dans le temps et conduisent donc la fondation s adapter en modifiant l allocation de ses fonds, le type de projets financ s ou encore les modalit s de son soutien, par opposition la simple reconduction perp tuelle et rigidifi e du dessein d un fondateur (Hammack et Anheier, 2013). Olivier Zunz (2012) 1 a soulign quel point cette innovation institutionnelle fut le fruit d un compromis politique et juridique autour d enjeux complexes au d but du XX e si cle aux tats-Unis. Mais il pr cise aussi un second l ment: le cadre de la fondation am ricaine est "une cr ation capitaliste hybride, l intersection de la philanthropie et de l tat: non soumis l imp t tant que ses profits taient r investis dans le bien commun, il op rait n anmoins selon les m mes principes que les entreprises (Zunz, 2012, p. 12). L vangile de la richesse ( Gospel of Wealth ) fait ce titre figure de profession de foi pour les fondateurs am ricains. Ce texte de 1889 a t r dig par Andrew Carnegie, surnomm alors "l homme le plus riche du monde et cr ateur de l une des premi res fondations am ricaines en 1911. Il y affirme sa responsabilit rendre la soci t une partie de ce qu il avait gagn , mais selon les principes qui avaient fait sa fortune dans l acier: la philanthropie n est plus un don mais un investissement. La charit traditionnelle tait empreinte de gratuit ; la philanthropie organis e doit d sormais tre g r e avec la rigueur et les m thodes d une entreprise capitaliste. Au tournant du si cle, d autres pr mices sont partag es par ces capitaines d industrie qui ont cr leur fondation: Russell Sage (1907), Rockefeller (1913) ou plus tard Kellogg (1930) et Ford (1936). Premi rement, leur action ne vise pas seulement les plus pauvres mais l humanit tout enti re, ou, pour reprendre la formule alors consacr e, "le progr s du genre humain . Deuxi mement, il s agit de r former la soci t sans passer par les instances de l tat. Troisi mement, cela se fait par une alliance avec les milieux r formateurs, avec l appui d une science devant permettre de r gler techniquement les questions sociales. Ainsi, le leitmotiv est de ne pas s attaquer aux cons quences mais aux racines des probl mes sociaux, par des approches entrepreneuriales et scientifiques (Sealander, 2003). On voit donc fleurir au d but du si cle de nouvelles institutions productrices de savoirs particuliers (Lagemann, 1983; O Connor, 2001; Anheier et Hammack, 2010, p. 31-157): des biblioth ques, des mus es, des h pitaux et des universit s financ s par les fondations (par exemple, Johns Hopkins Baltimore, Ezra Cornell Ithaca, Leland Stanford Palo Alto, Rockefeller Chicago, Vanderbilt Nashville).
La cr ation de fortunes sans pareil, en comparaison de ce qui s observe sur d autres continents et par rapport au rythme d accumulation sur une g n ration, ne va pas sans susciter d importantes contestations, dans la mesure o cette r volution industrielle s accompagne d un fort creusement des in galit s 2 , avec l apparition d un prol tariat urbain vivant dans des conditions souvent d plorables. Surtout, c est l image de ces capitaines d industrie qui jette une ombre sur les fondations qu ils cr ent. Surnomm s les "barons voleurs , ils ont fait fortune durant la seconde r volution industrielle (acier, p trole, automobile, chemin de fer, finance) en s appuyant sur des m thodes s v rement condamn es par la presse (articles des muckrackers contre la Standard Oil de Rockefeller), les syndicats (conditions de travail pouvantables, violence des r pressions) et le gouvernement (loi antitrust) de l poque (Zinn, 2002, p. 293-340). Ainsi, le r v rend Washington Gladden, figure de l vangile social aux tats-Unis, condamne en 1905 les glises et les universit s qui acceptent l argent sale ( tainted money ) de Rockefeller, acquis par des proc d s non thiques et monopolistiques.
Trois l ments vont permettre de temp rer ces attaques. D abord, c est le lien avec une "n buleuse r formatrice , pour reprendre le terme de Topalov (1999), qui regroupe la fois bourgeois, industriels, fonctionnaires et savants autour de l identification de nouvelles questions sociales et de la confection de nouvelles approches (grandes enqu tes, soci t s savantes, formalisation du travail social, courant de l hygi nisme), exp riment es de mani re localis e puis g n ralis es. Ensuite, c est la Premi re Guerre mondiale qui change l opinion publique autour des barons voleurs, mesure que leurs fortunes sont mises au profit de l effort de guerre et des secours l tranger. La philanthropie, dans son versant litiste (grandes fondations) comme dans son versant populaire (petits dons), devient aux tats-Unis l expression du patriotisme (Zunz, 2012, p. 70-76). Enfin, c est l institutionnalisation des fondations, au sein desquelles les fondateurs c dent progressivement leur place (ou plus rapidement s ils d c dent!) des quipes de professionnels, des comit s d allocation des fonds et des correspondants qui assurent la liaison avec les organismes financ s (Karl et Katz, 1981, p. 251).
Les pouvoirs publics, tout en assignant en proc s les barons voleurs pour vasion fiscale et infraction aux principes de la concurrence (trust et monopole), profitent des investissements des fondations dans le domaine de la recherche, des arts, de l ducation. Des articulations complexes se mettent en place. Certaines fondations misent sur l exp rimentation de programme dont ils esp rent la reprise et la g n ralisation par le gouvernement. D autres, comme la Fondation Carnegie, jouent un r le de levier avec des jumelages ( matching contributions ) entre leur contribution et celle du gouvernement ou de la communaut locale. Enfin, certaines pensent leur action contre l tat, avec une volont de r duire au maximum son emprise, l image de la Fondation Pew.
