Tours 1903-1913

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Quel passionné de cyclisme et plus particulièrement du Tour de France n'ambitionnerait pas de savoir si le vainqueur de la Grande Boucle d'une quelconque année était bien le meilleur, non pas des seuls adversaires en présence, mais de tous les routiers spécialistes de courses par étapes de l'année? De Maurice Garin à Philippe Thys, ce premier volume revisite les onze premières années de l'épreuve. Passionné par le Tour de France, l'auteur a passé douze ans à retranscrire cette épreuve étape par étape, en y ajoutant toutes les statistiques annexes, donc de manière exhaustive, et en y mêlant en parallèle une enquête très approfondie pour déterminer si le vainqueur méritait bien de l'être ou, sinon, d'en dévoiler son identité. Richement documentée et illustrée, cette étude est une véritable mine d'or pour les aficionados.

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Date de parution 10 septembre 2015
Nombre de visites sur la page 9
EAN13 9782342041736
Langue Français

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Tours 1903-1913






Gérard Goy










Tours 1903-1913

Les débuts d’une incomparable « Randonnée »




















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IDDN.FR.010.0120486.000.R.P.2015.030.31500




Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2015


Préambule



Quel passionné de cyclisme et plus particulièrement du Tour
de France n’ambitionnerait pas de savoir si le vainqueur de la
Grande Boucle d’une quelconque année était bien le meilleur,
non pas des seuls adversaires en présence, mais de tous les
routiers spécialistes de courses par étapes de l’année ?

C’est l’ambition que je me suis fixée dans ce long ouvrage
couvrant de l’origine du Tour à nos jours, par tranches
successives correspondant chacune à onze éditions de l’épreuve, en
déterminant si le champion annuel avait indiscutablement
dominé le peloton ou non…

Il est évident que certaines prises de position pourront
paraître subjectives mais elles auront au moins le mérite d’exister et,
quoi qu’il en soit, tous les raisonnements émis résulteront de
recherches et de réflexions approfondies, dans un souci extrême
de précision, de justesse… et de justice en particulier.

Les enquêtes, par ailleurs, n’auront évidemment pas toutes la
même profondeur. Il semble en effet évident qu’entre les
victoires de Coppi en 1952, de Merckx en 1969 ou d’Armstrong en
2002, par exemple, et celles de Lambot en 1919… et en 1922,
de Walkowiak en 1956 ou de Janssen en 1968, les études
correspondantes ne sauraient exiger la même méticulosité.

L’intérêt de ces ouvrages résidera en tout premier lieu dans
la création d’une version exhaustive des vainqueurs moraux du
Tour au détriment du palmarès officiel.

Aussi n’aurions-nous pas dû découvrir des coureurs de talent
certes, mais n’ayant toutefois pas l’étoffe du champion qu’est
9 un vrai vainqueur de Tour tels Henri Cornet ou Louis
Trousselier.

Et encore, le paramètre si présent qu’est le dopage se
montrait-il quasiment impossible à évaluer d’un individu à un autre,
ou d’une étape à une autre…


Accessoirement ces nouvelles données permettront
également d’accréditer avec la meilleure précision, en tenant compte,
pour un bilan complet, des interruptions dues aux deux guerres,
un titre honorifique de « Monsieur Tour de France ».
10














1903.
Le premier Patron du Peloton






L’arrivée à Lyon de Maurice Garin, reconnaissable à sa casaque
blanche, encadré d’une nuée de passionnés incontrôlables…
13


Inventaire des vainqueurs potentiels



L’étude portera sur les cinq dernières années, attribuant un
capital de 40 points aux vainqueurs des principales épreuves,
soit Bordeaux-Paris en 1899, 1900 et 1903, Paris-Brest-Paris en
1901 et Marseille-Paris en 1902, 34 points aux seconds, 29 aux
troisièmes, 25 aux quatrièmes et 22 aux cinquièmes.
Les épreuves arrivant en seconde position : Paris-Roubaix…
ou Bordeaux-Paris en 1901 et 1902, apporteront un total de 35,
29, 24, 20 et 17 points aux 5 premiers.
Et ainsi de suite pour les compétitions suivantes, soit 30, 24,
19, 15 et 12 points, 25, 19, 14, 10 et 7, etc.

Par ailleurs, il sera appliqué un coefficient de 5 pour 1903, 4
pour 1902, 3 pour 1901, 2 pour 1900 et 1 pour 1899.
Résultats obtenus :
1. Lucien Lesna : 531 pts.
2. Hippolyte Aucouturier : 485 pts.
3. Maurice Garin : 385 pts.
4. Ambroise Garin : 286 pts.
5. Édouard Wattelier : 238 pts.
6. Rodolfo Müller : 192 pts.
7. Macinelli : 175 pts.
8. Grammet : 160 pts.
9. Joseph Fischer : 152 pts.
10. Michel Frederick et Louis Trousselier : 150 pts.
12. Jean Fischer : 147 pts.
13. Léon Georget : 120 pts.
14. Gaston Rivierre : 102 pts.
15. Giovanni Gerbi : 100 pts.
15 16. Claude Chapperon et Arthur Pasquier : 95 pts.
18. Émile Bouhours et Minuti : 70 pts.
20. Itsweire et Georges Lorgeou : 57 pts.
22. Auguste Rossignol : 45 pts.
23. Constant Huret : 40 pts.
24. Albert Champion : 35 pts.
25. Bor : 29 pts.

En se basant sur la performance idéale d’un champion qui
triompherait régulièrement dans la plus grande épreuve
d’endurance comme le Tour de France chaque année, le capital
obtenu s’élèverait à 600 points.

Sans nuire à son caractère absolument objectif, on limitera
cependant la sélection définitive aux seuls champions ayant
totalisé 50 % de ce résultat exemplaire.

Prétendants retenus : – Lucien Lesna.
- Hippolyte Aucouturier.
- Maurice Garin.

Pour confirmer ce classement exhaustif, nous préciserons
que le premier coureur non retenu, Ambroise Garin, était
régulièrement dominé par son frère aîné Maurice dans les épreuves
réputées.
Match Garin-Lesna
Revue des effectifs en présence :
La fine fleur des grimpeurs et des coureurs résistants,
d’après « Le Petit Parisien » en 1903, comprenait Aucouturier,
Brange, Chapperon, Jean et Joseph Fischer, Maurice Garin,
Léon Georget, Kerff, Müller, Pasquier et Édouard Wattelier.
Argument peu recevable dans la mesure où cette sélection ne
se concentrait que sur les seuls participants au Tour.
16 En effet Lucien Lesna par exemple, qui possédait le plus
beau palmarès des cinq dernières années, méritait même d’être
désigné comme l’un des tout meilleurs éléments endurants.
Qualité fondamentale dans un Tour où la montagne serait à
cent lieues d’y jouer un rôle prépondérant…
Comparaison des performances :
Exploits :
Maurice Garin allait remporter la première étape du Tour à
la manière de ses grands triomphes dans Paris-Brest et retour en
1901 ou le second Bordeaux-Paris de 1902, c’est-à-dire en
franchissant la ligne d’arrivée avec une avance telle que personne
ne l’attendait ou presque.
Lucien Lesna triomphait pour sa part dans Marseille-Paris
notamment, avec sept heures d’avance sur son suivant immédiat
Rodolfo Müller.
Duels :
En 1901, Garin venait à bout de Lesna dans
Paris-BrestParis où ce dernier, en tête jusqu’à Rennes au retour, était
victime de la chaleur d’après son adversaire.
Le premier vainqueur du Tour dominait encore le second
Bordeaux-Paris de l’année suivante, où Lesna jouait cette fois
de malchance.
En revanche ce dernier triomphait de son grand rival lors de
Paris-Roubaix 1902 en particulier, des ennuis mécaniques ayant
toutefois retardé Maurice Garin.
Palmarès :
1894 marquera l’origine commune au palmarès des deux
champions.
Par contre, durant les cinq dernières années étudiées pour
cette enquête, Lucien Lesna comptera quatre grandes victoires
(deux Paris-Roubaix, Bordeaux-Paris et Marseille-Paris), contre
17 seulement deux à Maurice Garin (Paris-Brest-Paris et
Bordeaux-Paris).

Une seule de ces victoires était toutefois attribuée l’année
précédant le premier Tour de France : le second
BordeauxParis, organisé par « L’Auto », lequel revenait au Petit
Ramoneur.
Et, après le Tour, on ne devait plus trouver sur les tablettes
que Maurice Garin, vainqueur à nouveau de l’épreuve (!) en
1904…
Bilan du match :
En tenant doublement compte des enseignements fournis par
les exploits des deux champions et leurs duels au regard de leur
palmarès on obtiendrait :

Maurice Garin, champion : 12/20.

Lucien Lesna, challenger : 8/20.

Lucien Lesna, le digne prédécesseur de Maurice Garin.
18 Match Garin-Aucouturier
Première étape : Paris-Lyon, 467 km (départ à 15 h 16, le
1.07).
Dès la côte de Draveil (km 5), Garin se portait aux
commandes de la course, Georget dans la roue et le peloton… au
sein duquel on pouvait reconnaître Géo Lefèvre, commençant à
s’étirer sérieusement.
Puis une forte rampe, à la sortie de Corbeil (km 18),
dégagera un premier groupe de tête, toujours précédé de Garin et
Georget.

Alphonse Steines accompagne les partants du Tour emmenés par
Garin (casquette et jaquette blanches et brassard noir) et Fischer, sur
les lieux du départ réel, 500 m après le Réveille-Matin de Montgeron.
19 Sur le plateau surplombant la Seine et conduisant à Melun
(km 35), Aucouturier, Wattelier… et Georget passeront à
l’offensive à tour de rôle.
Et, à peine passé Fontainebleau (km 53), le Poitevin
apparaîtra le premier, quoique immédiatement suivi d’Aucouturier,
Garin, Müller, Kerff, Barbrel, Jean Fischer, Fourreau,
Ellinamour, Guillarme, Joseph Fischer, Victor Lefèvre…
Ses attaques, malgré l’appui de Georget, s’étant montrées
vaines, Aucouturier proposera alors à Garin de s’enfuir avec
lui, mais celui-ci jugera l’offre un peu prématurée.
Si bien qu’à l’approche de Montargis (km 102), où se situait
le second contrôle volant, un petit groupe était demeuré uni.
Bien plus tard, puisqu’aux environs de Cosne-sur-Loire (km
174), un bruit circulera au sujet de Jean Fischer, que l’on aurait
surpris à l’abri d’une voiture…

Durant la traversée de la cité nivernaise, Garin s’apercevra
d’une baisse de régime d’Aucouturier, de Müller et de
Pasquier, qui les poussera à descendre de vélo en quête de
récupération.
Ne cédant pas à la tentation, le favori de l’épreuve
poursuivra, au contraire, en compagnie du seul Pagie. Devinant le
danger, Georget les rejoindra prestement mais, vers
Pouillysur-Loire (km 189), le Châtelleraudais perçait de l’arrière.
À Nevers (km 227), les deux coureurs se présenteront ainsi
sans autre escorte au premier contrôle fixe, à 22 h 56.
Léon Georget surgira en troisième position, à 23 h 08, le
Belge Catteau à 23 h 18 et un groupe de vingt-huit concurrents
à 23 h 30…

Tiraillé par des crampes d’estomac Aucouturier, de son
côté, scellait pendant ce temps le premier drame sur le livre d’or
du Tour.
Le Terrible atteindra en effet Moulins (km 281) à une heure
des échappés et trois quarts d’heure après Georget, Müller,
Pasquier, Pothier et Catteau s’intercalant.

