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La Côte d'Ivoire en guerre

De
221 pages
La Côte d'Ivoire est entrée en guerre le 19 septembre 2002. Pour la France, cette guerre est "une affaire ivoiro-ivoirienne" dans laquelle elle intervient pour éviter le chaos à sa vitrine d'Afrique. Est-ce pour lutter contre l'implosion de l'Afrique de l'Ouest que la France ferme les yeux sur les menées déstabilisatrices de certains pays de la région ? Est-ce pour restaurer l'état de droit en Côte d'Ivoire que la France soutient la rébellion en l'institutionnalisant à travers l'accord de Marcoussis ? Est-ce à cause de l'ivoirité que l'armée française bombarde, détruit et tire sur des manifestants en novembre 2004 ?
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LA CÔTE D'IVOIRE EN GUERRE
Le sens de l'imposture françaisesite: www.librairieharmattan.com
e.mail: harmattan!(iàwanadoo.fr
~L'Harrnattan,2005
ISBN: 2-7475-9227-8
EAN : 9782747592277Adolphe BLÉ KESSÉ
LA CÔTE D'IVOIRE EN GUERRE
Le sens de l'imposture française
Préfacede
Lawrence OLIVIER
L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris
FRANCE
Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina FasoL'Hannattan Hongrie
Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Via Degli Artisti, IS 1200 logements villa 96Kônyvesbolt
; BP243, KIN XI 10124 Torino 12B2260Adm.
Kossuth L. u. 14-16
Université de Kinshasa - RDC ITALIE Ouagadougou 121053 BudapestEtudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus
Albert Roger MASSEMA, Crimes de sang et pouvoir au Congo
Brazzaville,2005.
F. HOUTART (Sous la direction de), La société civile
socialement engagée en République démocratique du Congo,
2005.
Octave JOKUNG NGUENA, Initiative PPTE: quels enjeux
pour l'Afrique ?, 2005.
Pasteur José BINOUA, Centrafrique, l'instabilité permanente,
2005.
Albert M'P AKA, Démocratie et administration au Congo-
Brazzaville,2005.
Jean-Pierre PATAT, Afrique, un nouveau partenariat Nord-
Sud,2005.
Robert Edmond ZIA VOULA, Le Congo, enjeu territorial et
développement local, 2005.
Mwayila TSHIYEMBE (sous la direction de), La transition en
République Démocratique du Congo: bilan, enjeux et
perspectives, 2005.
Paul SONI-BENGA, Les non-dits des violences politiques du
Congo-Brazzaville,2005.
domi Jean Marie DORÉ, Résistance contre l'occupation en
Région Forestière. Guinée 1800-1930,2005.
Mamadou Dian Cherif DIALLO, Répression et enfermement en
Guinée. Le pénitencier de Fotoba et la prison de Conakry de
1900 à 1958,2005.
N'do CISSÉ, Les rites initiatiques chez les Sénoufo, 2005.
François DURP AIRE, Les Etats- Unis ont-il décolonisé
l'Afrique noire francophone?, 2005.
Eugénie MOUA YINI OPOU, Le Royaume Téké, 2005.
Dominique QUENUM, Ouidah au coeur de son destin, 2005
Pierre ERNY, L'éducation au Rwanda au temps des rois, 2005.
Placide MOUDOUDOU, Jean-Paul MARKUS, Droit des
institutions administratives congolaises, 2005.TABLE DES MATIÈRES
TABLE DES MATI ÈRES 7
Préface ....... ... ... ...9
Dédicace Il
REM E R CIE ME NTS 13
INTRO DU CTI ON 15
DE L'HOUPHOUËTISME À LA REFOND A TI ON 31
, ... 33CHAPITRE
Le système houphouëtiste et son mode de régulation 33
1.1. L'émergence de l'houphouëtisme 33
1.2 Les dispositifs de 39
1 .3. Le mode de régulation de l'houphouëtisme 44
CHAP ITRE Il : ... ... 53
Crise dans le système houphouëtiste 53
2.1. Crise socio-économique 54
2.2. Crise sociopolitique 62
2.3. Crise de la régulation 66
C HA P ITR E III 75
Une dynamique de désintégration: le coup d'État militaire et la
transition pol itique 75
3.1. Un coup d'État bienvenu? 76
3.2. La transition et l'élection présidentielle 82
3.2.1. Le débat constitutionnel 82
3.2.2. L'élection présidentielle d'octobre 2000 88
CHAP ITRE IV 93
La refondation : expression d'une figure de rupture avec
l'houphouëtisme 93
4.1. La refondation en théorie 94
4.2 La en pratique 98
DEUXIEME PARTIE 111
LA GUERRE POUR LA SURViE 111
,CHAPITRE 115
La guerre et sa justification 115
1.1. Le déroulement de la guerre 115
1.2 La justification de la guerre 119
1.3. Critique de la justification de la guerre 121
CHAPITRE 133"..
