L'ONU et le conflit en Côte d'Ivoire

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Français
338 pages
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Description

Au-delà du maintien de la paix, l'intervention de l'ONU dans la résolution du conflit intra-étatique ivoirien a été motivée par un faisceau d'enjeux géopolitiques d'ordres national et régional. Elle a par ailleurs permis de protéger les intérêts de certains pays. Cependant, cette intervention montrera ses limites à cause du soupçon d'ingérence générateur d'ultranationalisme, du frein de l'économie de guerre et des réalités complexes du terrain.

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Date de parution 01 mars 2014
Nombre de lectures 60
EAN13 9782336339535
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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L’ONU ET LE CONFLIT IVOIRIEN Jean-Jacques Konadje
Le 19 septembre 2002, des mutins tentent de renverser le régime L’ONU
du Président Gbagbo. Cet événement marque le début du confl it
intraétatique ivoirien, qui très vite prend une dimension régionale. L’aide de la
France et les efforts africains ne suffi ront pas à apaiser la situation. ET LE CONFLIT IVOIRIEN
C’est dans ce contexte que l’ONU est sollicitée pour intervenir dans
le pays. Le Conseil de sécurité servira de cadre politico-juridique à cette
intervention, menée en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Les enjeux géopolitiques de l’intervention
unies. Le recours aux accords régionaux permettra par ailleurs au Conseil
de sécurité de légitimer le déploiement des forces de la CEDEAO et de la 2002-2010
force Licorne dans le pays. Pour soutenir pleinement la mise en œuvre de
l’Accord de Marcoussis, la Mission des Nations unies en Côte d’Ivoire sera
mise sur pied. Mais, face à la dégradation de la situation sociopolitique du
pays, le Conseil de sécurité va décider de renforcer la présence onusienne
en Côte d’Ivoire à travers l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire.
Au-delà du maintien de la paix, l’intervention de l’ONU dans la
résolution du confl it intra-étatique ivoirien a été motivée par un
faisceau d’enjeux géopolitiques d’ordres national et régional. Elle a par
ailleurs permis de protéger les intérêts de certains pays. Cependant,
cette intervention montrera ses limites à cause du soupçon d’ingérence
générateur d’ultranationalisme, du frein de l’économie de guerre et des
réalités complexes du terrain.
Docteur en sciences politiques, ingénieur-maître en
science de l’information et de la communication et
titulaire de plusieurs masters, Jean-Jacques KONADJE
est aussi diplômé de Science Po Toulouse. Auteur de
plusieurs dizaines d’articles scientifi ques, expert de
renom sur les questions de défense, de sécurité, de
stratégies et de géopolitique, il a été à deux reprises
(2010-2011 et 2012- 2013), référencé et distingué dans les livres Gotha Noir de
France, comme l’un des 200 afro-caribéens de France au parcours académique
et professionnel exemplaires.
Préface de Jacques Norlain Postface de Essy Amara
ISBN : 978-2-343-02137-9
35 €
L’ONU ET LE CONFLIT IVOIRIEN
Jean-Jacques
LES ENJEUX GÉOPOLITIQUES DE L’INTERVENTION
Konadje
2002-2010


















L’ONU et le conflit ivoirien
Les enjeux géopolitiques de l’intervention
2002-2010


















Afrique : politiques publiques, sécurité, défense
Collection dirigée par Dominique BANGOURA
Cette collection a pour objet de publier des analyses qui portent sur
l’ensemble des politiques publiques en Afrique : politiques
démocratiques, sociales, sécuritaires, diplomatiques et de défense
ayant vocation à assurer la paix civile, la paix entre les Etats et le
développement. Elle donne un éclairage nouveau sur les acteurs
internes, régionaux et internationaux intervenant dans ces domaines,
sur les rivalités en jeu, les intérêts contradictoires et les menaces, sur
les crises politiques et les conflits armés. Enfin, elle identifie les
importants défis à relever et les alternatives possibles.

Déjà parus

Alfred BABO, l’« étranger » en Côte d’Ivoire, Crises et controverses autour
d’une catégorie sociale, 2013.
Ibrahima BAH, Les transitions politiques en Guinée de son indépendance à
2010, 2013.
SOSSA Dorothé Cossi (dir.), Nouvelles démocraties et socialisation
politique, 2012.
KUMABA MBUTA Wutibaal, L’ONU et la diplomatie des conflits. Le cas
de la République démocratique du Congo, 2012.
Jean-Jacques Konadje
































L’ONU ET LE CONFLIT IVOIRIEN
Les enjeux géopolitiques de l’intervention
2002-2010

















































































































































































































































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-02137-9
EAN : 9782343021379










A la mémoire
de Jeanne Tapé Epse Konadjé,
ma mère qui m’a tout donné
et pour qui je ne crois pas avoir tout fait !


















REMERCIEMENTS





Ce livre n’aurait vu le jour sans le soutien inconditionnel de certaines
personnes. Que ce soit à Paris, Lille, Grenoble, Bordeaux, Toulouse, Rouen,
Genève, Abidjan ou Dakar, qu’elles trouvent dans ces quelques lignes,
l’expression de ma profonde gratitude. C’est grâce à leurs encouragements et
à leurs conseils que ce travail solitaire, marqué par des nuits blanches et de
pénibles investigations de terrain, a pu se faire.

