Cette relation complexe entre fondations et pouvoirs publics suit un fil rouge, une "obsession tonnante, qui parcourt tout le si cle jusqu aujourd hui: celle des l gislateurs, des fonctionnaires et des philanthropes eux-m mes maintenir une impossible barri re tanche entre philanthropie et politique (Zunz, 2012, p. 90). Mais au-del de ce principe, intenable en pratique mais qui constitue une convention th orique et juridique incontournable, des s quences contrast es se succ dent dans cette relation. Ainsi, au projet d " tat associatif de Herbert Hoover, qui promouvait la soci t civile, le localisme et l initiative priv e au d triment de l tat f d ral, succ de la suite de la crise de 1929 la s paration de l action publique et de la philanthropie priv e sous le New Deal de F.D. Roosevelt. Ce dernier interdit la gestion de fonds publics par une organisation priv e, s pare strictement l assistance sociale publique et la charit priv e, tandis que son gouvernement fait la chasse aux fortun s qui profitent des failles du syst me fiscal, notamment par les exemptions philanthropiques. De m me, bien que durant la Seconde Guerre mondiale et la guerre froide, les fondations am ricaines s engagent l tranger en troite liaison avec les objectifs politiques, culturels, diplomatiques et conomiques de leur gouvernement - de la "r volution verte financ e par la Fondation Rockefeller l enr lement des intellectuels en Europe de l Ouest par la Fondation Ford -, elles se verront ensuite reprocher d enfreindre les limites de leur p rim tre et de "faire de la politique . Ainsi, la Dotation Carnegie et la Fondation Ford sont accus es (en vain) d tre infiltr es par des communistes au moment du maccarthysme (ann es 1950), tandis que durant les luttes pour les droits civiques, il leur sera reproch de soutenir des mouvements sociaux jug s trop turbulents (O Connor, 2011). Enfin, un cycle de promotion et de r probation traverse aussi le si cle, suivant les conjonctures conomiques et les probl mes de budget de l tat notamment, propos des exemptions fiscales accord es aux fondations, jug es tour tour comme un incitatif vertueux ou un privil ge exorbitant et un manque gagner pour l tat.
ce titre, dans les ann es 1960 et 1970, les fondations am ricaines se trouvent dans une situation de forte remise en question. La commission Patman d nonce l opacit des fondations, qui d tiennent pourtant une influence politique et un privil ge fiscal qui engagent l ensemble de la collectivit . Elle met galement au jour un certain nombre d abus financiers et de dysfonctionnements administratifs graves parmi les fondations. La pression est si forte qu il est m me envisag par le Congr s d exiger que toutes les fondations d pensent leur dotation dans les quarante prochaines ann es puis cessent d exister. Cette punition sera cart e, mais une r gulation stricte des fondations est mise en place: d pense minimale de 6 de la dotation chaque ann e, interdiction de poss der plus de 20 d une entreprise, etc. (voir Tax Reform Act de 1969). Ces attaques suscitent une forte r flexion interne qui am ne les fondations s interroger comme secteur en soi , par-del la tr s grande h t rog n it des organisations, et se red finir collectivement (Frumkin, 1999). Alors qu elles se repr sentaient auparavant leur secteur comme relevant de la g n rosit priv e, elles le voient d sormais comme un acteur public, qui rend des comptes (rapports annuels), encourage les recherches sur ses pratiques et r sultats, se conforme aux r gles de bonne pratique, participe des changes lors de forums annuels et d veloppe une strat gie de relation publique commune. Certains appuieront m me une requ te pour que la fondation soit plus repr sentative de la soci t , y compris au regard des personnes qui la composent (int gration de femmes et de minorit s ethniques). Si toutes les fondations ne prennent pas ce virage avec la m me ferveur, ces d bats au sein du secteur philanthropique am ricain deviennent n anmoins plus structurants.
Or les orientations de ce secteur ont une influence certaine hors des fronti res am ricaines; ainsi, la deuxi me r union annuelle du Council on Foundations, cr pour animer les d bats du secteur philanthropique tatsunien, s est tenue en 1971 Montr al! (Frumkin, 1999, p. 73.) De plus, cette influence des grandes fondations am ricaines passe par des investissements directs au Canada: d s les ann es 1920, les fondations Carnegie et Rockefeller y financent des projets d envergure, dans les domaines culturel, scientifique et m dical (Brison, 2005; Fedunkiw, 2005).
3. Canada: de l influence anglaise et am ricaine au d veloppement d une voie philanthropique singuli re
ce titre, les gen ses des fondations am ricaines et canadiennes pr sentent de fortes similarit s, sans qu il soit toujours possible de distinguer ce qui ressort de l influence des premi res sur les secondes, ou de conditions structurelles et conjoncturelles semblables. Tout d abord, notons que dans les deux pays, c est le Charitable Trust Act anglais (1853) qui pose les premi res balises juridiques. Au Canada (et au Qu bec), comme en Angleterre, la d finition de la bienfaisance est li e l interpr tation jurisprudentielle rendue dans le cas Pemsel (1891). Pour tre reconnue comme organisme de bienfaisance et obtenir la reconnaissance juridique et fiscale aff rente, une fondation doit poursuivre les quatre finalit s l gitimes suivantes: l assistance la pauvret , l intervention en ducation, le soutien la religion ainsi que d autres activit s b n ficiant la communaut . Malgr des querelles interpr tatives et juridiques (Chan, 2007), ce sont encore les m mes composantes pr sent es aujourd hui par l Agence du revenu du Canada (ARC) qui d finissent ce qui rel ve de la bienfaisance 3 .
Mais ce sont galement les chronologies, le profil des fondateurs et les domaines soutenus qui ont au Canada des chos saisissants avec les l ments relev s propos de la configuration am ricaine. Ainsi, la premi re fondation canadienne, la Fondation Massey, est tablie d s 1918. Les Massey, une famille protestante m thodiste qui est la fois canadienne et am ricaine, ont fait fortune dans la fabrication d quipements agricoles pour les fermes. Sa fondation, au sein de laquelle des membres de la famille si gent titre de trustees , financera la cr ation d institutions culturelles et d enseignement Toronto (Hart House Theatre, Massey Hall, Massey College l Universit de Toronto). Notons que Vincent Massey, qui prendra rapidement la direction de cette fondation, est fortement influenc dans sa t che par George E. Vincent, le demi-fr re de sa m re, qui n est autre que le pr sident de la Fondation Rockefeller aux tats-Unis (Fong, 2008, p. 514).
tudiant l volution des cadres juridiques et fiscaux pour les fondations au Canada et aux tats-Unis, Iryna Kryvoruchko (2013, p. 59-61) signale aussi de nombreuses similarit s. Dans les deux cas, le trust est d abord utilis au sein d tats tr s peu interventionnistes, par de riches entrepreneurs, ayant fait fortune rapidement durant la r volution industrielle, afin de p renniser leur richesse. Puis, petit petit, un double encadrement de l tat se met en place. D une part, il veut viter qu un pouvoir financier se constitue, sans borne temporelle et l abri de toute obligation: des lois obligent verser chaque ann e une part de l actif financier. D autre part, certaines p riodes (notamment pendant les guerres), des incitations fiscales pour mettre profit la ressource philanthropique sont renforc es.
