Construire l'Europe sociale

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Français
259 pages
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Description

L'Europe sociale est une construction historique progressive. Un combat ? Une épopée ! Elle se bâtit malgré les obstacles étatiques et l'absence de volonté politique. Cet ouvrage évoque l'engagement européen de quelques "entrepreneurs sociaux" pour affirmer une pensée et un droit social européens. Il en appelle aux changements des conduites individuelles et collectives pour développer le modèle social européen fondé sur la sécurité et la cohésion sociales et l'égalité.

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Publié par
Date de parution 01 avril 2010
Nombre de lectures 101
EAN13 9782336277486
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Construirel’Europe sociale

Au carrefourdu social

Collection dirigée par Marc Garcetet SergeDalla Piazza

L'Association InterrégionaledeGuidance et deSanté(AIGS)est née
en 1964dela volontédequelques hommes de promouvoir la santé et
la qualitédeviepour tous. Des dizaines deservices deproximité et
extrahospitaliers ont vu lejour pour accompagner, insérer, aider,
soigner, intégrer, revalider,former desmilliers d’usagersen mal
d’adaptation personnelleou sociale.Encollaborationavec leséditions
L'HarmattandeParis, la collection« AuCarrefour du Social » veut
promouvoir cemodèle etoffrir uneréflexion ou des rapports deses
pratiqueset deses innovations.

Déjàparu :

SergeDALLA PIAZZA,Marc GARCET,L'avenir de l'homme en
question.Pourque nosenfantsvivent,2009

Marc GARCET

Construirel’Europe sociale

AIGS

Le temps des peurs
Le temps des questions
Le temps du rêve

REMERCIEMENTS

L’écriture de ce long parcoursàtravers letemps,les méandresdela
penséemoderne et les rebondsdu troisièmemillénaire connaît son
aboutissementgrâce auxcollaborations précieusesdeNicoleLaval,
LilianeMikolajczak,MarianneOtteletetMoniquePetitjean.
NadineWettinckya apportéses lecturescritiquesetcorrectives.

«Construirel’Europesociale »a associé dans sa finalisation
collaboratricesconvaincuesdutémoignage à communiquer.

Ma gratitude estcomplète etcontinue.

des

Marc Garcet

A mes petitsenfants

Géraldine

Maximilien

Sarah

Clémentine

Roman

AVERTISSEMENT

Ce récit d’allure anthropologique etd’actions sociopolitiquesest
l’histoire d’uncheminementvécu.L’accentest mis sur lerôle des
acteurs.

Pourmieux illustrer les résultats (Chapitres IV,Vet VI),nousavonscréé
un siteinternet spécifique :www.construire-europe-sociale.eu.
Lelecteurydécouvriralescontenusdont l’ouvrage est l’expression.

Enfind’ouvrage, avant latable des matières,unglossaireconduit le
lecteurvers les références juridiquesdel’Europepolitique etdel’Europe
sociale.
Les termesduchapitre XIreprisdans le glossaire,sont indiquésd’un
astérisque.

11

PREAMBULE

Pournous,travailleurs sociauxet responsablesd’organisations non
gouvernementales, construirel’Europesociale estune détermination profonde.

Pour la génération quivécut la guerre dans sapetite enfance,la construction
progressive del’Europeparticipe d’un idéal personneletcollectif.
Nousavonsvécul’élaborationdel’Europe aujour lejour, comme citoyenset
comme acteurs sociaux.
Regardantenarrière,nous réalisons quenousavonsété àla fois partie dela
vaguequi précède etde cellequigénèrelasuivante.
Nousavonsétéimprégnésd’unesprit qui nepouvaitêtrequ’européen,voire
d’unevocationde citoyendumonde.
Lapaixétait liée àla constructiondel’Europe.C’étaitun objectifsocialetun
gage de devenircomme,pour les parents,l’idéalétaitdereconstruirelamaison
détruite etde bâtirune famillequi, elle-même, devaitgénérerdes idéesdepaix.

