Les souffrances sociales

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Français
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À l'heure de la mondialisation et des crises à répétition, les problèmes sociaux inquiètent. Mais, pour mieux comprendre le contexte actuel, ne devrait-on pas plutôt parler de souffrances sociales ? Pourquoi ces souffrances sont-elles souvent tolérées ? En quoi sommes-nous tous un peu complices de cette situation ? Il ne suffit pas de chercher des boucs émissaires. Le changement ne viendra pas d'en haut, mais de la société civile - syndicats, associations - et de chacun d'entre nous.

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Date de parution 01 mai 2014
Nombre de lectures 14
EAN13 9782336347899
Langue Français

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LES SOUFFRANCES
SOCIALES
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Questions contemporaines







LES SOUFFRANCES SOCIALES




























Questions contemporaines
Collection dirigée par B. Péquignot, D. Rolland
et Jean-Paul Chagnollaud

Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les «questions contemporaines»
n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la
collection « Questions contemporaines » est d’offrir un espace de réflexion et de
débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement,
exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.


Dernières parutions

Jean-Pierre BOISARD,Travail, on t’aime trop !, 2014.
Roger BAILLET,De Gaulle et Machiavel, 2014.
Alain JENNY et Hervé MAUROY (dir.),Évolution et Histoire. Les modèles du
devenir, 2014.
Gilbert ANDRIEU,Etre, paraître, disparaître,2014.
Gilbert ANDRIEU,A la rencontre de Dionysos,2014.
Angela BARGENDA,La communication visuelle dans le secteur bancaire
européenne. L’esthétique de la finance, 2014.
LUONG Cân-Liêm,Le réfugié climatique. Un défi politique et sanitaire, 2014.
Gilbert CLAVEL,La gouvernance de l’insécurité, 2014.
Djilali BENAMRANE,L’ONU :source ou frein au droit public
international ?, 2014.
Mario ZUNINO,Quand le JT de TF1 fait son cinéma, 2013.
Delphine DELLA GASPERA,L’économie moderne au risque de la
psychanalyse, pour un développement plus sain,2013.
Jean–Christophe TORRES,Quelle autonomie pour les établissements
scolaires ?,Réflexions sur la liberté pédagogique dans les collèges et les
lycées,2013.
Frédéric JONNET,Officiers : oser la diversité. Pour une recomposition sociale
des armées françaises, 2013.
Stéphane CHEVRIER, Gérard DARRIS,Les résidents secondaires à l’âge de
la retraite, 2013.
Mohamed Amine BRAHIMI,Réflexion autour d’Alain Badiou et Toni Negri.
Pour une sociologie des intellectuels révolutionnaires, 2013.
Alain CHEVARIN,Former sans déformer ni conformer, 2013.
Bruno COQUET,L’Assurance chômage, une politique malmenée, 2013.
Nesmet LAZAR,Peut-on encore sauver la France ?, 2013.
Michel PERALDI,Ils ont volé la décentralisation ! Pamphlet argumenté pour
que la décentralisation soit rendue aux citoyens, 2013.

Gaby NAVENNEC






LES SOUFFRANCES SOCIALES


De l’acceptation aux alternatives


















































© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-03248-1
EAN : 9782343032481





L’espoir d’un véritable changement, ne peut venir que
du résultat d’une patiente «révolution intérieure », une
révolution permettant à un nombre de plus en plus
important d’acteurs sociaux de porter un regard
nouveau sur leurs propres pauvreté et richesses. Seule
cette vision les conduirait, non seulement à ne plus
participer à la production de misère, mais aussi à
comprendre tout le bénéfice qu’il y aurait à réinventer
toutes les grandes traditions de simplicité et de
convivialité en les adaptant aux exigences de la vie
moderne.

Majid Rahnema, Quand la misère chasse la pauvreté

Introduction

S’accorder sur les causes des problèmes sociaux n’est pas facile tant elles
sont multiples. D’aucuns évoquent un décalage entre les élites et le peuple,
d’autres relèvent des déceptions consécutives à des attentes non satisfaites.
Plus généralement, ce sont les responsables politiques qui sont remis en
cause. Pour autant, nous avons besoin de ces éluset leur manque actuel de
légitimité pèse sur notre vie démocratique et sociale.

Mais, existe-t-il de véritables relais entre les élus et les populations?
Nous avons en effet tendance à oublier qu’il y a aussi le mouvement social,
avec des syndicats et des associations,alors que c’est surtout la classe
politique qui concentre la majorité des attentions des médias, spécialisés
dans les questions sociales. Ce contexte contribue à expliquer le manque de
visibilité des investissements de nombreux acteurs sociaux qui ont des
difficultés à mobiliser.

Or, à défaut de ces acteurs, le politique n’a comme interlocuteur que les
pouvoirs économique et financier. Pour bien des personnes, ce climat incite
plus à des replis catégoriels qu’à des luttes collectives pour sortir de notre
contexte social douloureux. Ce qui ne facilite pas une véritable visibilité de
l’ensemble des problèmes par les populations.

