L'élite militaire et la formation de la culture stratégique camerounaise

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Français
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Description

L'armée camerounaise est composée d'une élite militaire au statut particulier, lequel lui confère dans la société des positions enviables et des traitements privilégiés. Cette étude va au-delà de ce cliché en levant le voile sur la formation en elle-même. Ces acquis s'exercent et s'évaluent depuis soixante ans sur le terrain du maintien de la paix, de la lutte contre les coupeurs de route, de la piraterie maritime et aujourd'hui de la lutte contre Boko Haram.

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Date de parution 15 janvier 2017
Nombre de lectures 22
EAN13 9782140027116
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Aïcha PEMBOURAL’élite militaire et la formation
de la culture stratégique camerounaise
Cet ouvrage est le résultat d’une dizaine d’années de recherches
sur la culture stratégique camerounaise. L’auteure, au contact de L’élite militaire
l’élite militaire, a pu, au fil des années, déterminer le processus
d’acquisition par la formation ainsi que la contribution de cette et la formation de la culture
élite à la construction de cette forme de culture particulière au
Cameroun. En effet, l’armée camerounaise est composée d’une stratégique camerounaise
élite militaire ayant un statut particulier ; lequel lui confère dans
la société des positions enviables et des traitements privilégiés.
Cette étude va au-delà de ce cliché en levant un pan de voile sur
la formation de qualité qu’elle acquiert et qui lui permet
d’optimiser ses capacités opérationnelles face aux menaces à la défense
et à l’intégrité du territoire national. La culture stratégique
camerounaise, dans ce contexte, s’édifie progressivement à travers une
hybridation des acquis externes et internes en un produit fini
inédit. Ces acquis s’exercent et s’évaluent depuis soixante ans à peu
près sur le terrain du maintien de la paix, de la lutte contre les
coupeurs de route, de la piraterie maritime et aujourd’hui de la
lutte contre Boko Haram.
Enseignante-chercheure, Aïcha PEMBOURA est docteur en science
politique, spécialisée sur les questions de paix et sécurité. Elle
enseigne par ailleurs à l’École Supérieure Internationale de Guerre,
au Centre de Recherche d’Études Politiques et stratégique de
l’Université de Yaoundé-II. Elle est directrice de séminaire de
Géopolitique de la Défense à l’École Militaire Interarmées du Cameroun et
instructrice à l’École de Maintien de la Paix de Bamako, au Mali.
Photographies de couverture de US Army Africa : Exercise Kwanza Angola
06-2010 ; Personnel Search ; Exercise Western Accord wraps up (CC).
ISBN : 978-2-343-09907-1

H-CAMEROUN_GF_PEMBOURA_ELITE-MILITAIRE-ET-CULTURE-STRATEGIQUE.indd 1 19/12/16 19:53
L’élite militaire et la formation
Aïcha PEMBOURA
de la culture stratégique camerounaise






L’élite militaire
et la formation de la culture
stratégique camerounaise























Aïcha PEMBOURA










L’élite militaire
et la formation de la culture
stratégique camerounaise



































































© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
www.harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-09907-1
EAN : 9782343099071








À mes chers parents,
à ma merveilleuse fille Fadilah Walid
et à Njifen mon tendre mari pour tout leur amour


