Sociologie(s) du sport
326 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Sociologie(s) du sport

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
326 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

En important le plus souvent des grilles de lecture de champs parallèles (culture, éducation, loisir, association...), la sociologie du sport a accumulé un corpus de travaux plus ou moins conséquents et reconnus dans les pays francophones. La sociologie du sport de langue française produit-elle des savoirs et modèles spécifiques ? Quelles sont les modalités de diffusion des analyses dans les différents pays francophones (France, Canada, Suisse, Maroc, Tunisie) ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juillet 2012
Nombre de lectures 111
EAN13 9782296500105
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Sociologie(s) du sport


Analyses francophones et circulation des savoirs
Logiques sociales
Collection dirigée par Bruno Péquignot

En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection « Logiques Sociales » entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l’action sociale.
En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d’un terrain, d’une enquête ou d’une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.

Dernières parutions

Olivier SERVAIS, L’Épistémologie pratique de Pierre Bourdieu, 2012.
Rahma BOURQIA (dir.), Territoires, localité et globalité. Faits et effets de la mondialisation, volume 2. 2012.
Rahma BOURQIA (dir.), La sociologie et ses frontières. Faits et effets de la mondialisation, volume 1. 2012.
Hugues CUNEGATTI, Charles SUAUD (dir.), La sécurité routière : enjeux publics et société civile , 2012.
Catherine ESPINASSE, Eloi LE MOUEL (dir.), Des liens qui créent des lieux, Tome 2 , 2012.
Catherine ESPINASSE, Eloi LE MOUEL (dir.), Des lieux qui créent des liens, Tome 1 , 2012.
Sabrina DAHACHE, Féminisation de l’enseignement agricole , 2012.
Odile MERCKLING, Parcours professionnels de femmes immigrées et de filles d’immigrés , 2012.
Emmanuel GARRIGUES, Les Héros de l’adolescence. Contribution à une sociologie de l’adolescence et de ses représentations , 2012.
Antigone MOUCHTOURIS, L’observation : un outil de connaissance du monde , 2012.
Sophie DEVINEAU, Le genre à l’école des enseignantes. Embûches de la mixité et leviers de la parité, 2012.
Sous la direction de
Gilles Vieille Marchiset
et Anne Tatu-Colasseau


Sociologie(s) du sport


Analyses francophones et circulation des savoirs
© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-99276-4
EAN : 9782296992764

Fabrication numérique : Actissia Services, 2012
Introduction générale
Genèse et circulation des savoirs en sociologie du sport
de langue française.

Gilles Vieille Marchiset et Anne Tatu-Colasseau.

Le sport fait appel à des réalités protéiformes mêlant, dans des dimensions diachronique et synchronique, des pratiques corporelles, des spectacles, des objets, des marchés (Vieille Marchiset, Wendling, 2010). Le sens commun regroupe le sport qui se pratique, qui se voit, qui se vend. Dans son acception savante, le sport peut être une pratique légitime, une culture, une idéologie, un mythe, une mise en scène. Dans un sens restreint, il est appréhendé comme compétitif et associatif en se différenciant des jeux corporels. Dans son acception large, il englobe la compétition, le loisir, le club, l’école, le sanitaire, l’informel. Sa définition est donc flottante, composite et métissée. Les sciences sociales se sont progressivement appropriées ce qu’elles ont présenté comme « fait social total » ou « laboratoire d’analyse du social ». Souvent lancées comme slogans, ces affirmations ont abouti à de multiples études regroupées dans le terme générique de « sociologie du sport ». D’abord centrée sur les pratiques, la sociologie du sport de langue française s’est ensuite attardée sur les spectacles et les politiques du sport. De nombreux manuels font état de ces travaux (Thomas et all, 1987 ; Defrance, 1997 ; Bodin, Héas, 2002 ; Duret, 2003, 2010). Pour autant, la question de l’unité, de la légitimité et de la reconnaissance de ce secteur de la sociologie se pose encore aujourd’hui, tant les travaux sont inégaux et disparates.
Objet original, le sport croise le chemin de champs sociologiques pluriels (corps, loisir, famille, culture, politique, travail, professions, organisations, genre, éducation…) qui influencent la définition même de l’objet sportif, au point qu’il est justifié de se demander si une sociologie du sport est possible. Coincée entre ces différents champs, celle-ci a en fonction des contextes nationaux une existence plus ou moins légitime. La circonscription d’un secteur autonome est à questionner. Le contexte français semble d’ailleurs tout à fait spécifique à ce sujet, la sociologie du sport ayant bénéficié de l’émergence des sciences et techniques des activités physiques et sportives dans le domaine universitaire (Michon, 1995). D’autres pays francophones n’ont pas bénéficié de cette réalité institutionnelle, la sociologie du sport demeurant alors souvent en friche, même si certains scientifiques ont pu imposer des travaux de grande qualité. Ces considérations posent, en premier lieu, la question du processus de structuration de ce domaine de recherche, de ses racines épistémologiques et de ses liens avec les modélisations existantes. Elles s’inscrivent plus précisément, dans le cadre de cet ouvrage collectif, au niveau de la circulation et de la transmission des savoirs dans les pays francophones : il s’agit alors d’explorer les processus qui ont fait « passer d’hier à aujourd’hui le corpus de connaissances, de valeurs ou de savoir-faire qui assoit, à travers de multiples allers et retours, l’identité d’un groupe stable » (Debray, 1997, p.21). Les modalités de transmission et de circulation des savoirs académiques, autant théoriques que méthodologiques, font l’objet de lutte de territoires entre secteur institutionnel (par exemple, les sections du Conseil national de l’Université en France), entre acteurs scientifiques (rattachés le plus souvent à des écoles de pensée), entre universités ou entre sociétés savantes. « Transmettre, c’est organiser, donc faire territoire : solidifier un ensemble, tracer des frontières, défendre et expulser », précise Régis Debray (1997, p.31). Les lignes de démarcation donnent alors une place essentielle aux aspects symboliques qui encadrent la production des connaissances scientifiques et attisent le feu des conflits dans l’espace de transmission et de circulation des savoirs académiques (Bourdieu, 1984). La sociologie du sport construite par des acteurs issus le plus souvent du monde enseignant et de la classe moyenne peine à gagner ses lettres de noblesse dans l’espace francophone. La « lutte pour la reconnaissance » (Honneth, 2000) reste l’enjeu majeur dans la constitution et la transmission d’une sociologie du sport de langue française. Le monde académique, notamment les disciplines mères (sociologie, anthropologie, ethnologie, psychologie sociale…), rechigne à rendre visible et à attribuer une valeur {1} à ce corps de savoirs spécifiques sur le sport.
Dans la sociologie du sport de langue française, les chercheurs ont généralement emprunté des concepts à la sociologie générale pour les appliquer à un nouvel objet. En ce sens, et à l’exception de quelques auteurs, les sociologues du sport, en mobilisant des cadres théoriques extérieurs, n’ont pas cherché à créer des concepts propres. Cette absence de modélisation spécifique ne révèle-t-elle pas une faille dans l’existence d’un champ propre ? Le sport n’étant alors qu’un terrain d’application d’une sociologie de la culture, du loisir, du travail ou des politiques publiques notamment. Si Jean-Paul Callède (2007) a montré à quel point le foisonnement des recherches dans la sociologie française du sport a été généreux et basé sur des modèles théoriques variés, il a dans le même temps souligné l’influence durable et souveraine de grands sociologues sur ces travaux (Bourdieu, Elias..). Ce culte des auteurs dominants, voire hégémoniques, dessert à l’arrivée un domaine scientifique finalement vassalisé. Les années 1980 illustrent le propos par l’omniprésence de Pierre Bourdieu dans les travaux universitaires en France {2} . Cette démarche a eu pour conséquence de rendre la sociologie du sport momentanément hermétique à d’autres angles d’approche de l’objet sportif. Cette myopie temporaire a surtout freiné l’éclairage d’autres éléments fondateurs et organisateurs du phénomène sportif. C’est en ce sens qu’elle soulève un autre enjeu, celui de la démarche de recherche utilisée.
Dépendante de grands noms des sciences sociales et structurée autour de paradigmes forts, la sociologie du sport s’emploie alors à appliquer à son objet des cadres théoriques éprouvés par ailleurs. Dès lors, la sociologie du sport reste à ce niveau plus « accumulative » que cumulative. L’ensemble des pratiques sportives est étudié dans les thèses de doctorat qui confirment l’outillage théorique. L’espace des sports du courant bourdieusien a été ainsi analysé sous toutes ces facettes. La perspective scientifique est alors fixiste, sans évolution. Les ajustements ou, plus ambitieuses, les transformations, voire les mutations scientifiques sont inenvisageables. Certains pionniers prennent cependant d’autres voies en empruntant les systèmes conceptuels dans d’autres domaines : l’analyse stratégique en sociologie des organisations, la référence aux dispositions en sociologie de la culture, l’appui sur les théories féministes du genre… A contrario, les rares instigateurs de concepts novateurs ont rarement une portée significative dans leur propre pays ou dans les autres pays de langue française. Le cas de Pierre Parlebas investiguant les réseaux de communication dans les jeux et les sports afin de constituer une science de l’action motrice est ici révélateur. Dès lors, progressivement, sous l’influence de pionniers, ayant pris position dans le champ universitaire, des poches paradigmatiques géographiquement situées, avec des frontières symboliques fortes, émergent : la sociologie bourdieusienne à Paris-Orsay et à Strasbourg dans les années 1980-1990, l’analyse stratégique à Grenoble au début des années 1990, la perspective anthropologique et symbolique à Marseille et Montpellier dans les années 1990, l’optique féministe à Paris-Orsay depuis 2000, la sociologie des dispositions à Toulouse depuis 2000… Des territoires de transmission se cristallisent autour de professeurs ordinaires, qui diffusent par la formation des docteurs des savoirs théoriques et pratiques en sociologie du sport. Ces poches de savoirs académiques se constituent plus ou moins en écoles au gré des conjonctures universitaires locales, des sources de financement de la recherche et des réseaux d’influence investis (commissions de qualification et de recrutement, sociétés savantes, revues).
Par ailleurs, la lutte pour la reconnaissance passe par la diffusion des savoirs dans les organes académiques classiques : des colloques aux revues professionnelles et surtout académiques. Traditionnellement les sociologues du sport de langue française ont davantage plébiscité les colloques et revues professionnelles jusqu’aux années 2000. Seules quelques revues d’envergure ( Esprit en 1982 et 1986, Actes de la recherche en sciences sociales en 1998, et 1994, les Annales de la recherche urbaine en 1998, L’Année sociologique en 2002…) ont publié des numéros spéciaux relatifs à la sociologie du sport. Quelques revues spécialisées ( STAPS, Science et motricité, Loisir et société… ) se sont imposées, souvent avec grande difficulté, dans le champ académique. Dans le contexte actuel, la course effrénée à la publication, que certains qualifient de pensée du nombre stérile, n’efface pas le capital symbolique des revues anciennes. Les effets des classifications et autres indexations ont conforté les organes de publication établis (revues de prestige, éditeurs essentiels), même si de nouveaux venus ont profité de l’aubaine pour s’imposer grâce à leurs soutiens, notamment leur comité scientifique. À ce niveau, les organes de publication de la sociologie du sport demeurent peu reconnus, même si certaines revues comme STAPS. Journal of sciences of sports and physical education sont parmi les plus lus en langue française. Ces supports spécialisés touchent un public restreint et sont peu cités, ce qui dénote une faible audience des auteurs, pourtant prolifiques, sur le sport. Les sociologues d’autres champs, se penchant sur l’objet sportif, occultent souvent les travaux existants, annihilant toute démarche cumulative de production des savoirs dans la sociologie du sport (Collinet, 2002). Ce constat traduit les faibles lisibilités et légitimités de la sociologie du sport ou, plus exactement, une déficience récurrente de communication et de circulation des connaissances et des savoirs entre des secteurs de recherche cloisonnés pourtant porteurs de problématiques renouvelées.
Au-delà de cette question, comment la sociologie du sport travaille-t-elle ou exploite-t-elle sa proximité avec d’autres champs scientifiques, tels l’ethnologie, l’anthropologie, la philosophie, l’histoire, la géographie, la science politique ? Un croisement des regards est-il possible ou seulement souhaitable ? Aujourd’hui comme hier, les mondes académiques vivent en parallèle. Les sociologues sur le sport se démarquent des sociologues du sport : une analyse systématique des bibliographies des uns et des autres conforterait probablement l’idée d’une démarcation nette entre leurs perspectives. Seuls quelques chercheurs ayant une double formation en sociologie et sciences du sport rendent plus poreuses les frontières entre ces secteurs de production et de circulation des savoirs académiques. Les croisements et controverses restent pourtant fondamentaux pour découvrir de nouveaux angles d’attaque dans l’exploration sociologique à propos du sport.
Ce fonctionnement cloisonné peut également être interpellé d’un point de vue international et révéler des formes d’autarcies handicapantes. La confidentialité et l’isolement de la sociologie du sport française témoignent d’une tradition potentiellement « franco-française », longtemps basée sur un modèle théorique bourdieusien et renforcée par la structuration universitaire des STAPS. En effet, la dimension pluridisciplinaire de cette section universitaire est souvent apparue comme un obstacle à la reconnaissance académique de par sa dépendance aux autres champs scientifiques. Cette dévalorisation, souvent issue du sérail même des STAPS {3} , a eu des répercussions sur la considération de la sociologie du sport. Comme tout élément dominé, les STAPS et la sociologie du sport participent pleinement à leur propre dépréciation. Ce particularisme français semble marquer la transmission des savoirs et méthodologies sociologiques entre les pays francophones. La circulation entre les pays prend le plus souvent la forme d’influences non réciproques à questionner. Certes, le passé colonial marque encore les milieux académiques africains. Du Maghreb aux pays subsahariens en passant par l’Afrique de l’Ouest, les références sociologiques françaises sont encore influentes. Le cadre de lecture proposé par Parlebas, dont les travaux tunisiens se font largement l’écho, illustre la tendance. Mais ces influences ne traduisent-elles pas des relations de dépendance culturelle, plus que des relations de coopération égalitaire et réciproque, qui entravent la production de nouveaux cadres théoriques davantage adaptés aux contextes territoriaux particuliers ? La prise de distance culturelle et épistémologique serait une voie à favoriser pour renouveler les modes d’appréhension en sociologie du sport. Le Québec, influencé par les traditions nord-américaines et françaises, ouvre des voies en réinterrogeant le concept de loisir transposable au sport, notamment au niveau de l’expérience du corps et de l’attachement aux lieux ou aux communautés. De la même manière, la sociologie du sport en Suisse aux confluences des traditions germaniques et françaises notamment, propose des voies hétérodoxes et novatrices, notamment sur le marquage sportif dans la ville et sur le genre du sport. Les frontières des disciplines et des concepts sont ainsi bousculées pour créer des savoirs originaux. Pour autant, comme en France, chaque territoire dépend de l’histoire de la production et de la circulation des savoirs, révélant des routines de pensée, des cristallisations partisanes et des lourdeurs institutionnelles.

