Lieux & Mondes

Lieux & Mondes

-

Livres
312 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Depuis 2010 des chercheurs interrogent le géoartistique, la géoesthétique et la géopolitique quant à la globalisation et aux frontières, à la localisation et à la mondialisation : en quoi modifient-ils les rapports entre arts, cultures et politiques ? Dans le marché global contemporain, il en va d'une part des corps et des personnes, des résistances et des violences, d'autre part du temps et de l'espace, des œuvres et des représentations. Alors, sous quelles conditions l'articulation localisation et mondialisation est-elle possible ?

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 15 janvier 2015
Nombre de lectures 89
EAN13 9782336368153
Langue Français
Signaler un abus

L&G
Sous la direction de
Éric Bonnet & François SoulagesLIEUX & MONDES
Arts, cultures & politiques
Depuis 2010, grâce à des analyses d’œuvres et de théories, des chercheurs
interrogent le géoartistique, la géoesthétique et la géopolitique quant à la
globalisation et aux frontières, à la localisation et à la mondialisation, aux lieux et LIEUX & MONDESaux mondes : en quoi modifi ent-ils les rapports entre arts, cultures et politiques ?
Dans le marché global contemporain, il en va d’une part des corps et des
Arts, cultures & politiquespersonnes, des résistances et des violences, des guerres et du postcolonial, d’autre
part du temps et de l’espace, des œuvres et des représentations, des idéologies et des
falsifi cations.
Alors, sous quelles conditions l’articulation localisation et mondialisation
estelle possible ?
Rosane de Andrade, Jean-Philippe Antoine, Manuela de Barros, Safi a
Belmenouar, Benoît Blanchard, Caroline Blanvillain, Éric Bonnet, Valérie Cavallo,
Michelle Debat, Zoé Forget, Frédérique Gaillard, Raphaël Gomérieux, François
Jeune, Haela Kim, Franck Leblanc, Daphné Le Sergent, Patrick Nardin, Françoise
Py, Hortense Soichet, François Soulages, Asli Torcu, Nadia Vadori-Gauthier &
Marion Zilio qui ont écrit dans ce livre sont tous des chercheurs membres du Labo
AIAC, Arts des images & art contemporain, de l’Université Paris 8.

Éric Bonnet et François Soulages sont Professeurs des universités, membres
du Groupe RETINA.International, Recherches Esthétiques & éorétiques
sur les Images Nouvelles & Anciennes, du Labo AIAC, Arts des images & art
contemporain, et du groupe de recherche FRONTIÈRES au sein du Labex
ArtsH2H à l’Université Paris 8, France.
Image de couverture : Patrick Nardin, Dessin, in Série Papiers gras, crayon sur papier teinté,
34x22cm, 2001, coll. particulière.
ISSN : 2257-3690
ISBN: 978-2-343-04557-3
30 €
Local & Global
Sous la direction de
LIEUX & MONDES
Éric Bonnet & François Soulages
Local & Global










Lieux & mondes
Arts, cultures & politiques















Créée en 2012 & dirigée par
Gilles Rouet & François Soulages

Comité scientifique international de lecture
Argentine (Silvia Solas, Univ. de La Plata), Belgique (Claude Javeau, Univ. Libre de Bruxelles),
Brésil (Alberto Olivieri, Univ. Fédérale de Bahia, Salvador), Bulgarie (Ivaylo Ditchev, Univ. de
Sofia St Clément d’Ohrid, Sofia), Chili (Rodrigo Zuniga, Univ. du Chili, Santiago), Corée du Sud
(Jin-Eun Seo (Daegu Arts University, Séoul), Espagne (Pilar Garcia, Univ. Sevilla), France (Gilles
Rouet, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica et GEPECS, Univ. Paris Descartes, Sorbonne Paris
Cité, & François Soulages, Univ. Paris 8), Géorgie (Marine Vekua, Univ. de Tbilissi), Grèce
(Panayotis Papadimitropoulos, Univ. d’Ioanina), Japon (Kenji Kitamaya, Univ. Seijo, Tokyo),
Hongrie (Anikó Ádam, Univ. Catholique Pázmány Péter, Egyetem), Russie (Tamara Gella, Univ.
d’Orel), Slovaquie (Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica), Taïwan (Stéphanie Tsai,
Unv. Centrale de Taiwan, Taïpei)

1 collection, 32 livres

1 Gilles Rouet & François Soulages (dir.), Frontières géoculturelles & géopolitiques
2 Serge Dufoulon & Maria Rostekova (dir.), Migrations, Mobilités, Frontières et Voisinages
3 Helena Balintova & Janka Palkova (dir.), Productions et perceptions des créations culturelles
4 Gilles Rouet (dir.), Citoyennetés et Nationalités en Europe. Articulations et pratiques
5 Serge Dufoulon & Jacques Lolive (dir.), Esthétiques des espaces publics
6 Antoniy Galabov & Jamil Sayah (dir.), Participations & citoyennetés depuis le Printemps arabe
7 Gilles Rouet (dir.), Nations, cultures et entreprises en Europe
8 Serge Dufoulon (dir.), Internet ou la boite à usages
9 Gill, Usages de l’Internet. Educations & culture
10 Dominique Berthet, Pratiques artistiques contemporaines en Martinique.
Esthétique de la rencontre 1
11 Gilles Rouet (dir.), Usages politiques des nouveaux médias
12 Radovan Gura & Natasza Styczynska (dir.), Identités & espaces publics européens
13 Gilles Rouet (dir.), Quelles frontières pour quels usages ?
14 Anna Krasteva (dir.), e-Citoyenneté
15 Gilles Rouet (dir.), Actions citoyennes. Esthétisation de l’espace public
16 François Soulages (dir.), Géoartistique & Géopolitique, Frontières
17 Serge Dufoulon & Gilles Rouet (dir.), Europe partagée, Europe des partages
18 Marc Veyrat (dir.), Arts & espaces publics
19 Isabelle Moindrot & Sangkyu Shin (dir.), Transhumanités
20 Anna Krasteva & Despina Vasilcu (dir.), Migrations en blanc. Médecins d’est en ouest
21 Thierry Côme & Gilles Rouet (dir.), Esthétiques de la ville. Équipements & usages
22 David Sudre & Matthieu Genty (dir.), Le sport. Diffusion globale et pratiques locales
23 Ivaylo Ditchev & Gilles Rouet (dir.), La photographie : mythe global et usage local

Suite des livres publiés dans la Collection Local & Global à la fin du livre


Secrétariat de rédaction : Sandrine Le Corre

Publié avec le concours


Sous la direction de
Éric Bonnet & François Soulages









Lieux & mondes
Arts, cultures & politiques

















































































Sous la direction de François Soulages


22 LIVRES PUBLIÉS

FONDEMENTS DE LA PROBLÉMATIQUE des Frontières géoartistiques &
géopolitiques
François Soulages (dir.), Géoartistique & Géopolitiques. Frontières, Paris, L’Harmattan, collection
Local & Global, 2012, 208 p.
Gilles Rouet & François Soulages (dir.), Frontières géoculturelles & géopolitiques, Paris, L’Harmattan,
collection Local & Global, 2013, 192 p.

PROBLÈMES des Frontières géoartistiques & géopolitiques
François Soulages (dir.), Mondialisation & frontières. Arts, cultures & politiques, Paris, L’Harmattan, 2014.
Éric Bonnet & François Soulages (dir.), Lieux & mondes. Arts, cultures & politiques, Paris,
L’Harmattan, collection Local & Global, 2015.
Gilles Rouet (dir.), Quelles frontières pour quels usages ?, Paris, L’Harmattan, collection Local &
Global, 2013, 236 p.
Pedro San Ginès & François Soulages (dir.), Fronteras, conflictos & paz, Granada, Edición de la
Universidad de Granada, Colección Eirene Instituto de la Paz y los Conflictos, 2014
François Soulages (dir.), Biennales d’art-contemporain & frontières, Paris, L’Harmattan, collection
Local & Global, 2014, 230 p.

ŒUVRES des Frontières géoartistiques & géopolitiques
Alejandro Erbetta, Frontières & mémoires. Journal de recherche, 2014, Paris, L’Harmattan, collection
RETINA.CRÉATION, 2014.
Éric Bonnet (dir.), Frontières & œuvres, corps & territoires, Paris, L’Harmattan, collection Local &
Global, 2014.
Katia Légeret, Rodin et la danse de Çiva, Saint-Denis, PUV, 2014, 244 p.

LIEUX des Frontières géoartistiques & géopolitiques
Éric Bonnet & François Soulages (dir.), Frontières & artistes. Espace public, (post)colonialisme &
mobilité en Méditerranée, Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2014.
Michel Gironde (dir.), Méditerranée & exil. Aujourd’hui, Paris, L’Harmattan, collection Eidos, Série
RETINA, 2014.
Éric Bonnet, François Soulages & Juliana Zevallos Tazza, Memoria territorial y patrimonial. Artes &
Fronteras, Lima, Universidad Nacional Major de San Marcos Fondo Editorial, 2014, 212 p.


