Les jeux de communication pragmatico-interculturels des Chinois
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Description

Avec la crise du nouveau coronavirus, le monde entier comprend davantage que nous avons besoin de la solidarité plus que jamais. Or, cette solidarité, dont l’état idéal aurait été le dépassement de tout, ne se construirait pas automatiquement. Elle s’appuie vraisemblablement sur une bonne compréhension mutuelle entre les différentes cultures, notamment grâce à la communication interculturelle. L’auteur, Chinois francophone, essaie, à travers une recherche sur les jeux de communication des vendeurs de marché chinois dans un environnement interculturel, de faire connaître par le monde (du moins par la francophonie) encore un aspect de la culture chinoise, en espérant pouvoir attirer l’attention du public une fois de plus sur la diversité culturelle…

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Informations

Publié par
Date de parution 31 octobre 2021
Nombre de lectures 0
EAN13 9782304049886
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0500€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

fang youzhong
Les jeux de communication pragmatico-interculturels des Chinois
Cas du marché de la soie à Beijing
Espace interculturel Chine-Europe
Éditions Le Manuscrit Paris


ISBN 9782304049886
© octobre 2021


Dans la même collection
Représentation, évolution et réflexion du choc culturel dans les entreprises à capitaux étrangers en Chine , Jiang Xi, 2021
Le Téléphone portable et ses implications sociales , Xia Gaoqin, 2019
Communication interculturelle entre les chinois et les français , Zheng Lihua, 2019
Chine-France : connaître et reconnaître , Yang Xiaomin et Zheng Lihua, 2017
Les représentation et les pratiques de la beauté , Li Shujun, 2016
How The Chinese See The Europeans , Zheng Li-Hua, Dominique Desjeux et Anne-Sophie Boisard, 2016
Le parler des femmes dirigeantes en Chine , Yu Peng, 2014
La norme ISO 9000 en Chine : Une approche interculturelle , Ye Jianru et Zheng LiHua, 2012


Collection « Espace interculturel Chine-Europe »
Les échanges politique, économique et culturel entre la Chine et l’Europe se sont beaucoup développés depuis l’ouverture de la Chine en 1978, mais il faut reconnaître que la présence européenne en Chine ne correspond pas à la place qu’elle devrait y occuper. Les différences culturelles comptent parmi les obstacles les plus difficiles à franchir, d’autant plus que souvent, on ne prend pas ou ne veut pas prendre conscience de leur réalité. Un réel dialogue interculturel s’avère impératif si l’on veut comprendre plus en profondeur les problèmes qui surgissent dans la coopération entre les deux parties.
Cette collection a pour objectif de fournir un espace de dialogue entre les cultures en regroupant des recherches centrées sur les réalités de contacts interculturels entre les Chinois et les Européens, visant notamment les difficultés que rencontrent les entreprises européennes en Chine et les entreprises chinoises en Europe, les images que les uns se font des autres, les migrations de pensées et de technologies, les mécanismes de construction de la confiance, etc.
Comité scientifique
Monsieur ZHENG Lihua, directeur de collection, professeur et directeur de thèse en sociolinguistique à l’Université des Études étrangères du Guangdong.
Monsieur XU Zhenhua, professeur et directeur de thèse en littérature française à l’Université des Études étrangères du Guangdong.
Monsieur LUAN Dong, professeur et directeur de thèse en philosophie et en littérature à l’Université des Études étrangères du Guangdong.
Monsieur CAO Deming, professeur et directeur de thèse en linguistique à l’Université des Etudes internationales de Shanghai.
Monsieur Dominique Desjeux, professeur et directeur de thèse en anthropologie et en sociologie à l’Université Paris Descartes.


Préface
FANG Youzhong Enseignant chercheur BISU
Le présent livre concerne une étude sur la communication pragmatico-interculturelle des Chinois. Trois notions différentes sont à comprendre dans un premier temps : celle de l’étude interculturelle, celle de la communication interculturelle et celle de la communication pragmatico-interculturelle, qui s’élargissent selon une différence d’ampleur. La notion de la culture et celle de la communication sont difficiles à définir de manière universelle. Encore faut-il rappeler que ces deux éléments s’influencent, comme l’ont indiqué les chercheurs. Nous pouvons comprendre cependant que la communication pourrait impliquer des « microcultures » quand il s’agit d’une communication entre deux individus. La communication dont nous parlons ici, est une communication interculturelle marquée tout d’abord par un croisement des disciplines, par une interactionnalité qui reste non négligeable bien que celle-ci ne constitue pas le centre de notre étude, et par une théâtralité préconisée par GOFFMAN, mais aussi par ZHENG, à partir de laquelle se déroulent les observations de la présente étude et l’étude elle-même. D’ailleurs, quand on prend le cas de la communication dans un contexte culturel chinois, il est important de connaître avant tout la culture chinoise pour bien repérer les problèmes pragmatico-interculturels éventuellement émanés. Ce sont des particularités à voir dans l’étude de la communication.
D’autre part, quelques éléments clés en sont à définir dont le contexte, le processus. La communication suit en outre un principe de perception qui fait écho à l’élément « contexte », car la manière d’acquérir les connaissances peut exercer une influence importante sur la communication. Celle-ci est régie d’autre part par des règles telles que celle de la face.
Le terrain d’enquête de la présente étude se trouve à Beijing, dans le marché de la soie que fréquentent les touristes étrangers. C’est un marché qui ressemble à beaucoup de marchés chinois, tout en gardant une particularité interculturelle. La communication s’y passe avant même que des interlocuteurs ne s’y rencontrent. La disposition des boutiques traduit déjà une vision chinoise sur la dimension de l’espace. L’habillement des vendeurs représente une sorte d’attraction vis-à-vis des visiteurs étrangers, et ce toujours d’un point de vue chinois. Ce sont des jeux qui jouent un rôle avant la communication au sens propre.
Pour les vendeurs chinois, les jeux de la communication sont accompagnés des contraintes : des règles sociales, formelles ou informelles, explicites ou implicites, mais aussi des contre-règles auxquelles ils jouent souvent, dans un but de la maximisation de l’intérêt. Ces règles et contre-règles qu’appliquent, contournent ou évitent les vendeurs chinois, vont influer sur leur communication avec les touristes étrangers. Parmi elles, sont à noter notamment les stéréotypes.