« Le grand athlète au maillot bleu et rouge s’effondrera sur
une chaise en pleurant, les larmes creusant des sillons roses
20 dans la poussière recouvrant son visage », sera-t-il écrit à la
découverte de sa profonde détresse.
Car l’athlétique Aucouturier, terrassé par la douleur, n’ira
pas au-delà de La Palisse (km 332).
Avec la présence empressée de Garin aux avant-postes et
l’abandon de son principal opposant, le premier Tour de France
perdait sans plus attendre sa part de suspense…

D’autant plus que le Petit Ramoneur décrochait son dernier
compagnon à la faveur d’une chute dans les faubourgs de Lyon,
où il parvenait vers neuf heures du matin, sur les pavés du quai
de Vaise.
Et si l’écart avec Pagie ne se chiffrera que par une minute, il
s’élèvera en revanche à trente-cinq minutes pour Georget,
cinquante-huit pour Pothier et une heure trois pour Augereau, en
particulier.
Et Millochon, la lanterne rouge, accusera quant à lui un
débours… de près de dix heures !
Deuxième étape : Lyon-Marseille, 374 km (départ à 2 heures,
le 5.07).
Ayant recouvré toutes ses facultés Aucouturier attaquait
d’entrée, profitant d’une chute de Garin. Il emmenait avec lui
Léon Georget, dangereux au général.
À son arrivée à Marseille vingt-six minutes après les deux
hommes, Garin déclarera jouer la victoire finale en priorité aux
étapes… et sous-estimer Georget !
Troisième étape : Marseille-Toulouse, 428 km (départ à
22 h 30, le 8.07).
Hippolyte Aucouturier, partant dorénavant dans un second
peloton une heure après les rescapés du général, bénéficiait
cette fois d’une erreur de parcours de Maurice Garin, qui
coûtait environ un quart d’heure à son auteur, pour lui reprendre du
temps. Il comblera néanmoins trente-deux minutes… et gagnera
à nouveau l’étape.
21 Quant à Léon Georget, souffrant à son tour de l’estomac (!)
et perçant à plusieurs reprises, il perdra sur Garin près de deux
heures…
Quatrième étape : Toulouse-Bordeaux, 268 km (départ à
5 heures, 12.07).
Déterminé à ne pas s’exposer une troisième fois Garin
prenait à son tour l’initiative en accélérant le premier l’allure.
Dans le même temps la malchance retombait sur
Aucouturier qui chutait au sein du second groupe, se plaignait d’être
mal épaulé… et abandonnait définitivement.
Pourtant dix-neuf autres concurrents l’accompagnaient,
parmi lesquels Gauban, Pagie, Jaeck, Laeser, Dortignacq et
Lorgeou, et sa chute par ailleurs s’avérait plutôt bénigne.
Du reste Laeser, tombé avec lui, se relevait rapidement pour
finalement enlever l’étape…
Cinquième étape : Bordeaux-Nantes, 425 km (départ à
23 heures, le 13.07).
Maurice Garin faisait à nouveau le forcing, se débarrassant
définitivement à son tour de Georget, démoralisé par deux
crevaisons successives avant de sombrer, victime d’une terrible
défaillance.
Sixième et dernière étape : Nantes-Paris, 471 km (départ à
20 heures, le 18.07).
Distançant très nettement tous ses concurrents au général
Garin poursuivait malgré tout la course en tête, terminant à
fond pour se débarrasser tour à tour de ses derniers rivaux en fin
d’étape et remporter ainsi son troisième succès, le second
consécutivement…
Précision :
Maurice Garin se révélait meilleur tacticien qu’Hippolyte
Aucouturier, shuntant notamment les ravitaillements lors de la
22 première étape pour distancer ses adversaires, imité de Pagie.
Mais qui le ravitaillait ?
Bilan du match :
En appliquant un coefficient 3 à la première étape, la seule
où les deux opposants luttèrent pour le général, 2 aux trois
manches suivantes où le Terrible prolongera la lutte, et 1 seulement
pour les deux dernières ainsi que l’ultime remarque, nous
obtiendrions :

Maurice Garin, champion : 8/12.

Hippolyte Aucouturier, challenger : 4/12.
Commentaires
Louanges :
« Le Petit Parisien » du 20.07.1903 reconnaissait en Maurice
Garin la réputation de meilleur Français sur longues distances
ainsi que celle de grimpeur de côtes de tout premier ordre.
Mais une étude plus approfondie montrera également les
vices (datant déjà de quelques années) liés au professionnalisme,
donc à l’argent…
Dopage :
Des supporters d’Hippolyte Aucouturier certifièrent que
leur idole avait été empoisonnée lors de la première étape.
Mais ce poison n’eût-il pas été alors, tout simplement, du
dopage ?

Dans Bordeaux-Paris 1896, déjà, Choppy Warbuton, le
soigneur du champion anglais Arthur Linton, quittait subitement à
Orléans son poulain mort de fatigue et dont l’abandon, donc, ne
faisait plus aucun doute, pour ne pas rater l’arrivée.
Quelle ne fut pas sa stupéfaction de le voir franchir la ligne
le premier, quelques heures plus tard !
Linton était en effet reparti d’Orléans trois minutes plus tard,
après s’être « restauré », avait rejoint Rivierre dans la côte de
23 Suresnes, et terminait avec deux tours du Vélodrome de la Seine
d’avance sur ce dernier, bénéficiant toutefois d’une erreur de
parcours de son adversaire…
Il devait décéder de la typhoïde quelques mois plus tard !

À l’arrivée de l’éprouvante troisième étape
MarseilleToulouse, Desgrange avait trouvé les coureurs très fatigués, à
l’exception d’Aucouturier et de Dargassies !
Enfin, lors des différents contrôles de ravitaillement, on
notait (notamment) que Garin prenait toujours la même soupe…
Favoritisme :
Maurice Garin disposait d’une assistance de tout premier
ordre également (pour effectuer la comparaison avec sa
réputation de « grimpeur »), par le biais de sa marque la
FrançaiseDiamant, qui serait allée jusqu’à enfreindre le règlement… avec
la bénédiction de l’Organisation, laquelle y aurait trouvé son
compte par ailleurs !
Est-ce cette mansuétude qui permit à Garin de shunter sans
problème de fringale les ravitaillements, en particulier lors de
l’étape initiale ?
Les journalistes de « La Provence sportive », à l’occasion de
la troisième étape à nouveau, la plus dure, témoignèrent
également que les contrôleurs eux-mêmes ravitaillaient la Française
en dehors des zones autorisées quand ils ne fournissaient pas un
vélo à Pothier, qui avait dû lui-même dépanner son leader…
Enfin, sur sa Cottereau, unique voiture à avoir suivi la
course en totalité, F. de Baeder, le patron de « La Revue
sportive », émettra des doutes quant à la régularité de l’épreuve.

De 1930 à 1961, puis en 1967 et en 1968 pour les dernières
fois, les coureurs ne lutteront plus pour leurs marques
respectives mais au sein de formations nationales, ce qui avait entraîné
maintes polémiques dont le manque d’agressivité de Bauvin
vis-à-vis de Walkowiak en 56 ou la prise de décisions injustes
comme celle de 1960, où les « grosses écuries » : France,
Belgique, Italie et Espagne comprenaient quatorze coureurs alors
que les autres, Suisse-Luxembourg en particulier, et sans Charly
Gaul de ce fait, étaient réduites à huit par exemple.
24
En 1903 la course était individuelle, mais les coureurs
(professionnels, bien entendu) étaient déjà structurés en équipes
sponsorisées…
Ce qui s’était toutefois retourné contre Garin dans la
seconde étape où Aucouturier avait littéralement « tiré »
Georget.


Classements détaillés



25

26


Statistiques annexes



Première équipe : la Française-Diamant (Garin, Müller,
Pasquier, Joseph Fischer, Pothier, Augereau, Catteau, Jaeck,
Pagie et trois autres noms moins connus).
Aucouturier courait pour la marque Crescent.

ePremiers étrangers : l’Italien Müller (4 ), les Belges Kerff
e e e(6 ), Samson (7 ), Catteau (10 ) et Salles, les Allemands
Fisecher (15) et Bartelmann ainsi que les Suisses Laeser
e(vainqueur de la 4 étape), Jaeck, Lequatre et Mercier.

Premiers cols : col du Pin Bouchain (Beaujolais : 760 m).
col de la République (Massif du Pilat : 1 161 m).

La plus belle ascension : celle d’Hippolyte Aucouturier,
échappé au début de la seconde étape dans le col de la
République, emmenant avec lui Müller, Wattelier et Garrot.
Remarques complémentaires imprévues :
Classement final erroné !
Bien que tous les ouvrages spécialisés aient indiqué que les
kilométrages et les temps étaient loin d’être parfaits, il n’était
vraiment pas prévu dans cette étude de découvrir que, sur les
dix premiers classés de ce Tour initial, pas un seul ne devait être
doté d’un chronométrage mathématiquement correct…
En effet, si l’on respecte les temps officiels de chaque étape
et des classements généraux, intermédiaires et finaux, donnés
par le journal organisateur « L’Auto » le 20 juillet, force est de
constater que de Garin à Catteau inclus, en passant par
Georget (seuls cas étudiés), pas un seul concurrent (si l’on tient
27 compte de la précision des classements au cinquième de
seconde !) n’héritait d’un cumul cohérent.
Certes, en ce qui concernait Garin lui-même, Georget,
Augereau, Müller, Fischer, Kerff, Pasquier, Beaugendre et
Catteau l’erreur restait dérisoire, surtout pour l’époque : -14”2/5
au premier (temps réel : 94 h 33’14”2/5 mais également temps
de référence de l’épreuve tout de même…).
et de +/- 1/5 à 2 mn pile (Kerff) pour les autres.
Mais au niveau de Pothier, second, elle passait à… -10 mn,
pile également (temps réel : 97 h 32’45”3/5) et pour Samson
surtout, à -3… h 31’33”4/5 ! lui valant de devancer injustement
Kerff.
Questions :
Comment est-il possible que Kerff n’ait pas réagi alors qu’il
précédait Samson de plus de 3 h 30 min à Nantes et qu’il
terminait à Paris à moins d’une heure du premier ???
Il est vrai que deux ouvrages : « le Tour a 75 ans », numéro
spécial de l’Équipe, et « les 80 ans du Tour de France » de
Sprint International, donnent le classement réel (sans temps) où
e eSamson termine 7 et Kerff 6 …

Henri Desgrange aurait-il finalement rectifié le classement
dans « L’Auto » après le 20 juillet ?
28














1904.
Où la loi du profit
ne se fit pas attendre…








L’itinéraire des deux premiers Tours de France.
31


Inventaire des vainqueurs potentiels



L’étude, sur le même principe que pour 1903, ne portera
plus cette fois que sur les quatre années précédant le Tour de
France 1904.
En conséquence les coefficients appliqués seront également
limités à 4.
Résultats obtenus :
1. Hippolyte Aucouturier : 485 pts.
2. Maurice Garin : 310 pts.
3. Fernand Augereau : 256 pts.
4. Lucien Lesna : 253 pts.
5. Rodolfo Müller : 216 pts.
6. Lucien Pothier : 212 pts.
7. Jean Dargassies : 176 pts.
8. Arthur Pasquier : 144 pts.
9. Jean Fischer : 137 pts.
10. Édouard Wattelier : 122 pts.
11. Louis Trousselier : 117 pts.
12. Claude Chapperon : 108 pts.
13. Michel Frédérick : 100 pts.
14. Ambroise Garin : 100 pts.
15. César Garin : 96 pts.
16. Georges Fleury : 96 pts.
17. Léon Georget : 87 pts.
18. Hippolyte Pagie : 80 pts.
19. Julien Samson : 80 pts.
20. Marcel Kerff : 76 pts.
21. Giovanni Gerbi : 75 pts.
22. Omer Beaugendre : 68 pts.
33 23. Gaston Rivierre : 68 pts.

