MÉMOIRE DU SYMPTÔME
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MÉMOIRE DU SYMPTÔME

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Description

Qu’il soit physique ou psychique, le symptôme détient une mémoire. Dans la version psychologique, celle qui concerne essentiellement cet ouvrage, l’auteur appréhende le symptôme comme le territoire d’une mise en scène où se trouve traduit par la forme que celui-ci prendra, l’enfermement dans lequel un être a été placé face à une position parentale de toute puissance. Le mode pathologique, qui en découle parfois, s’inscrit dès lors comme le tracé d’une blessure qui dit l’histoire d’une réalité empêchée. L’auteur développe dans cet ouvrage toute une approche du symptôme, puisant, à l’occasion, dans le monde théorique de la pensée de Freud et de Jung.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2002
Nombre de lectures 58
EAN13 9782296303881
Langue Français
Poids de l'ouvrage 6 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

MEMOIRE DU SYMPTÔMECollection Études psychanalytiques
La collection Études Psychanalytiques veut proposer un pas de côté et
non de plus, en invitant tous ceux que la praxis (théorie et pratique)
pousse à écrire, ce, "hors chapelle", hors "école", dans la psychanalyse.
Dernières parutions
Roseline RURION, Les crépuscules de l'angoisse, 2000.
Gabrielle RUBIN, Les mères trop bonnes, 2000.
Françoise MEYER (dir.), Quanrj,la voix prend corps, 2000.
Gérard BOUKOBZA, Face au traumatisme, Approche psychanalytique:
études et témoignages, 2000.
Karinne GUENICRE, L'énigme de la greffe. Le je, de l'hôte à l'autre,
2000.
Jean BUISSON, Le test de Bender: une épreuve projective, 2001.
Monique TOTAR, Freud et la guérison, 2001.
Radu CLIT, Cadre totalitaire et fonctionnement narcissique, 2001.
Katia VARENNE, Le fantasme de fin du monde, 2002.
Michèle Van LYSEBETR-LEDENT, Du réel au rêve, 2002.
Patrick Ange RAOULT, Le sexuel et les sexualités, 2002.
Christian FIERENS, Lecture de l'étourdit, 2002.
P.A. RAOULT (sous la direction de), Le sujet
post-modernepsychopathologie des Etats-Limites, 2002.Collection Etudes Psychanalytiques
Yves BOCHER
MEMOIRE DU SYMPTÔME
L'Harmattan L'Harmattan Hongrie L'Harmattan Italia
5-7, rue de l'École-Polytechnique Hargita u. 3 Via Bava, 37
75005 Paris 1026 Budapest 10214 Torino
FRANCE HONGRIE ITALIEcgL'Harmattan, 2002
ISBN: 2-7475-3320-4La généalogie du sytnptôtne
Regarder la vie en face, la mesurer à l'aune des faits, c'est
partir d'une réalité ancrée dans le visible, s'éloigner de cette
fâcheuse manie à projeter sur l'existence ce qu'on aimerait
qu'elle soit. Dès lors, les masques peuvent tomber et les
fragilités retrouver leur noblesse. Comme une roue qui tourne,
avec une bonne transmission de la mémoire délimitant l'espace
des frustrations et des souffrances, les malaises apparaissant çà
et là viennent de très loin, alimentés par des événements qui
tiennent autant des drames surgis au cœur des familles que des
confrontations difficiles d'un être, pourvu de ses
caractéristiques propres, avec son monde parental. Régie parfois
par dés règles trop strictes, ou encore démunie des repères qui
rassurent malgré tout, la famille est l'espace où les renonciations
voyageuses se donnent à voir, habituées qu'elles sont à une
répétition qui sait si bien leur donner corps. Ainsi l'enfant, dès
le départ, en tant que témoin situé à la croisée d'une lignée
parentale trimballant, avec plus ou moins de bonheur, les
dysfonctionnements provenant d'une déjà longue histoire,
commence à parler de lui en traduisant, par ses difficultés, le
langage secret de son identité en recherche de son expression.