Suite des livres publiés par FRONTIÈRES à la fin du livre









© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-04557-3
EAN : 9782343045573









Introduction

Lieux & mondes


Dans son livre Pour une anthropologie de la mobilité, Marc Augé
analyse les mutations complexes de la société contemporaine. Ces
mutations concernent nos catégories de pensée et notre appréhension
du temps et de l’espace. Elles modifient autant les sociétés,
l’environnement et le tissu urbain que notre comportement personnel
quotidien.
Comment penser ce qui infléchit aujourd’hui notre
compréhension du monde, nos repérages spatio-temporels, nos
modes de pensée, de classification et de différenciation, les
oppositions classiques du particulier et de l’universel, du tout et de la
partie, dans leurs rapports avec les phénomènes de la mondialisation
et notre appréhension du global et du local ?
Ce qui caractérise nos sociétés contemporaines, c’est la
mobilité des corps, des personnes, des objets, des images et des
informations. Marc Augé parle de mobilité surmoderne.

La mobilité surmoderne s’exprime dans les mouvements de
population (migrations, tourisme, mobilité professionnelle),
dans la communication générale instantanée et dans la
circulation des produits, des images et des informations. Elle
correspond au paradoxe d’un monde où l’on peut
théoriquement tout faire sans bouger et où l’on bouge
1pourtant.



1 Marc Augé, Pour une anthropologie de la mobilité, Paris, Manuels Payot, 2009, p. 8.
5
Cette mobilité est l’emblème de la globalisation, caractérisée
par la réduction de la réalité au présent, et à l’apparence. Comment
évaluer cette globalisation et construire des contre-pouvoirs ? Le local
est-il le lieu de ce contre-pouvoir ? Qu’en est-il de la création
artistique, de ses conditions nouvelles dans ce contexte, et de
2l’actualité d’une expérience artistique fondée sur le déplacement ?
Les phénomènes sont très complexes et difficiles à analyser
dans leurs aspects positifs ou négatifs. Dans tous les pays en voie de
développement, sont apparus brutalement des contacts
intergénérationnels et familiaux de gens qui, ne se connaissant pas à
cause de la distance, se trouvèrent en communication directe pour la
première fois. La technologie permet de dépasser des limites et des
frontières ; elle fait de toute personne du monde un correspondant
potentiel : globalisation qui relève d’une utopie, celle de la planète
patrie.
D’un autre côté, il en va de l’effacement des cultures locales,
prises dans le vaste échange indifférencié du tourisme de masse et des
»3sociétés standardisées. Dans son article « Des espaces autres , écrit
en 1967 et publié en 1984, Michel Foucault définit l’espace de
localisation comme « un ensemble hiérarchisé de lieux » dont l’espace
médiéval est le type. Aujourd’hui, les espaces ne seraient que des
emplacements, des espaces connectés et mis en relation. Comment
définir ou redéfinir l’espace local ?
Tous les replis communautaires ont-ils même valeur ? On
pourra citer la situation exceptionnelle de Bali, île géographique et
culturelle, comme emblématique d’une culture locale à forte identité,
mais culture religieuse qui considère son territoire comme le centre
du monde. Cette parcelle d’hindouisme dans le contexte d’un islam
laïque est préservée (pour combien de temps ?) par une pratique
sociale, rituelle et artistique partagée par toute la communauté
balinaise. La perpétuation des rites fait résistance culturelle à l’islam
largement dominant en Indonésie.
La globalité semble effacer les frontières ; en fait, elle les
4déplace et le monde est fracturé autrement . La chute du mur de
Berlin, en 1989, symbole d’un monde coupé en deux blocs,
inimaginable sans une guerre atomique dix années avant, marque la

2 Voir Dominique Baqué, Histoires d’ailleurs. Artistes et penseurs de l’itinérance, Paris,
éditions du Regard, 2006.
3 Michel Foucault, « Des espaces autres », in Dits et écrits, II, 1976-1988, Paris, Quarto
Gallimard, pp. 1571-1581.
4 Marc Augé, op. cit., p.14.
6
fin d’un clivage du monde en deux logiques, deux téléologies et,
comme cela avait été annoncé, elle inaugure la domination sans
partage du monde capitaliste, dégagé de tout contre-pouvoir.

Sous le terme « mondialisation » on entend à la fois la
globalisation, qui se définit par l’extension du marché libéral et
le développement des moyens de circulation et de
communication, et la planétarisation ou conscience planétaire,
qui est une conscience écologique et sociale. Nous sommes plus
conscients chaque jour d’habiter une planète qui est un corps
physique menacé, et nous sommes également conscients des
inégalités économiques et autres qui se creusent entre les
habitants de cette même planète. La conscience planétaire peut
se définir comme une conscience malheureuse, dans la mesure
où elle est sensible à la fois au rôle des humains dans la
mauvaise santé de la planète et aux risques sociaux et politiques
5que leur font courir les violences liées aux situations d’inégalité.

Ce sont donc des questions d’urbanisation du monde qui
sont posées ; la ville tend à devenir continue, traduction spatiale de la
mondialisation. Si le monde-ville représente l’idéal et l’idéologie du
système de la globalisation, la ville-monde incarne les contradictions
6ou les tensions historiques engendrées par ce système .
Mais il y a aussi dans la globalisation « une idée de
l’achèvement du monde et de l’arrêt du temps qui dénote une absence
d’imagination et un engluement dans le présent qui sont
profondément contraires à l’esprit scientifique et à la morale
7politique .»

Le temps historique est mis en cause, égalisé par les
catalogues touristiques et la consommation distraite des sites. A cette
indifférenciation historique s’ajoutent la mobilité et la vitesse dont
Paul Virilio a étudié les effets. Celui-ci, dans l’exposition Ce qui arrive,
8à la fondation Cartier en 2002 , a montré les conséquences et l’autre
face de la vitesse que sont les accidents. Cette vitesse expulserait
l’humanité de son monde. Et l’imaginaire techno-scientifique
mettrait en place un dépouillement de la substance du monde vivant.

5 Ibid., p. 22.
6 Ibid., p. 14.
7 Ibid., p. 17.
8 Paul Virilio, Ce qui arrive, Paris, Galilée, 2002.
7
Quelles peuvent être les réponses artistiques à ces
phénomènes de globalisation ?
De grandes expositions ont exploré récemment les
confrontations artistiques entre le Nord et le Sud, la culture
dominante et les cultures locales. Les artistes ont été exposés pour la
première fois sur un pied d’égalité. Il s’agit de Magiciens de la terre,
Paris, 1989, et de Partage d’exotisme, Biennale de Lyon, 2000,
(commissariat de Jean-Hubert Martin). Les œuvres d’artistes
contemporains reconnus sur la scène mondiale dialoguaient avec les
œuvres d’artistes parfois inconnus, totalement extérieurs à tout circuit
artistique ou issus d’autres scènes artistiques naissantes, Asie, Afrique,
Océanie, Amérique du Sud. Ces expositions marquent un
dépassement de la modernité et un tournant anthropologique dans
l’art contemporain.
9Plus récemment, le terme altermodern a été proposé par
Nicolas Bourriaud pour prendre en compte la globalisation du monde
dans lequel nous vivons.

Altermodern est une redéfinition « in progress » de la modernité à
l’ère de la globalisation, insistant sur l’expérience du voyage
dans le temps, l’espace et les médiums. Le terme altermoderne a
ses racines dans l’idée d’altérité (latin alter, autre avec les
connotations anglaises de « différent ») et suggère une multitude
de possibilités, ou d’alternatives à une route unique. Cela
suggère que la période historique définie par le postmodernisme
est arrivée à une fin, symbolisée par la crise financière
10globale.

L’art altermoderne prend acte de la globalisation et des
conditions économiques, politiques et culturelles. Il se caractérise par
des translations culturelles. Il fonctionne selon Nicolas Bourriaud
« comme un hypertexte, traduisant et transcodant des informations
d’un format à un autre. Les artistes errent dans la géographie aussi
bien que dans l’histoire, explorant un paysage transculturel saturé de
signes pour créer de nouveaux laisser-passer entre les multiples
11formats d’expression et de communication . »


9 « Altermodern » Tate triennial 3 February-26 april 2009. Tate Britain.
10 Ibid.
11 Ibid.
8
Parmi les artistes figurant dans cette triennale, citons
quelques noms, Franz Ackermann, Tacita Dean, Subodh Gupta,
Loris Greaud…

Franz Ackermann privilégie toujours le trajet et la vitesse par
rapport à la destination choisie et au séjour. Cet artiste
migrateur parcourt le globe depuis le début des années 1990;
(…) Le travail d’Ackermann correspond à une expérience
personnelle de la mobilité plus que de la rencontre. Sa
procédure plastique est fondée sur l’ellipse visuelle, sur la
métamorphose paysagère et sur l’impossibilité de rentrer dans
les détails à cause de la vitesse ; l’artiste manifeste ainsi un
intérêt marqué aux comportements créés par l’économie
mondialisée et par les déplacements compulsifs qu’elle
engendre. Ses cartes mentales prennent la mesure des effets du
consumérisme sur le paysage, davantage qu’elles ne révèlent un
désir de dialogue avec des cultures extra-occidentales plus ou
12moins en danger de disparition.