Cet ouvrage collectif, issu des réflexions soumises à discussion lors du Colloque international AISLF de Besançon, les 28 et 29 juin 2010, se donne d’abord pour objectif d’éclairer les constats précédents au travers des regards portés par des chercheurs francophones chevronnés, et souvent pionniers, sur la genèse des influences durables et des conditions de structuration du champ spécifique de la sociologie du sport dans leur pays.
Jean-Paul Callède nous propose ainsi d’ouvrir et de structurer les débats sur la situation de la sociologie du sport de langue française au travers d’une réflexion qui balaye successivement les précautions préalables à tout travail d’inventaire bibliographique, l’analyse des revues de l’art existantes, la mise en valeur de la dimension nécessairement collective, cumulative et évolutive du travail de développement des connaissances en sociologie du sport, avant d’envisager les ambivalences et les limites d’une telle entreprise et de finir sur les perspectives porteuses d’espoir.
Bernard Michon pose une analyse critique de la position de Bourdieu dans l’espace de production scientifique en sociologie du sport depuis les années 1970. À partir d’une critique du caractère flottant de l’objet sport en sciences sociales, il propose d’abord de circonscrire l’analyse aux pratiques d’exercice corporel : par une double interaction productive d’influence popperienne entre les théories du social et les sociologies spécifiques, il est possible d’étayer l’épaisseur sociologique des travaux en sociologie du sport. Quatre périodes sont alors répertoriées de 1970 à nos jours avec l’ombre d’un sociologue pourtant peu prolixe sur le sport : Pierre Bourdieu. Cet auteur majeur a lancé des scientifiques autochtones dans l’analyse d’un espace des sports qu’ils ont appréhendé dans une posture en lien avec leurs dispositions sportives construites. Cet effort d’historicité et de distanciation sur une période cruciale de la sociologie du sport de langue française est indispensable, aux yeux de Bernard Michon, pour construire une sociologie solide et productive pour l’avenir.
Malgré un dynamisme apparent, Christophe Jaccoud et Dominique Malatesta nous informent que la sociologie du sport en Suisse reste largement en retrait. Les hypothèses à cette difficile émergence tiennent, pour eux, autant à la situation de l’institution sportive suisse elle-même, qu’aux conditions de mise en place de la sociologie générale. D’un côté, le contexte confédéral du pays n’a pas conduit à une structuration forte et nationaliste du dispositif sportif global ; de l’autre, le même contexte national morcelé et disparate d’un point de vue linguistique n’a favorisé ni le développement académique de la sociologie, ni sa déclinaison en sous-champ sportif. Pour autant, une sociologie du sport émerge et se structure depuis les années 1980. Les auteurs nous en dressent un panorama exhaustif au travers de l’héritage historique, de la spécificité des sciences du sport et du rôle de quelques acteurs-clés dont les travaux princeps de sociologie prennent le sport comme objet, avant d’en lister les freins persistants.
Ben Jannet Zouheir dresse à son tour le tableau du développement de la sociologie du sport en Tunisie depuis les années 1970. À l’instar du développement de la sociologie tunisienne comme champ scientifique autonome, la sociologie du sport s’y développe selon deux tendances principales qui se succèdent dans le temps. Elle est d’abord, entre 1970 et 1990, une macrosociologie du phénomène sportif qui oppose bien souvent modèle culturel sportif moderne et modèle tunisien traditionnel pour démontrer l’inadaptation du modèle proposé par les colons, les points d’achoppement entre les deux cultures et les relations de domination. Elle est ensuite, à partir de 1990 jusqu’à aujourd’hui, une microsociologie du détail, des logiques d’acteurs qui investissent les pratiques sportives à l’instar des femmes qui se l’approprient comme espace de redéfinition de leur place.
Abdellatif Naja montre dans son article à quel point le développement de la sociologie du sport marocaine est dépendant de celui de la sociologie générale. Il resitue d’abord le contexte colonialiste hautement manipulé de l’émergence de la sociologie marocaine, particulièrement celle du milieu rural berbère et non-musulman. Ce préalable lui permet de souligner le retard pris par cette sociologie tant la déconstruction théorique, méthodologique et institutionnelle, s’est imposée comme devoir scientifique premier à la fin du Protectorat. Les sursauts porteurs d’espoir des années postcoloniales sont vite anéantis par une politique « de plomb » entre 1960 et 1990 à l’encontre d’un savoir sociologique perçu comme une menace pour l’ordre social. En analysant les moteurs de l’émergence de la sociologie du sport en France, l’auteur montre que les mêmes conditions stimulantes, notamment institutionnelles, n’ont pas eu cours au Maroc, laissant la spécialité sans structure support, malgré de belles initiatives du seul Centre National des Sports Moulay Rachid dans les années 1980. La sociologie du sport continue, selon lui, à s’inscrire dans une situation plus globale de « crise de la production intellectuelle des universitaires marocains » (Cherkaoui, 2009, p.23).
Le propos de Pascale Marcotte et de Marc-André Lavigne permet de prendre conscience de la grande spécificité du Québec : la thématique du sport abordée sous l’angle sociologique est incluse dans le domaine beaucoup plus vaste du loisir, ce qui ne va pas sans une certaine fragmentation du champ au niveau organisationnel et professionnel. Celle-ci induit une multiplicité et une spécialisation des tâches et compétences des acteurs en charge du loisir et exige des constructions de contenus de formation variés. La dispersion et la multidisciplinarité scientifiques sont générées par cette situation, au point qu’il est difficile d’identifier des intérêts communs, voire complémentaires, aux différentes communautés de chercheurs en charge du loisir. Il représente finalement un champ d’application de plusieurs disciplines. Les auteurs se livrent ensuite à l’analyse de la production des connaissances en loisir au Québec, laquelle révèle un maillage puissant entre trois milieux, universitaire, professionnel et gouvernemental. La question de l’autonomie de la recherche se pose alors légitimement. Enfin, les auteurs réfléchissent, d’un point de vue épistémologique, à l’histoire et à la position géographique du Québec qui, en se cumulant, donnent naissance à une mosaïque de traditions sociologiques et scientifiques (française, britannique et américaine). Malgré ces influences couplées, l’ère des échanges scientifiques transfrontaliers reste à l’état embryonnaire.
L’ouvrage poursuit ensuite l’ambition d’ouvrir des pistes renouvelées de construction des connaissances en sociologie du sport de langue française en s’appuyant sur les témoignages de sociologues du sport reconnus et de jeunes docteurs. Tour à tour, ils interrogent leurs choix et positionnements scientifiques à l’occasion de leurs travaux ou de leur carrière mettant ainsi en perspective les héritages, filiations et apports spécifiques de leur réflexion sociologique.
Ainsi, après avoir rappelé la position multi-dominée de la sociologie et des sociologues du sport, Pierre Parlebas revient sur la démarche originale et unique qui l’a conduit à proposer une science sociale spécifique : la praxéologie motrice adaptée au champ spécifique des STAPS. Centré sur l’action et la motricité humaine, considérée comme le résultat d’une construction sociale, il nous rappelle les concepts de son approche et leur enrichissement par la « fréquentation » des autres disciplines, pour finir avec force sur sa méthodologie empirique et inductive.
Face au constat d’autoritarisme dogmatique exercé par quelques figures emblématiques de la sociologie sur le champ des APS, Christophe Gibout nous soumet une manière innovante et plus artisanale d’être sociologue. Celle-ci reconnaît le poids de la biographie du chercheur dans la construction d’une sociologie dans l’action et sur l’action sans renoncer à l’extériorité de l’objet ; elle s’accommode d’un rapport au temps ambigu pris entre la lenteur exigée par la maturation de l’appréhension de l’objet et, a contrario, l’urgence et l’opportunisme liés à l’éphémère expression sociale de certains faits sportifs ; elle appelle également l’acceptation de la relativité des travaux sociologiques face à la diversité spatiale et temporelle des faits sociaux étudiés ; elle souscrit, enfin, au refus de l’autochtonie scientifique, invitant au dialogue entre champs scientifiques.
Jean Griffet nous livre le résultat de sa réflexion sur la constitution des concepts en lien avec l’expérience sportive. Ce faisant, c’est la dimension sensible de l’expérience qui lui paraît la plus problématique à intégrer au concept de sport, c’est-à-dire celle qui touche à la compréhension de la signification donnée à l’activité sportive par les pratiquants eux-mêmes, source de variation sémantique du mot sport. Le concept-outil utilisé par le chercheur pour appréhender son objet préoccupe l’auteur. Il nous présente ici les trois voies qui lui permettent d’appréhender l’objet qui est le sien, celui de l’expérience sportive saisie au travers de sa dimension sensible et subjective : l’expression des sensations, le partage de l’expérience et l’analyse des « jeux aux limites ».
À partir de son travail de thèse sur le cirque contemporain, Emilie Salamero apporte sa pierre à l’édifice d’une réflexion épistémologique sur la manière théorique, conceptuelle et méthodologique de se saisir d’un objet de recherche en sociologie du sport et sur sa nécessaire évolution au cours d’un parcours de chercheur. En partant de l’état des connaissances sur l’objet « Cirque » en sciences sociales et sur la transformation sociale récente de cet objet, elle déroule les fils d’une « approche multifocale » indispensable à la compréhension du parcours de l’artiste de cirque. Elle montre également comment le terrain impose de nécessaires réorientations théoriques pour mieux appréhender son objet, dans une démarche inductive exigeant des allers-retours permanents entre terrain et théorie, invitant une fois encore à envisager la complémentarité de cadres théoriques au service du terrain.
En revenant également sur son objet de thèse, Florian Lebreton analyse les choix épistémologiques présidant à l’analyse et à la compréhension des sports urbains alternatifs et émergents. Sa démarche prend d’abord appui sur un schème herméneutique permettant de laisser de la place au sens donné par les acteurs à leur pratique. Elle esquive ainsi le piège du placage d’un cadre de pensée préconstruit sur un fait sportif innovant : celui de l’appropriation ludique et sportive de l’espace public urbain. L’auteur nous expose ensuite les raisons du choix d’une démarche inductive délibérative, ancrée dans un cadre interactionniste, à la base de la notion d’urbanité ludique.
Dans son article, Thierry Lesage se penche sur son travail de thèse concernant les filiations entre pratiques sportives, particulièrement celles liant jeux de paume et jeux de raquette. Aux perspectives, nécessairement diachronique (socio-historique) et synchronique (praxéologie motrice), permettant d’appréhender les dynamiques évolutives à la base du passage d’une pratique à l’autre, il en propose une troisième, complémentaire, empruntant l’outillage conceptuel des sciences de l’évolution. Cette approche permet de dépasser les résultats contradictoires obtenus par le cumul des traits de caractère des pratiques avec la chronologie de leur apparition, en empruntant plus précisément aux systématiciens qui classifient des traits de caractère génétiques des espèces découvertes sur une échelle temporelle. La méthode appliquée ici à des processus et objets culturels ne verse pas pour autant dans un monisme épistémologique qui consisterait à penser que les mêmes lois régissent les faits de nature et les faits sociaux. Après nous avoir donné quelques exemples d’emprunts conceptuels, son questionnement débouche sur une perspective méthodologique interdisciplinaire d’appréhension des processus d’héritage et de filiation sportive audacieuse et stimulante.
Jean-Michel Peter analyse l’expérience de loisir sportif (entendu tout autant comme pratique physique que comme engagement associatif) comme source d’acquisition de savoirs. Son but est de poursuivre l’ébauche d’une sociologie de l’autoformation, en filigrane des travaux de Joffre Dumazedier. Pour ce faire, il questionne d’abord les intérêts et limites des différents cadres théoriques existants et permettant de penser le changement social. Ensuite, en partant de ses terrains, il dévoile les processus d’innovation et de créativité sociale et culturelle en jeu. Il révèle ainsi l’invention partielle de l’individu par lui-même au travers d’une pratique de loisir sportif.
En guise d’ouverture, Bernard Andrieu nous propose dans une réflexion finalement prospective d’envisager la complémentarité de deux types de sociologies du sport : d’une part une sociologie réalisée à la « 3 ème personne », celle des pionniers méthodologiques avec des concepts et des terrains éprouvant toujours la pertinence et la fécondité de modèles existants et d’autre part l’émergence d’une sociologie de la « 1 ère personne » dans laquelle les « corps à vif » prennent la parole à l’instar de ceux, assez inédits, de cet ouvrage sur l’urbanité ludique ou le cirque.
Gilles Vieille Marchiset propose au final des orientations épistémologiques pour asseoir des savoirs sociologiques au travers d’une ouverture anthropologique, donnant du sens à des expériences sportives variées. Il s’agit de prôner pour les jeunes générations une libération paradigmatique en se démarquant d’abord des démarches déductives et partisanes, en faisant tomber les lunettes idéologiques, en orientant différemment l’« œil du sociologue » sur des faces inexplorées du sport.


