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Quelle diplomatie pour les pays post-conflits ?

De
309 pages
Les pays post-conflit font face à de multiples défis générés par la situation conflictuelle. Le propre de la guerre étant la destruction sur tous les plans, les pays qui en sortent doivent non seulement s'atteler à la reconstruction socio-économique mais aussi et surtout ont le devoir de procéder à la déconstruction des clichés engendrés par la guerre. L'auteur propose une diplomatie à voies multiples aux pays post-conflit pour pouvoir tirer profit de toutes les opportunités qui s'offrent à eux en vue d'une véritable reconstruction.
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Quelle diplomatie pour les pays post-conflit ?

Édouard BIZIMANA

Quelle diplomatie pour les pays post -conflit?
Quelques pistes d'exploration pour le cas du Burundi

L'Harmattan

<ô L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com harmattan I @wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-06642-7 EAN : 97822960666427

A ma très chère épouse Véronique Et à Nos charmants enfants:

Chandel Aymar Irakoze Alida Colombe Kaneza Eddy Arsène Bizimana Armel Inganji Pour les sacrifices que j'ai dû leur imposer.

Collection Défense, Stratégie & Relations Internationales (D.S.R.I) (Dirigée par Manga-Akoa François) Depuis la chute du Mur de Berlin le 09 novembre 1989 qui a entraîné celle du Bloc socialiste est-européen dirigé et dominé par l'Union soviétique, puis celle de l'URSS le 08 décembre 1991, signant ainsi la fin de l'affrontement entre les pays du pacte de Varsovie et ceux de l'OTAN, la guerre a pris plusieurs formes inédites jusqu'alors. Le terrorisme international, les guerres asymétriques, la guerre économique se sont exacerbés grâce au développement exponentiel des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Par ailleurs, la privatisation de l'usage de la force, jusqu'alors réservé à l'Etat, a rendu possible l'externalisation de plusieurs services de l'Etat. En effet, plus que jamais, se vérifie l'adage de Héraclite qui affirme que la guerre est la mère de toute chose. Tel un veilleur qui attend l'aurore, la collection D.S.R.I scrute l'horizon de ce nouveau siècle, décrypte et prospecte l'actualité internationale en ses aspects politiques, diplomatiques, stratégiques et militaires.
Dernières parutions

Mehdi BELAID, Le Mouvement de Libération du Congo. De la guérilla au parti politique, 2008. Mamadou Aliou BARRY, Le commerce moderne des armes en Afrique. Données chiffrées, circuits et acteurs, 2008. Pierre-Paul DIKA, Les fondements de la politique étrangère de la nouvelle Afrique du Sud: acteurs, facteurs et instruments, 2008. Alain FOGUE TEDOM, Enjeux géostratégiques et conflits politiques en Afrique noire, 2008. Côme Damien Georges A WOUMOU, Le Couple CamerounGabon au sein de la CEMAC, 2008. Albert LOROFI, La vie quotidienne des officiers de l'infanterie de marine pendant la conquête de la colonie du Soudan français (1890-1900), 2008. David NJILIE, Le Protocole dans la République, 2008. Etanislas NGODI, Pétrole et géopolitique en Afrique centrale, 2008. Issaka K. S~UARE, Guerres civiles et coups d'état en Afrique de l'ouest, 2007.

SIGLES ET ABBREVIA nONS :Agence Canadienne pour le Développement Internationale : Afrique Caraïbes et Pacifique : Afrique Equatoriale Française : Appui à l'Enseignement Secondaire Technique et Professionnel AGOA : African Growth and Opportunity Act AHP : Australian Help Program AlEA : Agence Internationale de l'Energie Atomique AOF : Afrique Occidentale Française ARP : Australian Relief Program BAD : Banque Africaine de Développement BEI : Banque Européenne d'Investissement CCP : Cadre de Coopération de Pays CEEAC : Caummunauté Economique des Etats d'Afrique Centrale CEI : Communauté des Etats Indépendants CEPGL : Communauté Economique des Pays des Grands Lacs CFB : Communauté Française de Belgique CICR : Comité International de la Croix Rouge CNDD-FDD : Conseil National pour la Défense de la DémocratieForces de Défense de la Démocratie : Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté : Communauté Monétaire des Etats d'Afrique Australe : Complexe Textile du Burundi : Désarmement, Démobilisation et Réinsertion : Deutsch Mark : Food and Agriculture Organization : Forces Démocratiques de Libération du Rwanda : Fonds Européen de Développement : Fonds d'Etudes et d'Expertise : Fonds Monétaire international : Forces Nationales de Libération : Haut Commissariat pour les Réfugiés : Initiative du Bassin du Nil : Institut des Relations Internationales du Cameroun : Institut Agronomique du Burundi : Nations Unies : organisation Internationale de la Francophonie : Objectif du Millénaire pour le Développement : Organisation Mondiale de la Santé : Office National Pharmaceutique : Organisation Non-Gouvernementale : Opération des Nations Unies au Burundi : Projet d'Appui à la Gestion Economique : Programme Alimentaire Mondial ACDI ACP AEF AESTP