En s’appuyant par ailleurs sur les mêmes critères de
sélection qu’en 1903, la lutte intéressant la victoire finale ne
concernerait plus que les deux premiers : Hippolyte
Aucouturier et Maurice Garin.
34


Enquête ne portant donc que sur le tour



Revue des effectifs en présence :
Si les connaisseurs s’attendaient à un nouveau duel
GarinAucouturier, il ne paraissait pas inutile d’accorder une chance
eà des outsiders tels Pothier, 2 de la première édition de
e el’épreuve et 3 de Paris-Roubaix 1904, Dargassies, 2 de
Boredeaux-Paris 1904, Frédérick, 2 de Bordeaux-Paris et de
PariseRennes 1902, César Garin, 2 de Paris-Roubaix 1904, Fleury,
e3 de Bordeaux-Paris 1904, Looten (plus connu sous le
pseudoenyme de Samson), 6 du Tour 1903, Gerbi, vainqueur de
eMilan-Turin 1903, voire Beaugendre, 9 du premier Tour de
France.
Étude de la course :
Première étape : Paris-Lyon, 467 km (départ à 21 heures, le
2.07).
Comme l’année précédente, le Tour allait se jouer dans la
première étape et même au tout début de celle-ci !
En effet, dès le troisième kilomètre, des cyclistes étrangers à
la course se mêlaient aux coureurs, se portant pour beaucoup en
tête, et venaient gêner les leaders.
Garin se faufilait et passait ; Aucouturier lui emboîtait le
pas mais était heurté par le travers, déséquilibré et projeté à
terre…
Tombaient avec lui sept autres concurrents dont Pothier,
Gerbi et Beaugendre. Lipman brisait son vélo, Blanqui ne
retrouvait pas le sien, et Aucouturier estimera avoir perdu un
quart d’heure dans l’histoire.
35 Garin, aidé de son frère, ainsi que Samson et Brange
notamment, tiraient profit de la situation en déclenchant la
bagarre.
À Corbeil (km 18) Aucouturier pointera à un peu plus de
cinq minutes tandis que Pothier opérait tout juste la jonction,
bientôt imité par Lapré.
À Fontainebleau (km 53) Garin emmenait trente coureurs.
Pothier passait peu après, handicapé par son vélo abîmé et
Aucouturier, seul, se trouvait à présent à dix minutes.
Le Terrible crevait ensuite à Nemours et roulait sur la jante
avant de se faire dépanner par Samson, n’ayant pas de boyau de
rechange !
À Montargis (km 102) Pothier se présentait cette fois à
quinze minutes et Aucouturier, victime de deux nouvelles
chutes… à quarante-trois.
Gerbi et Beaugendre rejoignaient à leur tour le groupe de
tête à Briare (km 143) et Pothier… qui les avait imités,
disparaissait à nouveau sur crevaison pour parvenir au contrôle douze
minutes plus tard, Aucouturier n’apparaissant qu’au bout de
trois quarts d’heure.
Pothier revenait une troisième fois sur les leaders de la
course à Cosne-sur-Loire (km 174) alors que Cornet et Payan,
qui le devançaient de sept minutes auparavant, naviguaient à
présent à dix-huit minutes !
À Nevers (km 230) les échappés ne seront plus que sept :
Maurice Garin, Pothier, Gerbi, Frédérick, Jaeck, Chevalier et
Jousselin, César Garin, Beaugendre, Laeser et Rossignoli
suivant à cinq minutes.
Il faudra attendre une heure pour voir enfin Aucouturier, le
visage tuméfié et l’un des poignets foulé…
Abattu, le coureur de Peugeot s’accordera un instant de
récupération pendant que, devant, Jaeck disparaissait sur chute, le
quatuor de poursuivants étant repoussé à quinze minutes.
À Moulins (km 281) le Terrible arrivera finalement 1 h 44
derrière les leaders, complètement « cuit » malgré son arrêt à
Nevers…
36
Samson et Cnops au poinçonnage des vélos dans la cour de
« L’Auto ».
Peu après Varennes-sur-Allier (km 315), à la faveur d’une
rude côte, Garin attaquait. Seuls Pothier, Gerbi et Frédérick
parvenaient à le contrer puis, dans la bosse suivante encore plus
pentue, il ne restait que le Français dans son sillage, lequel
réussissait même à prendre le relais.
Dans la partie la plus accidentée de l’étape, entre la Palisse
et la Pacaudière, les deux la Française franchiront toutes les
difficultés sans descendre de vélo, contrairement à la plupart
des autres concurrents.
À Roanne (km 381) ils possédaient vingt et une minutes
d’avance sur le duo italo-suisse, plus de quarante-cinq sur Garin
junior, Beaugendre, Lombard et Gauban, 1 h 41 sur Cornet, et
2 h 04 sur Aucouturier (en plein marasme…) qui avait trouvé
un compagnon de route en la personne de Pillon.
Après avoir lâché Gerbi, Frederick passait à Tarare (km 424)
à quarante minutes des leaders, l’Italien à cinquante-cinq
minutes, le quatuor emmené par César Garin à 1 h 05, et le Terrible
notamment, à près de 2 h 30 !

Comme l’année précédente Maurice Garin ne s’isolera que
lors du final pour rallier l’arrivée à la Demi-Lune avec
seulement 24” d’avance sur Pothier, mais 38’ sur Frederick, 43 sur
37 Gerbi, 1 h 05 sur le groupe Garin junior, et 2 h 30 sur
Aucouturier et Pillon qui avaient repris Cornet. Pour anecdote le Petit
Ramoneur améliorait son temps de 1903 de trente-huit
minutes…
Et comme l’an passé également, le Terrible perdait le Tour
au premier acte. Mais Cornet, sans doute défaillant puisque
finalement arrivé quand ce dernier, allait au contraire le gagner.
De quoi rêver !
Deuxième étape : Lyon-Marseille, 374 km (départ à 0 h 30, le
10.07).
La lutte reprenait sans attendre puisqu’à Rive-de-Gier (km
35) quatorze coureurs, dont Garin, précédaient Aucouturier et
six autres concurrents.
Un peu plus tard le régional Faure se dégagera dans le col
de la République, distançant Garin de deux minutes, et un
peloton de dix-huit unités parmi lesquelles Aucouturier, Pothier,
César Garin, Gerbi, Beaugendre et Cornet, de quatre.

À gauche Jean-Baptiste Dortignacq
et à droite Hippolyte Aucouturier.
38 Un regroupement se produira dans la montée, mais Faure
démarrera à nouveau en vue du sommet pour le franchir en tête,
Pothier dans sa roue. À moins de cent mètres suivait Gerbi,
juste devant Maurice Garin et tous les hommes… forts.

Soudain, des spectateurs envahirent la route après le passage
du Stéphanois pour assaillir ses suivants à l’aide de gourdins…
Seul Pothier échappait au carnage. Les Garin, à un degré
moindre Aucouturier, et surtout Gerbi qui sera contraint à
l’abandon, seront les plus malmenés.
Dix coureurs parviendront cependant à se regrouper sur
Annonay : les Garin, Aucouturier, Pothier, Cornet, Frédérick,
Dortignacq, Catteau, Chaput… et Faure.

Garin, sérieusement blessé au bras, contrôlera Aucouturier.
Celui-ci, à présent préoccupé par le seul gain de l’étape, se
satisfera de l’inhabituelle passivité du leader, qui le favorisait en
vue du sprint à Marseille, pendant que Lombard renforçait le
groupe et qu’à l’inverse Frédérick, qui allait abandonner, et
Catteau, décrochaient.
Troisième étape : Marseille-Toulouse, 424 km (départ à
21 heures, le 13.07).
À la suite de l’élimination de Payan, l’un des régionaux de
l’étape surpris en flagrant délit de fraude à plusieurs reprises,
ses supporters d’Alès décidèrent d’agresser les coureurs une
seconde fois, à leur arrivée au contrôle de Nîmes.
Paradoxalement, et à l’inverse des incidents du col du Grand
Bois, les meilleurs s’en sortaient le mieux, à l’exception de
César Garin dont on brisait la monture.
Là encore un groupe de huit éléments se dégagera pour
pointer en tête à Montpellier. Il comprenait notamment Maurice
Garin, Pothier, Aucouturier, Beaugendre, Cornet et Samson.

À Béziers, les échappés n’étaient plus que cinq, les cinq
premiers mentionnés. Puis Cornet partait seul à la faveur du
contrôle de Carcassonne mais Aucouturier, alerté par son
ma39 nager Alibert, le prenait aussitôt en chasse et le rejoignait
rapidement.
C’est avec un handicap de cinq minutes que Garin, Pothier
et Beaugendre allaient à leur tour quitter le contrôle pour
entreprendre la poursuite.
Ils devaient rallier Toulouse 8’13” derrière leurs anciens
compagnons de route, Aucouturier ayant réglé Cornet à
l’emballage.
César Garin n’arrivera lui que 51’39” après le Terrible…
Quatrième étape : Toulouse-Bordeaux, 268 km (départ à
5 heures, le 17.07).
On retrouvait les clous à la sortie de Grisolles et
Aucouturier en était encore l’une des victimes. Il crèvera trois fois et
trois fois il empruntera un vélo de fortune !
À Moissac il reviendra cependant à deux minutes des
premiers dont ne faisait pas partie Cornet. Mais il crèvera encore…
des deux pneus simultanément au moment de réintégrer le
peloton. Victime lui aussi des pointes, Cornet le rejoignait alors et
roulait avec lui. Mais il crevait à nouveau à son tour, regardant
s’éloigner son compagnon.
Celui-ci passera à trente-trois minutes des Garin, Pothier,
Beaugendre et consorts à Agen, et Cornet à trente-quatre. A
Marmande Cornet rattrapera à nouveau Aucouturier avec
lequel il reviendra à trente minutes des leaders. À l’arrivée à
Bordeaux l’écart ne sera que de trente et une minutes, les deux
hommes ayant notamment bouclé l’ultime kilomètre au sprint !
La victoire de Pothier en terre girondine devant César
Garin, Beaugendre et Maurice Garin à une seconde,
Aucouturier terminant pour sa part sixième devant Cornet,
était contestée avec virulence par Beaugendre, que César
Garin aurait involontairement gêné. Sa réclamation se voyant
rejetée, il abandonnait le Tour sur le (très mauvais) conseil de
son manager…
40 Cinquième étape : Bordeaux-Nantes, 391 km (départ à
22 heures, le 20.07).
L’étape se déroulait sans polémique ni attaque, un fait
presque unique !
L’arrivée regroupait quasiment sept des huit premiers du
général, Beaugendre n’étant plus là, qu’accompagnait Prévost
(huitième de l’étape à 30”)… lequel se brisera la clavicule
durant le sprint gagné par Aucouturier bien évidemment, devant
Dortignacq et César Garin à 4”, Cornet et Maurice Garin à
11”, Pothier à 18” et Jousselin à 24”.
Sixième et dernière étape : Nantes-Paris, 461 km (départ à
19 heures, le 23.07).
L’étape se déroulera là encore par élimination mais, à
Rambouillet, Aucouturier incitera Garin à passer à l’offensive et
les deux hommes, accrochés par Dortignacq (qui ne cédera que
dans l’ultime bosse : la côte de Picardie), feront aussitôt le trou.
Aucouturier disposera à nouveau facilement du Petit
Ramoneur dans l’ultime sprint de Ville-d’Avray.
Dortignacq terminait à 10”, Pothier à 3’ devant César
Garin, et Cornet à 12’, Colsaet s’intercalant. Samson prenait la
huitième place à 19’.