Bibliographie

Bodin, D., Héas, S. (2002), Introduction à la sociologie du sport, Paris : Chiron.
Bourdieu, P. (1984), Homo academicus. Paris : Éditions de Minuit.
Callède, J.-P. (2007), La sociologie française et la pratique sportive (1875-2005). Pessac : éd. MSHA.
Callède, J.-P. (2010), La sociologie française et le sport. La revue pour l’histoire du CNRS, n°26, 14-17.
Collinet, C. (2002), Le sport dans la sociologie française. L’Année sociologique. Vol. 52, 2, 271-295.
Debray, Régis (1997), Transmettre. Paris : Odile Jacob.
Defrance, J. (1997), Sociologie du sport . Paris : La découverte.
Duret, P. (2010), Sociologie du sport. Paris : PUF.
Godbout, Jacques T. (2006), Ce qui circule entre nous. Paris : Seuil.
Honneth, Axel (2000), La lutte pour la reconnaissance. Paris : Cerf.
Honneth, Axel (2006), La société du mépris. Paris : La Découverte.
Michon, B. (1995), Éléments pour une histoire de la sociologie du sport en France. Hier, aujourd’hui, demain. In Augustin J.P., Callède J.P. (dir.), Sport, relations sociales et action collective , Bordeaux : MSHA, 735-740.
Thomas, R., Haumont, A., Levet, J.L. (1987), Sociologie du sport. Paris : PUF.
Vieille Marchiset, G., Wendling, T. (2010), Aux frontières du sport. Ethnographiques.org, n°20.
PARTIE I R EGARDS FRANCOPHONES SUR LE DÉVELOPPEMENT DE LA SOCIOLOGIE DU SPORT
Chapitre 1 Les concepts mobilisés dans la sociologie du sport de langue française : ébauche d’un état des lieux et éclairages comparés.
Jean-Paul Callède