Depuis quelques années, mes investissements syndicaux et associatifs
m’ont interpellé sur ce dernier aspect. Les problèmes sociaux n’ont pas
l’importance qu’ils méritent et passent sous les fourches caudines du
discours économique et politique et des ambitions de leurs représentants. Le
résultat c’est que les syndicats, auparavant critiqués sont actuellement
quelque peu ignorés.

Il est souvent question de problèmes sociaux, alors que l’on devrait plutôt
parler de souffrances sociales. En effet, ce premier terme relève souvent des
outils habituels d’analyse, ceux du discours et des idéologies, comme une
sorte de mécanique qui a besoin de réglage. C’est sans doute le cas lorsqu’un
président de la république invoque sa boite à outils ou encore la croissance
pour remédier aux problèmes actuels.

Au contraire, la souffrance sociale fait appel à l’humain qu’il faut soigner,
à l’émotion, sans pour autant négliger la réflexion. Cette expression suscite
souvent l’empathie et parfois même un changement de comportement. Les
mots ont un sens. N’avons-nous pas besoin aujourd’hui de nous interroger
sur un certain vocabulaire et plus encore sur nos approches sociales ?

Revisiter nos façons de communiquer et de penser, peut nous permettre
de mieux comprendre les comportements des populations et des acteurs
sociaux. En effet, la société s’est morcelée, et l’accélération de la
mondialisation a ajouté son lot de complexité aux questions sociales. Un
contexte nécessitant encore plus aujourd’hui qu’hier, un travail des syndicats
et des associations, car leur proximité avec les populations leur donne la
possibilité de jouer un rôle de sensibilisation à la citoyenneté, et de
promotion d’alternatives aux mesures actuelles.

D’autre part, si les critiques sur le capitalisme dans ses expressions
néolibérales actuelles sont nécessaires, elles restent insuffisantes. Pour
produire tous leurs effets,il semble qu’il faille poursuivre ces analyses par
d’autres, sur les faiblesses et les erreurs de jugement du mouvement social
dans son ensemble. A contrario, se priver de cette revisite critique reviendrait
à conserver nos certitudes, et nous satisfaire de discours souvent stéréotypés,
en contradiction avec nos comportements.

Plus que le politique, le mouvement social retient ici tout notre intérêt car
il est bien plus proche de nous. N’y-a-t-il pas une certaine hypocrisie à
montrer ses faiblesses et ironiser sur telle ou telle de ses organisations ? Ses
contradictions ne sont-elles pas aussi les nôtres, celles des militants mais
aussi des populations ?

Avant de répondre à ces questions, il est sans doute nécessaire de regarder
de plus près une certaine réalité de ces souffrances sociales, trop souvent
ignoréedans notre contexte médiatique. Nombre d’entre elles sont passées
sous silence. Une véritable compréhension de celles-ci est pourtant
nécessaire. Ce qui exige de rassembler, autant que faire se peut, une variété
représentative de ces différentes souffrances. Une recherche qui, dans un
contexte de mondialisation, nous incite à ne pas nous cantonner à la France
mais à relater également d’autres réalités vécues dans les « pays en voie de
développement ou émergents » que nous appellerons pays du Sud.

Ce premier travail nous interpelle sur les réactions des populations qui
s’opposent de multiples façonsces souffrances, par des grèves ou des à
manifestations de solidarité. Par contre, les situations de tolérance ne
sontelles pas bien plus fréquentes? De plus, les contextes économique et
politique actuels justifient-ils toutes ces souffrances? L’ensemble de ces
questions occupent une première partie intitulée : « Des souffrances sociales
souvent tolérées ? »

Cette approche ne cherche pas à relativiser certaines souffrances sociales
par rapport à d’autres plus importantes. C’est la raison pour laquelle,le
lecteur constatera que celles qui sont vécues en France sont placées au même
niveau que celles qui existentdans des pays du Sud. Du reste, c’est peut-être
parce que nous n’avons qu’une vision très incomplète des souffrances

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sociales, que des personnes qui en sont affectées les nient ou les rejettent. Ils
se disent que d’autres se trouvent dans une plus mauvaise situation, ainsi du
salarié à temps partiel imposé ou souffrant de mauvaises conditions de
travail,s’estimant heureux d’avoir son activité parrapport à un chômeur.

Il s’agit ici d’appréhender l’ampleur de ces souffrances, et la proportion
des populations concernées, mais aussi de se faire une opinion sur le faible
taux de réaction des populations qui les subissent. Et, lorsque l’on analyse ce
problème au niveau mondial, une réalité dramatique vient à la surface : plus
une personne est affectée par les souffrances sociales moins elle a de
possibilités de s’organiser pour y échapper.

D’aucuns opposent aujourd’hui les adhérents des syndicats estimant
qu’ils se trouvent dans des secteurs protégés, aux autres salariés moins bien
lotis. A cette approche quelque peu moralisatrice, il convientd’en opposer
une plus humaine, qui s’inquiète de la situation de travailleurs en France et
dans d’autres pays qui ne peuvent avoir accès à un quelconque moyen de
défense.