REMERCIEMENTS

Mes remerciements vont à l’endroit de tous ceux qui ont rendu ce travail
possible.
LISTE DES SIGLES ET ABRÉVIATIONS
ACCORD : African Center for the Constructive Resolution of Disputes
ACOTA : African Contingency Operation Training Assistance
ACRI : African Crisis Response Initiative
ADM : Armes de destruction massive
AEW : Airborne Early Warning
AFRICOM : Africa Command
ANSEA : Association des nations du sud-est asiatique
APL : Armée populaire de libération
APRONUC : Autorité provisoire des Nations unies au Cambodge
ASDISA : Assistant Secretary of Defense for International Security Affairs
BAA : Brigade africaine en attente
BEAC : Banque des États de l’Afrique centrale
BEMS : Brevet d’études militaires supérieures
BFIFC : Bureau formation initiale et formation continue
BIM : Brigade d’intervention mobile
BLC : Base logistique continentale
C.E.C.A : Communauté européenne du charbon et de l’acier
CBLT : Commission du bassin du lac Tchad
CCPR : Conventions des Nations unies sur les droits civiques et
politiques
CDS : Commission de défense et de sécurité
CDS : Conseil de défense et de sécurité
CEE : Communauté économique européenne
CEEAC :nauté économique des États de l’Afrique centrale
CEMAC : Communauté économique et monétaire des États de l’Afrique
centrale
CESA : Centre d’études stratégiques de l’Afrique
CFT : Centre de formation technique CFTA : Centre de formation technique des armées
CICR : Comité international de la croix-rouge
Cne : Capitaine
COL : Colonel
COMECIIA : Commandement des écoles et centres d’instruction interarmées
COMEMIA : Commandement de l’école militaire interarmées
COPAX : Conseil de paix et de sécurité de l’Afrique centrale
CPS :paix et sécurité
CRESMAC : Coordination régionale pour la sécurité maritime de l’Afrique
centrale
CSEA : Cours spécial de l’école de l’air
CSID : Cours supérieur interarmées de défense
CSNU : Conseil de sécurité des Nations unies
DCMD : Direction de la coopération militaire et de la défense
DCS : Direct Commercial Sales
DES : Diplômés de l’enseignement supérieur
DIO : Détachements d’instruction opérationnelle
DRH : Direction des ressources humaines
EAM : École
ECRRA : Établissement centralisé de réparation et de reconstruction
automobile
EDA : Excess Defense Article
EIFO : École interarmées de formation des officiers
EIRFORCES : École internationale des forces de sécurité
EMA : État-major des armées
EMCTA : École
EMIA : École militaire interarmées
EMIAC :taire interarmées du Cameroun
EMR : État-major régional
ENVR : École nationale à vocation régionale
10
ESIG : École supérieure internationale de guerre
FAA : Force africaine en attente
FAC : Forces armées camerounaises
FCFA : Franc de la coopération financière en Afrique
FDC : Forces de défense camerounaises
FMF Foreign Military Financing
FMFP : Foreign Military Financing Program
FMM : Force mixte multinationale
FMS : Foreign Military Sales
FMSP : Foreign Military Sale Program
FOMAC : Force multinationale de l’Afrique centrale
FOMUC :nationale en Centrafrique
FORPRONU : Force de protection des Nations unies en ex-Yougoslavie
G-20 : Groupe des vingt pays économiquement les plus puissants du
monde
G-8 : Groupe des huit pays parmi les pays économiquement les plus
puissants du monde
GB : Grande-Bretagne
Gle : Général
GPGN : Groupement polyvalent de la gendarmerie nationale
HCR : Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés
IFG : Institut français de géopolitique
IRIC : Institut des relations internationales du Cameroun
LCL : Lieutenant-colonel
LT :nt
MARAC : Mécanisme d’alerte rapide de l’Afrique centrale
MICOPAX : Mission de consolidation de la paix en République centrafricaine
MINATD : Ministère de l’administration territoriale et de la décentralisation
MINDEF :la défense
MINEFI : Ministère de l’économie et des finances
MINJUSTICE : Ministère de la justice
11 MINREX : Ministère des relations extérieures
MINUAD : Mission des Nations unies et de l’Union africaine au Darfour
MINUK : Mission d'administration intérimaire des Nations unies au
Kosovo
MINUSCA : Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la
stabilisation en République centrafricaine
MINUSTAH : Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti
MISAB : Mission internationale de surveillance des accords de Bangui
MISCA : Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite
africaine
MNJTF : Force d’intervention conjointe multinationale
MONUC : Mission des Nations unies en République démocratique du
Congo
MONUCI : Mission des Nations unies en Côte d’Ivoire
MUAS : Mission de l’Union africaine au Soudan
NEPAD : New Partnership for Africa's Development
OING : Organisation internationale non gouvernementale
OMP : Opérations de maintien de la paix
OMS : Organisation mondiale de la santé
ONG : Organisation non gouvernementale
ONU : Organisation des Nations unies
ONUSOM : Mission des Nations unies en Somalie
OPA : Offre publique d’achat
OSCE : Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe
OTAN : Organisation du traité de l’atlantique nord
OUA : Organisation de l’unité africaine
PAM : Programme alimentaire mondial
PCC : Parti communiste chinois
PESD : Politique européenne de sécurité et de défense
PIB : Produit intérieur brut
R.I : Relations internationales
12
R.U : Royaume-Uni
RCA : République centrafricaine
RDC : République démocratique du Congo
RECAMP : Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix
RMIA : Région militaire interarmées
RPC : République populaire de Chine
SACEUR : Commandant suprême des forces alliées en Europe
SDN : Société des nations
TED : Tableau d’effectifs et de dotations
TNP : Traité de non-prolifération
UA : Union africaine
UDEAC : Union douanière des États de l’Afrique centrale
UE : Union européenne
UEO : Union de l’Europe occidentale
UNESCO : United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization
UPC : Union des populations du Cameroun
URSS : Union des républiques socialistes soviétiques
USA : United States of America
US-DSCAU.S. Defense Security Cooperation Agency
USPS : United States Private Sales
VLRA : Véhicule léger de reconnaissance et d’appui