Au niveau des sujets liés aux jeux de communication, nous pouvons distinguer deux groupes : les vendeurs chinois et les visiteurs étrangers. Malgré la diverse provenance, les visiteurs étrangers parlent plutôt l’anglais, entremêlé d’autres langues, et pour la plupart du temps, du chinois. C’est aussi le cas pour la présente étude qui s’appuie sur une analyse pragmatique au niveau du sens, du contexte, et moins de la forme. Afin d’assurer le bon déroulement des jeux de communication, malgré la contrainte linguistique, les vendeurs recourent à des supports dont la calculatrice, mais aussi le pidgin par exemple.
Les éléments externes précisés, constituant un « cadre » dans lequel se déploient les jeux de communication, il est temps d’aborder ces jeux à travers les actes de langage, le processus de communication. D’un point de vue linéaire, le processus de la communication qui se passe dans le marché de la soie, quand on observe principalement du côté du vendeur, peut être divisé en quatre étapes : attraction, accommodation, orientation et persuasion. Cette division n’est pas toujours respectée en fonction de la variété des dialogues et de l’intention des vendeurs chinois ou des visiteurs étrangers. Pourtant, elle pourrait constituer une typologie à l’égard des actes de langage imprégnés d’une ambiance commerciale.
À l’étape de l’attraction, les vendeurs présentent des formules de salutation diverses, mais très à la chinoise. Elles peuvent être verbales ou non verbales, normales ou contournées. Une analyse pragmatique nous permet de découvrir qu’il y existe une coopération contextuelle qui est liée à un principe de la politesse caractérisée également par une interculturalité. Il est ainsi important de connaître l’évolution des formules de salutation chinoises pour déceler la différence interculturelle. D’un point de vue pragmatique, la différence interculturelle réside aussi dans les figures rhétoriques, notamment à l’égard de l’ellipse, qui pourraient être à l’origine de l’ambivalence pragmatique interculturelle ou des problèmes pragmatico-interculturels.
L’attraction peut aussi être silencieuse. Là, un langage silencieux parle, à travers les produits, les prix, les marques, la division par sexe, voire le contact corporel, c’est-à-dire la gestion de l’espace.
Les résultats des jeux d’attraction ne sont pas toujours prometteurs. Mais quand ces jeux prennent effet, viennent des jeux d’accommodation pour assurer la continuité de la communication. Du côté du vendeur chinois, l’accommodation commence par une assimilation pour devenir peu à peu une accommodation à la fois commerciale, culturelle et linguistique. En s’accommodant, le vendeur s’adapte. Cette adaptation est marquée par un contexte pragmatique très commercial. Il faut comprendre les actes de langage, les jeux d’accommodation à partir de cette contextualité qui mène les vendeurs à orienter les visiteurs dans les actes de langage. D’où des jeux d’orientation.
Ces jeux d’orientation sont dominés par des valeurs chinoises variées : filet de pêche pour « capturer » par hasard, affection familiale, et surtout les jeux de face. Cette orientation n’est pas simplement linguistique, mais aussi psychologique.
Dans une finalité de la réalisation du chiffre d’affaires, les vendeurs en viendront, après les étapes d’attraction, d’accommodation et d’orientation qui elles-mêmes s’entremêlent, à des jeux de persuasion et ce toujours par l’intermédiaire des valeurs chinoises dont la vision de l’amitié, celle du compliment et notamment celle de la confiance. Seulement, à ces valeurs chinoises, ils accordent une universalité, sans faire attention à des différences interculturelles, ce qui conduit à une communication échouée, voire à une aggravation de l’incompréhension mutuelle. D’autre part, leur vision sur les valeurs chinoises n’est plus comme avant. Un problème d’éthique professionnel se fait marquer dans la communication. C’est d’ores et déjà l’image chinoise qui est en jeu.
Ceci dit, les problèmes pragamtico-interculturels provoqués au cours des jeux de communication ne sont pas aussi inquiétants que nous le croyions. Il existe bel et bien une zone de tolérance, pour ne pas dire des « amortisseurs », qui se traduit par un silence, une omission, un passage rapide, etc. Cette zone de tolérance interculturelle permet non seulement un croisement pacifique de différentes cultures, voire une acculturation, mais aussi de servir de plateforme pour éviter les chocs de culture, voire les conflits interculturels.


Introduction
L’idée de faire une recherche sur la communication interculturelle sino-française fut depuis longtemps une hantise pour l’auteur. Elle est née d’une expérience professionnelle que l’auteur a vécue jadis. Quand il était étudiant de l’université à Hangzhou, il y a très longtemps, dans la province du Zhejiang, l’auteur travaillait en tant que stagiaire et puis interprète & secrétaire du PDG dans une entreprise sino-française appelée Cinch Orient, une succursale du groupe français Labinal en collaboration avec un institut de recherche chinois relevant administrativement et indirectement du Ministère de l’Industrie aéronautique et spatiale de Chine de l’époque.
C’était une entreprise JV fabriquant des connecteurs utilisés dans l’industrie électronique. Le PDG était un Français, d’une cinquantaine d’années, alors que le vice-président était un Chinois, du même âge, étant donné que la partie chinoise ne détenait que 49 % des actions, c’est-à-dire deux points de moins par rapport à la partie française. Ce que l’auteur apercevait dans l’usine, c’est que le PDG était toujours occupé, sans jamais s’arrêter une seconde, alors que le vice-président semblait bien à l’aise tout le temps, en buvant du thé dans son bureau tout au long de la journée, ou bien en faisant de temps en temps un petit tour dans les ateliers pour bavarder avec les ouvriers ou plaisanter avec quelques filles « favorites ».