Si les résistances aux souffrances sociales ne sont pas assez nombreuses
c’est aussi et surtout parce qu’il existe de multiples facteurs d’aliénation au
sein des populations, des idées fausses issues des différentes cultures et
idéologies. Pour exemple celles qui attribuent aux chômeurs la responsabilité
de leur situation. Quant aux acteurs sociaux, syndicaux ou associatifs,
comment s’y retrouver dans leurs multiples approches ? Le choix retenu
dans ce développement est de chercher à comprendre ce mouvement dans
son ensemble en pointant un certain nombre d’idées fausses qui le traversent.

Ces idées fausses,d’origine culturelle ou idéologique, influent sur les
comportements des populations et de leurs organisations. Ainsi peut-on avoir
une idée fausse sur telle ou telle action revendicative répondant plus à des
besoins corporatistes, d’argent ou d’exonération fiscale qu’à des objectifs de
justice sociale ou d’ordreenvironnementaux. Ce sont ces différentes causes
d’aliénation qui vont expliquer le manque de réaction à ces souffrances dans
une deuxième partie intitulée « les multiples causes de ces tolérances ».
Ainsi, notre vision de la réalité sociale n’est-elle pas plus tributaire de nos
idées, que de ce que représente réellement cette réalité ? Cette interrogation
nous incitera à tenter de mieux comprendre les comportements des acteurs
sociaux. Sommes-nous donc influencés, de façon plus ou moins importante,
par des idées fausses sur les problèmes sociaux? Pour répondre à cette
question, il est d’abord indispensable de prendre en compte certains aspects
de notre patrimoine culturel et idéologique. Ces deux derniers termes que
nous utilisons souvent méritent également, d’êtreprécisés.
Cette approche peut nous mener à revoir nos anciennes certitudes sur
bien des questions. Notre pensée occidentale a parfois, alimenté des

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assurances sans faille, nous incitant à privilégier les différences aux
complémentarités età nous fermer à l’autre. De même, il semble difficile de
conserver nos habitudes de division du travail où chacun se cantonne à sa
spécialité, avec des acteurs sociaux qui mènent des actions et des
économistes, sociologues ou autres spécialistes qui pensent la chose sociale.
De véritables échanges entre ces différents acteurs ne seraient-ils pas plus
utiles? Il s’agit de porter un regard critique sur nos approches des
connaissances.

Ainsi, lorsqu’il est question d’aliénation, les croyances religieuses sont
parfois évoquées, plus rarement les idéologies et encore moins souvent les
éléments culturels. Or, ces derniers génèrent aussi des croyances qui ont des
conséquences, sur l’idée que nous nous faisons de nous et des autres, ainsi
que sur nos manques d’esprit critique dans les domaines politique et social.
Ceci d’autant que, nos cultures occidentales tournées vers le progrès et la
croissance illimités ont favorisé le développement de compétences
scientifiques et techniques au détriment d’autres compétences sur l’humain.

Ces cultures ont ainsi constitué un formidable terreau pour des idéologies
tel que le libéralisme d’hier et le néolibéralisme d’aujourd’hui. Sachant que,
les antagonismes entre le néolibéralisme et le marxiste, n’ont pas fait
obstacle à leur vision commune productiviste, appelant une croissance
illimitée qui a déjà entraîné des dégâts importants, au niveau social et
environnemental.

Il y a ainsi un va et vient d’idées fausses, entre les populations et les
différents acteurs politiques et sociaux. De ces idées, nombre de ces acteurs
vont en faire des outils pour séduire et convaincre. Qu’il me soit donc permis
de mettre en avant certaines caractéristiques de ces nouvelles croyances et
d’être critique vis-à-vis des pratiques de ces institutions tout en gardant mon
estime pour leursmilitants. Pour autant, je ne pense pas que l’on puisse se
passer de ces organisations. Il est donc nécessaire que demain, elles
s’ouvrent et se transforment en véritables lieux de rencontres et d’échanges.

Ces réflexions nous conduisent à une troisième partie intitulée « Vivre
plus dignement ensemble». Actuellement,une partie de la population vit
dans une telle misère tandis qu’une autre la côtoie quotidiennement sans y
remédier. Qu’elle est, dans de telles circonstances la dignité de chacun ? N’y
a-t-il pas alors une certaine hypocrisie à parler d’un vivre ensemble? Ainsi,
les souffrances affectant une population importante ajoutées à nos besoins
consuméristes ne constituent-ils pas des obstacles à nos aspirations au
bonheur ?

Certes les actions communes des organisations syndicales et associatives
peuvent faciliter ce vivre ensemble. Mais, est-ce pour continuer nos modes
de production actuels? Ainsi, pour conserver des emplois faudra-t-il,

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construire plus de voitures, des porcheries et des abattoirs plus grands,
travailler dans les mêmes conditions que les ouvriers chinois ou
bangladais pourêtre compétitifs ? Faudra-t-il pérenniser les transports
routiers de marchandises au détriment d’autres moyens de transportmoins
polluants ?... Sans doute, sauf à proposer de véritables alternatives aux
mesures économiques actuelles qui ont fait preuve de leurs nocivités sociales
et environnementales.