Et Maurice Garin remportait son deuxième Tour de France !
Oui, MAIS…
Commentaires.
Garin avait sans doute remporté une seconde victoire grâce
aux mêmes qualités qu’il possédait en 1903 : endurance et
agilité en particulier.
Il était parti favori pour sa résistance de « sanglier » (qui lui
avait valu un second surnom) et son sens aigu de la course.
Toutefois Aucouturier, athlète au tempérament généreux,
venait de dominer Paris-Roubaix de belle manière… et voulait
sa revanche.
Par ailleurs si les véritables vedettes cyclistes se faisaient
aussi rares que l’année précédente, il manquait notamment les
41 Georget, Petit-Breton et Trousselier, il ne sera pas inutile de
préciser que les absents s’étaient persuadés briller davantage
dans d’autres courses que le Tour, en particulier au Bol d’Or…

Amélioration : en 1903 Géo Lefèvre ne disposait que de son
vélo et du train pour suivre la course… Il était toutefois épaulé
du chef contrôleur Léon Collet, sur une motocyclette, ainsi que
d’Ouzou, de « L’Auto », qui allait suivre le groupe de tête
durant les six étapes à bord de sa voiturette Cottereau.
En 1904, Lefèvre héritait d’une voiture, conduite par Ouzou,
ainsi que d’un adjoint (Jean Miral). Le champion Gaston
Rivierre, qui venait de mettre un terme à sa carrière sportive, fut
également chargé de le seconder au guidon d’une moto.
Cela, paradoxalement, n’allait pas supprimer les diverses
tricheries constatées l’année précédente, bien au contraire !
Ce qui nous amènera à étudier également dans le détail, cette
énorme affaire qui aboutit au déclassement des quatre «
meilleurs »…
Tricherie :
D’innombrables plaintes allaient se succéder tout au long du
Tour (c’était particulièrement la mode cette année-là), plus
virulentes l’une que l’autre, et qui allaient déboucher sur les graves
incidents des seconde et troisième étapes.
On reprochait aux coureurs, principalement aux leaders : la
voiture suiveuse, l’aide d’entraîneur ou de soigneur, le jet de
clous, la provocation de chutes, le ravitaillement hors zones
prescrites, la recherche d’abri derrière véhicule, voire le
remorquage par celui-ci, etc.

Cas de Garin : il fut tout d’abord suspecté d’avoir «
organisé » la première chute d’Aucouturier ! Mais comment eût-il
fait, se trouvant devant et le Terrible ayant été heurté par le
travers…
Toutefois Delattre n’aurait-il pu, lui, soudoyer quelqu’un ?
Toujours est-il que le manager du champion s’était beaucoup
trop impliqué dans la course, faisant naître la rancœur au sein
des « seconds rôles »… et l’inimitié de l’Union Vélocipédique
Française.
42
Revenons à la première étape où Garin et Pothier auraient
contraint Lefèvre, qui les suivait depuis leur échappée, à les
ravitailler. Nous pensons tenir là l’infraction la plus grave
commise par le « vainqueur », pourtant réputé pour ne jamais
manger que ses fameuses soupes… aux contrôles. Mais cette
pratique fut-elle unique ?
Car une automobile étrangère à la course (une de plus !)
proposait elle-même de ravitailler les deux leaders, qui
refusèrent alors, en leur certifiant l’avoir déjà fait pour une dizaine
d’autres. Les quatre occupants allaient ensuite déposer une
réclamation pour l’attitude des deux sociétaires de la Française
vis-à-vis de Lefèvre !

On accusait encore Garin d’être le jeteur de clous…
Mais là où le Terrible, le plus malchanceux des favoris,
connut les plus noirs ennuis (au début de la quatrième étape), il
y avait bien longtemps que le Petit Ramoneur avait course
gagnée !
Il fut enfin reproché au plus rapide de ce Tour de n’avoir pas
connu d’opposition valable. On avait effectivement trouvé
(déjà) chez Pothier, César Garin et Aucouturier, voire
Beaugendre ou Cornet, l’attitude des outsiders des Tours
modernes qui craignaient d’essuyer la défaillance pour oser
attaquer et, de ce fait, risquaient davantage de perdre vis-à-vis
des autres que de gagner par rapport au leader. On se souvient
encore du sort qui échut à Lesna dans Paris-Brest-Paris 1901
par exemple…
Personne en tout cas ne l’accusa d’avoir été tiré par une
voiture et pour cause… il roulait toujours devant !

Cas de Pothier : il avoua s’être fait remorquer par son
manager parce que l’excellente condition dont il disposait au
moment de ses incidents méritait de le laisser poursuivre à
animer la course alors qu’Aucouturier, lui, se trouvait beaucoup
trop éloigné pour espérer recoller ! Sa malhonnêteté fut la seule
évidente…

43 Cas d’Aucouturier : bien qu’il vînt de remporter
ParisRoubaix, la seule épreuve de l’année n’ayant souffert d’aucune
anomalie, le Terrible ne fut pas épargné par la critique…

On colportait qu’il s’était allié à Cornet, qui n’appartenait
pas à son équipe. Mais n’était-ce pas finalement plus équitable
vis-à-vis des coureurs de la Française ?
On lui reprochait également de s’être abrité lui aussi derrière
une voiture, sur Lyon, ou d’avoir hérité de boissons en route.
Toutefois Desgrange, après l’arrivée du Tour, vantait
Aucouturier comme étant le meilleur selon lui devant Pothier,
ignorant curieusement Garin…
En savait-il plus qu’il ne voulait bien le dire ?

En fait, il était surtout reproché aux quatre premiers
l’assistance trop évidente de Peugeot pour Aucouturier, et de
la Française davantage encore, pour les trois autres.
Le Terrible sera cependant pénalisé officiellement pour sa
recherche d’abri derrière un véhicule évoquée plus haut mais,
curieusement, cette infraction ne lui coûtera qu’un blâme !

L’UVF n’avait accordé la licence d’organisation à
Desgrange qu’à la condition d’un respect scrupuleux de son propre
règlement (draconien)…
Le « père du Tour » fit preuve d’irresponsabilité en se
voulant trop sévère, tendant ainsi la perche à la Fédération
Nationale. Son choix de permettre le déroulement partiel de
l’épreuve de nuit allait encore accentuer le malaise.
Pour des raisons budgétaires il avait dû longer les grands
axes ferroviaires, la distance entre gares principales imposant de
partir de nuit, et fut contraint (sous peine de résiliation) de
changer la physionomie de sa course dès l’année suivante !

Par ailleurs Desgrange considérait trop l’UVF comme
quantité négligeable, accordant son crédit aux industriels et aux
banquiers qu’il fréquentait de plus en plus, lesquels l’incitaient
sans cesse à aller de l’avant…
De surcroît, début août, la Française fêtait la seconde
victoire de Garin avec tout son encadrement, les coéquipiers du
44 champion… Desgrange, Lefèvre et la plupart des rédacteurs
sportifs parisiens. L’UVF a-t-elle apprécié ?
Cet organisme s’était déjà distingué à l’occasion de
Bordeaux-Paris en déclassant là aussi les quatre premiers, mais
toujours sans se demander si les leaders suspectés étaient ou
non incriminés directement lors des enquêtes menées.

Et les actions réelles reprochées n’ont-elles pas été cachées
pour éviter un scandale. En tout cas il ne sera plus possible de
vérifier a posteriori… le dossier ayant disparu !
La morale fit que les coureurs de second plan héritèrent du
gâteau bien que leur honnêteté n’ait pu être prouvée : ils
n’étaient pas surveillés comme les champions.

Si l’UVF fit preuve de grande fermeté dans ses décisions,
elle manqua totalement en revanche de dignité en ne répondant
jamais aux appels de Desgrange et, pire, de Pierre Giffard, le
plus grand rival de ce dernier qui venait le soutenir…
Car, en définitive, la Fédération avait indiscutablement
confondu (volontairement ou non) l’esprit et la lettre.

À tout cela doit-on encore y ajouter le dopage ? Ce ne serait
pas apporter beaucoup… d’eau au moulin car, dans ce domaine,
Aucouturier et Garin se situaient sur un pied d’égalité : que la
poudre de kola soit dans du vin ou de la soupe…
Conclusion :
L’application à la lettre du règlement draconien de
Desgrange désignait Beaugendre comme seul vainqueur
acceptable ; seulement voilà, son manager lui conseillait
(stupidement, ce que le cycliste reconnut plus tard) d’abandonner au
terme de la quatrième étape, sa réclamation pour avoir été battu
au sprint irrégulièrement ayant été rejetée. Beaugendre pointait
en effet à la quatrième place du général, précédant
Aucouturier… et Cornet, de vingt-six minutes !
Si l’UVF avait poussé le purisme au paroxysme, elle eût
alors été contrainte de descendre… à la huitième place pour y
récupérer le modeste Catteau (à plus de 12 heures de Garin !),
après avoir disqualifié plus de la moitié des concurrents ayant
45 bouclé le Tour, principalement Cornet et Dortignacq qui
n’avaient pas été, eux non plus, exempts de sanctions…

Non, cent fois non ! Plus sportive eût été une pénalisation au
temps : Aucouturier une heure, tout comme César Garin ;
Maurice Garin deux heures à la limite et Pothier trois heures
au moins ?
Le Petit Ramoneur n’ayant guère subi la course que dans la
partie finale de la troisième étape et n’ayant concédé que trois
bonnes minutes à son principal rival le Terrible en
quatrevingt-treize kilomètres, soit sensiblement trois minutes trente
aux cent kilomètres, il faudrait alors parachever l’étude en
rendant aux défavorisés qui luttèrent à l’arrière quasi seuls, le
temps perdu sur malchance par un forfait de cinq minutes par
cent kilomètres par exemple, et en neutralisant leurs arrêts.

Ainsi Aucouturier récupérerait 1 h 47’ 59” (dans la
première étape, les 45’ de retard à Briare pour tenir compte de ses
chutes et de sa crevaison + 17’ sur les 330 km restants + 15’
d’arrêt à Moulins et, dans la quatrième, les 30’59” pour annuler
son lâchage sur trois crevaisons) ; Cornet les 30’58” de la
quatrième étape également, ainsi que les 11’50” de la dernière
(pour crevaison lui aussi) ; César Garin les 43’26” de la
troisième étape, son vélo s’étant brisé, et Pothier sa troisième
heure de pénalité car il avait tout de même suivi… et relayé son
leader lors de l’attaque de celui-ci, alors qu’Aucouturier aurait
sans doute subi le même sort que Frederick et Gerbi,
s’avouant « cuit » bien avant l’attaque de Garin, puis se
montrant incapable de revenir dans le final sur de modestes coureurs
tels Gabory, Payan ou Gauban…
Par souci de justice, on rendrait à Garin, Pothier et
Beaugendre les 5’ grappillées au dernier contrôle de la troisième
étape par Aucouturier et Cornet.

On obtiendrait alors Maurice Garin : 95 h 01’ 25” ;
Pothier : 95 h 04’ 53” ; César Garin : 95 h 14’ 10” ;
Aucouturier : 95 h 10’ 52” et Cornet : 95 h 28’ 08”, soit :
1. Maurice Garin. 2. Pothier à 3’28”. 3. Aucouturier à
9’27”.
4. C. Garin à 12’45”. 5. Cornet à 26’43”.
46
Une chose reste certaine : comme en 1903 Garin avait su
gérer sa course, roulant toujours devant et lançant l’attaque la
plus incisive dans le « champ de bosses » situé entre la Palisse
et la Pacaudière lors de la première étape, et ne pliait face à
l’opposition qu’à un seul moment, en fin de troisième étape sur
Toulouse, se faisant piéger par Aucouturier à un ravitaillement
tout en ne cédant que très peu de terrain. Il parut du reste ne pas
se livrer à fond ensuite, ne risquant plus rien au général…
À notre avis ce fut même le premier Patron du Peloton (on
retrouvera un peu sa tactique chez Bernard Hinault… beaucoup
plus tard).
Autre évidence : les spécialistes savaient bien quels étaient
les coureurs au-dessus du lot et, du reste, la victoire du Petit
Ramoneur n’avait été contestée par aucun de ses concurrents…

Garin, quant à lui, ne devait jamais accepter son
déclassement !
47
Classements détaillés :



48


Classements rectifiés… sportivement



Première étape : 1. Maurice Garin*; 2. Pothier* à 24” ; 3.
Frederick à 17’54” ; 4. Gerbi à 23’19” ; 5. Chevalier* à 29’54” ;
6. Beaugendre à 44’54” ; 7. Lombard à 45’24” ; 8. Gauban à
46’09” ; 9. C. Garin* à 54’54” ; 10. Aucouturier* à 1 h 02’54” ;
11. Faure à 1 h 42’54” ; 12. Gabory à 2 h 04’54” ; 13. Cornet
2 h 09’54” ; 14. Pillon à 2 h 09’55” ; 15. Payan* à 2 h 43’09” ;
16. Maitron à 2 h 49’04” ; 17. Dortignacq à 3 h 01’54” ; 18.
Ventresque à 3 h 01’55” ; 19. Jousselin* à 3 h 11’54” et 20.
Dargassies à 3h 44’24”.