CSLP COMESA COTEBU DDR DM FAO FDLR FED FEE FMI FNL HCR IBN IRIC ISABU NU OIF OMD OMS ONAPHA ONG ONUB PAGE PAM

PARAFE
PISEP

: Projet

d'Appui

à l'Administration

Financière

et

Economique
: Projet d'Appui aux Infrastructures et Equipement

Pédagogique

PNLT PREBU $US UA UE

: Programme : Programme

National de Lutte contre la Tuberculose de Réha bilitationEconomique du

Burundi
: Dollars : Union : Union Américains Africaine Européenne

AVANT

PROPOS

Les pays-post conflit ont besoin de se faire une autre image qui va audelà des pleurs, des tueries interethniques; de la pauvreté; une image qui leur permet de se penser et se projeter avec assurance sur ]a scène internationa]e. Ces pays doivent procéder à la déconstruction des clichés et idées reçues pour se construire une image p]us attrayante. Le Burundi, pays qui a connu quatorzc ans dc guerrc, constitue une bonne iJlustration dcs méfaits et défis de la situation de gucrrc. C'cst pour cela que la diplomatie à voies multiples proposéc dans cct ouvrage peut s'adaptcr à tous lcs pays post-conflit. Cependant, la réussite ou l'échec dépendra des acteurs et de la façon dont cette diplomatie est conduite. Les propositions faites dans cet ouvrage ne sont pas des vérités bibliques mais résultent d'une réflexion personnelle qui peut être contredite, enrichie ou critiquée. Toutes les réactions seront donc bienvenues pourvu qu'elles viennent pour élever la connaissance. Je voudrais donc présenter mes excuses à toute personne dont les attentes ne seront pas satisfaites et l'invite à apporter sa contribution pour une édification mutueJle. La délicatesse du domaine abordé demande beaucoup de prudence, d'ouverture d'esprit et beaucoup de réserve afin d'éviter de heurter les susceptibilités. Probablement que toutes les consignes gouvernant la pratique diplomatique n'ont pas été observées ou que certaines idées émises ne satisfont pas. Je voudrais signaler ici que j'en assume la responsabilité. Comme les Burundais disons qu'umutwe umwe utigira inama, la réalisation de cet ouvrage a bénéficié de la contribution de beaucoup de personnes. C'est donc pour cela que je m'en voudrais de ne pas remercier sincèrement les personnes qui ont contribué à ma réflexion. Il s'agit de l'Ambassadeur Julien KA VAKURE qui a lu du début à la fin mon manuscrit. l'ai beaucoup apprécié ses critiq ues et ses suggestions. Mes remerciements vont également aux Ambassadeurs Ado]phe NAHA YO et Jean NGENDANGANY A qui m'ont fait part de leurs expériences personneJles dans leur vie de diplomate à l'étranger. Je me suis beaucoup inspiré des auteurs comme Alain PLANTE Y, Luc SIDJOUN, Laurent ZANG et j'en oublie certainement d'autres. Je voudrais également exprimer ma reconnaissance à Madame Antoinette BA TUMUBWIRA, Ministre des Relations Extérieures et de la Coopération internationale qui a accepté d'organiser un séminaire de formation des diplomates burundais et cadres de son Ministère sur le même thème. Certains exposés présentés lors de ce sém inaire m'ont été d'un apport substantiel... Je tiens à exprimer ma sincère reconnaissance à ma chère épouse Véronique pour sa contribution inestimable à la réalisation de cet ouvrage.

CHAPITRE INTRODUCTIF Les conflits armés ont été l'une des constantes dans la vie de pas mal de pays du monde au cours du 20ème siècle. Le conflit fait partie intégrante de la vie des nations et c'est pour cela qu'il est difficile de l'éloigner totalement malgré les énormes efforts déployés dans ce sens. Certains conflits sont entre Etats même si ces derniers ont fortement diminué depuis la fin de la guerre froide tandis que d'autres, devenus ces derniers temps plus fréquents, sont intraétatiques et la plupart des fois opposent le pouvoir central à des groupes qui le combattent. Après la fin des deux guerres mondiales et de la guerre froide et les progrès économiques qui s'en sont suivis, d'aucuns pensaient à la fin des confrontations armées comme mode de résolution des différends. Cependant, cela a été contredit par la recrudescence des conflits meurtriers du 20ème siècle. Au cours de ce siècle, les conflits armés ont ôté la vie à 100 millions de personnes tandis que les violences politiques ont fait 170 millions de morts! La fin de la guerre froide a été également perçue, à tord ou à raison, comme un autre signe encourageant dans la perspective d'une résolution pacifique des conflits. Après la période bipolaire, beaucoup d'Etats et des peuples ont manifesté une volonté de rapprochement et de coopération. C'est grâce à cette attitude coopérative que les échanges entre nations se sont intensifiés et diversifiés donnant ainsi un contenu plus concret à la globalisation. CeIle-ci a permis la circulation facile des capitaux, des idées, des idéologies et des technologies contribuant ainsi à l'amélioration des conditions de vie d'un bon nombre de citoyens dans le monde. Même si cette globalisation ne manque pas d'effets pervers, eIle a permis un rapprochement des peuples, ce qui a donné l'espoir de voir le recours à la force comme mode de résolution des conflits diminuer en fréquence car les contacts souvent mutuellement bénéfiques devraient inciter à plus de coopération que de conuontation.
I Rapport de ]a Commission Carnegie on Preventing Deadly Conflicts, Vécembre ] 997.p. Il.

Il semble que cela n'ait pas été le cas car, quelques années voire quelques mois après la fin de la guerre froide, des conflits armés ont éclaté soit entre Etats soit entre les pouvoirs centraux et des mouvements rebelles. Le monde a assisté à une multiplication extraordinaire des foyers de tensions et de violence allant aux conflits armés dans différents coins du monde: Burundi, Rwanda, Somalie, République Démocratique du Congo, Tchad, Soudan Nigeria, Ghana, Liberia, Sierra Leone, Congo, Afrique du Sud, Angola, Ouganda, Erythrée, Ethiopie, Algérie, Mali, Liban, Koweït, Irak, Yémen, Colombie, Croatie, Moldavie, Géorgie, Tchétchénie, Bosnie, Guatemala, Kashmir, Mozambique, Palestine, El Salvador, Liban, Cambodge, Timor Oriental, Casamance, Cameroun, etc. Au moment où certains Etats ont pu parvenir à une solution pour mettre fin à leur conflit soit interne ou contre un autre Etat, d'autres continuent à faire face à des conflits internes aussi meurtriers que ruineux. Ces conflits sont extrêmement coûteux non seulement pour les pays en proie à la violence mais aussi pour la communauté internationale qui doit assister les victimes et financer la reconstruction. Ainsi donc, les conflits armés coûtent la vie à des multitudes de personnes au moment où d'autres sont contraintes à l'exil ou au regroupement forcé. Certaines estimations non exhaustives font état de plus de 300 mille personnes qui ont perdu la vie suite au conflit armé du Burundi tandis que des centaines de milliers de Burundais ont été contraints à l'exil ou au déplacement à l'intérieur du pays. Selon le rapport d'Amnistie Internationale de 200], 70 mille Burundais ont fui le pays à destination de la Tanzanie. Selon le même rapport, il y avait environ 330 mille déplacés internes au Burundi à la fin de 2000. En septembre 1999,290 mille Burundais ont été contraints à vivre dans des camps de regroupement et dans des conditions précaires. La pauvreté s'est accrue et la propagation des maladies a connue une accélération exponentielle. Economiquement, le pays a été mis à genou et la reconstruction va nécessiter beaucoup de millions de dollars déboursés par la communauté internationale vu J'ampleur des dégâts matériels: routes, hôpitaux et écoles détruits. Le conflit burundais a également eu un coût politique et diplomatique important. La persistance du conflit au Burundi a eu des conséquences énormes sur la scène politique burundaise. La