SOMMAIRE
Liste des sigles et abréviations ...................................................................... 13
Préface, par Jacques Norlain ........................................................................ 19
Avant-propos ................................................................................................ 23
Prologue ........................................................................................................ 25
Chapitre préliminaire. APPROCHE GÉOPOLITIQUE DES CRISES
IVOIRIENNES ............................................................................................ 35
Partie I. FONDEMENTS POLITICO-JURIDIQUES DE L’INTERVENTION
DE L’ONU ET D’AUTRES ACTEURS DANS LE CONFLIT INTRA-ÉTATIQUE
IVOIRIEN75
Titre I. FONDEMENTS POLITICO-JURIDIQUES DE L’INTERVENTION ............... 75
Chapitre I. LECTURE ASYMÉTRIQUE DU CONFLIT ET CONTEXTE
DU RECOURS À L’ONU ............................................................................. 75
Chapitre II. LE CONSEIL DE SÉCURITÉ, CADRE POLITICO-JURIDIQUE DE
L’INTERVENTION DE L’ONU DANS LE CONFLIT INTRA-ÉTATIQUE EN
CÔTE D’IVOIRE ........................................................................................ 97
Chapitre III. LA MINUCI, UNE MISSION POLITIQUE DE SOUTIEN
À L’ACCORD DE LINAS-MARCOUSSIS .................................................... 139
Titre II. L’OPÉRATION DES NATIONS UNIES EN CÔTE D’IVOIRE,
UNE MISSION À CHEVAL ENTRE LE MAINTIEN ET LA CONSOLIDATION
DE LA PAIX .................................................................................................. 149
Chapitre I. RETOUR SUR LE CONCEPT DES OPÉRATIONS DE MAINTIEN
DE LA PAIX (OMP) ................................................................................. 149
Chapitre II. L’ONUCI, UNE OPÉRATION COMPLEXE ET
PLURIDISCIPLINAIRE .............................................................................. 157
Chapitre III. LE RÔLE DES NATIONS UNIES À LA SUITE
DE LA SIGNATURE DE L’ACCORD POLITIQUE DE OUAGADOUGOU ......... 175
Partie II. BILAN EN DEMI-TEINTE ................................................................ 201
Titre I. MOBILISATION FORTE AUTOUR D’ENJEUX PARFOIS AMBIGUS ........ 201
Chapitre I. LES ENJEUX GÉOPOLITIQUES LOCAUX ................................. 205
Chapitre II. LES ENJEUX GÉOPOLITIQUES RÉGIONAUX .......................... 225
Chapitre III. LES INTÉRÊTS FRANÇAIS ................................................... 245
11
Titre II. UNE MISE EN ŒUVRE INCOMPLÈTE DES DISPOSITINS DE L ’ONU ... 265
Chapitre I. LE SOUPÇON D’INGÉRENCE GÉNÉRATEUR
D’ULTRANATIONALISTE ......................................................................... 267
Chapitre II. LE FREIN DE L’ÉCONOMIE DE GUERRE ................................ 295
Epilogue ...................................................................................................... 305
Postface ....................................................................................................... 309
Bibliographie sélective ............................................................................... 311
Table des matières ...................................................................................... 323




12
LISTE DES SIGLES ET DES ABREVIATIONS

ADIACI : Association pour la défense des intérêts des autochtones de Côte
d’Ivoire
AEC: African economy community
AFP: Agence-France-Presse
AFRC: Armed forces revolutionary council
ALPC: Armes légères et de petit calibre
ANAD: Accord de non agression et d’assistance en matière de défense
AOF: Afrique occidentale francophone
APO: Accord politique de Ouagadougou
BCEAO: Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest
BICICI: Banque Internationale pour le Commerce et l’Industrie en Côte
d’Ivoire
BMG: Brigade mixte de gendarmerie
CCI: Centre de commandement intégré
CCI-CI: Chambre de Commerce et d’Industrie de Côte d’Ivoire
CEA: Comité d’évaluation et d’accompagnement
CEDEAO: Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest
CEI: Commission Electorale Indépendante
CFA: Communauté financière africaine
CFAO: Compagnie française d’Afrique occidentale
CNE: Commission Nationale Electorale
CIE: Compagnie ivoirienne d’électricité
13
CICR: Comité international de la croix rouge
CIDT: Compagnie ivoirienne de distribution de textile
CNO: Centre-Nord-Ouest
CNSP: Comité national de salut public
CNUT: Conseil national des utilisateurs du transport
COJEP: Collectif des jeunes patriotes
CONASUR: Comité national de secours d’urgence et de réhabilitation
CPC: Cadre permanent de concertation
CPICI: Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire
CURDIPHE: Cellule universitaire de recherche et de diffusion des idées et
des actions du président Henri Konan Bédié
DDM: Désarmement, démobilisation des milices
DDR: Désarmement, démobilisation et réintégration
ECOMICI: Ecowas mission in Côte d’Ivoire
ECOMIL: Ecowas mission in Liberia
ECOMOG: Economic Community of West African states cease-fire
Monitoring Group
ECOWAS: Economic Community of West African states
EECI: Energie électrique de Côte d’Ivoire
ETHNICS: Etudes et théories de l’humanisme ivoirien pour la synthèse
culturelle
FAC: Forces alliées de la communauté
FAFN: Forces armées des forces nouvelles
FANCI: Forces armées nationales de Côte d’Ivoire
14
FAO: Food and agriculture organization
FDS: Forces de défense et de sécurité
FESCI: Fédération estudiantine et scolaire de la Côte d’Ivoire
FLGO: Forces de libération du grand Ouest
FMI: Fonds monétaire international
FN: Forces nouvelles
FPI: Front populaire ivoirien
FRGO: Forces de résistance du grand Ouest
FSCO: Forces de sécurité du grand Ouest
FSP: Fonds spéciaux prioritaires
FUNU: Force d’urgence des Nations unies
GPP: Groupement des patriotes pour la paix
GTI: Groupe de travail international
HCR: Haut commissariat aux réfugiés
ICG: International crisis group
IDE: Investissements directs étrangers
TRIE: Transit routier inter-Etats
IRMA: Institution Raggi Anne Marie
LURD: Libériens unis pour la réconciliation et la justice
LOCI: Ligue des originaires de Côte d’Ivoire
MACA: Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan
MFDC: Mouvement des forces démocratiques de la Casamance
MICECI: Mission de la CEDEAO en Côte d’Ivoire
15
MILOCI: Mouvement ivoirien pour la libération totale de la Côte d’Ivoire
MINUCI: Mission des Nations unies en Côte d’Ivoire
MISAB: Mission interafricaine de surveillance des accords de Bangui
MJP: Mouvement pour la justice et la paix
MONUL: Mission d’observation des Nations unies au Libéria
MPCI: Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire
MPIGO: Mouvement patriotique ivoirien du grand Ouest
MPV: Maryland wood processing industries
NITRA: Niger transit
OEDCE: Organization for economic cooperation and development
OCHA : Office for the coordination of humanitarian affairs
OIM: Organisation internationale des migrations
OMP: Opération de maintien de la paix
OMS: Organisation mondiale de la santé
ONU: Organisation des Nations unies
ONUDI: Organisation des Nations unies pour le développement industriel
OTAN: Organisation du traité de l’atlantique Nord
PAM: Programme alimentaire mondial
PAMMD: Protocole d’assistance mutuelle en matière de défense
PANA: Parti nationaliste
PDCI: Parti démocratique de Côte d’Ivoire
PDCI-RDA: Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement
démocratique africain
16
PIB: Produit intérieur brut
PNA: Protocole de non-agression
PNUD: Programme des Nations unies pour le développement
RDA-CI: Rassemblement démocratique africaine-Côte d’Ivoire
RDR: Rassemblement des républicains
RHDP: Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix
RFI: Radio-France international
RTI: Radio télévision ivoirienne
RUF: Revolutionary united front
SCAC: Service de coopération et d’actions culturelles
SDN: Société des Nations
SERMCI: Secours et évacuation des ressortissants maliens en Côte d’Ivoire
SGBCI: Société générale de banque en Côte d’Ivoire
SIAMO: Syndicat interprofessionnel d’acheminement de la main d’œuvre
SIB: Société ivoirienne de banque
SMCI: Société de mathématiques de Côte d’Ivoire
SNEPPCI: Syndicat national de l’enseignement primaire public de Côte
d’Ivoire
SODECI: Société de distribution des eaux en Côte d’Ivoire
SOGB: Société des caoutchoucs de Grand-Béréby
UA: Union africaine
UEMOA: Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine
UFOCI: Union fraternelle des originaires de Côte d’Ivoire
17
UNAMSIL: United Nations mission in Sierra Leone
UNICEF: United Nations international children’s emergency Fund
UPRGRO: Union patriotique pour la résistance du grand Ouest
UPLTCI: Union patriotique pour la libération totale de la Côte d’Ivoire










