Vers une africanisation des opérations de maintien de la paix
231 pages
Français

Vers une africanisation des opérations de maintien de la paix

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231 pages
Français

Description

L'avenir des opérations de maintien de la paix (OMP), en Afrique particulièrement, passe définitivement par un partenariat entre l'Organisation des Nations unies et l'Union africaine. Les avantages pour les Etats africains sont immenses puisqu'ils vont prendre en compte leur propre sécurité. L'Afrique entre ainsi dans le grand jeu international grâce à une alliance de fait avec l'ONU. Ce livre vise à démontrer l'évolution de cette politique à la fois onusienne et africaine.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 12 février 2019
Nombre de lectures 17
EAN13 9782140113444
Langue Français
Poids de l'ouvrage 12 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait







VERS UNE AFRICANISATION
DES OPÉRATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX



















Collection « Stratégies africaines de sécurité »
Collection dirigée par le Général Bruno Mignot

Le contexte international sécuritaire impose à l’Afrique de
développer sa propre pensée stratégique.
Avec le soutien de l’Institut français THEMIIS, le Collège
des hautes études de stratégie et de défense (CHESD) à
Kinshasa développe des programmes de formation et de
recherche de très haut niveau. Leur ambition est d’amener les
dirigeants civils et militaires de la Défense et de la Sécurité
intérieure aux meilleurs niveaux de leadership des grands
responsables internationaux, de diffuser l’esprit de défense dans
leurs sociétés respectives et, ce faisant, de renforcer la résilience
de leurs pays.
Dans un monde en pleine mutation, l’Afrique innove et ses
acteurs sécuritaires ne sont pas en reste.
La collection « Stratégies africaines de sécurité » vise à
valoriser le fruit de leurs réflexions sur les questions de
stratégie, de défense et de sécurité, sous un prisme totalement
africain.


Déjà parus

Peer DE JONG (dir.), G5 Sahel, une initiative régionale
pour une nouvelle architecture de paix, 2018.
Général Didier ETUMBA LONGILA, Général Dieudonné
AMULI BAHIGWA, Général Célestin MBALA MUNSENSE,
Général Delphin KAHIMBI KASAGWE, Approches croisées
sur la République démocratique du Congo. Travaux du
Collège des hautes études de stratégie et de défense, 2017.

Sous la direction de
Peer de Jong





Vers une africanisation
des opérations
de maintien de la paix



Contributions émanant d’une synthèse du colloque
organisé le 4 juin 2018 à l’UNESCO (Paris),
renforcées par des travaux de recherche





























































© L’Harmattan, 2019

5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-16700-8
EAN : 9782343167008 SOMMAIRE

Préambule………………………………………………………...11
Tiéman COULIBALY, ex Ministre des Affaires étrangères
et de la coopération internationale de la République du Mali
(2012 à 2013 et 2017 à 2018)

INTRODUCTION
Vers une africanisation des opérations de maintien de la paix,
invariants et perspectives…………………………………………19
Peer de JONG, Vice-président de l’Institut Themiis

PREMIERE PARTIE : LES OMP VERS LE CHANGEMENT
La réforme de l’ONU, orientations et place de l’Afrique dans cette
réflexion………….………………………………………………61
Jean-Pierre LACROIX, Ambassadeur, Secrétaire général adjoint
de l’ONU aux opérations de maintien de la paix
Maintien de la paix et forces africaines francophones, dimensions
politiques et opérationnelles..……………………………….……71
Général de division (2S) Jean BAILLAUD, Directeur des relations
avec les Nations unies à l’Institut Themiis, commandant de Force
adjoint de la MONUSCO de 2013 à 2016
Les ambitions africaines en appui de l’ONU dans les opérations de
maintien de la paix..………………………………………………81
Basile IKOUEBE, Représentant spécial de l’Union africaine,
ancien ministre des Affaires étrangères de la République du Congo
De la nécessité d’un changement dans les opérations de maintien de
la paix, réponse aux nouveaux défis………………………………87
David GRESSLY, Représentant spécial adjoint pour les opérations
et l’Etat de droit au sein de la MONUSCO