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INTRODUCTION GÉNÉRALE




Il y a dans un État un ensemble de biens appartenant à tous les membres de la
communauté, notamment l’indépendance, la liberté, la culture, l’unité, etc. Il
revient à l’État de défendre, de protéger ce bien commun en garantissant la sécurité
et l’intégrité du territoire et de sa population. L’État a ainsi le devoir d’assurer la
défense nationale. Cette protection est à la base dévolue à l’armée qui est un
instrument au service du politique ; bien que la politique de défense du Cameroun
soit sous-tendue par le concept de défense populaire qui suppose la défense de
l’État assurée par l’ensemble des citoyens, à quelque niveau qu’ils se trouvent. La
politique de défense et de sécurité mise en œuvre dans un pays justifie la manière
dont les armées sont employées et les missions qui leur sont confiées par le haut
commandement.
Une réflexion en profondeur sur les stratégies nationales de défense est
nécessaire aujourd’hui plus que jamais dans ce contexte de guerre mondiale contre
le terrorisme pour tous les pays à travers le monde et surtout pour le Cameroun
qui est aujourd’hui si durement touché par ce fléau. Depuis mai 2013, ce pays fait
face à des incursions persistantes et davantage violentes de l’Organisation État
islamique en Afrique de l’Ouest (ex-Boko Haram) dans l’extrême nord du pays en
provenance du Nigeria voisin. Le pays s’est engagé à partir de ce moment dans une
âpre lutte contre ce groupe terroriste. L’implication des militaires camerounais dans
cette bataille s’est accélérée depuis l’année 2014. Près de 300 attaques pourraient
être dénombrées sur le territoire camerounais du 1er août 2014 au 31 décembre
2015. Selon les sources officielles, on enregistrerait à peu près 80 soldats tués au
front depuis le début de la guerre contre d’énormes pertes en vies humaines du
côté de Boko Haram. Des pertes qui l’ont considérablement affaibli. L’on peut à
cet effet constater que sur 246 attaques recensées sur le territoire camerounais du
1er août 2014 au 31 septembre 2015, seules 42 sont conventionnelles, c’est-à-dire
dirigées vers des cibles militaires. Et les attaques de ce type, au cours desquelles les
éléments armés de la secte, à travers notamment des blindés, s’en prenaient, soit
aux patrouilles, soit aux postes de commandement, n’ont d’ailleurs été enregistrées
qu’entre fin 2014 et début 2015. Cette période correspond, selon le
commandement de l’opération Alpha, à «l’époque charnière de la manifestation de Boko
Haram». Boko Haram affaiblie et repoussée dans ses derniers retranchements, va
changer de tactique et va commencer à se livrer à des attentats kamikazes en
ciblant davantage cette fois-ci des populations civiles.
Pour une meilleure compréhension actuelle de ces évènements, il est nécessaire
de revenir sur la trajectoire historique de la contribution des militaires camerounais
à la formation de la culture stratégique camerounaise. Depuis son indépendance en
effet, en 1960, le Cameroun évolue dans un contexte international en perpétuelles
mutations qui doit être pris au sérieux dans la compréhension de la logique
camerounaise de sécurité et de défense. Ce vaste champ est caractérisé depuis des
décennies, entre autres, par l’introduction du modèle de démocratie pluraliste à
travers le monde, l’émergence du rôle des institutions internationales, l’émergence
des facteurs économiques et sociaux, la réduction du nombre de conflits
17 interétatiques, la multiplication en Afrique des conflits internes et surtout la
menace incessante du terrorisme. L’éclosion et la persistance de ces menaces
posent un problème crucial de sécurité et de défense. Un besoin qui reste constant,
mais aujourd’hui urgemment ressenti par les pays à l’instar du Cameroun. Ce
contexte exige que l’on s’interroge sur la stratégie qui est mise en place par ce
dernier pour sa défense, sa sécurité, la préservation de son intégrité territoriale, de
sa population, de ses acquis et sa marche vers le développement. Dans la mise en
œuvre de sa stratégie de défense, il est important de savoir que le Cameroun
s’intègre dans un milieu idéationnel (Alastair Johnston, 1995 ; Toby Lauterbach,
12011) , c'est-à-dire qu’il fait partie d’un environnement international influencé par
les idées. Cet « environnement idéationnel » (Bakayoko et Hours, 2005 : 270)
influence l’orientation des choix de comportement et les options stratégiques du
Cameroun. Dans cette optique, quelle lecture peut-on faire de la culture stratégique
camerounaise depuis l’indépendance ?
Cet ouvrage s’inscrit dans le cadre d’une réflexion générale sur la culture
2stratégique amorcée par les auteurs depuis 1977 et plus spécifiquement sur la
culture stratégique africaine et camerounaise en particulier. Cette réflexion s’appuie
sur une approche institutionnelle structurée autour du cadre d’acquisition, de
transmission, de fonctionnement et même d’évolution de la culture stratégique
camerounaise.
I- La question de départ et la délimitation conceptuelle
Selon Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt (1995), la question de départ
est le premier fil conducteur de la recherche. Par cette question, il s’agit ici
d’exprimer le plus exactement possible ce que l’on cherche à savoir et à
comprendre. C’est une première question qui constitue l’interrogation de départ
dans un travail de recherche. La question de départ dans le cadre de cette
recherche sur la culture stratégique camerounaise est celle de savoir naturellement
qu’est-ce qu’une culture stratégique. La réponse à cette interrogation est nécessaire
dans l’analyse du processus de formation de la culture stratégique camerounaise.
Toutefois, pour comprendre ce qu’est une culture stratégique, il est utile de mener
un débat conceptuel autour de ce thème.
 La culture
Le concept de culture tire ses origines de l’Allemagne. Il commence à être
utilisé à la fin du XVIIIe siècle dans les études qualifiées d’« histoire universelle ».
Ces études cherchaient à reconstituer une histoire générale de l’humanité et des

