Le Petit Audiard inédit illustré par l

Le Petit Audiard inédit illustré par l'exemple !

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«- L'Asiate infect est là ? - Il dort. - Puisque nous sommes riches, économisons une gifle. Laissons-le dormir.» Le Baron de l'écluse «- Tu lui as parlé des conventions de La Haye ? - Oui. - Il t'a dit de te les foutre au cul ? - Oui. - Il commence à me plaire ce mec, il est bien. Un taxi pour Tobrouk «L'époque est au diplôme et l'avenir aux grosses têtes ! Qu'il s'agisse de profession libérale ou de mariage d'osier, les bachots sont indispensables ! T'en connais, toi, des gens qui ont réussi sans diplôme ? Cite-m'en un peu !» Les Tontons flingueurs A l'occasion du 30e anniversaire de la mort de Michel Audiard, son fils Bruno a décidé d'ouvrir ses archives. Il en a retiré des scénarios autrefois confiés par le maître, pieusement conservés. De l'inédit ! Avec l'aide de Philippe Durant, audiardphile confirmé, il a passé chacune de ces sources aurifères au tamis pour en extraire quelques pépites : des échanges sacrifiés au montage, des séquences passées à la trappe, des personnages mis à l'écart. D'où des répliques jamais entendues sur grand écran. Attention : pas du toc ! De la joncaille poinçonnée Audiard. Le talent à l'état brut. Les Tontons flingueurs, Un singe en hiver, Le cave se rebiffe, Flic ou voyou, Les Barbouzes, Un taxi pour Tobrouk... et plus d'une soixantaine d'autres scénarios révèlent enfin leurs secrets, à faire pâlir les envieux. Michel Audiard n'écrivait pas pour ne rien dire. En voici plus de 500 nouvelles preuves. L'ensemble de cette prose est commenté avec la pertinence qui fit le succès du Petit Audiard illustré.
Bruno M. a publié Etre le fils de Michel Audiard (Michel Lafon, 2004). Il est également auteur de romans policiers. Parfait connaisseur de l'oeuvre de son père, il se consacre à en défendre à la fois la mémoire et les écrits. Considéré comme l'un des plus fins spécialistes de l'univers audiardien, Philippe Durant a écrit plusieurs livres sur le sujet dont Le Petit Audiard illustré par l'exemple (Nouveau Monde éditions, 2011) et Audiard en toutes lettres (Le Cherche Midi, 2013).

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Ajouté le 24 avril 2015
Nombre de lectures 390
EAN13 9782369421870
Langue Français
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illustré
par l'exemple !illustré
Bruno M.
et Philippe Durant
présentent
par l'exemple !5
« C’est mon centième dialogue de flm. Tous les docteurs qui
eveillent sur la santé du 7 art vous diront que, pour un auteur
douté d’un minimum de conscience professionnelle, la cadence
d’un flm par an est tout à fait raisonnable. Je devrais avoir
100 ans. Si je ne les ai pas c’est grave. Cela veut dire que j’ai
bâclé d’abominable façon les travaux de plume que m’avaient
innocemment confés des amis dont j’ai crapuleusement trompé
la confance, quand ce n’est piqué les sous. Je suis un escroc.
L’heure du repentir (à défaut de celle du centenaire) ayant
sonné, je demande bien pardon à toutes mes victimes.
À messieurs les exploitants dont j’ai déshonoré les salles.
À messieurs les producteurs que j’ai cyniquement ruinés. Mais
surtout, oui surtout, aux admirables comédiens qu’auraient pu
devenir Gabin, Belmondo, Girardot, Ventura, Delon, si je n’avais
pas étouffé leur carrière dans l’œuf. »
Michel Audiard
(dossier de presse du Grand Escogriffe)7
INTRODUCTION
a première fois, ce fut dans un restaurant italien de la rue
Chambige. Là où mon père avait ses habitudes dont celle de L partager agapes et bons mots avec Lino Ventura.
Ce jour-là nous étions trois : lui, ma mère et moi. Il est arrivé en
retard comme toujours, prétextant des excuses ébouriffantes, tenant
à la main un objet inhabituel pour moi. Il me l’a tendu : « Tiens c’est
pour toi. » Pas de blablas. Il n’avait pas le cadeau démonstratif. Ce
fut l’éblouissement : le scénario de L’Ennemi public n°1 ! Rien que ça !
Je l’ai gardé précieusement… comme j’ai gardé les autres. Car il y
en eut d’autres. Je les voyais endormis sur le siège passager de sa
voiture estampillée bolide. « Prends ! », me disait-il. Je ne me faisais
pas prier.
De scénario en scénario, une idée a fni par gamberger dans ma tête
nourrie de ses mots. Car, à les relire, je me rendis compte que des
phrases entières avaient disparu sur l’écran. Et quelles répliques !
Il aurait été impardonnable de laisser tous ces mots dans la malle
aux oublis.
J’en ai parlé à Philippe Durant, audiardphile averti. Il s’est fait la
même réfexion pour aboutir à cette conclusion commune. Les pas -
sionnés ont un sixième sens.
Alors, nous sommes partis à la chasse au trésor. Nous avons cherché,
creusé, fouillé pour retrouver les phrases inédites, les sortir d’un
bien injuste oubli et leur donner toute la place qu’elles méritent dans
ce modeste ouvrage. Seul moyen de les faire revivre pour l’éternité…
ou pas loin.
500 citations. La pêche fut encore plus miraculeuse que nous l’espérions.
