Une enfance Pieds Noirs
72 pages
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Une enfance Pieds Noirs , livre ebook

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Description

Une enfance Pieds Noirs est un cri d’amour immense pour une Algérie qui n’existe plus, raconté de façon simple, sans fioritures, mais avec force. Alain, mourant, se confie et raconte son enfance, avec ses joies, avec ses drames, avec ses violences, avec son humanité. Ce livre émouvant témoigne de la souffrance de deux peuples dépassés par un destin tragique qu’ils n’avaient pas désiré.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 16 avril 2012
Nombre de lectures 0
EAN13 9782312004976
Langue Français

Extrait

Une enfance Pieds Noirs

Jean-Marc Irlès


Une enfance Pieds Noirs














LES ÉDITIONS DU NET
70, quai Dion Bouton 92800 Puteaux






Du même auteur

Le Poste, Les éditions du net, 2012.
























© Les Éditions du Net, 2012 ISBN : 978-2-312-00497-6
Sommaire
S OMMAIRE
L’ ANNONCE
U NE CLARIFICATION NÉCESSAIRE
L E COIFFEUR
L E TREMBLEMENT DE TERRE
L A NOYADE
L A BOMBE
L A MESSE
L A PROMESSE
L E BAL DE LA POLICE
L A PLAGE
L A GRANDE GRÈVE
L E BREVET DES COLLÈGES
P REMIER AMOUR
L ES MATELAS
L A CASERNE
L E DÉPART
E NFIN LA F RANCE
R ETOUR AUX SOURCES

L’annonce
Je vous relate ce souvenir en premier car il est bien le début de l’histoire. Mais en fait, Alain Garcia me l’a raconté presque vers la fin. Comme pour justifier tout ce qu’il m’avait confié auparavant.
Et c’est bien ce qui se passe souvent, vous l’avez remarqué certainement. Les faits et gestes des gens, leurs réactions, leurs pensées, s’expliquent souvent par ce qu’ils ont vécu, réalisé, ressenti bien des années avant.

Cette histoire débute donc fin octobre 1954. Cet automne-là ne dépareillait pas des autres. Le soleil toujours présent chauffait un peu moins qu’en été, les feuilles des arbres commençaient de jaunir et de brunir. Elles brillaient au soleil et certains arbres semblaient se transformer en bouquets d’or où jouaient des rayons de vie chatoyants. Ces éclairs d’or caressaient le corps bronzé gavé du soleil d’été de ceux qui se prélassaient encore sous leur ombrage bienfaiteur. Il n’avait pas encore plu, cela faisait longtemps maintenant qu’il n’avait pas plu, et la terre asséchée soulevait des petits nuages de poussière quand les gens marchaient dans les rues dont beaucoup n’étaient pas encore macadamisées, ni même pavées. L’air sentait bon l’orange et le jasmin et quand le vent se levait et venait des terres, c’étaient plutôt les parfums de vigne qui chatouillaient les narines. De temps à autre, la sirène d’un bateau déchirait l’air et cette éructation grave signifiait qu’un cargo, au ventre plein des cultures de la région, partait nourrir la France, la Patrie. Paris peut être.