1 Le concept de “milieu idéationnel” intervient dans une définition de la culture stratégique proposée
par Alastair Johnston dans « Thinking about Strategic Culture », International Security, volume XIX,
n°4, Printemps 1995. Il sera présenté plus loin les différentes définitions de la culture stratégique,
telles que perçues par cet auteur et par bien d’autres.
2 Jack Snyder a à ce propos été le premier à proposer une définition en 1977 du concept de culture
stratégique dans son ouvrage intitulé, The Soviet Strategic Culture: Implications for Nuclear Options.
18
sociétés depuis les origines en de grandes fresques qui en faisaient la synthèse.
Toutefois, ces historiens s’intéressaient moins à l’histoire politique et militaire qu’à
celle des mœurs, des institutions, des idées, des arts et des sciences. Ils étaient
poussés par une remarquable curiosité pour la diversité des sociétés et des
civilisations, accumulant une vaste et riche documentation sur toutes les périodes
historiques et sur toutes les sociétés connues. Également, ils étaient convaincus que
l’histoire humaine est aussi l’histoire du progrès de l’humanité et que l’étude
comparée des sociétés et des civilisations révélait le tracé de ce progrès. En
particulier, l’histoire comparée devait permettre de discerner les périodes de
l’histoire et les sociétés qui ont représenté différentes étapes du progrès humain.
Pour cela, il s’agissait de déterminer les moments de l’histoire marqués par une
extension des connaissances, une élévation des arts, un raffinement des mœurs et
une bonification des institutions sociales. Le terme culture fut employé dans cette
perspective pour décrire précisément cette évolution dans le progrès humain
(Rocher, 1968 : 104-105).
La culture se caractérise à la base par le fait qu’elle est acquise. Elle s’acquiert
par un processus de socialisation d’un individu à un environnement donné. La
culture qui est le propre de l’Homme peut entre autres s’acquérir par
l’apprentissage. Selon Dellas et Milly, le terme « culture » se présente sous trois
acceptions : les modèles culturels propres à chaque groupe, la culture cultivée et la
culture comme rupture avec la nature (Delas et Milly, 2005). Chacun de ces sens
conférés à la culture renvoie à une approche spécifique :
 la culture comme modèle culturel, c'est-à-dire une manière de vivre ou
civilisation. Il s’agit des pratiques de sociabilité qui privilégient la cohérence
du groupe ;
 la culture à la fois comme production et consommation de biens culturels,
c'est-à-dire des objets symboliques créés par la société : littérature,
langues, œuvres d’art picturales, musicales ou architecturales, etc. Cette
forme de culture est un critère de hiérarchisation sociale qui introduit un
clivage entre initiés et non-initiés. Ainsi, la société valorise les individus
réputés « cultivés » du fait de leur degré de familiarité avec les biens
culturels ;
 la culture par opposition à la nature désigne l’ensemble des règles
communes à toutes les sociétés. Un nombre limité d’invariants constituerait
le propre des sociétés humaines et l’attention est ainsi portée sur les traits
sociaux plus universels.
Michaud souligne quant à lui que la culture peut être entendue comme la
maîtrise d’un ensemble de connaissances : le savoir (Michaud, 2001).
À côté de ces définitions, l’on a d’autres conceptions du mot culture
développées par John Bodley (1994). Sur le plan historique, la culture est un
héritage social ou traditionnel qui est transmis aux générations futures. Sur le plan
19 comportemental, la culture est une façon de vivre, une manière de se comporter.
Sur le plan normatif, la culture est un ensemble de règles, de valeurs, d’idéaux de
vie. Sur le plan fonctionnel, la culture est un moyen humain de résoudre les
problèmes d’adaptation à l’environnement ou à la vie en communauté. Sur le plan
mental, la culture est un ensemble d’idées complexes ou d’habitudes acquises qui,
intériorisées, distinguent l’homme de l’animal.
Williams (1958) également donne deux sens au mot culture : la culture comme
une façon de vivre et la culture comme un effort de création artistique. Geertz
(1973) donne par ailleurs d’autres sens au concept culture. Pour cet auteur, la
culture doit être perçue au sens de Durkheim comme une façon de penser, de
sentir et d’agir ; la culture doit être assimilée à un comportement appris et
appréhendée comme un mécanisme normatif de régulation de comportement.
Denys Cuche relève la différence qui existe entre la notion de culture et celle
d’identité. Pour cet auteur, la culture relève en grande partie d’un processus
inconscient tandis que l’identité est un construit renvoyant à une norme
d’appartenance nécessairement consciente. Pour savoir quelle est son identité, il
faut pouvoir se situer dans l’ensemble social et savoir ce qui nous distingue des
