Témoin n°1
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Le socialisme est-il soluble dans le marché ? Formuler cette interrogation revient à souligner combien l'adaptation du projet politique de la gauche à la réalité du marché à l'heure de la mondialisation est difficile. L'Association des amis de François Mitterrand, avec la participation de la revue Témoin, a voulu lancer le débat pour tenter de définir ce qui peut être, aujourd'hui, une politique économique de gauche dans la compétition mondiale. Cette réflexion s'est articulée autour du rapport de Michel Charzat: « Les chemins de l'innovation économique».

L'enjeu aujourd'hui est bien de trouver ces chemins de l'innovation économique dans un paysage qui doit être modelé selon des critères fondamentaux qui restent ceux de la gauche.

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Publié par
Date de parution 01 janvier 2002
Nombre de lectures 15
EAN13 9782876234765
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0063€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Le socialisme est-il soluble dans le marché ? Formuler cette interrogation revient à souligner combien l'adaptation du projet politique de la gauche à la réalité du marché à l'heure de la mondialisation est difficile. L'Association des amis de François Mitterrand, avec la participation de la revue Témoin, a voulu lancer le débat pour tenter de définir ce qui peut être, aujourd'hui, une politique économique de gauche dans la compétition mondiale. Cette réflexion s'est articulée autour du rapport de Michel Charzat: « Les chemins de l'innovation économique».

L'enjeu aujourd'hui est bien de trouver ces chemins de l'innovation économique dans un paysage qui doit être modelé selon des critères fondamentaux qui restent ceux de la gauche.

