Prolégomènes à une sociologie de l art
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Prolégomènes à une sociologie de l'art

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Description

L'art est un procès social qui suppose une action collective coordonnée se réalisant dans l'activité créatrice. Cette perspective qui intéressera à la fois les sociologues et spécialistes de la sociologie de l'art propose un modèle fixant les conditions logiques et non pas historiques à partir desquelles le procès peut exister. Ce premier tome développe une méthode inscrivant l'art dans une problématique de changement social.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2009
Nombre de lectures 147
EAN13 9782296236844
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

A ceux qui ont rendula réalisation
decetterecherche possible etnécessaire,

à NicoleRamognino
à PierreVoltz

NICOLERAMOGNINO ETCONSTANCEDEGOURCY

PREFACE

« Le véritable lieudenaissance estcelui où l'onaporté pourla première fois un
coup d'œil intelligent sur soi-même:mespremièrespatriesontété deslivres».
1
« Ledonestàl'origine de la fécondité ».

Cette préfaceaprislaforme d’un dialogue entre deuxpersonnesprochesde
Jean-Charles, deuxpersonnes ayant partagé desmomentsde grande intensité
intellectuelle et amicaleaveclui:l’une en tantqu’enseignante puiscollègue,
l’autre entant quecollègue.
Cette préface présenteuncroisemententretroisgénérationsdesociologues.

NR. - Jean-Charles nousa quittés...
Jean-Charles nousa quittés alorsqu’ils’apprêtaità mettreen mots
systématiquement tous les travaux qu’il avait entreprisdepuis sasoutenance de
thèse etle programme derecherchequ’il envisageaitderéaliser,travaux
novateurs en sociologiede l’artetde la médiationculturelle.
Jean-Charlesad’abordétépour moiunétudiant que j’aisuivide lalicenceau
doctoratpuis uncollègue dudépartement voisin (Artsdu spectacle)à
l’universitédeProvence, et un fidèlecompagnonquirelisaitet révisaitles
propos que je pouvais tenir surl’artetlalittérature, etce jusqu’à ladernière
conférence faiteà Bordeauxpourl’Association française desociologie (AFS)
en2007.

CDG. -Parcequ'unerencontre est toujours un échange,celui-ciaétévécu
comme décisif.J'airencontréJean-CharlesBérardi –alors qu'il étaitdéjà atteint
d'uncancer– danslecadre dugroupe detravailsurlequalitatif misen place
pendantl'annéeuniversitaire2003-2004.Parlerdecetterencontrec'estaussi
d'abord etavant toutévoquerlagrandeaffinité intellectuellequ'ilavaitàl'égard
desécritsdesadirectrice dethèse, il meconfieraun peuplus tardcombien elle
avaitcompté dans saformation et son itinéraire intellectuel.

NR. -Fidèle, depuisle momentde lalicence, il m’a accompagnée dans tousles
programmesderechercheque j’aianimésensociologie de l’artetde la
littératureau sein duLAMES(Laboratoire méditerranéen desociologie,MMSH
Aix-en-Provence):ila contribuétrèsfortementàl’enquêtesurLeslectures
actuellesdeBalzacetilavaitnotamment travaillésurle personnage deDerville

1
YourcenarM.,Mémoiresd'Hadrien,Paris,Gallimard, 1974, p. 43etBeloF.,Lecture
matérialiste de l'évangile deMarc,Paris,Cerf, 1974.Jean-Charlesappréciaitparticulièrementces
deuxouvrages.
9