autres et ce qui nous rapproche d’eux (Cuche, 2004 : 82). L’identité sociale d’un
individu par exemple se caractérise par l’ensemble de ses appartenances dans le
système social : appartenance à une classe sexuelle, à une classe d’âge, à une classe
sociale, à une nation, etc. L’identité permet à l’individu de se repérer dans le
système social et d’être lui-même repéré socialement. La construction de l’identité
se fait à l’intérieur de cadres sociaux qui déterminent la position des agents et, par
conséquent, orientent leurs représentations et leurs choix (Cuche, 2004 : 85).
Comme manière de penser, de sentir et d’agir, la culture peut être « plus ou moins
formalisée ». Moins ces manières sont formalisées, plus la part d’interprétation et
d’adaptation personnelle est permise ou même requise.
L’acquisition d’une culture résulte des divers modes et mécanismes de
l’apprentissage. Guy Rocher définit la socialisation comme un processus
d’apprentissage et d’intériorisation par une personne ou un groupe d’éléments
socioculturels de son milieu (Rocher, 1968). À ce propos, Jean Pierre Warnier
rapporte que cette socialisation peut passer par l’enseignement ; ce pour la simple
raison que l’enseignement, sous toutes ses formes, est une entreprise de
socialisation des jeunes (Warnier, 1999 :66). Ce processus d’acquisition des
connaissances qu’est la socialisation débute dès la naissance et se poursuit tout au
long de la vie. Par conséquent, la socialisation peut se faire en deux étapes.
D’abord, la socialisation primaire se fait à la base, dès la naissance, avant de se
poursuivre pendant l’âge adulte par une socialisation secondaire (Berger et
Luckmann, 1992). Chaque société doit être considérée pour elle-même dans son
destin propre. Sa culture ne peut consister qu’en sa particularité, voire son identité
(Journet, 2002).
20
Face à toutes ces perceptions de la notion de culture, l’on peut retenir que la
culture doit être perçue comme une manière apprise de vivre, c'est-à-dire une
manière de penser, de sentir et d’agir, acquise par un processus de socialisation à
une société donnée. Ce qui différencie chaque culture de l’autre.
 La stratégie
Loin d’être anodin, si l’on recourt à une archéologie des origines du terme
stratégie, l’on peut avec profit relier son emploi aux différentes phases de
el’évolution de l’action conflictuelle. Lorsqu’il s’affirme à la fin du XVIII siècle, le
concept de stratégie rend compte d’un triple besoin : dépasser la tactique, réguler
l’expansion naturelle des capacités techniques et mieux exprimer la nature des
relations entre pouvoir politique et puissance militaire. Dans la pensée stratégique
occidentale, la stratégie procède de la notion de tactique, terme qui, à mesure de la
croissance de son domaine de pertinence, finit par se révéler inadéquat (Géré,
1999 : 253). La tactique se matérialise sur le terrain de l’opération. Elle est
opérationnelle tandis que la stratégie, qui la précède, est théorique.
La stratégie renvoie à la théorie traitant des engagements aux fins de la guerre
(Nkoa Atenga, 1980). Il revient à la stratégie d’établir le plan de guerre et de fixer,
en fonction du but, une série d’actions propres à y conduire. S’écartant à peine de
cette idée, Lidell Hart voit plus tard en la stratégie l’art d’employer les forces
militaires pour atteindre les résultats fixés par le politique. Quand la guerre est
résolue, le but militaire se substitue aux fins politiques (Von Bernhadi 1913 :194).
L’essence de la stratégie gît dans le jeu abstrait qui résulte de l’opposition de deux
volontés. Elle est donc, selon Beaufre, l’art de la dialectique des volontés
employant la force pour résoudre leur conflit (Beaufre, 1985).
Il se dégage ainsi l’impression selon laquelle la stratégie n’est que militaire ;
qu’elle n’emploie que la force militaire. La stratégie, naguère science militaire
uniquement, tend davantage à devenir la partie des sciences politiques qui traite de
la maîtrise des rapports entre États et l’organisation de la défense d’un pays. Très
évolutif, lié à l’action militaire et aux variations des dimensions de l’action dans des
environnements conflictuels changeants, le concept de stratégie se trouve pris
entre une acception trop restrictive qui le réduit et une application trop extensive
où il se dissout. Depuis une quarantaine d’années, dans divers milieux (entreprise,
gestion, marketing, publicité), on considère comme stratégique le seul fait de
concevoir et d’utiliser une fin, quelle qu’en soit la nature. Le développement du
domaine économique a favorisé cette dérive extensive. Empruntant volontiers son
vocabulaire à celui des opérations militaires (tout comme le fit le libertinage au
eXVIII siècle), l’économique pense en termes de conquête des marchés. Il n’y a
point d’entreprise qui ne développe sa stratégie, de financier qui n’attaque le
3marché à coups d’Offres publiques d’achat (OPA), etc.