Si l on compare plus pr cis ment la chronologie des transformations du cadre juridique et fiscal sur ces questions philanthropiques (Kryvoruchko, 2013, p. 82), on constate fr quemment un suivisme du Canada l encontre de son voisin du Sud. Ainsi, les premi res d ductions fiscales pour encourager la philanthropie apparaissent lors de la Premi re Guerre mondiale 4 . Aux tats-Unis, les d ductions fiscales pour les dons des individus aux fondations apparaissent en 1917 et l exon ration fiscale des fondations est offerte en 1921. Au Canada, les institutions charitables sont exon r es d imp t partir de 1917 puis les dons charitables sont d ductibles des imp ts pour les individus et les entreprises partir de 1930, dans la limite de 10 du revenu. La r gulation des fondations suit une s quence similaire, apr s la Seconde Guerre mondiale: les fondations doivent s enregistrer aupr s de l autorit fiscale (en 1943 aux tats-Unis et en 1967 au Canada) et se plier au Tax Reform Act (en 1969 aux tats-Unis et en 1977 au Canada), qui leur impose de d bourser annuellement une partie de leur capital. partir des ann es 1980, le niveau de d boursement sera progressivement abaiss 5 .
Le parall lisme des chronologies ne doit cependant pas masquer la situation moins solide des fondations au Canada, par rapport celles des tats-Unis 6 . Ainsi, alors que l entre-deux-guerres donne lieu aux tats-Unis la naissance de nombreuses fondations puissantes (dont la Fondation Ford en 1936), seules deux fondations furent cr es au Canada dans les trente ann es qui ont suivi la cr ation de la Fondation Massey: la Fondation de Winnipeg et la Fondation McConnell. La Fondation de Winnipeg (1921) constitue la premi re fondation communautaire du Canada et elle fut cr e gr ce une dotation initiale de 100 000 $ de William Forbes Alloway. Le parcours tonnant de ce v t rinaire devenu commer ant, banquier, investisseur et l un des premiers millionnaires de Winnipeg n est pas sans rappeler les portraits controvers s des "barons voleurs am ricains, si l on en juge par l alchimie entre des m thodes controvers es utilis es en affaires, l acquisition d un statut de notable (si ge au Winnipeg City Council, gouverneur du Winnipeg General Hospital) et la cr ation d une institution philanthropique p renne (Hanlon, 2003). Pr s d un si cle apr s sa cr ation, la Fondation communautaire de Winnipeg demeure une organisation tr s importante, qui abrite 2700 fonds capitalis s et a allou , pour l ann e 2013, 21,3 millions de dollars 800 organismes de bienfaisance.
La Fondation McConnell a t cr e en 1937, la suite de la dotation de J.W. McConnell. La biographie de ce personnage recoupe galement celle des "barons voleurs am ricains. Il est adul par certains comme l entrepreneur parti de rien et devenu l un des plus riches Canadiens, faisant fortune dans de multiples secteurs (l extraction, les assurances, les transports, la raffinerie de sucre, la finance) et distribuant massivement ses ressources, anonymement ou par l interm diaire de sa fondation, au point d tre consid r comme l un des plus grands philanthropes du XX e si cle canadien. C est aussi un protestant fervent de l glise m thodiste, comme la famille Massey, dont il est proche. Mais il est aussi critiqu par d autres: "vilipend comme le symbole de l oppression anglaise sur le Canada fran ais, un antis mite, un inflexible homme d affaires conservateur, un exploiteur de la classe ouvri re, et un ennemi de la libert acad mique et de la presse (Fong, 2008, p. 12, traduction libre). Par-del les analyses divergentes sur sa personnalit , force est de constater son cumul de positions de pouvoir importantes au sein de l lite canadienne, en plus de sa domination dans le secteur conomique: proximit avec des premiers ministres (Mackenzie King au f d ral, Taschereau et Duplessis au provincial; voir Fong, 2008, p. 386-420), diteur et propri taire du journal Montreal Star , poste de gouverneur de l Universit McGill durant une trentaine d ann es et de l H pital Royal Victoria, patriotisme mis contribution financi rement et consacr durant les deux guerres mondiales 7 . l image du triptyque sant - ducation-arts des fondations am ricaines, dont il s inspire 8 , sa fondation finance l Universit McGill, l Institut neurologique de Montr al, l Arm e du Salut, la United Church, les YMCA, la Mission Old Brewery, l H pital Royal Victoria ou encore l H pital g n ral de Montr al. Plus tard, la Fondation financera la cr ation des YMCA de Pointe-Saint-Charles et d Hochelaga-Maisonneuve, ou encore la construction de la Place des Arts. Aujourd hui, cette fondation reste tr s importante dans le paysage philanthropique canadien, par le montant des financements allou s mais aussi par la r flexion structurante qu elle m ne sur le soutien et l accompagnement aux diff rents projets (Pearson, 2007), de m me que sur les dilemmes et enjeux au sein du secteur philanthropique (Brodhead, 2011).
Ces portraits rapides de fondations canadiennes mettent en lumi re, comme aux tats-Unis, l entrelacement entre un secteur philanthropique, qui affirme son autonomie progressivement, et des sph res conomiques, politiques et religieuses dont ils se distinguent, tout en entretenant avec elles des relations privil gi es. C est particuli rement le cas pour les fondateurs voqu s et leurs familles. Ainsi, au sein de la famille Massey dont la fondation fit tant pour les arts et la culture Toronto, l un des petits-fils du fondateur, Vincent, devint le premier gouverneur g n ral n au Canada (1952-1959) et occupa aussi d autres postes d importance, dont la pr sidence de l Arts and Letters Club (1920-1921) et surtout celle de la Commission royale d enqu te sur l avancement des arts, des lettres et des sciences au Canada (1949-1951), dite commission Massey. Celle-ci pr na le financement d activit s culturelles par le gouvernement f d ral et donna lieu la cr ation d institutions publiques comme la Biblioth que nationale du Canada (aujourd hui Biblioth que et Archives Canada) et le Conseil des arts du Canada.
Une attention plus soutenue aux projets mis en uvre par les fondations doit aussi nous inviter consid rer ces imbrications parfois contreintuitives entre philanthropie et politiques publiques. La trajectoire de Leonard Marsh est int ressante cet gard. Ce chercheur est form la London School of Economics (LSE). Cette universit est surnomm e la Rockefeller s Baby , car c est la plus financ e de 1923 1939 par la Fondation Rockefeller, apr s l Universit de Chicago et Columbia (Scot, 2010). La LSE a pour particularit de mener une recherche universitaire forte assise empirique et vocation appliqu e, avec une vis e de transformation sociale. Marsh travaille sous la direction de William Beveridge. Directeur de la LSE, Beveridge deviendra en 1940 l auteur de l ambitieux programme de protection sociale ( Social Insurance and Allied Services , 1942) qui conduira l instauration du mod le d tat-providence anglais. De son c t , Leonard Marsh est embauch gr ce un financement de la Fondation Rockefeller l Universit McGill dans les ann es 1930 pour prendre la t te d un important projet de recherche, financ par cette fondation: The Social Science Research Project. Ses analyses structurelles sur la pauvret et le ch mage, introduisant une perspective en termes de classes sociales et un horizon collectiviste, marquent une avanc e importante au Canada dans la compr hension de la question sociale mais sont mal re ues par la direction de McGill, qui ne renouvelle pas les financements, une fois ceux de la Fondation expir s (Shore, 1987). Cependant, durant la Seconde Guerre mondiale, Leonard Marsh produit en 1943 pour le gouvernement f d ral le Rapport sur la s curit sociale au Canada (dit rapport Marsh), en cho au rapport Beveridge de 1942. Le rapport Marsh pose les premi res pierres de l tat-providence au Canada, qui seront scell es par les politiques du premier ministre MackenzieKing.