Dire cela, en partant d'un héritage difficile à porter, n'est pas
une critique aveugle envers des parents désignés et épinglés
comme irresponsables, c'est tout bonnement reconnaître une
situation qui concerne tout le monde, avec des différences, bien
sûr, dans les attitudes. Les symptômes, qui ne manquent pas de
se présenter dans le cours de chaque vie, sont donc une
mémoire qu'il faudra bien arpenter pour découvrir les
événements qui les ont nourris. Confrontés à ce qui se présente,
dans un premier temps, comme encombrant, nous nous
apercevrons vite" au-delà du handicap généré par sa
manifestation, que le symptôme est, à sa manière, une porte
7d'entrée vers cet intime de l'être en attente de ce qui lui
correspond. En ce sens, le désir, forme parlante et agissante des
besoins essentiels, rattache à une identité qui lui donne sa
couleur. Son expression, et la façon dont il sera reçu
extérieurement, déterminent les reliefs d'une problématique qui
ne manque jamais de s'installer là où un élan individuel a trouvé
en face de lui une résistance agissant comme des freins activés
par une normalisation imposée. La manifestation
symptomatique aura besoin de son temps d'expression pour
arriver, à force d'interrogations sur ce qu'elle traduit, à ce final
heureux où, libre de ce qui l'avait empêché de vivre, l'être s'en
va vers un devenir qui lui appartient, délesté du poids qu'on lui
avait placé sur le dos comme pour lui signifier à quelle
généalogie il est rattaché. Disons-le d'emblée, l'idéal n'existe
pas, il est un leurre qu'il vaut mieux déloger rapidement de sa
hauteur pour le faire descendre dans la vallée des faits, rien que
des faits. De là, nous voyons les choses comme elles sont et
nous pouvons commencer ce voyage vers nous-mêmes, sans les
illusions et leur forte tendance à la déformation.
La névrose étant somme toute l'expression d'un conflit
entre des tendances opposées dans l'être, elle est très bien
partagée par tous et nous aurons beau vouloir nous en
débarrasser par un effort mental d'adaptation aux normes, elle
sera toujours là comme un mauvais esprit qui nous targue et
nous blesse, du moins le temps que nous la reconnaissions pour
ce qu'elle est: un visage de l'être en recherche de son unité.
Dans ce contexte marqué par tous nos héritages, une inclination
se retrouve souvent dans les familles, celle de dessiner pour
l'enfant un tracé en ligne droite de la route qu'il devra suivre.
Dès lors, comme le refrain d'un texte écrit et réécrit selon des
formes transmises de génération en génération, le même constat
réaliste se dégage: un mode sacrificiel opère dans les coulisses
de l'être.
L'enfant, dans l'expression même de ses désirs, est un
révélateur des blessures que sa famille porte comme la trace
8d'une mémoire enfouie. Pour être en demande d'amour et de
reconnaissance, il est, pour ses parents, la bonne occasion d'une
prise de conscience: ce qu'ils ne peuvent donner, ils ne l'ont
pas reçu. Si, malencontreusement, ce rappel à la réalité ne se fait
pas, le même système inconscient se mettra en place, l'enfant
rendu responsable et puni de déranger un quotidien organisé
selon la logique d'une mécanique rodée à un fonctionnement de
renonciation. En conséquence, les voies d'accès à son désir
étant barrées, il ira chercher ce qu'il attend par les chemins d'un
sacrifice dont il sera à la fois l'exécutant et la victime. Ce n'est
pas dans l'expression pleine de sa demande qu'il se fera, mais
par la réduction de celle-ci à la limite que son milieu traduit.
Ainsi, pour rester à l'intérieur des limites familiales qui sont,
somme toute, ses références, l'enfant sera obligé de sacrifier la
partie de lui-même qui le définit dans son identité sensible.
Malgré tout, ce sacrifice plus ou moins conscient, pour
préjudiciable qu'il soit, lui laisse aussi toutes les chances de s'en
sortir un jour parce qu'il ne se sera pas usé dans une bataille
inutile où la force n'est pas de son côté. Pour un temps, œuvrer
dans l'intelligence du repli est essentiel et de bonne stratégie.
L'enfant se préserve ainsi à son insu la plupart du temps. Mais
nous ne pouvons faire des généralités, des différences énormes
existent entre les situations de chacun, la seule constante,
peutêtre, est le problème de fond que pose à l'enfant la réalité de ses
parents. A sa manière, le temps analytique travaille à la
restitution de cette première ambiance, tout en légitimant la
lutte à mener pour se dégager des mécanismes de
l'enfermement. Dans cette aventure, l'élan de libération et la
renonciation se côtoient, actifs l'un et l'autre, comme pour
marquer l'héritage où la retenue avait dominé sur le désir.
D'autre part, le changement, où le désir est plus fort que ce qui
le retient, n'est jamais brutal comme un claquement de doigts, il
se prépare dans un mouvement qui approche, tout d'abord de
l'intérieur, les réseaux morbides en activité au cœur de l'être.
Accéder à l'être-nature - ce qu'une personne est vraiment - n'est
9donc possible que dans un retour à l'histoire, à la mémoire.
L'écoute de l'inconscient, perceptible dans les événements
oniriques et ceux imprévisibles qui échappent - les actes
manqués de Freud -, en révèle des contours parfois surprenants.
En ce sens, le symptôme est dans sa forme paradoxale un
précieux témoin rempli d'une visibilité cachée, il met en scène,
en effet, ce qui n'avait pu s'exprimer en son temps. Il est une
parole qui transgresse le non-dit familial, un moyen détourné
pour énoncer ce qu'un être a à dire de lui-même; il est la part
intime qui se manifeste pathologiquement pour dire qu'elle a
besoin qu'on s'occupe d'elle. C'est une demande du corps à être
prise en compte. Ainsi, les symptômes, plus ou moins
impressionnants selon chacun, révèlent toute une histoire qu'il
faudra aller chercher en se servant de leurs caractéristiques.