Pour que ces véritables alternatives puissent être portées par une
population significative, nous devons revisiter non seulement les discours du
mouvement social mais aussi les nôtres. Une nouvelle visite sereine mais
lucide,pour adopter d’autres approches,et surtout d’autres comportements,
plus ouverts à d’autres sensibilités. Ainsi, les populations les plus affectées
par les conséquences des mesures économiques, trouveront leur place au sein
d’organisations, portant des actions plus adaptées à leurs attentes. Ce ne
seront plus les professionnels du discours qui décideront pour elles.

En somme, les véritables causes des souffrances sociales ne sont pas
évidentes. Il est parfois fait appel à l’image du méchant profiteur et de ses
victimes comme à celle des politiques «tous pourris»…à défaut Pourtant,
d’une meilleureperception par les populations du mouvement social et de
leurs militants appartenant à diverses organisations syndicales et
associatives, il y a fort à parier que les souffrances perdureront ou
s’amplifieront.

Nous avons de nombreux exemples dans l’histoire où les discours
incantatoires désignaient les coupables des malheurs sociaux sans que leurs
auteurs ne se remettent en cause. L’élimination du concurrent ou de l’ennemi
suffisait au changement. Les résultats n’ont pas été probants.
N’est-il pas temps de penser à une révolution intérieure plus pacifique et
sereine, permettant une meilleure compréhension et de véritables échanges
avec l’autre? Sans vouloir basculer dans la naïveté, une plus grande
attention à nos comportements humains avec toutes nos contradictions peut y
contribuer. A condition bien sûrde faire appel au meilleur de l’humain, son
intelligence et sa générosité.

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Première Partie
Des souffrances sociales souvent tolérées ?

La fureur n’est en aucune façon une réaction
automatique en face de la misère et de la souffrance en
tant que telle ; personne ne se met en fureur devant une
maladie incurable ou un tremblement de terre, ou en
face de conditions sociales qu’il parait impossible de
modifier.
Hannah Arendt, Crises of the Republic, 1969

Un titre sans doute un peu provocateur, pour les personnes qui en sont
affectées,et pour celles qui luttent afin de s’en séparer, ou encore pour celles
qui manifestent leur solidarité envers toutes ces personnes. Il vise
simplement à susciter une réflexion, sur la disproportion qui existe entre
l’étendue de ces souffrances, et celle des ripostes des populations. Trois
étapes me semblent nécessaires pour répondre à cette question.

Tout d’abord quelques observations dans un premier chapitre intitulé:

L’importance et l’étendue de ces souffrances.

Puis, dans un deuxième temps, quelques réflexions dans le chapitre
intitulé :

Le contexte de ces souffrances.

Cette deuxième partie nous conduit encore à d’autres constats et
réflexions dans un troisième chapitre intitulé :

Les réactions individuelles et collectives

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Chapitre premier

L’importance et l’étendue de ces souffrances

La misère, c’est l’homme maîtrisé, l’homme opprimé
par la nature, la matière et les autres hommes. C’est
l’homme ne pouvant rien maîtriser dans son corps, dans
sa pensée, ni dans sa vie.

1
Père Joseph Wresinski

Sans doute peut-on s'accorder sur le fait que notre objectif principal dans
la vie soit le bonheur, au travers notamment de multiples liens d'échange et
d'estime avec notre entourage. Mais, ce bonheur n’est-il pas trop souvent
entravé par des souffrances sociales? D'oùl'intérêt de regarder l'ensemble
de ces souffrances, tant au niveau national qu'international (A).
Sans doute faut-il aussi prendre en considération ces mêmes souffrances
pendant toutes les périodes de la vie d'un individu, de l'enfance à la vieillesse
(B). La première raison, c'est que nous sommes tous composés d'un mélange,
différent d'un individu à l'autre, de facultés de raisonnement et d'émotions.
S'il est possible de faire appel à des réflexes émotionnels, pour motiver ce
qu’il y a de plus malsain dans un individu, il l'est également, pour mettre en
avant ses sentiments les plus nobles, les plus altruistes. Si un responsable
politique peut recourir à l'image d'un jeune enfant, qui se fait confisquer son
pain au chocolat lors du ramadan, pour attiser un sentiment raciste ou
xénophobe, il est tout autant possible de montrer des situations de détresse
vécues par certaines populations, pour attiser des sentiments de compassion.
Dans le premier cas, il est fait appel à l'émotion, celle du jeune enfant qui est
victime d'une injustice. Mais, c'est pour utiliser cette émotion, l'isoler d'un
contexte général plus complexe, pour mener l'individu vers une attitude
irrationnelle, où la question des différences religieuses et culturelles, est
volontairement détachée des multiples difficultés du vivre ensemble, au sein
de nos populations.
Par contre le recours à l'émotion dans le deuxième exemple, fait appel à
ce qu’il y a de meilleur dans la personne humaine. D'abord sagénérosité, sa
capacité à s'émouvoir, d’être en empathie avec les problèmes vécus par
d'autres personnes. Cependant, il ne s'agit pas d'une simple émotion qui va
disparaître comme une sensation spontanée de froid ou de chaud. Elle peut

1
Echec à la Misère, conférenceà la Sorbonne, 1er juin 1983, Pierrelaye, ATD Quart
Monde, 1983.

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au contraire, susciter une amorce de réflexion positive sur une éventuelle
contribution personnelle pour supprimer cette souffrance
Enfin, il est plus facile de s'accorder sur les souffrances que sur les
inégalités sociales. En effet ces inégalités n'engendrent pas forcément de
souffrances et ne constituent pas toujours des entraves au bonheur humain.
Sauf bien entendu à souffrir systématiquement lorsque l’on a une condition
sociale et économique inférieure à celle de son voisin.