Jadis, en France, la sociologie a pu aborder ponctuellement le sport, sous l’angle des pratiques ou plus tardivement sous celui des politiques publiques. Cette sociologie thématique s’est finalement constituée comme une branche de la discipline : la (les) sociologie(s) du sport, ou comme des sous-ensembles plus ou moins structurés au sein de branches constituées : les pratiques culturelles, le loisir, les vacances, le tourisme, les politiques publiques, la vie scolaire, etc., ou bien par rapport à des catégories de personnes : les jeunes, les seniors, les handicapés, les immigrés, etc., ou encore comme un domaine (potentiel) d’application ou d’illustration de sociologies spécialisées autour d’objets construits, par opposition aux objets immédiatement perceptibles : processus de socialisation, sociologie du travail, associationnisme, sociologie du genre, phénomènes de violence, etc. L’accroissement récent de la « communauté », à la fois réelle et fictive, des sociologues du sport a ajouté à la complexité du domaine, ainsi qu’en témoigne la spécialisation des travaux, thèses ou publications. Il faudrait s’interroger d’ailleurs sur les effets que produit la division du travail sociologique, qui concerne des effectifs toujours plus nombreux de sociologues, y compris ceux qui s’intéressent au sport.
La construction des savoirs, en ce secteur de la discipline, est sans nul doute difficile à maîtriser. À la fois pour des raisons qui ont été identifiées par les auteurs confrontés à la même question dans d’autres branches thématiques de la discipline (Berthelot, 2000), mais surtout dans la mesure où les bilans intermédiaires, l’état de l’art proposé à différents moments, en France ou dans la langue française, sont quasi inexistants, prennent la forme de simples esquisses, de trames plus ou moins fournies ou paraissent quelque peu arbitraires.
C’est dire qu’une telle opération n’est pas facile à réaliser. Elle se décompose en plusieurs tâches complémentaires : 1) rendre compte des objectifs affichés, des démarches et des méthodes en vue de la construction des savoirs, 2) préciser les relations entretenues entre la discipline mère (la sociologie générale) et cette branche de la sociologie (du sport), en termes de stimulation, de transpositions, de transferts quant aux conceptualisations et aux modélisations proposées, ou encore, 3) repérer des acquis de cette branche de la sociologie, susceptibles d’enrichir la sociologie générale (la discipline mère), voire même, 4) mettre en évidence un enrichissement mutuel, une fécondation réciproque favorisant l’amélioration des savoirs sociologiques plus généraux et 5) conduisant l’évolution de la discipline vers plus de maturité : ces cinq types de tâches supposent à l’évidence d’ouvrir un chantier collectif.
On sait cependant que des entreprises analogues et contiguës sont considérées comme relativement vaines ou quelque peu insatisfaisantes. Nous pouvons mentionner par exemple, à titre d’illustration, les analyses récurrentes de la sociologie du corps produites par Jean-Michel Berthelot. Au terme d’approches successives (1982, 1985, 1992), l’auteur indique renoncer à son ambition initiale.
Quels courants et quels concepts dans la sociologie du sport de langue française ? Apporter des éléments de réponse n’est pas simple. Comment rendre compte des courants, des modèles d’analyse et des concepts en sociologie de langue française sans simplifier arbitrairement la situation ? En ce qui nous concerne, « passer en premier », selon l’expression utilisée par les étudiants convoqués aux oraux, n’est pas évident. On risque de « trop en faire », et/ou « d’opérer au juger », même si le cadrage de l’exercice incombe à des interrogateurs vigilants. En revanche, ouvrir le chemin autorise peut être à poser quelques conditions pour progresser avec méthode. Soit, dans un premier temps, trois points envisagés successivement, en forme de rappels et de précautions de base.

I. Concevoir une méthode de travail.
Quelques préalables élémentaires

1. Le cadrage d’ensemble
Pour identifier de façon univoque des courants, des modélisations et des agencements conceptuels en sociologie, à partir de l’examen d’un corpus de textes publiés, il convient de justifier de manière maîtrisée certaines formalités : opter pour une délimitation spatiotemporelle, tenir compte de l’autonomisation progressive de la sociologie (surtout pour les premières décennies), établir une ou des définitions de facture sociologique relatives au « sport ».
Le travail d’inventaire bibliographique (pour la constitution du corpus ) n’est pas aussi simple qu’il y paraît de prime abord. Des problèmes spécifiques peuvent se poser en fonction de la structuration progressive de cette branche de la discipline. Une structuration d’autant plus complexe que l’on élargit le cadre : national, francophone par filiation historique (pour les ex-colonies et ex-protectorats du continent africain, par exemple), par essaimage ancien (Québec), pouvant se conjuguer à l’influence de la sociologie nord-américaine anglophone (Québec encore) ou par effet de proximité géographique (Belgique, Suisse), etc. Ce qui suppose des regards croisés s’appuyant sur des bilans nationaux déjà constitués.

2. La qualité des productions
Une fois résolues les questions qui viennent d’être évoquées (en particulier les questions fondamentales de définitions ), ajoutons que la qualité qu’il convient d’accorder à telle ou telle publication se définit en fonction de la cohérence du cadre conceptuel élaboré, au regard de sa capacité explicative (ou interprétative) et de son domaine d’application (thème abordé, terrain d’enquête couvert).
Pour autant, la confidentialité d’une production scientifique, son rayonnement relatif (à une époque donnée, par exemple), les effets de position universitaire, etc., ne sont pas nécessairement un critère de faiblesse scientifique. De même que la position hégémonique d’un « paradigme » dit dominant n’est pas nécessairement un gage ou un critère univoque de scientificité. Un certain aveuglement « théorique » peut opérer, qui n’est alors que la propriété d’un groupe rassemblé autour d’un maître et/ou d’un projet.

3. L’historicisation des productions en sociologie du sport
On distingue habituellement deux grandes options dans la façon d’interroger des œuvres (comme ensembles de publications possédant une certaine unité), des publications, voire une simple publication : la lecture présentiste ou présentéiste ; la lecture inscrite dans le relativisme historique.
Pour ne pas s’enfermer dans le radicalisme qui peut accompagner le fait de se limiter à une seule des deux options de l’alternative, il est prudent d’adopter une position modérée qui rend compte de la cohérence – interne – d’une production sociologique sans pour autant perdre de vue la contextualisation socio-historique de ladite production.
Pour autant, nous ne sommes pas favorables au mélange des genres qui risque de glisser rapidement vers une « sociohistoire » des écrits sociologiques, et qui peut compromettre l’objectif consistant à rendre compte des courants, des modélisations et des outillages conceptuels requis {4} .
En effet, lorsque la sociologie des pratiques sportives tend à mettre l’accent sur la production et la reproduction des inégalités sociales devant l’accès au sport, il est utile de s’inspirer de la démarche de l’ethnologie qui, pour sa part, en s’intéressant à ces mêmes pratiques sportives, accorde de l’importance à la façon dont les individus et les groupes élaborent du sens, expriment des significations partagées dans l’ordre des pratiques et des représentations.

II. Contribution à l’état de l’art : auteurs, concepts, modélisations et courants en sociologie du sport

1. Constituer des inventaires susceptibles d’enrichir un corpus d’ensemble
Nous avons contribué à ce type de travail de recension des publications de sociologie (des pratiques sportives, des politiques du sport), de manière à identifier, dans la mesure du possible des auteurs, des courants d’analyse (des écoles), des modélisations, des matrices conceptuelles. Chaque tâche de ce type, si rigoureuse et désintéressée soit-elle, ne prend sa véritable place que dans un effort collectif.
Il ne saurait s’agir d’un travail isolé. D’ailleurs, notre approche va bientôt prendre place, dans cet ouvrage, dans un « ensemble » de plusieurs contributions complémentaires.
En fonction des objectifs affichés, ces « inventaires » peuvent marquer certains écarts, mais le principe général demeure. Le travail systématique conduit par Cécile Collinet (2000, 2002) concrétise un effort conséquent et de longue haleine, à partir de règles de travail clairement posées en amont. Parfois ce genre d’opération scientifique, qui est utile à la science sociale, est mal reçu, mal compris ou suscite des indignations, des frustrations, des propos désobligeants en retour… La raison principale en est que ce type de tâche met en perspective critique certaines positions avantageuses et qu’il définit un horizon relativiste sans lequel le pluralisme sociologique n’est pas respecté. Ainsi, on voit mal comment il serait possible de se passer de ce travail d’inventaire commenté.