Leur refoulement systématique ou, en d'autres mots, le fait de
dire à tout va, comme entendu souvent dans les relations
quotidiennes à la question tout à fait ordinaire: ça va ? Oui,
toujours! est le signe, très fréquemment, d'une nécessité
absolue pour l'individu de mettre un rempart devant sa fragilité.
Lorsque les notions de normalité dominent une famille,
l'obligation de ne pas se plaindre, de ne pas s'attarder sur ce qui
ne va pas, favorise tout un discours aux refrains réglés comme
du papier à musique. Les réflexions en usage dans la famille
"saine-à-tout-prix" sont du genre: "tu te plains de tes petits
maux alors que des gens crèvent de faim dans le monde, que
.
fdes guerres ravagent des contlnents. ou encore: regar de nos" "
voisins, tu ne crois pas qu'ils ont plus de raisons de se plaindre
que toi avec ce qui leur arrive l" C'est en fait toute une
ritournelle de paroles qui jouent de leurs vocalises pour amener
l'enfant à la conscience que ses problèmes, eh bien, on n'en
veut pas. De telles admonestations répétées à son encontre sont
une manœuvre au déploiement stratégique inconscient par
laquelle les parents éjectent de leur vie la moindre attitude
faisant écho à une faille qui leur appartiendrait. Ne pas laisser à
l'enfant la possibilité de parler de ce qui le préoccupe, ne pas
10l'écouter dans sa demande, sont une façon de rompre avec lui,
de couper les ponts, en s'en désintéressant, avec son intimité. Et
le tout, la plupart du temps, dans un climat sans crises où
personne ne se rend compte de ce qui se passe véritablement, la
vie prise dans des rigueurs qui ont pour but de laisser dans
l'ombre les enjeux de l'échange. Tout en étant éloignée de la
conscience, une problématique installée dans une famille,
malgré toutes les adaptations à celle-ci, a tendance à trôner en
effet au centre des préoccupations de tous, ce qui laisse
souvent l'enfant à la périphérie, dans un espace où on ne
répondra pas à sa réelle demande. La réponse instinctive,
spontanée, est la seule qui lui donne toute sa réalité parce que
le témoignage qu'il reçoit de ses parents est alors livré dans un
langage du corps qui ne trompe pas sur leurs véritables
sentiments. L'affectif passe, il est vrai, par une complicité rieuse
et joyeuse, de même par des coups de colère à envolées
tapageuses où l'enfant, malgré la vigueur des propos
quelquefois, ne peut douter de l'amour qu'on a vis-à-vis de lui.
Le contraire, ce sont des attitudes froides à l'énoncé d'un
sentiment baigné d'une distance mesurant à sa manière
l'éloignement d'une mère ou d'un père avec sa propre intimité.
Dans l'héritage psychologique transmis aussi fidèlement que les
caractéristiques physiologiques, le parent se trouve placé dans
une répétition dont le déroulement est la mise en scène de son
histoire. La distance est ainsi une armure pour se protéger de sa
douleur d'antan relative à sa propre demande affective non
entendue.
L'énergie déployée pour rentrer dans le cadre d'une
normalité référée à des critères soumis à des règles d'obéissance
et de performance est préjudiciable à la vie d'un être. Il en
découle parfois l'instauration d'une volonté placée comme
barrage à une pression provenant d'un dedans peuplé de
symptômes, ces derniers pouvant être définis comme les traces
d'une identité en recherche d'un autre terrain d'expression que
Ilcelui imposé. La manifestation symptomatique, apparaissant
dans la rigidité ou dans l'espace d'une adaptation, ou encore
dans une fixation maladive, n'est jamais anodine, elle répond,
d'une certaine façon, à une nécessité impérieuse: celle de
révéler à l'être son identité réelle. Si une conscience de ce qui se
cache derrière ces apparitions gênantes joue souvent l'absente,
c'est qu'elle ne peut voir le reflet d'une fragilité souffrante qui la
déstabiliserait. Le symptôme, ou le trouble névrotique
concrétisé dans des actes, est la trace inconsciente que l'être
laisse passer à son insu. L'intention voilée qui s'en dégage
prépare à cette rencontre avec soi-même. En fait, laisser dans le
flou le symptôme est peut-être ouvrir un espace sur des
possibilités de transformation. Il renferme la plus grande partie
vitale de l'être et il ne s'agit donc pas de porter un diagnostic
clinique qui s'abattrait alors comme un couperet fatal.