Issud’une familleouvrière,militante et politiquementengagée depuisdes
générations,lesfaits politiquesfaisaient partie demon quotidien.Certes, à
chaque déjeuner nous prenions nos tartines, àmidi lasoupe, et lesoirun repas
frugal.Mais nous partagions toutautantaveclepère,lamère et lesautres
convivesautourdelatable,lesévénementsdu village, duquartier, de
l’entreprise, dupays.La guerreproche avecses souvenirs,la guerre encours
avecsesfaitsacceptés ouinacceptableset la dimension internationale delavie
économique, faisaientaussi partie des repas.

Entre enfants,nous rejouionsavecnoscamaradesde classe d’école, dequartier,
cesfaitsdont les parents parlaientavant,pendantetaprès les repas.Nousavions
l’impression qu’en les rejouant,nousdevenions lesacteursdel’histoire en
cours, d’une autre histoire certes,maisdenotre histoire dans l’Histoire.Nous
étions lavaguemaisaussi les particules qui la constituaient.

Enfants, adolescents, adultes, àtous les momentsdenotrevie,notretrajectoire
connut lemême décor.Lorsquenousdevînmes travailleurs,pères oumèresde
famille,maris ouépouses,latradition s’estainsi prolongée.Nousétions
citoyensàtout momentdelajournée.Nousétions impliquésdans la
constructiondelamaison, dela famille, dupays, del’Europe, dumonde.
Nous pensionsêtre desacteurset, dans notre comportement, à force depenser
quenous l’étions,nous nepouvions quele devenir.

« Construirel’Europesociale »procède de ceschéma depensée, de
changement, detransformation, demutation, demarchevers la différenciation
etvers lemieuxquiaportéun nombre considérable d’adolescentset
d’adolescentes, d’hommesetde femmes, durantcescinquante dernièresannées.

13

Dans toutcela,vousconstaterezqu’il n’est question que d’hommesetde
femmes, c’est-à-dire de citoyens qui sesentent tous,lesunset lesautres,
concernés, chacun partieintégrante delavaguequiconstituelamasse.

« Construirel’Europesociale », c’estdonc construirel’Europe des individus, de
chaquepeuple, dans leurdifférence avectoutcequi la compose :la culture,la
croyance,lesvaleurs,lapsychologie,les rapportsàlamétaphysique,
l’enracinementdans leterritoire.

Est-ce différentde construirel’Europepolitique?
Certes non.
L’Europepolitique, c’est lavague.Dans lavague,ilyales personnes qui,
chacune, constituent par leurfamille,par leur individualité,un mondetrès
complexe.Construirel’Europe en tenantcompte detoute cette diversité
constitueune démarche exaltantemaiscomplexepour quicroitàla démocratie.
Elleseulesemble capable de créer les rapportsentrel’individuet lamasse
collective.Elle formelepeuple,le citoyen quiyparticipe.

L’Europesociale est l’Europe des personnes.C’est l’angle devue,lapriorité.

Souscetangle,lerôle ducitoyenestunengagement.Ilen sera ainsidans tous
lesEtatseuropéens.Desattitudes personnelles,socialeset politiques s’imposent
pourdéterminerdescourantsdenouvelles mentalités.
Parmi les mouvementsdejeunesse et lesONG internationales,la foienune
révolution socialemobilise etforme desacteurs militants.Engagement,
mobilisation, élaboration sociale et politiquenousunissent,toutesconfessions
confondues,pourconstruire et reconstruirepar l’intelligence,le coeuret les
mains.

1
En 1955, adolescentencore,jem’investisdans leServiceCivil International,
prônant levolontariat.Je participe à des chantiersdetravaildont la finalité est
derestaurerdesbâtimentsdétruits, d’aménagerdes servicesoudesinstitutions
d’utilitépublique, destinésà desclassesdéfavorisées, desenfants, des
personnesâgées, des personneshandicapéesetce dans lemonde.J’yai occupé
toutes lesfonctions,ycompris lerôle deprésident international.Jetraverse
ainsi quarante ansdel’histoire européenne en tant quetémoin privilégié et