Deuxième étape : 1. Antoine Faure ; 2. Lombard, 3. Cornet
et 4. Dortignacq, tous à 1” ; 5. Aucouturier* à 9’58” ; 6. C.
Garin* à 9’59” ; 7. Pothier* à 19’59” ; 8. M. Garin* à 20’00” ; 9.
Chaput* à 30’02” ; 10. Catteau à 39’58” ; 11. Beaugendre à
1 h 21’58” ; 12. Gabory à 1 h 21’58” ; 13. Samson à 1 h 23’58”
et 15. Dargassies à 2 h 11’ 58”.
Général : 1. Maurice Garin*; 2. Pothier* à 23” ; 3. Lombard
à 25’24” ; 4. C. Garin* à 44’53” ; 5. Aucouturier* à 52’52” ; 6.
Faure à 1 h 22’54” ; 7. Beaugendre à 1 h 46’52” ; 8. Cornet à
1 h 49’55” et 9. Dortignacq à 2h 41’55”.

Troisième étape : 1. Henri Cornet ; 2. Beaugendre à 3’11” ;
3. Aucouturier* à 10’00” ; 4. C. Garin* à 18’13” ; 5. Pothier* à
23’12” ; 6. M. Garin* à 23’13” ; 7. Fily* à 37’08” ; 8.
Dortignacq à 42’07” ; 9. Catteau à 43’05” ; 10. Jousselin à
1 h 30’57” et 11. Dargassies à 2 h 16’ 45”.
Général : 1. Maurice Garin*; 2. Pothier* à 22” ; 3.
Aucouturier* à 39’39” ; 4. C. Garin* à 39’53” ; 5. Cornet à 1 h 26’42” ;
6. Beaugendre à 1 h 26’50” ; 7. Dortignacq à 3 h 00’49” ; 8.
Faure à 3 h 16’26” et 9. Catteau à 4h 47’47”.

49 Quatrième étape : 1. François Beaugendre ; 2. Cornet* à
1” ; 3. Aucouturier* et 4. C. Garin* à 9’59” ; 5. Jousselin à
15’55” ; 6. Pothier* à 19’59” ; 7. M. Garin* à 19’59” ; 8.
Maitron à 40’23” ; 9. Catteau à 50’09” ; 10. Gabory à 1 h 08’13” ;
11. Dortignacq à 1 h 19’53” et 12. Dargassies à 1 h 31’ 08”.
Général : 1. Maurice Garin*; 2. Pothier* à 22” ; 3.
Aucouturier* à 29’39” ; 4. C. Garin* à 29’53” ; 5. Cornet* à
1 h 06’44” ; 6. Beaugendre à 1 h 06’51” ; 7. Dortignacq à
4 h 00’43” ; 8. Catteau à 5 h 17’03” et 9. Jousselin* à 7h
36’32”.

Cinquième étape : 1. Jean-Baptiste Dortignacq ; 2. Cornet à
7” ; 3. Jousselin à 20” ; 4. Aucouturier* à 9’56” ; 5. C. Garin* à
10’00” ; 6. M. Garin* à 20’08” ; 7. Pothier* à 20’14” ; 8. C.
Prévost* à 59’56” ; 9. Gabory à 1 h 00’06” et 10. Fily* à
1 h 59’ 06”.
Général : 1. Maurice Garin*; 2. Pothier* à 28” ; 3.
Aucouturier* à 19’27” ; 4. C. Garin* à 19’45” ; 4. 5. Cornet à 46’43” ;
6. Dortignacq à 3 h 40’35” ; 7. Jousselin à 7 h 16’44” ; 8.
Gabory à 10 h 10’17” et 9. Fily* à 11h 10’41”.

Sixième et dernière étape : 1. Henri Cornet*; 2. Dortignacq
à 10” ; 3. Colsaet à 4’00” ; 4. Aucouturier* à 10’00” ; 5. C.
Garin* à 13’00” ; 6. Samson à 19’00” ; 7. M. Garin* et 8. Colas
à 20’00” ; 9. Pothier* à 23’00” et 10. Jousselin à 43’00”.
Général final : 1. Maurice Garin*; 2. Pothier* à 3’28” ; 3.
Aucouturier* à 9’27” ; 4. C. Garin* à 12’45” ; 5. Cornet* à
26’43” ; 6. Dortignacq à 3 h 20’45” ; 7. Jousselin* à
7 h 39’44” ; 8. Catteau à 10 h 05’54” ; 9. Fily* à 14 h 43’42” et
10. Dargassies à 14 h 08’ 59”.
(*: Après pénalisation ou compensation).
Statistiques annexes :
Principales équipes :
- La Française : les frères Garin et Pothier.
- Peugeot : Aucouturier.
50 - J.C. : Cornet.
Les étrangers :
Belgique :
- Catteau : huitième à l’arrivée mais troisième du
classement révisé,
- Lombard : quatrième au général de la seconde étape,
abandon dans la troisième,
- Colsaet : quinzième à Paris mais septième du
classement rectifié,
- Samson : onzième à l’arrivée mais sera déclassé,
- Drioul : dix-huitième au Parc, héritera de la dixième
place,
- Delhaye : dans les derniers au terme avant
disqualification,
- Achten, Cnops, Dome, Jamar, Legaux, Memo et Sales,
qui abandonnaient.
Italie :
- Gerbi : cinquième de la première étape puis abandon
dans la seconde… sur agression et
- Rossignoli : abandon.
Suisse :
- Frédérick : quatrième de la première étape et abandon
dans la troisième… suite à dopage,
- Jaeck et Laeser : abandon.
51 Les cols :
- Col du Pin Bouchain (Beaujolais : 760 m).
- Col de la République (Massif du Pilat : 1 161 m).
La plus belle ascension :
Celle d’Antoine Faure dans le col de la République, où il
précédait Lucien Pothier d’une longueur, Giovanni Gerbi d’une
centaine de mètres, et Maurice Garin, emmenant le peloton, une
trentaine de mètres derrière l’Italien.
52














1905.
Maurice Garin nous a manqué






L’arrivée de Trousselier à Bordeaux devant Pautrat, Decaup,
Aucouturier, Chauvet et Dortignacq, au milieu des habituels éléments
perturbateurs…
55


Inventaire des vainqueurs potentiels



L’étude, sur le même principe que pour l’année 1903, ne
portera plus que sur les trois années précédant l’édition 1905,
avec application des coefficients 3,2 et 1.
Résultats obtenus :
1. Hippolyte Aucouturier : 374 pts*.
2. Lucien Pothier : 208 pts*.
3. Maurice Garin : 200 pts*.
4. Henri Cornet : 195 pts*.
5. César Garin : 171 pts*.
6. René Pottier : 159 pts.
7. Louis Trousselier : 134 pts.
8. Jean Dargassies : 111 pts*.
9. Léon Georget : 104 pts*.
10. Fernand Augereau : 92 pts*.
11. Rodolfo Müller : 90 pts*.
12. Alois Catteau : 86 pts*.
13. Julien Samson : 85 pts*.
14. Eberardo Pavesi : 75 pts.
15. Arthur Pasquier : 65 pts.
16. Jean-Baptiste Dortignacq* et Marcel Lecuyer : 60 pts.
18. Lucien Petit-Breton : 58 pts*.
19. Claude Chapperon et
Philippe Jousselin : 57 pts*.
21. Hippolyte Pagie : 50 pts.
22. Camille Fily : 48 pts*.
* Compte tenu des modifications apportées aux classements
1904.
57 Cinq des huit premiers de ce classement disputant le Tour,
l’enquête sur celui-ci se bornera à vérifier la justesse de la
course mais, d’une manière beaucoup plus délicate, à définir
également le rôle qu’auraient tenu les absents : les frères Garin
et Lucien Pothier…
Revue des effectifs en présence :
Une nouvelle fois le Tour aurait pu se résumer en un duel
entre Maurice Garin et Hippolyte Aucouturier, les deux
grands favoris de l’épreuve depuis la première édition, si le
Petit Ramoneur n’avait été suspendu…
Étudions toutefois les forces en présence en cette année
1905 :

*****: Hippolyte Aucouturier, quatrième (!) l’année
précédente, vainqueur de Bordeaux-Paris cette année-là, et peut-être
au meilleur de sa forme, et Louis Trousselier, vainqueur de
Paris-Valenciennes et surtout de Paris-Roubaix 1905.
****: René Pottier, pour ses secondes places dans
Bordeaux-Paris et Paris-Roubaix 1905.
***: Émile Georget et Lucien Petit-Breton, pour leur
réputation.
**: Henri Cornet, pour sa « victoire » de 1904 et, plus
encore, pour ses troisièmes places dans Bordeaux-Paris et
ParisRoubaix.
*: Jean-Baptiste Dortignacq, Jean Dargassies, Aloïs
Catteau et Camille Fily enfin, pour leur prestation lors du dernier
Tour de France.
Étude de la course :
Première étape : Paris-Nancy, 340 km (départ à 5 heures, le
9.07).
En 1905 les entraîneurs faisaient leur réapparition, mais
seulement aux première et dernière étapes. Louis Trousselier était
58 le favori de « L’Auto ». Il allait dominer la première manche
comme Maurice Garin avait su le faire avant lui.
Au début de celle-ci, à Meaux, une élite se dégageait déjà :
Aucouturier, Trousselier, Pottier, Petit-Breton, Cornet,
Chauvet, Pautrat, Pinchau et Ringeval.
À Château-Thierry, après que les coureurs eussent traversé
une nouvelle hémorragie de clous, le groupe de tête passera
paradoxalement à dix unités, Georget, Dortignacq, Fourchotte
et Lignon ayant remplacé Chauvet, Pautrat et Pinchau.
Par contre, plus aucun entraîneur ne les accompagnait,
ceuxci ayant disparu au fur et à mesure de leurs dépannages où ils
cédaient à chaque crevaison leur vélo…

Ainsi les « sans-grade », moins assistés, voire simplement
pourvus de deux chambres de secours, se voyaient-ils d’entrée
rejetés à l’arrière ou contraints à l’abandon. Une disparition
(momentanée) de semences se produira cependant par la suite,
et le retour des entraîneurs pourra s’effectuer progressivement,
permettant une accélération du train qui provoquera les
décrochages de Georget, Fourchotte et Lignon.
À Épernay le septuor de tête comptait déjà vingt minutes
d’avance sur le trio qui décidait une pause.

Le troisième drame successif d’Aucouturier, après ceux des
premières étapes de 1903 et 1904, se produisait alors à l’entrée
de Châlons-sur-Marne, le « Terrible » crevant à un moment où
il ne disposait plus d’entraîneurs.
Pottier et Trousselier accéléraient, le second surtout,
condamnant successivement Cornet, Ringeval, Dortignacq et
Petit-Breton avant le relais d’entraîneurs… de Châlons. Mais
les clous réapparaissaient dès la sortie de la ville !
59
René Pottier et Hippolyte Aucouturier au départ de Noisy-le-Grand.
La chance tournait en désignant Trousselier pour première
victime, Pottier poursuivant seul. Ce dernier précédera son
leader (de marque) de trois minutes à Vitry-le-François,
Dortignacq de sept, Aucouturier, Cornet et Ringeval de huit et
Georget, Fourchotte et Lignon, rejoints par Gabory, d’une heure
dix-huit !
Petit-Breton lui, complètement désemparé par des
crevaisons à répétition… ne trouvait d’autre solution que d’emprunter
finalement le train.