Le mécanisme militaire de rétroaction négative contre la
refondation ... 133
2.1. Le refus de la France d'appliquer les accords de
défense ..... 134
2.2. L'évacuation des ressortissants occidentaux et
l'intermédiation militaire française 1382.2.1. L'évacuation des ressortissants occidentaux 138
2.2.2. L'interposition militaire française 142
2.2.3. Le recours à l'intervention de l'ONU 146
CHAPITRE III .. 153
Le mécanisme politique de la rétroaction négative contre la
refondation : de Lomé à linas-Marcoussis 153
3.1. La CEDEAO et la crise ivoirienne 154
3.1.1. Les négociations de Lomé 155
3.1.2. Des facteurs d'échec de la médiation africaine 156
3.2. La Table ronde et IIAccord de Linas-Marcoussis 161
3.2.1. Les participants à la Table ronde de Linas-Marcoussis
162
3.2.2. Contenu et analyse de IIAccord de
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164
CHAP ITR E IV... ... ... 169
L'inapplicabilité de l'accord de linas-Marcoussis et
l'approfondissement de la crise: le voile fêlé de la France
néocolon iale 169
4.1. Le type d'accord marqué par un péché originel. 170
4.2. Modification du rapport de forces et approfondissement
de la crise 173
4.2.1. La modification du rapport de forces après Linas-
Marcoussis 174
4.2.2. L'opération DIGNITE et le dévoilement de la nature
de la présence française en Côte d'Ivoire 179
CONCLUS ION 183
APP EN D ICE ... 197
ANN EX E. . 201
Programme du gouvernement de réconciliation 201
I - Nationalité, identité, condition des étrangers 201
Il - Régime électoral 203
III - Éligibilité à la Présidence de la République 203
IV - Régime foncier 204
V - M éd ias 205
VI - Droits et libertés de la personne humaine 205
VII - Regroupement, désarmement, démobilisation 206
VIII - Redressement économique et nécessité de la
cohésion sociale 207
IX - Mise en oeuvre 207
BI BLI OG RAPH IE ... 209
8PRÉFACE
Adolphe Blé Kessé a écrit un livre de science politique, un
excellent livre sur une question très difficile; la crise ivoirienne.
La crise en Côte d'Ivoire est un sujet ardu parce que la science
politique offre des réponses toutes faites, évidentes. Puisqu'on parle
d'un pays africain, le conflit est obligatoirement entre des ethnies;
les Blancs sont nécessairement des victimes des exactions des
Noirs. Tout conflit en Afrique comporte aussi toujours le risque du
génocide ou, dans une moindre mesure, il représente une menace à
la sécurité des individus. Il faut agir car on ne sait jamais jusqu'où
le conflit peut aller. Ça ressemble beaucoup à la vieille conception
coloniale de l'Afrique. Or, pour traiter sérieusement de la crise
ivoirienne, il faut surmonter ces obstacles épistémologiques, ces
idées reçues sur l'Afrique pour en faire une analyse rigoureuse et
s'engager dans une autre science politique.
Adolphe Blé Kessé nous offre une telle analyse. Pour ce
faire, il fallait avoir une grande connaissance de l'histoire politique
de la Côte d'Ivoire. Le lecteur trouvera dans ce texte tous les
éléments historiques importants et pertinents pour comprendre la
crise actuelle. Les faits, a-t-on dit, ne sont rien sans explication. Ils
sont ici analysés, replacés dans un contexte global qui éclaire d'un
jour nouveau les événements actuels. C'est là un travail dont il faut
féliciter l'auteur. Je suis maintenant persuadé que pour comprendre
ce qui se passe en Côte d'Ivoire, il est impossible de le faire sans
saisir toute l'importance et l'empreinte qu'a laissé le système
houphouëtiste sur ce pays. L'analyse qui nous est présentée ici est
magistrale. Il s'agit bien de science politique.
Adolphe Blé Kessé soutient une thèse originale, celle de
l'implication de la France dans la crise. Originale car elle est
complètement occultée en Amérique du nord. C'est moins vrai en
Europe. Une implication pour y défendre ses intérêts et non la
sécurité des ressortissants comme on nous l'a dit. Une façon de le
faire, c'est de s'opposer aux forces du changement, de dénigrer tous
ceux qui croient que les choses peuvent et doivent changer. Il n'est
pas toujours nécessaire de renverser par la force un gouvernement,
on peut aussi appuyer et financer les rebelles, dénoncer les crimes
contre 1'humanité ou la sécurité, etc., des prétextes utiles pour
mener une action contre des gouvernements en Afrique. L'auteur
savait qu'une telle thèse serait contestée, tant nous sommes habituésà défendre toujours la puissance de l'empire. On oublie parfois, que
plusieurs pays européens, la France comprise, défendent en Afrique
des intérêts. La France n'hésite pas à utiliser tous les moyens pour
maintenir sa présence qui est fortement menacée, entre autre par les
États-Unis et la Chine. C'est pourquoi, l'auteur appuie sa
démonstration de sources de première main et qu'il prend bien soin
d'étayer ses arguments. L'analyse qu'on va lire est extrêmement
bien documentée et argumentée. Évidemment, cette recherche
remet en cause certaines idées reçues, sur le droit d'ingérence et le
rôle humanitaire de la France ou plus généralement de l'Occident
en Afrique, mais c'est ce qui est attendu d'une analyse politique de
cette qualité. Il est très convaincant.