Sans proc der un court-circuit analytique qui r sumerait de mani re absurde la s curit sociale un projet de la Fondation Rockefeller, cette s quence restitue n anmoins les articulations complexes et parfois inattendues entre fondations et tat social. Ces articulations conduisent relativiser la th orie largement admise, prolongeant les travaux de Tocqueville, selon laquelle l intervention de l tat social et l engagement philanthropique de la soci t civile seraient un jeu somme nulle, o la croissance de l un entra nerait la baisse de l autre (Skocpol, 1997; Simonet, 2010, p. 83-120). Le postulat suivant lequel il y aurait l deux sph res s par es, voire antagonistes, est d abord contredit par la proximit des lites. Dans l exemple relev pr c demment, notons que Mackenzie King compte deux amis proches: John W. McConnell et John D. Rockefeller. Il travailla d ailleurs la Fondation Rockefeller de 1914 1918, la t te du nouveau D partement des relations industrielles, et conseilla Rockefeller la suite du funeste massacre de Ludlow de 1914. Il fut aussi approch pour assumer la direction de la Fondation Carnegie en 1918, mais d clina cette invitation.
Plus structurellement, au-del des personnes, c est l imbrication et l hybridation des logiques institutionnelles qu il faut envisager. Parfois, ce sont les fondations qui appuient directement la structuration d un service public. Ainsi, partir des ann es 1920, la Fondation Rockefeller, pour appuyer l ducation dans le domaine m dical au Canada, finance les principales universit s (Fedunkiw, 2005) et, en 1926, elle finance m me au Qu bec, temporairement, la formation d une partie du personnel m dical de la sant publique et met disposition l un de ses centres de formation en sant publique (Public Health Training Centre) en Ohio (Brison, 2005, p. 63). Parfois, c est l tat qui favorise le d veloppement d initiatives au sein de la soci t civile, comme le souligne Peter Elson (2007) propos de la gen se du voluntary sector canadien. Il d montre quel point le d veloppement de l tat social au Canada dans l apr s Seconde Guerre mondiale s est accompagn non pas d un affaiblissement de la soci t civile mais, au contraire, d un fort d veloppement des organismes de bienfaisance et des mouvements de citoyens, notamment dans les ann es 1960, financ s par des subventions publiques. Au cours de cette p riode, le r le des fondations, comme source de financement et comme acteur philanthropique, appara t d ailleurs moins strat gique.
A contrario , le d mant lement de l tat social et les importantes coupes budg taires aff rentes dans les ann es 1990 se sont accompagn es d une crise du secteur communautaire, notamment pour les groupes de d fense des droits (Jenson et Phillips, 1996). Les financements la mission ont t remplac s progressivement par une contractualisation de la relation entre l tat et le secteur communautaire, avec des organismes de bienfaisance r mun r s pour la livraison de services, la place d un tat social jug trop co teux et insuffisamment souple et r actif. Comme il a t observ aux tats-Unis (Smith et Lipsky, 1993), cette contractualisation pose de nombreux probl mes pour le secteur communautaire, le rendant complice du d mant lement de l tat social tout en le tenant dans un rapport de force, de ma tre d ouvrage ex cutant. De plus, le financement par projet, de court terme, maintient ces organismes dans la pr carit , avec une difficult permanente assurer un financement de base et des exigences de reddition de comptes de plus en plus importantes. Enfin, elle tarit le financement de missions autres que la livraison de services, tels que l ducation populaire ou la d fense des droits 9 , et rend difficiles la prise de risque et l innovation. ce titre, cette transformation du financement public r habilite aujourd hui les fondations comme bailleurs de fonds alternatifs. Ajoutons que dans les ann es 1990, la structuration du Voluntary Sector au Canada a t appuy e, notamment pour r fl chir aux relations avec le gouvernement f d ral, aux questions de financement et aux bonnes pratiques mettre en place par un regroupement national d organisations, the Voluntary Sector Roundtable, pr sid par l ancien dirigeant du Nouveau Parti d mocratique, Ed Broadbent, et financ non pas par le gouvernement mais par d importantes fondations, dont la Fondation McConnell (Elson, 2007, p. 54 et note 11, p. 74).
Avant d aborder dans une derni re section ces transformations plus contemporaines du r le des fondations, il faut pr ciser que le portrait du secteur des fondations au Qu bec diff re de celui pr c demment esquiss pour le Canada.
4. Qu bec: une histoire philanthropique contretemps
plusieurs titres, l volution de la philanthropie qu b coise se fait front renvers , par rapport ce qu on a observ au Canada. Avant d en exposer les lignes de structuration historique, pr cisons que les attributs de la philanthropie qu b coise dessinent une configuration bien particuli re, aujourd hui encore (Comeau, 2013). D un c t , le Qu bec fait figure de "mauvais l ve de la philanthropie. Le don moyen est en 2010 plus de deux fois inf rieur au Qu bec (208 $), par rapport au Canada (446 $). Le taux de b n volat y est moins important (36,7 contre 47 ) et le nombre d heures moyennes offertes annuellement aussi (128 contre 156). De l autre, la province abrite la Fondation McConnell, qui fut durant des d cennies la plus importante fondation priv e du Canada, et la Fondation Lucie et Andr Chagnon, qui fait partie des mieux dot es et des plus actives aujourd hui. En outre, on observe au Qu bec des m canismes collectifs de solidarit sociale plus pouss s que dans le reste du Canada. Ainsi, 40 des coop ratives du Canada sont au Qu bec alors que la province compte moins du quart des habitants du pays 10 . De plus, le niveau de d pense publique en pourcentage du PIB, notamment pour les politiques sociales, est plus important que dans le reste du Canada, ce qui implique une solidarit par l imp t plus exigeante. Enfin, le taux de syndicalisation est le deuxi me plus lev du Canada, avec un taux de 36,3 en 2011, contre 29,7 au Canada. En conclusion, le Qu bec pr sente des indices habituels de la philanthropie moins forts que dans le reste du Canada, mais des niveaux de bas revenu et d in galit s structurellement moins importants (Lef vre, Boismenu et Dufour, 2011, p. 117-149; CEPE, 2014).