Ce jour là justement, Alain devait aller avec ses parents et ses sœurs voir un film dans lequel jouait un jeune chanteur arabe qui commençait à avoir un vrai succès en France. Il s’appelait Mouloudji. Et sa chanson de l’époque, dont quelques paroles restent encore gravées dans de nombreux esprits, c’était « Un gamin d’Paris ». Ils en avaient tiré un film. Je crois qu’il portait le même titre, mais je n’en suis pas sûr. En tout cas, du haut de ses huit ans, Alain chantait cette chanson qu’il adorait et il était très content d’aller au cinéma voir ce film.
C’était une vraie fête, car sa famille n’allait pas souvent au cinéma, à l’époque. Il est vrai qu’ils étaient cinq à vivre sur le maigre salaire de petit fonctionnaire de son père, et sa mère disait toujours « Ben tiens, et après on va manger des nèfles ! » ou encore : « Ouille, y vaut mieux acheter une belle bonite ». C’était son poisson préféré car en général, les bonites (je pense que ce sont des thons qu’ils appelaient comme ça) étaient de gros poissons de plusieurs kilos, et cela donnait l’occasion d’inviter toute la famille à un bon repas. Cela se faisait dans le patio, sous la tonnelle près du poulailler et des clapiers situés juste sous l’escalier qui montait à la terrasse au-dessus de la maison. Alain pensait que cela rappelait à sa mère son enfance, du temps où son père à elle, ouvrier maçon, l’emmenait souvent chez son beau-frère surnommé Tchimo le pêcheur. Cet oncle avait réussi. Il avait son propre chalutier et partait en mer avec trois ou quatre marins pêcheurs, chaque jour. Il en revenait toujours avec de belles pêches. Il avait un don pour trouver les bancs de poissons.
Cette habitude des grands repas familiaux chez l’oncle Tchimo avait perduré, même quand le grand-père maternel d’Alain était devenu le chef de chantier du port de Mostaganem. À cette époque-là, la famille se réunissait souvent chez l’oncle Tchimo et la tata Pépéta sa femme, au quartier de « La marine ». C’était alors l’occasion aussi, pour tous, de parler l’espagnol, et d’évoquer le pays d’origine de la famille de sa mère. Alain était bercé par ce langage étranger au milieu des vieilles tantes et des oncles qui ne parlaient que très peu le français. Ils se racontaient des histoires de leur pays d’origine, de l’Espagne. Et pendant que l’une écaillait le poisson, pendant que l’autre préparait un braséro, les mouettes piaillaient au ciel et leurs cris tentaient de couvrir le cliquetis des élingues qui claquaient au vent contre les mâts des voiliers amarrés au port tout proche. La brise était chargée d’odeurs marines. Vous savez, ces odeurs qui vous promettent des voyages fantastiques à la poursuite d’Ulysse et des autres capitaines courageux partis pour des courses lointaines, comme dit le poète. Et pendant que ses oreilles étaient pénétrées par le langage un peu rocailleux des vieilles tantes qui surnageait par-dessus les bruits du port, Alain, assis dans un coin tranquille, s’en allait en un rêve éveillé vers des paysages lointains et abordait des régions merveilleuses où les bonbons sucrés en forme de figue de barbarie poussaient sur les arbres-cactus à la guimauve, contournés par des cavaliers au chèche rouge, la cape blanche qui flottait au vent et qui brandissaient des cimeterres en poussant des cris de guerre.
Ce temps là avait passé et à présent, les réunions se faisaient plutôt chez Alain, la maison de ses parents étant plus grande, sans doute. Elle était composée de six grandes pièces disposées l’une en face de l’autre, desservies par un large couloir. Côté gauche, les trois chambres, côté droit, le séjour, puis la cuisine et enfin une pièce qui servait de salle de bains et de rangement, de dressing dirait-on aujourd’hui. La cuisine donnait sur une cour intérieure qui faisait toute la longueur de la maison et qui était très large. Une partie était couverte, et de l’autre côté, au fond, partait vers le bas une buanderie à demi enterrée, et vers le haut les escaliers qui menaient, avec un palier au-dessus de la buanderie, à la terrasse au-dessus des six pièces. Ce palier était assez grand pour que l’on ait la place de préparer les grands poissons ou la paëlla pour les grandes réunions familiales.
Mais là, nous étions fin octobre début novembre et il faisait déjà un peu froid pour manger dehors. La température descendait souvent jusqu’à 12, voir 10 degrés à cette époque de l’année, et tous portaient déjà les pulls, les vestes et les manteaux. Alors, manger sous la tonnelle !!! Brrr ! On était aussi bien à dépenser le peu de sous au cinéma, pour une fois ! Surtout que c’était pour voir Paris !
Cette salle de cinéma, le Triomphe n’était pas très loin de chez Alain. Il fallait descendre le long du stade municipal, plonger vers l’école de filles du quartier « Beymouth » puis traverser la voie ferrée qui reliait Mostaganem à Oran. Et on y était. Le long du jardin public qui entourait la mairie.
Alain connaissait bien cet endroit car sa tante, la sœur de sa mère, habitait juste à côté du cinéma, à cinquante mètres, dans un petit immeuble de deux étages, avec la famille Brollin et la famille Benkaïm. Je me souviens bien de ces deux familles, m’avait-il dit : l’une des filles Brollin, d’au moins seize ou dix-sept ans, était belle comme le jour. Elle s’était changée un jour devant Alain, et il gardait le souvenir fugitif d’une silhouette fine avec des seins émergeants. La famille Benkaïm, elle, reste dans sa mémoire pour l’énormité de la mère, grosse, paraît-il, comme ce n’est pas possible, mais bonne cuisinière comme jamais vu ! Cette bonne grosse Mama juive offrait toujours aux enfants du quartier, juifs, chrétiens ou musulmans, ses fameux gâteaux au miel et son couscous sucré aux raisins. Elle lui disait souvent « a

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