Il m'apparaît important de souligner une dernière chose: il
y avait un risque que l'auteur a réussi à éviter: celui du parti pris
politique. Ivoirien lui-même, la tentation est grande de chercher un
responsable, de préférence un pays étranger au conflit qui déchire
son pays plutôt qu'à une analyse politique qui confronte les faits et
les idées. Il faut rendre hommage à Adolphe Blé Kessé d'avoir su
éviter ce piège et de s'en être tenu à l'analyse scientifique.
Un tel ouvrage devrait susciter de nombreux commentaires
et même, j'en suis persuadé, des débats épistémologiques sur notre
représentation de l'Afrique et son impact dans l'analyse
politologique et plus généralement sur l'influence de la science
occidentale dans l'étude des sociétés africaines. Il est heureux que
l'auteur qui a su éviter ces pièges montre toute la richesse d'une
étude rigoureuse. Je recommande très chaleureusement la lecture
de cet ouvrage.
Lawrence Olivier
Philosophe, professeur
Département de science politique
Université du Québec à Montréal (UQAM).
10DÉDICACE
Je dédie ce livre à :
Ma mère Bakayoko Oueuga, mon père Diomandé Kessé,
ma sœur aînée Mousso Colette, tous victimes de la guerre en Côte
d'Ivoire;
Ma fille Ange-Désiré;
Mon père et ma mère adoptifs, Alphonse Douati et
madame, Lucie;
Ma mère spirituelle, Simone Ehivet Gbagbo;
Et à tous ceux qui se battent en Côte d'Ivoire pour la
renaissance de l'Afrique.REMERCIEMENTS
Je remercie très sincèrement Chantal Rondeau, Lawrence
Olivier et Daniel Holly, professeurs au département de science
politique à l'Université du Québec à Montréal, pour leurs
commentaires et leurs conseils pertinents dans la réalisation de ce
livre. Les points de vue exprimés sont, toutefois, miens.
J'adresse mes très sincères remerciements à Stéphanie
Campagna, étudiante de maîtrise en science politique à l'Université
du Québec à Montréal, pour son soutien moral et pour m'avoir
permis une meilleure compréhension des textes en anglais.
Je n'oublie pas mes amies Annie Laporte pour une relecture
attentionnée du manuscrit et Josée Brunelle pour sa contribution à
la réflexion sur l'Afrique.
Tous mes remerciements et toute ma reconnaissance à
Laurence Huard, secrétaire au Département de science politique à
l'Université du Québec à Montréal, qui a travaillé à la mise en page
définitive du manuscrit.
Je ne saurais terminer sans exprimer toute ma
reconnaissance à ma grande amie, Nicole Marois, pour son soutien
à la poursuite de mes études au Québec, ainsi qu'à tous mes amis
étudiants de l'Université du Québec à Montréal pour leur soutien et
leurs encouragements permanents pendant la rédaction de ce livre.INTRODUCTION
Le 19 septembre 2002, la Côte d'Ivoire est entrée en conflit
armé. Le conflit commence par une attaque sur Abidjan, la capitale
économique. Visiblement cette attaque est menée par des soldats en
rupture de ban avec l'État de Côte d'Ivoire qui se sont réfugiés au
Burkina Faso en 2000. L'échec de ce qui était vraisemblablement
un coup d'État à Abidjan a donné corps à une rébellion, avec une
structure politique, le Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire
(MPCI).
Le 17 octobre 2002, un cessez-le-feu a été signé entre les
forces armées du MPCI et les forces gouvernementalesl, consacrant
la division de fait du pays en deux: la moitié « Nord» occupée par
le MPCI tandis que le «Sud »2 demeure sous contrôle
gouvernemental. Le 28 novembre 2002, deux autres groupes
rebelles apparaissent dans l'Ouest du pays: le Mouvement pour la
Justice et la Paix (MJP) et le Mouvement Populaire Ivoirien du
Grand Ouest (MPIGO). Les affrontements directs entre belligérants
se sont étendus sur un temps relativement court. La recherche de
solutions au conflit par la diplomatie a pris le pas sur la voie
militaire.
Ce conflit armé intervient dans un contexte de crise
politique. Le 24 décembre 1999, un coup d'État a eu lieu contre le
président Henri Konan Bédié3. La transition militaire qui s'en est
suivie sous la direction du général Robert Guéï a ouvert la voie à la
Deuxième République, avec la rédaction d'une nouvelle
constitution adoptée au référendum du 23 juillet 2000. Aux
élections présidentielles d'octobre 2000, Laurent Gbagbo est élu
Président de la République, ce qui lui donne la possibilité
d'appliquer sa politique dite de « refondation ».