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classe politique a été totalement distraite par le partage des postes et a carrément oublié la population pourtant meurtrie par la guerre. Les gouvernants ont mis de coté l'intérêt du peuple pour servir leurs propres intérêts. Ceci s'explique en partie par le fait que la classe politique s'est enrichie davantage en témoignent les constructions d'habitations qui ont été effectuées pendant la guerre et pendant la période des négociations de paix d'Arusha. Beaucoup de dignitaires ont construit des villas dans un nouveau quartier que les Burundais ont ironiquement dénommé Arusha faisant allusion à la ville tanzanienne dans laquelle se sont déroulées les négociations de paix pour le Burundi. Diplomatiquement, l'image du Burundi a été longtemps ternie par le conflit et les mauvaises pratiques comme la corruption, la mauvaise gestion, les violations des droits de l'Homme, l'impunité, etc. qui caractérisent les pays en guerre. Au Rwanda voisin, la tragédie qu'a connue ce pays a fait des milliers de morts et des centaines de milliers d'exilés. Jusqu'en avril 1994, la guerre a fait 500 mille victimes selon les Nations Unies. De juin à juillet de la même année, le Comité International de la Croix Rouge (CICR) fait état de 1 million de morts tandis que le Front Patriotique Rwandais, l'ancien mouvement rebelle devenu parti politique à la fin de la guerre, estime le nombre de victimes entre I et 2 miJlions au cours de la même période2. A ces chiffres s'ajoutent des milliers de réfugiés disparus dans les forêts de la République Démocratique du Congo après la destruction de leurs camps à l'Est du Congo. Une estimation du coût économique, politique, psychologique ou diplomatique de la tragédie rwandaise de 1994 est sans nul doute effrayante étant donné l'ampleur des atrocités. Selon le rapport de la Commission Carnegie de 1997, les effets de la reconstruction et du soutien au Rwanda au cours des trois années après la tragédie ont coûté à la communauté internationale plus de 200 millions de dollars américains3. Selon l'UNICEF, 490 mille enfants sont morts au Mozambique suite aux méfaits de la guerre, 200 mille enfants ont été abandonnés tandis que 10 mille ont été utilisés comme enfants soldats. Plus de 40% des écoles et hôpitaux ont été détruits. Les
2 Rwanda: histoire ] Lire aussi Colette BRAECKMAN. Rapport de la Commission Carnegie de 1997. p.5.

d'un génocide.

Bayard.

1994.

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pertes économiques . 4
amencams "

ont été évaluées à 15 millions de dollars

.

Selon le rapport de la Commission Carnegie, la reconstruction du Koweït après six mois d'occupation irakienne a été évaluée entre 50 et 100 milliards de dollars soit quatre fois le produit intérieur brut du Koweït d'avant l'occupation. Le haut commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés a vu ses dépenses passer de 600 millions de dollars en 1990 à environ 1,4 milliards en 1996 suite à l'augmentation du nombre de réfugiés et de déplacés dans le monde. Le coût des cont1its peut également s'apercevoir à travers les contributions et les budgets des organismes intervenant en cas de conflits armés. Ainsi donc, le budget du CICR a été évalué à 540 millions de dollars américains en 1996. Les organisations religieuses à caractère caritatif et développemental ont financé des programmes à hauteur de 800 millions de dollars en 1995 selon le rapport de la commission Carnegie déjà cité (p.2I). Si on considère les prêts de la Banque Mondiale et les assistances à la reconstruction et au développement, de janvier 1993 à septembre 1997, on peut avoir une certaine idée du coût financier de certains conflits. Ainsi, au cours de cette période, les crédits et assistances à la reconstruction et au développement de la Banque Mondiale à sept pays seulement ont atteint 1169 millions de dollars (Croatie: 265 millions; Cambodge: 237 millions; Angola: 197 millions; Liban: 175 millions; Bosnie: 150 millions; Rwanda: 120 millions et Erythrée : 25 millions).5 Selon le rapport de l'ONG britannique OXFAM sur l'impact des conflits sur le PIB en Afrique (2007), «une guerre ou une rébel1ion dans un pays africain fait chuter de 15% l'activité économique nationale ». Selon le même rapport, citant un document publié par trois ONG, les conflits sur le continent africain entre 1990

4

Voir aussi United Nations children's Fund, State of the world's children 1996. Michael Kranna, ed. The true cost of conflict, New York, the New Press. 1994. Global Humanitarian Emergencies. U .SA' s Mission to the United N ations.1996. 5 World Bank annual report. 1996.

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et 2005 ont eu un impact négatif de 300 milliards de dollars sur le produit intérieur brut des pays touchés par ces conflits.6 A vec ces quelques éléments, on peut se demander quel peut être l'impact du conflit somalien qui dure déjà plus de 17 ans, du conflit mozambicain qui a duré 16 ans, du conflit burundais qui dure depuis 14 ans, du conflit angolais qui a duré 25 ans, etc. sur l'activité économique nationale de ces pays. Si on tient compte de la fréquence des conflits en Afrique, on comprendrait facilement pourquoi ce continent, le plus riche du monde en ressources naturelles, compte le plus de pays pauvres. On peut également comprendre l'effet économique des conflits en considérant le fait qu'après la fin du conflit les perspectives économiques s'améliorent. Ainsi par exemple, dès la fin de la guerre au Rwanda et en Angola, les perspectives économiques de ces pays ont continué à s'améliorer. La Commission Economique pour l'Afrique (Bureau Afrique Centrale) montre que ces pays ont connu des taux de croissance assez élevés de leur PIB en termes réels: respectivement 6, I% et 6,2% en 2002 contre 9% et 7,3% en 20007. Par contre, les pays comme le Burundi et la Centrafrique, qui avaient connu des affrontements armés résultant des tensions sociales et politiques, ont connu une

croissance négative pendant la même période. Pour le Burundi, la
croissance réelle ou négative a été de 1,9% en moyenne entre 1998 et 2002 et la commission projetait ce taux de croissance à moins 0,5% pour l'année 2004. Cela était dû à l'affaiblissement de la capacité de production des structures administratives, la destruction des infrastructures de production et à l'affaiblissement du secteur agricole dont dépend en grande partie l'économie burundaise. Suite aux événements qui avaient marqué l'ordre institutionnel en Centrafrique vers la fin du premier trimestre de 2003, le taux de croissance en terme réel avait été évalué par la commission économique pour 2003 à moins 0,4%. Les tensions sociales et les conflits militaires qui se sont succédé depuis octobre 2002 ont eu pour conséquence la suspension des programmes de coopération des bailleurs.8
6 Infonnation RFI du II octobre 2007. 7 Commission Economique pour l'Afrique (Bureau Afrique Centrale). économies d'Afrique Centrale. Maisonneuve et Larose. 2004. p.35. 8 Commission Economique pour l'Afrique (Bureau Afi-ique Centrale).lbid.