60 À Saint-Dizier Trousselier pointait à dix minutes du leader
de la course, Dortignacq à douze, Cornet à treize, Aucouturier à
vingt-deux et Ringeval, à plat, à trente-cinq.
Pottier crevait à son tour et voyait passer Trousselier puis
Dortignacq. À Bar-le-Duc il comptait deux minutes de retard
sur ce dernier et quatre sur l’homme de tête, tout en précédant
Cornet d’une minute et Aucouturier de huit.
L’échappé creusait les écarts à Toul : cinq minutes sur
Dortignacq, huit sur Pottier, treize sur Cornet et vingt-trois sur
Aucouturier.
Au prix d’un violent effort, Pottier s’emparera cependant de
la seconde place, mais chutera aux portes de Nancy où le public
découvrira à l’arrivée, parmi les sept premiers, six des sept
principaux favoris, Petit-Breton ayant quitté la course.

Classement : 1. Louis Trousselier ; 2. Dortignacq à 3’ ; 3.
Pottier à 4’ ; 4. Aucouturier et 5. Cornet à 26’ ; 6. Ringeval à
1 h 40’ et 7. Georget à 2 h 40’.
Commentaires :
Aucouturier, en véritable « Poulidor » de l’époque, avait
certainement percé encore plus que tout autre, à l’opposé d’un
Dortignacq par exemple, incroyablement chanceux, et bien que
les autres favoris n’aient pas été épargnés.
Sans le comportement antisportif et stupide de sinistres
dissidents, et même s’il réalisa une moyenne remarquable malgré
sa crevaison et le vent debout, Trousselier eût-il sorti le
Terrible de sa roue ? Et sans leurs incidents réciproques dans le final,
les deux Peugeot n’eussent-ils pas rallié l’arrivée ensemble ?

Enfin Maurice Garin, voire Lucien Pothier, mais sans doute
pas César Garin, n’auraient-ils pas renforcé le groupe de tête
s’ils avaient pu en découdre ?
Petit-Breton, Georget, Cornet ou Dortignacq en
particulier, avaient certes été dominés à la régulière, mais en revanche
l’absence de relief n’eût pas autorisé Aucouturier, Trousselier
et René Pottier, de même que Garin et Pothier s’ils avaient pu
disputer l’épreuve, à rechercher une sélection franche.
61 Accordons toutefois un léger avantage de principe à
Trousselier, qui bénéficierait ainsi de son exploit accompli sur le
terrain, sur Maurice Garin, qui se serait sans doute montré son
plus coriace rival, Aucouturier, qui lutta seul le plus longtemps
parmi les favoris, René Pottier, pour son final héroïque et
Lucien Pothier enfin, lequel n’eût pas manqué d’opposer une
farouche résistance à ses adversaires…
Deuxième étape : Nancy-Besançon, 299 km (départ à 3 heures,
le 11.07).
La deuxième étape fera apparaître le potentiel de Pottier, la
maîtrise d’Aucouturier, et surtout les limites de Trousselier…
Malheureusement les clous devaient à nouveau en influencer
le résultat !
Ils réapparaissaient peu après Baccarat, alors que le peloton
de tête comprenait encore dix-huit coureurs. Les premières
victimes se nommeront Ringeval et, la chance l’abandonnant,
Dortignacq. Celui-ci devra même rouler deux heures environ
sur la jante pour effectuer vingt-cinq kilomètres.
Pottier l’imitera sur les cinq kilomètres précédant Épinal, où
il pouvait changer de machine, ce qui lui permettra de revenir
sur les leaders Aucouturier, Trousselier, Petit-Breton,
Georget et Cornet, qui venaient de perdre Maitron sur crevaison
également, avant de lever le pied en vue d’aborder plus
sereinement l’« épouvantail » que constituait le Ballon, obstacle
inconnu à ce jour !

Le Ballon d’Alsace : on retrouvait donc, au pied du premier
« Géant », les six grands favoris. Mais au changement de
machine de Saint-Maurice, Petit-Breton perdait d’entrée cent
mètres pour une maladresse de son mécanicien.

Il ne reverra plus la tête.
Puis survenait une première attaque de Cornet. Un seul
leader ne recollera pas : Trousselier. Cornet redémarrait, et
Georget cédait à son tour. Au train, Aucouturier décrochera
peu après, mais reviendra par la suite, et Pottier, le dernier à
62 être resté dans sa roue, attaquera à son tour Cornet et finira par
se dégager.

Passages au sommet : 1. René Pottier, 2. Aucouturier, 3.
Cornet et 4. Trousselier.
Cornet attendra son vélo de plaine vingt minutes !

Passages à Belfort : 1. René Pottier ; 2. Aucouturier à 2’ et
3. Trousselier à 4’.

À Montbéliard le fantasque « Trou-Trou » s’arrêtait pour
soigner son estomac (lui aussi !)…
Puis Pottier crèvera à nouveau dans le final. Aucouturier
n’aura plus qu’à conclure… après avoir toutefois jeté une
chambre au passage à son coéquipier démuni.
Commentaires :
Dix minutes séparant Aucouturier et Pottier à l’arrivée, on
peut supposer que sans la crevaison de ce dernier le «
Terrible » eût sans doute rejoint son adversaire, mais sans pour
autant le lâcher.
Par contre le retard de Trousselier ne méritera aucune
indulgence que ce soit.
Par rapport aux absents de 1904, on accorderait l’avantage
de principe au « Terrible » sur Maurice Garin (qu’on situerait
donc entre celui-ci et Cornet au sommet du Ballon), Pothier
pouvant s’intercaler quant à lui entre les deux premiers
vainqueurs du Tour et César Garin entre Cornet et Trousselier.

Il paraissait par ailleurs plausible d’imaginer ces trois
derniers en compagnie de Dortignacq et de Maitron à l’arrivée,
s’ils n’avaient connu la crevaison, ou l’incident stupide du
Ballon en ce qui concernait Cornet.
Pour se retrouver seul derrière Aucouturier et Pottier
regroupés, Maurice Garin eût-il pour sa part cédé dix minutes à
Besançon, et Pothier cinq de plus ?
Le Terrible se serait alors retrouvé en tête du général devant
Maurice Garin et René Pottier, Trousselier suivant un peu
plus loin, juste devant Lucien Pothier.
63 Troisième étape : Besançon-Grenoble, 327 km (départ à
3 heures, le 14.07).
L’étape, moins nerveuse que les précédentes, se résumait en
trois phases :
1. L’abandon du champion du Ballon d’Alsace René
Pottier lequel, blessé à la cheville gauche lors de sa chute à
l’entrée de Nancy, souffrait le martyre.
Ses efforts violents lors de la seconde étape aggravèrent
sans aucun doute le mal et il est même étonnant que le
coureur ait pu produire un tel récital sans problème ce
jour-là !
À moins que celui-ci n’ait tout simplement déclenché
sous la forme d’une tendinite la douleur insupportable
qu’il ressentit au départ de Besançon…
D’autant plus que Pottier ne s’était plaint ni à son
arrivée à Nancy, ni le lendemain jour de repos !
2. Du groupe de tête, comprenant Aucouturier,
Trousselier, Petit-Breton, Georget, Cornet, Dortignacq,
Chauvet, Fourchotte, Lignon, Maitron, Pautrat et
Ringeval, les décrochages successifs dans les terribles côtes
encadrant Montferrat, peu après les Abrets situés à
cinquante kilomètres du but, de Maitron, Georget, Pautrat,
Dortignacq, Chauvet, Fourchotte et Lignon dans la
première puis, sur une nouvelle crevaison bien entendu,
d’Aucouturier dans la suivante !
Assistant quelques instants son coéquipier de marque,
Trousselier ne réagissait pas immédiatement à l’attaque
immédiate des trois autres rescapés, emmenés à une
allure folle par Petit-Breton, se laissant ainsi distancer.
3. La réaction toute en puissance de Trou-Trou, qui
parvenait à colmater la brèche au terme d’une longue
chasse, pour contrer en vue de l’arrivée et l’atteindre
détaché !
Commentaires :
Sans cet acharnement du mauvais sort, Aucouturier eût-il
été lâché par son coéquipier ? On ne se l’imagine en effet guère
64 céder dans une bosse où notamment Ringeval parvenait à suivre
aisément…
Constamment sur le qui-vive dans le final des étapes, sa
malchance lui imposant cette solution de rechange qui consistait
à viser au moins le succès du jour, il apparaissait de manière
plus vraisemblable dans la peau d’un opportuniste décidé à ne
pas laisser passer l’occasion d’accompagner son partenaire en
vue du but.
Contrairement aux virtuels Garin et Pothier, que seul le
général intéressait, le premier négligeant même les faibles écarts
pour économiser ses forces.

Apportons une précision sur ce dernier point : le classement
aux points affaiblissait considérablement le suspense de
l’épreuve, les non grimpeurs en retirant un avantage énorme et
immérité (que dirait-on en effet aujourd’hui si l’on attribuait la
victoire du Tour au porteur du maillot vert ?).
Quatrième étape : Grenoble-Toulon, 348 km (départ à
3 heures, le 16.07).
On accordait à la troisième étape des Tours 1903 et 1904 la
réputation d’avoir été la plus dure de ces éditions. En 1905 la
première difficulté majeure apparaissait en fait avec le Ballon
d’Alsace et la présente manche devait cette fois cumuler la
terrible côte de Laffrey et le premier col alpestre…
Et Aucouturier se posera en grand triomphateur de l’une et
de l’autre !
Enlevant cette manche comme la seconde, il répliquait coup
pour coup également à son camarade d’écurie Trousselier,
vainqueur des troisième et première.

Mais prenons les événements dans l’ordre :
Cornet, au pied de la côte de Laffrey abordée très
rapidement, devait à nouveau attendre longuement son changement de
vélo. Écœuré, il en quittait la course…
Dans la rampe, Aucouturier se dégageait avec Fourchotte et
Maitron. Trousselier engageait la poursuite une fois la bosse
franchie, mais sans pouvoir revenir.
65 Et pourtant Fourchotte, puis Maitron à deux reprises,
devaient s’arrêter après Gap, victimes de crevaisons contraignant
le grand Hippolyte à poursuivre seul !

Malheureusement, l’épopée fantastique de ce dernier n’allait
pas hériter d’un bénéfice en rapport, car Trousselier parvenait à
prendre la seconde place devant Dortignacq, et s’il franchissait
la ligne 24’10” derrière son adversaire, cet écart très important
se voyait aux trois-quarts masqué par le barème temps/points.
Alors que celui-ci avait été créé pour ne pas condamner
d’entrée un concurrent de haute valeur, aussi malchanceux…
qu’Aucouturier par exemple !

Où situer Maurice Garin et Pothier dans cette seconde
étape de vérité ?
Au moins avec le Terrible, car il est peu probable qu’ils
aient décroché en bosse l’un et l’autre là où un Maitron
n’éprouvait aucune difficulté.

Il semble toutefois que le niveau des outsiders ait monté
d’un cran par rapport à l’année précédente où Cornet,
Dortignacq, et surtout Maitron, ne nous habituèrent pas à de tels
éclats…
Le général donnerait donc Aucouturier toujours en tête
devant Maurice Garin, Trousselier rétrogradant derrière Pothier.
Cinquième étape : Toulon-Nîmes, 192 km (départ à 3 h 30, le
18.07).
Cet épisode devait constituer l’étape charnière du Tour,
Aucouturier abandonnant toute chance de victoire, qu’on lui
aurait attribuée la veille encore, en subissant une défaillance
aussi spectaculaire que celle qu’il connut déjà dans la première
étape Paris-Lyon du Tour 1903.
À l’entrée de Marseille, après un parcours sur des routes
épouvantables depuis le départ, Trousselier attaquait. Ne
répondaient à son démarrage que Petit-Breton, Georget,
Dortignacq, Fourchotte et Decaup.

66 Le grand Hippolyte n’était plus là ; du peloton de tête il
avait même cédé le premier.
Souffrant une fois encore de l’estomac, il devait rester près
d’un quart d’heure au contrôle, espérant s’y refaire une santé.
En vain ; et pourtant il n’allait perdre, sur le vélo, que guère
plus d’un quart d’heure supplémentaire.
L’extraordinaire exploit de l’avant-veille (étape précédente)
se trouvait ainsi effacé et le Terrible laissait au contraire, à
présent, son rival en possession d’un avantage décisif, la suite
de l’épreuve n’offrant plus que des terrains peu accidentés.