A - Différents types de souffrances sociales

Ces souffrances sont aujourd'hui présentées de façon parcellaire ou
incomplète. En se focalisant sur un nombre limité de celles-ci, on ne peut
comprendre les liens qu’elles ont entre elles.
Auquel cas, certainesréalités de pays trop souvent appelés « pays
sousdéveloppés», actuellement « pays en voie de développement ou émergents »,
ne doivent pas nous échapper. Pour parler de ces pays, en évitant ces
dernières expressions, trop connotées par rapport à une certaine conception
du développement, nous utiliserons le terme de pays du Sud.
Afin de faire la symétrie avec ce terme, il est possible de parler des pays
du Nord dont nous ne retiendrons que la France. Les nombreux Français
préoccupés parleur pays, vont alors remarquer un certain anachronisme
concernant une présentation des souffrances sociales des populations du Sud
mise sur le même plan que celles vécues en France.

Pour autant, cette présentation contribue à l’émergence d’une certaine
humanité,suscitant l’empathie par rapport aux souffrances vécues, tant par le
voisin immédiat que par celui plus éloigné, mais du même village mondial
auquel nous appartenons. Comment comprendre les véritables causes des
souffrances en France, si nous faisons abstraction de celles vécues dans
d’autres pays du monde ? Il ne s’agit pas de faire un étalage de toutes les
souffrances, mais bien de les regarder en face, ne serait-ce que pour mieux
comprendre leurs causes.

Ces souffrances constituent-elles un phénomène conjoncturel ou
structurel ?Il y a peu de temps, bien des experts en économie nous
affirmaient qu'il fallait être confiant en l'avenir, qu'il s'agissait d'un
phénomène conjoncturel. A condition de laisser le marché s'exprimer
librement, l'ensemble des pauvres, dans les pays du Sud, mais aussi dans
notre pays, allaient se libérer de la faim ou d'autres besoins de base au
niveau économique et social. De même, des responsables politiques
promettent le retour à une croissance, permettant de remettre du soleil dans
le climat social actuel. Mais, nous pouvons constater que, pour les
populations qui ont faim, qui subissent le chômage ou l'exclusion, c'est une

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situation qui perdure. Parfois même, de nouvelles souffrances s'ajoutent aux
anciennes. Le repérage de l'ensemble de celles-ci est donc nécessaire pour,
dans un premier temps, se faire une opinion de leur importance.

1 -Une approche d’ensemble des souffrances sociales

Pour cibler l'origine de ces souffrances, il suffit d’emprunter les termes
utilisés dans le domaine des droits de l'homme. Ce sont donc des souffrances
d'origine économique, sociale et culturelle.
Il faut aussi porter son attention sur le contexte politique, de démocratie
et de développement dans lequel les populations subissent ces souffrances.
Ainsi, les souffrances sociales englobent toute souffrance physique ou
psychique d'origine économique, sociale ou culturelle subie par une
personne vivant dans un contexte environnemental, politique et de
développement donné. Le terme social recouvrant toutes les souffrances
économiques, sociales et culturelles.
On peut attendre des démocratiesqu’elles aientpour objectif de répartir
les ressources actuelles, de façon à éviter ces souffrances aux différentes
populations de l'ensemble de la planète. Ainsi, les personnes ne doivent pas
souffrir de la faim, d'un manque d'eau, de logement, de travail pour se
nourrir, sauf à penser que cet objectif ne puisse actuellement être atteint
faute de ressources suffisantes.

D’autres populations peuvent, même de façon imparfaite, se nourrir, se
loger, s'éduquer, se soigner, mais, néanmoins éprouver des douleurs
psychiques relativement prégnantes qui peuvent se ranger dans les
souffrances sociales. C’est le cas d'une personne privée d'emploi, qui va
percevoir une indemnité de chômage mais qui, pour autant, va se dévaloriser
et éprouver un sentiment d'isolement ou d'exclusion.

De nombreuses souffrances sociales dépassent les clivages entre riches et
pauvres. Or, les politiques, les médias, parfois aussi les acteurs sociaux, nous
amènent souvent à tout voir sur les plans économique et monétaire. Il
suffirait que les pauvres s'enrichissent pour que tout s'arrange. Le slogan
sarkozyste du «travailler plus pour gagner plus» illustre bien cette
conception. A côté des souffrances de la personne privée d'emploi, il y a
celles des salariés à temps partiel imposé, voire à temps plein avec des
conditions de travail déplorables. Il s'agit toujours de souffrances sociales
subies y compris par des travailleurs les mieux rémunérés.