Les

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Même si ces quelques exemples sont loin d'être exhaustifs, ils donnent une idée, ne fut-ce que parcellaire de ce que peut être le coût d'un conflit dans un pays. Ceci parce que les conséquences sont à la fois humaines, économiques, sociales, psychologiques, etc. et peuvent s'étendre sur une longue période après la fin officielle du conflit. C'est donc signifier que les défis à relever pour un pays qui sort d'un conflit sont immenses, immédiats ou conjoncturels, structurels et futurs. Dans ce cas de figure, l'apport de la diplomatie s'avère incontournable et extrêmement important. L'attention de la communauté internationale aux défis d'un pays sortant d'un conflit dépendra fortement de la façon dont sera conduite sa diplomatie et de l'image véhiculée par cette dernière. Pour être efficace, cette diplomatie devra être capable d'attirer la sympathie de la communauté internationale vers le pays. Elle devra entre autre être capable de donner à la communauté internationale une nouvelle perception de l'image du pays. Une perception positive de l'image du pays est primordiale car la guerre véhicule le plus souvent une image tordue du pays. C'est pour cela que la diplomatie d'un pays post conflit a un grand rôle àjouer pour mobiliser les bailleurs et les fonds nécessaires à la reconstruction. L'auteur se propose de se baser sur le Burundi, pays qui a connu une longue période de conflit pour voir quelle peut être une diplomatie plus ou moins appropriée à ce genre de contexte et qui est susceptible de répondre aux nombreux défis générés par des années de conflit. Couteau à double tranchant, la diplomatie peut produire des effets contraires aux résultats escomptés si elle n'est pas conduite de manière efficace et efficiente. C'est donc pour signifier que la diplomatie est un domaine très délicat qu'il faut aborder avec beaucoup de minutie et d'humilité que ce soit pour les praticiens que pour les théoriciens. La délicatesse du domaine de la diplomatie recommande une grande prudence de toute entreprise qui s'y aventure. L'attention exigée est dictée par le fait que la diplomatie travaille avec les paramètres lourds de la galaxi/ qui sont la paix et l'harmonie. La
9 Expression de Tommo Michel MONTHE, diplomate camerounais lors d'un forum diplomatique organisé à l'Institut des Relations Internationales du Cameroun (fRIC) le 4/02/2000.

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maîtrise de ces paramètres est rendue difficile par leur caractère incertain, fluctuant et insaisissable. C'est signifier en filigrane que l'exercice auquel l'auteur de ce document se livre est, bien qu'exaltant, périlleux. D'emblée, il semble opportun de présenter les excuses auprès de ceux dont les attentes ne seront pas satisfaites et les exhorter à apporter leurs contributions et critiques constructives pour élever la connaissance. Bien menée, la diplomatie burundaise permettrait de donner une autre image qui va au-delà des pleurs, des tueries interethniques, de la famine, de la pauvreté, de la corruption, etc. Elle permettrait également d'ouvrir d'autres voies et d'autres horizons qui, malgré leur évidence relative, sont aussi éloignés que changeants. Le monde est devenu plus que jamais globalisé tant il est devenu plus incertain et moins constant. Chacun, comme le dit Voltaire, doit cultiver son champ pour avoir une place au soleil. Dans cette même optique, la diplomatie burundaise doit s'activer et se redynamiser afin d'être à la hauteur des tâches attendues d'elle. Un pays comme le Burundi qui sort d'une longue crise a besoin d'explorer de nouveaux champs et de trouver d'autres connexions. La raison est aussi simple car l'immensité des défis à relever comme la reconstruction socio-économique; la construction et le maintien de la confiance retrouvée, le développement, etc. demande une grande mobilisation tant nationale qu'internationale. Et dans tout cela, la diplomatie joue un grand rôle. Elle devra se réadapter au contexte du pays et du monde dans lesquels ses acteurs sont appelés à travailler. La diplomatie permettra au Burundi de nouer des liens adaptés à la spécificité du contexte burundais. Le Burundi sort progressivement d'un long conflit armé qui s'est caractérisé par une grande ampleur

des atrocités et des destructions10. JI faudra donc reconstruire le pays,
les infrastructures, redresser l'économie nationale, lutter contre les maladies endémiques et dont la vitesse de propagation a été accélérée.

10Au sortir de la crise, les chiffres avancés portent à 300.000 le nombre des victimes civiles dans tout le pays et de 12.000 maisons détruites dans la seule ville de Bujumbura.

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L'arrêt définitif des confrontations annéesl! signifie que le combat va se localiser sur un autre champ avec d'autres acteurs que sont les diplomates. Bien que ces derniers aient toujours été là, leur travail était souvent entravé par les incertitudes générées par la persistance du conflit. Actuellement que le ciel burundais s'éclaircit progressivement, le diplomate burundais peut se déployer avec sûreté et assurance sur la scène internationale. Dans cette même optique, l'acteur militaire d'hier sera toujours d'un grand apport à l'action du diplomate car les deux restent complémentaires aussi bien en temps de paix qu'en temps de guerre. Il est important que toutes les couches de la population burundaise puissent contribuer pour donner un nouvel élan à leur pays. La grandeur du Burundi pourrait donc se confinner par la capacité de transformer ses forces destructrices en facteurs de reconstruction du pays. La diplomatie sera donc indispensable pour ouvrir de nouvelles perspectives et nouvelles connexions susceptibles d'aider à cette métamorphose. Celle-ci demande un savoir-faire, des moyens techniques, financiers et humains, qu'il faut trouver ailleurs. Cela ne se fera pas, comme on peut s'en douter, par la contrainte des annes mais par la capacité de convaincre et de séduire de la diplomatie burundaise. Cela évidemment nécessitera une certaine permanence de la réflexion pour pouvoir s'adapter aux perpétuelles mutations de la société internationale. Cet ouvrage se veut donc être une contribution, quoique modeste, à cette réflexion qui ne sera sûrement pas inutile. Il procède d'un long questionnement qui taraude et hante l'esprit de l'auteur de cet ouvrage depuis déjà quelques années. La motivation s'est trouvée accrue par deux séjours qui lui ont été d'un grand apport: le séjour de cinq ans à l'Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIe) lui a pennis d'acquérir certaines notions et connaissances utiles dans le domaine des relations internationales en générale et celui de la diplomatie en particulier. Le séjour au Ministère de s Relations Extérieures et de la Coopération Internationale lui a donné l'occasion de voir de près et de constater certaines réalités de la diplomatie burundaise. Certaines de ces réalités appellent des ajustements tandis que d'autres demandent de profondes mutations.