IL' Assemblée nationale française, Commission de la défense et des forces armées.
Compte rendu no 26 du mardi 21 janvier 2003, htt://www.assemblee-nat.fr/12/cr-
cdf/02-03/c0203026.asp.
2 Nous mettrons Nord et Sud entre guillemets car la dichotomie Nord/Sud qu'on
retrouve dans la littérature sur l'analyse de ce conflit n'est pas conforme à la réalité
sociologique, d'une part, et d'autre part, parce que les hypothèses d'une guerre
entre le Nord et le Sud ne sont pas vérifiées par le déroulement même du conflit.
3
Successeur d' Houphouët-Boigny à la mort de celui-ci en 1993 et élu aux
élections de 1995.Ce développement politique semble se présenter comme un
moment important de la crise de 1'houphouëtisme, un système
social qui a perduré depuis l'indépendance du pays en 1960. La
crise de ce système est déjà manifeste dans son ossature
économique depuis 1980 et dans sa structure politique depuis
19904. L'houphouëtisme est une pratique politique imposée à la
Côte d'Ivoire par Houphouët-Boigny durant tout le temps de son
règne (1960-1993). Il est un dispositif qui repose sur une alliance
stratégique voulue entre Houphouët-Boigny et la France, une
idéologie de dépendance de l'extérieur, surtout de la puissance
colonisatrice.5 À partir de 1990, pris dans l'engrenage de la crise
socioéconomique et politique, les mouvements sociaux de
contestation montrent que le système n'est plus capable d'assurer la
régulation sociale. La tendance d'Henri Konan Bédié et de son parti
le PDCI-RDA à renforcer la fermeture de l'espace politique et
surtout l'invention du concept d'ivoirité6 sur fond de guerre de
succession face à l'ancien Premier ministre d' Houphouët-Boigny,
Alassane Ouattara vont précipiter la chute du régime Bédié. Le
coup d'État militaire du 24 décembre 1999 en est l'expression.
Mais le coup d'État semble être plus profondément un moment
d'aggravation de la crise du système houphouëtiste. Il annonce le
changement, la possibilité de la mort de ce système qui semble
suivre son cours avec l'émergence de la refondation opposée à
4
Memel- Fotê, Harris. «De la stabilité au changement: Les représentations de la
crise politique et la réalité des changements» dans Contamin, Bernard;
Mémel-Fotê. (sous la direction) Le modèle ivoirien en questions: Crises,
ajustements, recompositions, Paris, Karthala et L'ORSTOM, 1997, p.612.
5
Lire notamment, Campbell, Bonnie Kathleen, L'idéologie de la croissance: une
analyse du plan quinquennal de développement (1971-1975) de la Côte d'Ivoire,
Québec, Association canadienne d'études africaines, 1976.
Gbagbo, Laurent, Côte d'Ivoire. Économie et politique à la veille de
l'indépendance (1940-1960), Paris, L'Harmattan, 1982.
Amondji, Marcel, Côte d'Ivoire La dépendance à l'épreuve des faits, Paris,
L'Harmattan, 1988.
6
Concept inventé par l'ancien président, Henri Konan Bédié en 1995. Il définit
« l'lvoirité» comme ceci: «À travers l'unité de la nation et de ses conditions
essentielles: l'impartialité de l'État, le rééquilibrage entre les régions, la
régionalisation, la réalisation d'une société moins inégalitaire et plus solidaire, ce
que nous poursuivons, c'est bien évidemment l'affirmation de notre personnalité,
culturelle, l'épanouissement de 1'homme ivoirien dans ce qui fait sa spécificité, ce
que l'on peut appeler son ivoirité », cité par Duval, Philippe, Fantôme d'Ivoire,
Paris, Éditions du Rocher, septembre 2003, p.171.
16l'houphouëtisme depuis longtemps. L'élection de Gbagbo à la
présidence en 2000 traduit cette réalité.
La « refondation » est une doctrine politique inspirée par le
Front Populaire Ivoirien (FPI), parti du président Laurent Gbagbo.
Elle se donne pour ambition de construire une « économie nationale
indépendante [. ..] où les capacités de production seront à
dominante ivoirienne, les schémas de développement pensés dans
leur conception et leur mise en œuvre par les Ivoiriens, où les
finalités de la richesse seront la satisfaction des besoins
nationaux »7. Le tout dans un ensemble liant les mécanismes de
productivité et du marché, de la solidarité et de la justice sociale. Il
s'agit de la promotion d'une économie sociale de marché contre un
capitalisme d'État extraverti. Le conflit actuel semble traduire une
tension entre ces deux doctrines: houphouëtisme et refondation.