Un homme raconta son symptôme: Il vomissait, dans un
acte volontaire, tout ce qu'il avait englouti. Il alla même jusqu'à
vomir dans des sacs en plastique qu'il allait cacher au-delà de la
ville où il habitait. Ce mouvement de rejeter la nourriture ne
vint pas brusquement. Cela commença suite à un dialogue avec
un ami où ce dernier lui dit un jour que son physique ne
paraissait pas exprimer de la souffrance. A cette époque, cet
homme faisait beaucoup la fête, côtoyait des êtres "barrés" dans
des systèmes de destruction - par la drogue et l'alcool. L'impact
d'une parole comme celle-ci, somme toute assez anodine, fut tel
parce qu'une détresse inconsciente - ce patient se croyait le plus
heureux des hommes - cherchait un espace de validation. Bien
qu'elle lui soit cachée, il fallait coûte que coûte qu'elle devienne
visible quelque part. C'est en fait l'intention cachée du
symptôme; il rétablit en effet une vérité par le truchement de
la forme pathologique. Sa fixation dans le corps est nécessaire
car, de par son expression, l'être traduit à sa manière que ça ne
va pas. En fait, le bonheur apparent affiché était un masque,
une façon de noyer une douleur beaucoup plus intime.
12Lorsqu'une verbalisation n'a pu se mettre en place - le
symptôme est un langage muet -, c'est que le système familial
ne pouvait tolérer l'expression d'une souffrance. C'est souvent
ainsi, l'impossibilité de dire entraîne le refoulement obligé. A
contrario, légitimer son symptôme, c'est-à-dire prendre fait et
cause pour lui, c'est, d'une certaine manière, se séparer de la
famille archaïque. Cette dernière ne tolère pas d'autres
expressions que celles correspondant à son moule. Exprimer
une difficulté personnelle est donc transgresser sa loi.
La forme du vomissement et de l'enfouissement donne la
mesure d'une situation tournée vers le refoulement pour éviter
une prise de conscience. Cela s'inscrivait certainement ici dans
la continuité d'un comportement parental identique où enfouir
le symptôme évitait la confrontation avec ce qu'il exprime de
désagrément inopportun. Dans ce contexte, dès le départ, toute
formulation touchant à une forme psychologique de malaise est
écartée, celui-ci vu comme étant de l'ordre d'un caprice, ou
encore d'une faiblesse de l'enfant à trop s'écouter. Les paroles
répressives prononcées à son encontre sont alors du genre:
"arrête de pleurer, tu vois bien que tu m'embêtes l'', "Tes
caprices nous épuisent l'', "Passe à autre chose à la fin l'' La
principale caractéristique du fonctionnement inconscient de
rejet se traduit par une position particulière: la difficulté
psychique est la seule proscrite. En effet, malgré le système de
barrage, les parents sont, la plupart du temps, proches de leur
enfant lorsqu'il fait une maladie physique. A ce moment-là, il est
cajolé, une attention à sa souffrance se faisant spontanément.
La forme psychique, par contre, fait peur parce qu'elle énonce
toute la profondeur d'une difficulté et parce qu'elle nécessite,
pour la comprendre, un retour à des événements historiques
généralement fuis. La réaction mise en avant dans cet exemple,
où se reflétait, dans le symptôme amaigrissant, une souffrance
cachée, tirait sans doute son origine d'une ambiance familiale à
l'intérieur de laquelle seul le corps avait le droit d'exprimer la
défaillance. En outre, tout en se le cachant à lui-même, cet
13homme demandait, par le déplacement d'un malheur
psychologique vers sa traduction dans le corps, à ce qu'on le
soigne, qu'on le comprenne à partir de sa réalité qui lui faisait
mal. Malgré tout, cette sortie symptomatique le tenait en
équilibre parce qu'elle exprimait sa situation profonde. En ce
sens, le symptôme est en lui-même une symbolisation
corporelle. Il est un rêve qui a pris forme.
Une ritualisation du phénomène de vomissement a existé
dans une tribu d'indiens d'Amazonie: celle des jivaros. Il
s'inscrivait chez eux dans un rituel dont la signification
répondait à d'autres critères que ceux présents dans la
psychologie de cet homme souffrant évoqué ici. Dans la
tradition de ce peuple coupeurs de têtes - il était nommé ainsi -,
la nourriture avalée était rejetée par une technique de
retournement de l'estomac. Beaucoup de ceux pris dans ce
mouvement compulsif finissent par bien la maîtriser. Dans la
répétition incontrôlée, telle que décrite ici, le désir de manger
était grand, il s'assouvissait de nouveau après le vomissement.
Mettre en parallèle ce désir, et le vomissement qui s'ensuit, avec
la fermeture parentale à l'expression de l'enfant est sans doute la
meilleure juxtaposition possible. Le rejet qui fait suite à
l'absorption est alors une réaction pathologique à la puissance
castratrice ancienne. Le mode compulsif d'engouffrement de la
nourriture peut se comprendre comme la conséquence de
l'impossible échange dès l'origine entre la mère et son enfant.