Loris Gréaud traduit l’activité de son cerveau en courant
électrique qui anime des vibrateurs dans un espace aménagé. Le
spectateur reçoit ainsi une traduction physique de ses ondes
cérébrales.
L’art altermoderne déploie des modèles formels spécifiques :
« L’archipel et ses formes apparentées, la constellation et le bouquet,
la grappe. » Il faudra interroger la validité de ce nouveau regard sur
l’artiste contemporain proposé par Bourriaud, comme Homo viator, un
voyageur qui transite « dans les signes autant que dans les territoires.»
*
C’est à partir de ce contexte théorique que nous avons mis en
place une recherche sur le local et le global, sur le géoartistique, le
géopolitique et le géoesthétique, sur les frontières et la
mondialisation. Ce livre publie certains résultats de cette recherche, à
savoir les Journées d’étude qui regroupaient 23 membres du Labo
AIAC, Arts des Images & Art Contemporain de l’université Paris 8 – 9
enseignants-chercheurs, 7 docteurs et 7 doctorants.
En effet, en 2010/2012, nous avions mis en place un Cycle
de colloques, de Journées d’étude & d’expositions intitulé Globalisation
ou bien localisation & mondialisation ? :

12 Jean Arnaud, « Ici, là-bas, Peinture combinatoire et imaginaire des lointains, de
Robert Rauschenberg à Franz Ackermann », in Le voyage créateur, création artistique et
itinérance, (Eric Bonnet, dir.), Paris, L’Harmattan, coll. Eidos, série RETINA, 2010.
9
1/La localisation contemporaine, Colloques, Journées d’études,
Expositions, DVD & Livre. Sous la direction de François Soulages,
Automne 2010,
1.1. Arte, Imagem e Lugar, La localisation contemporaine, 1, 25-25 août
2010, Université Fédérale d’Uberlândia, Brésil,
1.2. Arte, Imagem e Lugar : du Local ao Lugar, La localisation contemporaine,
2, août-septembre 2010, Exposition Galeria Lourdes Saraiva,
Uberlândia, Brésil,
1.3. La localisation contemporaine, 3, 29-30 septembre 2010, Université
des Beaux-arts de Lisbonne, Portugal,
1.4. La localisation contemporaine, 4, 25-27 octobre 2010, Université des
Arts & Métiers de Gabès, Tunisie,
1.5. O lugar conteamporaneo, La localisation contemporaine, 5, 16-18
novembre 2010, 7° colloque franco-brésilien d’esthétique, Université
Fédérale de Bahia, Brésil,
1.6. La localisation contemporaine, 6, novembre-décembre 2010,
Exposition des œuvres de 40 artistes dont celles de 7 membres de
RETINA.Paris 8, de l’EA 4010 AIAC Arts des Images & Art
Contemporain, (Univ. Paris 8), Université Fédérale de Bahia, Brésil,
1.7. O lugar conteamporaneo, La localisation contemporaine, 7, 17 novembre
2010, Vidéoconférence, UNEB, Université de l’Etat de Bahia, Brésil.
2/ Local & global. Images & récits, 17 Journées d’étude,
Expositions & Livres. Sous la direction d’Eric Bonnet & de François
Soulages, 2010-1 & 2011-2, Université Paris 8 & INHA,
2.1. Local & global, histoire & géographie : 6 Journées d’étude d’automne
2010,
2.2. Mondialisation contemporaine. images & récits : 2 Journées d’étude
d’hiver 2011,
2.3. Local concret & global abstrait : 3 Journées d’étude de printemps
2011,
2.4. Expériences locales d’images & de récits : 6 Journées d’étude
d’automne 2011.
`3/ Corps, mémoire & danses afro-brésiliennes, Atelier pratique &
théorique. Sous la direction de Amélia Conrado, chorégraphe &
Professeur des universités, Salvador, Brésil & François Soulages. Les
4, 11, 18, 25 Mai 2011, Université Paris 8.

En 2012/2015, nous poursuivons notre recherche avec
Frontières 2012-5, Afrique Amérique Asie Europe, Cycle international de
recherche & création sous la direction de François Soulages, dans le
cadre du Labex Arts-H2H, Université Paris 8, & de
RETINA.International (Recherches Esthétiques & Théorétiques sur les
10
13Images Nouvelles & Anciennes) . Nous y interrogerons les frontières à
partir de l’articulation étonnante entre les problèmes des frontières

13 1/ 23 & 30 mai 2012 : 1° & 2° Journées d’étude Seuils & frontières. Sous la direction d’Eric Bonnet INHA,
Paris,
2/ 4 & 5 juin 2012 1° Colloque international Frontières, démocratie & res publica A l’ère du géoartistique, du
géomédiatique & du géopolitique. Sous la direction de François Soulages INHA,
3/ 4 juin 2012 1° Dialogue-Lecture-Frontières avec Tzvetan Todorov, La Peur des Barbares, Paris, Robert
Laffont, 2008, Sous la direction de François Soulages INHA,
4/ 4 juin 2012 2° Dialogue-Lecture-Frontières avec Helena Balintova, Ivaylo Ditchev, Serge Dufoulon, Janka
Palkova & Maria Rostekova. 5 livres sur les Frontières, Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2012,
Sous la direction de François Soulages INHA,
5/ 5 juin 2012 3° Dialogue-Lecture-Frontières avec Régis Debray, Eloges des Frontières, Paris, Gallimard, 2011,
Sous la direction de François Soulages INHA,
6/ 6 juin – 7 juillet 2012 1° Exposition Les frontières géoartistiques & géopolitiques. Commissaire d’exposition :
Mélanie Desriaux Cinéma des Cinéastes, Paris,
7/ 3 y 4 de julio 2012 2° Coloquio internacional Creaciones geoartísticas, realidades geopolíticas, las fronteras y
movilidades de los sitios históricos de Carabayllo, Bajo la dirección de Juliana Zevallos, Eric Bonnet, François
Soulages, Presidido por el o un representante del Ministerio de Cultura, Municipalidad de Carabayllo, Pérou
8/ 11-31 juillet 2012 Cycle de la 2° Exposition Frontières & mémoires. Commissaires d’exposition : François
Soulages & Juliana Zavarros ; Hacienda Punchauca, I.e Ciro Alegria, Agencia Municipal Torre Blanca, Casa
Amiga Las Lomas, Carabayllo, Pérou,
9/27/28 09 12 3° Coloquio Internacional « Fronteiras » Fronteiras geopolíticas e neoartísticas. Cordenaçao :
Joaquim Viana Neto avec Alberto Olivieri & François Soulages, Instituto de humanidades, artes e ciências
prof. Milton Santos – Ihac / Universidade federal da Bahia – UFBA / Université Paris 8
/RETINA.International, UFBA Salvador, Brésil,
10/ 27/28 09 12 3° Exposition Screen Exhibition Fronteiras geopolíticas e neoartísticas. Commissaires d’exposition :
Joaquim Viana Neto avec Alberto Olivieri & François Soulages. Instituto de humanidades, artes e ciências
prof. Milton Santos – Ihac / Universidade federal da Bahia – UFBA / Université Paris 8
/RETINA.International, UFBA Salvador, Brésil,
11/ 17 Octobre 2012 3° Journée d’étude Rodin, la danse de Çiva Organisation : Katia Légeret, Musée Rodin
Paris,
12/ 1 & 2 novembre 2012 4° Colloque international Frontières numériques. Sous la direction d’Imad Saleh,
Ecole ESISA Fès Maroc,
13/ 2 novembre 2012 5° Colloque international Société & medias dans le dialogue interculturel. Responsible
organizers : Ahmet Arabaci, Ivaylo Ditchev, Martin Klus, Gilles Rouet, François Soulages & Jaroslav Svetlik
Fatih University Istanbul Turquie,
14/ 8 novembre 2012 6° Colloque international Les nouveaux paradigmes de la frontière. Comité scientifique
international : Eric Bonnet, Ivaylo Ditchev, Svetla Koleva, Anna Krasteva, Gilles Rouet, François Soulages
Académie des Beaux-arts Sofia Bulgarie,
15/ 8 novembre 2012 4° Exposition Screen Exhibition & Pre-screen Exhibition Les nouveaux paradigmes de la
frontière. Commissaires d’exposition Gilles Rouet & François Soulages. Institut Français Sofia Bulgarie,
16/ 9-10 November 2012 7° Colloque international Second Annual Conference of the Balkan Sociological
Forum Close but unknown neighbors : balkan sociological perspectives. Organizing Committee : Svetla Koleva,
Bulgarian Sociological Association, Balkan Sociological Forum Sofia, Bulgarie,
17/ 16 novembre 2012 8° Colloque international Géopolitiques & geoaritistiques en Europe. Comité scientifique et
d’organisation Helena Bálintová, Eric Bonnet, Abdelrazak Bouali, Gilles Rouet, Anna Slatinská, François
Soulages Historická radnica Kosice Slovaquie,
18/ 16-30 novembre 2012 5° Exposition, Screen Exhibition Geoumelecke & geopoliticke hranice / geoartistic &
geopolitical borders. Commissaires d’exposition Gilles Rouet & François Soulages, Historická radnica Kosice
Slovaquie,
1/ 4 février 2013 4° Dialogue-Lecture-Frontières Eric Bonnet Le voyage créateur, Paris, L’Harmattan, collection
Eidos, série RETINA, 2010. Sous la direction de François Soulages INHA,
2/ 5 mars 2013 9° colloque international Frontières & pratiques artistiques contemporaines. Sous la direction de
François Soulages & Pilar Garcia Université des Beaux-arts de Séville Espagne,
3/ 7 mars 2013 1° conférence François Soulages Le travail sur ses propres frontières. Cycle El Intelectual y su
memoria. Sous la direction de Pedro San Ginès Facultad de Filosofía y Letras, Université de Grenade Espagne,
4/ 8 mars 2013 10° colloque international Frontières, Conflits & paix. Sous la direction de Pedro San Ginès &
François Soulages. Instituto de la Paz y los Conflictos de la Universidad de Granada Espagne,
5 /8 avril 5° Dialogue-Lecture-Frontières Alain Milon Cartes incertaines, Paris, Encre marine, 2012. Sous la
direction de François Soulages INHA,
6/ 15 avril 2013 4° journée d’étude Les frontières du flou. Sous la direction de Pascal Martin et de François
Soulages Ecole Nationale Supérieure Louis-Lumière La Plaine Saint-Denis,
11
territoriales et ceux des frontières esthétiques. En conséquence, il faut
faire des enquêtes sur ces articulations à la fois dans des pays (entre
des pays et à l’intérieur du même pays) et dans des arts (entre des arts
et à l’intérieur du même art) pour pouvoir élaborer de nouveaux
concepts, de nouveaux problèmes, une nouvelle problématique ; en
bons bachelardiens, il nous faut d’une part mettre en œuvre des