18
Préface
L’ONU ET LA CÔTE D’IVOIRE, UNE AFFAIRE ENCORE EN COURS
L’ouvrage du Dr. Jean-Jacques Konadjé apporte un éclairage important pour
tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de la Côte d’Ivoire, et au-delà, il
souligne bien la complexité des crises modernes, que ce soit en Afrique ou
ailleurs, et les difficultés de les résoudre dans des conditions claires et
admises par tous.
Il offre les possibilités de se constituer une méthode d’approche des
situations conflictuelles par la prise en compte des enjeux, du rôle des
voisins ou des organisations internationales, du suivi du cheminement des
solutions envisagées tout au long de la durée ; avec le temps qui passe,
certains responsables changent, remettant chaque fois en cause des résultats
considérés comme acquis.
Les actions des uns et des autres s’entremêlent, s’ajoutent ou se contrarient,
offrant chaque fois de nouvelles possibilités de manœuvre aux différents
partenaires compliquant sans cesse la lisibilité de la situation. De 2002 à
2010, la Côte d’Ivoire a connu plusieurs représentants du Secrétaire général
de l’ONU, plusieurs ambassadeurs de France et des autres nations
concernées par la crise, plusieurs officiers généraux que ce soit pour les
forces de l’ONU ou pour la force Licorne.
Dès son déclenchement, le 19 septembre 2002, la crise ivoirienne a révélé
son ambigüité. Il n’a pas été possible de définir de façon indiscutable, sur le
plan national comme sur le plan international, s’il s’agissait d’une agression
extérieure ou d’une action interne. Dans le doute, la France qui, par
nécessité, a été obligée de réagir, a choisi un compromis un peu acrobatique :
séparer les deux camps, organisant ainsi une partition de fait de la Côte
d’Ivoire, partition qui, avec le temps, a créé des conditions de vie politique,
économique et humaine qui ont pesé et pèsent encore sur l’histoire de la
Côte d’Ivoire.
La France ne pouvait rester seule sur cette crise qui menaçait l’ensemble de
l’Afrique de l’Ouest déjà en partie déstabilisée par les conflits affectant les
pays du fleuve Mano. La CEDEAO s’est engagée dans la prise en compte de
ce conflit, des sommets et réunions ont lieu au Togo et au Sénégal, l’envoi
d’une force est décidé. L’ONU, directement concernée, organise des
réunions, au Conseil de sécurité, surtout, après l’échec des accords de
Marcoussis. En février 2003, l’ONU qualifie la crise ivoirienne comme une
menace contre la paix dans la région avec les conséquences normales,
création de la MINUCI prenant à son compte les forces de la CEDEAO
19
présentes, avec l’appui de la force Licorne mise en place par la France, et la
transformation de la zone tampon « en zone de confiance ».
C’est sur cette base que l’action de l’ONU va s’exercer pendant toute la crise
ivoirienne qu’il est possible de partager, de façon très simplifiée, en trois
phases : la période 2002-2005 qui correspond au mandat électoral du
président Gbagbo ; la période 2005-2010, la marche laborieuse vers les
élections ; à partir du 28 novembre 2010 jusqu’à l’investiture du président
Ouattara, la régularisation de la situation politique. L’action de l’ONU a dû,
selon les situations diverses et souvent tendues, s’adapter aux menaces
spécifiques engendrées par l’évolution de la crise et les stratégies des
différents acteurs.
Pendant près de huit ans, l’ONU va essayer de concilier ces positions et
ambitions souvent inconciliables en adaptant son dispositif sur le terrain et
en s’attachant par ses résolutions à convertir, à calmer ou à contraindre par
des sanctions contre les gens ou des mesures plus générales comme
l’embargo sur les armes . Mais, l’ONU, elle-même, ne dispose pas d’une
grande liberté de manœuvre, si l’Union africaine est, en général, d’accord
avec les positions de l’organisation, les Etats africains ont des positions plus
nuancées parmi ces derniers, plusieurs et non des moindres sont sensibles
aux propos du président Gbagbo. Plus on s’éloigne de la zone de crise plus
les positions adoptées sont basées sur l’idéologie plutôt que sur la réalité.
Les appuis ou les critiques se retrouvent aussi au sein du Conseil de sécurité
et ce dernier est contraint, dans la réalisation de ses objectifs, par la nécessité
d’obtenir les consensus indispensables. La situation en Côte d’Ivoire apporte
aussi, et largement, son lot d’imprévus, de remises en cause des résultats
considérés comme acquis, de comportements à risque de responsables ou
tout simplement de chefs mal intentionnés. Enfin, il faut prendre aussi en
compte le fait, comme c’est généralement le cas dans les crises importantes,
que l’insécurité généralisée est une source de pouvoir et de profits pour ceux
qui sont en position d’en tirer avantage. Le partage de la Côte d’Ivoire a
modifié, au Nord, les circuits commerciaux favorisant des individus ou des
pays voisins, certains chefs de guerre se sont taillé des fiefs, se créant des
revenus intéressants et des clientèles. Au Sud, la fidélité politique est un
laissez-passer pour tous les excès favorisés par une impunité garantie, le
pouvoir se réservant une part importante des ressources financières pour
augmenter ses forces par des achats d’armes, récompenser ou acheter des
fidélités, s’acquérir des soutiens à l’étranger.
L’ONU va s’efforcer d’influer sur l’évolution de la situation dans les
rencontres internationales, notamment à l’occasion de la médiation du
président M’Beki qui obtiendra, en 2004, la reconnaissance des présidents
du RDR et du PDCI comme candidats aux prochaines élections
20
présidentielles et, sur le plan intérieur, en protégeant le plus possible les
populations menacées et en soulignant les excès de tous les protagonistes.
Mais, ce combat ne sera pas suffisant pour permettre le déroulement normal
des élections présidentielles prévues fin 2005, d’autant plus que personne ne
veut diminuer ses capacités militaires, toutes les tentatives de désarmement
ont été vouées à l’échec. Prenant acte de cette situation, l’ONU prolonge
d’un an le mandat du président Gbagbo. Pendant quatre ans cette situation
provisoire va durer, marquée par des querelles incessantes sur la constitution
des listes électorales, le choix des responsables chargés de la préparation du
scrutin… Les responsables de l’opposition qui, ont retrouvé une marge de
manœuvre sur le terrain, vont s’attacher à l’accroître et à mobiliser leurs
partisans.
Début 2007, de nouveaux accords sont signés à Ouagadougou. Ils sont plus
contraignants pour le pouvoir en place, changement de Premier ministre,
création d’un commandement intégré des forces de défense et des forces
nouvelles, réalisation des listes électorales et la fixation du mois d’août 2008
pour les élections, le tout étant placé sous le contrôle international.
Le rôle de l’ONU, dans la résolution de la crise ivoirienne, a été permanent,
à partir de 2003, et il continue au moment où ces lignes sont écrites. Elle
accompagne avec vigilance la remise en ordre du pays en s’efforçant de
soutenir la réconciliation qui reste une opération difficile compte tenu de la
durée des violences et des inévitables contentieux, de l’appétit des
vainqueurs et de la rancœur des perdants. Comme dans toutes les crises,
l’ONU est très souvent l’objet de critiques parce que les parties concernées
trouvent qu’elle en fait trop, pas assez, ou mal. Ses capacités d’action
dépendent de beaucoup de facteurs : le soutien dont elle dispose sur le plan
international qui conditionne la force de son mandat ; les personnels mis à sa
disposition qui ne disposent pas toujours des qualifications requises, à la fois
professionnelles ou linguistiques ; les réactions aux situations d’urgence ne
sont que rarement adaptées au problème à traiter. Dans l’ensemble, comme
le montre cet ouvrage, elle a tenu son rôle et elle a évité que la Côte d’Ivoire
connaisse le même sort que le Libéria ou la Sierra Leone.
On peut, toutefois, regretter que l’action de l’ONU n’ait pas tiré toutes les
conséquences de la qualification initiale de « menace pour la paix dans la
région ». Le trafic d’armes n’a pas été suffisamment surveillé, la région n’a
pas fait, dans l’état où les informations sont disponibles, d’un contrôle
satisfaisant sur les mouvements financiers et l’évaporation des ressources
ivoiriennes. Cette observation est valable pour d’autres crises ; la majorité
des Etats ne disposent pas de moyens suffisants pour avoir des informations
et des renseignements leur permettant une gestion satisfaisante des crises, ils
ont besoin d’aide et d’assistance qui ne peuvent provenir que de grandes
21
puissances ou d’organismes supra nationaux, l’ONU doit préparer sa
participation à la solution des faiblesses nationales.