2. Nos propres inventaires et autres tâches envisageables
Un premier inventaire raisonné (Callède, 2007) a été produit en fonction d’un prisme spécifique : la pratique sportive associative et la logique de l’échange social qui sous-tend ce domaine. Le « retour », c’est-à-dire les comptes rendus et autres recensions du livre, permet de voir comment est réceptionné ce type de travail et de prendre en considération certaines remarques critiques. Il sera bientôt complété par trois autres études personnelles s’appuyant elles aussi sur des bilans bibliographiques : dans le cadre d’un numéro thématique de la Revue de l’Histoire du CNRS confié à l’historien Patrick Clastres, au niveau d’un ouvrage sur l’apport des auteurs « classiques » de 1890 à 1939 (Callède, 2011) et, en principe, à l’occasion d’un chapitre inséré dans une réédition actualisée et complétée du livre de Berthelot : La sociologie française contemporaine, dont la tâche a été confiée l’an dernier à Jean-Christophe Marcel.
La pratique associative n’épuise pas le domaine de l’activité sportive. L’individualisme sportif de masse (Haumont, 1987) est abordé depuis plusieurs décennies par des sociologues du sport. De même, les formes auto-organisées faisant appel à des groupes d’adeptes sans affiliation institutionnelle, avec ou sans accompagnement des pouvoirs publics retiennent l’attention des chercheurs (Jaccoud et Malatesta, 2001). Par ailleurs, dans le prolongement d’un livre traitant des politiques publiques du sport (2000), nous suivons l’actualité éditoriale dans ce domaine (Michon, 1988, 1992 ; Bayeux, 1996 ; Loirand, 1996 ; Honta, 1999, 2010 ; Chifflet, 2005 ; Bessy, 2008, etc.). Sans oublier non plus les recherches qui envisagent l’articulation entre pratiques sportives et politiques publiques : W. Gasparini et G. Vieille-Marchiset (2008). Autant dire que nous ne prétendons pas avoir épuisé le sujet ni opté pour la seule démarche possible. Le numéro thématique de l’Année sociologique dirigé par P. Parlebas en 2002 est largement consacré à dresser un état de l’art. C’est également la vocation de certains colloques ou congrès de sociologie du sport (colloque de Nantes, 2005, sous l’égide de la « 3 S »).
D’autres tâches sont envisageables. Donnons deux exemples. Une première opération nous a permis de prendre en considération les dossiers de demande de qualification dans la 19e section du CNU (sociologie), avec des jeunes chercheurs qui ont un profil de sociologue du sport. Pour la session 2010 du CNU, sur 467 dossiers (niveau MC), 23 thèses récentes se rapportent au domaine qui nous intéresse. En considérant les noms qui figurent dans les jurys et le nom des directeurs de thèse, deux noyaux se dégagent : l’un relativement compact autour de P. Parlebas, B. During, B. Valade et L. Collard (soit une présence marquée de l’Université de Paris V), l’autre noyau, plus dispersé, faisant apparaître les noms de J. Defrance, C. Louveau, J.-P. Clément, ainsi que C. Suaud et D. Demazière. On identifie sans peine les porteurs d’une sensibilité sociologique inspirée par Pierre Bourdieu, tandis que la présence de D. Demazière s’explique par des sujets de thèses qui s’intéressent au récent processus de professionnalisation dans le sport.
La seconde tâche, conforme à la vocation de l’AISLF, que nous ne faisons qu’esquisser, pourrait viser à établir un bilan des thèses à orientation sociologique produites en langue française par des docteurs africains (en particulier ceux originaires d’Afrique du Nord, d’Afrique de l’Ouest et/ou subsaharienne), avec des lignes de tension entre jeux traditionnels et ethnomotricité (Parlebas, 1992), sport « officiel » (structure fédérale) et solidarités sportives de proximité. Ben Jannet Zouheir a pu dresser ce bilan pour la sociologie du sport tunisienne {5} . Il va nous en faire part. Abdellatif Naja considère que l’exercice sera plus difficile pour la sociologie du sport marocaine {6} . En revanche, des bilans conséquents sont déjà ébauchés ou en cours d’élaboration pour l’Afrique noire (Abalot, 2009 ; Oumarou et Chazaud, 2010) autorisant même des analyses comparatives (Houedakor, 2010). Une bonne vingtaine de thèses soutenues par de jeunes sociologues africains (Bénin, Sénégal, Gabon, Cameroun, Togo, etc.) constitue un ensemble intéressant à inventorier.

3. Le renouvellement des courants et des modèles
En se limitant à l’analyse de la pratique sportive, le renouvellement des courants et des modèles apparaît assez nettement, même si l’on appréhende la longue durée.
Épousant l’institutionnalisation naissante de la sociologie universitaire (à partir des années 1890 ; pensons à Émile Durkheim lorsqu’il s’installe à la Faculté des Lettres de Bordeaux, en 1887) et faisant suite à une extraction difficile de la philosophie (et peut-être d’autres disciplines comme le droit ou l’économie), plusieurs paradigmes sont repérables en science sociale : évolutionnisme et positivisme, conduisant à deux tentatives de dépassement par un essai de synthèse, soit par le criticisme, soit par l’éclectisme, ou encore par la valorisation du contractualisme, du solidarisme (comme alternatives au socialisme marxien), voire même par la combinaison de la sociologie avec des disciplines voisines. Assez rapidement, la nature des travaux sociologiques entrepris et les objectifs visés compliquent la ligne d’horizon théorique, allant du holisme à la logique de l’acteur responsable… Évidemment, dans cette longue période qui s’étend des années 1890 à la fin de l’entre-deux-guerres, la sociologie des durkheimiens ne s’intéresse que très partiellement au fait sportif (citons cependant Maurice Halbwachs), contrairement à d’autres auteurs jadis ignorés des durkheimiens et aujourd’hui tombés dans l’oubli (Gaston Richard, Guillaume-L. Duprat, par exemple).
Le nouvel élan de la sociologie (années 1960 et suiv.) correspond à l’âge d’or des théories de portée générale (fonctionnalisme, structuro-fonctionnalisme, marxisme et néo-marxismes) ou des modélisations spécifiques (sociologie du loisir, du temps libre, inégalités sociales, etc.). Cet élan se retrouve assez fidèlement dans les publications de sociologie du sport. Un sociologue comme Joffre Dumazedier préconise l’enquête empirique afin de ne pas subir l’emprise de modélisations trop rigides. À l’articulation des années 1980-90, les quatre « Écoles françaises » sont inégalement présentes au niveau des productions relevant de la sociologie du sport. La position la plus avantageuse est occupée par les travaux s’inspirant de Pierre Bourdieu, avec Jacques Defrance, Christian Pociello, Jean-Paul Clément. Autre sensibilité bien établie, celle impulsée par Pierre Parlebas. Le comportement rationnel de l’individu en situation de jeu (Parlebas, 1986), qui peut s’appuyer sur une filiation avec la sociologie de Raymond Boudon (y compris dans la mathématisation des faits sociaux), permet de revisiter la diversité des situations de jeu et de sport. À l’époque, la sociologie des organisations inspirée des travaux de Michel Crozier est moins sollicitée par les sociologues du sport (exception faite de Pierre Chifflet). Elle le sera un peu plus, par la suite, en approfondissant les rapports entre l’acteur et le système. L’actionnisme développé par Alain Touraine laisse insensibles les sociologues du sport. Au cours des années 1960, l’anthropologie politique qu’élabore Georges Balandier, à propos des nouveaux États indépendants, ignore la « sociologie coloniale » d’un René Maunier (1932, 1936 et 1942) et sa façon d’aborder l’introduction et la diffusion des sports. D’autres sociologues du sport élaborent des cadres de référence empruntant à plusieurs sources théoriques (Le Pogam, 1979 ; Jamet, 1991).
La sociologie du sport qui s’inscrit désormais dans « l’Université de masse » (années 1990 et suiv.) inaugure un nouvel âge de la discipline qui témoigne d’une activité éditoriale intense, dans le prolongement des thèses soutenues. L’interactionnisme symbolique (empruntant à Blumer, puis à sa version goffmanienne) (É. De Leséleuc, 2004, l’ethnométhodologie (une ‘socio-méthodologie’ mobilisant des méthodologies « profanes »), l’individualisme méthodologique (et le rationalisme axiologique) s’accordent avec des travaux qualitatifs portant sur des domaines ou terrains de proximité (microsociologie). Sous cet angle, les modes d’affiliation et les comportements des supporters intéressent plusieurs sociologues (Bodin, 1999 ; Mignon, 1998 ; Nuytens, 2004 entre autres). La sociologie du genre (et de la construction des identités individuelles et/ou sexuées) (Davisse et Louveau, 1991, 1998 ; Travaillot, 1998 ; Mennesson, 2005, le processus de professionnalisation qui gagne l’activité associative (Loirand, 2001, 2009 ; Chantelat, 2001), la sociologie du travail (avec la participation de Didier Demazière à plusieurs jurys de thèse), l’attrait pour les sports de l’extrême (Le Breton, 1991 ; Soulé et Corneloup, 2007), entre autres thèmes d’enquête, permettent de citer de nombreux auteurs qui trouvent dans le « sport » de nouveaux terrains d’études. La prise en considération de l’« individu social » (centré sur la compréhension du comportement individuel) voit actuellement dans le rapport au corps et aux sports un domaine d’étude intéressant. Les transformations récentes de la société, dans l’Europe de l’Ouest ou au Canada, imposent de nouveaux périmètres d’investigation : par exemple des activités sportives marquées par l’impact des flux migratoires, par l’appartenance confessionnelle ou par des reconstructions identitaires. La thèse soutenue par Harry P. Mephon : les enjeux des activités physiques et sportives dans la construction d’une culture identitaire guadeloupéenne (2003) en fournissent un excellent exemple. Fort heureusement, elle a donné matière à un ouvrage (Mephon, 2007).