7/ 15 avril 2013 6° exposition Les frontières du flou. Commissaire d’exposition Pascal Martin Ecole Nationale
Supérieure Louis-Lumière,
8/ 16 avril 2013 6° Dialogue-Lecture-Frontières avec François Soulages, Géoartistique & Géopolitique. Frontières,
Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2013, Sous la direction de Gilles Rouet, Espace Harmattan,
Paris,
9/ 13 mai 2013 7° Dialogue-Lecture-Frontières avec Katharina Niemeyer, De la chute du Mur de Berlin au 11
septembre 2001, Lausanne, Antipode, 2011, Sous la direction de François Soulages, INHA,
10/ jeudi 6 juin 2013 11° colloque international Frontières & esthétisation de l’espace public Sous la direction de
François Soulages INHA,
11/ 6 juin 8° Dialogue-Lecture-Frontières Ramiro Noriega De la " regeneración urbana" à la décolonisation : l'espace
public Dialogue entre Ramiro Noriega & François Soulages INHA,
12/ 6 juin 9° Dialogue-Lecture-Frontières Gilles Lipovetsky L’esthétisation du monde Vivre à l’âge du capitalisme
artiste Paris, Gallimard, 2013, Dialogue entre Gilles Lipovetsky & François Soulages INHA,
13/ 6 juin 10° Dialogue-Lecture-Frontières Marc Augé L’anthropologue et le monde global, Paris, Armand Colin,
2013, Dialogue entre Marc Augé & François Soulages INHA,
14/ lundi 10 juin 2013 5° journée d’étude Frontière vitrine écran Sous la direction de Sandrine Le Corre & de
François Soulages INHA,
15/ 10 juin 11° Dialogue-Lecture-Frontières Valérie Charolles Philosophie de l’écran. Dans le monde de la caverne,
Paris, Fayard, 2013 Dialogue entre Valérie Charolles & François Soulages INHA,
16/ 15 juillet 2013 6° journée d’étude Frontières & biennales d’art contemporain, 2, Sous la direction de François
Soulages & de Chiara Bertola, Fondazione Querini Stampalia Onlus, Venezia Italie
17/ 5 septembre, 12° Dialogue-Lecture-Frontières Sous la direction de François Soulages Autour des travaux
sur Ponts & Frontières Michel Girousse Paris,
18/ 16 septembre 2013 7° journée d’étude Espace public & création artistique en Méditerranée, frontières & biennales
d’art contemporain, 3, Sous la direction de Eric Bonnet & François Soulages, Mimar Sinan Güzel Sanatlar
Üniversitesi Istanbul, Turquie,
19/ 7 octobre 2013 12° colloque international Ponts & frontières 1º Colloque Œuvres Structurantes Sous la
direction d’Alberto Olivieri & François Soulages Faculté AREA 1 Salvador, Brésil
20/ 8 octobre 13° Dialogue-Lecture-Frontières Sous la direction de François Soulages Wenders, Jabès &
Levinas Eric Bonnet Faculté AREA 1 Salvador, Brésil,
21/ 9 octobre 2013 13° colloque international Frontières & développement humain et régional. Sous la direction
d’Alberto Olivieri, François Soulages & Leliana Sousa. UNEBUniversité de l’Etat de Bahia, Salvador Brésil,
22/ 11 octobre 2013 14° colloque international Fronteiras nas artes visuaision. Colóquio Franco-Brasileiro de
Estética de Cachoiera. Sous la direction de Ricardo Barreto Biriba, Alberto Freire de Carvalho, Olivieri
Valecia Ribeiro & François Soulages. Universidade Federal do Recôncavo da Bahia Cachoiera, Brésil,
23/ 11 octobre / 15 novembre 2013 7° exposition Fronteiras da memoria, Daniela Gomes, Flavia Pedroso,
Jucilene Alves, Kelvin Marinho, Miqueias Rezende, Vinicius Castro. Curadoria : Valecia Ribeiro Universidade
Fderal do Recôncavo da Bahia Cachoiera, Brésil,
24/ 16, 17 & 18 octobre 2013 15° colloque international H2PTM, Hypertextes et hypermédias, produits, outils et
méthodes usages & pratiques numeriques frontieres du numerique. Coprésidents : Imad Saleh, Manuel Zacklad, Sylvie
Leleu-Merviel, Yves Jeanneret, CELSA Paris-Sorbonne, Luc Massou, Ioan Roxin, François Soulages, Yves
Abrioux, CNAM Paris,
25/ 31 octobre & 1novembre 2013 16° colloque international REGARDS CROISES SUR LES FIGURES DE
L’HOMME ENTRE L’EUROPE & L’ASIE DU SECOND EMPIRE A LA BELLE EPOQUE PROBLEMES DES FRONTIERES
EUROPE/ASIE. Sous la direction de Gilles Boileau, Alain Milon & Stéphanie Tsai Comité scientifique : Gilles
Boileau, Rong Liang, Alain Milon, Stéphanie Tsai, Pierre Vauthier Université de Tamkang, Taipei Taïwan,
26/ 8, 9, 10 novembre 2013 17° colloque international Créations géoartistiques en Méditerranée, frontières et mobilités.
Sous la direction d’Eric Bonnet & Mohsen Zerai, Université de Gabès, Institut supérieur des Arts et Métiers,
Tunisie,
27/ 20 novembre 2013 8° journée d’étude Sémiotique des frontières art et littérature. Sous la direction de Michel
Costantini & Arnaud Laimé Ecole Nationale Supérieure Louis-Lumière La Plaine Saint-Denis,
28/ 6 décembre 2013, 9° journée d’étude Frontières & biennales d’art-contemporain, 4. Sous la direction de
François Soulages. Biennale de Lyon.
12

̇̇̇̇̇rationalismes régionaux pour, peu à peu, nous diriger vers un
rationalisme plus ample, d’autre part passer des objets concrets (cette
frontière concrète) à des objets théoriques (le concept de frontière).
C’est pourquoi il faut être à la fois local et international : d’où la
nécessaire collaboration avec des chercheurs de pays différents et de
disciplines différentes – l’internationalisation de notre recherche et de
notre Groupe de chercheurs est tout aussi nécessaire
épistémologiquement que son interdisciplinarité. Et c’est encore
Bachelard qui nous invite à articuler approche intelligible et approche
sensible – non seulement en ayant comme objets les œuvres d’art et
les existences sensibles d’artistes, mais aussi en favorisant –
notamment par la commande - des créations et en organisant des
expositions et des manifestations artistiques.
Grâce à cela, nous avons pu construire des concepts
opératoires, comme ceux de frontière géoesthétique, frontière
géoartistique, frontière géonumérique, frontière géopolitique,
frontière géocapitalistique, frontière géoéconomique, etc. Nous
pouvons alors penser autrement et de façon dynamique la
problématique non seulement des frontières, mais aussi du local et du
global et faire de l’objet théorique « frontière géo » un outil efficient
pour comprendre les réalités complexes et plurielles qui interrogent
non seulement les arts, les politiques et les territoires, mais aussi les
œuvres, les artistes, les citoyens, les femmes et les hommes
confrontés à ces frontières qu’ils travaillent pour vivre ou pour faire
œuvre – pour certains, vivre, c’est tout simplement faire œuvre.
Nous repensons ces problèmes à partir de la politique, plus
exactement à partir de l’articulation du géoesthétique au géopolitique
grâce au concept de frontière. Nous avons quitté l’universel abstrait
des frontières pour nous diriger, selon le mot de Hegel, vers son
universel concret. Alors, peuvent être pensées autrement et de façon
articulée les frontières entre les arts et dans un art, entre les territoires
et dans un territoire, entre les pays et dans un pays, entre les femmes
et les hommes et à l’intérieur d’eux-mêmes, entre les actions,
mouvements, déplacements géoartistiques et les actions,
mouvements, déplacements géopolitiques.
Les enjeux sont multiples et décisifs : les rapports et les
frontières entre pays dominants / pays dominés, Nord / Sud,
Ouest / Est, pouvoirs / citoyens, bureaucratie / individus,
médiations / existences, argent / chair, politiques / arts, produits /
œuvres, arts dominants / arts dominés, art moderne /
art13
contemporain, sciences humaines / esthétique, mais aussi, bien sûr,
entre sensible / intelligible.