- 7 -
DEUXIEME PARTIE : LA PRISE DE CONSCIENCE
La participation aux opérations de maintien de la paix, un enjeu de
politique publique pour les Etats africains..………………………95
Sonia LE GOURIELLEC, Maître de conférences en science
politique à l’Université catholique de Lille
Poids des Etats francophones et des organisations régionales dans la
problématique de réforme du maintien de la paix………………123
Général de corps d’armée (2S) Babacar GAYE, ex Représentant
spécial du Secrétaire général de l’ONU en République
centrafricaine et ancien chef d’état-major général des armées de la
République du Sénégal
De l’exclusion à la participation active : la success story de la
Mauritanie dans les opérations de maintien de la paix…………129
Ahmed Ould TEGUIDI, ex Ministre des Affaires étrangères et de la
coopération de la République Islamique de Mauritanie
TROISIEME PARTIE : PISTES POUR LE CHANGEMENT
L’appui de la francophonie, place des Etats francophones………135
Hervé LADSOUS, ex Secrétaire général adjoint de l’ONU aux
opérations de maintien de la paix, conseiller spécial de la
Secrétaire générale de la Francophonie
Quelles solutions pour améliorer l’efficacité des forces en opération
de maintien de la paix ? Pour une approche sociétale………..…139
Docteur Niagale BAGAYOKO, Présidente de l’African Security
Sector Network
Pour une stratégie nationale de contribution aux opérations de
maintien de la paix de l’ONU…………………………………..157
Gérard HAUY, Consultant indépendant, spécialiste de la
génération de force ONU
La Police des Nations unies et ses Unités de police constituées (UPC
/ FPU), une autre « force » au service du maintien de la paix…....173
Colonel (er) Dominique DUVAL, Directeur des programmes mer
et police à l’Institut Themiis
- 8 -Vers une nouvelle privatisation des opérations de maintien de la
paix ?……………………………………………………………191
Arthur BOUTELLIS, Senior Adviser, International Peace Institute
à New York
Global X, une initiative politique francophone / française portée par
des entreprises privées……………………………………..……213
Laure STEINER, Institut Themiis, en charge des bailleurs de fonds
internationaux

CONCLUSION
Le questionnement sur les évolutions du maintien de la paix :
un phénomène ancien…………………………………...………223
Jean-Marc CHATAIGNER, Envoyé spécial pour le G5 Sahel


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PRÉAMBULE

Tiéman COULIBALY
ex Ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale
de la République du Mali (2012 à 2013 et 2017 à 2018)

Membre du gouvernement malien depuis 2012, et
ancien chef de la diplomatie malienne, Tiéman
Hubert Coulibaly a été auparavant ministre des
Domaines de l’Etat, des Affaires foncières et du
patrimoine, de la Défense et des anciens combattants,
et ministre de l’Administration territoriale. Chef
d’entreprise et administrateur de sociétés dans
plusieurs secteurs au Mali et dans d’autres pays de
la CEDEAO avant d’occuper des fonctions
gouvernementales, il est président de l’Union pour la
démocratie et le développement (UDD) depuis 2010.