JACQUES NORLAIN
Général de brigade (2S),
Ancien officier des Troupes de Marine, Ancien conseiller pour les questions
de sécurité à la présidence de Côte d’Ivoire
et à celle du Gabon.









22
AVANT-PROPOS
Ce livre est le fruit d’une réflexion intense sur le pays qui m’a vu naître ! En
décidant de consacrer plusieurs années de recherche à une période spécifique
qui marque à jamais l’histoire de la Côte d’Ivoire contemporaine, j’ai voulu
en tant que jeune intellectuel, vivant hors des frontières de mon pays, plus
précisément en France, apporter un regard critique et neutre sur un conflit
qui a défrayé la chronique et fait couler beaucoup d’encre.

Il est vrai que la période de 2002-2010 a fait l’objet de fantasmes en tous
genres et suscité une avalanche de littératures. Mais, rares sont les auteurs,
qui de par leurs écrits, ont apprécié la situation ivoirienne avec une dose
d’objectivité. D’une façon générale, la guerre reste un phénomène complexe,
parfois inexplicable dont la compréhension s’assimile à la résolution d’une
équation à plusieurs inconnues. Cette compréhension est d’ailleurs, moins
aisée lorsqu’il s’agit d’une guerre intraétatique où les antagonistes ont en
commun la même histoire et vivent sur une même aire géographique.
Cependant, lorsqu’on décide d’écrire pour rendre compte d’une situation
conflictuelle aussi compliquée soit-elle ou quand on prend l’initiative de
léguer à la postérité, l’essence de notre réflexion sur une question qui nous
paraît aussi capitale, nous devons être guidés par la rigueur et l’honnêteté
intellectuelles. Car, c’est à travers nos œuvres que l’histoire nous jugera.

Contrairement aux thèses simplistes, la crise qu’a connue la Côte d’Ivoire ne
relève pas de la responsabilité d’un seul individu, d’un seul parti politique
encore moins d’une seule ethnie. C’est toute la classe politique et
l’intelligentsia du pays qui en sont comptables. En effet, pendant que la Côte
d’Ivoire brûlait, certains de nos dirigeants, aveuglés par leurs intérêts
personnels ont préféré regarder ailleurs. Le manque de vision des uns et le
désir de vengeance des autres ne pouvaient que conduire le pays dans une
situation chaotique dont les conséquences se traduisent, aujourd’hui, en
termes de pertes en vie humaines, de destructions des infrastructures, de
chômage accentué, etc. Ce retard accusé, ces dernières années, a porté un
frein au développement du pays et a eu un impact négatif significatif sur le
quotidien des Ivoiriens.

Refusant alors d’être le spectateur du désespoir d’un peuple déjà meurtri et
rongé par la pauvreté, j’ai voulu, à travers cet ouvrage, apporter un éclairage
intellectuel sur les causes profondes de ce conflit avant de mettre en exergue
les mécanismes internationaux qui ont contribué à sa résolution. Si la
Communauté internationale a été sollicitée dès les premières heures de la
crise et que les Nations unies se sont empressées d’apporter assistance à un
pays au bord du gouffre, le dispositif politico-juridique et militaire mis en
23
place pour gérer le conflit intraétatique ivoirien a été source d’interprétations
diverses. Pire, il s’est heurté à une partie de l’opinion publique ivoirienne.