Ce livre s’enrichit de ces enquêtes et interrogations. Il offre
trois points de vue sur les situations et les problèmes qui se posent. Il en
étudie les effets sur les œuvres et les marchés, sur les corps et les violences et
sur les espaces et les temps. Deux dépassements sont alors proposés.
Ainsi, nous comprenons mieux sous quelles conditions
l’articulation lieux et mondes, localisation et mondialisation est
possible et quels sont ses liens avec les arts, les cultures et les politiques.

Remercions vivement d’une part Caroline Blanvillain, Patricia
Citony, Michel Gironde, Cécile Girousse, Laurence Gossart, Joseph
Jehl, Sandrine Le Corre, Patrick Lemonnier, Patrick Nardin,
Catherine Sarrail, Gilles Silvani et Didier Toussaint, d’autre part
l’IEEI (Institut d’Études Européennes et Internationales de Reims), le labo
AIAC, le labex Arts-H2H, ECAC (Europe Contemporaine & Art
Contemporain) et RETINA.International sans lesquels ce livre n’aurait
pas été réalisé.

Éric Bonnet & François Soulages

14










Premier moment

Situations & problèmes



































































Chapitre 1

Localisation, mondialisation & frontières


On n'est nulle part quand on est partout.
14Sénèque


Concepts

Globalisation & mondialisation
La doxa globalisée et l’idéologie globalisée de la globalisation
se sont approprié le couple local & global : « L’opposition du global et
du local, qui appartient au langage de la géographie et de la stratégie,
résume à elle seule la philosophie politique au goût du jour » écrit
15l’anthropologue Marc Augé . Il faut donc l’examiner et le travailler,
afin de le rendre plus problématique, plus efficient et moins
idéologique. Est-ce aisé ? Non. Dans ce livre, nous tenterons de le
faire grâce à l’articulation de deux perspectives : celle du géopolitique
et celle du géoesthétique qui s’appuie, entre autres, sur le
16géoartistique .
En français, les deux mots globalisation et mondialisation sont
utilisés de façons diverses avec des sens voisins. Exploitons ce
voisinage pour produire deux concepts visant, à partir de deux points
de vue différents, deux séries de phénomènes et d’épiphénomènes
différents : à des fins opératoires et efficientes, décidons que ce concept de

14 Sénèque, Lettres à Lucilius, lettre 2.
15 Marc Augé, « Réconcilier doute et espoir », in Le Monde, 10 7 10, p. 19.
16 Cf. François Soulages (dir.), Géoartistique & Géopolitique. Frontières, Paris,
L’Harmattan, collection Local & Global, 2012. globalisation insistera sur les aspects négatifs de ces phénomènes et celui de
mondialisation sur ses aspects positifs – « positif » et « négatif » renvoient à
une qualification minimale à travailler et à préciser.

Le monde pointé par ce concept de mondialisation dépasse le
globe terrestre et renvoie au mundus et au kosmos, à l’univers. Outre
cette dimension cosmologique et astronomique, on retrouve aussi
une dimension cosmétique et esthétique : le monde étant le contraire
de l’immonde, la mondialisation peut alors osciller entre beauté et
sublime, en tout cas, autoriser et inviter à une approche artistique
d’elle-même, à une tâche géoartistique et, conséquemment, à un point
de vue géoesthétique de ce géoartistique, voire de la mondialisation
même.
De plus, une dimension existentielle, relationnelle et
interhumaine – plus peut-être à ce stade qu’intersubjective – peut
s’entendre dans cette conception de la mondialisation qui, ainsi,
permet à chacun de non seulement rencontrer du monde, des gens,
mieux des personnes, mais surtout de découvrir des êtres et des
mondes riches de leur unicité et de leur singularité, expérience donc
enrichissante et bouleversante de l’altérité et de l’extériorité, mieux,
épreuve de la découverte de ces différences et de sa propre
différence ; la mondialisation est alors richesse en humanité et en
interrogation, sauf si l’on adopte la position, en partie prétentieuse, en
partie janséniste, de la duchesse de Guermantes : « au fur et à mesure
que quelqu’un avait l’air de rechercher le monde, il baissait dans
17l’estime de la duchesse » .
Plus radicalement encore, la mondialisation est une des
conditions de possibilité d’interrogation du monde et du sens du
monde : « L’homme est l’être dont l’apparition fait qu’un monde
18existe » affirme Sartre ; « Ce monde qui avait l’air d’être sans moi, de
m’envelopper et de me dépasser, c’est moi qui le fais être » écrit
19Merleau-Ponty ; et Dufrenne de poursuivre : « Le monde sans
l’homme n’est point encore le monde : non que le monde attende
l’homme pour être réel, mais il l’attend pour percevoir son sens de
20monde » . Mieux, la mondialisation renforce alors notre position
d’être-au-monde. « La manière dont l’expression « être-au-monde »
est composée, écrit Heidegger, manifeste déjà que nous visons par là

17 Marcel Proust, Le Temps retrouvé, II, Paris, Gallimard, 1968, p. 214.
18 Jean-Paul Sartre, Situations I, Paris, Gallimard, 1980, p. 234.
19 Maurice Merleau-Ponty, Sens et non-sens, Paris, Nagel, 1976, p. 57.
20 Mikel Dufrenne, La notion d’ « a priori », Paris PUF, 1990, p. 252.
18
un phénomène unitaire. Ce phénomène primordial doit être vu dans
21sa totalité. » Le problème est alors le suivant : le monde de la
mondialisation est-il une totalité constituée ou bien un idéal, un
horizon visé de totalité, voire une u-topie, οὐ-τοπος, « en aucun lieu »,
un non-lieu ? Le problème est non seulement géoéconomique,
géopolitique et géoartistique, mais aussi ontique, ontologique et
existentiel ; il renvoie à une articulation possible de la géopolitique et
de l’utopie, pointant ainsi autrement le problème du lieu, du temps et
du possible, articulant autrement le mondial et le local, le monde et le
lieu. En effet, pour Heidegger, « il y a lieu de s’interroger sur la
structure ontologique du « monde » et de déterminer l’idée de
22mondanéité comme telle. »

À l’opposé, la globalisation renvoie plus à une approche
structuraliste des choses - l’histoire, écrit Althusser, est un « Procès
23sans Sujet ni Fin(s) » -, à « une sorte de présent perpétuel où les
événements s’accumulent mais ne font pas sens » selon la formule
24d’Augé . Mais alors, en quoi peuvent, dans cette perspective,
consister l’action, la liberté, la puissance et l’efficience des hommes,
en particulier des hommes politiques et des artistes ? Ce problème est
au cœur de l’approche globalisée du contemporain et de ses rapports
au géopolitique et au géoartistique.

En revanche, la mondialisation est instauratrice de rapports
essentiels entre les êtres-au-monde et le monde, et entre les
êtres-aumonde entre eux ; les réponses pratiques et théoriques au problème
précédent sont différentes : pour Heidegger, « le monde étant chaque
25fois pour une réalité-humaine la totalité de « son dessein », se trouve
ainsi pro-duit par cette réalité même devant elle-même. «
Pro-duiredevant-soi-même » le monde, c’est pour la réalité-humaine pro-jeter
originairement ses possibilités, en ce sens que, étant au milieu de
26l’existant, elle pourra soutenir un rapport avec celui-ci. » . C’est alors
le Dasein et non la structure qui engendre (l’interrogation sur) le sens

21 Martin Heidegger, L’être et le temps, trad. R. Boehm et A. de Waehlens, Paris,
Gallimard, 1990, p. 74.
22 Idem.
23 Louis Althusser, Réponse à John Lewis, Paris, François Maspero, 1973, p. 31.
24 Op. cit., idem.
25 Corbin traduit « Dasein » par « réalité-humaine ».
26 Martin Heidegger, Ce qui fait l’être-essentiel d’un fondement ou raison, trad. H. Corbin,
Paris, Gallimard, 1990, p. 90.
19
de la mondialisation : « dans l’essence de son être, la réalité-humaine
27est cofondatrice d’un monde. »
Un problème se pose alors pour le couple globalisation et
28mondialisation : comment traduire le mot Dasein et pourquoi et
pour quels enjeux le traduire de telle ou telle manière – par exemple,
par « réalité-humaine » ? Notons qu’avec la globalisation l’hypothèse
d’enjeux librement choisis est vide de sens, alors que la
mondialisation se confronte justement à une interrogation continue
de cette hypothèse – d’où une réflexion obligée avec Spinoza et, entre
29autres, l’Appendice de l’Éthique, I .
En conséquence, la localisation, le local et le lieu peuvent
s’articuler à la mondialisation pour ainsi passer de l’universalité
30abstraite de la globalisation à l’universalité concrète de la
mondialisation. Le problème est alors le suivant : à l’ère de la
globalisation contemporaine, pourquoi et comment penser et fonder
les rapports entre localisation et mondialisation ?