Quant au groupe de tête, il allait rouler de conserve jusqu’au
bout.
Il eût sans aucun doute été renforcé, en d’autres
circonstances, par les exclus de l’édition précédente…
Au général Garin aurait ainsi pris la tête devant Pothier,
Trousselier se rapprochant sérieusement d’Aucouturier pour
la troisième place…
Sixième à dixième étapes incluses de Nîmes à Caen.
Le calme allait effectivement régner durant cette longue
période d’absence de sélectivité, contrastant singulièrement avec
les étapes précédentes.
Aucun changement n’interviendra de ce fait parmi les quatre
premiers du classement général, en particulier.
Trousselier pouvait dormir tranquille…
Sur un parcours plat avec vent de face, le groupe de tête
avait aligné quatorze concurrents répartis sur guère plus d’une
minute trente à l’arrivée à Toulouse, terme des trois cent un
kilomètres de la sixième étape.

Toulouse-Bordeaux (235 km), dans des conditions
identiques, verra les effectifs du premier peloton passer à quinze
éléments, s’échelonnant sur une période légèrement supérieure,
sans toutefois atteindre deux minutes trente.
À l’issue de cette étape, Desgrange exprimera son
étonnement au sujet de la discrétion d’Aucouturier lors des deux
derniers emballages.
67 Une résignation née de sa récente défaillance ?

Louis Trousselier fait son entrée sur le vélodrome de Bordeaux pour
accomplir le dernier kilomètre sur piste.
Légèrement vallonnée, Bordeaux-La Rochelle (257 km)
n’allait laisser aux avant-postes que les six meilleurs :
Trousselier, Aucouturier, Georget, Dortignacq et Ringeval d’une
part, lesquels se disputèrent la victoire, mais également
PetitBreton, distancé sur la fin par une nouvelle série de
crevaisons…
Et l’on retrouvait cette fois le véritable Aucouturier, maître
du sprint !

68 L’apparition d’obstacles à peine plus sélectifs dans le
neuvième round La Rochelle-Rennes (266 km) incitait Dortignacq
et surtout Petit-Breton à effectuer un pressing inlassable dans
toutes les bosses, afin de décramponner les deux leaders de
Peugeot. Ils devaient renoncer cependant peu avant la
micourse, après avoir réduit le groupe de tête à huit unités, mais
les meilleurs éléments en faisant toujours partie !
Personne n’allait du reste les relayer, et le train finira par se
ralentir considérablement, permettant à quelques concurrents
dominés jusque-là de revenir. En effet douze coureurs seront
finalement opposés pour le gain de l’étape à Rennes, Fily
prenant la treizième place à un peu plus de quatre minutes trente.

Malgré une succession de côtes davantage sélectives entre
Vire et Villers-Bocage dans la dixième étape Rennes-Caen
(168 km), la course ne se décantait toujours pas, les concurrents
paraissant se réserver pour l’attribution de l’ultime bouquet du
Parc des Princes.
Onze hommes se présenteront ensemble à Caen, Carrère
terminant douzième à trois minutes, Fily treizième à cinq,
Gabory quatorzième à cinq trente et Chauvet, suivi de Fischer,
quinzième à douze.
Onzième étape : Caen-Paris, 252 km (départ à 7 h 30, le
30.07).
L’ultime acte verra Aucouturier, Dortignacq et
PetitBreton se déchaîner et repousser Trousselier à dix-sept
minutes, mais en profitant toutefois d’un banal incident mécanique
de ce dernier du côté de Rouen.
Aucouturier allait même céder sur la fin, perdant 2’30”,
tandis que Trousselier, qui ne pouvait plus perdre au
classement général, terminait sans s’affoler, à l’image de Maurice
Garin dans la troisième étape du Tour précédent…

Pour rester dans la logique des contretemps antérieurs, nous
serons amenés à ne pas pénaliser le vainqueur de l’épreuve, et
nous bouclerons la boucle en ajoutant Garin au groupuscule se
disputant le dernier sprint.
69 Le résultat final du Tour, sans les sanctions draconiennes de
l’année précédente, aurait donc pu aboutir à une troisième
victoire consécutive de Maurice Garin, devant Trousselier et, à
nouveau, Aucouturier… ou l’inverse.
Commentaires.
L’interprétation de la performance qu’aurait pu réaliser un
athlète absent d’une compétition capitale laisse
immanquablement une grande place à la polémique.
Face à une insupportable sensation d’injustice à l’annonce
du palmarès de l’édition précédente, il apparaissait cependant
comme impossible de ne pas envisager une suite logique à la
carrière de Maurice Garin.
Par un comportement on ne peut plus régulier au cours des
deux premières épreuves, celui-ci avait manifesté une
domination tranquille mais constante.
Effectuant toujours la course en tête, sans jamais la subir
donc, il dégageait déjà le métier de Patron du Peloton.
Dans ce cas, comment pouvait-on raisonnablement supposer
qu’il dût s’incliner devant un Trousselier incapable de dominer
Aucouturier comme il le faisait lui-même dans les portions
sélectives, le terrain où il portait ses offensives ?
On pourrait à la limite concevoir qu’il ait laissé s’échapper
le Terrible une fois, mais dans les deux étapes de montagne ce
n’était pas pensable !

Et la récompense suprême obtenue par Trousselier sur un
rival dont il subissait la loi dans ces deux manches phares
paraissait du reste tout aussi imméritée.
Contrairement à Garin, ce n’était pas un champion mais
seulement un excellent baroudeur…
Sans la défaillance « inexplicable » d’Aucouturier, ou
même seulement l’avantage que lui procurait le nouveau
règlement il eût, indiscutablement dans le premier cas et
éventuellement dans le second où il ne distançait son rival que
de 7’46” malgré les nombreux déboires de celui-ci, subi la loi
de son principal adversaire.

70 Que dire de plus sur le Terrible sinon qu’il fut, sans aucun
doute, le premier Poulidor du Tour de France…
Par analogie, Maurice Garin et Hippolyte Aucouturier
n’auraient-ils pas représenté alors les Jacques Anquetil et
Raymond Poulidor du début du siècle dernier ?
Conclusion :
Cette enquête très approfondie sur le Tour 1905 nous
amenait donc à constater (ce qui était loin d’être le cas avant
celleci) que le tort porté à Maurice Garin s’avérait beaucoup plus
grave qu’il n’y paraissait. En effet, le premier Monsieur Tour
de France se voyait voler… deux Grandes Boucles et non une
seule et, pourquoi pas, un Paris-Roubaix ou un
BordeauxParis ?
Au nom de quoi au fait ? De la morale ? Il est vrai que
l’équipe la Française, par l’intermédiaire de son manager
Delattre, aurait eu la main mise sur l’épreuve en y imposant sa
propre loi au détriment de toute éthique…
Mais si, dès lors, la Française avait dû passer… la main,
après sanction, abandonnant tout espoir de participation dans le
présent Tour de France pour n’y plus compter de champions,
posons-nous des questions sur sa postérité.

Le second team visé en 1904, après la Française donc, au
niveau des diverses irrégularités, n’était autre que Peugeot, qui
équipait déjà Aucouturier. Il succédait finalement à la
Française en 1905 dans l’art d’étouffer l’épreuve, ses leaders
Aucouturier… et Trousselier, ainsi que René Pottier,
s’imposant sans pareil, dirigés par le même manager Alibert !

On retrouvait par ailleurs les mêmes commentaires : que la
multitude de clous du premier jour avait épargné Louis
Trousselier, que celui-ci avait terminé la course à plusieurs reprises
dans un état de fraîcheur suspecte, etc.
Où devait-on se réjouir d’avoir rétabli la morale ?
Nulle part, bien sûr. La sagesse (et l’honnêteté) aurait dû
l’emporter en compensant effectivement l’année précédente les
avantages abusifs par des pénalisations en temps (et en argent).
71 D’autre part l’absence de moyens appropriés, notamment
l’insuffisance de voitures officielles (ce qui n’était pas le cas
des sponsors), ne permit pas de suivre au moins tous les
prétendants à la victoire (ils n’étaient pourtant pas si nombreux), mais
au contraire rendit l’organisateur esclave des lignes de chemin
de fer et, par conséquent, l’empêcha de raccourcir les étapes
pour supprimer les trajets nocturnes, beaucoup trop propices
aux chutes, crevaisons… et tricheries.

Ce dernier point fut compris d’Henri Desgrange au verdict
du 30 novembre 1904… mais il était trop tard !


Classements détaillés :



72


73
Classements au temps, révisés :




74

75


Statistiques annexes



Principales Équipes :
- J.C. : Cornet, Émile Georget, Petit-Breton,
Dortignacq, Édouard Wattelier et Samson.
- Saving : Pasquier, Daumain et Charles Prévost.
- Peugeot : Trousselier, Aucouturier et Pottier.
- Griffon : Fourchotte, Maitron et Chauvet.
Les étrangers :
e eCatteau (11 sur 24) et Samson (20 ) : les deux Belges
avaient été les seuls cette année-là !
Les principales difficultés :
- Col du Ballon d’Alsace (Vosges : 1 178 m).
- Côte de Laffrey (Alpes : 1 000 m).
- Col Bayard (Alpes : 1 248 m).
Les plus belles ascensions :
- Le Col du Ballon, par René Pottier (le seul à demeurer
sur le vélo), détaché devant Aucouturier, Cornet et
Trousselier.
77 - La côte de Laffrey et le Col Bayard, par Julien
Maitron, lequel réglera, en chaque occasion, ses
compagnons d’échappée Aucouturier et Fourchotte, et
s’affirmera finalement comme meilleur grimpeur du lot
par sa régularité.
78














1906.
Le premier Roi de la Montagne


Treizième et dernière étape, Caen-Paris : René Pottier mène le train
dans la côte de Vaudreuil devant Trousselier et Passerieu.
Inventaire des vainqueurs potentiels :
On a pu constater l’an passé qu’avec la multiplication des
éditions de Tours de France la sélection des favoris à travers les
81 palmarès les plus étendus ne correspondait plus tout à fait à
l’éventail des meilleurs spécialistes de la Grande Boucle.
On ne retiendra donc cette année que les épreuves phares :
Bordeaux-Paris, Paris-Roubaix et le Tour, bien entendu, en
appliquant un coefficient de 3 au niveau des dernières éditions,
de 2 en ce qui concernait les avant-dernières et de 1 quant aux
antépénultièmes, ainsi qu’en attribuant de 6, 3 et 1 points aux
trois premiers de Paris-Roubaix, 9, 5 et 2 à ceux de
BordeauxParis et 15, 8, 3 et 1 aux quatre premiers du Tour.
Résultats obtenus :
1. Maurice Garin : 90 pts*.
2. Henri Cornet* et
Louis Trousselier*: 42 pts.
4. Hippolyte Aucouturier : 39 pts*.
5. Marcel Cadolle : 36 pts.
6. Lucien Pothier : 28 pts*.
7. René Pottier : 19 pts.
8. Léon Georget : 9 pts*.
9. César Garin : 7 pts*.
10. Lucien Petit-Breton : 5 pts*.
11. Fernand Augereau : 3 pts*.
12. Rodolfo Müller : 1 pt*.
*: après aménagement des classements officiels.

Dans l’édition de 1906 il manquait au départ, parmi les dix
premiers : César Garin encore, Henri Cornet cette fois (au
dernier moment) et, bien entendu, Lucien Pothier et Maurice
Garin.
Revue des effectifs en présence :
Le quatrième Tour de France offrirait-il une revanche à la
confrontation de l’année précédente entre Trousselier et
Aucouturier, ce dernier ayant à chaque fois figuré parmi les super
favoris ?
82 Leur duel éventuel risquait fort d’être arbitré par ailleurs par
un second binôme majeur composé de Pottier, s’il parvenait à
gérer ses généreux efforts, et du jeune Cadolle, qui venait de
remporter de magistrale façon Bordeaux-Paris.