3 L’offre publique d’achat consiste en une déclaration publique d’un agent économique (le plus
souvent d’un groupe industriel ou financier) qui s’engage à acheter à un prix donné (plus que le cours
boursier observé) et dans un certain délai, tout ou partie des actions d’une société.
21 La théorie des jeux, la recherche opérationnelle et les méthodes d’aide à la
décision ont également contribué à cette inflation du sens. En théorie des jeux, la
stratégie est le choix par un joueur de la solution – entre plusieurs possibles – qui
est supposée optimiser son espérance de gain. À travers la pensée des opérations
militaires, la stratégie émerge comme un savoir coordonné, mettre en relation,
établir la meilleure synthèse possible d’actes divers rétroagissante les uns par
rapport aux autres. La stratégie finit par se confondre avec la théorisation des
pratiques formant le champ de l’action en général, ce qui relève de la praxéologie
ou d’une philosophie générale de l’action.
La stratégie peut comporter trois degrés, trois attitudes graduées propres, soit à
maintenir le statu quo, soit à créer et à développer l’entente, soit à permettre la
résolution des conflits quand il s’agit de conflits armés. Ces postures qui
impliquent à des degrés divers l’existence et l’emploi de la force militaire,
économique ou autres, sont la persuasion, la dissuasion et l’action (Nkoa Atenga,
1980). La persuasion dont les moyens sont essentiellement diplomatiques est la
stratégie qui consiste à faire admettre à l’autre que son bien commun et le nôtre
sont assez identiques ou même complémentaires pour qu’une coopération
bilatérale soit bénéfique pour les deux, et encore pour qu’une coexistence pacifique
soit possible. La dissuasion entre en action lorsque la persuasion s’avère inefficace
ou tout simplement insuffisante. La dissuasion influe sur la liberté d’action des
adversaires en fonction de leur appréciation subjective du rapport de valeur, de
l’enjeu du risque et du niveau probable de survie en cas d’engagement. Elle est
défensive lorsqu’elle interdit l’agression et offensive lorsqu’elle paralyse la réaction.
L’action qui est le troisième degré de la stratégie intervient en cas d’échec de la
dissuasion. Si l’on n’a pas réussi à faire croire à l’autre qu’on était animé d’une
détermination à toute épreuve, alors il faudra bien agir, se battre.
La stratégie doit servir des fins politiques. Dans cette tâche, elle convertit
l’action propre de la force en instrument au service de la politique. Lorsqu’on
affirme que le but poursuivi par la stratégie est la victoire, la soumission de
l’ennemi, il convient de compléter cette affirmation en soulignant que la victoire
n’est en réalité que l’étape intermédiaire avant le but ultime qui est politique. Étant
donné que c’est le politique qui fixe les buts de la guerre, il existe donc une intime
liaison entre le politique et le militaire.
Tout compte fait, la stratégie est l’art d’harmoniser tous les moyens de pression
disponibles aux fins de réaliser des buts politiques. Ces moyens sont militaires et
extra militaires. Toutefois, cet ouvrage se limitera aux moyens militaires. Il sera en
fait question de voir comment se développent les mécanismes d’apprentissage et
d’intériorisation par les militaires des éléments socioculturels de leur milieu. À ce
propos, Christophe Wasinski estime que les options techniques en matière de
défense, de sécurité ou de stratégie connaissent un enracinement au niveau des
personnes. L’individu - qu’est le militaire dans le cas d’espèce – est un premier
grand domaine au sein duquel les problématiques d’ordre culturel révèlent leur
importance dans les questions de sécurité (Wasinski, 2006 : 117). C’est dans cette
22
logique que certains auteurs se sont interrogés notamment sur l’influence que la
4pensée stratégique classique peut exercer sur les personnes . C’est également dans
cette perspective que peut être explorée la question de l’ouverture des élites aux
idées nouvelles dans le domaine de la défense (Goldman, 2006 : 69-91).
 L’Élite
L’on retrouve au début du XIXe Siècle, une définition du mot Élite proposée
par Honoré de Balzac dans le très prestigieux Dictionnaire de la conversation et de la
lecture dont il a été le directeur d’édition (1832-1839). Cette expression vient du mot
latin electus, choisi et qui indique ce qu’il y a de mieux, de plus parfait dans chaque
espèce d’individus ou de choses (Azimi, 2006 : 49).
L'élite est ainsi formée de ceux qui se choisissent ou sont choisis. D'où l'idée
connexe de supériorité puisque ce qu'on choisit, c'est ce qu'il y a de meilleur. On
retrouve ainsi la relation entre élitisme et aristocratie, terme venant du grec aristoï,
les meilleurs (Heinich, 2004). L'élite désigne donc l'occupation d'une position
enviable. « Les élites » au pluriel, est une expression construite par la sociologie
contemporaine pour expliquer les transformations politiques des sociétés
développées. L'utilisation du syntagme "élites" permet d’embrasser, sous un
concept plus abstrait, les divers types de groupes dirigeants ou dominants qui se
sont succédé (Charles, 1997 : 39-52). Ces deux catégories, singulier et pluriel,
s’inscrivent en réalité dans les deux grandes conceptions de l’élite telles que perçues
par les historiens des sciences sociales relevant du monisme et du pluralisme.
Chez les sociologues, les thèses défendues par les partisans de l'approche moniste
(l'élite comme classe dominante) et par ceux de l'approche pluraliste (les élites) font
l'objet d'une forte polémique. Les premiers, dans la mouvance de Pierre Bourdieu,
dénoncent la faiblesse des sources empiriques (Who's who, etc.) sur lesquelles des
5travaux sur les élites se fondent . Pour ce courant, une "véritable" sociologie de la
classe dominante doit se concentrer sur le rôle des institutions scolaires et
universitaires, car c'est là que se construit le sentiment d'appartenance au même
monde. Les derniers privilégient le critère du pouvoir. Les principaux auteurs
adeptes de cette conception moniste vont de Marx, Pareto, Wright Mills à
Bourdieu (Heinich, 2004).
Pierre Bourdieu va plus loin dans ce sens, car pour lui, la notion de pouvoir se
trouve élargie au-delà de sa sphère traditionnelle – politique, financière,