III. Caractériser les principaux axes d’investigation, l’irrigation de la sociologie générale et envisager l’ouverture interdisciplinaire

1. Quelles exigences disciplinaires ou infradisciplinaires ?
De ce point de vue, comment apprécier la valeur d’une publication ? Autorisons-nous deux rappels. Raymond Aron, dans son cours introductif à la Sorbonne (1957-58) : « De la sociologie », note : « Le propre de la compréhension de l’ensemble social, c’est de ne pas résulter et de ne pas pouvoir résulter d’enquêtes parcellaires ». « Si la sociologie s’épuise en enquêtes de détail, elle devient simplement une technique de recherche ». L’autre rappel fait référence à Paul Lazarsfeld. Dans son introduction à la Philosophie des sciences sociales, Raymond Boudon (1970) rappelle que Lazarsfeld insistait, dès 1933, « sur la nécessité de diversifier les sources de données » (observations objectives et rapports introspectifs, études de cas et information statistique, rendre compte des phases révolues du phénomène étudié, etc.)
On peut appliquer et articuler ces consignes d’appréciation de la valeur d’une étude (portée générale ou éclairage spécifique, aperçu qualitatif et/ou conditions de généralisation). Elles permettent de relativiser la portée de certaines critiques qu’on peut qualifier d’exogènes (formulées par exemple par des historiens à l’encontre des travaux d’historiens de la sociologie).
Ceci étant noté, pour notre part, nous respectons autant la diversité disciplinaire que le pluralisme explicatif. Les productions sociologiques peuvent être considérées et traitées – par les historiens – comme des « formes culturelles » caractéristiques d’une époque, d’un lieu, d’un groupe. Tout comme l’art, la littérature, le sport (au premier degré), etc. Mais la sociologie, en tant que science et/ou discours savant, ne peut pas ne pas être traitée à l’aune de la seule cohérence interne d’une œuvre, de sa pertinence, de sa valeur heuristique, mais on doit aussi apprécier la place qu’elle occupe dans le renouvellement des productions qui jalonnent les progrès de la discipline. C’est une exigence élémentaire. Il ne s’agit pas de verser dans le « formalisme internaliste », mais ne s’en tenir qu’aux caractéristiques « environnementales » pour rendre compte de la pertinence d’un œuvre (« sociologisme externaliste », dirait J.-C. Passeron) reste également d’un intérêt assez marginal. Ce qui n’empêche pas de pouvoir relever les décalages chronologiques, les asynchronies ou les concordances observables, voire les « sur-concordances » (pour le surf, par exemple) entre réalité sociale (du sport) et analyse sociologique (du sport). Et, le cas échéant, de rendre compte des biais introduits par ces différents cas de figure.
Enfin, « l’invention » de notions, de concepts, de formules, au niveau de cette branche qu’est la sociologie du sport, ne saurait être dissociée de ce que peuvent être les apports de la sociologie – générale – connus et reconnus par la « communauté » des sociologues. Avant de créer un mot savant, mieux vaut se référer d’abord aux dictionnaires de la spécialité.

2. Dresser un inventaire des publications : une prétention irréalisable ?
En dépassant les limites d’un corpus qui ne prend en considération que des travaux de sociologie appliquée à une spécialité sportive, à une famille de pratiques sportives, au « système » des sports, ou dans le prolongement des considérations méthodologiques, théoriques ou épistémologiques développées dans ces mêmes travaux, se précisent des tâches plus spécifiques répertoriées par Berthelot : l’histoire de la sociologie, la réflexion méthodologique, la sociologie de la connaissance, la défense d’un programme spécifique d’analyse du social, des travaux spécifiquement épistémologiques (Berthelot, 2000). Les travaux identifiés comme relevant de la sociologie du sport peuvent-ils être répartis en fonction de ces différents axes ? Dans quelle mesure ?
Pour autant, l’auteur note que la sociologie est devenue « une nébuleuse particulièrement complexe et éclatée dont l’inventaire systématique serait une tâche partiellement impossible » (Berthelot, 2000, p. 36).

3. Quelles possibilités d’ouverture interdisciplinaires ?
Ces possibilités sont à examiner au cas par cas. L’objection relativiste formulée par Claude Grignon et Jean-Claude Passeron à propos de la conception légitimiste de la culture selon Bourdieu (y compris la culture sportive) soulève des questions épistémologiques fécondes. Les sous-cultures sportives sont d’un agencement complexe. Pour prendre un autre exemple, le « programme » envisagé par Matthieu Quidu dans la revue STAPS pour articuler « ethnographie des pratiques sportives » et « théories sociologiques de l’action » nous paraît plus discutable (au propre et au figuré) (Quidu, 2009). Et dans ce cas précis, il est possible d’argumenter en ce sens en appliquant la technique du « commentaire de texte » telle qu’elle est proposée par Lazarsfeld. En revanche, si l’on entend mettre en valeur l’articulation ethnologie-histoire-sociologie, le livre de Gaston Richard (et l’hypothèse directrice) sur L’histoire de la femme dans la société (1909) est autrement stimulant pour comprendre l’accès des femmes à la culture sportive. Selon l’auteur, c’est la tendance – séculaire – à l’égalisation des conditions hommes – femmes qui peut être observée et cette égalisation se vérifie d’abord au niveau intermédiaire de l’échelle sociale dans une période relativement récente. On pense par exemple aux instituteurs et institutrices qui ont contribué à promouvoir l’éducation physique, les jeux et l’activité sportive dans les œuvres périscolaires, tout au long du XXe siècle.

En guise de conclusion provisoire, il nous semble que cette branche qu’est la sociologie du « sport » est très dynamique, mais de moins en moins en mesure d’apporter à la discipline mère (la sociologie générale) des acquis radicalement innovants, sauf à vérifier, peut-être, dans quelle mesure la sociologie du sport est susceptible d’ouvrir sur l’acquisition d’une véritable culture sociologique ou la conforter. De moins en moins, aussi, si l’on considère la puissance explicative de certains textes « classiques » qui s’intéressent au fait sportif. En revanche, elle investit un domaine qui permet de combler des lacunes ( information sociologique) et d’acquérir une compétence scientifique pour entrer sur le marché du travail (professionnalisation des sociologues). Ce qui, pour nous en tenir au champ universitaire de la sociologie, explique à la fois la situation relativement périphérique de cette spécialité, au sein de la discipline, et cependant son intérêt croissant auprès des étudiants pour sa contribution à la compréhension de la société contemporaine.


Bibliographie

Abalot, E.-J. (2009), Les Écureuils du Bénin et les sabliers d’Afrique, Cotonou (Bénin) : CAAREC Ed.
Bayeux, P. (1996), Le sport et les collectivités territoriales. Paris : PUF.
Berthelot, J.-M. (2008), La sociologie française contemporaine . Paris : PUF.
Bessy, O. (Eds) (2008), Sport, loisir, tourisme et développement durable des territoires, Voiron : PUS.
Bodin, D. (1999), Hooliganisme. Vérités et mensonges. Paris : Éditions sociales.
Callède, J.-P. (2007), La sociologie française et la pratique sportive (1875-2005). Pessac : éd. MSHA.
Chantelat, P. (Eds) (2001), La professionnalisation des organisations sportives. Nouveaux enjeux, nouveaux débats. Paris : L’Harmattan.
Collinet, C. (2002), Le sport dans la sociologie française. L’Année sociologique. Vol. 52, 2, 271-295.
Chifflet, P. (2005), Idéologie sportive et service public en France. Mythe d’un système unifié. Grenoble : PUG.
Davisse, A., & Louveau C. (1998), Sport, école, société. La différence des sexes. Paris : L’Harmattan.
Defrance, J. (1995), Sociologie du sport. Paris : La Découverte.
Dumazedier, J. (1962, rééd. augm. 1972), Vers une civilisation du loisir ?. Paris : Le Seuil.
Gasparini, W., & Vieille-Marchiset, G. (2008), Le sport dans les quartiers. Pratiques sociales et politiques publiques. Paris : PUF.
Honta, M. (2010), Gouverner le sport : action publique et territoires . Grenoble : PUG.
Houedakor, E. K. (2010), L’action sportive organisée au Togo. Essai d’analyse comparée avec le Sénégal et le Bénin. Thèse de doctorat, mention STAPS, Université Victor Segalen Bordeaux 2.
Jaccoud, C., Malatesta, D. (2001), Le développement de l’auto-organisation sportive dans trois villes suisses : acteurs, territoires et pouvoirs publics, Neuchâtel : Éditions du CIES
Le Breton, D. (1991), Passions du risque, Paris : Métailié.
Loirand, G. (1996), Une difficile affaire publique. Une sociologie du contrôle de l’État sur les APS et leur encadrement professionnel . Thèse de doctorat, mention Sociologie, Université de Nantes.
Loirand, G. et coll. (Eds) (2009), Le sport entre public et privé : frontières et porosités (colloque de Nantes, 2005). Paris : L’Harmattan.
Mephon, H. P. (2007), Corps et société en Guadeloupe. Sociologie des pratiques de compétition. Rennes : PUR.
Michon, B. (Eds) (1988), Sciences sociales et sports : états et perspectives . Strasbourg : Publication de l’Université des Sciences Humaines.
Michon, B. (Eds) (1992), Corps, espaces et pratiques sportives . Strasbourg : Publication de l’Université des Sciences Humaines.
Mignon, P. (1998), La passion du football. Paris : Odile Jacob.
Oumarou, T., & Chazeaud, P. (2010), Football, religion et politique en Afrique. Sociologie du football africain. Paris : L’Harmattan.
Quidu, M. (2009), L’ethnographie des pratiques sportives face aux théories sociologiques de l’action : entre usage sur-interprétatif et définition du champ de pertinence, Revue STAPS, 86, 44-58.
Parlebas, P. (Eds) (2002), Sociologie du sport en France aujourd’hui, l’Année sociologique. Vol. 52, 2.
Pociello, C. (1995), Les Cultures sportives. Paris : PUF.
Société de Sociologie du Sport de langue française, Richard, G. (1909), La Femme dans l’histoire. Étude de la constitution sociale de la femme, Paris : Doin.
Soulé, B., & Corneloup, J. (2007), Sociologie de l’engagement corporel. Risques sportifs et pratiques « extrêmes » dans la société contemporaine. Paris : Armand Colin.
Chapitre 2 Pierre Bourdieu en sociologie du sport, réflexions critiques
Bernard Michon