Cette situation est le fruit d une histoire singuli re, diff rente du reste du Canada, dont les lin aments sont difficiles d m ler et qui peuvent donner lieu des courts-circuits explicatifs simplistes, en termes de culturalisme, que ce soit par la diff rence linguistique (par rapport l anglais qui rend les changes entre le Canada et les tats-Unis plus simples), le poids de l glise catholique (par rapport au protestantisme) ou encore la centralit et la verticalit de l tat, per ues comme un legs du jacobinisme fran ais. Toujours est-il qu au moment o la r volution industrielle bat son plein et o les premi res fondations se mettent en place en Am rique du Nord, le Qu bec est anim par diff rents courants. On trouve certes des patrons sociaux et des bourgeois philanthropes qui s associent au mouvement hygi niste. Mais galement un mouvement mutualiste puissant, qui offre des services ses membres, qui ne sont couverts ni par le march , ni par l tat (par exemple, le versement d indemnit financi re en cas d invalidit ou la pension la veuve et aux orphelins), par la mise en commun de ressources et le tissage de r seaux de sociabilit s (Ferretti, 2013). Ainsi, au d but du XX e si cle, plus d un homme sur trois est membre d une soci t de secours mutuel dans les grandes villes qu b coises (Petitclerc, 2008, p. 400). L id al du secours mutuel valorise le collectif et non l individuel, l horizontal et non la compassion paternaliste des lites. Mais ce mouvement sera supplant d s les ann es 1910 la fois par la mont e du syndicalisme, la timide mergence de la protection sociale et la marchandisation des services d assurance. Par contre, une autre pratique collective s implante l poque, avec le d veloppement des coop ratives d pargne et de cr dit, partir de la cr ation en 1900 de la premi re caisse populaire par Alphonse Desjardins, dont l histoire est bien connue.
Au sortir de la Premi re Guerre mondiale, la crise conomique et la grippe espagnole frappent durement le Qu bec et le gouvernement de la province met en uvre la Loi de l assistance publique (1921), timide mais pionni re: le gouvernement et les municipalit s sont tenus de financer aux deux tiers la prise en charge des malades, vieillards pauvres, b b s et orphelins soign s et plac s dans les h pitaux, hospices et orphelinats. Dans les faits, cette mesure sert surtout pallier l absence de philanthropie structur e dans le milieu catholique francophone, alors que les communaut s juives et protestantes organisent d j leur propre charit Montr al (Ferretti, 2013). Mais la grande crise conomique de 1929 puise progressivement le mod le social en place et les municipalit s mettent en uvre le secours direct (don de nourriture, v tements et combustible) pour faire face la mis re li e au taux de ch mage end mique. Cependant, la logique est surtout suppl tive et l tat ne vient qu en soutien r siduel de l glise et des solidarit s familiales, d bord es par la situation. C est dans les ann es 1930 et 1940 que les premiers programmes sociaux sont progressivement mis en uvre par les gouvernements f d ral et qu b cois: pensions de vieillesse, pensions aux m res n cessiteuses, assurance-ch mage, allocations familiales et autres. Mais c est surtout apr s la Seconde Guerre mondiale que l tat-providence se structure fortement, sur le plan f d ral, avec la mise en uvre du rapport Marsh, dont nous avons trait pr c demment, et la construction d un syst me public et collectif de s curit sociale. Cependant, le Qu bec prend alors une voie diff rente. En effet, de retour au pouvoir, Maurice Duplessis lutte l chelle de la province contre le renforcement de l tat social, per u comme un avatar du socialisme et, in fine , du communisme. Duplessis scelle au contraire une alliance avec l glise catholique et les dioc ses, dont les pouvoirs sont renforc s. Des tablissements religieux, de plus en plus gros, prennent en charge des mandats multiples dans le domaine de la sant , de l ducation ou m me des loisirs. La philanthropie populaire est mise profit travers d incessantes qu tes organis es l chelon des dioc ses mais aussi dans chaque ville, par les lites masculines locales regroup es dans les clubs tels que les Chevaliers de Colomb, le Richelieu et les Voyageurs du commerce (Ferretti, 2013). Durant cette s quence d apr s-guerre, alors qu aux tats-Unis comme en Europe, la solidarit et les politiques sociales sont de plus en plus r gul es par des politiques publiques et l outil fiscal, ce sont au contraire les formes les plus anciennes de philanthropie, locales, charitables et confessionnelles, qui dominent au Qu bec. Et alors qu ailleurs, cette s quence temporelle est plus creuse pour les fondations 11 , on assiste au Qu bec la cr ation de fondations tr s importantes telles que la Fondation de la famille Bronfman (1952), la Fondation J. Armand Bombardier (1965), la Fondation R. Howard Webster (1967) ou encore la Fondation Macdonald Stewart (1967). La plus importante des fondations de l poque, la Fondation McConnell, jouit pour sa part d une relation tr s proche entre son fondateur et Maurice Duplessis, le second surnommant le premier "Big Heart . James W. McConnell apporte son vif soutien au premier ministre dans sa lutte contre le spectre du socialisme qui menacerait le Canada. Pour certains analystes, McConnell aurait m me jou le r le d minence grise et de financier secret de Duplessis durant la "grande noirceur (Fong, 2008, p. 400-410). Toujours est-il qu il finance gr ce sa fondation ou par des dons directs plusieurs initiatives Trois-Rivi res (la ville de Duplessis): reconstruction d un pont endommag , appui au monast re des Carm lites, financement quasi int gral du centre de loisirs (Pavillon Mgr-St-Arnaud).
ce titre, le vent nouveau qui souffle avec la R volution tranquille marque le d clin d une certaine forme de philanthropie au Qu bec 12 . Cr ation du minist re des Affaires sociales (1966), du R gime de rentes (1964), du programme d allocations familiales (1967), de la R gie de l assurance-maladie (1970), de la Loi sur les services de sant et les services sociaux (1971): en quelques ann es, un tat-providence est cr au Qu bec. Mais avec la cr ation des c geps et du r seau de l Universit du Qu bec (1969), c est aussi dans le domaine de l ducation que les dioc ses perdent leur pouvoir. La d confessionnalisation brutale qui accompagne cette transformation politique et culturelle a des effets puissants.