Glocalisation & frontière
Mais ne suffirait-il pas d’utiliser le concept de glocalisation ?
Le mot « glocalisation » est un mot-valise formé à partir des deux
mots « globalisation » et « localisation » : il désigne au départ, dans les
années 80, une modulation de la globalisation, notamment en
marketing ou management – ce qui peut être instructif pour
comprendre le marché géoartistique de l’art -, consistant en une
adaptation au local des fonctionnements et visées du global. Mais un
31renversement s’est opéré une dizaine d’années après : ce mot
caractérise alors la culture alternative, liée en partie à
l’altermondialisation, dans laquelle, en fonction de leurs spécificités
d’origine locale, les producteurs ou usagers locaux modifient ce que
produit la globalisation, ce que décide la globalisation. D’où le
slogan « Penser global et agir local » qui trouve notamment une partie
de son sens et de sa réalisation avec Internet. La glocalisation est
donc en effet proche de la mouvance qui articule mondialisation et
localisation.
Toutefois, cette dernière est à la fois plus radicale et plus
différente : plus radicale, car elle déplace le lieu du pouvoir – passage

27 Idem.
28 Rappel : Corbin traduit « Dasein » par « réalité-humaine ».
29 Cf. infra.
30 Pour l’universel concret ou abstrait, cf. infra.
31 Cf. les théories de Roland Robertson et de Zygmunt Bauman.
20
du système global aux réalités-humaines mondiales ; plus différente,
car elle transforme la pratique même du pouvoir, le transformant en
puissance – passage du pouvoir d’un système sans sujet ni fin, n’ayant
d’autre fin que son autoperpétuation et son autodéveloppement par
l’illusion de l’argent, à des micro-puissances locales orientées vers les
autres et le monde, le monde des autres et les autres du monde.
L’objectif est alors : « Agir local et penser mondial » bref, en
s’enracinant dans une spécificité et une sensibilité locales articulées à
une intelligibilité mondiale - intelligibilité non pas mécanique,
nivelante et inhumaine, mais vivante, différenciée et interhumaine,
bref existentielle, éthique et esthétique : d’où, entre autres, la
possibilité, mieux la nécessité des artistes, des pratiques artistiques et
des objets et œuvres d’art, d’où la nécessité aussi d’un autre
géoartistique articulé autrement à une autre géopolitique et pensé
autrement par une autre géoesthétique.
Ainsi la pensée de l’articulation contemporaine du local et du
mondial, du lieu et du monde en appelle à une autre pensée du
32sensible et de l’intelligible : le sensible originaire désignant
abstraitement la particularité, la singularité, la différence, la
localisation, l’aesthesis du rapport à l’art et pouvant renvoyer
concrètement, par exemple, aux rapports dialectiques et historiques
Nord/Sud, centre/périphérie, capitale/province, hommes/femmes,
capital/travail, héritage/autoproduction, exploiteurs/exploités,
colonialisme/colonisé, guerre/paix, spécialistes/gens de terrain, sans
oublier l’universalité concrète.
C’est pourquoi les chercheurs – en théorie et/ou en art - qui
travaillent de façon féconde cette articulation lieux et mondes,
localisation et mondialisation n’ont pas oublié Illich, voire s’en
réclament : ils travaillent la problématique à partir de là où ils sont
localisés, à la fois seuls et avec d’autres - chercheurs et
nonchercheurs, universitaires et non-universitaires, femmes et hommes
de cette localisation particulière : ils comprennent ainsi comment
leurs interrogations et leurs solutions prennent sens localement et de
façon plurielle. Grâce à des dialogues locaux, des journées d’études
locales, des colloques locaux, des expositions et créations locales, des
publications locales, la problématique mondiale s’enrichit. Ils sont
porteurs à la fois des interrogations des autres et de leur propre
parole singulière. Cette tension, voire cette contradiction, rend
contemporaines les hypothèses qu’ils énoncent, car ces dernières sont

32 Cf. le 6° colloque franco-brésilien d’esthétique, O sensivel contemporâneo, 1-5 juin
2009 : F. Soulages & A. Olivieri (dir.), O sensivel contemporâneo, Salvador, UFBA, 2011.
21
habitées par des temps et des localisations de sujets singuliers
différents.
Il faut de tout pour faire un monde.
La recherche sur localisation et mondialisation se confronte
alors nécessairement à celle de frontières qui sont parfois à la fois les
conditions de la localisation et les causes de la non-articulation à la
33mondialisation , d’où le triptyque lieux, mondes, frontières.


Philosophies

Spinoza & Marx
34 La lecture que David Rabouin fait de Spinoza peut nous
instruire pour notre réflexion présente.
Pour Rabouin, Spinoza ne veut/peut pas véritablement
travailler les signifiants « Dieu », « substance », « ordre de la nature »,
car nous ne pouvons pas en faire l’expérience : notre expérience n’est
jamais celle du global, encore moins celle d’une réalité globale, mais
toujours celle du local, de plusieurs réalités locales. Pour Rabouin,
Spinoza passe donc du vivre et de l’éthique au « vivre ici », à
l’ « éthique locale ».
Quelles en sont les conséquences ? D’abord à une
renonciation à la politique et au politique quand ils relèvent du global
ou du moins du mondial ; pourtant, une politique qui en resterait au
niveau du local semblerait encore possible.
Une question se pose alors non seulement à Rabouin, à
Spinoza et à Kierkegaard, mais aussi à la localisation et à la
mondialisation : qu’est-ce que l’ici-et-le-maintenant ? Est-ce une
réalité expérimentable ou bien un concept opératoire ? Doit-on être
nominaliste ou réaliste ? Questions engagées dans toute interrogation
sur le local et le global et sur la localisation et la mondialisation :
qu’en est-il des limites et des frontières – et de leurs possibilités et

33 Cf. Éric Bonnet, François Soulages & Juliana Zevallos Tazza, Memoria territorial y
patrimonial. Artes & Fronteras, Lima, Universidad Nacional Major de San Marcos
Fondo Editorial, 2014, François Soulages (dir.), Biennales d’art-contemporain & frontières,
Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2014, Gilles Rouet & François
Soulages (dir.), Frontières géoculturelles & géopolitiques, Paris, L’Harmattan, collection
Local & Global, 2013, Gilles Rouet (dir.), Quelles frontières pour quels usages ?, Paris,
L’Harmattan, collection Local & Global, 2013 et Serge Dufoulon & Maria Rostekova
(dir.), Migrations, mobilités, frontières & voisinages, Paris, L’Harmattan, collection Local &
Global, 2012.
34 David Rabouin, Vivre ici. Spinoza, éthique locale, Paris, PUF, « MétaphysiqueS », 2010.
22
légitimités – du local et de la localisation, de l’illimitation et de
l’absence de frontières (ou non), de la globalisation et de la
mondialisation ?
On comprend par là que globalisation et mondialisation sont,
quant à cette question, opposées : avec la globalisation, d’une part
l’absence de frontières intérieures est im-posée – il n’y a que des pôles
et des zones, les frontières historiques, culturelles et artistiques ayant
disparu au profit de la circulation sans limites des marchandises du
marché global (précepte du capitalisme néolibéral, du
sociallibéralisme et, en dernière instance, jadis, du « « communisme »
35marxiste » pour Kojève –, d’autre part la question des frontières
extérieures ne se pose pas – il n’y a pas d’extériorité (le marché est le
tout, le tout est le marché), de même que l’argent n’est confronté ni à
l’extériorité, ni à l’altérité : « L'argent, qui possède la qualité de
pouvoir tout acheter et de s'approprier tous les objets, est par
conséquent l'objet dont la possession est la plus éminente de toutes,
écrit Marx. L’universalité de sa qualité est la toute-puissance de son
36être ; il est donc considéré comme l'être tout-puissant. » Cela est,
entre autres, vrai pour le marché de l’art : le marché est l’art et l’art est
le marché.
En revanche, pour la mondialisation, la question des limites
et frontières se pose et doit se poser deux fois pour qu’elle ne
devienne pas, elle-même, globalisation : d’une part, les limites des
localisations doivent être posées et protégées tout en devenant des
37limites et frontières non seulement poreuses, mais aussi ouvertes ;
d’autre part, la question des limites et frontières extérieures de la
mondialisation doit être posée et travaillée, dans la mesure où la
mondialisation doit se confronter à une extériorité et une différence
reconnues et souhaitées, car elle est ouverte non seulement aux
différentiels, mais surtout aux différents.
Ainsi, la globalisation est un système clos, et la
mondialisation est ouverte en interne et en externe, dans l’espace et
dans le temps. La première prétend s’autofonder, s’autoproduire et
s’autoréguler ; la seconde a intégré Gödel et son théorème
d’incomplétude. La première résout toutes les questions grâce au