Or, ce n’était pas ceci qui étonnait tant l’auteur. Ce qui le surprenait beaucoup, c’est que le PDG était toujours en difficulté, qu’il avait nombre d’ennuis, aussi bien au niveau des relations avec les autorités locales qu’au niveau de l’importation des produits semi-finis, ou bien encore du recrutement des nouveaux employés. D’ailleurs, ce qui paraissait étonnant et magique aux yeux de l’auteur, c’est que si chaque fois le PDG avait une telle difficulté, c’était toujours le vice-président chinois qui finissait par lui trouver une solution efficace pour ne pas dire parfaite. Flatté par des collègues, le vice-président répétait souvent une phrase en parlant du PDG : « Il ne comprend rien du tout de ce qui est chinois ! »
Cette phrase paraît d’autant plus intéressante que l’auteur est devenu, longtemps après ce stage à Hangzhou, professeur de français : non seulement parce que les Français ont beaucoup de difficultés à comprendre tout ce qui est du chinois, mais que les Chinois n’arrivent pas facilement à comprendre ce qui est français. L’auteur prend son propre exemple. Voilà déjà une vingtaine d’années qu’il apprend le français, il lui est toujours difficile de bien faire toutes les conjugaisons ! Il est allé plusieurs fois en France et y a résidé pendant quelques mois, voire quelques années pour faire des études ou poursuivre une formation professionnelle. Il ne comprend pas toujours la France, ni les Français. Quand il était en France, il allait parfois chez Macdonald’s pour prendre un sandwich et du poulet frit. Chaque fois qu’il commandait un menu devant un vendeur français, ce dernier se montrait impatient, d’un air bizarre, pour ne pas dire insolent. L’auteur croyait que c’était son problème. Mais quand il bavardait plus tard avec des amis, ils lui disaient que c’était le même cas pour eux. Une de ses amies avait travaillé chez Macdonald’s pendant un certain temps, mais elle a fini par abandonner le travail, car, dit-elle, il était vraiment dur de travailler avec « ces Français ».
L’auteur a commencé alors à réfléchir sur tous ces problèmes : s’agirait-il d’un problème linguistique ? Or, il a suffisamment confiance en lui-même pour une communication quotidienne ! Alors peut-être faudrait-il réfléchir à des problèmes culturels ou plutôt « interculturels » ? C’est l’une des questions qui l’a motivé dans la présente étude.
L’élément interculturel dans la communication est-il aussi important ? La réponse est « oui ». Dès la première vue, l’habit, le regard, la façon de parler, même la couleur de peau transmettent déjà de diverses informations et insinuent des fonctions pragmatiques. La différence culturelle fait qu’on a de différentes interprétations de la même façon de parler. Prenons par exemple la salutation lors d’une rencontre. Quand un Chinois voit un ami dans la rue vers midi, il le salue en disant : « As-tu mangé ? » Voyant un ami français, un Chinois francophone comme l’auteur aurait parfois la confusion : au lieu de dire simplement « bonjour », il demande si son interlocuteur a déjà pris le déjeuner ! Il risque de faire croire à un Français que ce Chinois va l’inviter au restaurant !
Ce genre de problèmes pragmatiques et interculturels ne concerne pas simplement la vie quotidienne. Ils peuvent parfois avoir des conséquences dramatiques : on dirait que Hiroshima a été bombardé par une bombe atomique justement parce que les États-Unis ne comprenaient pas la façon de dire « d’accord » à la japonaise (GUAN Shijie, 1995 : 5) ! L’importance de l’élément culturel dans la communication est donc considérable. Voilà ce qui motive l’auteur davantage à faire des recherches sur la communication interculturelle.
Avec la mondialisation économique et le développement de la technologie informatique et des moyens de transport, la France se rapproche de plus en plus de la Chine. Quelque 40 000 Chinois font leurs études actuellement en France, sans parler de ce grand nombre d’immigrés légaux ou clandestins qui résident en France. Le problème de communication s’avère d’autant plus important qu’ils vivent dans un contexte interculturel. Qu’en pensent-ils avant le départ pour un pays qui leur est tout à fait étranger ? Quels problèmes auront-ils rencontrés une fois arrivés en France ? Quelles difficultés auront-ils en vivant en France ? Comment se débrouilleront-ils devant le choc culturel ? Comment agiront-ils devant l’individualisme ou l’égocentrisme de certains Français ? Voilà toute une série de questions qui se posent pour ceux qui sont à l’étranger.
Il en est de même pour ceux qui vivent ou travaillent dans un contexte interculturel au sein du pays, c’est-à-dire en Chine. Le nombre des entreprises et établissements français (services de représentation, établissements diplomatiques, etc.) installés en Chine est signifiant. Au niveau du recrutement des ressources humaines, une localisation se fait marquer dans ces établissements. Même l’ambassade de France et ses consulats ont besoin de quelques Chinois pour une raison ou pour une autre. Dès lors, les Chinois tombent dans un contexte interculturel franco-chinois sans avoir besoin d’aller à l’étranger, en France. Ce contexte est différent de celui à l’étranger. Tout d’abord, les Chinois n’ont pas le problème de dépaysement (cette fois, ce sont les Français qui le subissent). Puis, il s’agit d’un microcontexte interculturel partial, car une fois rentrés du travail, ils retournent dans leur terroir familier où il y a le mode de vie, la société et la culture chinoises. Mais de nouveaux problèmes surgissent : dans un tel contexte interculturel, quelles sont les attitudes des Chinois vis-à-vis des Français ou plus largement des étrangers minoritaires en nombre mais différents en pensée et comportements ? Quelle acculturation procéderont-ils ? Y aura-t-il toujours des chocs culturels (non pas de la part des Français ou des étrangers, mais de celle des Chinois) ? Ou bien, tout simplement, quand ils rencontrent des problèmes de communication, quelles stratégies adopteront-ils pour s’en sortir ? Ces stratégies sont-elles efficaces ? Y aura-t-il des erreurs pragmatiques ?
Ces interrogations sont intéressantes, mais ne constituent pas les préoccupations principales de l’auteur. Ceux qui travaillent ou vivent à l’étranger, en France, ils feraient comme les Romains font ; ceux qui travaillent en Chine, dans un microcontexte interculturel, ils ont acquis plus ou moins, avec ou plutôt sans conscience, des connaissances interculturelles et s’adaptent plutôt bien que mal à ce contexte interculturel. Mais pour les étrangers majoritaires qui font un petit passage en Chine, la connaissance ou l’adaptation en la matière n’est pas toujours assurée. Ce qu’ils découvrent et vivent durant leur court séjour en Chine, deviendrait une idée reçue, un jugement qui vont influencer les autres futurs nouveaux arrivés. L’image chinoise est ainsi en jeu. L’auteur porte du coup son regard sur des Chinois ordinaires qui n’ont jamais reçu de formation interculturelle, sur ces vendeurs chinois qui ont affaire de temps en temps à des clients étrangers de court séjour à Beijing, qui se trouvent physiquement dans un contexte interculturel, mais qui n’y sont pas préparés mentalement.