11La signature de l'accord global de cessez-le-feu entre le FNL-PALIPEHUTU gouvernement du Burundi le 7 /912006 présage la fin des hostilités.

et le

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L'autre fait qui a attiré son attention est le laxisme ambiant qui s'observe dans bon nombre de domaines de la vie publique burundaise et une phobie caractérielle de la majorité des Burundais de l'écriture et de la lecture. Il est particulièrement touchant de constater que même ceux qui sont passés par l'école accordent très peu d'importance à la lecture pour stimuler leur réflexion. Cela justifie peut-être l'absence d'écrits non seulement sur la diplomatie burundaise vieille de plusieurs dizaines d'années, mais aussi sur d'autres domaines de la vie publique burundaise. Est-ce que les Burundais veulent rester dans la tradition orale? Ou peut-on penser que la pauvreté matérielle conduit à la pauvreté intellectuelle ou vice versa? Il semble en effet que les trivialités et les vicissitudes de la vie quotidienne résultant de plusieurs années de crise occupent le gros des journées de beaucoup de Burundais au détriment de l'égarement intellectuel. 12 A. DEFINITION DES CONCEPTS CLES Avant d'entrer dans le vif du sujet, une petite diversion semble opportune. Elle permettra de faire un petit plongeon dans les généralités dont l'objet ultime sera de faciliter la compréhension de certains concepts. Ces généralités permettront également de justifier ]a démarche adoptée. Celle-ci consiste en effet à partir des généralités pour aboutir à une casistue. 1. Diplomatie De la complexité du concept découle sa fécondité et cela explique probablement l'extensibilité de sa définition. Simplement définie, la diplomatie est la manière de conduire les affaires extérieures d'un sujet de droit international (Etats et organisations internationales) à travers les moyens pacifiques comme la négociation. Cell e-ci permet le rapprochement des points de vue divergents sans faire recours à l'usage de la force et sans chercher à imposer sa propre volonté à son partenaire. De ce point de vue, il y a risque de se convaincre que l'usage de la contrainte est exclu du champ de la diplomatie. Dans les faits, il y a lieu de se rendre compte que les stratégies et les tactiques utilisées peuvent renvoyer à la contrainte et donner une certaine direction à la négociation.
12 Jean François BA Y ART, Illusion identitaire. Paris, Fayard, 1996.

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Dans le sens plus large, la diplomatie se définit comme un instrument des Etats dans leurs relations mutuelles. De ce fait elle constitue une expression de puissance, d'intérêt. C'est non seulement un moyen de communication entre Etats et autres acteurs non étatiques mais aussi un moyen d'exploration du monde extérieur. La diplomatie offre donc aux Etats et aux acteurs non étatiques des moyens de déploiement dans le monde via diverses connexions. Etant donné que la diplomatie se déploie dans le monde en perpétuelles mutations, elle doit par conséquent être dynamique pour s'adapter aux rapides transformations dont la société internationale fait l'objet. Elle doit donc continuer à s'étendre en espace, en densité et en enjeux. D'après l'Oxford, «la diplomatie est la conduite des relations internationales par voie de négociation; la manière dont les relations sont réglées par les ambassadeurs et les envoyés; l'activité ou l'art du diplomate N. Le Petit Larousse Compact (2002) définit la diplomatie comme: science, pratique des relations internationales; carrière, fonction d'un diplomate; ensemble des diplomates; habileté, tact dans les relations avec autrui. Si l'on considère la diplomatie dans son acception la plus globale, elle peut se définir comme la recherche de voies et moyens en vue de l'aboutissement des objectifs de la politique extérieure d'un Etat ou d'une organisation. En tant que telle, la diplomatie obéit à des règles, qui, bien que préétablies, laissent une liberté de manœuvre et d'initiative dans sa mise en œuvre. Certains analystes comme Henry Kissinger13 disent que la diplomatie est un art, une science, une technique et une carrière. En tant que telle, elle doit être exercée par des professionnels pour qu'elle soit porteuse de résultats satisfaisants. Cela se justifie par le fait que la diplomatie est, quoique exaltante, hérissée d'embûches et pleine de mystères. C'est d'ailleurs pour cette raison que le choix de diplomates qui représentent un pays à l'étranger doit être judicieux. Il
13 Henry Kissinger,

Diplomatie.

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y a des qualités qui doivent guider ce choix. Ainsi et selon HAROLD Nicholson, un bon diplomate se caractérise entre autres par : la sincérité: c'est-à-dire qu'on ne doit pas douter de lui ou de sa parole; l'exactitude: c'est-à-dire qu'il doit être précis dans ses paroles, confirmer par écrit, etc. la loyauté: envers soi-même, son Etat et son pays d'accueil; la modestie: c'est-à-dire la réserve en tout et même dans l' habillement; le sangfroid: c'est-à-dire rester d'humeur égale; la patience: c'est -à -dire éviter l'énervement; le bon caractère; Il faut noter que la liste des qualités proposée par Nicholson est loin d'être exhaustive car il semble impossible de faire un inventaire complet des qualités d'un diplomate. On peut donc ajouter qu'un bon diplomate doit être bien formé et informé; il doit posséder une vaste culture générale; il doit être discret, réservé et courtois; avoir un jugement sain et froid, savoir écouter et savoir se taire quand il le faut. Nicholson dit que {(c'est quand on a quelque chose à dire qu'il faut savoir se taire ».Un bon diplomate doit toujours tenir un langage modéré et ne doit pas marquer des sympathies passionnées et des antipathies violentes. Et le même auteur d'ajouter que« ce qui est trois fois nécessaire au diplomate c'est le tact». Voici comment Nicho1son résume les qua1ités d'un bon diplomate: intelligence, savoir, discernement, prudence, hospitalité, charme, savoir-faire... Il faut savoir que l'acquisition de toutes ces qualités demande du temps et surtout une volonté d'apprendre. Il semble que la minutie et la rigueur exigées dans le choix de diplomates pour représenter le pays seraient dictées par la nature des fonctions qu'il est appelé à exercer. Ainsi, les fonctions attendues d'un chef de mission sont: - la représentation de l'Etat accréditant; - la protection des intérêts de l'Etat accréditant et de ses ressortissants; - l'information par des moyens licites des conditions et de l'évolution des événements dans l'Etat accréditaire ; - la négociation avec l'Etat accréditaire ;