Je remercie l’Institut Themiis pour son accueil à Paris à
l’occasion de ce colloque important sur le maintien de la paix.
Nous autres, politiques, apprenons au côté des spécialistes et
essayons d’agir dans notre sphère, de manière à conforter tout cela,
et à conforter l’esprit qui a prévalu, il y a soixante-dix ans, lors de
l’envoi de la première mission de maintien de la paix, en Palestine.
Et soixante-dix ans après, il est évident qu’il faut réfléchir et
analyser ce qui a été fait. Il y a eu soixante et onze missions depuis
le début des opérations de maintien de la paix (OMP), dont une
quinzaine est encore active, dont trois en Afrique francophone, focus
de notre colloque aujourd’hui. Nous sommes obligés d’analyser
l’évolution des paradigmes. En parlant de maintien de la paix, l’idée
sous-jacente, c’est la guerre. Quels sont les guerres ou les risques de
guerre qui ont conduit les Nations unies à initier ces opérations
salvatrices ? Comment les conflits ont-ils évolué jusqu’à nous
aujourd’hui ? Quelles sont les dynamiques qui ont façonné le monde
et certaines régions particulières qui abritent les foyers de conflit les
plus virulents ? Tout cela doit être analysé. J’ai écouté très
attentivement le Secrétaire général de l’ONU qui était à Bamako il
y a quelques jours, et qui, avec toute l’honnêteté et la franchise qui
- 11 -
le caractérisent, a effectivement établi que beaucoup de choses
avaient changé et que les Casques bleus se retrouvaient dans un
environnement complexe, et bien souvent très loin de l’esprit et des
paradigmes qui ont prévalu au concept même de Casque bleu. Les
Casques bleus, ce sont les soldats de la paix, chargés de maintenir la
paix, donc une situation qui est considérée comme pouvant être
obtenue. Et ayant obtenu la paix, ils sont chargés de la maintenir. On
a raison de parler de contingences politiques et opérationnelles.
Parce que ce sont les deux concepts qu’il faut absolument analyser
quand nous arrivons à de tels débats.
L’Afrique francophone, qui reçoit trois missions, présente des
conflits qui sont différents non seulement dans leurs origines, dans
leurs manifestations, mais aussi dans leurs évolutions. Ils ne peuvent
pas être traités de la même manière. Les méthodes pour faire face à
ces conflits ne peuvent pas être les mêmes. Le Congo est un cas
particulier. Pendant longtemps, l’ONU a dû revoir plusieurs fois sa
copie au Congo et a dû, à certains moments, agir de manière
différente de ce qu’elle avait l’habitude de faire, pour s’adapter au
contexte. Le cas de la Centrafrique est aussi particulier. Les conflits
n’ont pas les mêmes origines, pas la même nature, n’évoluent pas de
la même façon. Et surtout, l’Afrique étant plurielle, les populations,
donc les acteurs des conflits, n’agissent pas de la même manière,
n’ont pas le même rapport à la violence, au dialogue. Cela est
extrêmement important.
Le Mali est lui aussi spécifique, l’univers sahélien étant des plus
complexes. Un conflit, ce sont d’abord deux volontés qui
s’opposent. C’est cela, le début de la guerre : avant le déploiement
des troupes, le crépitement des armes, il y a d’abord deux volontés
qui s’opposent. Le cas du Mali peut être considéré aujourd’hui
comme la mission qui a le plus coûté en vies humaines. Depuis
l’aube de notre République, dans les années 60, nous avons connu
des conflits territoriaux, des conflits d’affirmation identitaire, des
conflits de revendications à davantage d’intégration, davantage
d’intérêt. Ces devraient par moment être mieux
considérées par les acteurs politiques. Mais l’épisode qui nous
occupe depuis 2012 a mêlé une déstabilisation des institutions de la
République, puis un déferlement de forces terroristes, ayant été
préparées ailleurs et ayant trouvé sur notre territoire un dispositif qui
existait depuis le début des années 2000, fruit d’un autre processus
- 12 -sur un autre territoire. Ce qui fait que l’approche de la situation au
Mali est particulière. Pour faire court, nous, Maliens, avons trouvé
nous-mêmes des solutions avec la CEDEAO (Communauté
économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) pour arrêter le coup
d’Etat, remettre notre Constitution en vigueur, faire des élections, élire
un président. La signature de l’accord pour la paix et la réconciliation
a bénéficié d’un soutien international rarement vu et nous avons pu
progresser dans l’appropriation de ce processus par les Maliens
euxmêmes depuis la bataille d’Anéfis en septembre 2015.
Nous en sommes arrivés aujourd’hui à ce que, dans nos
discussions, dans notre interaction avec les Nations unies et les
autres acteurs, notamment du Comité de suivi des accords, la partie
malienne parle désormais d’une seule voix. Cependant, nous
n’avons pas trouvé la réponse adéquate, si tant est qu’elle puisse