Quand elle se trouve dans une position d'étouffement vis-à-vis
de lui, il n'a pas d'autre choix en effet que d'assouvir son désir
et sa faim à toute vitesse, presque en fraude. Nous retrouvons le
même mode expressif dans l'éjaculation précoce, une autre
conséquence qui en résulte parfois aussi chez l'homme pris dans
une telle emprise - c'était le cas ici. Ces deux fonctionnements
subordonnés à un même pouvoir prégnant montre que le désir
n'avait que peu de place dans les relations familiales. A ce sujet,
dans les associations analytiques, un parallèle est souvent établi
14entre le vomissement et l'éjaculation. Ce n'est pas étonnant, le
désir d'exister jouant à tous les niveaux de l'être, le plaisir sexuel
et celui de manger se trouvent reliés à la même dynamique
vitale. L'éjaculation précoce repose peut-être sur une hystérie
maternelle, obligeant dès lors l'enfant à rester dans le cadre du
domaine puissamment exigeant de son parent; elle est ainsi, à
sa façon, une forme d'hystérie. Pour revenir à ce peuple indien
cité, une de ses caractéristiques était aussi de faire l'amour
rapidement, mais avec une fréquence des rapports très grande.
La cause de cette attitude tenait au fait que les échanges
érotiques se faisaient en plein air et que la prolifération des
moustiques empêchait de donner plus de temps à l'échange. La
forêt tropicale et ses insectes agressifs pourraient signifier,
placés dans notre étude, une sorte de symbolisation d'une mère
étouffante, dont les piqûres vampirisantes empêcheraient l'accès
progressif au plaisir de son enfant. Lorsque le désir est
hors-laloi, banni par des règles rigides, il se manifeste dans des formes
éloignées parfois de sa sortie naturelle. La manifestation
compulsive valide, malgré tout, le d~sir, elle lui donne une
réalité. A sa manière, dans son acte de vomissement, l'homme
faisait comprendre que ce qui venait de l'extérieur, qui l'avait
nourri jusque là, devait être rejeté.
Approcher progressivement la signification du symptôme
permet une expression nouvelle dans la réalité. En s'arrêtant sur
lui et le désir qu'il contient, ce dernier se trouve libéré des
prisons-sortilèges dans lesquelles le système familial
pathologique l'avait enfermé. D'autre part, dépasser la mesure
en mangeant jusqu'à se faire "péter la panse" marque une
réaction du corps qui ne pouvait pas aller, dans les faits, au-delà
de la limite parentale. Cet homme avait toujours réagi
docilement dans le respect de l'ordre familial. Il n'avait jamais
osé vivre, par peur, les désirs mêmes de son corps. En mettant
la sexualité en parallèle avec le plan de la nourriture, le fait
d'engouffrer de façon compulsive le plaçait dans une sorte
15d'auto-érotisme dont il resta prisonnier longtemps. Il n'avait
jamais senti l'émergence d'une sexualité épanouie chez ses
parents. En conséquence, rencontrer la femme avait été, pour
cet être, menaçant, sans doute parce qu'il sentait que ce
mouvement le plaçait au niveau de ses fragilités, de sa
problématique instinctuelle. Cette dernière reposait sur une
mère prise dans les filets de sa morbidité, aménageant son
existence exclusivement à l'intérieur de la cellule familiale.
Dans l'enfance de l'homme, un rituel de l'angoisse s'était mis en
place. Tous les soirs, avant le coucher, sa mère faisait le tour de
la maison pour vérifier la fermeture du gaz et des portes. Son
fils devait l'accompagner pour exercer le rôle de contrôle.
C'était à chaque fois, autour de gestes de fermeture, un rite
quotidien de comptage: "un, deux, trois". Ces chiffres étaient
prononcés tout en poussant les boutons du gaz et les clefs à
fond. La fonction de cette phobie était de s'assurer que rien
n'était à craindre. Ce rituel traduisait une angoisse, celle que
quelqu'un pénètre dans la maison en fraude. Il s'appuyait
peutêtre sur le combat de la mère contre une mémoire traumatique
où elle avait eu à subir les assauts violateurs d'un homme. Cet
excès dans la protection témoignait de toute façon d'un
événement ou d'une ambiance qui avait été menaçant. La mise
en scène du rituel était donc une sorte d'exorcisme pour
bloquer la montée de la mémoire dangereuse. Ce mouvement
de contrôle n'était pas l'émanation d'une volonté mais d'une
nécessité. Le fils, ici, par le lien qui l'unit à son parent, se trouve
comme obligé de participer à ce refoulement pour ne pas se
placer en révélateur du trouble destructeur qui possède sa mère.
Au vu de cet élargissement au trauma maternel, le symptôme de
ce patient n'était rien d'autre que l'histoire de sa renonciation,
mais aussi la clé de sa liberté future. En le traduisant, il
dépassait tout de même l'enfermement où aucune traduction
n'était possible. Que le symptôme soit transgressant est
rarement compris.