C’est pour comprendre tous les méandres de cette intervention, parfois sur
fond de contestation que je me suis livré à cet exercice délicat. Pour réussir
ce pari, j’ai opté pour une approche pluridisciplinaire afin d’avoir une vision
holistique de la crise ivoirienne. Le lecteur se rendra compte que, dans ce
livre, j’ai fait appel à des données historiographiques, sociologiques,
politiques, géopolitiques, géographiques et juridiques. C’est en tenant
compte de la combinaison de tous ces facteurs que le lecteur pourra percer le
mystère d’une crise dont la compréhension peut, par moment, s’assimiler à
la recherche d’une aiguille dans une botte de foin.

Il est important de préciser que, dans ce livre, je me suis évertué à être le
plus objectif possible en essayant de situer les responsabilités des différents
acteurs politiques ivoiriens, dans l’émergence de la crise dont la Côte
d’Ivoire a été le théâtre. En me basant sur des arguments scientifiques, j’ai
aussi tenté de démontrer la façon dont la Communauté internationale, plus
particulièrement l’ONU et la France ont résolu le conflit ivoirien. La sévérité
de certains de mes propos à l’égard des acteurs de la scène politique
ivoirienne et de la Communauté internationale s’inscrit strictement dans une
démarche intellectuelle. Même si ceux-ci estiment avoir été incontournables
dans le dénouement de la crise et la marche laborieuse de la Côte d’Ivoire
vers la paix, il n’en reste pas moins de pointer du doigt certains de leurs
agissements.

Ce livre permettra, sans aucun doute, aux Ivoiriens, aux Africains et, dans
une certaine mesure, à tous ceux qui se sont intéressés à la crise ivoirienne
ou qui continuent de s’y intéresser, d’avoir une lecture plus réaliste des
événements. J’espère surtout avoir été à la hauteur de leurs attentes.

DR. JEAN-JACQUES KONADJE



24
PROLOGUE
Née au lendemain de la seconde guerre mondiale, sous les ruines de la
Société des nations (SDN), l’organisation des Nations unies (ONU) a pour
but premier de maintenir la paix et la sécurité internationales et de créer un
1climat de coopération entre les différents Etats-nations qui la composent .
Avec l’éclatement de la guerre froide en 1947, à la suite de laquelle la
solidarité des grandes puissances s’effritera pour laisser place à un
affrontement idéologique entre les blocs capitaliste et communiste, les
Nations unies vont se transformer en un champ clos de rivalités. L’ONU
apparaîtra, au cours de cette période, comme un instrument que chaque
grande puissance essayera d’utiliser à son profit.

L’usage du droit de veto dont bénéficient les cinq membres permanents du
Conseil de sécurité constituera un obstacle pour ledit organe, dans la prise de
décision, en vue d’assurer la sécurité collective. C’est dans ce contexte
qu’éclate, en 1956, la crise du canal de Suez. Le Conseil de sécurité, se
trouvant bloqué par le double veto franco-britannique, ne parviendra à
prendre aucune décision majeure. L’Assemblée générale, saisie par la
procédure Acheson, condamne l’intervention de la France et de la Grande
Bretagne en Egypte, puis vote sur la base d’un projet canadien la résolution
998-ES-I qui crée une force internationale d’urgence des Nations unies
(FUNU) chargée d’assurer et de surveiller la cessation des hostilités. C’est
dans ce contexte que naissent les opérations de maintien de la paix (OMP).
Ce sont des interventions paramilitaires, non coercitives, établies par
l’Assemblée générale ou le Conseil de sécurité des Nations unies, avec le
consentement des parties intéressées, afin d’aider à restaurer ou maintenir la
paix dans une zone de conflit. Ces différentes interventions onusiennes sous
la forme d’opérations de maintien de la paix ont permis de gérer les crises,
pendant la guerre froide.

Il convient de faire remarquer que, contrairement à l’euphorie qu’elle a
suscitée, la fin de la guerre froide, en 1989, n’a guère répondu aux attentes
émises en matière de paix et de sécurité internationales. Le relâchement de la
tension Est-Ouest a fait apparaître de nouveaux affrontements qui ont
engendré, chez les protagonistes, une volonté acharnée de monopoliser le
pouvoir politique et d’imposer leur idéologie sur la sphère mondiale. Avec
l’explosion du commerce légal de l’artillerie lourde et légère ainsi que les
contrebandes d’armes de toutes sortes, les conflits sont devenus plus
2meurtriers que jamais . D’origines diverses, ces conflits se sont accrus en

1- Voir « Charte des Nations unies et du statut de la Cour internationale de justice », Article
1, 26 juin 1945.
2- Voir observatoire du transfert des armements (Lyon), « Armes : un commerce qui tue »,
2003, PP. 7-8, http://www.controlarms.org/fr (site internet consulté le 12 décembre 2006).
25
nombre et ont revêtu des caractères complexes et dangereux. Sont
entremêlées les dictatures, la pauvreté, les frustrations, l’inégale répartition
des richesses ainsi que la disponibilité permanente de moyens de nuisance
(armes, mercenaires, milices privées, etc.). L’ampleur de ces situations
problématiques a été aggravée, au cours de ces dernières années, par une
faillite des Etats dans leurs principaux services régaliens. Il s’est agi, par
exemple, de la dislocation de la police et des institutions judicaires, de la
faiblesse des appareils gouvernementaux et du délabrement des
infrastructures sociopolitiques. On observe, ainsi, à l’échelle mondiale, une
3extension des zones en guerre . « Depuis la fin de la guerre froide, en 1989,
plus de 60 conflits armés ont fait des centaines de milliers de morts et 17
millions de réfugiés. En Afrique, on estime que sur 10 pays en conflit durant
les années 90 (Rwanda, Ethiopie, Ouganda, Angola, Libéria, Sierra Leone,
Burundi, Rwanda, ex-Zaïre, Congo), le nombre de morts serait de 3,8 à 6,8
millions, soit 2,4 à 4,3% de leur population totale (155 millions
4d’habitants) » . En 2004, près d’une vingtaine de pays étaient impliqués
dans des affrontements collectifs sanglants ou vivaient des transitions plus
5ou moins conflictuelles .
En Afrique de l’Ouest, la guerre civile au Libéria déclenchée le 24 décembre
1989, inaugure une nouvelle ère d’instabilité dans la région. La porosité des
frontières entre pays voisins, la disponibilité et la circulation illégale des
armes légères et de petit calibre et la pratique du mercenariat vont donner
une dimension régionale à la crise libérienne. La Sierra Leone et la Guinée
Bissau seront, à leur tour, le théâtre de guerres civiles. La résolution de ces
différents conflits a nécessité une intervention des Nations unies sous la
forme d’opérations de maintien de la paix, incluant des dimensions
politiques, humanitaires, sociales et économiques qui exigent la présence aux
côtés des soldats, des experts civils et de nombreux spécialistes. La crise
ivoirienne apparaît comme l’avant dernier conflit intraétatique avant celle du
Mali, déclenchée le 17 janvier 2012. En effet, considérée pendant plusieurs
décennies comme un havre de paix et un modèle économique en Afrique
subsaharienne, la Côte d’Ivoire a, depuis son accession à l’indépendance en
1960, joué un rôle majeur en Afrique de l’Ouest. Son système économique
fondé sur l’agriculture, notamment la culture du café et du cacao et sa
politique d’immigration mise sur pied par son premier président, Félix
Houphouët-Boigny, ont attiré de nombreux étrangers de la région et des
investisseurs des pays occidentaux, en particulier la France, qui a su