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Le choix de l’économie de marché, pour quel héritage politique?
Bertrand DELAIS*
Président de la République le plus politique depuis 1958, François Mitterrand n’a jamais eu la réputation d’être un homme particulièrement sensible aux questions économiques. Mais sa grande intelligence politique aura en partie raison de son d’intérêt subsidiaire pour la chose économique et il convertira l’ensemble des socialistes à l’économie de marché au nom de la construction européenne. Plutôt que de l’opportu-nisme il faut y constater la clairvoyance, teintée de mélancolie, qu’a eue François Mitterrand de la victoire du capitalisme. Elle avait précédé son élection. Michel Rocard avait raison. Mais il fallait entreprendre le travail du deuil pour entamer celui de la renaissance. Seul François Mitterrand l’a entrepris. Les théo-ries économiques qui avaient prévalu lors de l’élaboration de sa plate forme électorale (les 110 propositions) du prin-
* Journaliste, membre de la rédaction deTémoin.
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temps 1981 seront peu à peu abandonnées. L’Europe politique sera la base de repli d’une sociale démocratie qui aura dû abandonner les positions traditionnelles du socialisme nationa-lisateur et planificateur.
Le tournant de 1983
1983 est une date importante : la situation exige le retour d’une politique économique aux accents libéraux, très loin des aspirations d’une partie de la base électorale, cela au lende-main d’un scrutin municipal particulièrement difficile pour l’ensemble de la gauche. Cette période constitue sans doute l’un des moments clefs de l’histoire du premier septennat de François Mitterrand, mais c’est aussi un grand rendez-vous pour la gauche. On peut aujourd’hui considérer que le changement de cap dans la politique économique du gouvernement de Pierre Mauroy en 1983 a inscrit la gauche française dans la durée et, du même coup, rendu crédible l’alternance. Pourtant, cette conversion de la gauche aux réalités économiques a été très douloureuse et il a fallu le choix politique qu’a été la démarche européenne pour la lui rendre acceptable. Elle a dû renoncer à la vulgate marxiste qui avait formé plusieurs dirigeants socialistes pour accepter un réformisme politique. L’épreuve des faits a consti-1 tué d’une certaine façon un Bad Godesberg politique pour le Parti socialiste.
1. Bad Godesberg est la ville d’Allemagne dans laquelle le Parti socialiste allemand a abandonné le 15 novembre 1959 un programme de rupture avec le capitalisme pour privilégier la voie réformiste et sociale-démocrate.
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En mars 1983, l’économie française est incontestablement affaiblie après plusieurs dévaluations successives. Face à la République Fédérale d’Allemagne, la France demeure un par-tenaire loyal mais souffrant de handicaps économiques lourds, en particulier une inflation constante qui n’a pas encore été jugulée en dépit des efforts de Jacques Delors, ministre des Finances, pour mettre en œuvre une politique de désinflation compétitive. Tout au long de l’hiver 1983, François Mitterrand consulte pour savoir quelles peuvent être les corrections à apporter à la politique économique menée depuis son élection. Pierre Mauroy, Premier ministre, plaide pour une politique de rigueur, soutenu en cela par Jacques Attali et Pierre Bérégovoy, Secrétaire général de l’Élysée. Un autre groupe vient à l’inverse plaider le retrait de la France du Serpent monétaire européen pour per-mettre à la France de poursuivre une politique moins soucieuse de grands équilibres. Issus des milieux financiers et industriels, proches des socialistes, ces derniers sont surnommés par la presse « les visiteurs du soir ». François Mitterrand est d’abord partagé entre ses convictions européennes et son attachement à une politique économique en rupture avec celle menée pré-cédemment. Lorsque le ministre du Budget, Laurent Fabius rejoint le « camp » de Pierre Mauroy, François Mitterrand se prononce pour une politique de rigueur. Cette véritable révolu-tion pour la gauche prendra tout son sens lors de la nomination de Laurent Fabius comme Premier ministre en 1984. e Laurent Fabius est resté dans les annales de la V République comme étant à ce jour le plus jeune Premier ministre de France. Réalité flatteuse mais qui vient occulter un bilan politique riche qui consacre en grande partie la conversion d’une partie de la gauche sur les questions économiques. Dès sa prise de fonctions, il décide une série de mesures que ne renierait pas
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un gouvernement d’inspiration libérale : baisse massive de l’impôt sur les Sociétés, aide à la création d’entreprises, pour-suite d’une politique de désinflation et maintien d’une certaine rigueur salariale, reconversions réussies de plusieurs pôles industriels, dérèglement du MATIF pour renforcer Paris comme place boursière et préparation de la France à l’instauration de l’acte unique européen. L’affrontement entre une première gauche (plus « populaire ») et une deuxième gauche (plus « réaliste ») n’a plus de signification à partir de cette date, même si elle continue de se manifester au sein du PS. François Mitterrand a désormais choisi d’opter pour une politique économique orthodoxe et Pierre Bérégovoy, qui a succédé à Jacques Delors au ministère des Finances, devient le gardien du franc fort.
Une gauche davantage consciente des réalités
Le tournant de 1983, que confirment les décisions prises par Laurent Fabius peu de temps après son arrivée à l’Hôtel Matignon, se paiera cher sur le plan électoral. En effet, à partir de cette date, la gauche perdra une grande partie de son assise populaire, ce qui entraînera l’érosion de son assise électorale. Une réalité que masquera le succès de François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1988. Mais le Parti socialiste, vic-torieux aux élections législatives de 88, réunit moins de suf-frages que lors de sa défaite en 1986. En réalité, la gauche française avait déjà rompu depuis un moment avec une partie de sa culture étatiste en faveur d’une culture assez redevable à la pensée libérale. Dans un pre-mier temps, la gauche non communiste avait tiré les leçons de mai 68, accompagnant la plupart des mouvements féministes
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et autogestionnaires. Mais cette évolution était surtout percep-tible dans le domaine des mœurs. Sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, la plupart des lois importantes comme l’ex-tension de la saisine du Conseil Constitutionnel ou l’interrup-tion volontaire de grossesse ont été adoptées avec le soutien d’une partie des parlementaires de gauche. Dans un deuxième temps, le changement s’est fait sur le terrain économique, où la gauche a eu plus de mal à adopter un discours libéral sans pour autant abandonner une préoccupation sociale, un social libéra-lisme à la française. Mais cette difficulté est en réalité une constante de la culture politique en France. La droite française elle-même n’a jamais été franchement libérale puisqu’elle s’est partagée en deux courants longtemps très opposés, le gaul-lisme et les héritiers d’une tradition démocrate chrétienne. À partir du milieu des années quatre-vingt, le Parti socialiste est donc devenu un véritable parti pivot dans le paysage poli-tique français. Sa mutation sociale démocrate lui a permis de séduire un électorat nouveau, même s’il n’a pas compensé en nombre les pertes dans les couches populaires. Elle a surtout été un moyen pour les socialistes d’acquérir une réelle crédibi-lité économique, élément indispensable pour durer lorsque l’on est majoritaire et nécessaire pour apparaître comme une véri-table force d’opposition quand on est redevenu minoritaire.
C’est indéniablement un processus de maturation de la vie politique française qui s’est ouvert en 1983-84 avec l’abandon du décalage entre le discours de rupture avec le capitalisme proféré par beaucoup des hiérarques socialistes et une pratique gouvernementale plus mesurée et assez éloignée des pro-messes préélectorales destinées à attirer les votes commu-nistes.
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Cette maturation s’accompagnera d’un autre travail mené par les gouvernements de Pierre Mauroy, puis de Laurent Fabius : donner aux Français une leçon d’économie, montrer à une par-tie de la gauche l’impossibilité de mettre en œuvre la politique de rupture promise. « Les faits sont têtus » disait Lénine. 1984 marque la fin d’une politique de négation des réalités qui avait conduit la CGT à refuser l’évidence de la crise dans les charbonnages ou la sidérurgie. Ce sont les dernières illusions d’une représentation manichéenne du monde qui se désagrè-gent à cette période. Il faudra toute l’intelligence politique de François Mitterrand pour que ce brusque revirement ne soit pas vécu comme une trahison pure et simple… Et surtout l’Europe ,symbole transféré des espérances de gauche. Soucieux de communiquer au mieux, Laurent Fabius, qui pri-vilégie des interventions télévisées régulières et didactiques, poursuit, avec cette pédagogie de la crise, l’évolution du dis-cours de certains hommes de gauche face à la réalité écono-mique. Ainsi Pierre Mauroy, Edmond Maire ont été, selon l’expression de Michel Rocard, « les briseurs de rêve » d’une partie de la gauche encore bercée d’illusions.
De la construction européenne à la mondialisation
Si le rapport de Michel Charzat parvient aujourd’hui à trouver une place au sein de la gauche, c’est parce qu’il consacre en partie l’abandon dogmatique survenu en 1983 et qu’il inter-vient à un moment où il est manifeste que l’opinion, y compris à gauche, a fini par acquérir une réelle culture économique, qui n’existait pas il y a vingt ans. Mais cette évolution de l’opinion n’exclut nullement la nécessité de
sur le terrain économique faire des choix politiques.
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