16Mais revenons à la particularité du rituel mis en scène autour du
vomissement. Le sac plastique, dépositaire de tout le rejet
historique, renvoyait à l'irrecevabilité de la souffrance. Il était la
représentation matérielle extérieure, la poubelle psychique de
l'inconscient familial où venaient se taire (terre) les non-dits
dévastateurs. Dès lors, en racontant son geste d'aller cacher son
vomi, cet homme s'inscrivait dans un mouvement de
dévoilement qui marquait une acceptation de l'intensité de la
souffrance anciennement murée derrière une obsession de la
normalité. La démarche thérapeutique est préparée
paradoxalement par la manifestation du symptôme. Ce dernier
est une sorte de liberté du corps à se situer en dehors de la
logique de refoulement en cours dans un espace familial porté à
une réglementation excessive. Le pire peut-être, c'est
lorsqu'une personne arrive à compenser son malaise par le
génie de manœuvres subtiles où rien ne transparaît. Les
carriéristes de tous poils, forcenés dans leur désir de réussir,
sont parfois les types mêmes de l'illusion réussie. Mais on ne
peut s'arrêter à un jugement sur une compensation de cette
sorte. Elle peut faire partie d'une préparation à un retour sur
soi, dans le sens où une première reconnaissance sociale a eu
lieu. Dans la situation de l'homme possédé par son symptôme,
l'analyse était un rituel inversé, le contraire d'aller déposer le
vomi en dehors de la ville. Elle rendait visible un
fonctionnement familial pris dans les filets d'une morbidité
dressée en instance de sécurité. En cela, ce travail ouvrait ici, en
accompagnant l'analysant sur ses chemins, ce que la mère avait
fermé en faisant du fils - voir précédemment - le témoin obligé
de ses fermetures. Des gestes, formulés dans une traduction
pathologique éloignée d'une normalité tant convoitée, sont, en
fait, des régulateurs nécessaires à la cohésion interne d'un
individu. Si ce patient avait pu, à coup de refoulements répétés,
freiner sa manœuvre rituelle compulsive, une sortie beaucoup
plus dangereuse aurait été sans doute à craindre. Ainsi, ce qui
17est le terrain de la culpabilité d'un être devient, par le simple
retournement opéré, l'espace d'une forme d'expression fidèle à
sa nature de fond. Il n'existe pas d'épanouissement en devenir
qui ne passe par son histoire. Elle est la cartographie des
chemins qui mènent là où les plus secrets espoirs cherchaient à
mener l'être depuis toujours.
Une femme dit qu'elle a tous les jours besoin de mettre un
doigt dans ses .fesses et de le sentir ensuite.
Un geste de cette nature s'inscrit évidemment dans un
vécu particulier. Dans ses rapports à ses parents, cette patiente
avait toujours été dans l'obligation d'obéir, de ne pas créer de
vagues, et surtout, elle ne s'était jamais sentie défendue dans
des occasions où il aurait fallu intervenir pour la protéger. C'est
dans l'espace de la non-réponse parentale que le symptôme se
met en place car c'est là que l'enfant souffre de sa demande pas
entendue. La forme qu'il prendra sera à l'échelle de la parole
enfantine qui n'a pas été prise au sérieux en son temps. Dans
l'intensité symptomatique se mesure le drame de l'enfant placé
dans le cadre d'une famille étrangère à sa sensibilité. Mais
encore une fois, cette attitude des parents n'est pas toujours
guidée par une volonté abandonnique, elle est souvent une
stratégie inconsciente de repli dont la manœuvre consiste à
repousser les cris d'une douleur située en écho à celle qui les a
eux-mêmes touchés en leur temps. La répétition étant une
mécanique qui marche à merveille, la souffrance refoulée
s'écrira dans une gestuelle particulière où le corps prendra le
relais de la parole muette. La psychanalyse nous a appris que
tout est langage, que ce qui est signifié peut s'inscrire comme le
visible d'une autre partie, celle-ci refoulée pour ne pas être en
adéquation avec des principes moraux servant à justifier, à
l'occasion chez des parents, le mode répressif et critique imposé
à leurs enfants. Le corps ne ment pas dans l'expression
pathologique d'un malaise, il traduit la vérité de son état face à
18un monde qui, n'ayant pu reconnaître ce qu'un être est, l'a
comme obligé à somatiser son identité réelle. Le symptôme est
manifestement un grand cri de liberté quand il se situe en
dehors d'un cadre d'origine de ne rien exprimer. Que le malaise
soit présenté comme une chance est donc essentiel.