1
LeSCIest reconnupar laDirectiongénérale dela coopérationaudéveloppementcommeONG
d'éducationaudéveloppementdont l'objectif est lapromotiondelapaix, desvaleursdesolidarité
etderespectdel'homme etdesonenvironnement,par le biais dutravailvolontairelorsde
chantiers internationaux organisésdans lemonde entier etoù seretrouventdes personnesde
différents pays,travaillantensemblepour réaliser unprojet. Ilorganise égalementdesactivitésde
formationetdesensibilisation, essentiellementorientéesvers les questionsdudéveloppementet
des relationsNord-Sud.
14

acteur responsable aucarrefourdetoutes les problématiquesabordéesdans les
villeset lescampagnes.
Aveclescamarades,nousavonsconscience desdimensionsdes problèmes
politiques posés par lapaixenEurope etdans lemonde.
Sensiblesàla dimension politique collective,le contactdirectaveclescitoyens
en souffrance et leurvécunousconfronte àlaréalité humaine, auxdéficits
sociauxetauxconceptsabstraitsdepauvreté etde discrimination.
Dansce bain,j’acquièrela connaissance delavie, du vécudes personnesdites
handicapées, défavorisées, déplacées pourdes raisons politiques,pourdes
raisonsd’immigration,lasituationdes réfugiés, desexilés, desdéserteurs,
migrantsenEurope etdont leService civilconstituait souvent lelieud’accueil
et,parconséquent,lelieudetravail.

Notrerapportauxpeuplesdanschacundes pays nousa donnéla compréhension
etatracélesvoiesd’une coopérationeuropéenneplus large,plusconstruite.
L’Europepolitique en place, dès 1960,jeprends lavoie d’unengagement
européencommestagiaire duConseildel’Europe en Suède etdansdes services
psychiatriquesenFrance.

Ilapparaît que chaquepaysa développé,pour toutes les problématiquessociales
etpolitiques, desdémarches d’intégration, d’insertion, d’aide, desoins,
originales toujours spécifiques par rapportàla culturelocale.

La diversificationdes institutionsestétroitement liée àla culture.
L’Europesocialenepeutêtre calquéesur leschéma dela construction politique.
Elle doit intégrer toutes les particularitésdelasociologie, des mentalitésetde
l’histoire des peuples.
Ainsi pouvons-nousdécouvrirdes réponses socialeset identitairesen même
temps quelasimilarité desbesoins.

Dès 1964,quandnouscréons l’AIGS,nous inscrivons sonaction sociale dans le
cadre de cequenous offrelaCommunauté européenne, àl’époque,leFonds
socialeuropéen.
Depuis 1985,l’AIGSestengagée dansdes programmesd’échanges ouverts par
laCommissioneuropéenne.Lesvingt-cinqansde coopérationentreONG
européennesforment lesélémentsduprojet«Construirel’Europesociale ».

Nousabordons la dimension sociale européenne aprèsavoirbiencompris qu’il
ne fallait pasconfondre «lesocial» et«l’état».
Les intérêtset laqualité deviesocialenesont pasdirectement superposables
auxintérêts politiquesdesEtats.

15

PARTIE I

LES ORIGINES

1.PREALABLE A L’EUROPE SOCIALE

Aprèsla deuxième guerremondiale,la constructiondel’Europepolitique est
une affaire entre desEtats membres.Ilestassezclair queleMarché commun
s’estconstitué à ceniveau-là, d’abordsur les termesde conventionsjuridiques,
pour les raisons quenousdéfinirons plus loin.

Dans lemêmemouvement,leConseildel’Europe fédèretous lesEtats
européens,ycompris les paysdel’Est.

Laraisond’Etatdominante àl’époque est qu’ilfautdégager les nations
européennesdela dynamique historique dela confrontationarmée etéviter la
répétitiondesguerresvécuesdepuisNapoléon.
Les peuples ont suivi.

En 1954, àlasignature duTraité deRome,ilfallait mettreles ressourcesdes
Etatsauservice d’unprojetcommundereconstructiondel’Europe avec des
objectifsgénéreux: fournir dutravail, améliorer lesconditionsdevie.Les
objectifsduTraité deRomesontd’abord ceux-là.Lamotivationpolitique
essentielle estétatique.C’est l’Europe desEtats.

Dans leTraité,lescitoyens nesont pas oubliés mais l’urgencen’est pas là.C’est
en 1957 seulement que futcrééleFonds socialeuropéen.