En effet, aujourd hui encore, c est au Qu bec que la pratique religieuse est la plus basse parmi les provinces canadiennes et cela a plusieurs cons quences sur le plan philanthropique (L vesque, 2013, p. 7). Premi rement, la pratique religieuse est hautement pr dictive pour le don, puisque qu il atteint au Canada en moyenne 1004 $ pour les pratiquants, comparativement 313 $ pour les moins fervents (Turcotte, 2012). Deuxi mement, les dons moyens dans le domaine religieux sont de 469 $ au Canada, contre 99 $ au Qu bec. Troisi mement, l chelle du Canada, pr s de 40 des sommes recueillies, soit plus de 4 milliards de dollars, ont t attribu es des organismes religieux, alors que ce pourcentage n est que de 20 au Qu bec. Enfin, la proportion de fondations uvrant dans le domaine religieux est moins importante au Qu bec que dans le reste du Canada et si l on consid re l ensemble des organismes de bienfaisance reconnus par l Agence du revenu du Canada (incluant les fondations publiques, les fondations priv es et les uvres de bienfaisance), on observe m me une baisse de leur taux de croissance entre 2000 et 2010 alors que ce taux cro t de 5,4 dans le reste du Canada (Comeau et Mac , 2014, p. 18-27). Pour toutes ces raisons, la baisse de la religiosit au Qu bec explique aujourd hui, pour une part importante, ses mauvais "r sultats philanthropiques comparativement au reste du Canada. L histoire de la philanthropie qu b coise appara t donc front renvers par rapport la philanthropie canadienne. Ainsi, dans les d cennies qui suivirent la Seconde Guerre mondiale, la religion jouait un r le central au Qu bec, tandis que l tat social se d veloppait au Canada; c est la situation inverse qui s observe aujourd hui. En outre, tandis qu au Qu bec la religion catholique a progressivement perdu son pouvoir institutionnel et sa pr gnance dans les croyances individuelles, on observe au Canada, comme aux tats-Unis, une vigueur nouvelle de la pratique religieuse associ e des actions politiques, notamment chez une partie des protestants.
Une autre cons quence p renne li e cette s quence de la R volution tranquille, qui a des r percussions sur la minoration du r le des fondations aujourd hui encore, est l institutionnalisation de relations fortes entre l tat qu b cois et le secteur communautaire (Laforest, 2011). Tout d abord, parce qu apr s la prise en charge des domaines de la sant , des services sociaux et de l ducation dans les ann es 1960, plusieurs r seaux et projets communautaires ont t coopt s par l tat qu b cois. Ce fut le cas pour la gen se des Centres locaux de services communautaires (CLSC) dans les ann es 1970, les Centres pour la petite enfance (CPE) dans les ann es 1990 ou encore la Loi pour un Qu bec sans pauvret en 2002 (Dufour, 2004). La cr ation du Secr tariat l action communautaire autonome et aux initiatives sociales (SACAIS) en 1995 illustre galement cette dynamique.
Si l on observe aujourd hui la structure de financement des organismes communautaires au Qu bec, on constate la pr minence des financements provinciaux, le poids tr s faible des financements f d raux (60 contre 6 de l ensemble des revenus), ainsi que la persistance, m me si la tendance est la baisse, des financements la mission par rapport aux ententes de service ou des financements par projet (Depelteau, Fortier et H bert, 2013, p. 15-19). Dans ce cadre, au Qu bec, les fondations constituent encore des solutions de financement de second plan pour les organismes communautaires. C est donc une configuration tr s diff rente de l tat f d ral, qui s est beaucoup plus massivement d sengag de ces financements et qui privil gie le financement par projet ou les ententes par service (Phillips, Laforest et Graham, 2010). C est d ailleurs une tendance que plusieurs r seaux communautaires d noncent et craignent. Pour l heure, cette configuration qu b coise explique sans doute que la cr ation d une fondation aux moyens alors sans quivalent, telle la Fondation Chagnon en 2000, ait donn lieu l instauration de partenariats inusit s, dits public-philanthropique (avec votes de lois ad hoc ), entre l tat qu b cois et cette fondation, pour mettre en place des projets d envergure (Lesemann, 2011). Il semble qu il y ait l la d clinaison locale d une tendance globale: la mont e en puissance actuelle des fondations, que ce soit en Europe, aux tats-Unis, au Canada ou au Qu bec.
5. La tendance actuelle: la mont e en puissance des fondations?
Comme l observent Anheier et Leat (2013, p. 449), en ce d but de XXI e si cle, il n y a jamais eu autant de fondations dans le monde, dot es d autant de capitaux. Les chiffres qu ils donnent pour l ann e 2010 indiquent des ordres de grandeur saisissants. Aux tats-Unis, 75 500 fondations totalisent un patrimoine de 565 milliards de dollars am ricains. L augmentation de leur nombre est importante au cours des trois derni res d cennies. D ailleurs, pr s de la moiti des fondations am ricaines actives en 2004 n existaient pas avant 1989 13 (Prewitt, 2007, p. 20).
Au Canada, pr s de 10 000 fondations capitalisent plus de 36 milliards de dollars canadiens. L aussi, l augmentation est saisissante (Kryvoruchko, 2013, p. 55): en 1992, 5400 fondations publiques et priv es donnaient un milliard d autres organismes; en 2008, 9300 fondations publiques et priv es donnent trois milliards de dollars canadiens. Par secteur, on constate d ailleurs une hausse remarquable dans le domaine du social ( welfare ): en 2008, la moiti des fondations sont dans cette cat gorie (Kryvoruchko, 2013, p. 66).
En Europe, on assiste galement un fort d veloppement philanthropique, puisque la majorit des 110 000 fondations existantes en 2009 ont t cr es dans les deux derni res d cennies (Anheier et Leat, 2013, p. 449). Leurs actifs et d penses repr sentent respectivement quelque 350 milliards et 83 milliards d euros, d apr s une estimation basse fournie par la Commission europ enne (2012). En f vrier 2012, la Commission europ enne a d ailleurs pr sent une proposition pour un Statut de la Fondation europ enne, afin d harmoniser les diff rents statuts et de faciliter les activit s transfrontali res des fondations d utilit publique travers l Union europ enne. Malgr des types d tat social fort distincts, on assiste aujourd hui l alignement sur les m mes injonctions dans les diff rents pays d Europe afin de favoriser la philanthropie, avec des demandes d am nagements juridiques et fiscaux plus favorables (Lambelet, 2014, p. 43-60). M me en France, o la m fiance de l tat l gard des fondations a longtemps t tr s pr gnante et o elles occupaient un vide juridique presque total jusqu en 1987 (Archambault, 2003), des dispositifs fiscaux, administratifs et juridiques ont t cr s au cours des derni res d cennies afin de favoriser les dons, la cr ation de fondations et le m c nat d entreprise.