duColonelChabert,travailinterrompu par l’unedes séquencesdifficilesdesa
maladie.Il m’avaitdemandéalorsde pourvoiràlapublication des travauxdéjà
réalisés sansattendre, promettant sesanalysesàune prochaine publication.
Engagé etmilitantdans sontravail professionnel, ilaœuvré pourla
reconnaissance, parl’université, le ministère de la Culture etde l’Education
nationale etl’Enseignement supérieur, de diplômes surla Médiationculturelle.
Alors qu’il n’étaitpas recrutésur un poste d’enseignant-chercheur, ila
démarchéauprèsduministre de la Culture, d’autres universitésfrançaiseset
étrangères, proposé maquettesetplaquettesd’enseignementpourl’habilitation
duDESSetduMaster.Pendantplusde dixans,cesdiplômesontpu voirle jour
grâceàsaténacité etàson énergie.Ila ainsi formé plusieurspromotionsde
médiateursculturels.
Discretet secret, il n’ébruitaitpas ses responsabilités,sesmomentsde
découragementset sesplusnombreuxmomentsd’enthousiasmesibienque nos
rencontresne portaientjamais surceteffortimmensequ’ilainvesti dans
l’institutionuniversitaire et queseulspeuventconnaître le départementArtsdu
spectacle etlesinstances universitaires.Jean-Charlesnousaquittés, etlavieille
« prof »que jesuis sesentparadoxalementorpheline.

CDG. -Il nousalaissées seulesalors que nousavions tantdechosesà
accomplirensemble.Pourpréparerce futur, le présentde nos rencontres se
nourrissaitdeson passé.Il m'avaitparlé desesétudesmenéesinitialementdans
le domaine du théâtre.Lechoixde poursuivresesétudesensociologietenaità
savolonté d'ancrer sapratique d'acteurdethéâtre dans unquestionnement.Je
croisen effet quec'est unequête desens,unevolonté decomprendrequi l'a
amenéàpoursuivresaformation danscette discipline.Et,s'ilavaitdéjàlula
plupartdesauteursclassiques, l'œuvre deMarcelMausset sathèse inachevée
surLaprière le fascinaient.Peut-être parcequecetravailrévèle lapartintime
du social.Dansce faceàfaceavecsoi –Jean-Charlesaurait sansdoute parlé de
corpsà corps– lasolitude n'est qu'apparente,carc'estavant toutlapermanence
2
d'une institutionquis'exprime danscerituel.Sisathèses'estnourrie de
l'œuvre decesauteurs, levéritable pointde départdesaréflexionaété l’article
3
«Pour uneanalyse dialectique ensociologie »de 1982.Parcequetout
achèvement s'ouvresurde possiblesouvertures,cetarticles'estimposécomme
une évidence dansl'élaboration d'une méthodesociologique duprocèsdetravail

2
BérardiJ.C..,De la critique de formesdeconnaissanceàla construction d'une praxéologie de
l'art.Alarecherche d'une méthodesociologique pourl'étude duprocèsdetravailartistique,Thèse
de doctoratde l'université deProvence, mention lettreset scienceshumaines,sousladirection du
professeurNicoleRamognino,Aix-en-Provence.Cettethèseaétésoutenue en 1991 devant un jury
composé duprofesseurPierreLantz, duprofesseurNicoleRamognino,
duprofesseurThaoTrinhVan etdePierreVoltz, maître deconférenceseta bénéficié de lamentiontrèshonorableà
l'unanimité dujury.
3
RamogninoN., «Pour uneanalyse dialectique ensociologie »,Sociologie et société, 1982, 14,1, p.83-95.
10