La France est engagée militairement et politiquement dans
le conflit. Plus de cinq mille soldats français avec tout un dispositif
de guerre, occupent le territoire ivoirien. La France a fixé l'agenda
des négociations de Linas-Marcoussis8, les a supervisées pour
arriver à un « compromis politique» entre les différents acteurs du
conflit (les groupes rebelles: MPCI, MPIGO, MJP, et les partis
politiques ivoiriens) le 24 janvier 2003. Lequel a été entériné par un
Sommet des Chefs d'États africains et de la Communauté
internationale le 25 janvier 2003 sous l'égide du Président français,
Jacques Chirac, et du Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan.
Depuis le déclenchement du conflit, par euphémisme,
l'attitude de la France en Côte d'Ivoire est perçue comme ambiguë.
Mais le 6 novembre 2004 en optant pour la destruction de l'aviation
militaire ivoirienne au moment où le régime Gbagbo était en passe
de neutraliser la rébellion, la France déchirait, pour ainsi dire, son
voile et se positionnait comme le véritable soutien de la rébellion et
comme une force d'occupation.
Il importe toutefois de se demander comment la Côte
d'Ivoire en est-elle arrivée là ? Pourquoi cette crise maintenant, à
l'avènement de la Deuxième République? Ce pays serait-il gagné
par un autisme identitaire ou alors le conflit renvoie-t-il à une
7Front Populaire ivoirien, Fonder une nation africaine démocratique et socialiste
en Côte d'Ivoire, Paris, L'Harmattan, 1998, pp.72-73.
8
Banlieue parisienne où s'est déroulée du 15 au 24 janvier 2003 les négociations et
la signature d'un Accord politique entre les groupes rebelles et les partis politiques
ivoiriens.
17trajectoire politique dont il faudrait rechercher le sens dans la trame
de son évolution politique? Que signifie l'implication de la France
dans ce conflit et son agression ouverte contre la Côte d'Ivoire à
partir de samedi 6 novembre 2004 ?
Les explications du conflit se sont focalisées
principalement sur les causes.
Dans son éditorial "Le prix de l'/voirité" du 21 septembre
2002, le journal Le Monde soutient que la crise ivoirienne est la
conséquence de « l'ivoirité », « un concept d'exclusion, une fuite en
avant et une bataille pour le pouvoir dont l'ethnicisation des
conflits politiques et sociaux est devenue le principal ressort (..)
Une division du pays par scissiparité: entre les Baoulés du Centre-
Sud, les Bété de l'Ouest et les Dioulas du Nord,. entre chrétiens,
animistes et musulmans,. entre côtiers, forestiers et gens de la
savane. Nul n'est ivoirien, la carte nationale est un palimpseste
identitaire devenu illisible. »9
Cette représentation sous l'angle de rupture géographique,
ethnique et religieuse de la crise ivoirienne est caractéristique d'un
stéréotype médiatique qui s'est développé dès le déclenchement du
conflit aussi bien en Europe qu'en Amérique du Nord. On peut lire
dans New York Times du 12 janvier 2003 : "A government-held
area in the Christian and animist south and rebel-held in the Muslim
north". Dans cette parution, Robert Kaplan soutient que c'est
l'anarchie, la démographie galopante et la corruption dans une Côte
d'Ivoire divisée en champ confessionnel et ethnique qui a conduit à
la guerre. Un tel espace produit le chaos. Et la peur qui y règne est
le fait d'une culture non éveillée à la Lumière occidentale10.
Cette représentation du conflit ivoirien est reprise par de
nombreux analystes et africanistes occidentaux. Pour eux, c'est
finalement le jeu des entrepreneurs politiques et/ou identitaires et la
crise de légitimité du politique qui constituent les éléments
d'intelligibilité de la crise ivoirienne.
Ainsi pour Banégas et Losch, en l'absence d'un projet
politique alternatif après la mort d'Houphouët-Boigny et
l'incapacité du pouvoir politique à s'arrimer aux nouveaux enjeux
de la mondialisation, c'est la carte de l' ethnicité qui structure le
9 Le Monde, « Le prix de l'ivoirité », Editorial, France, 21 septembre 2002.
10
Kaplan, Robert, New York Time, Etats-Unis, 12 janvier 2003.
18politique à travers la problématique de 1'« ivoirité» qui devient
alors un « sous-produit d'une crise structurelle. » Ils trouvent dans
ce concept une pratique exclusionniste et xénophobe dirigée contre
Alassane Ouattara. Dès lors, la légitimité du politique est minée,
avec un Gbagbo élu dans une élection où 62% de la population s'est
abstenu. L'impunité structurant la société ivoirienne vient aggraver
le potentiel de violence. Le tout faisant de la Côte d'Ivoire un pays
»11« au bord de l'implosion.
Dans une contribution dans Le Devoir, Bonnie Campbell
abonde dans le même sens de l'épuisement du politique à partir
d'une analyse d'économie politique. Pour elle, c'est plus
profondément dans le modèle extraverti de l'économie ivoirienne
qu'il faudrait chercher les éléments explicatifs du drame ivoirien.