D'autres personnes subissent les conséquences de procédés industriels,
chimiques ou autres, ne respectant pas leurs contraintes physiologiques ou
les exigences des milieux naturels. Elles sont source de nombreuses

19

souffrances que l’on peut qualifier de souffrances sociales. Il existe aussi des
personnes qui souffrent de solitude et de déracinement, parce qu'elles sont
coupées de leur milieu d'origine. C'est le cas notamment des immigrés qui
ont fui la misère de leurs pays.

Cet inventaire va permettre de favoriser une approche du social dans
toutes ses composantes. Ces souffrances sont des entraves au bonheur de
ceux qui en sont affectés. Elles rejaillissent aussi, sur leurs proches, familles,
amis ou voisins. Ce sont ainsi des populations importantes qui sont
concernées. Cet inventaire favorise également une recherche sociétale en
faisant appel à des valeurs largement partagées. A côté des souffrances des
populations des « pays pauvres » il y celles de nos « pays riches ».

2 - Un regard sur les différentes catégories de souffrances

Il ne s'agit pas ici de s’attarder sur leurs manifestations particulières, mais
plutôt de se faire une opinion de l'importance des populations touchées.

Commençons par une description des différentes situations, de personnes
qui ne peuvent avoir une activité leur permettant de travailler et de vivre
dignement. Ce sont ces situations qui vont faire que ces individus et leurs
familles ne pourront avoir accès à l'alimentation, au logement, à la santé et à
l'éducation. Qu’est-ce qui est le plus important se loger, se nourrir, se
soigner, s’éduquer? Tous ces besoins sont indispensables.
Chaque individu doit avoir une activité qui lui permette d’acquérir une
dignité économique, c’est-à-dire de vivre dignement, lui et sa famille. Ce
terme de dignité économique est parfois utilisé par certaines associations de
solidarité internationale pour traduire les revendications de nombreux
travailleurs du Sud. D’autres associations ainsi quele mouvement syndical
international, utilisent le terme de travail décent qui renvoie à des conditions
de travail et des revenus décents.
Il ne s’agit pas de faire des catégories selon le statut, mais de rassembler
toutes les activités. Il peut s’agir aussi bien de salariés, de paysans, de
travailleurs indépendants, d’artisans, voire de travailleurs informels dans les
pays du Sud. L'accès à une dignité économique devrait concerner le salarié
de l'industrie et de l'agriculture, le petit producteur rural, ainsi que tout autre
travailleur, quel que soit son statut. Toute personnedevrait donc avoir une
activité qui luipermette, avec sa famille, de vivre dignement.
2
L’O.I.T.élaboré en 1999, la notion de travail décent, qui intègre ces a
différentes exigences. Une notion reposant sur quatre piliers: l’emploi, la

2
L’Organisation Internationale du Travailune organisation tripartite regroupant est
représentants des employeurs, des salariés et des Étatsde 183pays en 2012-J’ai indiqué

20

protection sociale, les droits des travailleurs etle dialogue social. Si l’on suit
l’ensemble des exigences de l’O.I.T.,le travail décent se traduit par la
possibilité de tout travailleur d’exercer un travail convenablement
rémunéré, avec des conditions de sécurité sur le lieu de travail, et une
protection sociale (pour lui et sa famille). Ildonne aux individus la
possibilité de s’épanouir et de s’insérer dans la société, ainsi que la liberté
d’exprimer leurs préoccupations, de se syndiquer et de prendre part aux
décisions qui auront des conséquences sur leur existence. Il suppose une
égalité de chances et de traitement pour les femmes et les hommes.

Cette définition permet de prendre en compte les différentes catégories de
populations qui souffrent de ne pouvoir accéder à ce type de travail décent.
Soncontenu, nous incite à penser qu’une population assez importante, est
concernée. Ne serait-ce que parce que beaucoup de personnes ne peuvent se
syndiquer, ni exprimer leurs préoccupations, et encore moins prendre part
aux décisions qui auront des conséquences sur leur existence.

Pour garder des repères simples dans des situations très variées, ilest
possible de retenir trois catégories de situations: les personnes qui n’ont pas
la possibilité d’avoir une activité pour subvenir à leurs besoins, d’autresqui
ont une activité qui ne leur permet pas d’obtenir de revenus suffisants, et
enfin, celles qui ont une activité leur permettant d’avoir des revenus
suffisants, mais à des conditions telles que, comme dans les deux cas
précédents elles ne remplissent pas entièrement les conditions exigées par
l’O.I.T. pour que l’on puisse vraiment parler de travail décent.