À mesure que les sciences sociales évoluent et accumulent un certain capital spécifique en découvrant leur généalogie, elles sont amenées selon un processus rationalisant à reléguer certains concepts dans les replis de leur histoire avec une assurance souriante et la nostalgie liée au souvenir d’une pensée balbutiante et immature : « Les débats à propos du structuralisme qui ont pu être féconds, etc. », font figure aujourd’hui d’exercices scolaires un peu stériles, délaissés par les gens réputés sérieux. Qu’advient-il de la théorie systématique de l’habitus et du champ de Pierre Bourdieu ? Parce qu’ils semblent définitivement dépassés, certains questionnements sont ainsi abandonnés, alors même que les idées auxquelles ils renvoient se diffusent subrepticement dans le rang des évidences du sens commun, comme si un certain nombre de notions sur le monde social perdaient en efficacité théorique ce qu’elles perdent en rareté d’usage social. Elles seraient en quelque sorte banalisées, voire galvaudées, et une réflexion sur ces évidences conduit à courir le risque de passer pour rétrograde ou de paraître enfoncer des portes ouvertes depuis bien longtemps. C’est ici une des ambiguïtés majeures du discours sociologique que de vouloir, par l’intermédiaire de mots subissant des usages sociaux fort distincts, rendre compte de la genèse de ces mots dans la multiplicité de leur compréhension tant symbolique que pratique. Cette difficulté proprement sociale pourrait sans doute être à l’origine d’un certain nombre d’utopies discursives offrant un instant l’illusion d’une vérité pure, grâce soit au projet d’une langue déterritorialisée allant de la paraphrase au néologisme suivant l’astuce linguistique des auteurs (où l’enjeu consiste à ne jamais nommer le mot {7} ), soit à une attitude d’étonnement mystique devant toute chose, dont le « de omnibus dubitandum est » pourrait servir de paradigme, où il est toutefois omis de soumettre la posture elle-même au principe retenu (mettre en doute le doute). Ces utopies s’apparentant dans un métalangage à une sorte de vérité, pourraient n’être qu’aliénations consenties au pouvoir symbolique des mots : discours sur le discours qui ne fait que parler de lui-même, comme si pour être libérateur le discours se devait d’être libre, c’est-à-dire intemporel.
En sciences sociales comme dans tout autre secteur disciplinaire, les produits subissent des effets qualifiés du temps tels que le vieillissement ou la nouveauté. Toujours ambigus ces jugements sur la succession temporelle traduisent soit un discours hanté par le fantôme de la dialectique, prophétique, annonciateur de nouveautés radicales à partir d’un épuisement de débats préliminaires, soit une impossibilité de penser l’histoire et son cheminement intellectuel, c’est-à-dire les conditions historiques précises d’apparition d’un concept, en quoi il est exclusif d’une autre formulation, en quoi il s’inscrit dans l’air du temps, bref en quoi il est irrémédiablement vrai lorsqu’il est formulé, ceci grâce et malgré leurs auteurs selon les lois diffuses de toute configuration historique. Nous sentons bien que l’écriture sociologique n’est pas libre, il serait illusoire de vouloir penser autrement. Comme toute parole prétendant à une certaine autorité {8} , elle s’inscrit dans un espace ni neutre ni vierge. Si la sociologie devrait être la mieux placée pour connaître « les limites de la force intrinsèque de l’idée vraie » comme enjeu au centre d’un pluralisme social, il est probable que, derrière certaines luttes théoriques dont les fondements réels sont difficilement avouables, car elles-mêmes prises dans ce jeu des pluralités, elle ne fasse que parler d’elle et de ses producteurs.
Nous entendons par là qu’il n’est possible d’aborder une question en sociologie qu’à condition de se doter d’éléments permettant de comprendre sa genèse et ses relations avec une tradition sociologique {9} pour ne pas se laisser aller à la rhétorique sereine d’un discours tautologique (d’où une classification des objets sociologiques qui tendraient à exclure les objets réputés les plus vulgaires). L’existence d’un discours dans ses diverses réalités, figures, porte-paroles, dessine une présence, c’est-à-dire un état repérable – ayant donc un passé et un devenir – d’une forme de savoir perçu comme s’établissant dans une continuité historique, condition nécessaire pour pouvoir y déceler les accidents de parcours, les limites territoriales bref, les hérésies dénoncées comme telles. Prescription et proscription scientifiques représentent les deux visages d’une même croyance intéressée dans la science comme point de vue non pas limité à l’éphémère de l’existence humaine, mais lié à l’idée d’un trésor transmis de génération en génération, qui en se construisant par le travail des subjectivités individuelles semble paradoxalement les abolir, du moins abolir leurs imperfections d’être sensibles en renaissant chaque fois comme principe essentiel et unificateur de l’ensemble des « opinions vraies » dont les auteurs ont pu représenter les supports mortels. À ce schéma téléologique qui constitue toute formation discursive aspirant secrètement à l’immortalité (pourquoi écrit-on ?), on peut toujours opposer l’argument d’une naïveté intellectuelle ; mais cela ne résout rien : s’attirant éloges ou indulgence parce que présentées comme désintéressées, ces convictions spirituelles s’opposant naturellement au pouvoir temporel, pourraient participer de la croyance en une « communis doctorum opinio » irréductible à des nécessités d’ordre social. Au risque de reprendre à son compte des débats auxquels il n’a pas pu participer, le chercheur se retrouve ainsi avec un certain nombre de concepts sans mode d’emploi, dont le côté pratique (au double sens du terme, à la fois commode puisqu’immédiatement disponibles, et permettant une pratique effective des sciences sociales) ne rappelle pas toujours les conditions de leur apparition. La démarche qui consiste à passer de l’idée (je vais travailler sur la sociologie du sport) au concept (comment construire un espace de la sociologie du sport, comme espace singulier) devrait susciter une interrogation sur l’organisation théorique que l’on met en pratique. Au-delà de la pâle reconstitution du parcours individuel comme caution à moindre coût de vigilance épistémologique, les intérêts sont peut-être élucidables dans un usage de la méthode de travail et du jargon sociologique {10} . On ne peut ignorer d’autre part que le discours sur le monde social puisse produire des effets de théorie, surtout appropriés de façon politique, c’est-à-dire retraduits par des impératifs d’action, des slogans : « il faut changer l’ordre, le monde tel qu’on nous le décrit ». Une interprétation est probable, et il suffit que le sociologue dise « c’est ainsi » pour qu’il voie son propos se transformer en une volonté que ce soit ainsi (pour peu que le sociologue en question, agent socialement situé, bénéficie d’une renommée suffisante lui conférant une autorité de droit en matière de verdict social). C’est pourquoi la distance que doit prendre celui qui analyse revient à une disposition particulière, détachée des attentes sociales et de la pression qu’elles peuvent, voire doivent, exercer sur le discours d’objectivation pour préserver leurs croyances. D’où parfois un ensemble d’artifices et d’euphémisations de langage masquant mal cette difficulté : « il semblerait que », où le conditionnel permet de dire sans affirmer sous prétexte de prudence scientifique.
Le problème de la légitimité de l’analyse sociologique rejoint au-delà de ces symptômes stylistiques le problème de la recevabilité de l’objectivation d’un fait social, en fait le degré auquel l’objectivation est socialement supportable. Il va de soi qu’il y a des objets plus neutres que d’autres, ou encore des faits dont la définition sociale semble devoir exclure de droit une possible réductibilité à des nécessités sociales. Discours sur des discours et des pratiques, la sociologie de la connaissance ne se heurte-t-elle pas à une impossibilité de fait lorsqu’elle se propose d’étudier des paradigmes en sociologie du sport, sociologie dont les objets ne sont pas parmi les plus symboliques en apparence, parce qu’historiquement et donc socialement associés à des soucis moins nobles ? À moins que l’étude de savoirs et de techniques réputés vulgaires ne soit condamnée à entrer dans une « sous-sociologie », effet proprement sociologique d’une relation ontologique unissant le chercheur à son objet.
Avoir pour projet de construire une réflexion sur les concepts mobilisés dans la sociologie du sport de langue française, conduit ainsi à quelques remarques liminaires. Qu’entendre tout d’abord par sociologie du sport ? Peut-on la dater ? À partir de quels critères déclare-t-on son existence ? Dans quelle conjoncture sociohistorique émerge-t-elle ?
Des travaux sur les contextes et les processus pouvant conduire au « choix » d’une recherche et de son cadre théorique mériteraient d’être réalisés. Questionner le contexte d’une production n’est pas une simple figure rhétorique : comme l’affirment Stengers et Prigogine (1979), il existe une interaction forte entre les questions produites par la culture et la science au sein de la culture. Si la science a abandonné toute illusion d’extra-territorialité théorique, il est une autre extra-territorialité à laquelle la science doit renoncer, c’est celle de la culture.
La perspective de contribuer à une réflexion, à caractère épistémologique se situant en sociologie de la connaissance, sur la place et le rôle qu’ont pu avoir les travaux de Pierre Bourdieu, voire ceux de ses émules, en sociologie du sport, conduit à n’ébaucher que quelques éléments de cadrage et d’orientation dans la possibilité restreinte du présent ouvrage (Michon, 1993).