Jouez hautbois, résonnez musettes !
PetitAudiardInedit.NM.indd 7 30/03/15 10:298 Le petit Audiard inédit illustré par l’exemple
Ça aurait bien fait marrer mon père d’imaginer qu’un jour ses
répliques basculées dans l’ombre seraient remises en pleine lumière,
rendues au public. C’est, me semble-t-il, la moindre des politesses.
Pour moi c’est un travail de mémoire. Pour vous ce sera un plaisir, du
moins je l’espère.
Bruno M.,
fls de Michel Audiard9
NOTICE
TECHNIQUE
Pourquoi des scènes sont-elles coupées ?
e plus souvent, il s’agit du choix du réalisateur (parfois du
producteur) estimant que certains passages ralentissent le rythme Lde son flm, ou lui paraissent hors sujet voire répétitifs. La mort
dans l’âme, il les écarte. Et voici qu’ils disparaissent de la version
défnitive. Le spectateur ne voit que ce que l’on veut bien lui montrer.
Ces coupes claires peuvent être effectuées à tout moment : avant,
pendant et après le tournage. Et même bien après quand la censure
s’en mêle (mais tel n’a que très rarement été le cas avec des œuvres
dialoguées par Michel Audiard). Aux États-Unis, il arrive
fréquemment que l’on coupe des scènes après des previews auprès du public,
pratique qui n’a jamais vraiment eu cours dans l’Hexagone.
Avant et pendant cela répond en général à des impératifs
commerciaux. Les œuvres cinématographiques reposant sur des budgets
limités, il s’avère nécessaire de couper des séquences afn de ne pas faire
exploser le devis. Coupes qui peuvent défer le bon sens. Historique -
ment, l’illustrissime scène de la cuisine des Tontons fingueurs fut ôtée
dans une version du scénario avant d’être promptement réintégrée
par Georges Lautner juste avant le début des prises de vues !
Il peut arriver aussi que de plus ou moins longs passages soient
entièrement réécrits. Cela concerne souvent la fn de l’intrigue, sans
cesse remaniée. Ainsi celle écrite dans le scénario de Flic ou voyou
diffère beaucoup de celle flmée par Lautner. Idem pour Le Bateau
d’Émile. Le pourtant scrupuleux Denys de La Patellière préféra partir
dans une autre direction. Plus étonnant encore : la presque totalité
du script de Série noire, de Pierre Foucaud, a été revue de fond en
comble in extremis. L’engagement d’Erich von Stroheim dans le rôle
du « grand méchant » entraîna une refonte.10 Le petit Audiard inédit illustré par l’exemple
Après le premier tour de manivelle, rien n’est encore fgé. Si le tour -
nage prend du retard et que les principaux acteurs sont déjà
attendus sur un autre plateau, le réalisateur doit renoncer à des scènes,
faire des choix que n’eût point renié Corneille.
Cahin-caha, le travail se poursuit et le flm se fait.
Une fois tout en boîte, on monte. Avant de démonter. À la suite du
premier montage est projeté ce que l’on appelle un « bout à bout »
c’est-à-dire toutes les scènes replacées dans l’ordre prévu au
scénario. Une règle presque d’or dans le cinéma mondial : tous les bouts
à bouts sont trop longs ! Il faut supprimer des plans à l’intérieur de
scènes pour les rendre plus dynamiques, ôter des morceaux entiers.
Cruelles nécessités d’un art qui est aussi une industrie.
Voilà comment on en arrive à des scènes coupées. Ce ne sont ni des
scènes mauvaises ni des brouillons mais des scènes qui n’ont pas leur
place dans la narration.
Chez Audiard, les exemples les plus connus se situent dans Les
Barbouzes. Le générique montre l’acteur Louis Arbessier… que l’on ne voit
plus dans la suite du flm ! La lecture du scénario révèle qu’il a joué
des scènes en tant que supérieur hiérarchique de Francis Lagneau (Lino
Ventura). De même, Jacques Balutin que l’on entrevoit en douanier,
bénéfciait à l’origine de deux séquences au cours desquelles il évoquait
l’art grec. Jugeant qu’elles n’entraient pas dans le cadre de son histoire
d’espions, Lautner les enleva. Dans cette parodie, Lagneau avait une
épouse qu’il rejoignait à la toute fn. Elle a disparu. De même qu’ont
disparu les enfants de Charles (Jean Gabin) dans Mélodie en sous-sol…
La liste est longue.
Aujourd’hui, à l’ère du numérique, les scènes coupées sont
conservées dans un coin d’un ordinateur et, souvent, intégrées dans des
bonus DVD ou Blu-ray. Pendant des décennies, elles furent purement
et simplement jetées à la poubelle. Personne n’allait s’encombrer de
ces chutes de pellicule et nul ne pensait à la postérité. Le stockage
y gagna ce que l’histoire y perdit.
Nous laissons aux universitaires et aux tatillons le soin d’analyser
les différentes versions, de mettre en exergue par le détail les
obligations de changement. Tel n’est pas notre propos.
Nous avons préféré nous concentrer sur les phrases d’Audiard qui,
ipso facto, passèrent à la trappe en même temps que ces scènes Notice technique 11
mutilées. Or, si la pellicule s’est envolée, les écrits restent. Heureux
soient les scénarios.
Bien entendu, nous n’avons pas tout gardé. Un mot peut être changé
par-ci, une phrase raccourcie par-là. Les présenter dans le cadre de
cet ouvrage ne nous a pas paru utile, sauf si le mot en question est
original. Concentrons-nous sur les vrais inédits d’Audiard.