Dans lesdifférentessociétésquiconstituent l’Etat,les peuples,lescultures,les
patrimoines,les traditions nesont pasconsidérées.Orcescomposantesforment
lasociété civile européenne.

Sansvouloirfairel’exégèse duconcept«société »,nousdirons qu’il recouvre
globalement l’ensemble des interactionsentrelesdiversgroupes qui la forment
dans sesfonctions politiques, économiques,sociales, culturelles,urbanistiques.
Dansce concept,nous identifions l’empreinte des mentalitésdesgroupes, des
valeursderéférence, des schémasdepensées, des traditions inscriteset portées.
Auseinde chaquesociété,les individus sontembarquésauhasard dela
naissanceparundéterminismesocial irrésistible.

Chacun réinterprète ce déterminismesurun plan personnelàtravers son
histoire,lesens propre desavie,son libre arbitre,sescroyances.Les pressions
sociétales seplacentauxdivers niveauxdesfonctions tenues.On nepeutdonc
dégagerdela globalitéle citoyen porteurdesanationalité ducitoyen inclus
dans l’entreprise, appartenantàun syndicat oun’yappartenant pas, croyant ou
athée,sportifounon, artisteounon.
L’individualismephilosophique est leproduitdes«Lumières».

19

La citoyenneté estissue dela Révolutionfrançaise et desnouvelles
constitutions.
L’«individualismesocial»– homme,femme, enfant– en2010a été façonné
pardesdéterminants sociauxetécologiques qui lui sont propres.

2
Lesdébatsde1789entreles« Constituants» confrontésàla confusion
inévitable entrelesdroits individuelset leur impactcollectif,restent présents.
Ilsdurent reconnaître,indépendammentdes obligationscollectives pourassurer
le fonctionnementdel’Etat,le droit individuelàlaliberté depensée, de
conscience, d’association, d’expression….Lesdroitsetdevoirs sociauxdes
citoyens sontlongtemps restés timides,inexploités.La charte desdroitset
devoirs sociauxducitoyen, en tenantcompte dela «nécessaire cohésion
sociale » est née avecletroisièmemillénaire.

En2010, enEurope avecsonhistoire et sa culture,troisélémentsguident la
construction politique européenne :lesEtats,les sociétéset lescitoyens,objets
de droit.
Parcontre,la constructiondel’Europesociale,tenantcompte depeuplesavec
leurscultureset leurscomportements sociauxadaptésauxfonctions
économiques,sociétaleset nationales, appelleunenouvelle dimension, celle de
« citoyen social»,sujetde droit par rapportàlui-même etauxautres.
Elle concernelascolarité,la famille,lapositiondesenfantsàl’école, des
adultes– hommesetfemmes–autravail, des seniorsen inactivité.
Elle concernelelogement,laqualité devie,le bien-être,l’expressiondes
bonheurs,lareconnaissance des minoritésà exprimer leurdifférence dans le
respect.
Elle formela consciencesociale collective et levécudela citoyenneté,
l’organisationdelasolidarité etdela coopération,larépartitionéquitable des
ressourcesdansuneperspective deprogrèsetdejusticesociale.

Entrepartenairessociaux,le débatsocialdans ses rapportsderéciprocité est
toujours présentdans leséchangeseuropéens:oùest l’humaindans l’Europe
politique?
Leslongséchanges ontfinalementabouti àun«nouveauconcept» collectif. En
3
2000,le Conseileuropéende Lisbonneinventelca «ohésion sociale ».Elle
constituele ciment par lequelune cohérencepeut s’établirentretous les niveaux
quenousvenonsde citer:l’Etatavecsesfonctions politiques internationales,
législatives, exécutivesetjudiciaires,lasociété constituée de ses différentes
fonctions sociales, culturelles, etc, et l’individupriscomme citoyenavecses
valeurs,sa culture,ses spécificités originelleset ses obligations propres.

2
Fondateursdelapremière ConstitutiondesDroitsducitoyen - 1789
3
Objectif delastratégie fixéepar leConseileuropéendeLisbonne en mars2000: faire de
l’Unioneuropéenne «l’économie dela connaissancelapluscompétitive et laplusdynamique du
monde d'icià2010, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une
amélioration quantitative etqualitative del’emploi et d’uneplusgrande cohésion sociale »
20

Quandnous parlonsdela constructiondel’Europesociale, c’estbiende cela
qu’il s’agit.