35 Alexandre Kojève, Introduction à la lecture de Hegel, Paris, Gallimard, 1962, 1° édition
1947, p. 436.
36 Karl Marx, Manuscrits de 1844, trad. É. Bottigelli, Paris, Éditions sociales, 1972,
p. 99.
37 Cf. François Soulages, « Les frontières-peaux & les murs », in Gilles Rouet (dir.),
Quelles frontières pour quels usages ?, Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2013.
23
nombre, à la marchandise, à l’argent et au virtuel – tout y est simple ;
la seconde pose et travaille (ce qui ne veut pas dire « résout », bien au
contraire) les problèmes grâce aux épreuves existentielles et
intelligibles non seulement des altérités, hétérogénéités et différences,
mais aussi du sensible/intelligible, de l’inter-sensible, de l’insensible,
des arts, des localisations, des incarnations, des désirs, des manques,
des insatisfactions, des manqués, etc. – tout y est complexe. La
mondialisation doit suivre le chemin indiqué par Augé : « Émettre des
38hypothèses, c’est réconcilier le doute et l’espoir. »
Dans le même sens, Rabouin nous invite à une
mondialisation ouverte articulée à une localisation centrée sur le très
près - mon métier, ma famille, mon quartier. Mais ne risque-t-on pas
de tomber dans un esprit de tribu et de communauté fermé, obtus et
sectaire, et de réinstaurer avec ce local la clôture critiquée pour la
globalisation ? Ou bien est-ce l’ouverture à une politique d’association
et de démocratie directe et participative ? Mais peut-on ne pas
prendre en compte ce qui ne se fait pas « ici », par exemple avec les
confits extérieurs « ailleurs » ? Ne pas le faire serait de
l’indifférentisme, voire de l’ignorance de la coexistence du prochain et
du lointain, de l’ici et de l’ailleurs, et de l’appartenance à un même
monde, en particulier pour le développement durable dans l’espace et
le temps. Comment mettre ainsi entre parenthèses les propositions 32
à 47 de la 4° partie de L’Ethique et l’étude des conditions de
possibilité de la « Société commune » (proposition 40), de la « cité » et
des « citoyens » (proposition 37, scolie 2) ?

Hegel
La mondialisation doit donc s’ouvrir à toutes les localisations
et les articuler entre elles. Le concept d’universel concret de Hegel
peut alors être outil utile pour la penser.
Depuis Aristote, l’universel est le critère de la connaissance
scientifique – modèle fantasmé des idéologues et technocrates de la
globalisation. Mais cette connaissance ne vise ni ne peut atteindre
l’individu singulier et les différences : « il n’y a de science que de
39l’universel », écrit Thomas d’Aquin . Mais alors la pensée de la
globalisation serait-elle la seule pensée possible ? Corrélativement, la
pensée d’une localisation serait-elle impossible ? Kant poursuit cette
direction ouverte par aristo-thomisme et fait de l’universel -
notamment en morale - l’un des deux critères de l’a priori, l’autre

38 Op. cit., idem.
39 Thomas d’Aquin, Contra Gentiles, ch. 75.
24
critère étant le nécessaire ; aussi lie-t-il universalité et nécessité. Mais
alors qu’en serait-il de la pensée de la mondialisation ou de l’art, dans
la mesure où elle s’appuierait sur l’expérience a posteriori et
particulière ?
Justement, les défauts de l’universel kantien sont son
abstraction et son manque de saisie des particularités : par exemple,
par son universalité, l’impératif catégorique nie la prise en compte du
particulier, tout comme la globalisation manque la localisation dans sa
spécificité et sa particularité. C’est contre ce défaut que Hegel va
construire sa théorie de l’universel. Il qualifie d’abstrait cet universel
auquel il reproche de n’être qu’une pure forme vide de contenu,
c’està-dire dévitalisée, extérieure et étrangère à son contenu infiniment
riche en ces différences particulières. « Lorsqu’on parle du concret,
40écrit Hegel , c’est d’ordinaire seulement l’universalité abstraite que
l’on a devant les yeux, et ce concept est alors couramment aussi bien
défini [comme] une représentation générale. On parle, en
conséquence, du concept de la couleur, de la plante, de la bête, etc., et
ces concepts naîtraient de ce que, en mettant de côté le particulier par
lequel les diverses couleurs, plantes, bêtes, etc., se différencient les
unes des autres, on fixerait ce qui leur est commun. C’est là la
manière dont l’entendement appréhende le concept, et le sentiment a
raison lorsqu’il qualifie de tels concepts de creux et de vides, de
simples schémas et ombres. » La prise en compte de la critique
opérée par le sentiment disqualifie une philosophie du pur
entendement. Il faut penser autrement l’universel : « l’universel du
concept n’est pas simplement un élément commun en face duquel le
particulier a pour lui-même sa consistance, mais bien plutôt ce qui se
particularise (se spécifie) soi-même et, en son Autre, reste dans une
41clarté non troublée auprès de soi-même » . Il ne faut donc pas
confondre le commun et l’universel, la communauté et l’universalité,
la volonté de tous (ou commune) et la volonté générale que distingue
Rousseau. Hegel explique que cette notion d’universel n’apparaît
qu’avec le christianisme, les Grecs ne pouvant appliquer ce concept ni
aux dieux – eu égard au polythéisme séparateur –, ni aux hommes –
étant donné leur idéologie selon laquelle ils étaient essentiellement
différents des Barbares.
Pour concevoir différemment l’universel et sortir de ces
limites, il faut remplacer l’entendement par la raison, l’universel

40 Hegel, Encyclopédie des sciences philosophiques, Paris, Vrin, 1972, traduction B.
Bourgeois, addition au § 163, p. 592.
41 Idem.
25
abstrait par l’universel concret qui prend en compte toutes les
différences ; c’est « la forme absolue en laquelle sont revenues toutes
les déterminations, la plénitude totale du contenu posé grâce à elle.
L’Idée absolue est, à cet égard, à comparer au vieillard, qui prononce
les mêmes assertions religieuses que l’enfant, mais pour qui celles-ci
ont la signification de toute sa vie. Même si l’enfant comprend le
contenu religieux, ce dernier ne vaut cependant pour lui que comme
quelque chose en dehors de quoi se trouvent encore la vie entière et
42le monde entier » . La vie entière s’oppose au « vivre ici » de
Rabouin ; en revanche, le monde entier est du côté de la
mondialisation, si cette entièreté du monde n’est ni complète, ni
close. L’universel saisit alors en soi la richesse du particulier, des
particuliers – à savoir, ici, des localisations ; il est fruit de l’expérience,
mémoire de l’expérience, ouverture sur l’expérience – expérience de
toutes les expériences effectives et possibles, et notamment d’une
expérience artistique et esthétique (des formes et des matières, de la
vie et du monde) : mondialisation, localisation et leurs articulations
sont alors pensables.
La vie entière et le monde entier, c’est justement ce que les
artistes qui travaillent la localisation contemporaine essaient de faire
sentir, non pas avec une seule image, mais avec un ensemble
d’images. Par exemple, Thibaut Cuisset photographie des lieux
« perdus », délaissés et abandonnés du centre de la France : « À
l’heure où l’on regarde la planète de manière globale, c’est sur le local
que je voudrais me pencher car je pense qu’affirmer la singularité de
43toute terre, c’est aussi s’interroger sur notre monde », dit cet artiste ,
voulant penser local et mondial, terre et monde. Ainsi, par cette
pluralité illimitée de localisations particulières, la teneur de l’œuvre
croît en déterminations, en différences et en particularités.
L’universel concret est donc cet ensemble réel au terme du
mouvement dialectique de la pensée cheminant d’une contradiction à
une autre contradiction toujours dépassée et conservée jusqu’à ce que
Hegel appelle l’Esprit absolu dont le concept est la synthèse, à la fois
universelle - puisqu’il est susceptible d’une infinité d’applications - et
44concrète - en tant qu’il est une totalité unique et indivisible . Comme,
pour Hegel, « le réel est rationnel et le rationnel est réel », l’universel
concret est rationnel et, par là, auto-créateur : il produit des figures

42 Op. cit., addition au § 237, p. 624.
43 Présentation par Thibaut Cuisset de son travail Campagne française/Fragments, 21
octobre / 18 novembre, Académie des Beaux-Arts, Paris.
44 Cf. André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, PUF, 1947.
26
historiques ; l’ensemble des œuvres d’art constitué des images de
localisations particulières relèverait donc de son déploiement
historique composé de particuliers articulés entre eux pour le
constituer dans son universalité concrète. En cela, il est mouvement,
devenir, être vivant qui n’existe que dans le temps et qui se nourrit et
se compose de toutes ses particularités à travers le temps. Comme les
localisations, les travaux d’artistes renvoient les uns aux autres, pour
dessiner de façon ouverte un monde des créations et interprétations,
une approche de la mondialisation.

Kojève & Nietzsche
45La fameuse lecture de Hegel par Kojève - sans parler de
46l’exposition de ses photos au Palais de Tokyo en 2012-3 - peut alors
nous instruire sur la globalisation, la mondialisation et la
localisation. Pour cela, relisons la célèbre Note de la Seconde
47Édition dans laquelle l’auteur explique l’évolution de sa pensée entre
1946 et 1962.