Restent les cas à part : les scénarios non flmés. À notre connais -
sance, ils ne sont qu’au nombre de deux. Michel Audiard eut
beaucoup de projets avortés au cours de sa longue carrière, mais, méfant,
préférait disposer d’un contrat signé avant de décapuchonner son
stylo. Deux donc. Annulés faute de producteur à la hauteur.
Les Voleuses, qui eut dû avoir pour vedettes Annie Girardot et Monica
Vitti, fut commandé par André Génovès. La faillite de ce dernier
entraîna la chute de nombreux projets à jamais perdus. Audiard n’en
fut pas la seule victime. Lino Ventura, Louis de Funès et même Sergio
Leone en souffrirent aussi, hélas…
Un rêve américain fut différent : le producteur se révéla totalement
incompétent. Désireux de fnancer un « grand flm » sur le cyclisme,
il ne sut pas y mettre les moyens. José Giovanni débuta la
réalisation mais jeta l’éponge dès les premiers jours suite à l’incurie de la
production qui provoqua un accident. Serge Leroy tenta de reprendre
le fambeau… en vain.
Dans les deux cas, les scénarios existent. Jugeant superfétatoire de
les reproduire dans leur entier, nous y avons puisé quelques échanges.
Pour faciliter la lecture de ces répliques oubliées, nous les avons
resituées dans la bouche de ceux et celles qui devaient les dire (ou
les ont peut-être dites). Certaines sont orphelines. Seul reste le
nom du personnage. Ce sont celles coupées avant tournage. Aucun
acteur n’ayant été engagé pour les faire briller, elles errent à jamais
dans l’anonymat.
Dans le même état d’esprit, nous avons repris les noms des
personnages tels qu’ils apparaissent à l’écran. Là aussi, il y eut des
changements. Ainsi von Stroheim, précédemment cité, joue un dénommé
Zavarof alors qu’il était censé incarner un certain Bourdon. Dans
Archimède le clochard, Jean Gabin n’était pas du tout censé s’appeler
Joseph, Hugues Guillaume Boutier de Blainville mais André Lucien
Palamède !…12 Le petit Audiard inédit illustré par l’exemple
Enfn, pour la compréhension de certaines répliques, il nous a paru
nécessaire d’ajouter les phrases précédentes, restées dans les flms.
Ces passages sont entre crochets. Il nous a aussi paru nécessaire de
reprendre quelques indications contenues dans les scénarios. Elles
fgurent entre parenthèses.
Ces précisions étant apportées, vous pouvez désormais consommer
les inédits d’Audiard sans modération. Attention, toutefois : c’est
du brutal !
Philippe DurantA14 Le petit Audiard inédit illustré par l’exemple
ABLETTE
J’ai rencontré un phénomène : moitié ablette,
moitié morbaque ! Je peux plus m’en défaire.
Pascal (Lino Ventura), 125 rue Montmartre
es mots pour désigner les perdants, les caves, les naïfs, les
grouillots sont nombreux. Ils peuvent être d’essence typogra-L phique (escarpe c’est-à-dire talus) voire scatologique
(mangemerde). Si certains sont passés dans le langage populaire depuis si
longtemps que plus personne n’y prête attention (con, micheton,
jobard…), d’autres sont frappés du sceau de l’originalité. L’ablette
est un poisson qui n’a jamais rien demandé à personne. Est-il moins
intelligent que ses congénères ? Nul ne le sait, tant il est diff -
cile de calculer le QI de la bestiole marine. Non, ce qui justife son
entrée dans la liste est sa banalité. L’ablette fraie dans la plupart
des rivières d’Europe. Le poisson courant. Il a pourtant une utilité :
la matière argentée qui le recouvre sert à la fabrication de perles.
Fausses, bien sûr.
Équivalents : cave, con, escarpe, idiot, jobard, mange-merde,
médiocre, micheton, minus, naïfA 15
ACCIDENT
Quand Sylvano s’est fait couper en deux sous le rapide
Milan-Turin, c’était un accident. Quand le gros Jo a
basculé de sa terrasse au Cap-d’Ail c’était un accident…
Marco (Georges Géret), La Grande Sauterelle
Je tiens le récit de Philippe : Serrano a glissé et s’est
fracturé le crâne contre un cendrier, ou un presse-
papier. Un accident stupide.
Xavier Maréchal (Alain Delon), Mort d’un pourri
Il y a des accidents qui ressemblent à des crimes. Mais
des crimes assez particuliers, des crimes dont personne
ne tient l’arme. Tenir une arme ce n’est pas la forme
de courage que je préfère mais il en faut tout de même.
Chapuis, Un rêve américain
ans la grande truanderie, l’accident reste toujours sujet à
suspicion. À la limite, quand il implique de nombreuses per-D sonnes, quand il se situe à « grande échelle » comme on dit…
et encore. On a vu des règlements de comptes dégénérer en
accidents spectaculaires. Car chez ces messieurs, l’accident est presque
toujours mortel. D’où leur tendance à y voir plus souvent le bras
vengeur d’un ennemi que le bras faucheur de l’ange de la mort. De plus,
l’accident profte toujours à quelqu’un. Rarement à la victime. Dans
Les Tontons fingueurs , le Mexicain avait acheté la grande bâtisse
qu’il occupait par viager. Or, trois mois après la signature de l’acte :
« l’accident bête » des légitimes propriétaires. Le genre d’accident
qui possède un avantage de poids : il n’éveille pas la malsaine
curiosité des enquêteurs. 16 Le petit Audiard inédit illustré par l’exemple
COMPOSERACOQUINER
Ma chère, quand bien même le résultat serait affiché
d’avance, je ne m’acoquinerai pas à ton sultan
d’opérette !