1.1.

Genèse de notre position

Audépartd’uneorganisation nongouvernementaleinternationale eten tant que
4
Secrétaire généraldel’AssociationInterrégionale deGuidance etdeSanté ,
nousavonsconstruit notrepositionde coordinateurdeprogrammeseuropéens
durantunevingtaine d’années.

L’ambitiond’un programme atoujoursconsisté à fédérer les réflexions,les
approches,lesconceptionsenconsidérant l’originalité dela diversité des
cultures, detoutes les particularités quifont larichesse des peuplesetdes
groupeseuropéens.
Enapprochant la diversité dela dynamique citoyenne et sociale,nousavons
mesurélasingularité desconceptions intellectuelles ouculturelles.Ilenestde
mêmequandil s’agitd’apporterdes remèdes oudeprévenircertains risques.

L’Europesocialenepeut se faire, ànotrepointdevue,que dans laprise en
compte detoutesces singularités.
Pourquoi ?
Surun plan théorique commesurun plan pratique,nous savons que chaque
individuestdifférent.
Lavocationdes organisations socialesetdes systèmesd’aide, d’assistance etde
thérapeutique estd’apporterdes remèdesàlapersonne.
Chaqueorganisation sociale, dans sa fonction pratique,l’individualisation.
Apporter remédiationàun sujet nepeut se fairequ’en tenantcompte deson
originalité.Etnousconnaissons sa complexité.

Pour nous, construirel’Europesociale a consisté dans la créationd’unensemble
deplates-formesderéflexionetd’analyse,ouvertesà des responsables
d’organisationsetà des professionnelsde différentesdisciplines socialesEtce,
dans le butderéfléchirauxdynamiquesfondamentales quiactivent l’approche
thérapeutique,l’aide,l’assistance et la formationdans la culture des pays.

Nous sommes tous, danscesforums, convaincusetanimés parcemême
constat.Issusd’associations slovènes,portugaises, belges, danoises, grecques,
allemandes, autrichiennes,italiennes, espagnoles, françaises,polonaises,
roumainesetbritanniques,lapratiquenousatousamenésà constater qu’ilest

4
UTE-AIGS:En2009,19asbl - 681 travailleurs–prèsde13.000personnes suivies
individuellement (santémentale,réadaptation, formation, aide auxjeunes, accueildejour,
insertion)et prèsde60.000personnes touchées pardesactionscollectives (séminaires,stages,
événements,…)– www.aigs.be
21

impossible dene
d’appartenance.

pas

tenir

compte

Ainsi,ilfautenvisager l’Europe
culturelle, groupale et sociétale.

1.2.

Lesbasescommunes

de

la

singularité

et

de

ces

groupes

sociale dans sa complexitéindividuelle,

Lerêve du«paradis perdu» estentouthumain,surdécorde fondneigeux,le
rêve d’un paradisoùtoutestvertet pleindesoleil.
Lavégétationyest luxuriante,latempérature agréable,lesfruitset lesfleurs
abondants.
Lesanimauxdetoutesespèceset leshommescirculentenbonne entente.

Cerêve duparadis perduest entouthomme.
Ilestdans son patrimoinementaldès quel’hommes’éveille àl’expression par
leverbe et le corps.
D’aucunsdiront quelarecherche dubeau,l’aspirationvers lemeilleur,la
marchevers l’harmonie font partie de «lapensée humaine ».

D’où vientcemythe duparadis perdudans noscivilisations ?

Soixante-cinq millionsd’annéesavant notre ère, aupaléocène,le climatchange
radicalement.Unepériode glaciaires’installerapidement.L’hémisphèrenordse
fige.LamerduNord disparaît.Cette dernière glaciation s’achèvera dixmille
ansavant notre èreparunepériodeinterglaciaire chaudequenousconnaissons
toujours.

L’Europe est lamasse continentalelaplus importantequeportelaterre en son
hémisphèrenord.Elle a étélaplusaffectéepar les modificationsclimatiques.