Mais les nouvelles figures de proue de la philanthropie s affranchissent des limites territoriales, l image de la Fondation Bill et Melinda Gates, la plus grosse fondation au monde. Cr e en 2000, elle intervient dans plus de 100 pays, poss de aujourd hui une dotation de 40 milliards de dollars et a d j engag jusqu aujourd hui pr s de 28 milliards de dollars dans ses projets 14 .
Avant de formuler quelques hypoth ses sur les causes de ce nouvel ge d or des fondations, il faut souligner un point important. Nous l avons d j voqu travers les s quences chronologiques pr sent es auparavant, mais il faut le clarifier, car, lire la plupart des articles de journaux consacr s ce ph nom ne, c est un l ment qui semble contre-intuitif: malgr leur croissance, les fondations philanthropiques ont aujourd hui moins de poids qu elles n en avaient il y a un si cle dans les pays riches. En effet, leur surface financi re a augment , mais beaucoup moins vite que le budget des tats consacr aux d penses sociales, ducatives et m dicales, et que le pouvoir d achat des citoyens pour ces services. propos des tats-Unis, David Hammack (2011) fait la d monstration suivante:
Cette moindre influence des fondations est all e de pair avec l importance grandissante de l tat, mais aussi avec l augmentation des revenus. Avant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement f d ral consacrait environ 3 du produit int rieur brut du pays aux diff rents aspects des soins de sant , de l ducation et de l aide sociale. En 1950, cette proportion avait bondi 8 et elle se maintient depuis les ann es 1960 plus de 12 . Entre-temps, le PIB par habitant progressait encore plus rapidement, passant du simple au double de 1939 au d but des ann es 1960, puis doublant nouveau au d but des ann es 1990. Or plus les gens s enrichissent, plus ils d pensent en services: mesure que leurs revenus ont augment , les Am ricains ont d pens beaucoup plus en soins de sant , en ducation et en services familiaux. Les fondations ont aussi poursuivi leur croissance mais beaucoup plus lentement, leurs d penses n ayant augment que d environ 0,1 par rapport au PIB en 1944 un peu plus de 0,2 au d but des ann es 2000 15 .
L ge d or des fondations au d but du XX e si cle prenait place dans un contexte o l tat social tait soit tr s faible (Europe), soit quasi inexistant (Am rique du Nord). Dans ce cadre, les premi res grandes fondations ne font pas que soutenir financi rement d autres organismes ou mettre des projets sur pied. Elles b tissent plut t, souvent ex nihilo , de v ritables institutions: biblioth ques, universit s, bains publics, mus es, h pitaux (Hammack et Anheier, 2013, p. 43-74). Elles le font dans les pays dont elles sont issues mais parfois m me l tranger dans le cas des fondations am ricaines, comme nous l avons vu pour le Canada, mais aussi en Europe (Tourn s, 2010). Paradoxalement, c est la perte de cette puissance relative qui oblige les fondations se r inventer apr s la Seconde Guerre mondiale, mais aussi aujourd hui (Hammack et Anheier, 2013, p. 75-156), afin de devenir, non plus des b tisseurs d institutions, mais des catalyseurs, agr geant, avec une vis e pr cise, la force d autres acteurs ( tats, mouvements sociaux, entreprises).
Nous tudierons les modalit s de cette action collective dans le chapitre suivant. Pour l heure, afin de conclure ce chapitre, il nous importe de comprendre le d veloppement spectaculaire du nombre de fondations et la l gitimit revendiqu e, et souvent acquise, par ces acteurs au cours des r centes d cennies. Pour cela, nous voquerons trois hypoth ses: la transformation de la structure des in galit s de patrimoine, du capitalisme et du r le de l tat.
La premi re hypoth se pointe vers l volution de la conjoncture conomique. L ouvrage de T. Piketty (2013) invite op rer un rapprochement avec la situation conomique actuelle et le d but du XX e si cle, dans la mesure o l on observe un retour des niveaux d in galit s, notamment du point de vue de la concentration du patrimoine, qu on pensait avoir vu progressivement dispara tre au milieu du si cle. Ainsi, au Canada, les 1 les plus fortun s d tiennent 15 du revenu int rieur dans les ann es 1920, 10 au moment de la Seconde Guerre mondiale et 7,6 en 1978, pourcentage qui remonte 13,5 dans les ann es 2000 16 . Plusieurs auteurs ont d ailleurs tabli un parall le entre l ge d or actuel des fondations et celui des "barons voleurs , au d but du si cle (Guilhot, 2006; Bishop et Green, 2008), puisque la nouvelle g n ration de fondateurs a fait fortune dans les ann es 1980, dans les secteurs des m dias, de la finance et de l informatique. En moins d une g n ration, ceux-ci ont accumul un patrimoine souvent consid rable, comme en t moigne l explosion du nombre de milliardaires. Mais ces fortunes ont t amass es de mani re concomitante une crise conomique et sociale aliment e par un ch mage de masse et une pr carisation des emplois, ainsi que par le fort creusement des in galit s. Ainsi, aux tats-Unis, entre 1980 et 2008, le 1 le plus riche a doubl sa part du revenu national, le 0,1 le plus riche l a tripl e et le 0,01 l a quadrupl e (Bishop et Green, 2008, p. 18). L observation des courbes sym triques de la part du 1 le plus riche et du montant des investissements des fondations aux tats-Unis des ann es 1970 aux ann es 2000 (Laskowski, 2011-2012, p. 7) am ne in vitablement s interroger sur la relation entre les deux. Est-ce la mont e des in galit s, comme un mal combattre, qui mobilise l intervention croissante des fondations? La mont e des in galit s est-elle a contrario le produit de cette influence croissante des fondations? Ou bien la croissance des ressources des fondations n est-elle que le sympt me d in galit s croissantes dans la distribution des patrimoines? Et si les trois hypoth ses sont vraies, comment s articulent-elles?