Partie I La communication pragmatico-interculturelle


Introduction sur la communication et l’interculturel
La linguistique moderne, dont on doit souvent l’origine à Fernand de Saussure, étudie au début le langage et non la parole. Pour Saussure, « la linguistique a pour unique et véritable objet la langue envisagée en elle-même et pour elle-même » (Saussure, 1916, réédi. 2001 : 317). L’aspect social du langage reste peu découvert, sans parler de l’aspect communicatif que Saussure écarte pour le remplacer par un « circuit de la parole » (Ibid. : 27), ce qui est contesté par les fonctionnalistes qui voient la langue comme « un instrument de communication » (Martinet, 1960 : 9). Malgré cela, ceux-ci n’ont pas non plus accordé leur attention sur l’aspect individuel de la communication, car ils pensaient que la communication n’était qu’une « transmission de l’expérience d’une personne à une autre » (Martinet, 1962, trad. fr. 1969 : 152).
La lignée structuraliste de Saussure a connu un rayonnement particulier grâce au travail de Noam Chomsky bien que celui-ci nie souvent son lien avec le structuralisme. Mais Chomsky, dans sa fameuse grammaire générative, insiste plus sur la compétence de la langue et très peu sur la communication.
D’autre part, des linguist e s ont fait des interprétations différentes sur le langage. Selon Bakhtine, le langage « réside dans la communication verbale concrète, non dans le système linguistique abstrait des formes de la langue, o u plus que dans le psychisme individuel des locuteurs » (Bakhtine, 1929, trad. fr. 1977 : 137). Pour lui, la communication n’est plus abstraite, mais plutôt concrète. Il est ainsi l’un des « premiers linguistes qui ont posé la notion d’interaction. (ZHENG, 2003 : 9).
L’idée de Bakhtine est partagée par Roman Jakobson qui tient compte de l’interactionnalité de la langue, en pensant que « la réalité fondamentale à laquelle le linguiste a affaire, c’est l’interlocution – l’échange de messages entre émetteur et récepteur, destinateur et destinataire, encodeur et décodeur. » (Jakobson, 1960, trad. fr. 1963 : 32) Dans l’article The ethnography of speaking , publié en 1962, Dell Hymes a souligné l’importance d’étudier la parole dans son contexte social, en initiant une étude sur la communication de manière ethnographique. Quelques années plus tard, il a présenté son fameux modèle SPEAKING, qui reste un des moyens efficaces pour « l’observation et la description d’une situation de communication » (ZHENG, 2003 : 18).
On voit ainsi que de Saussure, fondateur de la linguistique moderne à Jakobson, Hymes, en passant par Martinet, Chomsky, Meillet et Bakhtine, tant de linguistes ont figuré dans l’histoire de la linguistique. La linguistique contemporaine donne naissance à de nombreuses branches dont la linguistique structuraliste, la linguistique fonctionnaliste, la grammaire générative, la linguistique anthropologique, la linguistique culturelle, la linguistique informatique, la psycholinguistique, la sociolinguistique, etc. Avec la naissance de la sociolinguistique, selon l’accent mis sur de différents aspects sociolinguistiques, on distingue, entre autres, l’ethnographie de la communication, la sociolinguistique interactionnelle, l’acquisition de la deuxième langue, et notamment la communication interculturelle qui est devenue une discipline elle-même « transdisciplinaire » dont un aspect pragmatique.
Il est difficile de présenter de manière exhaustive toutes les approches théoriques ou méthodologiques concernant cette discipline qu’est la pragmatique interculturelle, car déjà le croisement des disciplines rend difficile et peu nécessaire d’aborder toutes les théories concernant la communication interculturelle ou encore la pragmatique. Ceci dit, un bref recul sur le développement de la linguistique moderne au niveau des études sur la communication semble nécessaire pour pouvoir aboutir aux connaissances de cette discipline, notamment au niveau de son aspect social, culturel. D’ailleurs, quelques éléments clés doivent être définis, et ceci à commencer par la communication qui est dans s a définition marquée par une interactionnalité.
L’interactionnalité dans la communication
Dans ce travail, l’auteur adoptera d’abord une approche pragmatique afin de dévoiler les questions plus profondes concernant ces stratégies de communication, ou les jeux de communication selon ZHENG (« Qui dit stratégie dit jeu », ZHENG, 1995 : 13), que prendront des Chinois dans un contexte sino-occidental. Il est ainsi important de voir dans un premier temps le problème de communication.
La communication est avant tout interactionnelle. Hymes et Gumperz avaient fait des recherches sur la communication au niveau ethnographique, dont, comme ZHENG a cité (ZHENG, 2003 : 17), « l’objectif était d’établir une théorie de la communication en tant que système culturel, de décrire l’utilisation du langage dans la vie sociale, et plus précisément, de dégager l’ensemble des normes qui sous- en tendent le fonctionnement des interactions dans une société donnée avec une démarche typiquement ethnographique : l’observation des faits de langage dans leur contexte naturel (BACHMANN et al., 1981 : 54) ». En fonction de l’approche S.P.E.A.K.I.N.G. de Hymes, au niveau du P. (participants), nous pouv ons voir que tout au long de la communication, il existe deux sortes de participants (chinois et étrangers). Ces deux participants se communiquent et s’influencent par le biais du langage verbal, paraverbal et non verbal. Bakhtine s’appuie sur « la communication verbale concrète », étant donné que « la situation sociale la plus immédiate et le milieu social plus large déterminent entièrement, et cela de l’intérieur, pour ainsi dire, la structure de l’énonciation » (Bakhtine, 1929, trad. fr. 1977 : 124) et que « l’interaction verbale est la réalité fondamentale du langage » (KERBRAT-ORECCHIONI, 1990 : 17).