artistique.C'estàpartirde làqu'iladéployéunquestionnementcentrésurl’Art
priscomme procès social généralisé.Dansce défirelevé, on mesure en le lisant,
l'intérêtheuristiquequ'apporte l'analyse dialectique ensociologie.Et sitoutn'est
que devenircomme ilaimaitàlerappeleràlasuite deHegel, le déploiementdesa
pensée ouvresurdespossiblesàréaliser, desmédiationsàpenser.Lire lathèse de
Jean-Charlesesten effet une expériencerare derencontresetd'échanges,une
expériencequi déplace le lecteuretletranspose dans ununiversoùl'apportdes
différentesdisciplines réintègre l'artdans une problématique dudevenir.
Une lettre deJeanMolinoqu'il m'avaitconfiée,àproposd'unarticlesurlerécit
4
de l'émotionchezlescomédiens, manifeste l’intérêtdece dernier, d'une
certaine façontouché parlamanière dont utilisant sescatégories,Jean-Charlesa
réussiàleurdonner une portée d'analyse pratiquequi donne matièreà
5
réflexion .Je penseque le premieraurait sansdouteaimé lire letravailque le
secondavaitaccomplicesdernièresannées, en particulier son dernierarticlesur
6
lesparadigmesdubeauetdu sublime danslanotion d'œuvre .Danscetexamen
préciset rigoureuxauquel il nousconvie, on mesure lesouciconstant
d'atteindreunecumulativité des résultats.
Letempsestcompté etJean-Charlesavait tellementàdonner.Danscette
absenceaveclaquelle il fautcomposer,c'estletempsdesaprésence, letemps
qu'il nousadonné,qui importe désormais.Jeretire d'unetellerencontreun
autreregardsurmapratiquesociologique.Jeretienségalementdecette œuvre
quisouligneavectantde force l'actualité despèresfondateursde ladiscipline,
un don desens surla base duquel letravail de germination peutcommencer.

NR. -Mais sices quelquesmotsd’hommage pourprésenterJean-Charlesnous
étaientnécessaires,c’esteffectivementauxjeunes sociologues ques’adressecet
ouvragesurlesprolégomènesàunesociologie de l’art.
D’abord, l’ouvrage devraitintéresser trèslargementles sociologuesparce
qu’avantd’êtreunerecherche desociologie de l’art, il offreuneversion
renouvelée desRèglesde laméthodesociologiquequi permetd’articulerles
propositionsdurkheimiennesavec celles queMarxa consacréesàlaméthode
dialectique.Ainsic’estàune problématique duchangement social –au« futur
passé »etaudevenirde l’art–que l’ouvrage estconsacré.Encesens,si la
méthode durkheimienne lui permettaitd’observerlesmanifestationsconcrètes
de l’histoire de l’art, ladialectique lui permettaitderesituercesdernièresdans
un procès social de l’art,quia certesémergé pourluiàpartirduQuattrocentoet
qui, depuis,se déploie dans une dynamiqueArt/non-Art.Disons que larègle

4
BérardiJC., «Lerécitde l'émotionchezlescomédiens», dansArrouyeJ.,TarangerMC..,
Rencontres,croisementsemprunts,Colloque duLaboratoire d'étudesensémiologie de
l'image,Aixen-Provence,26-27novembre 1993,Publicationsde l'université deProvence (PUP), 1996, p.75-88.
5
Lettre deJeanMolinoà Jean-CharlesBérardi le 12avril2000.
6
«Leslimitesde lanotion d'œuvrecomme limite politique » dansGuérinM.,NavarroM.,Les
limitesde l'œuvre,Aix-en-Provence,PUP,2007.
11