En cho cette nouvelle g n ration de philanthropes, l image d pinal du philanthrope a chang . Ce n est plus l homme m r chapeau haut-de-forme, en costume trois-pi ces, dans les salons discrets de l entre-soi. C est maintenant l iconographie du quadrag naire aventurier, consacr e dans la culture populaire par une s rie ponyme, The Philanthropist . Dans cette s rie du r seau am ricain NBC, diffus e en 2009, le spectateur suit les p rip ties d un quadrag naire milliardaire, dont la morale peu scrupuleuse est un jour boulevers e par un drame. Devenu philanthrope, il passe des bureaux de son gratte-ciel am ricain aux jungles exotiques en quelques heures, jongle en permanence entre l pre n gociation d un contrat et un d vouement total des causes oubli es, double ses talents de strat ge ironique d une capacit se mettre en premi re ligne et donner de soi, m me physiquement. Inspir e d une histoire vraie, cette s rie donne sans doute moins comprendre les ressorts pass s et pr sents de la philanthropie que les repr sentations sociales qui y sont rattach es, et partiellement relay es par les "nouveaux philanthropes (Ab l s, 2002) qui souhaitent se d finir en prenant de la distance par rapport aux "anciens . ce titre, le regain de la philanthropie est aussi li une transformation conomique qui ne touche pas seulement la distribution de la richesse mais aussi le "nouvel esprit du capitalisme (Boltanski et Chiapello, 1999), c est- -dire les modes d engagement et les modalit s de l gitimation qu il promeut. Depuis les ann es 1980, la diffusion des th matiques de la responsabilit des entreprises, le succ s du marketing des causes, ou encore la promotion de l thique dans les milieux d affaires, ont r habilit la philanthropie, avec une vis e strat gique, chez les auteurs les plus renomm s des sciences de gestion (Porter et Kramer, 1999). Un nouveau rapprochement s est op r entre le monde de l entreprise et la philanthropie, qui a chang la fois la mani re dont les entreprises se con oivent comme acteur social, avec par exemple la citoyennet d entreprise ( corporate citizenship ), et la mani re dont la philanthropie se d finit et op re, comme nous le verrons au chapitre 4 avec le courant du philanthrocapitalisme (ou venture philanthropy ).
Enfin, la derni re hypoth se a trait l volution du r le de l tat. En Europe comme en Am rique du Nord, les ann es 1980 donnent lieu une triple crise de l tat: crise budg taire, crise de l gitimit et crise d efficacit . L tat est contest la fois par la droite (tournant lib ral amorc par Thatcher et Reagan) et par la gauche (mouvements sociaux et organisations de la soci t civile qui contestent sa bureaucratisation, sa lourdeur et revendiquent leur autonomie), avec une apologie commune de la "soci t civile . Comme nous l avons d j voqu , cette conjoncture donne lieu une sous-traitance de certains pans des politiques sociales, voire conomiques ou ducatives, de l tat au tiers-secteur. Plus pr cis ment, l tat se place comme d cideur qui coordonne des ex cutants mis en concurrence. Dans les ann es 1990, d un continent l autre, se diffusent les normes de la nouvelle gestion publique qui favorisent la reddition de comptes, l introduction de m canismes de march , la construction d indicateurs de performance ad hoc . Les nouveaux mots d ordre sont le partenariat, la responsabilisation et la territorialisation. Une autre d clinaison de cette nouvelle grammaire diffus e l international est la conception de l action publique en termes d investissement social (Jenson, 2010). En Am rique du Nord, comme en Europe ou en Am rique du Sud, elle sert d sormais de langage commun entre les gouvernements et des fondations.
Au sein de ce chass -crois entre tat et march , certains protagonistes per oivent les fondations comme des hybrides f conds, pouvant permettre d articuler des logiques a priori contradictoires au sein de l action publique:
L tat, le march et la philanthropie sont trois m canismes d attribution qui permettent d atteindre les objectifs dans l int r t g n ral. trangement, il appara t qu un monopole de l un ou l autre de ces m canismes ne d bouche pas sur une soci t viable. Les r gimes gouvernementaux monopolistiques (souvent qualifi s de "communistes ou de "socialistes ) engendrent la bureaucratie et limitent la libert individuelle. Le march , en revanche, renforce la libert individuelle mais, en tant que m canisme d attribution monopolistique, il engendre une incertitude intol rable et une pauvret g n ralis e. Lorsque la philanthropie l emporte, cela engendre paternalisme et in galit . La solution pour demain r side peut- tre dans une forme d interaction entre ces trois m canismes, dans laquelle l tat garantit un fondement solide, et le march et le secteur philanthropique cr ent un espace favorable la dynamique et la pluriformit (Shuyt, 2010, p. 823).
Cette version ir nique et th r e du meilleur des mondes institutionnels peut emporter la conviction par son sens de la synth se et l ouverture laiss e une pluralit des modes d action. Mais derri re son aspect consensuel se dessinent des partis pris normatifs et des rapports de force dont nous esp rons avoir restitu quelques lignes de force historiques. L analyse de la philanthropie renvoie donc deux d fis th oriques, ardus mais stimulants. D une part, comprendre la force de ce pouvoir doux, qui d sarme la controverse par son caract re d sint ress , l image du don, toujours simultan ment principe agonistique et lien social (Mauss, 1925). D autre part, d crire la fondation, alors qu elle semble chapper toute classification: institution priv e qui uvre au bien public, qui vient du Moyen- ge et semble pourtant si parfaitement correspondre l esprit incertain de notre temps.
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1 . Nous reprenons ici des l ments d velopp s dans une recension consacr e l ouvrage d Olivier Zunz (Lef vre, 2013).
2 . Le centile le plus fortun de la population d tenait environ 30 du patrimoine aux tats-Unis en 1860; il en d tient plus de 45 en 1910 (Piketty, 2013, p. 555).
3 . Voir en ce sens le site de l ARC: http://www.cra-arc.gc.ca/chrts-gvng/chrts/pplyng/cpc/wtc-fra.html , consult le 30 mars 2017.
4 . Nous ne d velopperons pas ce point ici, mais il faut souligner que dans plusieurs pays europ ens aussi, c est au moment de la Premi re Guerre mondiale que sont instaur es la fois les premi res lois sur l imp t sur le revenu et les d ductions fiscales pour les dons philanthropiques. Les deux visent le m me but: financer l effort de guerre puis la reconstruction. Mais le premier tablit les assises de l tat social, la fois comme ressources financi res investir et comme outil redistributif par la progressivit de l imp t, tandis que le second pose les bases de la sollicitation philanthropique et le manque gagner fiscal aff rent!
5 . Pour une analyse d conomie politique restituant le contexte et les motifs de ces diff rentes d cisions politiques au Canada, voir Charbonneau, 2012.
6 . Nous ne rel verons videmment pas ici la multitude de facteurs qui expliquent les diff rences des trajectoires entre les tats-Unis et le Canada sur ces questions. Mais un point m rite d tre soulign : au Canada, une part tr s importante du capital int rieur - un quart au d but du XX e si cle - est d tenu par des investisseurs trangers, en particulier britanniques, alors que cette part n a jamais d pass 5 du patrimoine aux tats-Unis (Piketty, 2013, p. 247).
7 . l image de ce qu on observe aux tats-Unis, la Premi re Guerre mondiale est l occasion d une grande mobilisation m lant philanthropie et patriotisme. Montr al, J.W. McConnell dirige la campagne de souscriptions d emprunts publics pour l effort de guerre.
8 . Ses deux inspirations principales sont la Fondation Rockefeller et la Fondation Millbank (Fong, 2008, p.

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