Le processus de l’interaction est un processus dans lequel les interactants (émetteur de l’information et récepteur de l’information selon la direction de la transmission de l’information) non seulement transmettent ou reçoivent de l’information mais s’exercent aussi des influences (SHANNON et WEAVER, OSGOOD et SCHRAMM, cités par HU, 1999, 53-54 ; SCHRAMM cité par GUAN, 1995 : 28-29), car parler, c’est interagir. De la part de l’émetteur, il essaie par le langage de faire recevoir au récepteur le message qu’il veut transmettre. De la part du récepteur, toujours par le langage, il essaie de comprendre le plus le message de l’émetteur pour réaliser une interaction, sans pourtant tarder à « recevoir » le message à sa façon. En même temps, il agit de sorte que sa réaction à la parole de l’émetteur soit partagée par son interlocuteur ou suscite une interaction chez l’émetteur.
Pour assurer un bon déroulement de l’interaction, les interactants recourent à des matériaux sémiotiques (verbaux, non verbaux, paraverbaux). L’émetteur utilise des formules comme « n’est-ce pas », « c’est ça », « d’accord » pour produire un effet résonant chez le récepteur. Au contraire, pour témoigner de son attention et de l’interaction, le récepteur prononce des mots et expressions comme « oui », « c’est ça », « comme vous voulez » ou fait appel à des gestes corporels, des mimiques, etc.
Au cours d’une conversation, plusieurs éléments se font remarquer : les comportements de chaque interactant, le système de tours de parole, notamment le réglage de l’alternance, l’organisation structurale des conversations. Il faut noter que les représentations de ces éléments varient en fonction des pays. Par exemple, l’interruption de parole ou de discours est un phénomène assez courant chez les Français, alors qu’elle serait considérée comme un acte rude, insolent, voire agressif chez les Chinois.
L’interaction qu’on pourrait rencontrer dans un marché n’est pas tout à fait comme celle qu’on rencontre dans d’autres situations, car les interactants prononcent souvent un discours à caractère commercial. Les formules de politesse par exemple cèdent parfois le pas aux formules plus franches, plus directes, permettant d’aboutir rapidement à une fin commerciale. Du côté des vendeurs chinois, ce qui reste la priorité pour eux, c’est d’introduire, de présenter, de convaincre. Du côté des acheteurs ou des touristes étrangers, il leur est important d’apprendre comment réagir, il est question de savoir comment refuser, accepter, marchander. Mais en même temps, les deux s’attachent tous à cette synchronisation interactionnelle, faute de laquelle la conversation ne serait pas poursuivie, ce qui conduirait souvent à des problèmes de communication.
Dans le système des échanges commerciaux d’un marché, les interactants ont de différents objectifs. Pour les vendeurs, ils n’en ont qu’un : faire acheter le plus possible aux acheteurs, qu’ils soient de vrais ou de potentiels ou encore de faux clients. Pour les étrangers dont la plupart sont des touristes, ils sont venus au marché sous l’impulsion de la curiosité, pour découvrir l’exotisme, pour flâner. L’échange commercial est donc incertain. Ainsi peut-on dire que les vendeurs entament la conversation avec de divers clients toujours à partir d’un modèle fixe, sans jamais tenir compte de la diversité des clients (soit : quelle que soit la raison qui vous amène chez moi, j’essaie toujours de vous faire acheter !). La façon de débuter une conversation détermine la réaction du client ainsi que l’interaction chez l’un comme chez l’autre.
La conversation une fois commencée, est rendu possible non seulement un échange commercial, mais aussi une communication interculturelle. Dans notre observation, il est intéressant de tenir en tête des questions suivantes : Comment commence la communication plus précisément ? Qui entamera le premier tour de parole ? Et pour quelle raison ? Y a-t-il des jeux de communication auxquels recourent les vendeurs chinois ? Si oui, comment comprendre ces jeux ? Quelles seront les réactions à ces jeux ? Quelles en seront les conséquences suite à ce recours ?
C’est là l’un des objectifs de notre étude. Dans ce travail, la description des jeux de communication servirait de base d’étude. Mais on ne s’y limite pas. Ce qui importe le plus, c’est de découvrir, d’analyser les implications culturelles que ces stratégies représentent et les conséquences, les problèmes voire les conflits auxquels elles pourraient conduire.
Le lieu d’enregistrement des interactions est le marché de la soie à Beijing. Nous avons comme objet de l’étude les stratégies de communication langagières. Celles-ci ne sont pas comme celles que les Chinois prennent dans la vie quotidienne, puisque le terrain est bien particulier. On peut en fait voir des divergences et des convergences entre les deux. Il est donc important qu’on prenne une bonne approche méthodologique. Ensuite, il faut voir les différentes théories en question, et surtout éclaircir quelle est la place des interactions du petit commerce dans la typologie des jeux de communication. D’ailleurs, un travail sur corpus semble primordial pour faire découvrir les particularités de notre recherche.
Les relations entre la culture et la communication
Comme ce qui est présenté dans l’introduction, le thème de la présente étude porte sur plusieurs interrogations qui sont liées toutes à la communication interculturelle. Il est ainsi nécessaire de faire un point sur les théories de la communication interculturelle.
Il est important dans un premier temps de connaître les définitions des deux mots-clés : celle de la culture et celle de la communication, étant donné que notre étude porte sur la communication interculturelle.
L’origine du mot « culture » date du latin « cultura », qui signifie, si on cherche l’explication dans Le Petit Robert , « Ensemble des aspects intellectuels propres à une civilisation, une nation » . On met ici le sens de ce mot à la hauteur d’une nation, d’une ethnie. En effet, le mot peut trouver son origine dans la production agricole de l’ancienne époque.
Or, la définition du mot varie selon les pays. Nous avons effectivement de différentes interprétations sur ce mot : culture chinoise, culture occidentale… même culture française, culture anglaise qui font partie de la culture occidentale… et culture bretonne, culture normande au sein de la culture française. Ainsi, la « culture » n’a pas uniquement sa dimension nationale. Kroeber et Kluckhohn ont essayé en 1952 de la voir à travers 164 définitions (cité par YAN, 2009 : 2).
Mais les anthropologues et les sociologues donnent des définitions différentes à la notion de la culture. Leur représentant, Raymond Williams, grande figure britannique, auteur de Culture and society , pense que la culture doit être celle qui « regroupe les pratiques et les institutions de sens et de valeur dans une société, pratiques et institutions que l’on retrouve sous la forme spécialisée de la religion, l’apprentissage, l’éducation, les arts » (cité sur le site web : http://www.bibl.ulaval.ca/doelec/pul/dumont/fdchap22.html , et cité par PENG et WANG, 2009 : 34). Son compatriote, E.B. Tylor, anthropologue, préfère voir la culture de manière suivante : « La culture ou la civilisation, entendue dans son sens ethnographique étendu, est cet ensemble complexe qui comprend les connaissances, les croyances, l’art, le droit, la morale, les coutumes, et toutes les autres aptitudes et habitudes qu’acquiert l’homme en tant que membre d’une société » (cité sur le site web : http ://libertariens.chez-alice.fr et cité en chinois par PENG et WANG, 2009 : 34).