Ilyatrentemille ans,le climat seréchauffeprogressivementetdevient
soutenablepourune faune etune flore adaptées.Lavie est plusfacile.Aurochs,
chevaux,rhinocéros laineux,mammouths, bisons… ethumains néandertaliens
viventensemble.
Ils sesont tousacclimatésaufroid,tousdotésd’instinctgrégairequiassure à
chaque groupesasurvie.
Parmi leshominidésdelasociété «néandertalienne »,l’homme estun
mammifèreparmi lesautres mammifères.
Ilvitdes mêmes ressources naturelles.
Ilest imprégnépar les mêmescirconstancesdel’environnement.
Ilvitenbonne entente avecles ours,les mammouths,les rhinocéros,les
aurochs,les loups…Les rivières sont poissonneuses,lesfruitiers sauvages
nombreux.

22

La cohabitationentrelesanimauxestunconsensus qui apourcontourdes
territoiresassurant lanourriturenécessaire àlapérennité,lesconditionsd’abri
etdeprotection qu’exigela fragilité des progénitures.
Tous les mammifères sont pratiquement soumisà ces mêmesconditions
environnementales.

Dans la grande communauté demammifères,nul netraduitdes signesde
«paradis perdu» àretrouver.Cesentimentest seulement perceptiblesur les
paroisdesabriset sur les pierres.

Lerêve du«paradis perdu» appartiendrait-ilà «l’inconscientcollectif »
provenantdupliocèneoùtoutétait luxuriant ?
Ilyavingt mille ans, dans latoundraquasi stérile et surcesglaciers,pouvait-on
aussi parlerd’Europesociale alors queles populations serassemblaienten
espèces,vivaientenclans sur leur territoire déterminé,leurassurant protection,
renouvellement,pérennité?

Nous n’allons pasécrirela genèse dela «culture »,sur leterritoirequi
deviendral’Europe,mais seulement nous interrogeretconfronter nos lectures
delapréhistoire etdela géologie.

Et si la grégarité des loupsgénéraitelle aussiune culturesociale, acquise et
transmise de générationengénération, ajoutantauxcomportementsanciensdes
comportements nouveauxdestinésàrépondre àlamodificationde
l’environnement ?

1.2.1.

Quandla cultures’ajoute àla grégarité

Peut-ondirequela culture estd’abordune accumulationde comportementsde
plusen plusdiversifiés, deplusen pluscomplexes,transmis par imitation,par
tradition,par lamémoire entreles membresd’une espèce?

Certes,la grégarité estàla base dela culture.C’estaudépartde cettepulsion
naturelle àserassembler quenousvoyonsapparaîtrela culture,l’expressivité
desattitudesetdescomportements.
Ala grégarités’ajoutela culture dès quel’homme,la femme,la tribu,lasociété
ontinventé descomportements psychomoteurscapablesdereproduire en
représentationsgraphiquescequelamémoire permettait déjà dereproduire en
dessonsetendesgestes, deplusen plusdifférenciés.
L’abstractionet sareprésentationfont la différencepar rapportàl’imitation,la
répétition.
Nous pouvons spéculer surces traitsfondamentauxquifont l’humanité dans sa
dimensionaffective,relationnelle,sociale.

23

Les témoignagesvivantsde cettespéculation sevoientàtravers les peintures
rupestres préservéesdans lesgrottes oùdeshumains, de générationen
génération,serendirentafind’yprojeterdesintentionsen peinture et signe
alliant pensée,mouvement,imaginaire etdésir, enassociations simples ou
enchevêtrées.

Dans lavallée del’hommetraverséepar laVézère, desgrottesdeLascauxau
Font-de-Gaume,setrouvent leurs témoignagesdans les profondeursencore
actuellementvisibles.

5
AuFont-de-Gaume,une grotte estaccrochée àmi-hauteurdans lavallée dela
Vézère, commeunabri sous roche,uneparoi ouverte.Aplusde centcinquante
mètresdeprofondeur,ilya des peintures, desgravures, des sculptures
témoignantdupassage del’humain surunepériode deplusdevingt mille ans.
Dans laprofondeurdusol restentencore cachéesdes peinturesetdesgravures.

1.2.2.