3- BONIFACE Pascal (sous la dir.), l’année stratégique 2001 : analyse des enjeux
stratégiques, démographiques et économiques, Paris, Ed. Michalon, 2000, 831 P.
4- HUGON Philipe, « L’économie des conflits en Afrique » in Revue internationale et
stratégique, 2001, N° 43, P. 152.
5- GAUD Michel, « L’Afrique en décomposition et recompositions », in Questions
internationales- Les conflits en Afrique, 2004,N°5, P. 10.
26
conserver des relations étroites avec son ancienne colonie. Dans les années
70, le succès économique que connaît le pays, est qualifié de miracle
ivoirien. Cependant, les crises sociales et économiques vont transformer ce
miracle en mirage ivoirien.
Au début des années 90, à la suite du discours de la Baule prononcé par le
président français François Mitterrand, la Côte d’Ivoire connaît un tournant
politique décisif avec l’instauration du multipartisme. Les élections
présidentielles, organisées démocratiquement, pour la première fois, dans le
6pays, en 1990, et opposant le PDCI-RDA , ancien parti unique au pouvoir au
7le FPI de Laurent Gbagbo, sont remportées par le président
HouphouëtBoigny. Le décès de ce dernier en 1993, ouvre la voie à une farouche
compétition entre Alassane Dramane Ouattara et Henri Konan Bédié,
respectivement Premier ministre et président de l’Assemblée nationale de
l’époque. La modification de la Constitution permettra à Henri Konan Bédié
de devenir président par intérim jusqu’en 1995. L’invention du concept de
l’ivoirité avec toutes ses dérives constitue le point culminant de cette lutte
politique entre « les héritiers » du président Houphouët-Boigny. Le coup
d’Etat du 24 décembre 1999, orchestré par le général Robert Gueï,
occasionne la chute du régime du président Bédié et ouvre une nouvelle ère
du jeu politique ivoirien. Après dix (10) mois de transition militaire, le
général Robert Gueï organise des élections présidentielles (qui excluent le
8RDR d’Alassane Ouattara et le PDCI-RDA d’Henri Konan Bédié) qui, à la
suite de protestations et de mouvements sociaux, se soldent par la victoire de
Laurent Gbagbo. Cette victoire de Gbagbo est remise en cause par les partis
politiques de l’opposition n’ayant pu concourir. Aussitôt, les partisans
d’Alassane Ouattara demandent une nouvelle organisation d’élections plus
démocratiques à laquelle tous les partis politiques prendraient part. Mais,
Laurent Gbagbo, le président nouvellement élu, rejette de façon catégorique
cette proposition.

Du 9 octobre au 19 décembre 2001, à l’initiative du président Laurent
Gbagbo, se tient à Abidjan, un forum pour la réconciliation nationale.
Rappelons que le coup d’Etat militaire de décembre 1999 avait imposé un
changement politique, et fut à l’origine d’un bouleversement, sans précédent,
de la société ivoirienne, qui eut à subir beaucoup de frustrations, de violence,
9de pleurs, de douleurs et de morts . Dans un tel contexte, l’organisation de ce
forum pour la réconciliation nationale était une nécessité. En effet, « Le

6- Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain.
7- Front populaire ivoirien.
8-Rassemblement des républicains.
9- N’GUESSAN Kouamé « le forum pour la réconciliation nationale, 9 octobre-18 décembre
2001 », in LE PAPE Marc et VIDAL Claudine, Côte d’Ivoire : l’année terrible, 1999-2000,
Paris, Ed. Karthala, 2002, P. 325.
27
nouveau pouvoir, issu des élections controversées d’octobre 2000, avait
besoin, pour réaliser son programme de développement économique et
social, d’un environnement sociopolitique où la convivialité surmonterait
rancœurs et hostilités. Le forum pour la réconciliation nationale, initié par
le président Gbagbo, apparaît, dès lors, comme une opération d’apaisement.
Son enjeu est de reconstruire, avant les élections générales de 2005, la Côte
10d’Ivoire réconciliée avec elle-même » . La proclamation officielle des
résultats qui ont fait de Laurent Gbagbo le vainqueur des élections
présidentielles d’octobre de l’année 2000, confortait la légalité du nouveau
pouvoir mais ne lui conférait pas, néanmoins, la légitimité indispensable
pour gouverner dans la quiétude. Faire admettre l’idée d’un forum pour la
réconciliation nationale par tous les acteurs de la vie politique était déjà une
gageure à tenir. Ainsi, trois grands thèmes furent proposés par le directoire
du forum aux intervenants: les problèmes politiques, la gouvernance et les
problèmes socioculturels.