consisteà distinguerlemonde desmanifestationshistoriques(cequ’il nomme –
àlasuite deHegel – le posé)aumonde descatégories(le procès social
artistique).Le premier représente de faitdesmodalitésdiversesduprocès social
artistique, etc’estla comparaison entre lesdiversesmodalitéshistoriques qui
permettentde mieux saisircequ’estl’objet sociologiquespécifique dequ’estle
procès socialartistique.Chacune decesmodalitéshistoriquespeutetdoitêtre
observéeselonune procédureanalytique,un procèsde linéarisationquise
définitcommecausalité,structure d’ordre, implication, interprétation.Mais
cette observationreste incomplète etinsuffisante pourporterlaqualité
sociologique duphénomènequi nécessite desortirdecequi estposé et
manifesté historiquementpouridentifieret reconnaître lanaturesociologique du
procèsartistique.Il faut–comme le proposeMarx–sauterhorsdes
contingenceshistoriquespour saisircequi lesgénère.L’objectif final de la
méthodeconsisteàrésoudre l’énigme fondamentale de laspécificité
sociologique duprocèsartistiquequi le distingue desautresprocèsnon
artistiques.Danscette présentationtrèspédagogique des règlesde laméthode
sociologique, on peutaussi lire despageslumineuses surdesméthodologies
d’analyse dudiscours, parceque l’auteurinterroge lestatutépistémique et
sociologique desdonnées qualitatives(entretiensou textesécrits) etn’oublie
pasde lesarticuleràunethéorie de l’actionsociale.
L’ouvrage intéressera aussi les spécialistesdesociologie de l’art.L’auteur s’est
efforcé de produiresousnos yeux un « modèle », fixantleslimiteslogiquesdu
procès socialartistique (sous quellesconditionslogiquesetnon pashistoriques,
le procèsartistique peut-il exister, et sous quellesconditionslogiquesil est
impossible).Danscette perspective, ilréfléchitauxcontroversesexistantespour
lesdénoueretlesarticulerplutôt que lesopposer.En mêmetemps,s’yjoueune
thèse forte:le procèsartistique estde parten part social, maisil fautentendre
ce dernier terme noncomme le fait que lecréateur serait un êtresocialisé parles
cadres sociaux qu’ilaintériorisésoudanslesquelsilvit, maisau sensd’une
actioncollectivecoordonnée oùlecréateuraunrôle décisifàjoueren même
temps que lesautres(amisetamateurs,collectionneursougaleristes, marchands
ouautresartistes, etc.) participent,àleursmanièrespropres,à cettecréation.Le
procès socialartistiquerelève d’un échangesocial, de don etdecontre-don,
reprenantainsi l’hypothèse deMauss surlesprestations sociales,ceséchanges
quis’éloignentde lavisionagonistique dudoncomme decelle du sacrifice.Ce
faisant, laspécificité de l’art, dèslors qu’il existe historiquementet tant qu’il
existera,se jouesurladistinctionart/non-art, distinctionqui doitaccroître les
potentialitésde ladimensionanthropologique esthétique.
Enfin,ce modèle,une foisconçu, ouvre lapossibilité d’un programme de
recherche important.Notonsen particulier, le programme derechercheque
Jean-Charlesavaitcommencéàmeneret qu’ilcomptaitpoursuivre pour une
habilitation;àlamanière deDurkheimquis’estattachéàune histoire de
l’éducation enFrance, le projetétaitdesociologiserl’histoire de l’art.

1

2

CDG.-Jean-Charlesavaitcommencé letravailderéécriturequelquesannées
avant sadisparition.Cetravail derévisionadonné lieuàune discussion
approfondie deuxmoisavant son décès.Ilsouhaitaitalorsprésenterles
principalesorientations, discuterdesmodifications qu'ilvoulaitapporteràla
thèse maiségalementparlerde lalecturequ'avaitpuen faireRobertVuarin,
enseignantaudépartementdesociologie.Decette premièreréception, il en
avait retiréune forme deconfirmation decequ'il pensaitdevoirchanger.
Pageaprèspage,chapitreaprèschapitre, ila ainsi été possible debénéficierdes
éclaircissements qu'ilcomptaitapporterà certainspassages.Depuis1991, date
desoutenance de lathèse, letravail de germinationavaitfait son œuvre,ses
nombreuseslectureset sonactivité d'enseignant-chercheuravaientenrichisa
réflexion.Cette discussionadonné lieuàdesprisesde notes qui nousontaidées
àtenircompte decertainsdes souhaitsde l'auteur.Pourautant,reprendreun
travail encoursn'estpaschoseaisée et suppose effectuerdeschoix qu'il n'aurait
peut-être pasfaits.De l'écriture d'unethèseàl'écriture d'un ouvrage, l'exercice
diffèreainsique letravailàeffectuer.Un despartis-pris qui nousaguidées
pendantcetravailaété d'allerau-delàde l'exercice derecherche doctoraletout
enconservantl'ambition initiale desprolégomènes.Certainsdespassages que
Jean-Charles souhaitait réécrire ontété modifiés.Une desannexesportant sur
«Les règlesdupenserhégélienchezMarx»adonné lieuàune publication
7
autonome etne figure doncpasdanslaprésente édition.Quelquesnotesdebas
de page ontétéajoutées.Lapublication de lathèse en deux volumesnousa
égalementamenéesàdéplacerlechapitre final pourle mettre en ouverture du
secondtome.Letitreaétéchangé etdes sous-titresajoutéspourchacun des
deux tomes.Enfin,cetravaila bénéficié duprécieuxconcoursdeSylvie
Chiousse duLaboratoire méditerranéen desociologie (LAMES)
dontJeanCharlesétaitmembre,ainsique de l'équipe deMédiationculturellequi nousa
confié le manuscritde lathèse.

