L'étoile et la croix

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Français
95 pages
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Description

Soixante-cinq ans après la disparition de ses parents, déportés du convoi 62 vers Birkenau, Roland Gaillon décide d'écrire son histoire, celle d'une enfance cachée et d'une vie marquée par l'absence d'un père et d'une mère dont on ne sait rien, marquée par cette sorte de tabou qu'il ne lui fallait pas violer.

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Date de parution 01 février 2010
Nombre de lectures 174
EAN13 9782336252049
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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eMémoires du XX siècle
Collection dirigée par Jean-Yves Boursier
Déjà parus
Jean GAVARD, Une jeunesse confisquée, 1940 – 1945, 2007.
Lloyd HULSE, Le bon endroit : mémoires de guerre d’un soldat américain (1918-1919), 2007.
Nathalie PHILIPPE, Vie quotidienne en France occupée : journaux de Maurice Delmotte
(19141918), 2007.
Paul GUILLAUMAT, Correspondance de guerre du Général Guillaumat, 2006.
Emmanuel HANDRICH, La résistance... pourquoi ?, 2006.
Norbert BEL ANGE, Quand Vichy internait ses soldats juifs d’Algérie (Bedeau, sud oranais,
19411943), 2005.
Annie et Jacques QUEYREL, Un poilu raconte..., 2005.
Michel FAUQUIER, Itinéraire d’un jeune résistant français :1942-1945, 2005
Robert VERDIER, Mémoires, 2005.
R. COUPECHOUX, La nuit des Walpurgis. Avoir vingt ans à Langenstein, 2004.
Groupe Saint-Maurien Contre l’Oubli, Les orphelins de la Varenne, 1941-1944, 2004.
Michel WASSERMAN, Le dernier potlatch, les indiens du Canada, Colombie Britannique, 1921.
2004.
Siegmund GINGOLD, Mémoires d’un indésirable. Juif, communiste et résistant. Un siècle d’errance
et de combat, 2004.
Michel RIBON, Le passage à niveau, 2004.
Pierre SAINT MACARY, Mauthausen : percer l’oubli, 2004.
Marie-France BIED-CHARRETON, Usine de femmes, Récit. 2003.
Laurent LUTAUD, Patricia DI SCALA, Les naufragé et les « rescapés du train fantôme », 2003.
Raymond STERN, Petite chronique d’une Grande Guerre, Journal d’un capitaine du service
automobile de l’armée, 1914-1918, 2003.L'étoile et la croix
De l'enfant juif traqué à l'adulte chrétien militant
Roland Gaillon© L’HARMATTAN, 2010
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
9782296114982
EAN : 9782296114982S o m m a i r e
Page de titre
Page de Copyright
Dedicace
Préface
A bientôt la fin de nos maux... - Prélude...
Chapitre 1 - A la gloire de mon père
Chapitre 2 - Manon : les sources
Chapitre 3 - Les maisons de ma mère
Chapitre 4 - Objectif : la libération de Robert
Chapitre 5 - Eté 42 : le temps des secrets
Chapitre 6 - Noël 42 à Drancy
Chapitre 7 - L’errance de deux enfants cachés
Chapitre 8 - Retour à Paris
Chapitre 9 - Etudiant salarié
Chapitre 10 - Médecin de campagne, chercheur, pédagogue
Chapitre 11 - Une évolution religieuse
Chapitre 12 - Suzy : l’éducation sentimentale
Chapitre 13 - La vie de famille
Chapitre 14 - La famille s’élargit
Chapitre 15 - Militantisme
Chapitre 16 - Haine et Paix
Chapitre 17 - Du silence à l’écrit, en passant par la parole
Chapitre 18 - Contrepoint par l’enseignante Convoi 62 pour Pitchipoï : passeurs de mémoire
BIBLIOGRAPHIEA la mémoire de Claire GAILLON-KNOLLMEYER
Qui a tant désiré l’écriture de ce livre pour mieux connaître la famille paternelle dont elle a été
privée.
« Vous devriez le raconter. Tout le monde me dit la même chose. J’ai envie et puis je n’ai pas
envie. »
Philippe Labro, La Traversée, Paris, Gallimard 1996, page 38.Préface
Ce que vécurent les déportés du convoi 62, arrivé en novembre 1942 à Birkenau, reste du domaine
de l’indicible, parce que nul n’est à même de parler à la place des disparus. De la J u d e n r a m p e, lieu
de débarquement provisoire des convois arrivés par le rail et transportant des familles juives
promises à l’extermination, jusqu’aux usines de mort nazie, l’esprit humain reste pétrifié par
l’horreur.
Tout au plus est-il possible, grâce à la connaissance que l’on a aujourd’hui -et depuis le procès de
Nuremberg- du fonctionnement de la machinerie nazie à donner la mort, de reconstituer le parcours
des victimes et le mécanisme de leur extermination…
Sonia et Robert Goldenberg sont de ce convoi, arrivé un soir de novembre 1943. Ils ne reviendront
plus. Aucune trace dans aucune archive, aucun témoin rentré qui puisse dire ni où, ni quand cela s’est
passé. Disparus dans la fumée d’un Krematorium, peut-être déjà morts dans l’atrocité du voyage.
Qui peut savoir ?
Et pourtant, au-delà de leur personne, la vie continuera. Deux fils, Alain et Roland, enfants cachés