Ce forum a abouti, en 2002, à une réunion au sommet entre Laurent Gbagbo,
Henri Konan Bédié, Robert Gueï et Alassane Dramane Ouattara, afin de
régler les différends et d’examiner ensemble les recommandations avancées
par cette rencontre. Ensemble, ils se sont engagés à s’opposer à une
accession non démocratique au pouvoir, à professionnaliser les forces de
défense et de sécurité et à améliorer leurs conditions d’emploi. En outre, ils
ont décidé de former un nouveau gouvernement d’unité nationale largement
représentatif, qui a vu le jour le 05 août 2002. De plus, Alassane Ouattara,
qui était devenu une source majeure de tension politique dans le pays, a pu
obtenir, à la suite de ce forum, un certificat de nationalité délivré par un
11tribunal ivoirien, le 26 juillet 2002 . Malgré ces évolutions encourageantes
vers la réconciliation nationale et vers la réduction des tensions, le climat
sociopolitique demeurait tendu et le président Laurent Gbagbo dut faire face
à plusieurs tentatives de coup d’Etat. C’est dans ce climat de suspicion
générale que le 19 septembre 2002, des mutins tentent de renverser le régime
du président Laurent Gbagbo, alors que celui-ci se trouve en visite officielle
en Italie. Cette tentative de coup d’Etat marque le début d’un conflit
intraétatique. Si on considère, dans un premier temps, les événements
comme une mutinerie d’environ sept cent soldats de l’armée régulière
ivoirienne refusant d’être démobilisés, le pays va très vite faire face à trois
12 13 14mouvements d’insurgés (MPCI , MPIGO , MJP ). Des affrontements
entre les forces gouvernementales et les forces rebelles entraînent une

10- Ibid.
11- Rapport du Secrétaire général des Nations unies sur la Côte d’Ivoire, S/2003/374, P. 2.
12- Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire.
13- Mouvement populaire ivoirien du grand Ouest.
14ur la justice et la paix.
28
dégradation de la situation sociale, économique et politique du pays.
L’implication de certains pays voisins, dans cette crise, donne une dimension
régionale au conflit. Sollicitée par les autorités ivoiriennes, la France jouera,
dans la résolution du conflit, un rôle qui défrayera la chronique dans
l’opinion publique ivoirienne et africaine. Face aux conséquences de cette
guerre et à son impact aussi bien au niveau national que régional, la
Communauté internationale va mettre en œuvre une série d’initiatives en vue
de résoudre le conflit ivoirien et de maintenir une paix durable dans le pays
et dans toute la région. L’implication de la France et les initiatives régionales
et continentales ne suffiront pas à mettre un terme à la crise ivoirienne. C’est
dans ce contexte que l’intervention des Nations unies a été sollicitée pour
maintenir et consolider la paix dans le pays. Le Conseil de sécurité de
l’ONU apparaît comme le cadre politico-juridique de cette intervention
onusienne dans le conflit ivoirien.

Ainsi, après avoir qualifié la crise de menace contre la paix et la sécurité
internationales dans la région Ouest-africaine, l’intervention de l’ONU, dans
la crise ivoirienne, sera menée en vertu du Chapitre VII de la Charte des
Nations unies. Plusieurs dispositions seront prises, par la suite, par le
Secrétaire général des Nations unies pour gérer le conflit. Le recours aux
accords régionaux permettra au Conseil de sécurité de légitimer le
déploiement des forces de la CEDEAO et de la force Licorne. Pour soutenir
pleinement la mise en œuvre de l’accord de Linas-Marcoussis signé, en
janvier 2003, à Paris, à l’initiative de la France, le Conseil de sécurité mettra
sur pied la Mission des Nations unies en Côte d’Ivoire (MINUCI).
Cependant, face à la dégradation de la situation sociopolitique du pays et au
risque de la déstabilisation de la région, le Conseil de sécurité décidera du
renforcement de la présence onusienne en Côte d’Ivoire, en créant
l’opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) dont le but est de
maintenir et de consolider la paix en terre ivoirienne. Mais, il convient de
noter que cette intervention de l’ONU en Côte d’Ivoire montrera ses limites.
Elle sera, par ailleurs, confrontée à des réalités complexes de terrain. De
façon explicite, les Nations unies sont intervenues en Côte d’Ivoire parce
qu’elles considéraient que la situation dans le pays constituait une menace
contre la paix et la sécurité internationales dans la région. Toutefois, à
travers cet exercice intellectuel, nous essayerons de démontrer qu’au-delà du
simple fait de vouloir maintenir la paix et la sécurité internationales, des
considérations géopolitiques implicites ont présidé cette intervention.

Il faut souligner que l’intervention est un concept auquel on fait allusion
chaque fois que les aspects sécuritaires des relations internationales sont
abordés. C’est une pratique qui apparaît comme un instrument de gestion des
conflits participant de l’affaiblissement de la souveraineté étatique et
mettant, dans le même temps, sous les projecteurs, les limites de la capacité
29
de l’ONU à maintenir la paix et la sécurité internationales. Aussi vieux que
l’histoire de l’humanité, le concept d’« intervention » a traversé tous les
siècles et toutes les époques. Il a, par ailleurs, fait l’objet d’une littérature
abondante et intéressé plusieurs courants des sciences sociales, notamment le
courant classique. D’un point de vue sociologique et juridique, les auteurs
classiques soutiennent qu’une intervention étrangère dans un conflit
intraétatique, « ne fait que compromettre la paix et provoquer les tensions
15internationales » . Autrement dit, une intervention étrangère est souvent à
l’origine même des conflits intraétatiques. Les raisons, généralement,
invoquées par ces auteurs, pour soutenir cette thèse, sont au nombre de deux:
d’une part, intervenir dans un conflit intraétatique, même aux côtés du
gouvernement légal, ce serait s’immiscer dans l’expression de la volonté
populaire, alors que la communauté nationale intéressée devrait être laissée
16seule à déterminer son avenir politique . D’autre part, accepter
l’intervention étrangère à ses côtés serait, pour le gouvernement légal, porter
atteinte à la souveraineté de l’Etat, et faire la preuve de sa propre
non17représentativité . Selon les tenants de cette thèse, tout conflit intraétatique
devrait être isolé de toute intervention étrangère. Cette vision moralisatrice
de la vie internationale défendue par les classiques vise à protéger les Etats
18les plus faibles contre les interventions impérialistes . En effet,
conformément au droit international contemporain qui stipule l’égalité et la
souveraineté des Etats, lesquelles impliquent le respect mutuel de
l’indépendance politique et de l’intégrité territoriale, aucun Etat ne peut ni
appliquer ni encourager l’usage de mesures économiques, politiques ou de
toute autre nature pour contraindre un autre Etat à subordonner l’exercice de
ses droits souverains et pour obtenir de lui les avantages de quelque nature
que ce soit. Tous les Etats doivent aussi s’abstenir d’organiser, d’aider, de
fomenter, de financer, d’encourager ou de tolérer des activités armées
subversives ou terroristes destinées à changer, par la violence, le régime d’un
19autre Etat, ainsi que d’intervenir dans les luttes intestines d’un autre Etat .
Cependant, la seule intervention licite, aux yeux des auteurs classiques,
semble être celle qui se fonde sur une lésion de la société humaine.« L’une
des parties au conflit enfreignant certains principes élémentaires de droit
international, un Etat peut ainsi être obligé d’intervenir à l’étranger pour
20protéger la vie de ses nationaux » . Déjà au XVIIe siècle, Vattel s’inscrivait
dans cette logique en soutenant que toute puissance étrangère est en droit de