Les Chinois ont étymologiquement leurs propres explications sur le mot « culture » qui est traduit en pinyin « wen hua » ( 文化 ). Le mot a donc un sens composé en chinois : le « wen » et le « hua ». Le « wen », qui désigne au début les « rides », les « raies », prend petit à petit un sens de « connaissances sur la nature et l’univers » (du Shangshu , Livre des histoires archaïques ). Quant au mot « hua », sa première apparition serait dans le Zhuangzi , quand on parle d’un poisson qui se transforme en un oiseau géant. « Hua » y a une représentation de « transformation ». Nous pouvons connaître ainsi la signification primitive en chinois du mot « culture » ( wen hua ) : une transformation des connaissances sur la nature et l’univers.
Or, il faut dire que le « wen hua » n’apparaît en tant que mot composé qu’avec l’arrivée de la dynastie des Han de l’Ouest. LIU Xiang ( 刘向 ), rédacteur de l’époque des histoires et écrits de l’époque pré-Qin, a rédigé un livre nommé Jardin des histoires ( 《说苑 - 指武》 ), dans lequel il ajoute aussi des commentaires. C’est ce livre qui présente pour la première fois la notion du « wen hua » selon les Chinois. Dans le livre, l’auteur écrit : « quand un homme saint gouverne le monde, il recourt d’abord à la « wen de (culture) » avant de choisir la « wu li (force) » ( sheng ren zhi zhi tian xia ye, xian wen de er hou wu li 圣人之治天下也,先 文德 而后武力 ), c’est-à-dire la force comme dernier ressort. Car une émergence par force ne peut jamais durer longtemps. C’est ainsi que la civilisation, autrement dit, l’éducation des connaissances sur l’univers (wen hua), passe toujours avant la force, la « violence ». Là, l’idée y est très claire : le « wen hua », « culture » en français, est interprété par les Chinois depuis des milliers d’années comme « éducation des connaissances sur l’univers, sur la voie », bien que cette interprétation ne fût qu’une goutte d’eau dans la mer si l’on fait une étude exhaustive sur la notion ou plus précisément les notions du mot dans la langue chinoise. Dans les études contemporaines, selon des chercheurs chinois, la culture est « un mode de vie », « une tradition » (PENG et WANG, 2009 : 34, 38).
Nous pouvons effectivement trouver beaucoup d’autres définitions pour le mot « culture » mais qui ne semblent pas indispensables, étant donné que celles-ci peuvent être tellement variées qu’il est impossible de trouver des points communs entre elles, puisque les auteurs développent souvent la notion de la culture sous de différents angles, dont des particularités comme « la culture s’apprend » (BEAMER et VARNER, 2009 : 6), l’ethnocentrisme, l’holistique et le dynamique, préconisées par CHEN (CHEN, 2009 : 26-27).
Vu l’impossibilité de donner une définition commune à la culture, car la culture elle-même varie, certains chercheurs commencent à tourner le regard sur le « schéma culturel » (LI et al., 2012 : 38-40) qui évoque une différence interculturelle (ibid. : 42).
Le mot « communication » doit son origine au mot latin « communicare » ou de « communicatio » selon certains, qui désigne « être en relation avec ». Ce mot ne fait son apparition en France qu’au milieu du XIV e siècle. Il est revêtu d’abord d’un sens de « commerce, relations », avant d’être interprété dans le Petit Robert comme « passage ou échange de messages entre un sujet émetteur et un sujet récepteur au moyen de signes, de signaux ». D’ailleurs, une documentation étymologique nous permet de comprendre qu’il peut représenter la « mise en commun, échange de propos, action de faire part », comme le souligne le Centre national des Ressources textuelles et lexicales de France.
Comme la culture, il est aussi très difficile de donner une définition claire à la communication dont Dance et Larson ont trouvé 126 variétés (cité par Samovar et al., 2000 : 22).
On verrait bien dans le mot « communication » la racine de « commun », c’est-à-dire qu’il faudrait avoir au moins deux sujets pour que le mot ait un sens propre. C’est ainsi que l’auteur préfère, dans sa traduction en chinois, jiao ji ( 交际 ) et non chuan bo ( 传播 ), car le premier est plus interpersonnel que le second. Or, avec le développement de la langue, le mot se dote de nouveaux sens, étant donné qu’il peut concerner de différents domaines et disciplines : anthropologie, sociologie, psychologie, voire journalisme. C’est ainsi qu’il peut avoir de différentes significations en fonction de la discipline concernée.
La « communication » dont nous parlons ici reprend effectivement son sens original, c’est-à-dire le « commerce, relations », puisque notre corpus se base sur des observations de terrain réalisées dans un marché. Bien sûr, de nos jours, la notion du mot se développe aussi. C’est ainsi que nous pouvons conclure sa notion par quelques mots-clés comme suivants : relations, échanges, interpersonnel.
Il faut souligner tout de même que la communication peut être verbale, gestuelle même mentale, spirituelle. Ceci est très important, car dans notre étude, la communication entre les vendeurs du marché et les clients n’est pas forcément et simplement verbale. Notre attention porte plutôt sur la communication langagière au sens plus large. Il s’agit donc tout d’abord d’actes de langage auxquels une communication initie.
La communication peut avoir ainsi nombre de notions. Du point de vue macro, notamment à une hauteur nationale, la communication peut être celle qui est synonyme de l’expansion, par exemple l’expansion culturelle. Il s’agit d’une communication entre différentes cultures, entre par exemple la culture chinoise et la culture française. Cette communication est traduite par une rencontre, un croisement, pour ne pas dire un heurt, un choc qui pourraient se reproduire. Là, c’est essentiellement une communication de cultures, et non de langues.
Il en est de même si on voit la communication à un niveau institutionnel, entre les établissements, les entreprises par exemple, de différents pays. Là aussi, c’est une communication d’organisation (HU, 1999 : 51), de cultures et non de langues.