En 1946, Kojève croit dans « le retour de l’Homme à
l’animalité » : « La disparition de l’Homme à la fin de l’Histoire n’est
donc pas (…) une catastrophe biologique : l’Homme reste en vie en
tant qu’animal qui est en accord avec la Nature ou l’Être donné. Ce qui
disparaît, c’est l’Homme proprement dit, c’est-à-dire l’Action
négatrice du donné et l’Erreur, ou en général le Sujet opposé à
l’Objet. » Cette Action négatrice se retrouvait dans les guerres, les
révolutions sanglantes et la Philosophie : toutes disparaissent. « Mais
tout le reste peut se maintenir indéfiniment : l’art, l’amour, le jeu, etc.,
48etc. ; bref, tout ce qui rend l’Homme heureux » . Mais deux problèmes
se posent alors pour une pensée de la fin de l’Histoire : celui de l’art,
de l’amour et du jeu, et celui du bonheur.
D’une part, si avec la fin de l’Histoire l’Homme disparaît,
pourquoi ne devraient pas aussi disparaître l’art, l’amour, le jeu, etc. ?
Le problème s’était déjà posé pour Marx qui affirmait
paradoxalement à la fois que la superstructure était déterminée par
l’infrastructure et que « pour l’art, (…) certaines époques de floraison

45 Alexandre Kojève, Introduction à la lecture de Hegel, Paris, Gallimard, 1962, 1° édition
1947.
46 « Après l’Histoire : Alexandre Kojève photographe », 12/10/12 – 7/1/13, Palais
de Tokyo, Paris ; commissaire Boris Groys. Voir infra.
46 Op. cit., pp. 436-7.
47 Op. cit., pp. 436-7.
48 Ibidem, p. 435.
27
artistique ne sont nullement en rapport avec le développement
général de la société, ni par conséquent avec celui de sa base
49matérielle, qui est pour ainsi dire l’ossature de son organisation. »
Donc problème quant aux conditions de production d’un œuvre
d’art, problème aussi quant à sa réception (« éternelle ») : « La
difficulté réside, écrit Marx, dans le fait que (l’art grec et l’épopée)
nous procurent encore une jouissance esthétique et qu’ils ont encore
pour nous, à certains égards, la valeur de normes et de modèles
50inaccessibles. » Si, en 1946, Kojève ne se pose pas alors le problème
qu’il devait connaître par ce texte de Marx, ce dernier, un siècle
avant, pointe la contradiction relative aux rapports
infrastructure/superstructure et cherche à la résoudre en faisant
référence aux rapports enfance/maturité et, ce qui est étrange pour
un matérialiste historique, à l’éternité : « Pourquoi l’enfance historique
de l’humanité, là où elle a atteint son plus bel épanouissement,
pourquoi ce stade de développement révolu à jamais n’exercerait-il
51pas un charme éternel ? » Il faudra attendre 13 ans, 1959 et le
voyage au Japon, pour que Kojève s’interroge à son tour. Pourquoi ce
retard ?
D’autre part, quel est ce bonheur propre à la fin de
l’Histoire ? Corrélativement, quel est le bonheur produit par la
globalisation, dans la mesure où cette dernière se donne à la fois
comme interaction – existant depuis un demi-millénaire grâce à
Magellan -, uniformisation et fin de l’Histoire, et se dirige vers la world
music, le world art, la world thing, le world world, le sans-frontières, non
pas vers la culture plurielle, mais vers la monoculture planétair ? Or la
monoculture est la négation de la culture, aussi bien pour la politique,
l’économie, la pensée, les arts que pour l’agriculture ; l’Homme de la
fin de l’Histoire, comme l’Homme global, devient un OIM, un
Organisme Idéologiquement Modifié.

Si, pour Kojève, en 1946, « le retour de l’Homme à
l’animalité ne (lui) paraissait pas impensable en tant que perspective
52d’avenir » , en 1948, « la fin hégélo-marxiste de l’Histoire (est pour
53lui) d’ores et déjà un présent. » Avec Hegel, il pense qu’après la

49 Karl Marx, « Introduction à la critique de l’économie politique » (1857), in
Contribution à la critique de l’économie politique, trad. M. Husson et G. Badia, Paris,
Éditions sociales, 1957, pp. 173-4.
50 Ibidem, p. 175.
51 Idem.
52 Op. cit., p. 436.
53 Idem.
28
bataille d’Iéna la fin de l’Histoire est réalisée : « l’avant-garde de
l’humanité a virtuellement atteint le terme et le but, c’est-à-dire la fin
54de l’évolution historique de l’Homme. » Comment se caractérise
cette fin ? Kojève prend alors pour référence et preuve les
EtatsUnis : « les Etats-Unis ont déjà atteint le stade final du
55« communisme » marxiste » , car tous les Américains sont les
membres d’une « société sans classes » - donc sans lutte de classes (!) :
ils peuvent jouir de tout ce qu’ils veulent sans travail excessif. « Les
Américains font figure de Sino-Soviétiques enrichis (…) ; l’American
way of life (est) le genre de vie propre à la période post-historique, la
présence actuelle des États-Unis dans le Monde préfigurant le futur
56« éternel présent » de l’humanité tout entière » , affirme l’ancien
lecteur de Hegel devenu, après la guerre, stratège du ministère de
l’Économie et des Finances, à partir de 1948, secrétaire de
l’Organisation européenne de coopération économique (OECE), en
1950, inspirateur du plan Schuman concernant la Communauté
européenne du charbon et de l’acier (CECA), puis de la Conférence
des Nations-Unies sur le Commerce et le Développement
(CNUCED), cocréateur du GATT, etc. C’est parce que cet ancien
Russe, né en 1902, condamné à mort mais sauvé à 15 ans en 1917
lors de la Révolution bolchevique, ce neveu de Kandinsky est un des
plus féconds lecteurs de Hegel et de Marx (il sera suivi par d’autres
grands lecteurs, entre autres par des partisans d’une autre forme de
globalisation universelle et catholique, à savoir des jésuites français, à
la suite de Gaston Fessard qui avait suivi le Séminaire de Kojève ou
57de Pierre-Jean Labarrière ), que d’une part il affirme la fin de
l’Histoire et de l’Homme, et d’autre part il devient un des idéologues
et acteurs principaux du monde que l’on reconstruit après la
Deuxième Guerre mondiale, monde qui engendrera la globalisation,
car c’est sa fin. C’est pourquoi le détour par Kojève est absolument
nécessaire pour comprendre la globalisation, réalisation de la « fin de
l’Histoire et de l’Homme » ; voilà pourquoi la traduction du mot

54 Idem.
55 Idem.
56 Ibidem, p. 437.
57 Cf. de P.-J. Labarrière, Structures et Mouvement dialectique dans la Phénoménologie de
l'Esprit de Hegel, Paris, Aubier-Montaigne, 1968, Introduction à une lecture de la
Phénoménologie de l'Esprit de Hegel, Paris, Aubier-Montaigne, 1987, De Kojève à Hegel. 150
ans de pensée hégélienne en France, (en co-signature avec Gwendoline Jarczyk), Paris,
Albin Michel, 1996, Hegel, Phénoménologie de l'esprit, traduction, appendices et notes par
Gwendoline Jarczyk et Pierre-Jean Labarrière, Paris, Gallimard, coll. Folio Essais,
2002.
29
« Dasein » a des enjeux décisifs : globalisation sans l’Homme ou bien
mondialisation avec l’Homme, économie financiarisée et technique
ou bien humanisme politique et artistique, Kojève ou René Char ?
Deux engagements différents pour deux penseurs, le premier ayant
èmefait sienne la 11 Thèse sur Feuerbach : « Die Philosophen haben die Welt
58nur verschieden interpretiert ; es kömmt drauf an, sie zu verändern » , le
second Le Météore du 13 Août : « L’optimisme des philosophies ne
59nous est plus suffisant. » , l’un étant un stratège planificateur et
globalisant, l’autre un Résistant héroïque et mondialisant, on pourrait
dire aussi, en fonction des jésuites, Labarrière ou bien Teilhard de
Chardin - même si Labarrière n’est pas réductible à l’Hégélianisme,
ses réflexions sur Maître Eckhart et la distance et la relation le
montrent.
Mais si Kojève fait bien le choix de la globalisation, quelle
importance attache-t-il à la localisation ? En dernière instance,
aucune, car ni dans l’espace - les lieux, les pays -, ni dans le temps - les
événements, les hommes, les héros et les morts -, ces moyens ne sont
des fins : Hegel a dépassé Kant, la Raison les Hommes, l’éthique la
morale. Les millions de morts des guerres mondiales, locales ou
coloniales sont des détails de l’Histoire. En effet Kojève écrit :

Les deux guerres mondiales avec leur cortège de petites et
grandes révolutions n’ont eu pour effet que d’aligner sur les
positions historiques européennes (réelles ou virtuelles) les
plus avancées les civilisations retardataires des provinces
périphériques. Si la soviétisation de la Russie et la
communication de la Chine sont plus et autre chose encore
que la démocratisation de l’Allemagne impériale (par le
truchement de l’hitlérisme) ou l’accession du Togo à
l’indépendance, voire l’auto-détermination des Papous, c’est
uniquement parce que l’actualisation sino-soviétique du
bonapartisme robespierrien oblige l’Europe
postnapoléonienne à accélérer l’élimination des nombreuses
séquelles plus ou moins anachroniques de son passé
pré60révolutionnaire.


58 Karl Marx, Thèse sur Feuerbach (1845), « Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le
monde de diverses manières, il s'agit maintenant de le transformer ».
59 René Char, Le Météore du 13 Août, in Le poème pulvérisé, in Fureur et mystère, in Œuvres
complètes, Paris, Gallimard, La Pléiade, 1983, p. 269.
60 Op. cit., p. 436.
30