19

- la promotion des relations amicales, économiques, scientifiques, etc. * La représentation

culturelles,

L'Ambassadeur représente le chef d'Etat et le gouvernement de son pays. Il reçoit un mandat formel pour agir au nom de son gouvernement. Les lettres de créance précisent bien cette fonction. L'Ambassadeur est l'intermédiaire officiel et permanent entre son gouvernement et l'Etat de résidence. Pour mieux accomplir cette tâche, le diplomate doit maîtriser la politique de son pays et les grandes lignes de son gouvernement, ses objectifs économiques et sociaux, ses ambitions et ses limites, les textes et lois organiques ainsi que d'autres instruments susceptibles de l'aider à convaincre les partenaires, bref connaître son pays de fond en comble. C'est en effet à travers lui qu'on juge son pays et pour cela, il doit être un homme ou une femme irréprochable, choisi(e) avec soin. Dans sa vie privée et publique, il ou elle doit inspirer respect et considération. S on Excellence Pierre Nkurunziza abonde dans le même sens quand il s'adresse aux diplomates burundais en ces termes: votre mission requiert de grandes qualités de délicatesse, d'intelligence, d'attention soutenue, d'amour du travail concerté et harmon ieux et de dynamisme hors du commun14. Un aspect important de la représentation concerne la cohabitation entre agents de la représentation diplomatique. Il est très mal perçu et mal apprécié quand les agents d'une même représentation diplomatique passent leur temps à s'insulter ou à bagarrer. Il a été constaté des cas où le chef de mission et certains de ses collaborateurs se livrent à un jeu ridicule de se calomnier. Il est même arrivé que des collaborateurs d'une même représentation diplomatique s'échangent des coups de poings. Cela n'entache pas seulement les acteurs directs mais aussi et surtout le pays qu'ils représentent. C'est à travers les petits faits et gestes, même les plus anodins, que le monde se fait l'image du pays. C'est donc dire que les agents d'une représentation diplomatique doivent faire des efforts pour rester unis, essayer d'aplanir les divergences qui peuvent surgir
]4

Voir le discours du Président Pierre Nkurunziza lors de l'ouverture du séminaire de formation des diplomates burundais le 20 juin 2006.

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entre eux pour l'intérêt de la nation qu'ils représentent. Non seulement l'image du pays en souffre mais aussi et surtout le travail en pâtit et par ricochet le rendement même de la représentation diplomatique. C'est pour cela que le Président de la République dit, lors de son discours déjà cité, nous voulons des diplomates épanouis, actifs et fiers de représenter le Burundi. L 'honorabilité méritée est une autre manière de bien refléter l'image du pays.

*La protection L'un des devoirs essentiels de l'Ambassadeur est de protéger les ressortissants, le commerce et la navigation de son pays. Il doit être vigilant et s'assurer que les intérêts des ressortissants de son pays ne sont pas lésés et que les accords commerciaux sont scrupuleusement respectés. La convention de Vienne du 24 mars 1963 (article 5) sur les relations consulaires contient une longue énumération des cas de protection des Etats et de leurs ressortissants. La protection des intérêts doit cependant se faire dans lajustice et avec modération. Les rapports faits à ce sujet doivent être objectifs et modérés car une mauvaise appréciation peut avoir de graves conséquences. *L'information L'information est un élément essentiel de l'activité diplomatique. L'Ambassadeur doit faire connaître, correspondre et admettre la politique de son pays par le gouvernement du pays accréditaire. Il doit d'une part, renseigner son gouvernement sur la politique de son pays d'accueil. Les renseignements fournis par l'Ambassadeur permettront à son gouvernement de définir, rectifier sa politique vis-à-vis du pays accréditaire. Il doit prévenir son gouvernement de ce qui va se passer dans son pays d'accréditation. Il va donc sans dire que pour mieux informer, il faut que l'Ambassadeur lui-même soit bien informé. C'est une fonction importante car le manque d'information crée des blocages et des incohérences. Les informations récoltées doivent être communiquées en temps utile pour permettre une réaction ou action ou permettre d'envisager des stratégies adaptées à la situation.

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La recherche de l'information doit se faire par tous les moyens licites: lecture de la presse locale et internationale, entretien avec les fonctionnaires des Affaires Etrangères, avec les diplomates, avec des personnalités diverses, par des visites dans le pays d'accueil, etc. Le diplomate peut aussi inviter chez lui les collègues diplomates et amis et profiter de ce moment pour recueillir les informations dont il a besoin. A ce propos, Machiavel dit que pour être informé, il faut attirer chez soi par des bons repas. Une fois obtenues, les informations doivent être froidement analysées et un rapport est fait au pays accréditant: c'est là le vrai travail du diplomate: réflexion, pondération, prévision des événements, découvertes des motifs et des fins. Il faut enfin savoir que l'Ambassadeur est la meilleure source pour obtenir des informations sur son pays. Il sera en tout état de cause souvent sollicité par ses collègues, des officiels et des privés du pays accréditaire pour obtenir des informations sur son pays et c'est au diplomate de savoir quelle information donner à son interlocuteur. *La négociation La première des tâches permanentes d'un Ambassadeur est de veiller à la qualité des relations entre le pays de résidence et le pays d'envoi. Il doit faire en sorte que les relations d'amitié et de coopération se développent et se maintiennent entre les deux parties. La complexité des relations entre les Etats appelle un ajustement permanent de ces relations. La négociation est la recherche par la voie pacifique d'accords transactionnels et honorables. La négociation est l'une des tâches les plus passionnantes de tout diplomate et c'est là, semble-t-il qu'il peut trouver son épanouissement. La négociation est un art qui fait appel à des dons innés mais c'est aussi une technique qu'on peut apprendre. En bref, on peut dire que la mission essentielle d'un diplomate est la négociation. *La promotion des relations amicales La promotion des relations amicales, économiques, culturelles et scientifiques notamment sont des préoccupations permanentes de toute mission diplomatique. Dans ce même ordre