exister, à l’action terroriste qui est celle-là qui menace les forces
internationales, à commencer par la MINUSMA (Mission
multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation
au Mali). Donc la doctrine des Nations unies qui fonde les Casques
bleus, comment se présente-t-elle dans un tel contexte marqué par
un affaiblissement de la cohérence et de la cohésion dans un
territoire donné, quels que soient les aspects culturels, mais qui
devient un terrain favorable à l’évolution des forces terroristes ? Les
dynamiques à l’œuvre au Levant et au Moyen-Orient façonnent
fortement ce qui se passe chez nous, que ce soit au Mali, au
BurkinaFaso, etc. Alors comment faire en sorte que les Casques bleus qui
sont au Mali puissent faire face à leur mission, mettre en œuvre leur
mandat, qui n’est pas celui de lutter contre le terrorisme, qui n’est
pas celui de faire la guerre, mais qui est celui d’aider à protéger les
populations, accompagner l’Etat malien pour restaurer son autorité,
aider à ce que les actions humanitaires progressent ? Comment faire
en sorte que cette mission soit conduite à l’abri de l’agression des
forces terroristes, qui ont acquis un savoir-faire, une logistique
telle qu’elles peuvent se hisser au niveau des armées les plus
performantes dans nos différents pays, y compris de ce côté-ci ?
Nous avons parlé de robustesse du mandat pendant des années
pour ce qui concerne la MONUSCO (Mission de l’Organisation des
Nations unies en République démocratique du Congo). Mais le
mandat aura beau être robuste, il ne changera pas pour autant le fond
de la doctrine onusienne. Donc le débat n’est pas au niveau du
- 13 -
mandat, il est au niveau peut-être dans un premier temps des règles
d’engagement, mais en réalité il réside dans la doctrine. C’est au
niveau de la doctrine qu’il nous faut discuter, compte tenu de ce que
cette menace va évoluer au fur et à mesure que l’histoire de la guerre
contre le terrorisme va s’écrire. Et comme nous savons que le
terroriste est recruté dans les populations locales et que nos Etats
post-coloniaux, je parle de l’Afrique francophone, ont présenté un
certain nombre de faiblesses pour des raisons diverses et variées
(faiblesse de prise en charge de besoins de justice, conflits fonciers,
et autres conflits qui sont venus fragiliser nos Etats), et que nous
savons que pendant longtemps encore, sous l’empire du prétexte
religieux, nos Etats seront encore exposés, nos populations seront
perméables à ce discours terroriste : comment faire pour que, d’un
côté, la doctrine puisse évoluer par rapport au maintien de la paix ?
A ce titre, le champ lexical lui-même devra être revu parce que
dans ces opérations-là, nous ne sommes pas dans du maintien de la
paix, il faut évoluer et avoir l’honnêteté de dire que ce que nous
désignons est autre chose que du maintien de la paix. La posture
psychologique conditionne les mots que nous employons pour
désigner les choses. Alors, quels sont les éléments de ce débat-là et
deuxièmement, comment faire pour que l’organisation mondiale
puisse avoir une articulation efficace en terme militaire avec les
organisations régionales ?
Nous avons mis en route la Force conjointe du G5 Sahel. Le
président de la République du Mali, pendant un an, s’est battu, est
allé de sommet en sommet, de capitale en capitale, pour plaider en
faveur de cette force conjointe, parce que nous savons qu’une partie
de la solution est forcément régionale et que la mise en commun de
moyens militaires, précédée par l’acceptation d’une doctrine
minimale entre nos armées pour agir ensemble, pouvait aider les
forces internationales, notamment la MINUSMA, à mieux
accomplir sa mission. Donc quelle est l’articulation à trouver entre
les Casques bleus et les logiques régionales ? Je passe sur la
nécessité de l’adéquation du matériel, des équipements, etc. C’est
facile à régler, au fond. Mais aujourd’hui qu’il y a près d’un milliard
de dollars investis chaque année pour la MINUSMA, est-ce que
nous pouvons trouver une passerelle en plaçant, c’est notre combat,
sous Chapitre VII, la Force conjointe du G5 Sahel ? Cela pourrait
être un cas d’école à dupliquer pour les autres missions.
- 14 -Parce qu’au fond, la guerre c’est d’abord deux psychologies qui
s’affrontent : je me demande s’il n’est pas plus efficace, d’un point
de vue opérationnel, de trouver des moyens à des dispositifs
régionaux et culturellement ancrés pour faire face à ces conflits qui,
de temps à autre, portent un contenu culturel très prononcé. Le
multilatéralisme devra, à mon avis, dans quelques années, évoluer
dans ce sens-là : un multilatéralisme qui penserait en globalité mais
aiderait des logiques régionales et locales à prendre en charge les
conflits. Cela est une nécessité pour que le système survive et une
nécessité pour que nous puissions faire face aux prochaines
menaces.