4 Lire à ce sujet, Lucien Poirier, Les voix de la stratégie, généalogie de la stratégie militaire - Guibert, Jomini,
Paris, Fayard, 1985 ; id., Le chantier stratégique – Entretiens avec G. Chaliand, Paris, Hachette, 1997 ;
Edward Rhodes, “Do Bureaucratic Politics Matter ? Some Disconfirming Findings from the Case of
the U.S. Navy”, World Politics, vol. 47, n°1, octobre 1994, pp. 1-41 ; Philippe Garraud, “L’idéologie de
la “défensive” et ses effets stratégiques : le rôle de la dimension cognitive dans la défaite de 1940”,
Revue française de science politique, vol. 54, n°5, octobre 2004, pp. 781-810.
5Voir l'article d'Oleg Lewandowski, le « Who's who » in Revue française de sociologie qui restitue bien la
nature du débat. cf. Lewandowski (O.), "Différenciation et mécanisme d'intégration de la classe
dirigeante. L'image sociale de l'élite d'après le Who's who en France", Revue française de sociologie, vol. XV,
n°1, janvier-mars 1974, pp. 43-74.
23 administrative – pour englober tous les effets de domination, y compris par la
culture ou le titre scolaire, habituellement dissimulés comme tels par l’ idéologie
charismatique, autrement dit la légitimation de leurs privilèges culturels qui sont
ainsi transmués d’héritage social en grâce individuelle ou en mérite personnel
(Bourdieu, 1980). À cette conception moniste, maints spécialistes ont choisi de
substituer une conception pluraliste. Dans cette perspective, il existe une pluralité
d’élites, chacune étant relative au milieu ou à la catégorie considéré : l’élite des
avocats, l’élite des hommes d’affaires, l’élite des fonctionnaires, etc.
Le premier des auteurs « pluralistes » soutient une position ambivalente. En
soutenant également la conception moniste, Vilfredo Pareto pense qu’il existe à la
fois une élite dirigeante au singulier et des élites non dirigeantes au pluriel (Pareto,
1968). Raymond Aron s’inscrit dans la tradition à la fois normative et justificatrice,
en liant la pluralité des élites non plus au fonctionnement général de la société,
mais à son fonctionnement proprement démocratique. Il use du terme élite au sens
le plus large, c'est-à-dire l’ensemble de ceux qui, dans les diverses activités, se sont
élevés en haut de la hiérarchie et occupent des positions privilégiées que consacre
l’importance, soit des revenus, soit du prestige (Aron, 1960 : 267).
Dans le cadre de cette étude, le concept sociologique du mot « Élite » tel que
perçu à la fois par Bourdieu et Raymond Aron nous paraît le plus approprié. La
perception du premier met en exergue les effets de domination y compris par la
culture ou le titre scolaire. Il met en valeur le rôle des institutions scolaires et
universitaires, car c'est là que se construit le sentiment d'appartenance au même
monde. Cette perception est complétée par celle de Raymond Aron selon laquelle
la formation obtenue par l’ « Élite » lui permet d’exceller dans sa branche d’activité
et de se distinguer par la détention de certaines capacités, d’une position sociale,
d’un revenu enviable et d’un certain prestige qui lui permet de s’élever en haut de la
hiérarchie et d’occuper des positions privilégiées. Par conséquent, ce qui fait l’élite,
c’est le pouvoir qu’on lui attribue ou qu’on lui associe aujourd’hui ; ce qui veut dire
qu’il est nécessaire qu’elle soit perçue par les acteurs sociaux comme celle/celui qui
le possède et qui occupe une place en haut d’une hiérarchie sociale quelconque
(Genieys, 2011). Il s’agit donc d’un groupe minoritaire de personnes ayant, dans
une société, une place éminente due à certaines qualités valorisées socialement. Il
s’agit dans le cadre de ce travail d’aller au-delà des qualités de l’élite militaire
valorisées socialement, mais de mettre davantage l’emphase sur la compétence
professionnelle de cette élite due à la formation de qualité qu’elle acquiert et qui lui
permet d’avoir des résultats probants sur le terrain.