à Nice, ne sont pas du convoi 62, et ne seront d’aucun autre. Ils perpétueront le souvenir de ce
couple enlevé à l’humanité comme tant d’autres, pour les restituer à cette humanité qui leur a été
déniée.
Soixante cinq ans après la disparition de ses parents, Roland décide d’écrire son histoire, celle
d’une enfance cachée et d’une vie marquée par l’absence d’un père et d’une mère dont on ne sait rien,
marquée par cette sorte de tabou qu’il ne lui fallait pas violer, histoire aussi d’un parcours initiatique
compliqué par l’absence de référence à une mère et un père dont on ne sait rien. Messager, témoin
vivant d’une lignée que d’aucuns auraient voulu rayer du monde, le livre de Roland est aussi un
remède à sa propre souffrance intérieure.
Confrontée aux situations extrêmes de l’univers des camps nazis, j’ai côtoyé la mort quotidienne
et dégradante des camps, à Ravensbrück, celle de ces femmes et de ces tout jeunes enfants, véritable
innocence assassinée. Tous sont partis dans l’indifférence absolue de leurs bourreaux : ils
n’appartenaient pas à l’humanité !
C’est ce déni qui constitue l’essence même du crime contre l’humanité.
En lisant ces pages, chacun trouvera une source d’enrichissement intérieur tiré à la fois de ce
combat pour la vie « malgré tout », et de la conviction que le progrès de toute humanité passe par le
respect de la dignité et de la vie de l’autre.
Marie José Chombart de Lauwe
Présidente de la Fondation
pour la mémoire de la DéportationA bientôt la fin de nos maux...
P r é l u d e . . .
J’aimerais vous présenter deux petits garçons français : Alain Goldenberg, 6 ans et demi et Roland,
son frère. Roland, c’est moi. J’ai 4 ans et demi. Je tiens beaucoup à ce demi. Nous sommes en 1942.
Je fréquente un jardin d’enfants, le cours Hélène Boucher. Lorsque j’avais deux ans, mon frère aîné
s’inquiétait beaucoup de mon état mental, car je ne savais pas faire des bâtons bien droits sur un
cahier. A présent, je suis un grand et sais déjà lire et écrire. D’accord, pas tout un livre, mais
quelques mots. Et puis, je sais compter.
Nous vivons comme tous les petits garçons de notre âge, mais seule notre mère est avec nous.
Notre père se trouve dans un camp, très loin de nous. Chacun de nous a été lui rendre visite une fois
dans ce camp. Je ne sais pas très bien pourquoi Papa n’est pas avec nous, mais, en ce qui me
concerne, je ne me pose pas trop de questions. Je joue comme tous les enfants, j’ai des petits copains
et vis tantôt dans l’appartement de Paris, tantôt dans une maison à la campagne, dans la banlieue.
Quand même, Maman a beaucoup changé. Elle n’est plus aussi attentionnée qu’elle l’était. Il se passe
quelque chose de pas normal. Depuis quelque temps, les parents de Maman ne sont plus là, notre
oncle Jean non plus. Un jour, j’ai inscrit mon nom sur une lettre destinée à Papa. Alain a écrit une
phrase pour oncle Jean : « Je serais content si je pouvais te voir bientôt. Je t’embrasse ».
Et puis est arrivé ce jour, gravé dans ma mémoire, où notre mère nous dit qu’elle a des choses
sérieuses à nous communiquer : le ton est grave, les paroles de maman vont s’inscrire à jamais en
moi. A partir d’aujourd’hui, nous ne nous appelons plus Goldenberg, mais Gaillon. Papa a choisi ce
nouveau nom pour nous. Nous allons partir seuls, Alain et moi, en train, pour un grand voyage, qui
durera toute une nuit. Nos papiers d’identité seront au nom de Gaillon. Notre oncle Jean nous
attendra à l’arrivée, mais il s’appelle maintenant René Bailleul : plus question de l’appeler Jean !
« Surtout, ajoute Maman, oubliez les autres noms, retenez les noms actuels, car vous seriez en
grand danger et vous mettriez également en péril ceux qui vous accueilleront. L’oncle Jean vous
attendra en gare de Thonon-les-Bains et il vous amènera à Nice, où vous retrouverez Grand-père
et Mamie. ». Nous allons donc en vacances chez nos grands-parents maternels, les Leri. Oncle Jean,
devenu René, habite aussi dans la banlieue de Nice. Je me souviens que ma mère a insisté pour moi,
si petit :« Tu t’appelles Gaillon. Si tu te trompes, tu mourras, et ta famille aussi. »
A quatre ans et demi, mon enfance prend fin, j’ai pourtant toujours la taille et l’aspect physique de
mon âge, mais je suis en cet instant devenu un petit adulte en miniature. Il faudra, à partir de ce jour,
savoir garder d’aussi lourds secrets et se méfier de tout le monde. C’est, de ce jour, une enfance
cachée que je vais vivre aux côtés de mon frère, Alain.
Mais, avant de vous raconter mon histoire, il faut que je vous présente ma famille et vous
raconte ce qui lui est arrivé...