- 15 -








INTRODUCTION


- 17 -
VERS UNE AFRICANISATION DES OPERATIONS
DE MAINTIEN DE LA PAIX,
INVARIANTS ET PERSPECTIVES

Peer DE JONG
Vice-président de l’Institut Themiis

Docteur en sciences politiques, breveté de l’Ecole
supérieure de guerre de Paris et diplômé en
management général de l’ESSEC, Peer de Jong a été
l’aide de camp des présidents de la République
française entre 1994 et 1997, avant de commander
ele 3 régiment d’infanterie de marine. Expert de l’Asie,
de l’Afrique et des réformes du secteur de la sécurité,
il a initié et accompagné les générations de force pour
les OMP de l’ONU d’une dizaine de pays africains.
Il est vice-président de l’Institut Themiis et professeur
associé à l’Ecole de guerre économique de Paris.

Introduction
La multiplication, ces dernières années, des opérations de
1maintien de la paix (OMP) , particulièrement en Afrique, obligent
nombre d’Etats africains à s’impliquer dans des postures
opérationnelles internationales de résolution de crises. Compte tenu
de leur fort impact politique et militaire, la projection d’unités dans
le cadre du maintien de la paix impose aux Etats de définir une
stratégie de contribution aux OMP.

1 Une opération de maintien de la paix est une action militaire ou de police
entreprise par les Nations unies via le Département des opérations de paix
(DOP), par un ou plusieurs pays en réponse à une crise régionale dont ils ne
sont pas les protagonistes. Lorsque cette mission est entreprise directement
par l'ONU, celle-ci demande à ses pays-membres une participation en
troupes. Le Chapitre VII de la Charte des Nations unies relatif à « l'action
en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d'acte d'agression »
dispose que c'est au Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU) de
décider s'il y a lieu de créer une opération de maintien de la paix.
- 19 -
Parallèlement, les Nations unies ont lancé depuis les années 2000
un processus de réflexion et d’appréciation de la performance des
opérations de maintien de la paix. Le nombre d’OMP mais aussi les
coûts et les risques augmentent pour un résultat jugé perfectible. Les
Etats-membres de l’ONU réclament à présent des comptes aux
Nations unies. Certains comme les Etats-Unis n’hésitent pas à
remettre en cause leur contribution financière, d’autres comme la
Chine ou l’Inde s’interrogent avec quelques arrière-pensées sur la
place qu’ils occupent à New York. Sur le terrain, les conflits et les
crises évoluent. Il y a moins de guerres interétatiques. Les tentatives
de régulation des conflits se heurtent aujourd’hui aux crises et aux
menaces à caractère hybride comme le terrorisme, les conflits
interethniques, les guerres civiles, etc. La protection des populations
devient indispensable. Depuis 2015, les Nations unies, avec le
rapport HIPPO (High-level Independant Panel and Peace
Operations), cherchent à renforcer leur légitimité, cœur du sujet, par
des partenariats et des alliances. Sept OMP se situent en Afrique. Ce
sont les sept opérations civilo-militaires les plus importantes en
termes de coûts et d’effectifs. C’est le moment du partage du
fardeau. L’Union africaine est parfaitement disposée et pousse à des
relations plus responsabilisantes pour elle. C’est l’heure de l’Afrique
francophone pour les opérations de maintien de la paix sur le
continent.
L’impact le plus important d’une participation d’un Etat à une
OMP est d’abord et essentiellement politique et diplomatique. Une engage l’Etat en tant que tel et le met automatiquement dans
une situation exposée mais aussi valorisée. De plus, les
transformations opérationnelles des armées ou des polices
concernées par une mission de maintien de la paix sont évidentes.
Ces forces entrent de facto dans un mécanisme d’amélioration de la
performance. Les OMP ont structurellement un impact durable tant
sur les modes de fonctionnement et les capacités des forces de
2sécurité que sur les formats des armées et des polices , l’organisation
du commandement, les procédures et la formation, etc. Les OMP
réclament l’application de standards internationaux et de normes qui
peuvent paraître difficilement accessibles à certaines armées parfois
2 Terme générique qui regroupe l’ensemble des forces de sécurité (police,
gendarmerie, gardes nationales, etc.).
- 20 -peu habituées aux projections extérieures. Cette transformation a un
coût non négligeable. La question financière est donc la pierre
angulaire de la réussite d’une intégration réussie dans une OMP.
Tout en sachant que les remboursements compensent largement les
investissements, cet état de fait oblige à un modèle de management
vertueux (finances, organisation, motivation, investissements
raisonnables, formation, recrutement, préparation des relèves, etc.).
Il y a dès lors un fort intérêt pour l’Afrique francophone de
prendre toute sa place dans les opérations de maintien de la paix.
Nous présenterons dans une première partie, un bilan des OMP en
soulignant les avantages et les contraintes de ces opérations. Dans
une deuxième partie, nous tenterons de démontrer la pertinence
d’une alliance entre l’Union africaine et l’ONU dans le cadre des
OMP, cautionnée d’une certaine façon par l’Organisation
internationale de la Francophonie (OIF) et l’Union européenne.

Bilan, participation et contraintes des OMP



- 21 -
Accroissement des OMP
Depuis le lancement en 2013 de la MINUSMA (Mission
multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation
du Mali) et en 2014 de la MINUSCA (Mission multidimensionnelle
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