Jérôme Antoine (Jean Gabin), Le Baron de l’écluse
ENf ANCEADULTE
Vois-tu, Antoine, faudrait mentir qu’aux adultes.
Victor Ploubaz (Jean Gabin), Le drapeau noir fotte sur la marmite
Aff AIRE
– C’est pourtant vrai que tu es une affaire en or.
– Tu dis ça à cause des croissants ?
– Je parle de l’ensemble.
Antoine Beretto (Lino Ventura) et Églantine (Mireille Darc),
Ne nous fâchons pas
’un des jeux de mots le plus utilisé par Michel Audiard. Il tenta
de le caser dans une ribambelle de ses scénarios, surtout au L début de sa carrière. Ça le faisait marrer. Puisque le « c’est
une affaire » peut à la fois se référer au monde économique et au
monde érotique. Pour peu que la greluche visée ne comprenne pas
l’allusion, il y avait de quoi se bidonner. Inutile d’en conclure que
Maigret et l’affaire Saint-Fiacre était une œuvre polissonne évoquant
les ébats d’un commissaire de police et d’une aristocrate aux atours
affriolants. D’autant que, plus il devenait homme de plume moins
Audiard se servait de jeux de mots faciles. Passant, en quelque sorte,
de l’amuseur à l’écrivain. Même si, parfois, il lui arrivait de se laisser
aller à certaines facilités. Mais c’était son affaire. A 17
Aff UBLAGE
Oh l’affublage ! Oh l’engin !
Jérôme Antoine (Jean Gabin), Le Baron de l’écluse
ès qu’il s’agit d’évoquer la meilleure façon d’escroquer son
prochain, l’argot feurit et s’embellit de pléiade de mots. D L’affublage – autant que le verbe affubler – ne devrait que
concerner les vêtements. Eh bien non. Il désigne aussi tout ce qui
a été bizarrement habillé, ou emballé. Du concret au fumeux, il est
devenu synonyme d’arnaque (affaire singulièrement emballée !). De
même chausson est censé concerner la gentille pantoufe. Or, parce
que le chausson est souvent fourré, comme le coup du même nom,
elle devint escroquerie. Galoupe a suivi une longue évolution pour
passer d’homme de peine à homme grossier, puis à grossièreté, à
infdélité et, enfn, à entourloupe. Galapiat, en revanche, n’appartient
pas du tout à l’argot mais à l’auvergnat. En patois local, il désigne un
vaurien, ou un escroc à la petite semaine.
Équivalents : arsouille, calotter, chantage, chausson, conspirer,
crasses, estouffade, galapiat, galoupe, jongler, tondre18 Le petit Audiard inédit illustré par l’exemple
Aff URE
Note que je ne me plains pas. Y a plus d’affure à louer
un Chris-Craft six sacs de l’heure aux mordus de ski
nautique qu’à passer la nuit au large pour une
cargaison d’américaines ou de rasoirs électriques.
Les temps nouveaux c’est le sport.
Walter, Mélodie en sous-sol
– Ce soir, Suzy organise un petit show, vers les 11 h.
Thème mythologique. Il manque un faune. Tu pourrais
faire l’affaire, t’as l’âge… et t’as le physique. T’affures
dix sacs pour la première demi-heure.
– T’es gentil d’avoir pensé à moi mais en ce moment je
ne me sens pas artiste. Je pourrais décevoir.
Jacky et Francis (Alain Delon), Mélodie en sous-sol
’affure peut être à la fois une bonne affaire et l’argent qu’elle
rapporte. Vient du verbe argotique affurer lui-même dérivé d’af-L feurer (acheter ou vendre) et de furer (dépouiller). En argot,
l’argent possède un nombre considérable de synonymes. Audiard en
usa quelques-uns dont avoine, mornife, pognon. Papier-monnaie et
pièces doivent être déposés dans des banques ou sur des comptes
épargnes tenus par un écureuil qui, normalement, n’est pas censé les
grignoter à ses heures perdues. Quant à la quête du pèze, elle est
permanente chez les voyous. D’où la nécessité de tenir des comptes
précis et de diviser, le cas échéant, le butin. Tout est affaire de
gros sous. Le nécessiteux bottine le riche, c’est-à-dire lui emprunte
de l’argent, et les règlements de comptes se font rarement devant
notaires.
Équivalents : argent, avoine, bottiner, comptes, diviser, écureuil,
milliardaire, mornife, pognon, richeA 19
Af RIQUE
C’était curieux. Il avait tout à coup retrouvé son
expression de môme… quand il ronflait sur son
pupitre pendant les leçons de géo. À cette époque-là,
quand il se réveillait, il annonçait toujours : « J’ai
rêvé de l’Afrique ! » À quoi rêvait-il maintenant,
Albert ?