Ce n’est qu’à un niveau individuel que le mot communication a son sens que nous abordons dans la présente étude. Les individus, sujets d’actes de langage, sont porteurs de différentes cultures, quand il s’agit des gens de différents pays, voire d’un même pays. La communication entre individus est aussi une communication de cultures. Elle est dans ce sens la culture (Samovar, avec introduction de CHEN Zhi’an, 2000 : F21). Là, on pourrait dire que cette communication est d’autant plus compliquée qu’il s’agit d’une communication à la fois de langues et de cultures.
En tant que discipline, la communication interculturelle se trouve dans un état embarrassant : elle n’est pas comme la pragmatique, ou encore la sémantique. C’est une discipline entre parenthèses. Car elle doit son origine à nombre de disciplines, comme on le dit toujours : anthropologie, sociologie, science de la communication, ethnologie, etc. Si les recherches interculturelles sont nombreuses, celles de la communication interculturelle le sont beaucoup moins. Si nous faisons une synthèse sur les recherches de la communication interculturelle, nous pouvons découvrir que la majorité des théories sur celle-là concernent plus la communication ou l’interculturel que sur le terme au sens propre.
C’est ainsi qu’on peut découvrir, si on jette un œil sur l’étude des grandes théories de la communication interculturelle, de notre pays par exemple, que des théories sur la culture ou sur l’interculturel, ou bien encore sur la communication sont empruntées et servent de cadres théoriques.
Nous avons ainsi la théorie Iceberg de culture (YAN, 2009 : 35-36), reconnue par la majorité des chercheurs. Et aussi les dimensions culturelles (Hofstede) : distance hiérarchique, contrôle d’incertitude, masculinité et féminité, dimension temps et dimension espace, etc. Ou bien aussi les comportements culturels (E. HALL) sur les messages rapides ou lents, sur la territorialité, sur les dimensions espace et temps et aussi sur les valeurs de l’homme (KLUCHHOHN ET SRODTECK)...
Des méthodes sociologiques sont également utilisées pour étudier la communication interculturelle. La méthode Pattern Variables (Parsons et al., 1951, cité par YAN, 2009 : 53-55) regroupe cinq paires de variables (affectivité vs. affectivité-neutralité, particularisme vs. universalisme, diffusion vs. spécificité, qualité vs. réalisations, collectivité vs. égocentrisme) pour aborder une universalité de ces critères qui seraient la pierre angulaire de toute la société. Étudier ces cinq couples de critères, c’est d’étudier les conditions préalables d’une communication interculturelle.
Des études sur la communication ne manquent pas non plus. Goffman a supposé « l’image de soi », ou les « jeux de face » dans l’étude de la communication des gens (cité par YAN, 2009 : 67). La théorie a été développée par Stella Ting-Toomey en 1998, qui s’attache au rapport entre la face et la négociation ( Face-negociation theory ) : dans la communication, la construction de la face est un processus de négociation entre les différents interlocuteurs (ibid. : 68). L’auteur a souligné la différente importance accordée par les gens de différentes cultures, sans pour autant approfondir de manière positiviste ces jeux de face dans des cas réels.
S’il est difficile de dire qu’il existe des théories authentiques sur la communication interculturelle, étant donné que toutes ces théories proviennent de plusieurs disciplines, les études faites par des chercheurs chinois (GUAN, 1995 ; JIA Yuxin, 1997 ; HU, 1999 ; HU Sh.zh., 2008 ; CHEN, 2009 ; PENG et WANG, 2009 ; YAN, 2009 ; LI et al., 2012) permettent de tracer les grands sujets qui concernent entre autres : les verbaux, les non verbaux, les valeurs, le choc interculturel, l’accommodation et l’adaptation, les dimensions espace et temps, l’acculturation. C’est un croisement de disciplines, une science « interdisciplinaire » qui domine l’encadrement théorique de la communication interculturelle. Étudier les théories de celle-ci, c’est d’étudier les théories « pertinentes » des disciplines concernées.
S’il est difficile de définir les théories de la communication interculturelle, il est encore plus dur de les intégrer dans un cas réel comme une étude sur un marché de commerce que nous faisons dans la présente étude. Car, comme nous le prévoyons ci-dessus, le contexte interculturel est mal défini. Est-il possible de parler de la communication interculturelle au niveau du stéréotype ? Pas forcément. Au sens large, la culture peut être nationale, soit chaque nation sa (même ses) culture(s). Mais au sens plus étroit, un homme peut bien être un monde, une culture. Deux personnes différentes, qu’ils soient de différente nationalité ou non, ont chacune un parcours différent. Un parcours différent reflète une culture différente, d’où les sous-cultures. Et s’il s’agit d’un mouvement culturel qui s’oppose à la culture dominante, on pourrait parler de la contre-culture présentée par Théodore Roszak en 1969. Il est donc très difficile de déterminer les limites de la notion de la culture. C’est ainsi qu’on peut dire que les problèmes de la communication interculturelle sont dans une certaine mesure les problèmes de la communication. Et c’est juste parce que chaque nation a ses manières de communiquer que l’étude de la communication interculturelle a son sens réel.
Nous sommes soulagés de voir ainsi que l’enjeu est la communication et non l’interculturel, car ceci constitue aussi le plus grand souci de la présente étude. Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’une étude interculturelle y est bannie, étant donné qu’une communication comprend déjà parfaitement ce qui est de l’interculturel. Ceci dit, il faut distinguer tout de même les cas. Car ce que nous allons voir comme corpus d’étude se base principalement sur un contexte interculturel. Il faut voir ainsi le problème de la communication dans son contexte interculturel.
La théâtralité de la communication interculturelle
La communication est marquée par une théâtralité. Si la vie est un jeu, selon un dicton chinois, le monde n’est qu’un théâtre aux yeux des gens qui ne sont parfois pas forcément des chercheurs.