Cette patiente se sentait prisonnière d'une angoisse qui
venait de très loin, qu'elle situait autour de la naissance de sa
sœur. Cet événement s'était déroulé au moment de ses premiers
contacts avec l'école. Ce bouleversement dans l'organisation
familiale - accentué par le rejet ressenti du fait de l'entrée
simultanée à la maternelle - entraîna chez elle, alors que
l'autonomie sphinctérienne était acquise, une régression dans le
"pipi-caca". Sa maîtresse, pathologiquement enfermée dans une
perturbation profonde, lui faisait sentir et toucher, à chaque fois
qu'elle déféquait, ses excréments. La soi-disant intention de la
faire revenir à la normalité écolière justifiait aux yeux de celle-ci
son attitude répressive. En effet, aller à l'école, pour l'ordre
scolaire, passait par l'autonomie sphinctérienne. Mais pour
compréhensible que soit cette exigence dans le cadre d'une
maternelle, répondre à la lettre à l'énoncé de la loi démontre
toujours une rigueur maladive. Réagir ainsi pour cette maîtresse,
en se servant de la règle, était, en ce sens, certainement
l'exutoire à une névrose qui savait se servir de la normalité pour
déverser sa matière délirante. De plus, malgré les souffrances de
cette petite fille, pourtant exprimées à ses parents, ils ne
réagirent pas et la laissèrent s'enfoncer dans les flots d'une
angoisse toujours plus grande au fur et à mesure qu'elle
subissait, seule, les agissements pervers à l'école. La
"nonintervention" d'une mère et d'un père n'est pas motivée, la
plupart du temps, par un manque d'amour, mais davantage par
une peur d'aller contre l'autorité, cette dernière les renvoyant,
par effet miroir, à leur fragilité. Alors, pour bien enterrer une
démission qui ne peut se laisser voir, l'enfant dans ses plaintes
ne sera pas écouté, elles seront vues comme un caprice ou pire
19encore, comme un mensonge. En dehors d'une situation
comme celle-ci, que des parents emploient à outrance
l'expression "être propre", quand il s'agit du contrôle
sphinctérien, révèle de temps en temps un dégoût de leur part
pour tout ce qui touche à la nature dans son expression la plus
naturelle. Dans quelques cas, l'enfant est violenté afin qu'il se
place dans le rythme imposé. Sois propre! parole proférée de
manière brutale et répétitive pourrait s'exprimer de cette autre
façon dans l'esprit d'une mère ou d'un père vis-à-vis de son
enfant qui fait encore dans sa culotte: "tu es sale, dégoûtant, tu
pues, tu ne mérites pas qu'on s'occupe de toi l" Derrière ce qui
semble donc être une œuvre éducatrice peut se cacher parfois
un dressage organisé où la nature du nourrisson n'a pas du tout
sa place, son expression renvoyant le parent à l'image même
d'un sacrifice dont il a pu être lui-même victime. La mise en
œuvre de la mécanique répressive s'inscrit souvent de façon
inconsciente et les bonnes raisons pour agir ainsi ne manquent
pas dans l'esprit de parents rivés à des règles trop rigides. Par
ailleurs, les paroles destructrices, du genre énoncées ci-dessus,
surtout si assénées dans une répétition, amènent
progressivement l'enfant à considérer que son parent a raison.
Il finit par croire en bloc qu'il est de la merde et bon à jeter à la
poubelle. Cette certitude s'installe d'autant plus qu'il est dans
l'incapacité de mettre en doute la parole de ceux qui sont sa
référence et ses piliers fondateurs. En s'identifiant à ce qu'on dit
de lui, l'enfant se coupe peu à peu de lui-même, pensant de
cette sorte pouvoir peut-être conquérir un amour parental
auquel il aspire avec force.