Joss (Jean Gabin), Le Pacha
i l’on excepte le New York de L’Ennemi public n°1, l’Indochine de
Mort en fraude, le plus loin où se sont égarés les personnages S d’Audiard reste du côté de Tobrouk. Certes, il y eut aussi une
mission dans le secteur de Tanger et des morfales opérant dans la
région d’El Ksour (Tunisie), mais ce furent des épiphénomènes. Pour
le reste, le gros de la troupe est resté pelotonné en Europe, planté
sur le Vieux Continent, ce qui n’interdit ni les évocations ni les
souvenirs. Ils sont nombreux : de l’Égypte et ses pyramides jusqu’à
Tokyo et ses japonaiseries, en passant par l’Amérique du Sud et son
Venezuela. Chez Audiard on se laisse aller à des rêveries de grands
espaces, on fantasme sur l’exotisme mais on quitte rarement sa mère
patrie. Pour les Parigots purs et durs, l’Afrique c’est bien mais c’est
loin ; le fric c’est mieux et c’est proche. 20 Le petit Audiard inédit illustré par l’exemple
ALCOOL
– (proposant un verre d’alcool) Vous voulez y goûter ?
– Merci, jamais le matin.
– Vous avez tort. C’est le matin que c’est le meilleur. Ça
oxygène l’estomac, tous les docteurs vous le diront.
Jean-Marie Pejat (Jean Gabin) et un gendarme,
Les Vieux de la vieille
– Vous n’ignorez pas que le transport d’alcool est
interdit en opération ? Rigoureusement !
– Chez nous, je serais passible de quinze jours d’arrêts
de rigueur.
– Ah ! (souriant de sa propre ruse) En somme, une
solution s’impose…
– Je n’en vois qu’une : retourner à Tobrouk et avertir
la Gestapo.
– (accablé) Quand je dis que c’est une race à part…
Capitaine Ludwig von Stegel (Hardy Kruger) et brigadier Théo
Dumas (Lino Ventura), Un taxi pour Tobrouk
Lors d’un procès d’assises, un de mes illustres
confrères a dit un jour : « Ce ne sont jamais les
bourgeois pantouflards qui risquent d’être jugés pour
haute trahison. » Je dis, moi : ce ne sont jamais les
heureux de ce monde qui emplissent les hôpitaux et
les asiles. Alors qui juge-t-on ? De qui parle-t-on ?
On confond la cause et l’effet, on désigne du doigt les
victimes en croyant montrer les coupables ! Oui, les
victimes ! Tout homme qui boit, toute femme qui boit
est une victime. En premier lieu une victime de cette
curieuse forme de liberté qui autorise les marchands
à vanter les hautes vertus de l’alcool et ceci avec des
budgets publicitaires à faire rêver les économes de
la Pitié ou des Enfants Malades. Cette propagande
effrénée finit par vous faire perdre la liberté de vous
abstenir de boire.
Catherine Ferrer (Michèle Morgan), Pourquoi viens-tu si tard ?A 21
n singe en hiver restera à jamais l’un des flms majeurs trai -
tant de l’alcool, avec des dialogues à l’encan. Même s’il fut U fortement décrié au moment de sa sortie, il s’est imposé avec
le temps, devenant une référence. Partant de la certitude que les
« vrais hommes » aiment lever le coude, Audiard eut de nombreuses
autres occasions d’évoquer l’alcool et ses dérivés : le rouquin, tutut
(vin rouge), le pastaga (pastis), etc. Mais aussi ceux qui le vendent,
les propriétaires de la fameuse licence IV qui réglemente les débits
de boisson, et ceux qui le consomment jusqu’à verser dans
l’ivrognerie. À force de boire, certains ont le bec (la bouche) endurci comme
du zinc. Ce qui ne les empêche pas d’apprécier le coup de l’étrier, que
l’on doit au maréchal de Bassompierre (1579-1646) et qui,
normalement, doit se boire dans une botte.
Équivalents : bec en zinc, étrier, ivrognerie, licence, litre,
pastage, rouquin, tutut22 Le petit Audiard inédit illustré par l’exemple
ALÉSIA (rue)
– Penses-tu ! J’ai connu tes successeurs. Nos profs les
appelaient « les voyous de la rue d’Alésia ». On n’avait
pas le droit de leur parler. Mais après les « rangs » on
les retrouvait rue de la Gaîté… à la kermesse…
Qu’estce qu’on se marrait !
– Puisque tu parles du coin, t’as sûrement connu
L’Arc-en-ciel. Plus tard, bien sûr… La Gambille…
– Pas tellement, j’allais plutôt au Petit Moulin. Je
trouvais ça plus chic. Les gars avaient pas le droit de
danser en casquette. Y avait un écriteau à la caisse.
– « Tenue correcte recommandée »… Au fond, t’étais
plutôt bêcheuse.
Amaranthe (Mireille Darc) et Francis Lagneau (Lino Ventura),
Les Barbouzes
udiard évoque une rue qu’il connaissait par cœur. D’abord il y
vit le jour, dans la maternité. Il grandit à quelques mètres de A cette grande artère qu’il fnit par arpenter dans les deux sens
elorsque, enfant, il commença à explorer le 14 arrondissement, osant
même se risquer du côté de Montparnasse (rue de la Gaîté). Car la
rue d’Alésia est incontournable. Elle s’étend sur plus de 2 kilomètres
et amène le promeneur vers des ailleurs insoupçonnables. Devenu
adulte, et installé à Dourdan, loin très loin, Michel n’en continua pas
moins de fréquenter cette artère aux allures d’avenue. Il y avait ses
habitudes, notamment dans des bistrots typiques, quasi historiques,
où il conviait des amateurs d’authentique comme Georges Brassens
et René Fallet. Ils n’y refaisaient pas la bataille d’Alésia mais il leur
arrivait de refaire le monde.
Af RIQUEALGÉRIE
– Qu’avez-vous fait en Algérie ?