 L’Armée nationale
L’armée est l’ensemble des forces militaires d'un État. Elle est formée entre
autres d’officiers et de sous-officiers. Au Cameroun, l’armée occupe une place très
importante au sein de l’État. En effet, s’intéresser à cette institution permet de la
situer au sein de l’État et comprendre qui gouverne ou « qui obtient quoi, quand et
comment ? » (Jenkins et Kposowa, 1992 : 271-292). Il faut dire qu’au Cameroun, les
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militaires ont un statut privilégié qui leur permet de bénéficier d’énormes avantages
que ne connaît aucun autre corps. En effet, c’est également dans ce contexte que
Genieys (2011) soutient que ce qui fait l’élite, c’est le pouvoir qu’on lui attribue.
L’élite militaire serait même la véritable « source de survie du régime » (Ondoua, 2013)
d’où la place importante qu’elle a au sein de l’État camerounais. Dès lors, cela
pourrait justifier le management et le traitement alloué à l’armée au Cameroun. En
effet, c’est le seul corps des personnels de la fonction publique à n’avoir pas subi
les déflations et les trois baisses de salaires liées aux programmes d’ajustement
structurel des années 90. Les militaires camerounais souscrivent à des indemnités
professionnelles significatives (logements, transports, etc.).
Sur le plan de la sociologie militaire, il existe un important écart de statut entre
les officiers et le reste des personnels. C’est en réalité une caractéristique
importante de la hiérarchie militaire. D’après Caplow et Vennesson, cela se justifie
par le fait que les officiers sont soumis à un code d’honneur et pas les autres. Par
conséquent, l’on suppose que les officiers sont dignes de confiance. Pour cela, ils
méritent par exemple un meilleur uniforme, un équipement, une paye, une
nourriture et un logement de meilleure qualité (Caplow et Vennesson, 2000 : 17).
Pour cette qualité particulière avérée et reconnue aux personnels officiers des
armées, l’étude de la culture stratégique du Cameroun porte une attention
particulière aux officiers. La formation est considérée comme le moment idéal
pour la socialisation de ces derniers à des manières de faire, de penser et de
sentir (Rocher, 1968 : 133) propres à une culture stratégique particulière. Cela peut
se faire lors de « l’incorporation des nouvelles recrues (…et pendant…) leur
formation qui comporte une part d’acculturation » (Caplow et Vennesson, 2000 :
36).
Les cinq dernières décennies ont vu l’armée camerounaise se pérenniser et
s’affirmer comme une institution majeure de l’État. Elle s’efforce de respecter les
principes fondamentaux qui ont présidé à sa création tout en s’adaptant en
permanence aux exigences et aux mutations contemporaines. La formation d’une
entité militaire camerounaise a été définie dans ce que l’on a communément appelé
« plan raisonnable ». Élaboré par les autorités françaises en 1959 pour faire face à la
rébellion de l’Union des populations du Cameroun (UPC), le plan raisonnable
prescrivait des mesures d’urgence devant par la suite servir de canevas à la mise sur
pied d’une armée nationale. Au rang de ces mesures figurent les principes généraux
d’organisation militaire, les bases techniques, le volume et la composition des
forces, l’évaluation des dépenses. Le plan raisonnable s’étendit jusqu’à la signature,
le 13 novembre 1960, des accords de coopération franco-camerounais, notamment
l’accord de coopération militaire (Honneur et Fidélité, 2005).
Concrètement, le point de départ de l’armée camerounaise est la signature de
l’ordonnance n°59/57 du 11 novembre 1959 portant création de l’armée
camerounaise et organisation générale de la défense. Ce document précise, dans
son article 20, qu’en attendant un texte spécial régissant l’armée camerounaise en
gestation, les textes français sont applicables en ce qui concerne l’administration et
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