La redistribution clientéliste des richesses qui est pratiquée dans ce
système engendre des problèmes sociaux et économiques dont
« l' ivoirité » vient contourner les solutions politiques pour focaliser
le débat autour de l'exclusion de Ouattara à l'élection présidentielle
de 200012,pour nationalité « douteuse. »
Dans sa contribution dans un journal ivoirien, Bernard
Contel3 pense que la crise ivoirienne est tributaire d'une «crise
profonde du mode de régulation clientéliste.» Alors que
Houphouët-Boigny a pratiqué un clientélisme «éclairé» de
redistribution de la rente «selon les règles officieuses d'équilibre,
politiques, géographiques et ethniques », Laurent Gbagbo vient
appauvrir ce modèle dans un contexte de rareté de la rente en
renforçant <<l' ethnicisation de la vie politique», ce qui crée des
forces de contestation et débouche sur la guerrel4. Autrement dit, et
c'est ce qu'affirme Philippe Hugon, le conflit ivoirien renvoie à la
crise du modèle des "vingt glorieuses" (1960-1980). Ce modèle
repose sur l'articulation d'une économie de traite ouverte à
l'influence accrue des moyens de production étrangers, marquée par
un capitalisme d'État et caractérisée par un mode de régulation
sociale houphouëtiste « combinant clientélisme et redistribution sur
II Banégas, Richard; Losch, Bruno, « La Côte d'Ivoire au bord de l'implosion »,
Politique africaine no.S?, octobre 2002, pp.139-161.
12Campbell, Bonnie, « Désamorcer la carte ethnique », Le Devoir, Montréal, 15
octobre 2002.
13Chercheur au Centre d'Études d'Afrique Noir, lEP Bordeaux.
14 Conte, Bernard, « du clientélisme « éclairé» au clientélisme « appauvri », Le
Temps, Abidjan,S mars 2003.
19des bases régionales »15.Cogneau et Mesplé-Somps épousent aussi
I'hypothèse de l'épuisement du modèle houphouëtiste de
régulation. Ils en déduisent que le conflit est la conséquence de
l'incapacité, depuis 1993 (date du décès d'Houphouët-Boigny), des
dirigeants politiques de rénover ce modèle, préférant «les
manipulations politiciennes et ethnicistes pour se maintenir au
pouvoir en dépit d'une légitimité entamée »16.
Aussi Ousmane Dembélé soutient-il que la guerre en Côte
d'Ivoire est l'aboutissement critique de rapport de forces politiques
et culturelles entre Nordistes et Sudistes, construits depuis 1990 par
les leaders politiques, mettant le pays devant un risque de fracture
communautaire et géographique17. Les éléments de manipulation
identitaire étant par exemple, selon Marc Le Pape la question de la
nationalité: « l'application du Code de nationalité, la condition faite
aux étrangers, l'article 35 de la Constitution relatif aux conditions
d'éligibilité du président de la république; les incitations à la haine
et à la xénophobie propagées par certains médias; la mise en œuvre
»18du régime foncier.
Dans son analyse du conflit ivoirien, Roubaud sort du
mythe de la rupture Nord/Sud. Pour lui, la guerre n'est ni le fait
d'une overdose de fiustrations des populations ni le résultat de la
crise économique. «Elle met en lumière la double autonomie des
facteurs politiques par rapport aux facteurs économiques et sociaux
de la crise; autonomie des hommes politiques qui n'ont pas besoin
de bénéficier d'un support populaire de masse pour provoquer la
»19crise et la porter à son comble.
Quelles que soient leurs démarches méthodologiques, les
analyses de ces auteurs sont structurées par le paradigme de
l'ethnicité et de la pathologie de l'État.
15 Hugon, Philippe, «La Côte d'Ivoire: plusieurs lectures pour une crise
annoncées », Afrique contemporain no.206, Été 2003, pp.l05-127.
16 Cogneau, Denis; Mesplé-Somps, Sandrine, « Les illusions perdues de
l'économie ivoirienne et la crise politique », Afrique contemporaine, no.206, Été
2003, pp.87-1 03.
17
Dembélé, Ousmane, «Côte d'Ivoire: la fracture communautaire», Politique
africaine, Paris, Karthala, mars 2003, pp.34-48.
18
Le Pape, Marc, «Les politiques d'affrontement en Côte d'Ivoire 1999-2003»,
Afrique contemporaine, no.206, Été 2003, pp.29-39.
19Roubaud, François, « La crise vue d'en bas à Abidjan: ethnicité, gouvemance et
démocratie », Afrique contemporaine, no.206, Été 2003, pp.57-86.