– Refus d’obéissance… Il s’agissait de passer un village
au lance-flammes. f igurez-vous que ça ne me tentait pas.
– Mais vous aviez raison.
– Le manuel du gradé dit le contraire. Il a fallu
l’acharnement du capitaine Dubaye pour m’arracher
au conseil de guerre.
Valeria Agostinelli (Ornella Muti) et Xavier Maréchal (Alain
Delon), Mort d’un pourriA 23
ALLÉGORIE
– Voyons, Mike, tout le monde nous regarde.
– Ils ont raison de regarder. Ils vont assister au premier
viol entre ciel et terre ! Une allégorie exemplaire :
l’aristocrate de l’Ancien Régime et le loulou de l’an
2000 !
– Mike, je t’en prie, arrête !
– On n’arrête pas le progrès.
Jane Gardner (Raquel Welch) et Michel Gaucher (Jean-Paul
Belmondo), L’Animal
’allégorie peut être considérée soit comme une peinture soit
comme une sorte de fgure de style poétique, le résultat étant L à peu près le même : mettre en exergue des personnages d’une
très haute valeur morale. Celle évoquée ici mériterait de rejoindre les
authentiques La Discorde vaincue par la Joie voire La Liberté guidant
le peuple parmi les exemples idéaux. Bien des personnages dialogués
par Audiard auraient pu être immortalisés sous forme d’allégories :
le tonton affable domestiquant la nièce dissipée, le cave se
rebiffant sur un tas de billets, le cloporte métamorphosé par la grâce, le
canard sauvage et l’enfant du bon Dieu. Michel étant plus porté vers
la littérature, il préféra en tirer des contes moraux, des fables, des
exemples. N’était-il pas lui-même une allégorie vivante : Le
gouailleur et le lettré ?24 Le petit Audiard inédit illustré par l’exemple
ALMANACH
– Vous, il vous a baptisé le « chef Segard » !
– Esprit d’almanach. Si c’est tout ce qu’il sait faire…
Genre exécrable, quoi.
Henri Pelletier (Christian Bertolla) et Alexandre Segard (Henri
Nassiet), Mission à Tanger
’y voir aucune référence avec les almanachs anciens, puits
de science et de renseignements qui informaient le lecteur N sur une masse de sujets des plus pratiques aux plus
astronomiques. Ça ce sont les almanachs respectueux, dorés sur tranche.
Mais il en existe un autre. Né en janvier 1886 et qui continue,
malgré l’évolution des mœurs et de l’humour, à paraître chaque année.
Il porte le nom de son créateur : Joseph Vermot. Truffé de jeux
de mots, de dessins amusants, d’histoires désopilantes… Michel
Audiard en fut-il un lecteur assidu ? Cela serait étonnant. Mais il
défendait tout amateur de gags, toute personne dotée d’esprit, apte
à faire des blagues en tout genre et préférant le côté farce au côté
tragique. À la grande question « peut-on rire de tout ? », il répondait
oui. Il s’est même offert le luxe de se moquer de la religion
(notamment dans Elle cause plus, elle fingue et Une veuve en or).
Équivalents : blague, esprit, comique, farce
GESTE (BEAU)AMABILITÉ
– Vous pourriez avoir l’amabilité de me répondre.
Je ne sais pas, mais quand un homme en aborde un
autre…
– … C’est toujours un flic ou un pédé.
– Ni l’un ni l’autre, je vous assure. Simplement un
monsieur qui aimerait un renseignement.
– Pour les renseignements, cher monsieur, c’est
comme pour le tabac, les timbres-poste, les longitudes
et la bienfaisance : il y a des bureaux exprès !
Charles Babin (François Chaumette) et Robert Montillon (Daniel
Gélin), Retour de manivelleA 25
– Dites-moi, vous recevez toujours aussi aimablement
les visiteurs ?
– Oui, monsieur.
– Et les coups de pompe dans le train, vous les recevez
aussi… aimablement ?
Georges Masse (Raymond Rouleau) et un matelot, Méfez-vous
des blondes
AMBITION
– Vous avez raison : il est parfait ! Il a remarquablement
compris la gymnastique financière.
– Il a surtout compris que l’ambition est le plus court
chemin d’un point à un autre.
Henri Lauzet-Duchet (Louis Seigner) et Émile Beaufort (Jean
Gabin), Le Président
erme ambigu sur lequel chacun colle sa propre défnition.
Audiard n’a jamais vraiment exprimé la sienne. Il a démontré T qu’il avait de l’ambition, jusqu’à devenir le dialoguiste numéro
un du cinéma français. Pourtant, parallèlement, des esprits étriqués
sévissant dans la critique cinématographique lui reprochèrent de
manquer d’ambition dans ses œuvres. En clair, il ne besognait que
esur des œuvres commerciales délaissant un 7 art nettement plus
élitiste. Pour énerver ses obtus qui ne savaient pas écouter certains
de ses flms, il promit de leur concocter un scénario abscons truffé
de phrases plus tape-à-l’œil qu’intelligentes destiné à des esthètes
triés sur le volet. Bien entendu, il ne mit jamais cette menace à
exécution et continua d’écrire des dialogues aussi peu ambitieux que
ceux de Garde à vue, Mort d’un pourri et consorts. 26 Le petit Audiard inédit illustré par l’exemple
AMÉRIQUE DU SUD
Af RIQUE
Ah ! Souvenir, souvenir !… Je crois, Herr Muller,
qu’en 45 vous étiez déjà réclamé par les Américains,
les Russes, les Anglais, les f rançais, les Chinois,
les Polonais, les Grecs, les Juifs, les Arabes… et les
Allemands… Correct ?… Hélas, vous étiez parti pour
l’Amérique du Sud. Je crois que vous allez en revenir.