On attribue souvent à Goffman l’idée de cette théâtralité. Mais si Goffman lie les interactions interpersonnelles à une sorte de théâtre, il n’est pas le premier à présenter cette idée. Arthur H. SMITH avait indiqué ceci loin avant lui qu’il parlait de la « face » chinoise d’une manière qui nous paraît assez démodée d’un point de vue moderne :
Pour se faire une idée, encore qu’imparfaite, de tout ce que renferme le mot « face », il faut tenir compte du fait que la race chinoise possède au plus haut degré l’instinct dramatique. En Chine, le théâtre est véritablement le seul amusement national et le peuple professe pour le spectacle une passion pareille à celle des Anglais pour les sports ou des Espagnols pour les courses de taureaux. À la moindre provocation le Chinois se considère comme acteur jouant un drame. Il adopte aussitôt une attitude théâtrale, fait le salam, tombe à genoux, se prosterne et frappe sa tête contre terre ; et cela dans des circonstances qui, aux yeux d’un Occidental, ne motivent nullement de pareils gestes et les rendent même ridicules. Un Chinois pense dans des termes de théâtre. (Arthur H. SMITH, trad. de B. Mayra et le colonel De Fonlongue, 1927 : 13)
La description de l’auteur, d’un ton qu’un Chinois de nos jours jugerait probablement « colonialiste » et « de supériorité », permet de donner quelques réflexions importantes. Non seulement qu’on y trouve une sorte de coïncidence postérieure par rapport à la théâtralité de Goffman, mais qu’une notion de face chez les Chinois des années 1920 saute aux yeux, et ferait imaginer dans la logique des choses qu’elle reste toujours comme ça même à l’heure actuelle, au moment du vingt et unième siècle. C’est ainsi qu’il est d’autant plus important de la renouveler que des chercheurs publient de nos jours les fruits de leurs études, dont Lihua ZHENG sur la face chinoise, et Zhihong PU (2003) ou encore Xiaomin MENG (2006) sur la politesse chinoise.
ZHENG partage l’avis de Goffman sur la théâtralité des interactions quotidiennes. (ZHENG, 1995 : 17, 20). Avant d’aborder l’enjeu de la face, ZHENG a préparé une approche dramaturgique adoptée des travaux de Goffman pour définir la situation des acteurs. Des observations, il a remarqué l’attachement des Chinois aux relations sociales, au confucianisme qui est concrétisé là en « esprit de convergence, esprit de moralité et esprit des liens de sang » (ZHENG, 1995 : 58, 60-61), d’où la réputation morale. Sous l’influence de celle-ci, les Chinois s’attachent à ne pas perdre la face, surtout dans les interactions, comme l’a observé Goffman (1974 : 10)
La présente étude s’en rapproche également. La « représentation théâtrale » est presque identique : c’est un théâtre pour Goffman, c’est un restaurant-théâtre pour ZHENG, et c’est un marché-théâtre pour la présente étude.
Or la particularité de la présente recherche est quand même là, faute de quoi il n’aurait pas de sens pour faire une telle étude. Dans son étude, ZHENG s’appuie sur une valeur clé qui est le noyau de toute son étude : la face. La figuration (Face work) de Goffman est concrétisée par ZHENG par des observations sur des interactions qui se passent dans un restaurant asiatique de Paris. Elle traverse toutes les descriptions, présentations et analyses. Ceci n’est pas le cas pour la présente étude qui se base plutôt sur la dimension linéaire du temps qui divise en quatre étapes le processus de la communication chez les vendeurs du marché de la soie : attraction, orientation, accommodation et persuasion.
Conclusion
La communication est l’interaction et vice versa. Avant de comprendre cette interaction, il faut déjà tenir compte d’un facteur contextuel qui est ici l’interculturel pour le cas du marché de la soie. Et cette communication est interpersonnelle.
Pour communiquer, les vendeurs du marché recourent à des stratégies différentes en fonction du processus de communication. La présence des vendeurs chinois sous-entend déjà une culture chinoise, qu’elle soit représentative ou non. La culture ou les microcultures qu’ils véhiculent se font apercevoir dans leur communication avec les visiteurs étrangers. Naturellement, tout ne peut pas être abordé dans la présente étude qui cible plutôt une communication langagière qui se passe sur un théâtre qu’est le marché.
Avant même de parler d’une étude sur cette communication, il est important de comprendre son déroulement qui implique à son tour quelques éléments clés.


Les facteurs clés de la communication
Introduction
Nous allons adopter une méthode de Hymes pour décrire la situation de la communication du marché de la soie. La méthode, qui a une coïncidence énorme par rapport au mot « Speaking » en anglais, est composée de huit éléments. Cette méthode, bien qu’ethnographique, est utile pour décrire un macro (ou micro) contexte où se trouve la communication interpersonnelle entre les vendeurs chinois et leurs clients, car elle « insiste sur le jeu d’influences réciproques du langage et du contexte social (ZHENG, 2003 : 19). Cette méthode n’est pas toujours suivie par les chercheurs. Kerbrat-Orecchioni n’a pas pris en considération totale de l’approche de Hymes. Selon elle, « cet inventaire très hétérogène englobant donc certains constituants du contexte (le « site », les « participants » et les « buts »), mais aussi d’autres éléments qui sont à considérer plutôt comme des moyens, des propriétés, ou même des ingrédients (les « actes ») de l’interaction elle-même » (KERBRAT-ORECCHIONI, 1990 : 77). En combinant le modèle de Hymes avec celui de Brown et Fraser, elle donne une interprétation différente sur des éléments dont le « site ».
Or, quand on parle d’une communication, il est inévitable de voir son processus qui peut être traduit par un codage. Ce processus est souvent verbal, entremêlé de ce qui est non verbal. C’est aussi le cas pour la communication au marché de la soie. Comprendre ce processus verbal, c’est de connaître avant tout la manière de connaître, d’acquérir les connaissances chez les vendeurs chinois, ce qui rend nécessaire une analyse sur la communication cognitive chez au moins des Chinois. Naturellement, cette communication cognitive présuppose déjà la présence des règles sociales.
Le contexte – De Hymes à Kerbrat-Orecchioni
Concernant l’étude sur le contexte, ou la situation, nous pensons d’abord et surtout au modèle SPEAKING de Hymes. En fait, l’acronyme constitué de huit mots désigne les différents composants de la situation. Comme Vion le dit, « la situation dans laquelle se déroule un échange est partiellement déterminée par des éléments préalables et externes à l’interaction » (VION, 1992 : 105).
Tableau 4 - Modèle SPEAKING de Hymes
Modèle
Signification
Description
Setting
Cadre
Cadre spatio-

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