Même si l'enfant ne répond pas à une normalité, même s'il
ne se contrôle pas, cela peut être chez lui une façon de chercher
sa place - comme ici après la naissance d'une sœur. Certains
témoignages intimistes aux accents à première vue bizarres se
situent bien souvent dans une logique réactionnelle tout à fait
normale. Une femme raconte par exemple que vers l'âge de dix
20ans, elle avait mangé du moisi et ses excréments. Dans sa
famille, le lien à la nourriture était pathologique. Son père
l'obligeait à manger dans l'après-midi ou la soirée, ou le
lendemain, ce qu'elle n'avait pas mangé au déjeuner. La
pression avait été si intense qu'elle rentrait, par ces gestes
extrêmes, dans une compulsion qui voulait dire quelque part
qu'on lui faisait manger de la merde et du moisi. Qu'elle
l'exprime de cette façon-là, dans un choix apparemment libre,
était une sorte de liberté éprouvée sur un mode inversé à la
tension familiale. Des formes de psychose ressemblant à cela
sont l'expression d'une pathologie très lourde et parfois
définitive. La différence avec la manifestation évoquée ici est
que cette femme était dans une sorte d'intelligence avec son
symptôme. Elle voyait le mouvement et était poussée à agir
ainsi, mais avec, en même temps, un sentiment de culpabilité
énorme. Malgré son côté destructeur, la culpabilité peut être
bonne car elle situe l'être en référence à quelque chose. Le côté
définitif de la pathologie tient dans le fait qu'il n'y a référence à
rien du tout, c'est-à-dire qu'une personne est entièrement
ensevelie sous le poids de son symptôme, sans recul par rapport
à son déroulement. C'est parfois la conséquence d'une psychose
complètement refoulée chez l'un des parents, sa faille se
trouvant compensée par une rigueur excessive. L'enfant relié au
côté sensible est plongé, sans qu'il puisse lutter, dans le côté
béant du gouffre. Au fond, laisser à l'enfant le droit d'être hors
norme - dans certaines limites, bien sûr -, c'est lui permettre de
trouver son propre rythme, sa propre loi. Il est héritier de toutes
les impasses, de toute la pathologie qui le précède. L'autoriser à
avoir sa propre réaction face à ce qui, dans la psyché familiale, a
été blessé, c'est lui donner la chance d'exister vraiment dans sa
pleine intimité. Cette tolérance ouverte est à l'œuvre lorsque les
projections ont été bien repérées, lorsque la reconnaissance des
parents de leurs manques et de leurs erreurs agit comme
ferment à la liberté de leurs filles et fils. A ce moment-là,
ceuxci laissent à leur progéniture la liberté de vivre comme ils le
21ressentent sans qu'il y ait des violences inutiles déchaînées
contre eux. Ce n'est pas que la règle soit inutile, elle est
nécessaire au contraire pour donner à l'enfant les points de
repère dont il a besoin de toute façon pour grandir. Mais elle ne
peut être synonyme d'oppression. La règle est totalitaire
lorsqu'elle oblige tous les êtres à se plier à la même norme,
lorsque la transgression est punie sauvagement, bien au-delà de
ce que nécessite la faute commise. La transgression fait partie
de l'ordre naturel dans le sens où l'enfant qui dépasse la règle se
place complètement dans son désir à lui. C'est sa façon
d'affirmer son indépendance. Autant laisser tout faire tient de
l'irresponsabilité, autant punir selon l'acte, sans plus, rassure
l'enfant sur l'intérêt qu'on lui porte. La transgression du parent
pathologique s'exprime - quand il a renoncé à toute originalité -
dans la démesure de sa punition. Il transgresse la juste loi en se
faisant plus royaliste que le roi.
Tout est langage. Il est important de mettre en relation le
symptôme avec l'histoire vécue car nous sommes sûrs d'avoir,
dans l'expression symptomatique, les contours d'une douleur
qui ne demande qu'à être décryptée.
Lorsque cette patiente dit l'intimité de son geste, sa
ritualisation, cela montre que l'événement ancien vivait toujours
en elle. Refaire pipi et caca à la naissance de sa sœur était une
réaction naturelle pour qu'on s'occupe d'elle. C'était
l'expression d'une jalousie qui, à la base, lui avait fait perdre
auprès de ses parents son premier rôle et ses privilèges. A la
naissance d'un frère ou d'une sœur, des régressions naturelles
chez l'aîné se produisent souvent. Si en plus de la difficulté
pour l'enfant de n'être plus l'unique, on le culpabilise sur sa
régression, on ne fait alors que le rabaisser au plus bas, à la
hauteur du caca qu'il laisse échapper. Dès lors, sa souffrance
intime se traduit par une identification au rejet ressenti dans le
symptôme lui-même. Happé par le regard cruel sur son retour
22régressif, il en vient à se dénigrer lui-même par un langage qui
pourrait s'énoncer de cette façon: "je suis une merde l" Dans la
mémoire contenue dans un geste compulsif comme celui-ci,
mettre un doigt dans ses fesses, et le sentir ensuite, étaient pour
cette femme sa manière de rester rivée à la souffrance qui la
tenaillait encore. Ainsi, dire, oser dévoiler des gestes comme
ceux-ci, rendent quelque part justice à l'enfant qui n'avait jamais
été entendu dans sa souffrance. C'est faire passer la névrose de
la personne qui souffre vers ceux qui ont fait souffrir - dans ce
cas, vers la maîtresse d'école et les parents passifs. Ce sera
évidemment un passage symbolique mais qui, par la
compréhension acquise du problème, libérera la personne du
poids coupable de son geste.
Ecouter une personne à partir de son symptôme introduit
dans une histoire particulière, donne un langage à ce qui n'en
avait plus, ouvre une brèche dans l'espace intime bafoué à
l'origine. De plus, déblayer le terrain de la pathologie familiale -
forme parlante et visible du symptôme - permet à un être de
retrouver la vitalité de ses désirs. V oilà un bon programme qui
place la quête essentielle d'identité au centre même des
préoccupations. En donnant un nom à la souffrance, on ne fait
pas autre chose, tout compte fait, que redonner un nom à celle
ou celui qui s'était identifié, par désespoir, à sa forme
symptomatique.
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