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d'idées, les autorités de l'Ambassade initient des contacts avec les milieux d'affaires dans le pays d'accréditation pour promouvoir les échanges commerciaux entre leur pa ys et l'Etat accréditaire. Les échanges culturels et interuniversitaires sont aussi des sujets d'attention de la mission diplomatique. Bref, l'une des préoccupations majeures de tout chef de mission et ses collaborateurs est d'éviter autant que possible tout acte pouvant nuire aux relations entre l'Etat accréditaire et l'Etat accréditant.
2. Politique étra ngère

Selon Marcel Merle1s, la politique étrangère peut être définie comme une politique publique et comme une politique particulière. Politique publique car: elle se distingue d'abord et avant tout par un ensemble de mesures; par un contenu et une substance qui lui est propre; elle contient ensuite des éléments de décision ou d'allocation dont la nature est plus ou moins autoritaire; elle désigne un cadre général d'action formant davantage l'addition d'actes isolement considérés: son existence ne présuppose pas nécessairement une stratégie globale continue; elle affecte par son contenu et par son impact un certain nombre d'individus, de groupes et d'organisations dont les positions, les intérêts, les situations ou les comportements vont être changés dans un sens ou dans l'autre; les actes qui fondent la politique étrangère sont présumés renvoyer à des orientations explicites ou implicites, manifestes ou latentes. Politique particulière car elle est celle dont les limites sont les plus floues et dont le contenu est le plus vaste. La politique étrangère se réfère donc à tout ce que les acteurs publics décident de faire ou de ne pas faire au plan international par voie bilatérale ou multilatérale. Selon BACHARATZ et BARATZ16, elle correspondrait à une constellation d'actions et non-actions. Simplement définie, la politique étrangère est la partie de l'activité
15 Marcel Merle, « La politique étrangère» in Traités de science politique sous la direction de J. Leca et Madeleine Grawitz. PUF, 1982, tome 4. 16 Michael Bacharatz et Chris Baratz« Non-action in political process» in American journal o/sociology n021 du 3 juin 1963.

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étatique qui est tournée vers l'extérieur (Merle 1984 :7). Ene est en effet l'activité par laquelle les Etats agissent, réagissent et interagissent dans le système international. On comprend donc qu'une action de politique étrangère peut émaner d'un Etat qui l'initie ou se poser en réaction par rapport à l'initiative d'un autre Etat ou d'une organisation internationale. Pour les Anglo-Saxons comme Evelyne Dufaultl7, le concept revêt deux niveaux: un niveau supérieur qu'ils appenent high politics comprenant principalement la défense et la sécurité, éléments considérés comme étant le fondement de l'intérêt national des Etats. Pour ce qui est du niveau inférieur, Dufault écrit que les questions de low politics font partie de la routine diplomatique et ne touchent aucune des grandes questions traditionnellement considérées comme remettant en cause l'existence même de la nation. Les thèmes couverts par ce deuxième niveau incluent entre autres l'économie. Evidemment cette classification ou stratification des domaines couverts par la politique étrangère est de plus en plus remise en doute. Les critiques formulées à cet effet s'appuient sur l'importance toujours croissante que prend l'économie dans la conduite de la politique étrangère des Etats. Actuenement, La politique commerciale guide et parfois tend à dominer l'orientation des actions de politique étrangère des Etats. La dissociation des domaines de politique étrangère en deux niveaux selon leur degré d'importance tend de plus en plus à céder de la place à ce que les analystes appellent issue area. Cela signifie que la politique étrangère se déploie secteur par secteur, et selon les besoins du moment sans hiérarchisation des enjeux, ceci parce que ce qui est prioritaire aujourd'hui peut ne pas l'être demain, de même que ce qui n'était pas stratégique il y a dix ans peut s'avérer hautement stratégique aujourd'hui. Il semble même que la nécessité de subvenir à certains besoins ou à combler certaines lacunes pousse les Etats à donner de nouvenes orientations à leur politique étrangère.

17

Evelyne

Dufault.

Politique

étrangère,

Université

du Québec

à Montréal,

200 I.

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On se rend de plus en plus compte que la politique étrangère tend à diversifier ses thèmes et élargir son champ d'intérèt au-delà des traditionnels thèmes de défense et de sécurité. L'apparence trompeuse de l'adjectif étrangère pourrait faire croire que la politique étrangère, qui n'est autre que l'ensemble des principes et règles qui dirigent l'action d'un Etat hors de ses frontières, n'a pas de rapport avec la politique intérieure ou la politique publique. Pourtant et malgré les spécificités en termes d'enjeux, on ne peut en aucun cas dissocier les choix politiques extérieurs des choix politiques intérieurs d'un Etat. Selon Default18, l'analyse de la politique étrangère cherchera à expliquer les actions de l'Etat, les motivations et les objectifs des décisionnaires, le contenu de la politique, le processus de prise de décision lié à une action spécifique ou les résultats de ces actions. Ainsi, l'analyse réaliste de la politique étrangère repose sur la notion d'intérêt national pouvant englober entre autres: l'indépendance et la souveraineté nationales, l'intégrité territoriale, la sécurité militaire et le bien-ètre économique. La formulation de la politique étrangère s'efforcera à définir l'intérèt national et à préciser des stratégies pouvant faciliter l'atteinte et la préservation de cet intérèt national. Pour les tenants de l'analyse bureautique de la politique étrangère comme Graham Allison T. et Zelikow Philip D.19, la décision de politique étrangère est perçue comme un compromis issu d'un jeu de négociation entre plusieurs acteurs. Cette approche vise à expliquer les décisions de politique étrangère en mettant l'accent sur le jeu des acteurs bureaucratiques impliqués dans le processus de décision. Cela signifie en filigrane que l'appartenance bureaucratique ou organisationnelle détermine en partie la position que les acteurs de la décision adopteront vis-à-vis de l'enjeu qui les préoccupe. C'est enfin de compte dire que les décisions de la politique interne ou publique sont intrinsèquement liées à celles de la poJitique étrangère et s'influencent mutuellement2o. Une décision de politique interne à un Etat peut avoir des implications non seulement au niveau
Ibid. 19 Allison Graham et Philip D Zelikow, «l'essence de la décision. Le modèle de l'acteur rationnel)} in Cultures et conflits, 1999. 20 Voir aussi l'article de Robert D. Putnam, «Diplomacy and Domestic Politics: the logic of Two-level game}) in Internationanal organizations, 1988, pp. 427-460.
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de sa politique étrangère mais aussi au niveau de la communauté internationale. Cela est d'autant plus vrai que c'est dans l'ordre interne que sont nés les grands conflits mondiaux. Ainsi, le problème dit Banyamurenge, population congolaise d'origine rwandaise, a provoqué une guerre que d'aucuns qualifient de guerre africaine compte tenu du nombre de pays qui y ont pris part21. On se souviendra aussi que le conflit interne burundais a eu des répercussions sur les voisins jusqu'à provoquer des tensions graves22. De même, le problème de la partie soudanaise du Darfour dont les conséquences s'étendent sur le Tchad n'a pas manqué de ternir les relations entre les deux voisins à un certain moment. L'idée d'envoyer une force des Nations Unies qui remplacerait la force de l'Union Africaine a provoqué beaucoup de tensions entre le Soudan et les Occidentaux. Plus loin du continent, on se souviendra des troubles et manifestations antijaponaises en Chine suite à l'option japonaise de réécrire son histoire. A première vue, on pouvait se dire que cela ne concernait que les seuls japonais mais voilà que la Chine s'est retrouvée choquée du choix des Japonais qui renie une partie d'une histoire commune. Le même exemple prouve à suffisance que les choix internes d'un Etat peuvent avoir des répercussions sur la scène internationale. Ainsi, en réaction au choix japonais de réécrire l'histoire du pays, la Chine a entrepris des démarches pour priver le Japon du soutien de certains Etats à sa candidature au siège permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Il y a donc risque que les rivalités entre les deux géants asiatiques se transposent aux Nations Unies au risque d'affecter tout le système mondial. La Chine veut que son voisin assume ses actions pendant la période d'occupation japonaise et porte sa dette morale. La partie chinoise constate que la ré écriture de I'histoire du Japon éclipse certaines réalités et considère cela comme une fuite de responsabilité. L'idée véhiculée en filigrane est peut-être celle d'une réparation, ce qui relancerait les débats voire même les hostilités. C'est en définitive dire que fermer les yeux sur certains actes internes aux Etats telle que la répression, l'oppression ou l'humiliation d'une
21 Rwanda, Ouganda, Angola, Zimbabwe, Namibie, RDC, Tchad (officiellement déclarés). 22 La RDC et la Tanzanie ont été toujours pointées du doigt par le Burundi qui les accusait d'abriter les rebelles burundais.