7
«Les règlesdupenserhégélienchezMarxàproposde laquestion de lavaleur» dansPagèsM.,
RamogninoN.,SoldiniF., (dir)L'énigme de lavaleur.Lesparadoxesdeson observation
sociologique,PUP,2009 (àparaître).
13

PRESENTATION

Dansnos sociétésoccidentales,certaineschosesont une propriétéartistique et
sontappeléescommunémentœuvresd'art.De même, ladivisionsocialequi
structure etorganise lesactivitéshumaines, donneà certainsindividuscette
même propriété: appelésartistesoucréateurs, dansles rapports qui les unissent
auxautreshommes, ils sontcomme dotésdecette propriété particulière de
produire desformesd'art.
En marge decette production, lamême divisionsocialesemble, parailleurs,
considérercertainscomme des spécialistesde l'Art,chargésd'accompagner son
développementàdifférentsniveaux.Ainsi, philosophes, hommespolitiqueset
fonctionnaires,critiques, journalistesetmarchandsd'art, formateurs,
enseignants, etbiensûrdes sociologuesforment,avecd'autres,cettearmée
grandissante d'acteurs sociaux qui gravitent,àdifférentspostes,autourde la
productionartistique, etassurentoudéplacentlapérennité decette propriété
obtenue parcertaineschosesau terme d'un processusparticulier.Au regard de
leursplacesdansladivisionsociale etde larelativeautonomie dontils semblent
pouvoirjouir,cette propriétéartistique paraîtdonc caractérisercertainsagents
de nosformations sociales.Si l’on encroitceque nousenseignentdes
disciplinescomme l'histoire, l'ethnologie oul'anthropologie,cesformes,qui
obtiennentde nosjourscette propriétéartistique, peuventêtrerattachéesau
prolongementd'activitéshumaines qui ontpu se développerailleurs qu'en
Occident, etpeuventêtrerattachéesàuncertainsentimentesthétique partagé
par tout unchacun.Ainsi, l'Artpeutêtresitué dansle développementd'une
certaine dimensionanthropologique de l’homme,une dimensionsensible,
« esthésiqupoe »,ur reprendre l’origine étymologique du terme.Mais,au-delà
decetaspect, on peut surtoutnoter que laréalisation decette propriétéartistique
caractériseuncertainstade de développementde nos sociétésoccidentales.En
effet, mêmesiaujourd'hui, desmasquesafricainsàlastatuaire précolombienne,
deschoses trèsdiverses, issuesd'époquesdifférentesde l'humanité, peuventêtre
faitesArt(obtenantainsicette propriété particulière), il ne fautpascroire pour
autant qu'il en étaitde même lorsde lafabrication decesformesdansleurs
sociétésetépoquesd'origines.Lesagentsliésà cesformesne jouissaientpas,
alors, dumêmestatut queceluiquiapu se développerdansnos sociétés
8
occidentalesD'aprèsl'historienA.Chastel , l'Art telque nousleconnaissons
aujourd'hui n'apas toujoursexisté.Il estlerésultatd'un long mouvement
historique.Ce n'est qu'àpartirde la RenaissanceItalienne etde larévolution
9
accomplieàlasuite deGiotto ,ques'estdéveloppé, petitàpetit,un processus