Correct ?
L’offcier allemand, Les Barbouzes
AMITIÉ
Bien ? Pas bien ? Moins bien ? Qu’est-ce que ça veut
dire ? Le poids de l’amitié ne se pèse pas comme un
kilo de patates. Quand Philippe faisait certaines
choses, je ne lui demandais pas ses raisons. Il ne m’a
jamais demandé les miennes quand il m’a tiré du
pétrin. En Algérie et ailleurs… Parce que j’ai toujours
eu la spécialité de me coller dans de sales draps.
Xavier Maréchal (Alain Delon), Mort d’un pourri
’un des maîtres mots du cinéma d’Audiard, présent à foison dans
ses flms. Exemple type : dans Mort d’un pourri, Alain Delon joue L un ancien soldat prêt à se sacrifer pour sauver la mémoire de
son ami défunt… Présent aussi, et même indispensable, dans le
quotidien de Michel qui comptait beaucoup d’amis issus du cinéma, la
littérature, la musique et bien d’autres domaines. Georges Lautner,
réalisateur de ce Mort d’un pourri, fut l’un d’eux. C’est par amitié
d’ailleurs que tous deux acceptèrent de participer à cette
production que Delon lança un peu précipitamment. Ils frent bien car le
résultat en fut magistral. Née avec Les Tontons fingueurs , l’amitié
entre le dialoguiste et le cinéaste se poursuivit jusqu’à la fn,
c’està-dire jusqu’au très facilement oubliable Cage aux folles III, dernier
dialogue signé Audiard. A 27
AMOUR
Tu parles de l’amour comme d’une blague, comme
d’un hold-up. C’est grave l’amour.
Gérard Louvier (Gérard Lanvin), Est-ce bien raisonnable ?
L’amour ne peut pas être toujours qu’une façon de
parler, mais une façon de faire.
Catherine Ferrer (Michèle Morgan), Pourquoi viens-tu si tard ?
Quand on a envie de faire l’amour, on n’a rien à se dire.
Simon Bélin (Daniel Gélin), Trois jours à vivre
– Le pire, voyez-vous, pour une femme encore jeune
c’est la solitude. Je parle, bien évidemment, de la
solitude sexuelle.
– C’est un faux problème ça, la sexualité. Moi, pour
faire l’amour, faut que je sois amoureuse. Je pourrais
rester six mois sans.
Mme Bertillon (Renée Saint-Cyr) et Julie (Miou-Miou),
Est-ce bien raisonnable ?
On peut partager un soir le caviar et la vodka avec
n’importe qui. Pour partager le saucisson et le
beaujolais pendant deux ans, il faut être amoureuse.
Jane Gardner (Raquel Welch), L’Animal
– Si le cheval gagne, je partage les bénéfices avec toi.
– Tu disais que c’était un coup sûr.
– Y a pas plus sûr.
– Alors pourquoi dis-tu « si le cheval gagne » au lieu
de dire « quand le cheval aura gagné » ?
– C’est exactement ce que je voulais dire.
– Alors dis-le ! Quand tu fais l’amour tu peux dire ce
que tu veux mais quand tu parles d’affaires dis ce que
tu veux dire !
Alfred Mullanet (Michel Serrault) et Mirabelle (Marion Game),
Le Cri du cormoran le soir au-dessus des jonques28 Le petit Audiard inédit illustré par l’exemple
> AMOUR
– Je vous aime.
– Bravo.
– Vous avez entendu ce que je viens de vous dire ?
– Que vous avez envie de me sauter.
– Mais non.
– Vous n’avez pas envie ?
– Mais si.
– Alors ?
– Il n’y a pas que ça…. Je vois plus loin, j’ai des projets.
Plus ou moins urgents, bien sûr.
– Voulez-vous que nous établissions un ordre de
priorité ?
Pierre et Marinella (Monica Vitti), Les Voleuses
udiard ne fut pas un grand spécialiste de la comédie
romantique. Il se sentait mal à l’aise dès qu’il s’agissait d’écrire une A scène d’amour, craignant de tomber dans le cliché, la
mièvrerie, l’eau de rose. Quand il osa aborder le sujet, ce fut souvent pour
le cacher derrière une intrigue policière comme dans Une histoire
d’amour. Les Yeux de l’amour n’a rien de policier et raconte le diffcile
rapprochement entre un jeune homme frappé de cécité et une femme
qui se croit laide. Le mot amour se retrouve dans deux autres de ses
travaux : La Française et l’amour et Les Amours célèbres. Il faillit avoir
droit de cité une fois de plus avec Amour, mon cher amour que les
producteurs préférèrent transformer en Péché de jeunesse. Autant de
titres qui prouvent que Michel était plus romantique qu’il ne voulait
le laisser paraître.
Équivalent : fraternitéA 29
ANCIENNETÉ
– Vous, j’ai vu que vous aviez réussi. Vous avez pris du
galon.
– J’ai surtout pris de la bouteille.