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partie de la population peut s'avérer préjudiciable à la stabilité du système mondial. Il suffira que ces actes se produisent dans un Etat ou une région d'intérêts stratégiques pour que les grandes puissances se mettent à la défensive pour éviter que leurs intérêts ne soient en aucune manière entamés. Cela a été beaucoup plus perceptible pendant la période bipolaire où les deux superpuissances se combattaient par alliés interposés. Dans la plupart des cas, ce sont les choix internes qui déterminent les choix de politique extérieure et à ce niveau, la diplomatie n'est plus loin pour s'imposer comme élément incontournable. Comme l'affirment BREWSTER et C. DENNy23, les questions de politique étrangère et de politique interne sont inextricablement liées. Ainsi par exemple, lorsque d'importants changements de politique étrangère furent envisagés en 1948, le gouvernement Truman évalua soigneusement leurs effets possibles sur l'économie nationale ainsi que les objectifs de la politique étrangère et de la sécurité américaine- c'est-à-dire les coûts domestiques par rapport aux avantages en politique étrangère24. En tant que règles et principes guidant l'action d'un Etat hors de ses frontières, le rapport avec la diplomatie devient plus évident. Cependant, même si diplomatie et politique étrangère sont étroitement liées, complémentaires et indispensables l'une à l'autre, une distinction importante existe entre les deux. C'est en effet la diplomatie qui servira de canal pour qu'un Etat se déploie sur la scène internationale. Elle constitue un outil de mise en œuvre des choix stratégiques et politiques d'un Etat. C'est donc cette interconnexion qui rend quelques fois difficile la dissociation des deux concepts. Il s'est donc avéré nécessaire de les définir tous les deux dans cet ouvrage. 3. Puissance A défaut d'une définition toute faite et bien précise, une meiIJeure approche de la puissance se veut être une combinatoire de ses facteurs originaires et dérivés. Les facteurs originaires incluent la
23 Brewster et C. Denny, La politique étrangère américaine cohérence, The university of Illinois, Economica, 1988. p. JO. 24 Ibid, p. 24. ou l'obligation de

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géographie et la démographie. De ce seul point de vue, on pourrait affirmer que la Chine, les Etats-Unis d'Amérique, la Fédération de Russie sont effectivement des puissances. Mais ces facteurs ne suffisent pas à eux seuls pour être déterminants. Le contre exemple viendrait de la ROC qui a un grand territoire avec un sous-sol très riche mais qui ne peut pas être classée comme puissance. C'est pour cela qu'il faut considérer d'autres facteurs dits dérivés. Ceux-ci sont d'ordre technologique, économique, idéologique, informationnel, organisationnel. Pour certains, il suffit d'avoir une armée et des armements perfectionnés pour être considéré comme puissance oubliant que la force seule ne suffit pas pour faire d'un Etat une puissance. Il faut qu'elle soit conjuguée avec d'autres facteurs. Ceci amène à faire une distinction entre la puissance basée sur les armements et la force militaire: hard power (puissance dure) et celle basée sur d'autres facteurs comme la capacité organisationnelle, le leadership intellectuel, la technologie, la capacité de convaincre: soft- power (puissance douce). C'est dire qu'une vraie puissance doit combiner le soft et le hard power. C'est le cas des Etats-Unis d'Amérique dont la puissance est basée sur la combinaison des facteurs originaires et des facteurs dérivés que ce soit le militaire, l'économique, l'idéologique, le géographique, le leadership intellectuel et la capacité organisationnelle. C'est d'ailleurs la combinaison réussie du hard et du soft power qui fait durer la prépondérance états-unienne. La définition fournie par Alain Plantey tient aussi compte de cette combinaison utile: donnée fondamentale des rapports entre les peuples, la puissance est la force mise au service d'une puissance et d'une volonté. Elle est de nul efJet sans la résolution et le courage de l'employer, c'est-à-dire sans une énergie qui peut n'être que latente mais doit contenir un potentiel suffisant a l'effet prévisible. Capacité d'imposer une présence, une autorité, voire une prépondérance dans l'équilibre des différents éléments qui constituent une société, la puissance contient une tension vers l'acte: «elle est en permanent devenir et pose donc la question de sa finalité.25

25 Alain Plantey. Principes de diplomatie. p.46.

Paris, Pédone, 2000, Nouvelle édition,

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