20La problématique de 1'« ivoirité» comme catégorie
assurant l'intelligibilité de la guerre en Côte d'Ivoire n'est-elle pas
une mise en exil de l'évolution sociohistorique dans ce pays et du
projet politique de la « refondation » ? Ces analyses ne procèdent-
elles pas d'une justification plutôt que d'une explication du conflit
ivoirien? Quoi qu'il en soit le regard porté sur le conflit comme
anomie identitaire nous semble peu satisfaisant. Il donne carte
blanche aux ingérences étrangères et surtout à la France qui se
comporte comme une force d'occupation sous le parapluie d'une
mission d'instauration de l'État de droit.
D'autres auteurs et analystes se représentent le conflit
ivoirien comme une confrontation entre I'houphouëtisme et la
«refondation ». Pour eux, la crise ivoirienne trouve ses racines dans
la boulimie du néocolonialisme français qui refuse toutes formes de
résistances dans son aventure à travers le continent africain.
Ainsi, dans une contribution dans le journal panafricain
Jeune Afrique économie, Yves Amaizo20 soutient que la guerre en
Côte d'Ivoire est due à la perturbation par le gouvernement Gbagbo
d'un système économique polarisant, de dépendance à la France, en
cassant le monopole des multinationales françaises pour les
soumettre aux lois du marché et aux exigences de la «bonne
gouvernance» et de la «responsabilité sociale des entreprises».
Très présentes dans le conflit, ces multinationales sont l'obstacle
clé au processus de paix par leur « refus d'accepter le verdict des
appels d'offres internationaux, faits en toute transparence par le
gouvernement ivoirien »21. Ainsi donc, la guerre éclate dans un
contexte politique re-structuré où les entreprises françaises doivent
entrer en compétition avec d'autres investisseurs depuis l'arrivée
sur la scène étatique d'une génération de dirigeants dont l'ambition
est de « refonder» la Côte d'Ivoire pour une «seconde
indépendance».22
Cette problématique fait dire à Mamadou Koulibaly23 que
c'est la France qui est entrée en guerre contre la Côte d'Ivoire. Car
20
Yves Amaïzo est économiste à l'ONUDI (Organisation des Nations-Unies pour
le dévceloppement industriel ).
21
Amaïzo, Yves, «Quand les multinationales refusent la transparence», Jeune
At/que économie, no.349 du 3 au 16 mars 2003.
2 Bayart, Jean-François, interview dans Le Nouvel Observateur, France, 6 février
2003.
23 Koulibaly, Mamadou est agrégé des facultés des sciences économiques et
président de l'Assemblée nationale ivoirienne.
21elle n'apprécie pas la politique de «refondation» du régime
Gbagbo, surtout quand celle-ci menace les intérêts français en Côte
d'Ivoire et ailleurs dans le monde dont ceux du chocolatier Barry-
Callebaut, bien représentés dans le pays24. Mamadou Koulibaly
poursuit en écrivant que «les germes de la rébellion se trouvent
dans l'houphouëtisme [.. .], une doctrine sur la paix à tout prix qui
rej ette la refondation fondée sur la liberté, la liberté des contrats et
le droit à l'autodétermination des hommes et des peuples »25.
Pour Jean-Marc Éla, la crise ivoirienne met à nu les
rapports internationaux et transnationaux tissés entre les dirigeants
africains et les cercles d'affaires occidentaux en vue de la
reproduction des mécanismes d'accumulation primitive en Afrique.
Elle advient dans un contexte
«de transition, de tensions et de contradictions
internes où une nouvelle génération d'acteurs veut
rompre avec I'héritage légué par la tradition du
pouvoir centralisé, autoritaire et clientéliste qui a
conduit à l'improductivité de l'État postcolonial et à
la faillite des économies africaines et a accentué les
inégalités sociales et les disparités régionales [...].
En Côte d'Ivoire, un autre regard sur la guerre civile
de septembre montre que la puissance économique
s'oppose à la rupture avec cet héritage dans la mesure
où, depuis les années 60, il constitue le pilier de son
hégémonie et le facteur de sa reproduction en dépit
des mutations fondamentales imposées par la
mondialisation. La puissance économique veut le
statu quo là où les résistances civiles et les
protestations populaires réclament la refondation. En
somme, à travers les victimes d'une guerre d'un autre
âge, ce que l'on veut tuer ici, c'est l'espérance
incarnée par un projet porteur pour le continent
africain.26
24 Koulibaly, Mamadou et al, La guerre de la France contre la Côte d'Ivoire,
Abidjan, La Refondation, mai 2003
25Koulibaly, Mamadou, « Pourquoi j'ai choisi de résister? », Le Temps, Abidjan,
2 juin 2003
26
Éla, Jean-Marc, « Refonder» le politique dans la crise actuelle des rapports
Nord-Sud: Un défi pour les générations africaines?», Colloque International
CURF-FPI, La crise Ivoirienne et l'Avenir d'une Nation en Voie de Refondation,
Abidjan, 4 et 5 juillet 2003.
22En fin de compte, selon ces analyses, la guerre en Côte
d'Ivoire ne relève pas d'un glissement vers le tribalisme, elle n'a
rien de religieux. Elle est une tentative pour maintenir la Côte
d'Ivoire sous domination de la France et de faire échec à la
politique de « refondation » du régime Gbagbo.