– Ça prouve que dans votre métier on grimpe à
l’ancienneté. Dans le mien, ce serait plutôt le contraire…
La prostituée et Maigret (Jean Gabin), Maigret tend un piège
e privilège de l’âge, le poids des cheveux blancs, le pouvoir du
savoir-faire. Chez Audiard, on est souvent mûr, dans tous les L sens du terme. Françoise Rosay supportait ses 76 ans lorsqu’elle
fraya avec les canards sauvages ; Louis Jouvet affchait 64 printemps
au moment d’Une histoire d’amour ; Louis Seigner 64 également lors
du Pacha ; Pierre Brasseur 62 à l’époque de La Petite Vertu. Et Jean
Gabin 67 carats quand il se mua en marin d’eau douce pour Le
drapeau noir fotte sur la marmite … Or justement, dans ce flm, le vété -
ran se retrouve confronté à l’enfance et à ses rêves. Deux mondes
fnalement pas aussi éloignés qu’ils en ont l’air. Le marmot toujours
présent derrière les rides. L’ancien toujours prêt à se lancer dans des
mômeries. Avec Audiard, l’ancienneté ne change rien à l’affaire : un
jeune con devient un vieux con mais reste un con.
Équivalents : baver, retraite, service, vieillir30 Le petit Audiard inédit illustré par l’exemple
ANGLOPHOBIE
– Avouez, tout de même, cher ami, que la violence
de votre riposte dénote une fâcheuse tendance à
l’anglophobie.
– Ah non ! f aut pas dire des choses comme ça, colonel.
Pour moi, tous les hommes sont frères.
Colonel Mac Lean (Tomy Duggan) et Antoine Beretto (Lino
Ventura), Ne nous fâchons pas
e « Yes, Sir ! » du majordome (Robert Dalban) des Tontons fin -
gueurs est devenu un classique du genre. Or, au détour d’un scé-L nario, l’on découvre qu’Audiard tenta de l’utiliser avant, dans
Un singe en hiver. What a surprise !… Lui ne parlait pas la langue de
Shakespeare mais inutile d’en conclure pour autant à une
anglophobie chronique. Certes, les Britishs de Ne nous fâchons pas ne sont
pas des exemples de fair-play. Mais moult mots anglais sont entrés
dans le parler français et même dans l’argot. Fifty-ffty et half and half
(souvent orthographié afanaf du fait d’une prononciation douteuse)
ont été adoptés par la truanderie. De plus, dans Babette s’en va-t-en
guerre, Un singe en hiver, Le Président, etc., on parle anglais. Et dans
Les Tontons, le majordome s’efforce d’avoir l’allure britannique… of
course.
Équivalents : ffty, pudding, yesA 31
ARCHAÏQUE
– Vous dites un Apollon, monsieur le Conservateur,
mais Apollon c’est la bouteille à l’encre. J’ai déjà été
échaudé… Apollon certes, Apollon bien sûr, mais
lequel ?
– Oh, tout simple.
– Un peu vite, monsieur. Un peu trop vite ! Je vois un
monde, moi, entre les mièvreries d’un Praxitèle ou
d’un Lysippe et la rigueur de la merveille de Pasonios !
(Lagneau hasarde une moue) Ah ! ne commettez pas
de blasphème, monsieur le Conservateur. Votre moue
devant l’archaïque hellénique me tétanise !…
Ditesmoi que je me trompe !
– Calmez-vous, mon vieux. Je n’ai rien contre
l’archaïque.
– Un seul Apollon, mon cher, c’est moi qui vous le dis,
c’est l’Apollon du musée des Études à Naples. J’ai des
reproductions. On pourrait comparer avec le vôtre…
Allez, on ouvre !
– f ranchement, j’aimerais mieux qu’on fasse ça au
retour. On se paiera un petit festival de frissons, hein ?
– Alors ne tardez pas trop. N’oubliez pas que je vous
attends, chère âme.
Le douanier (Jacques Balutin) et Francis Lagneau (Lino Ventura),
Les Barbouzes
ans l’imagerie populaire tout ce qui est archaïque est vieux,
croulant, suranné, désuet. Que nenni. On peut être archaïque, D donc ancien, et tout à fait présentable, voire exemplaire. Dans
le domaine très compartimenté de la sculpture grecque, l’époque
archaïque s’étend précisément de 700 à 480 avant Jésus-Christ. Deux
cent vingt ans tout de même. Une paille ! L’archaïsme eut la vie
longue. Les statues de cette époque aussi puisque l’on en trouve
encore des exemplaires dans divers musées, pas forcément grecs (le
British Museum, notamment). Des statues de jeunes hommes et de
jeunes femmes toujours bien droits, un peu comme au garde-à-vous.
Des corps et des visages qui démontrent que l’on peut être archaïque
et rester jeune. Ne pas confondre avec l’art caïque, lui aussi grec,
qui était l’art de construire des petits bateaux à voile ou à rames.32 Le petit Audiard inédit illustré par l’exemple
Aff UREARGENT
Liquide toujours. Il faut pouvoir toucher l’argent du
jeu. Il est voluptueux.
Grubert (Mino Doro), La Grande Sauterelle
Des cigarettes ? Oh là, des havanes longs comme
ça, oui ! Et avec la monnaie, je me paye la virée des
grands-ducs, je casque une pute et je me bourre de
came… Tu te rends pas compte de la puissance de
l’argent.
Francis (Alain Delon), Mélodie en sous-sol
BRICARDARMÉE
Conscient de combattre deux fléaux notoirement
complémentaires, la prostitution et l’armée, Goubi mit les
bouchées doubles.
Le narrateur, Un idiot à Paris
Aff UBLAGEARSOUILLE
Attends un peu, je te vais la torcher, moi ta graine
d’arsouille !
La bistrote, Les Dents longues