On aura fait le tour des vainqueurs potentiels en leur ajoutant
les frères Georget (l’aîné n’avait pas participé à la grande
randonnée depuis 1903), Petit-Breton, très régulier dans ce genre
d’épreuve, Dortignacq, qui finissait fort en 1905, Gerbi, absent
l’année précédente, voire Beaugendre s’il retrouvait son coup
de pédale de 1904. Et l’on s’efforcera de déterminer le plus
précisément possible la place qu’auraient tenue les grands
absents mentionnés plus haut…
Étude de la course :
Première étape : Paris-Lille, 275 km, (départ à 5 heures, le
4.07).
En l’absence de toute difficulté la course ne devait s’éclaircir
que par l’arrière, le premier exclu de marque se nommant
Dortignacq, victime d’une sévère défaillance. Mais le Terrible ne
tardait pas à suivre, ses fameux maux d’estomac réapparaissant
une fois encore.
Ainsi, répétant notamment ses premiers coups de pédale de
1903, Aucouturier prolongeait sa réputation de « maudit »…

La prise en compte des crevaisons et la réhabilitation des
bannis de 1904 nous amenaient finalement, dans ce qu’il restera
du peloton de tête, à cet accommodement :
1. Émile Georget, 2. Petit-Breton, 3. Passerieu, 4.
Trousselier et 5. Maurice Garin t.m.t ; 6. Pottier, 7. Pothier, 8. Cadolle,
9. Cornet, 10. Léon Georget, 11. Catteau et 12. Ringeval, tous à
5” ; 13. Beaugendre, 14. Privat, 15. Faber, 16. César Garin et
17. Gerbi, tous à 30’ … 21. Aucouturier à 40’ et 34. Dortignacq
à près de deux heures (45 coureurs classés sur les 75 coureurs
partants).
83 Deuxième étape : Douai-Nancy, 400 km (départ peu après
minuit, le 6.07).
Une fois de plus le sabotage de la course par jet
impressionnant de clous, éternels malfaisants, allait partiellement fausser
l’étape.
On assistera malgré tout à la domination naissante de René
Pottier lequel, dénouement inédit sur ce genre d’incident
criminel, allait remonter de l’arrière pour finalement l’emporter…

En tenant toujours compte des handicaps dus aux chutes et
aux innombrables crevaisons, l’ordre à l’arrivée eût ressemblé à
ceci :
1. René Pottier, 2. Trousselier et 3. Maurice Garin t.m.t ; 4.
Petit-Breton et 5. Pothier à 2’ ; 6. Decaup, 7. Passerieu et 8.
Cornet, tous à 10’ ; 9. Émile Georget et 10. César Garin à
27’30” ; 11. Beaugendre à 38’ ; 12. Cadolle et 13. Édouard
Wattelier à 55’ ; 14. Dortignacq à 59’ … et 18. Aucouturier à
1 h 55’ (43 coureurs classés).

Général : 1. Louis Trousselier et 2. Maurice Garin m.t ; 3.
Pottier à 5” ; 4. Petit-Breton à 2’ ; 5. Pothier à 2’05” ; 6.
Passerieu à 10’ ; 7. Cornet à 10’05” ; 8. Émile Georget à 27’30” ; 9.
Decaup à 50’ ; 10. Cadolle à 55’05” ; 11. César Garin à 57’30” ;
12. Beaugendre à 1 h 08’ ; 13. Catteau à 1 h 26’05” ; 14. Faber
à 1 h 56’ ; 15. Édouard Wattelier à 2 h 08’ ; 16. Léon Georget à
2 h 23’05” et 17. Aucouturier à 2 h 35’00” (Dortignacq à près
de 3 heures).
Troisième étape : Nancy-Dijon, 416 km (départ à minuit, le
8.07).
Nous abordions l’étape la plus dure après Grenoble-Nice, de
ce quatrième Tour de France, du fait de la sélection impitoyable
que représentait le Ballon.
Dix-neuf concurrents se lançaient de front à l’assaut de
l’obstacle. Mais Pottier attaquait dès le premier virage et
décrochait ses dix-huit compagnons un à un.
Les plus grandes surprises proviendront de Trousselier, le
troisième à céder, d’Aucouturier, le huitième, avant de
connaî84 tre une fois encore des ennuis mécaniques, de Cadolle, le
dixième, et d’Émile Georget enfin, le onzième.
Plus nettement encore qu’Aucouturier l’année précédente
dans les mêmes circonstances, Maurice Garin se serait vu
contraint de laisser partir Pottier, qui effectuera ensuite un
impressionnant cavalier seul !

Classement représentatif de la troisième étape :
1. René Pottier ; 2. Passerieu à 47’52” ; 3. Cadolle et 4.
Maurice Garin à 47’56” ; 5. Pothier et 6. Petit-Breton à 48’29” ;
7. Émile Georget à 1 h 18’29” ; 8. Catteau à 1 h 18’30” ; 9.
Dortignacq, 10. Cornet et 11. Ringeval, tous à 1 h 18’32” ; 12.
Privat à 1 h 23’44” ; 13. Aucouturier et 14. César Garin à
2 h 19’19” ; 15. Decaup à 3 h 12’19” ; 16. Trousselier à
3 h 13’19”… 19. Beaugendre à 3 h 36’19” ; 22. Léon Georget à
4 h 37’19” et abandon de Gerbi (36 coureurs classés).
Général : 1. René Pottier ; 2. Maurice Garin à 47’51” ; 3.
Petit-Breton à 50’24” ; 4. Pothier à 50’29” ; 5. Passerieu à
57’50” ; 6. Cornet à 1 h 28’32” ; 7. Cadolle à 1 h 42’ 56” ; 8.
Émile Georget à 1 h 45’54” ; 9. Catteau à 2 h 44’30” ; 10.
Trousselier à 3 h 13’14” ; 11. César Garin à 3 h 16’44” ; 12.
Decaup à 4 h 02’14” ; 13. Dortignacq à 4 h 08’27” ; 14.
Ringeval à 4 h 29’53” ; 15. Beaugendre à 4 h 44’14” ; 16.
Aucouturier à 4 h 54’14” ; 17. Édouard Wattelier à 5 h 23’14” ;
18. Privat à 6 h 29’02” et 19. Léon Georget à 7 h 00’19”.
Quatrième étape : Dijon-Grenoble, 311 km (départ à 4 heures,
le 10.07).
On devait assister à une nouvelle démonstration de Pottier,
mais sur le plat cette fois. Certes le leader attaquait en bosse
(pas très sévère cependant), mais il fera ensuite la différence
bien avant les difficultés situées en fin de parcours.
Un homme allait lutter énergiquement pour tenter
(vainement) de le rejoindre : Marcel Cadolle. Trois autres limitaient
les dégâts : Petit-Breton, Dortignacq et Émile Georget. Enfin
Passerieu s’intercalera entre ces cinq champions et les deux
grands favoris au départ : Aucouturier, décidément à la peine,
et Trousselier, le premier à déclencher les hostilités mais, par la
85 suite, victime de deux chutes dont une sérieuse… au contact
d’un facteur !

Que dire des absents et des bannis ? Que Garin eût encore
tenu tête à Pottier, retardant ainsi l’échéance, que Pothier et
Cornet eussent terminé légèrement en retrait (avec Passerieu et
Petit-Breton), et César Garin un peu plus loin ?
On aboutirait ainsi au classement suivant, toujours en tenant
compte des chutes et crevaisons :
1. René Pottier et 2. M. Garin m.t ; 3. Cadolle à 15’ ; 4.
Decaup, 5. Dortignacq, 6. Petit-Breton, 7. Pothier, 8. Passerieu, 9.
E. Georget et 10. Cornet, tous à 26’ ; 11. Ringeval à 38’ ; 12.
Trousselier, 13. C. Garin, 14. L. Georget et 15. E. Wattelier,
tous à 40’ ; 16. Séres à 49’ ; 17. Catteau à 55’ ; 18. Aucouturier
à 1 h 13’ ; 19. A. Wattelier à 2 h 07’ et 20. Beaugendre à
2 h 17’ (25 coureurs classés).
Général : 1. René Pottier ; 2. M. Garin à 47’51” ; 3.
PetitBreton à 1 h 16’24” ; 4. Pothier à 1 h 16’29” ; 5. Passerieu à
1 h 23’50” ; 6. Cornet à 1 h 54’32” ; 7. Cadolle à 1 h 57’56” ; 8.
E. Georget à 2 h 11’54” ; 9. Catteau à 3 h 39’30” ; 10.
Trousselier à 3 h 53’14” ; 11. C. Garin à 3 h 56’44” ; 12. Decaup à
4 h 28’14” ; 13. Dortignacq à 4 h 34’27” ; 14. Ringeval à
5 h 07’53” ; 15. E. Wattelier à 6 h 03’14” ; 16. Aucouturier à
6 h 07’14” ; 17. Beaugendre à 7 h 01’14” et 18. L. Georget à
7 h 40’19”.
Cinquième étape : Grenoble-Nice, 345 km (départ à 3 heures,
le 12.07).
Ce sera la plus belle étape du Tour jusqu’alors, son final sur
Nice par Saint-André-les-Alpes, encadré des cols des Robines
et de Toutes Aures (des Vergons à l’époque), lui conférant un
pigment supplémentaire par rapport à Grenoble-Toulon de
l’année précédente.
Et la plus spectaculaire aussi sans doute, quoique au scénario
très proche de celui de la troisième étape Nancy-Dijon, Pottier
n’y manquant pas d’effectuer son quatrième festival
consécutif…
86 Garin serait parvenu comme en 1905 à tenir tête à son rival
initial de chaque année Aucouturier, mais celui-ci avait
définitivement perdu, depuis le Ballon, sa réputation de meilleur
grimpeur au détriment du leader incontesté de la course.
Il n’aurait sans doute pu que lutter désespérément derrière le
héros des Vosges, dans un groupe de chasse qui s’était constitué
durant la terrible montée de Laffrey et qui comprenait
Aucouturier donc, Petit-Breton, Émile Georget, Cadolle et Privat.
Jusqu’à Puget-Théniers où, l’écart atteignant les trois quarts
d’heure, il aurait subitement pris conscience qu’à trente-cinq
ans révolus la roue venait de tourner et que le premier
Monsieur Tour de France devait céder la place au premier roi de la
Montagne…

Craignant fortement par ailleurs de devoir céder sa seconde
place du général au profit de Passerieu, intercalé entre son
groupe et le dominateur, il aurait alors tout simplement décidé
d’abandonner…
La France eût perdu à ce moment son premier champion
d’épreuves par étapes mais découvert un successeur à cette
idole, apparemment plus fort encore et, vu son âge… sans doute
pour une période plus durable de surcroît !

Classement de l’étape, en tenant compte des malheurs de
Dortignacq, de Léon Georget et de Trousselier :
1. René Pottier ; 2. Passerieu et 3. Christophe à 26’ ; 4.
Cadolle, 5. Dortignacq, 6. Trousselier, 7. Pothier, 8. Émile Georget
et 9. Petit-Breton, tous à 41’30” ; 10. Privat à 42’ ; 11. Decaup à
1 h 07’ ; 12. Aucouturier et 13. Cornet à 1 h 09’30” ; 14.
Édouard Wattelier à 1 h 31’ ; 15. Catteau, 16. Antoine
Wattelier, 17. Ringeval, 18. César Garin, 19. Léon Georget et 20.
Faber, tous à 2 h 21’ (25 coureurs classés).
Général : 1. René Pottier ; 2. Passerieu à 1 h 49’50” ; 3.
Petit Breton à 1 h 57’54” ; 4. Pothier à 1 h 57’59” ; 5. Cadolle à
2 h 39’26” ; 6. E. Georget à 2 h 53’24” ; 7. Cornet à
3 h 04’02” ; 8. Trousselier à 4 h 34’44” ; 9. Dortignacq à
5 h 15’57” ; 10. Decaup à 5 h 35’14” ; 11. Catteau à
6 h 00’30” ; 12. C. Garin à 6 h 17’44” ; 13. Aucouturier à
7 h 16’44” ; 14. Ringeval à 7 h 28’53” ; 15. E. Wattelier à
87