15- ZORGBIBE Charles, le droit d’ingérence, Paris, Ed. PUF, 1994, P. 7.
16- Idem, P. 8.
17- Ibid..
18- Ibid.
19- Résolution 2625 (XXV) du Conseil de sécurité des Nations unies, 24 octobre 1970.
20- ZORGBIGBE Charles, Op.cit. P. 6.
30
21soutenir un peuple opprimé qui lui demande son assistance . De Martens,
pour sa part, estimait que la morale autorise de soutenir l’opprimé et défend
d’appuyer l’usurpateur. Cette vision de l’intervention dans le paysage des
relations internationales a été relayée dans certains textes fondateurs des
organisations internationales. Déjà l’article 11 du pacte de la Société des
Nations établissait que « toute guerre ou menace de guerre, qu’elle affecte
directement ou non l’un des membres de la Société, intéresse la Société toute
entière et que celle-ci doit prendre des mesures propres à sauvegarder
22efficacement la paix des Nations » .

Au niveau de l’ONU, malgré l’interdiction faite en vertu de l’article 2
paragraphe 7 de la Charte de San Francisco d’intervenir dans les affaires qui
23relèvent essentiellement de la compétence nationale d’un Etat , l’application
de mesures de coercition prévues au Chapitre VII de la Charte des Nations
unies prime en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d’acte
d’agression. Si le développement d’un conflit intraétatique est tel que le
maintien de la paix internationale apparaît remise en cause, l’intervention
des Nations unies pourra, donc, être présentée comme conforme à la Charte.
« L’interprétation extensive de la notion de « menace contre la paix »
permet de fonder la compétence de l’organisation en enlevant une partie de
24sa substance à l’article 2, paragraphe 7 » . L’intervention de l’ONU suscite
moins de polémique quand elle se développe sur la base du consentement de
l’Etat hôte et des parties au conflit. Cependant, « Rien n’interdit, en effet, à
un Etat de renoncer à invoquer l’article 2, paragraphe 7, et de saisir
luimême l’organisation (ONU). Pourtant, le gouvernement légal hésitera à
solliciter ouvertement l’intervention de l’organisation dans le conflit
interne : son appel, prenant appui sur les prolongements internationaux du
conflit, sera présenté sous la forme d’une plainte contre une agression
25étrangère » . Ainsi paradoxalement, les gouvernements légaux,
nostalgiques d’une conception signifiante de la souveraineté de l’Etat dans le
moment même où ils sont contraints de faire appel à l’organisation,
éprouvent eux aussi le besoin de contourner l’obstacle de l’article 2,
paragraphe 7, en soulignant l’aspect de « menace contre la paix
internationale » du conflit armé interne. Sujet au cœur des débats sur

21- DE VATTEL Emmerich, le droit des gens ou principes de la loi naturelle appliquée à la
conduite et aux affaires des nations et des souverains, Washington, Ed. Carnegie, 1916, Vol I,
livre II, chap. IV, P. 298.
22- Pacte de la Société des Nations.
23-Selon l’article 2, paragraphe 7 de la Charte, « Aucune disposition de la présente Charte
n’autorise les Nations unies à intervenir dans les affaires qui relèvent essentiellement de la
compétence nationale d’un Etat ni n’oblige les membres à soumettre des affaires de ce genre
à une procédure de règlement aux termes de la présente Charte ».
24-ZORGBIGBE Charles, Op.cit, P. 63.
25-Idem, P. 64.
31
l’existence d’une société internationale dont les différents acteurs
partageraient des intérêts, des références et des pratiques communs, mais
également sur le rôle de l’Etat sur la scène internationale, sur le concept de
26souveraineté et partant, sur la distinction entre l’externe et l’interne ,
l’intervention a fait l’objet d’une évolution sémantique, depuis la seconde
guerre mondiale. Le sens qu’on lui a attribué, pendant la période de la guerre
froide, diffère de la connotation qu’elle recouvre, depuis la fin de cette
époque de blocs.

Les bouleversements intervenus, depuis lors, dans le paysage politique et des
relations internationales, ont eu un effet direct sur l’environnement politique
et juridique de la notion d’intervention. Elle est, désormais, perçue comme
« une opération de nature généralement militaire, coercitive ou non, mise en
œuvre par un Etat, une coalition d’Etats ou une organisation internationale
afin d’influer sur le cours d’un conflit imminent, toujours en cours ou en
27voie de règlement lequel prend place dans un ou plusieurs Etats-tiers » .
Dans Appels d’empire, Ghassan Salamé distingue quatre formes
d’intervention à savoir: l’intervention pacifique et non armée communément
appelée médiation, l’intervention non armée et coercitive prenant des allures
de sanction, l’intervention faiblement armée et à but pacifique connue sous
l’appellation d’opération de maintien de la paix et enfin, l’intervention armée
28et coercitive illustrée par le cas somalien en 1992 . On assiste davantage au
développement et à l’émergence de conditions favorables à ces différents
types d’interventions. Parmi celles-ci, nous pouvons citer « la disparition
des blocs, l’affirmation du rôle de l’Etat en tant qu’acteur central du
système, la généralisation des conflits intraétatiques, la revitalisation du
Conseil de sécurité de l’ONU et sa fonction légitimante des opérations
militaires, coercitives ou non, ou encore le rôle grandissant des opinions
29publiques dans les Etats occidentaux » .

L’intervention post-guerre froide n’est plus forcément coercitive et
s’assimile, de moins en moins, à une violation de la souveraineté étatique.
Lorsqu’elle est autorisée par le Conseil de sécurité des Nations unies,
l’intervention est acceptée par les belligérants ou protagonistes, en tant que
moyen de gestion et de résolution des conflits. Contrairement à la période de
la guerre froide, les interventions post-bipolaires sont collectives, ce qui

26-TARDY Thierry, « L’intervention dans les années quatre-vingt-dix : réflexions autour d’un
concept évolutif » in Annuaire français des relations internationales, Vol II, Bruxelles, Ed.
Emile Bruylant, 2001, P. 771.
27 - Idem., P. 774.
28-SALAMÉ Ghassan, Appels d’empire : ingérences et résistances à l’âge de la
mondialisation, Paris, Ed. Fayad, 1996, P. 109.
29-TARDY Thierry, « L’intervention dans les années quatre-vingt-dix : réflexions autour d’un
concept évolutif », Op.cit, P. 773.
32