I. Éléments de définition d’une sociologie du sport
Qu’entendre par « sport » et par « sociologie du sport » ? Signifiant plus ou moins vague et plastique, le terme « sport » semble renvoyer à des significations flottantes relatives à des usages linguistiques divers aussi bien dans le langage courant que dans des définitions d’auteurs (Michon, 1980).
Les extensions d’usages de ce vocable, fussent-ils métaphoriques, ont amené certains à réduire les dénotations en dénonçant des usurpations d’appellations : les adeptes d’une pratique sportive peuvent en effet vouloir démasquer ceux d’une autre comme n’étant pas des sportifs ; il y aurait donc de vrais et de faux sports, d’authentiques sportifs et ceux qui n’en ont que l’apparence. L’absence de signification claire a d’ailleurs provoqué l’émergence d’expressions comme « sport de masse », « sport d’élite », « sport de loisir », « sport de compétition »,… Mais, même s’il y a sport et sport, ou encore différence de modalités c’est toujours du sport dont il s’agit.
Le mouvement sportif a transpiré dans de nombreux domaines, il a imbibé notre vocabulaire, notre langage : le sport est partout, c’est un terme utilisé par tous, mais d’une manière floue, partielle, partiale, voire réductionniste. S’il est tellement racoleur, c’est qu’il fait l’objet de connotations positives dans notre société, c’est un vocable qui participe vraisemblablement à des processus de valorisation. Au-delà des différences dans le contenu des énoncés (tendant bien souvent à glorifier le sport comme le langage courant peut l’attester), la fréquence des usages du mot se comprend mieux à partir du moment où il peut également valoriser l’acte d’énonciation, c’est-à-dire celui qui se réfère au sport comme s’il était initié à cet objet : il procurerait quelque prestige à ceux qui en parlent ou qui pensent en faire. Il convient cependant d’inscrire ce recours dans le cas d’usages sociaux différenciés. Qui en parle ? Quels agents n’en discourent jamais ? Qui peut entrevoir une valorisation sociale par la référence au sport ?
Du sens commun aux points de vue de divers auteurs, la polysémie, en passant d’une forme à une autre, peut permettre, à travers différentes figures rhétoriques, des manipulations et des bricolages sur et autour du mot. Bref, ce vocable éculé continue de produire du sens : autour d’un noyau sémantique bien problématique, parce que connoté idéologiquement s’enchevêtrent des utilisations réductionnistes et extensionnistes. Sept enquêtes réalisées en cinq ans sur les pratiques sportives des Français révèlent d’ailleurs des écarts considérables pour le taux de pratiquants (de 40% à 73,9%) {11} . Mises à part de petites variations imputables aux bases d’échantillonnage, l’importance des fluctuations paraît nettement liée à la nature des questions posées aux enquêtés et à ce que les chercheurs agrègent sous le mot « sport ». Par exemple, si on demande à des agents s’ils font du sport, le taux de pratique déclarée sera plus élevé que lorsqu’on cherche à savoir précisément quels sont les sports pratiqués, avec quelle fréquence, selon quelles modalités, etc. Bref, laisser des individus définir eux-mêmes ce qu’ils entendent par pratique sportive provoque une augmentation du taux de pratique consécutive aux connotations positives dont elles sont l’objet dans notre société. Tout se passe comme si la plupart des agents sociaux se trouvaient une raison pour se déclarer sportifs. De manière analogue, des résultats d’enquêtes montrent des agrégations de pratiques très différentes sous le label « sport ».
Ce mot sport pourrait ainsi dénoter une sorte d’universalité masquant des différences d’acceptions d’origine sociale. En prétendant incorporer une pluralité de substances flottantes, ce signifiant géant n’en aurait plus aucune si ce n’est peut-être une substance idéologique.
En outre, la polysémie ne serait-elle pas inhérente au phénomène et au mot qui le désigne actuellement ? Le sport n’est-il pas un de ces faits que Marcel Mauss appelait « fait social total » ? Ce serait un terme surdéterminé : « le sport intègre des comportements, des rites, des représentations, des normes, des valeurs qui sont d’ordre économique, éthique, esthétique, pédagogique, politique ; il a une histoire et il est dans l’Histoire, etc., etc. » (Bouet, 1968).
On comprend mieux que le terme sport soit « compris » par tous, mais inexpliqué si ce n’est à travers les positions sociales partielles et partiales, et que de ce fait il soit un terrain polysémique privilégié. Les discours dans lesquels il se situe bien souvent ne font-ils pas appel essentiellement à des modalités comme les évidences assénées, les assimilations, les réductions, les affirmations de l’ordre de l’allusion, les métaphores, les oppositions valorisantes, {12} … Son nopérationnalité conceptuelle due à sa surdétermination ne masque-t-elle pas une opérationnalité idéologique ?
Dans ces conditions, que penser d’une sociologie du sport cherchant à s’édifier sans questionner son point de départ ? Les enjeux sociaux sous-jacents aux usages linguistiques du vocable sport conduisent à ne pas le retenir sur un plan strictement scientifique (Michon, 1980, 1993).
Pour dépasser cette situation résultant de la priorité donnée aux discours, l’expression de Jacques Defrance (1978), « pratiques d’exercice corporel », pourrait être reprise pour qualifier aussi bien la « réinvention anglaise » des pratiques sportives aux 18e et 19e siècles, que la gymnastique ou d’autres pratiques physiques plus contemporaines... Bref, il convient de dépasser les usages linguistiques habituels et communs pour aller aux pratiques corporelles, sans pour autant assimiler ces exercices physiques à une culture corporelle englobant la totalité des manières d’être et d’agir, ou des façons dont les agents sociaux savent se servir de leurs corps. Cette conception maussienne est trop extensive (Arnaud, 1986). En effet, même si les pratiques d’exercice corporel peuvent se ranger sous la bannière de la culture corporelle, elles doivent aussi être spécifiées, car elles regroupent l’ensemble des exercices et pratiques physiques délibérés excluant en principe tout lien opératoire avec des pratiques utilitaires. Cette autonomisation relative des pratiques d’exercice corporel au sein de la culture corporelle ne se réfère qu’au fait que l’on puisse définir l’exercice physique intrinsèquement même si l’on peut opposer avec Jacques Defrance les « puristes » de la culture physique, « espèce particulière de partisans de l’art pour l’art », aux défenseurs d’une culture du corps plus divertissante, ou, au contraire plus utilitaire (Defrance, 1978), voire socialement distinctive (Bourdieu, 1979). Pour marquer symboliquement la nécessaire distance à entretenir avec le vocable sport, nous suggérons que notre réflexion puisse éventuellement se situer dans la perspective d’une « sociologie des pratiques d’exercice corporel ».

L’existence d’une sociologie des pratiques d’exercice corporel ne peut-elle occulter quelques arbitraires scientifiques ?
On peut en effet se demander si le processus de construction de spécialités sociologiques conjugué à celui de professionnalisation des formations ne constitue pas la base d’une atomisation, voire d’une balkanisation des différents secteurs de la sociologie.
Une partition sectorialisée de la sociologie peut renvoyer au fait qu’elle est aussi un espace social structuré avec ses arbitraires, ses enjeux et son histoire.



Une stratégie de recherche consistant à prendre comme point de départ un supposé espace du monde social et à le questionner comme un béotien (stratégie B sur le schéma) ne peut conduire qu’au renforcement de la sectorisation, processus d’autant plus structurant qu’il met en jeu des acteurs dudit espace, c’est-à-dire des autochtones.
A contrario une stratégie de recherche inverse (A sur le schéma) c’est-à-dire partant d’un enjeu théorique fondamental de la sociologie pour aller sur le terrain d’un espace social singulier ne soutiendrait certes pas la sectorisation, mais serait-elle capable de saisir d’éventuelles spécificités ?
S’inscrire a priori dans une sociologie élaborée à partir d’une interactivité entre un domaine social particulier et une théorie du social paraît plus convenable, même si elle peut conduire à quelque « bricolage » (stratégie C sur le schéma).

Se devant d’objectiver les arbitraires structurant les lieux sociaux, le chercheur ne peut construire un objet scientifique à partir de l’un d’entre eux susceptible d’avoir sa préférence. La distance aux enjeux sociaux supposée conquise, la tentative d’élaboration d’une problématique sur l’espace de la sociologie des pratiques d’exercice corporel ne risquent-t-elles pas de rencontrer d’autres arbitraires scientifiques ?

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents