La vie des pygmées Batwa au Rwanda

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Français
296 pages
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Description

Cet ouvrage met en lumière les dures conditions de vie des pygmées Batwa au Rwanda, minorité de 36 000 âmes. Marginalisés au niveau social, paupérisés au niveau économique, discriminés aux niveaux politique, administratif et judiciaire, et même rejetés par les ecclésiastiques, il est de plus en plus dur pour eux de vivre selon leur culture et leurs coutumes. L'auteur tire la sonnette d'alarme concernant leur situation pour que, plus tard, personne ne dise qu'il n'a pas su.

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Publié par
Date de parution 15 août 2015
Nombre de lectures 26
EAN13 9782336387727
Langue Français

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Jérémie M86,/,.$5(

La vie des pygmées
Batwa au Rwanda

Préface de Michael Singleton

Ecrire l’Afrique
Ecrire l’Afrique

29/05/15 18:58






La vie des pygmées
Batwa au Rwanda

Écrire l’Afrique
Collection dirigée par Denis Pryen

Romans, récits, témoignages littéraires et sociologiques, cette collection
reflète les multiples aspects du quotidien des Africains.


Dernières parutions

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Africaines francophones. Un autre regard sur l’Afrique, 2015.
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développement, 2015.
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sur l'attractivité du continent Africain et de sa jeunesse, 2014.
Marie-Françoise MOULADY-IBOVI,Étonnant ! Kokamwa !, 2014.
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Simon DIASOLUA,Entre ciel et terre, Les confidences d’un pilote de ligne
congolais, 2014.
Kasoum HAMANI,Niamey cour commune, 2014.
Roger KAFFO FOKOU,Les cendres du temps, 2014.
Pierre FREHA,Chez les Sénégaulois, 2014.
Patrick BRETON,Cotonou, chien et loup, 2014.

Jérémie MUSILIKARE




La vie des pygmées
Batwa au Rwanda







Préface de Michael Singleton


















































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05994-5
EAN : 9782343059945

DEDICACE

Pygmées Batwa du Rwanda, vous vous battez vaillamment pour
survivre, pour garder la tête hors de l’eau, et ceci dans un pays,
dans une région, dans un continent, dans un monde, qui ne vous
comprennent pas et qui ne compatissent pas à votre sort, votre
destin. Pour votre débrouillardise, votre courage, vos activités, vos
occupations, vos initiatives, nous vous dédions cet ouvrage.

Sommaire



DEDICACE........................................................................... 5
PREFACE.............................................................................. 9

AVANT-PROPOS................................................................13
HISTORIQUE DES PYGMEES........................................21
PRELIMINAIRES.............................................................. 25
CHAPITRE I DESCRIPTION DES ASPECTS DE VIE
DES PYGMEES BATWA AU RWANDA......................... 27
INTRODUCTION .........................................................................................................27
1. ASPECTS DE VIE DES PYGMEES BATWA EN RELATION
AVEC EUX-MEMES.....................................................................................................28
2. ASPECTS DE VIE DES PYGMEES BATWA EN RELATION
AVEC LA NATURE......................................................................................................69
3. ASPECTS DE VIE DES PYGMEES BATWA EN RELATION
AVEC LES AUTRES COMMUNAUTES ET LES INSTITUTIONS
PUBLIQUES.....................................................................................................................92
4. ASPECTS DE VIE DES PYGMEES BATWA EN RELATION
AVEC L’AUTRE TRANSCENDANTAL............................................................ 111
CONCLUSION ............................................................................................................ 120
CHAPITRE II REVUE DES CAUSES ESSENTIELLES
DE L’ECHEC SCOLAIRE A TRAVERS LES TRAVAUX
THEORIQUES..................................................................123
INTRODUCTION ...................................................................................................... 123
1. INTELLIGENCE : HEREDITE OU ENVIRONNEMENT ? ................ 132
2. CLASSES SOCIALES ET REUSSITE OU ECHEC SCOLAIRE............. 137
3. LA PAUVRETE DES FAMILLES ET LA SCOLARISATION................ 149
4. LES MINORITES ETHNIQUES ET LA SCOLARISATION.................. 154
5. LE MILIEU FAMILIAL ET LA SCOLARISATION................................... 160
6. L’INADAPTATION DE L’UNIVERS SCOLAIRE
A SES BENEFICIAIRES........................................................................................... 169
CONCLUSION ............................................................................................................ 179

7

CHAPITRE III INTERPRETATION DE LA
SOUSSCOLARISATION DES PYGMEES BATWA AU
RWANDA PAR RAPPORT AUX ASPECTS DE LEUR
VIE ...................................................................................... 181
1. ASPECTS DE VIE DES PYGMEES BATWA EN RELATION
AVEC EUX-MEMES ET LEUR SOUS-SCOLARISATION......................... 182
2. ASPECTS DE VIE DES PYGMEES BATWA EN RELATION
AVEC LA NATURE ET LEUR SOUS-SCOLARISATION .......................... 196
3. ASPECTS DE VIE DES PYGMEES BATWA EN RELATION
AVEC LES AUTRES COMMUNAUTES ET LES INSTITUTIONS
PUBLIQUES ET LEUR SOUS-SCOLARISATION......................................... 207
4. ASPECTS DE VIE DES PYGMEES BATWA EN RELATION AVEC
L’AUTRE TRANSCENDANTAL ET LEUR SOUS-SCOLARISATION . 222
CONCLUSION ............................................................................................................ 227
CHAPITRE IV LA SITUATION DES PERSONNES
HISTORIQUEMENT MARGINALISEES (PHM) OU
BATWA EN 2014................................................................229
INTRODUCTION ...................................................................................................... 229
1. LA DEMOGRAPHIE............................................................................................ 232
2. L’HABITAT............................................................................................................... 236
3. LA SANTE ET LA MUTUELLE DE SANTE............................................... 238
4. L’ECONOMIE......................................................................................................... 240
5. LES APPELLATIONS........................................................................................... 245
6. LES RELATIONS SOCIALES............................................................................ 247
7. L’ENSEIGNEMENT............................................................................................. 248
8. LA REPRESENTATION ADMINISTRATIVE ET POLITIQUE ......... 251
9. LA JUSTICE.............................................................................................................. 254
CONCLUSION ............................................................................................................ 255
CONCLUSION GENERALE..........................................259
BIBLIOGRAPHIE SUR LES PYGMEES BATWA AU
RWANDA ...........................................................................263
BIBLIOGRAPHIE SUR LES THEORIES DE L’ECHEC
SCOLAIRE .........................................................................273
REMERCIEMENTS.........................................................281

Liste des tableaux ...............................................................283

Table des matières..............................................................285

8

PREFACE

Né avant la guerre (la seconde non pas la première!), je date
d’une époque où il n’était pas encore politiquement incorrect d’aller
voir des films de Tarzan. J’ai donc en tête des clichés portant sur
des porteurs noirs, des grands dadais de pagnes vêtus et qui
abandonnaient leurs charges dans la jungle à la moindre alerte là où
des sympathiques Pygmées aidaient les explorateurs à traverser des
torrents tumultueux sur leurs ponts de lianes. Il est vrai qu’à la
même époque Tom Pouce (celui de la légende, mais aussi celui
exhibé mondialement par l’imprésario Barnum) était encore dans
tous les mémoires au même titre inconscient que les femmes
barbues ou jumeaux siamois qu’on payait un penny pour voir dans
les foires. Il est vrai aussi que de mon vivant les « petits hommes de
la forêt» ont été embrigadés pour des combats qui étaient tout
aussi peu les leurs que les tranchées de l’Yser pour les tirailleurs
sénégalais. A s’Heerenberg, en Hollande, lors de mon noviciat en
1956 chez les Pères Blancs, j’ai encore entendu le Père Schebesta,
un des derniers disciples du fameux Pater Wilhem Schmidt (auteur
de 12 volumes sur l’origine de l’idée de Dieu), invoquer les
Pygmées qu’il avait étudiés de près pour prouver que l’homme,
n’en déplaise aux athées et aux libertins, était par nature aussi
monothéiste que monogame. Moins suspect fut le recours par
1
Mary Douglasaux travaux de Turnbull chez les Bambuti du
Congo pour illustrer le cas, psycho-sociologiquement limite, des
cultures tout à fait viables (dont la communauté hippy et non
seulement la bande pygmée) malgré leurs idéologies floues et leurs
institutions flottantes. En effet, quand on a une cause à
promouvoir à tout prix, il n’est jamais facile de respecter la
complexité contradictoire des phénomènes. Sartre, pour ne citer
qu’un exemple notoire, qui savait ce qui se passait dans la Russie
communiste de Staline, devait savoir aussi que les Damnés de la
Terre s’étaient parfois condamnés eux-mêmes. Pourtant il n’avait


1
Natural Symbols, London, Penguin, 1973.

9

de cesse de faire du capitaliste une crapule et d’opposer le mauvais
Blanc au bon Noir.
C’est dire que le livre de Jérémie Musilikare tombe à point
nommé - le point où, si elles veulent rester crédibles, nos
élucubrations et nos émotions doivent épouser les épaisseurs
empiriques. A l’instar d’un autre ami et collègue africain, Nke Ndih
2
, l’auteur ne parle pas des Pygmées rêvés ou rationalisés, mais des
seuls Batwa qu’il a rencontrés en profondeur et suivis de près dans
son Rwanda natal. S’il fallait un mot pour qualifier aussi bien le
fond que la forme de son travail, ce serait celui de « réaliste ». Et le
retour à la réalité peut être parfois brutal. Comme aimait le répéter
feu mon maître, Sir Edward Evans-Pritchard, dont j’ai eu le
privilège d’être l’assistant à la fin des années 1960 à Oxford, il suffit
d’une épingle, d’un cas concret, pour dégonfler nos illusions
d’optique, qu’elles soient béatement optimistes ou méchamment
pessimistes. Jérémie fait partie de cette génération d’acteurs et
d’activistes africains qui n’ont pas peur de dire les choses tout
simplement telles qu’elles sont et telles qu’elles pourraient, voire
devraient être. Leur Afrique n’a été et n’est ni mieux ni pire que
d’autres parties du monde. Nous, les Européens, nous avons eu, en
plus de nos Hitler et Staline, un Jaurès, un Churchill et un de
Gaulle, Eux, les Africains non seulement des Idi Amin, Bokassa et
autres Nguema, mais surtout un Mandela, un Nyerere ou un
Senghor. Tous deux nous avons eu nos moments de gloire, mais
aussi des passages moins glorieux - en Europe, des sorcières
brûlées, des paysans spoliés et des prolétaires exploités, des
marginaux comme les Juifs et les Gitans, massacrés; en Afrique,
des enfants traités de sorciers, des veuves déshéritées, des peuples
refoulés par des envahisseurs aristocratiques, et des Pygmées
méprisés et maltraités.
Ce qui est «bien »,est que ce sont désormais des indigènes
3
concernés et non seulement des expatriés suspectsqui


2
Nke Ndih, J.:Le Pygmée et la camionnette d’émancipation, Nice,
Bénévent, 2010.
3
Avant de paraître dans le numéro centenaire d’Anthropos,1, 2005, pp. 53-72 un
article «Pratiques ancestrales et la démographie africaine» avait été refusé
par des revues de moindre envergure, non pas parce qu’il n’y avait jamais eu de

10

reconnaissent que personne ne peut jeter la première pierre,
comme l’avait dit un Christ redevenu pour beaucoup le prophète
provocateur de Nazareth, ou, avec Camus, que nous sommes tous
coupables. Ce qui est mieux encore, est que Musilikare ne se
contente pas de faire le constat désabusé du triste sort de paria que
ses compatriotes réservent à cette partie périphérique de la
population qu’ils continuent à réduire et à reproduire en parasites, il
milite concrètement pour son abolition en proposant des voies de
sortie pragmatiques.
Puisque cet ouvrage prolonge une thèse de doctorat réalisée à
l’Université Catholique de Louvain, mais dans un département
autre que le mien, décence déontologique oblige, j’hésite à
récupérer mon ami Jérémie pour cette anthropologie impliquée et à
la limite indignée qui est à la base intentionnelle du laboratoire que
j’ai créé dans la Faculté qui fut la mienne. Il n’empêche que le
caractère d’emblée engagé et d’office interpellant de ce livre le situe
à juste titre par-delà cette dichotomie aussi délétère
qu’ethnocentrique qui oppose dans notre monde académique la
théorie à la pratique. Par ce fait même, il vient à bout d’un autre
cliché tenace: celui de la fuite hors du continent des cerveaux
africains qui s’incrustent égoïstement chez nous. Britannique
d’origine, à la limite, je fais figure et fonction en Belgique d’un
réfugié économique! Mais là où j’aurais pu rentrer chez moi sans
trop de problème, pas mal de mes anciens étudiants africains, pour
une raison ou une autre, n’ont pas pu retourner au pays.
Néanmoins je n’en connais aucun qui n’ait pas continué à œuvrer
corps et âme pour les siens. Une fois n’est pas coutume, dans la
personne, les propos et les propositions de Jérémie Musilikare,
nous pouvons mettre un nom sur un de ces Africains qui, chez eux
ou chez nous, militent pour que le monde, le leur et le nôtre, soit
un peu moins immonde.


Dr Professeur Michael SINGLETON


coutumes entravant l’essor démographique du continent, mais que je desservais
une cause africaine qu’il fallait servir en incriminant l’impérialisme occidental.

11

AVANT-PROPOS

Parmi les Communautés d’Afrique centrale figurent les Pygmées
qui sont répartis dans 9 pays constituant cette région, à savoir le
Rwanda, la République Démocratique du Congo, le Burundi, le
Cameroun, la Guinée Equatoriale, le Gabon, l’Ouganda, le Congo
et la République Centrafricaine. Ils connaissent actuellement plus
que par le passé des problèmes de survie dus à de multiples
facteurs.
En effet, les Pygmées, peuples autochtones et de moeurs
forestières, ont principalement vécu de la chasse, de la cueillette et
de la pêche qui ne sont plus fructueux suite aux projets de
développement instaurés dans les forêts et aux dégradations
naturelles de la faune et de la flore. Ils ne trouvent pas de substituts
car ils ne sont pas encore habitués à l’agriculture, à l’élevage ni aux
emplois salariés.
Les mauvaises conditions de vie des Pygmées se manifestent
également à travers leurs difficultés de bénéficier de bons soins de
santé, de bonnes conditions de logement et de soins corporels et
vestimentaires convenables.
Suite à la combinaison de divers facteurs objectifs et subjectifs,
notamment leur effectif, leurs aspects physiques, leurs mentalités,
leurs croyances traditionnelles, leurs séjours dans les forêts, les
préjugés et les stéréotypes, les Pygmées sont marginalisés et
fortement discriminés au sein des sociétés environnantes, des
institutions politiques, administratives, juridiques, scolaires et
religieuses.
Dans cet ouvrage, nous allons étudier le cas des Pygmées Batwa
au Rwanda, car nous sommes d’origine rwandaise et nous avons
réalisé beaucoup de recherches à leur sujet comme il apparaît dans
la bibliographie.
Pour éclaircir davantage la problématique de notre étude, nous
signalons brièvement ci-après dans quelle mesure les conditions de

13

vie des Pygmées Batwa au Rwanda et essentiellement leur
scolarisation sont problématiques.
Au Rwanda, les Pygmées Batwa vivent en marge de la société
nationale et constituent une minorité comme le témoignent les
résultats du recensement de 1991 :

« A la date du 15 août 1991, la population qui réside au Rwanda s’élève à 7.149.215
habitants dont 48,7% d’hommes contre 51,3% de femmes. Les étrangers représentent
0,7% de la population résidente. Dans la population ayant la nationalité rwandaise,
6.466.258 (90,4%) sont des Hutu, 590.900 (8,2%) des Tutsi et 29.165 (0,4%) des
4
Twa. »

Les statistiques de 2012 fournies par les autorités rwandaises,
comme on aura l’occasion d’y revenir, estiment les Pygmées Batwa
au Rwanda à 36.328 individus.
Au Rwanda, des opinions admettent que les Batwa pratiquent la
consanguinité, qu’ils sont moins féconds et que même leur nombre
ne cesse de régresser. La conclusion hâtive qui en résulte est que les
Batwa sont en voie de disparition.
Les enquêtes que nous avons menées aboutissent à l’existence
des consanguinités entre cousins croisés et entre individus de
parenté éloignée. Ces types de consanguinité, culturellement
acceptés, sont actuellement accentués par le rétrécissement du
cercle social des Batwa à cause de la sédentarisation.
A partir de deux tableaux effectués par le «Service National de
5
Recensement », nous observons un phénomène qui pourrait aussi
contribuer à la consanguinité des Pygmées Batwa. Au sein de
l’ethnie batwa, l’effectif du sexe masculin (50,8%) est supérieur à
celui du sexe féminin (49,2%), alors qu’au sein de l’ensemble de la
population rwandaise, l’effectif du sexe masculin (48,7%) est
inférieur à celui du sexe féminin (51,3%).


4
SERVICE NATIONAL DE RECENSEMENT:Les principaux Résultats
du Recensement Général de la Population et de l’Habitat, du 15 août
1991, Kigali, Service National de Recensement, Ministère du Plan, juillet 1993,
p. 7.
5
SERVICE NATIONAL DE RECENSEMENT:Recensement Général de
la Population et de l’Habitat au 15 août 1991: Résultats préliminaires,
échantillon au 10e, Kigali, Service National de Recensement, Ministère du
Plan, décembre 1992, p. 31.

14

Par ailleurs, le fait que le nombre des femmes soit inférieur à
celui des hommes pourrait être à la base de la «régression
apparente »des Batwa dans la communauté rwandaise. Elle est
apparente puisque le nombre absolu des Batwa n’a cessé
d’augmenter et c’est par contre la proportion des Batwa dans la
population rwandaise qui n’a cessé de diminuer, comme le montre
le tableau élaboré par David NGIRINSHUTI qui fait état de
l’évolution numérique des Batwa par rapport à l’ensemble de la
6
population rwandaise de 1956 à 1987.
La diminution de la proportion des Batwa dans la population
rwandaise s’explique par le taux de croissance des Batwa (2%) qui
est inférieur à celui de l’ensemble de la population rwandaise
7
(3,7%).
En réalité, la diminution de la proportion des Batwa dans
l’ensemble de la population rwandaise et le faible taux de
croissance des Batwa sont les effets des mêmes causes. Ces
8
observations, comme l’affirme aussi Jean-Pierre GODDING,
sont les résultats des mauvaises conditions de vie des Batwa et de
leur mode de vie.
En effet, la majorité des Batwa habite des huttes tout en paille,
sans fenêtres ni cloisons et d’un diamètre moyen de 3 à 4 mètres.
Leur équipement ménager reste très simple rappelant celui de leurs
9
ancêtres qui étaient véritablement nomades.
Actuellement, les Batwa ne peuvent plus vivre de la chasse ni de
la cueillette comme jadis, puisque d’une part, la faune et la flore ne
peuvent plus le permettre, et que, d’autre part, ils ont été chassés
des forêts naturelles qui ont été transformées en pâturages pour le
gros bétail, en parc pour les gorilles de montagnes et en domaines
militaires. Vivant dans un pays essentiellement « agro-pastoral », les

6
David NGIRINSHUTI:: EtudeLes Abatwa dans la société rwandaise
des structures et des systèmes familiaux des Abatwa du Rwanda,
Mémoire de Licence en Histoire, Ruhengeri, Université Nationale du Rwanda,
Campus Universitaire de Ruhengeri, juin 1988, p. 64.
7
Jean-Pierre GODDING: Exploitationet libération des Pygmées en
Afrique,in Dialogue, n° 167, Kigali, Palloti-Press, juin 1993, p. 39.
8
Jean-Pierre GODDING :op. cit., juin 1993, p. 39.
9
Christophe NDANGARI:Nasuye Impunyu, in Imvaho, n° 865, Kigali,
ORINFOR, 1987, p. 5.

15

Batwa ne pratiquent ni l’agriculture ni l’élevage, non seulement
parce qu’ils sont par tradition chasseurs-cueilleurs et potiers, mais
10
aussi et surtout parce qu’ils n’ont pas de terres.
Pour survivre, ils pratiquent une poterie non rentable parce que
concurrencée par les objets en aluminium et en plastique et
exercent des menus travaux délaissés par les autres et mal payés.
En outre, les Batwa ne bénéficient pas suffisamment de soins de
santé. Ils manquent d’informations, de moyens financiers pour se
faire soigner et sont discriminés par le personnel des centres
hospitaliers. Ils essaient de se débrouiller par leur médecine
traditionnelle qui n’est pas efficace pour la plupart des maladies.
Par ailleurs, les relations des Batwa avec les Bahutu et les Batutsi
sont surtout dominées par des préjugés et des stéréotypes sociaux.
Les Bahutu et les Batutsi ne sympathisent pas avec les Batwa
malgré leur sens musical très aigu, leur sens de l’humour, leurs
apports économiques, culturels, etc. . Ils sont considérés comme
des parias. Les préjugés et les stéréotypes sociaux les concernant
sont décrits par David NGIRINSHUTI :

« Les Batwa sont présentés par des récits populaires repris et justifiés par la plupart des
écrits comme étant des sauvages, primitifs, goinfres, vils, impudiques, naïfs, irresponsables,
inintelligents, fainéants, etc. . « Ces oubliés de l’histoire » sont mal connus par les autres
11
groupes ethniques qui ignorent (...) le sens profond de leur comportement. »

Ces stéréotypes et préjugés ont pour origine le manque de
compréhension des Batwa par les autres communautés rwandaises
puisque ce que les Batwa considèrent comme des valeurs à
sauvegarder, les Bahutu et les Batutsi le considèrent comme des
vices à bannir.
L’histoire du Rwanda considère les Batwa comme les premiers
occupants de ce pays. Ils étaient chasseurs-cueilleurs, alors que par
tradition, les Bahutu étaient considérés comme agriculteurs et les
Batutsi comme éleveurs. Les trois communautés tissèrent des


10
PREFECTURE DE GISENYI:Rapport sur la situation des Batwa en
Préfecture de Gisenyi,Gisenyi, Préfecture de Gisenyi, août 1987, pp. 1-3.
11
David NGIRINSHUTI :op. cit., juin 1988, p. 22.

16

relations étroites dans lesquelles chaque ethnie conserva presque
12
son métier.
Ces métiers conjugués à d’autres facteurs furent à la base de la
hiérarchisation de la société rwandaise et certains vont même
jusqu’à parler de la formation de castes. Le fait est que d’une façon
tacite les chefs provenaient de la communauté batutsi, les serviteurs
de la communauté bahutu, les bourreaux et les bouffons de la
communauté batwa.
Le colonisateur belge qui arrive au lendemain de la première
guerre mondiale respecte autant que possible cette hiérarchie. Elle
sera même renforcée par la christianisation et la scolarisation dont
les premiers bénéficiaires sont d’abord les Batutsi, ensuite les
Bahutu. Les Batwa sont délaissés comme le constatent Laurent
NKUSI et son équipe :
« Ignorant que parmi les « peuples primitifs » il y avait des groupes encore plus démunis
surtout sur le plan matériel et très isolé sur le plan social, les hommes blancs (chercheurs,
colonisateurs, missionnaires, etc.) s’intéressèrent aux groupes détenant ou le pouvoir
politique et administratif, ou le pouvoir économique, ou les deux à la fois, oubliant et
13
faisant oublier (...) des déjà marginaux ou marginalisés des « sociétés primitives ». »
« (...)D’où les Impunyu, les Abatwa, (...) restèrent en marge du développement social,
14
culturel, économique et même politique amorcé par le colonisateur. »
Il faut préciser qu’aucune action ne fut entreprise par le
colonisateur pour les confiner dans leur état déjà marginal, mais
que non plus aucune politique valable ne fut amorcée pour les y
tirer et les intégrer progressivement dans la marche vers le
développement global du Rwanda.
Cette situation ne s’améliora guère au cours de la période
d’indépendance, puisqu’à l’occasion du 25e anniversaire
d’indépendance, en 1987, l’Ex-Président de la République
Rwandaise, Juvénal HABYALIMANA, constata qu’une branche

12
SERVICE NATIONAL DE RECENSEMENT :Recensement Général de
la Population et de l’Habitat, Rwanda, 1978, Kigali, Bureau National de
Recensement, décembre 1984, p. 18.
13
Laurent NKUSI et al.:LES GROUPES MARGINAUX AU RWANDA,
Leurs Besoins et des Actions Urgentes en leur Faveur, Le cas des Abatwa
forestiers et des Abanyambo, Ruhengeri, Université Nationale du Rwanda,
août 1989, p. 1.
14
Laurent NKUSI et al. :op. cit., août 1989, p. 2.

17

des Batwa, les Batwa forestiers, ne bénéficiaient d’aucun
encadrement sociopolitique au moment où les gorilles des volcans
étaient gardés et soignés. Il le souligna en ces termes :

« Il est déplorable de voir que nous venons de passer 25 ans d’indépendance, ne cessant de
nous occuper de la vie des gorilles des volcans, mais sans nous soucier des Impunyu qui
15
vivent comme eux dans les forêts de Gishwati et de Nyungwe. »

La quasi-absence chez les Batwa d’encadrements
socioéconomique, politique, administratif et culturel, se double de la
lacune de recherches scientifiques pour faire mieux connaître les
Batwa. Christophe NDANGARI, alors Secrétaire Général des
Affaires éducationnelles, sociales et culturelles à la Présidence de la
République Rwandaise, interpella les universitaires à mener des
recherches systématiques sur ce groupe ethnique dans ces propos :

« Hommesde l’Université Nationale du Rwanda, qu’attendez-vous? Pourquoi ne vous
approchez-vous pas de ces hommes de Dieu et de la forêt pour connaître leur mode de vie et
16
les aider : ce qui augmenterait vos cotations et publications. »

Les propos ci-dessus révèlent que pour le bien-être des Batwa au
point de vue démographique, nutritionnel, sanitaire, économique,
social, politique, administratif, religieux, culturel et de logement,
beaucoup de progrès restent à accomplir.
Ayant vécu avec les Batwa depuis notre enfance; ayant élaboré
six études (voir la bibliographie) sur le thème des Batwa dont une
thèse doctorale, en Sciences de l’Education à l’Université
Catholique de Louvain, qui analyse les facteurs de la
sousscolarisation des Pygmées en Afrique centrale, cas des Pygmées
Batwa au Rwanda et des Pygmées Baka-Bakola au Cameroun;
ayant été Promoteur et Président de l’«Association pour le
Développement des Batwa de Gikongoro» au Rwanda dans les
années 90 et étant Promoteur et Président de l’«Association pour
la Scolarisation et le Développement des Pygmées du Rwanda»,
ASBL de droit belge créée en mars 2011; notre expérience et nos
connaissances nous amènent à la conclusion que pour résoudre les
problèmes de tout ordre qui menacent les Batwa, pour


15
Jean Baptiste BIKIYE:Perezida wa Repubulika yasuye akarere ka
Nasho, in Imvaho, n° 682, Kigali, ORINFOR, 1987, p. 7.
16
Christophe NDANGARI :op. cit.,1987, p. 5.

18

l’amélioration de leurs mauvaises conditions de vie et pour qu’ils
puissent défendre en général leur culture et en particulier leur mode
de vie et leurs intérêts, une des voies qu’il faudra emprunter est
celle de la scolarisation.
Ce que disait Inocêncio Flores CABECA au sujet des Tsiganes
au Portugal, lui-même Tsigane impliqué dans les questions de
scolarisation, est aussi valable pour le cas des Pygmées Batwa au
Rwanda et des autres Pygmées d’Afrique centrale. Il disait ceci :

« J’ai conscience du fait que l’amélioration des conditions de vie du Tsigane doit reposer,
sans aucun doute, sur une formation technique et culturelle. Et cette formation résulte
aujourd’hui plus que jamais, de la scolarisation. Sans elle, aucun individu, quelle que soit
17
son origine, ne peut aspirer à un état de dignité sociale et économique. »

D’autre part, Inocêncio Flores CABECA trouve que la scolarité
ne peut avoir de succès chez le Tsigane portugais - de même que
chez le Mutwa rwandais - sans que l’on n’ait tout d’abord résolu le
problème de la pénurie sur le plan matériel. Aucun programme
scolaire, aussi bien conçu soit-il, ne peut donner des bons résultats
chez des individus sans abri et dont le ventre est vide.
Cette réalité évoque la nécessité de la simultanéité et surtout de
la complémentarité des actions à mener dans le cadre du
« développement »des Pygmées Batwa. Ainsi, un programme de
scolarisation ne peut-être poursuivi de façon isolée. Il devra au
préalable être intégré dans un ensemble d’initiatives de soutien à la
famille. Et cet ensemble de mesures devra de façon prioritaire
apporter une solution aux problèmes de logement et de
18
subsistance.
La scolarisation des Pygmées Batwa qui est supposée être l’une
des principales solutions à leurs problèmes de survie, connaît un
véritable échec, comme on aura l’occasion de le développer plus en
détail.


17
CENTRE DE RECHERCHES TSIGANES::Dossier Portugal
Contribution à la compréhension des facteurs qui rendent malaisée la
scolarisation des enfants tsiganes, in Interface, n° 6, 2e année, Clichy,
Université René Descartes, mai 1992, p. 14.
18
CENTRE DE RECHERCHES TSIGANES :op. cit., mai 1992, p. 14.

19

HISTORIQUE DES PYGMEES

Comme l’origine des Pygmées en Afrique centrale n’est pas
toujours connue, nous jugeons opportun de présenter ici leurs
données historiques.

Le terme pygmée est d’origine grecque et signifie «nabot ».
HOMERE est le premier à l’employer au IXe siècle avant
Jésus19
Christ, dans le récit de la guerre de Troie.L’ILIADE, en effet, au
Chant III, décrit les Troyens qui s’avancent vers l’ennemi en
hurlant et il les compare aux grues. Ce texte est à l’origine du mot
pygmée :les «Pygmolos »sont les peuples hauts d’une coudée.
Celle-ci est dite « pugmé » en grec.
Il est certain que les anciens Grecs ne connaissaient les Pygmées
d’Afrique que de traits légendaires. Ils les faisaient guerroyer avec
les grues dans la région du Haut-Nil.
Dans l’antiquité, cette légende passa de la littérature dans l’art.
20
La céramique grecque va la cultiver abondamment.
Les Pygmées sont sur le célèbre vase François. On les trouve
aussi sur plusieurs vases des IVe et Ve siècles du Musée du
Cinquantenaire à Bruxelles (par exemple le vase 331).
Les anciens Egyptiens ont laissé bien avant les Grecs des
documents sur les Pygmées, en particulier les aventures
d’HERKOUF, chef de guerre de PEPI II qui, après avoir combattu
les populations noires du Sud de leur empire, apporta au Pharaon
des captifs parmi lesquels se trouvait un nain de race, un Akka
nommé NEM HOTER qui fut grand danseur de «Dieu »dans la
cour impériale.
Sous l’ancien empire, le roi ASOSI avait envoyé le Conservateur
des Sceaux divins en expédition, vers le Sud profond, le pays de

19
ErnestATEM ENDAMAN:L’évolution des Pygmées Baka de
l’Arrondissement de Mintom, Yaoundé,Ministère de la Recherche
Scientifique et Technique, 1992, pp. 3-9.
20
R. P. MVENG :L’histoire du Cameroun,Paris, Présence africaine, 1963.

21

POUNT. L’explorateur annonça au roi la découverte d’un «nain
danseur de Dieu» et le projet de le ramener en Egypte. Le roi lui
adressa un message de félicitation.
D’après le nom qu’ils se donnaient, les Egyptiens les nommaient
AKKA. C’est le nom qui figure de façon hiéroglyphique sur une
des Pyramides au-dessus du petit nain agenouillé devant le
Pharaon, figure de sa nation vaincue.
Du VIIe au XVIIe siècle, les Pygmées furent considérés comme
des êtres imaginaires et identifiés aux singes. Il fallait attendre 1866
pour que le R. P. Léon DES AVANCHERS les signale à Antoine
D’ABBADIE, explorateur d’Ethiopie. Il leur donna le nom de
BERRIKIMOS, c’est-à-dire gens à grosse tête.
Dès lors, les découvertes vont se multiplier. En 1868,
SCHEINFURTH les signale dans le bassin du Welle, affluent du
Congo, et leur restitue le nom qu’ils avaient depuis des millénaires :
AKKA. Un peu plus tard, CASATI en ramena un en Italie, qui
deviendra Caporal. Le mulâtre du Chaillu et l’amiral FLORIOT de
Langle les signalent à leur tour au Gabon.
L’explorateur STANLEY fut attaqué par eux. Il y eut des
médecins, POUTRIN et REGNAULT, et il y eut des
missionnaires, Mgr LE ROY et le Révérend Père TRILLES. A l’âge
des voyageurs succéda celui des ethnologues. Les précurseurs sont
A. DE QUATREFAGES et HAMY. A partir de 1929, un
Allemand, le Révérend Père SCHEBESTA y consacra sa carrière
scientifique. A ceux-ci, on peut ajouter COLLIN, TURNBULL,
VALLOIS, ALTHABE, BALLIF, ROUGET et DEMESSE.
HAMY, en 1872 forgea le nom de négrilles pour les tribus
naines de l’Afrique occidentale et les rattacha aux Noirs d’Afrique.
DE QUATREFAGES suivit l’exemple de HAMY et réserva le
terme Négrille aux Pygmées d’Afrique et celui de Négritos à ceux
des autres parties du monde (les Aetas des Philippines, les Semang
de Malacca, les Andaman des Iles Andaman dans le golfe de
Bengale, et enfin des Porr du Sian).
C’est en Afrique centrale qu’on trouve les Pygmées. Certains les
désignent sous le nom générique de «Twides ».Ils vivent dans un
biotope bien déterminé : la grande forêt équatoriale dans laquelle ils
sont disséminés en petits groupes, du Cameroun au Rwanda, en

22

passant par le Gabon, la Guinée Equatoriale, le Congo, la
République Centrafricaine, la République Démocratique du Congo,
l’Ouganda et le Burundi.
Selon J.M.C. THOMAS et S. BAHUCHET, leur nombre total
21
est estimé de 300.000 à 400.000 individus en 1985, chiffres qui ne
doivent pas avoir beaucoup changé compte tenu du faible taux de
croissance des Pygmées.
Les groupes les mieux déterminés portent le nom de Babinga au
Congo, de Bambuti et de Batwa en République Démocratique du
Congo, avec plusieurs subdivisions. Ainsi les Babinga de la rivière
Sanga comportent des Bangombe, des Babenzele. Chez les
Bambuti de la rivière Ituri, on distingue des Aka, des Efé, des
Basua et des Bakongo. On trouve également les Batwa au Rwanda,
au Burundi, en République Démocratique du Congo et en
Ouganda, et les Baka et les Bakola au Cameroun, au Gabon, en
Guinée Equatoriale et au Congo.
On pourrait dire qu’on ignore l’origine exacte des Pygmées et
depuis quand ils vivent dans la forêt équatoriale africaine.
Toutefois, ils sont connus depuis 2.500 avant Jésus-Christ, d’abord
par les Egyptiens, ensuite par les Grecs.


21
SergeBAHUCHET :Les Pygmées Aka et la forêt centrafricaine, Paris,
SELAF, 1985, p. 32.

23

PRELIMINAIRES

Concernant la terminologie, les Batwa au Rwanda se nomment
selon plusieurs appellations que les compatriotes et eux-mêmes
savent reconnaître et identifier, notamment Autochtones, Pygmées,
anciens Chasseurs-Cueilleurs, Potiers ou Céramistes, et récemment
« PersonnesHistoriquement Marginalisées - PHM» (Abasigajwe
inyuma n’amateka). Une branche est aussi nommée Batwa
sylvicoles (forestiers) ou Impunyu.
A propos des méthodologies utilisées pour la récolte et l’analyse
des données de cet essai, nous en explicitons une, car elle nous
semble moins évidente. Il s’agit du modèle des axes relationnels qui
a été conçu et utilisé par Willy WIELEMANS et Pauline
CHOI22
PING CHAN.En nous inspirant de ce modèle et en l’adaptant,
il nous permet de systématiser et d’ordonner davantage le contenu
de notre investigation et de mieux l’analyser.
Au cours de la description, à savoir le premier chapitre, notre
objectif est de présenter de façon aussi exhaustive que possible les
aspects de vie des Pygmées Batwa au Rwanda, en vue de bien
comprendre leur contexte global de vie. Cette étape est
indispensable pour l’interprétation, exécutée dans le troisième
chapitre, dont le but est de saisir le pourquoi et le comment de la
sous-scolarisation constatée chez les Pygmées Batwa au Rwanda.
Nous identifions les aspects de vie relevant de la relation des
Pygmées Batwa primo avec eux-mêmes, secundo avec la nature,
tertio avec les autres communautés et les institutions publiques et
quarto avec l’Autre transcendantal, qui sont les quatre axes
relationnels. Ces catégories de relations sont aussi souvent liées et
sont même, de temps en temps, enchevêtrées.
Sur ce, une question qui se pose est celle de savoir sur quel axe
relationnel parmi les quatre peut être ou doit être classifié tel aspect
de vie.

22
Willy WIELEMANS et Pauline CHOI-PING CHAN:Education and
Culture in Industrializing Asia, Leuven, Leuven University Press, 1992.

25

Pour y répondre, nous nous basons sur le principe de
rapprochement entre un aspect de vie et un des quatre domaines
que sous-entendent les quatre axes relationnels. Cela suppose
d’abord qu’un aspect du domaine des croyances, de la religion, du
transcendantal soit classifié sur l’axe de la relation des Pygmées
Batwa avec l’Autre transcendantal; ensuite qu’un aspect du
domaine des relations intercommunautaires et institutionnelles soit
catégorisé sur l’axe de la relation des Pygmées Batwa avec les
communautés non pygmées et les institutions publiques; qu’un
aspect du domaine de la culture matérielle des Pygmées Batwa soit
identifié sur l’axe de la relation de cette communauté avec la nature
et enfin qu’un aspect du domaine de la culture immatérielle typique
aux Pygmées Batwa et ne relevant pas de leurs croyances, soit
inventorié sur l’axe de la relation de cette communauté avec
ellemême.
Dans le deuxième chapitre, nous scrutons les causes essentielles
de l’échec scolaire ou de la sous-scolarisation à travers la littérature
et les travaux théoriques, lesquelles causes permettent de mieux
comprendre la sous-scolarisation des Pygmées Batwa au Rwanda.
Le quatrième et le dernier chapitre, puisque cette étude relève
aussi des faits historiques et des situations politiques, analyse la
situation des Pygmées Batwa dans le Rwanda d’aujourd’hui, où ils
sont désormais appelés «Abasigajwe inyuma n’amateka»
(Personnes Historiquement Marginalisées).

26