Expression sociale des«vécus»

Le décryptage de cesdifférentesexpressionsgraphiques,tantôtmouvementées,
tantôtfigées et tantôtentrelacées,témoigne d’emblée,pourunartiste averti,
d’une activité «collectivde cee »ntainesdepersonnes qui, à travers ces
périodes,yontdéposéleursempreintes.
Aucune expression n’est pure.
Elles sont toutes maculées, en surimpressiond’autresformesd’expression
collectivemais néanmoins respectueusesdel’œuvre de base.Unepartie de
graphie a étéréutiliséeparunautre artiste,pourune autre expression.Letout
s’entremêle etdonne à ce complexeune dimensioncollective de fresqueque
nous retrouveronsbeaucoup plus tard dans les peintures murales.

Sur les paroisdepierre,jenevois que ducollectifoùs’entremêlentdes
dominantesévidentes:la force brutale d’animauxqui s’affrontentet la
tendresse amoureuse de gazelles qui se caressent.
Ilya dansce décorautantd’œuvres masculines que féminines.
Ilya desœuvresd’enfants.

Interprétationdetoutcela?
L’interprétationestdans leregard de celuiqui litetprojettesur laparoicequ’il
croit ou veut y voir.
Nousn’avonsvoulu y voirjusque-làquel’œuvremasculine car seulel’œuvre
e e
deshommesinterpellait lesespritscultivésduXIXsiècle etdudébutduXX
siècle.

5
Découverte en 1901 parHenriBreuil,1877–1961,préhistorienfrançaisuniversellementconnu
sous lenom« abbé Breuil»
24

La femme comme auteur n’était pas considérée dans le décryptage des œuvres
archéologiques.Quantàl’enfant,on nepouvait imaginer qu’il soitassocié au
monde desadultes.Cependant,nous pouvonsy voirdes traitsfémininsetdes
traitsd’enfants.

Partout la grégarité.Partout l’humainest présent par son individualité et sa
conscience dela collectivité.
Ilest total.
Ilestcollectif et personnel.
L’œuvre del’un s’emboîte dans l’œuvre del’autresurun temps plus longque
celuidel’écriturequi permitàl’humanité detémoignerdesonhistoire.
La culture deNéandertal, deCro-Magnon, c’estcela.
6
C’estdéjàla grégarité, déjàlasociété, déjàla «penséesociale ».
C’estdéjàlareprésentationde cequinousenvironne enyadjoignant leressenti,
levécu,l’expression,le désir,peut-êtrel’envoûtement quenousvoudrionsy
mettre en plus.Ilscroyaient par làqu’enadjoignantces signes,ils mettaientune
forme depolitessepourêtremieuxacceptés!
Cro-Magnon pensaitcommel’Européen moyen.
Cro-Magnonétait l’Européen moyen.

1.2.3.

La femme dans lapréhistoire

La culture dugroupe, delatribu,marquéepardes originalités,traduitepardes
pratiques, confèrel’identitéspécifique de chacun.

Aubord delaVézère, danscertaines tribus, à desépoquesdistantes l’une de
l’autre de deuxmille ans,lesattributs sociauxcommel’habillement,les tenues
d’apparat,les rites ont puêtreidentifiésgrâce auxsignes sur les objetscourants
etauxtémoignages laissés.
Portépar mesgènesd’archéologue amateur,jenepouvais merefuser la
découverte desEyzies.

7
Visitant la grotte deLa Madeleine ,j’envins spontanémentà fouillerdans les
dégagementsantérieurs.Apercevantune dent percée,l’étincelle crépita :
«Voilà Madeleine »pensais-je.

« Madeleine avait laissésesempreintesdanscette grotte.
Sur sapoitrineopulente, elle avaituncollierde dents percéesen ivoirenoir
étincelant.
Sur sesbras,unenfant.»

6
Penséesociale–ChristianGuimelli -Quesuis-jen°3456
7
Abri sous rochesituésur la commune deTursac,prèsdesEyzies, enDordogne.Découvert par
EdouardLarteten 1863.Fait partie des sites préhistoriquesetgrottes ornéesdelavallée dela
VézèreinscritsauPatrimoinemondialdel’Unesco.
25