L'intérêt de ce type d'analyse du conflit ivoirien est de
l'inscrire dans la trame de l'évolution politique comme résultat d'un
antagonisme au modèle ancien de régulation sociopolitique. La
refondation en se manifestant comme désordre à l'intérieur du
système houphouëtiste n'appelle-t-elle pas un haut degré de
régulation? De cette question, ce qui nous intéresse ce n'est pas la
recherche des causes du conflit. Certes, cette démarche ne manque
pas de pertinence heuristique. Mais dans la mesure où on peut
toujours trouver une cause à tout phénomène, il y a des risques de
tomber dans la stigmatisation. L'ivoirité ne peut conduire
nécessairement à la guerre si certaines conditions ne sont pas
réunies. Il en est de même pour la refondation. D'où notre choix de
l'approche compréhensive dans l'analyse de la crise ivoirienne.
La question se pose alors de la manière suivante: que
signifie l'irruption du conflit armé en Côte d'Ivoire? Plus
précisément, y a-t-il un lien entre ce conflit et la reproduction du
système houphouëtiste c'est-à-dire la consolidation de l'hégémonie
française en Côte d'Ivoire?
La théorie des relations internationales en matière de
violence porte, d'une part, sur l'évolution et la dynamique de la
guerre, et, d'autre part, sur son avenir.
Certains analystes mentionnent que les guerres majeures
entre grandes puissances ont fondamentalement diminué.27 Depuis
1945, les guerres sont de plus en plus intra-étatiques et sont
dominées par des enjeux ethnopolitiques plutôt que par la création
d'un État.28 La plupart d'entre elles se déroulent dans les pays du
Sud, font beaucoup de victimes dans les populations civiles et
mettent en scène non pas des armées professionnelles mais des
civils et des enfants-soldats.29 Il serait pourtant erroné de considérer
27
Amstutz, Mark R., International Conflict and Coopération. An Introduction to
World Politics, Chicago, Brown and Benchmark, 1995, p.262.
28 Holsti, K.J., « L'État et l'état de guerre» Études Internationales, Vol. XXI, no
4, décembre 1990, p. 717.
29 Lederach, John Paul, Building Peace. Sustainable Reconciliation in Divided
Societies, Washington, US Institute ofPeace Press, 1997, p.4.
23cette évolution comme une caractéristique fondamentale de la fin de
la guerre froide.30
Au regard de cette tendance, des analystes pensent que la
guerre entre nations démocratiques est devenue obsolète. La
prospérité économique, la consolidation des institutions
démocratiques, l'interdépendance économique et commerciale
constituent autant de réalités qui rendent absurde l'idée de guerre
devant l'avantage de la paix, désormais le but des États
démocratiques.31
Pour d'autres, la guerre entre États a encore un avenir
certain. Car elle surgit au moment où on s'y attend le moins.32 Si la
guerre est devenue peu probable dans les pays démocratiques, il
n'est pas moins probable que ceux-ci vont en croisade contre les
pays non démocratiques à cause des contraintes du dilemme de
sécurité.33 De plus la possibilité de la désuétude des guerres
majeures n'est pas une donnée immuable, elles peuvent se faire par
délégation.34 Plus encore, selon Huntington, les guerres
d'aujourd'hui opposeront les différentes civilisations du monde,
notamment les civilisations occidentales, confucéenne, japonaise,
islamique, hindouiste, slave-orthodoxe, latino-américaine et, peut-
être, africaine.35 Toutes choses qui menacent la paix mondiale. Par
ailleurs, l'irréversible passage d'un système international
unipolaire, commandé par les États-Unis, vers la multipolarité
constitue une menace pour la stabilité mondiale que garantit la
36bipolarité ou I'unipolarité.
Par contre, la sociologie politique des conflits internes
post-guerre froide est dominée par les paradigmes de l'identitarisme
et de la pathologie de l'État non occidental. L'identitarisme
relèverait d'une conscience de peur éprouvée par un groupe
30Ayissi, Anatole N, « Le défi de la sécurité régionale en Afrique après la guerre
froide. Vers la diplomatie préventive et la sécurité collective », Travaux de
recherche de l'UNIDIR (New York et Génève), n027, 1994.
31Mandelbaum, Michael, « Is Major War Obsolete? », Survival, 40, hiver, pp. 20-
38.
32 Kagan, Donald, « History is full of Surprises », Survival, 41, été 1999, p.l42.
33 Doran, Charles, « The Structural Turbulence of international Affairs », Survival,
41, été 1999, pp.l47-148.
34
Delmas, Philippe, Le bel avenir de la guerre, Paris, Gallimard, 1995, p.181
35
Huntington, Samuel, « Le choc des civilisations », Commentaire, 66, été,
fl'.238-252.
Kissinger, Henry, Diplomatie, Paris, Fayard, 1996.
24