Concernant celleset ceux qui n’ont pas la possibilité d’avoir accès à une
activité, nous pouvons commencer par les populations rurales dans les pays
du Sud. En effet, si les paysans représentent 40% de la population active
mondiale, leur proportion va parfois jusqu'à 70% dans certains pays du Sud,
et ce, avec une majorité de femmes. Cette population est confrontée à
plusieurs difficultés, dont celle de ne pas pouvoir accéder à une petite
parcelle de terre. Le droit de propriété appartient souvent à l’État et
l’occupant n’a parfois qu’un droit d'usage, qu'il transmet à l'un des membres
de sa famille. Une transmission dans bien des cas de père à fils, les femmes
étant trop souvent exclues de cette opération.

Dans les pays du Sud, y a rarement l'équivalent de nos modes de il
preuves écrites, où la possession d'une terre est inscrite au cadastre et est
matérialisée par un titre de propriété. Or, aujourd'hui, ce bien est très
convoité dans ces pays. Certains petits paysans sont parfois chassés d'une
terre que leurs parents cultivaient depuis plusieurs générations. Tout cela,
parce qu'un industriel ou autre investisseur, aura acquis des pouvoirs publics


cette définition en italique,sans guillemets parce qu’il ne s’agit que d’une reprisepersonnelle
des principes émis parl’OIT.

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un droit d'occuper ces terres. Il s'agit de plus en plus souvent d'investisseurs
étrangers, constitués de fonds publics ou privés. C'est le grave problème de
l'accaparement des terres.
Ainsi, de 2007 à 2012, il y aurait eu 10 millions d’hectares de terres
3
accaparées chaque année par des États et des entreprises privées. Des
accaparements qui s'accompagnent de déplacements de populations. L'exode
rural va, en outre s’amplifier à cause d’une politique agricole ordonnant aux
petits producteurs d’abandonner leurs cultures vivrières au profit d’une
monoculture intensive tournée vers l'exportation. Des milliers de petits
exploitants vont donc se retrouver sans ressources suffisantes pour acheter
une nourriture qu’ils ne produisent plus.
En France, le problème de l’accès à la terre n’est pas aussi prégnant ni
aussi visible. Mais, il existe quand même un certain nombre de jeunes qui ne
peuvent s’installer pour faire du maraîchage ou toute autre activité agricole.
Car, dans bien des cas, lorsqu’un agriculteur cède son exploitation, celle-ci
va plutôt servir à grossir une ferme agricole voisine, qu’à générer une ou
plusieurs autres exploitations.

Pour faire face à ces difficultés ainsi qu’à celles des investissements
nécessaires, les jeunes n’ont pas toujours les aides indispensables pour
concrétiser leur projet. Des jeunes qui font partie des populations les plus
ème
touchées par le chômage. Au 2trimestre 2012 il y avait en France
métropolitaine et les départements d’Outre-Mer (DOM), 10,2% de la
population active au chômage.

Ces chiffres de l’INSEE sont calculés sur les critères internationaux du
Bureau International du Travail (le BIT). Une précision importante car,
d’une part elle permet des comparaisons au niveau Européen et international,
d’autre part, au regard de nosparticularités nationales, elle ne comptabilise
qu’une partie des personnes privées d’emploi. En effet pour le BIT, un
chômeur non inscrit au Pôle Emploi, n’est pas comptabilisé comme
demandeur d’emploi. Inversement, certains demandeurs d’emploissont ne
pas chômeurs au sens du BIT.

C’est le cas notamment de personnes en convention de reclassement, en
ème
maladie ou en formation. C’est ainsi qu’au 2trimestre 2012, il y avait près
de 2,9 millions de chômeurs, et environ 4,5 millions de demandeurs
4
d’emplois,inscrits à Pôle Emploi .


3
Selon l’ONG (Organisation Non Gouvernementale) GRAIN, spécialisée dans ce problème
d’accaparement des terres
4
Les critères retenus pour le calcul du Taux de Chômage fait que ce taux est bien inférieur à
celuides demandeurs d’emploi.Voir Wikipédia : En décembre 2012, chiffres de l'INSEE et de
la DARES à l'appui, Le Parisien publie un article intitulé «Le chiffre noir des chômeurs

22

5
Selon une étude sur l’année 2010, ce sont les jeunes les plus touchés par
6
le chômage, avec 17,2% des actifsde la tranche d’âge de 15 à 29 ans, contre
seulement 6,5% pour les 50 à 59 ans. Par contre, si le taux est plus faible
chez les seniors, ces derniers ont plus de difficultés à retrouver du travail, et
de plus, n’apparaissent plus dans les statistiques du chômage, lorsqu’ils sont
proches de la retraite, car ils sont dispensés de recherche d’emploi.

Ce sont les catégories sociales les plus défavorisées, les ouvriers,
notamment ceux n’ayant aucune qualification, et les employés qui sont les
plus touchés. On observe le même phénomène par rapport aux niveaux
scolaires, les non diplômés étant les plus touchés, par rapport à ceux qui ont
une formation de Bac +2 ou supérieure.