8
ChastelA.,Fables,formes, figures, éd.Flammarion,coll. «Idéeset recherches»,Paris, 1978.
9
Ambrogiotto diBondone ditGiotto – peintre,sculpteuretarchitecte italien dontlesœuvres
marquent uneruptureavecl’artgothique italien et sontàl’origine du renouveaude lapeinture
occidentale.C’estl’influence desapeinturequivaprovoquerlevaste mouvementde la
Renaissanceàpartirdu sièclesuivant.

parlequeldesartisans sesontdétachésde ladiversité desautresproducteurset
ont revendiquéunstatutparticulier qui leurpermettaitd'acquérir une forme
d'autonomiesociale.Parlapropriétéqu’ilsprêtaient(et/ou que d’autres
prêtaient)auxcomportements,aux savoir-faire dépenséspendantleursactivités,
desartisansontpu revendiquer unstatutparticulierpourlesproduits– les
œuvresissuesde leur travail – etontpu revenirdes«artistes»tels que nousles
connaissonsencore de nosjours.Ainsi, mêmesi lapoésie, lethéâtre, lamusique
oulapeinture, ontpu se développerailleurs,qu'enEurope etbienavantla
e
Renaissance italienne, il fautnéanmoinsattendre leXIVsiècle pour quese
développece processusparlequelcertainsproducteurs revendiquent unstatut
social particulierau regard de lapropriétéqu'ilsaccordentauxproduitsissusde
leuractivité.Processusparlequel, ils séparentleursproductionsditesartistiques
de ladiversité de leursautresactivités quotidiennesetde ladiversité des
activitésproductricesde leurscontemporains.Cetaspectde l'Art semble installé
et sereproduire depuiscette période, mais sapérennité n'enlèverienàla
nécessitétoujoursprésente derenouveleretdereproduire le processusde
revendication d'une propriétéartistique.En effet,au-delàde l'indéniable
changementde formes qui, deGiottoànosjours, ne peut qu'inscrireuntravail
toujoursnouveau, onassistebienàunrenouvellementincessantdecette
revendication etdece processusau terme duquelcertainsacteurs sociaux,
considéréscomme lesproducteurs uniquesdecertaineschosesnon moins
uniques,seséparentense distinguantdesautresproducteurs, obtiennentdansles
rapports qui les unissentauxautreshommes,une propriétéartistique;leurs
produitsétantalorsconsidéréscomme desœuvresd'arteteuxcomme desartistes.

Lespages quisuiventontpourobjetla construction d'unesociologie duprocès
detravailartistique etdeson développementdanslarevendication d'une
propriété de l'Art.Ce faisant, nousproposons uneconstruction desdéterminations
sociales quise produisentet sereproduisentdanscequerevendique l'Artde nos
sociétésoccidentales, depuisle développementdesonautonomisation.
Déterminations quiaccompagnentencoreson développementactuel et qui,si
ellesn'épuisentpaslatotalité de l'Art, letraversentdans saglobalité.
Aprèsavoirdéveloppé notre problématique, nousentamonsensuiteune
investigationsociologique.Pourmenerà bien notre observation, nous travaillons
surles textes quicirculentdansles sphèresartistiqueset qui inscriventla
revendication d'uneautonomie du travailartistique.Pourdes raisons techniques que
nousdéveloppons, nousnousinvestissonsessentiellement surles textesdu théâtre
que nousinscrivonsdans une problématiquesociologique de l'Art.Ce faisant, nous
proposons unesociologie de la connaissance duprocèsdetravailartistique.Nous
interrogeonsalorsleseffets sociauxdesformesdeconnaissance dégagéesdes textes
de l'Artetnouspassons, parlà,àla construction d'une praxéologie duphénomène
étudié.Nousproposons, enfin,àpartirdesdonnéesde notre observation, la
construction d'uneconceptualisation duprocèsdetravailartistique.

1

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PARTIEI

PHENOMENALITE ET OBJET SOCIOLOGIQUE

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