Les jeunes qui arrivent sur le marché du travail sont lourdement
pénalisés, s’ils ne parviennent pas à trouver un premier emploi. En effet,
pour percevoir les indemnités de chômage, il faut avoir cotisé 122 jours ou
610 heures au cours des 28 mois précédant la rupture de leur contrat. Pour
les moins de 25 ans, pour percevoir le Revenu de Solidarité Active (le RSA
qui était de 475 euros par mois en 2012), qu’il est maintenant possible
d’obtenir de 18 à 25 ans, ilfaut avoir travaillé deux ans sur les trois dernières
années. C’est ainsi, qu’une certaine population privée d’emploi, ne perçoit
pas d’indemnité dans l’attente de retrouver une activité rémunératrice.

Pour les pays du Sud, il est question de sans emploi, mais pas de
chômeurs. Or, l’OIT, dans son rapport 2012, comptait 197 millions de
chômeurs en 2011 et évaluait ce nombre à un minimum de 200 millions pour
une population active de 3,3 milliards de personnes en 2012. Mais, selon
cette institution, l’estimation du chômage dans «en voie deles pays
développement» pose des problèmes d’interprétation notamment dans les
zones rurales où le comptage est difficile. Les individus qui se trouvaient
dans un emploi formel, sont condamnés à se retourner vers le secteur
informel, pour assurer leur survie. Ces dernières activités ne les occupent pas


invisibles ».Le nombre officiel du chômage y est opposé au nombre officieux. Quand le
gouvernement parle de3 103 300 de chômeurs, il s'agit seulement de ceux de la catégorie A.
Avec prise en compte de l'ensemble des catégories (chômeurs d'outre-mer, en activité réduite,
en formation, en contrats aidés...), on atteint 5 581 800 chômeurs. À cela s'ajoutent les
« chômeurs invisibles », à savoir : les 1 300 000 au RSA, les 1 500 000 en temps partiel subi
(cumulant plusieurs contrats précaires mais en recherche de CDI) et les 830 000
« découragés » (ne s'inscrivant plus à Pôle emploi car en fin de droits etc.) ; on arrive ainsi à
un total de 9 211 800 de français au chômage en octobre 2012. Cette analyse a été reprise par
France 3, France Info et Agora Vox.
5
Alternatives Economiques Hors-Série n° 56 reprenant les chiffres de l’INSEE.
6
C’est-à-dire 17,2% des jeunes de cette tranche d’âge ayant terminé leurs études. Les jeunes
qui sont scolarisés ne sont pas comptés dans ce calcul.

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à temps plein. Il n’est plus alors question du chômage maisde sous-emploi,
7
notion également utilisée au niveau de l’OCDE.
Cette notion de sous-emploi, nous conduit à parler d’une deuxième
catégorie de population, quine perçoit pas de revenus suffisantsou qui ne
travaille pas dans des conditions décentes. Il s’agit du travail informel qui ne
concerne pas une minorité mais, plus de la moitié de la population mondiale
destravailleurs. Il s’agit d’une économie, où l’individu travaille pour son
propre compte, ou dans le cadre d’une petite unité familiale ou autre. Il ne
bénéficie alors d’aucune protection de l’État.
Selon un rapport de l’OCDE de 2009, sur les trois milliards d’emplois
dans le monde, il y aurait près des 2/3, soit 1,8 milliard de travailleurs
informels dont 700 millions travaillant dans des conditions d’extrême
pauvreté c’est-à-dire avec moins de 1,25 dollar par jour. L’OIT travaille pour
impulser le respectdes droits de l’homme dans ce domaine. Dans un rapport
8
de 2010, elle indique que: «pour la plupart des individus, l’entrée dans
l’économie informelle n’est pas un choix, elle est une nécessité pour
survivre», et précise que ces travailleurs représentent 52,2% des emplois en
Amérique Latine, 78,2% en Asie et 55,7% en Afrique.

En France, comme dans d’autres pays européens, le travail informel
existe, mais on parle alors de travail dissimulé, ou de « travail au noir ». Le
problème,c’est qu’il est difficile de le chiffrer. Cependant, dans un
9
document de travail de janvier 2010, l’O.I.T. fait état de chiffres de 1998 de
la Commission Européenne, estimant que le travail non déclaré, représentait
alors 7 à 16% du P.I.B. de l’UE, et occupait de 10 à 28 millions de
personnes, représentant alors de 7 à 19% des emplois. L’O.I.T. indique dans
ce rapport, les liens entre le travail non déclaré, et la baisse du niveau des
salaires.Avec le non payement des prestations de sécurité sociale, c’est une
forme de dumping social, qui introduit une concurrence déloyale entre les
entreprises.

En effet, ces travailleurs ne bénéficient d’aucun droit pour leurs retraites,
leurs couvertures maladie, chômage ou autre. Ce sont les secteurs du
bâtiment, du travail domestique (garded’enfants, aide à la personne ect.) ou
d’autres secteurs des services, qui y font appel le plus souvent. C’est une
population fragilisée, qui a recours à ce type d’activités, notamment des
sans-papiers ou autres immigrés, mais aussi des femmes seules.


7
L’Organisation de Coopération et de Développement Economique.
8
Intitulé : «Etendre le champ d’application des lois à l’économie informelle».
9
Intitulé: «L’inspection du travail en Europe: Travail non déclaré, migration et traite des
êtres humains ».

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