LES ÉCRANS NOSTALGIQUES DU CINÉMA FRANÇAIS

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Le dernier tome avec toujours ces tableaux si précieux des films incontournables de ces années-là, pour nous aider à nous rendre compte de la quantité et de la qualité de films produits et ainsi aiguiller nos recherches vers des films à voir ou à revoir. Avec cette trilogie, l'auteur nous incite à le suivre dans un voyage de découverte de ces films qui font revivre les grandes émotions des Années Trente.

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Ajouté le 01 janvier 2002
Nombre de lectures 167
EAN13 9782296290846
Langue Français
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LES ÉCRANS NOSTALGIQUES DU CINÉMA FRANÇAIS
Tome III

L'Avant Guerre 1937-1939

(Ç)L'Harmattan,

2002

ISBN: 2-7475-2601-1

Christian GILLES

LES ÉCRANS NOSTALGIQUES DU CINÉMA FRANÇAIS
Torne III

L'Avant Guerre 1937-1939

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Du même auteur
a a a a a Arletty, biographie, 1988. L'Année du Théâtre, Ergo Press, 1989. Les Directeurs de la Photographie et leur Image, Dujarric, 1990. Christophe Malavoy, biographie, Ergo Press, 1990. Les Déesses du Cinéma Français, Atlas, 1992.

Chez L'Harmattan
a Le Cinéma des Années Trente par ceux qui l'ont fait : Les Débuts du Parlant (1929-1934),2001. a Le Cinéma des Années Trente par ceux qui l'ont fait : L'Avant-Guerre (1935-1939),2001. a Le Cinéma des Années Quarante par ceux qui l'ont fait : L'Occupation (1940-1944),2001. a Le Cinéma des Années Quarante par ceux qui l'ont fait : L'Après-Guerre (1945-1950),2001.

a Le Cinéma des Années Cinquante par ceux qui l'ont fait : La Qualité Française (1951-1957),2001. a
Q

Arletty ou la Liberté d'Être, biographie, 2001. Ginette Leclerc, Le Désir des Hommes, biographie, 2001 Théâtre Passions, 2001

a

"Tout ce qui bouge sur un écran est du cinéma".

Jean Renoir

PREMIERE PARTIE

~

LE CINÉMA EST UNE INDUSTRIE

~

Situation du Cinéma Français Le cinéma connaît son âge d'or dans les années trente. Pourtant les problèmes posés par les débuts du sonore abondent. Rappelons-en les grandes lignes:

.
. .

à l'aube de la décennie, le grand trouble provoqué par le film parlé amène des productions imparfaites, au point de vue technique comme au niveau de l'interprétation, bien des acteurs, mal dirigés, évoluent dans des mises en scène souvent inexistantes, après la surprise du film musical, de l'opérette et du théâtre filmé, l'art du film aurait pu, comme l'avait prédit la critique, retomber au point mort et toute la profession se pose alors les mêmes questions: le succès du cinéma parlant va-t-il être durable? Le cinéma va-t-il se relever de la crise?

Quelques chiffres La production française se compose d'un peu moins de cent longs métrages par an, à l'époque muette. Puis on compte: . 98 films en 1930 . 156 en 1931 (coproductions avec Berlin et Hollywood comprises) . 157 en 1932 (chiffre toujours gonflé par les doubles versions)

L'Avant Guerre 1937-1939 On enregistre ensuite une baisse importante: à peine 100 en 1935 - 1936. Enfin, on atteint le chiffre de 122 longs métrages en 1938. Berlin est au début du Parlant le centre cinématographique de l'Europe, avec en particulier la toute puissante UFA. La plupart des coproductions tournées là-bas affichent des stars polyglottes: . Lilian Harvey (Le Congrès s'amuse, Erick ChareIl, 1931) . Kate de Nagy (Au bout du monde, Gustav Ucicky, 1933) . Brigitte Helm (L'Atlantide, Georg W Pabst, 1932) Ces stars tournent trois versions d'un même film: l'allemande, la française et l'anglaise. Un tel marché a pour but de favoriser les échanges de vedettes (les acteurs français séjournent pendant ce temps à la fameuse Pension Impériale) et d'augmenter le potentiel commercial du film. On tourne aussi, parfois, en suédois, en espagnol, en tchèque... Pour certaines productions on ne compte pas moins de dix moutures. Par exemple l'équipe allemande tourne le matin, la française l'après-midi, l'anglaise, de nuit, se relayant dans les mêmes décors, avec souvent le même metteur en scène. Pour répondre à cette industrie prospère, les Américains de la Paramount s'implantent un peu partout en Europe; en France: à Joinville. On assiste alors à une véritable éclosion de films faciles, très vite confectionnés, qui ne sont ni plus ni moins que des adaptations francisées de films américains. Toute pièce de théâtre est également la bienvenue. C'est ainsi que Marcel Pagnol avec Marius (Alexander Korda, 1931) trouve la gloire. Pourtant le système n'est pas aussi rentable 12

Les écrans nostalgiques du cinéma français que les producteurs avaient bien voulu l'espérer et la Paramount de Joinville disparaît très rapidement. Déjà la crise... De tout temps, on le sait, le Septième Art a subi des crises financières. A ce sujet laissons la parole à un prestigieux contemporain, le cinéaste Henri Fescourt 1: "Et voici qu'une effroyable crise s'abattit encore sur notre cinéma français, ce cinéma parlant né depuis trois ans à peine. Les grandes sociétés Haïk, Osso, Braunberger, etc... si aisément formées et sur l'avenir desquelles on avait fondé tant d'espoirs, entraient, presque toutes ensemble, en liquidation. Pathé-Natan faisait entendre les premiers craquements. Il ne devait cependant crouler que quatre ou cinq ans plus tard, mais dès 1932, il n'inspirait plus confiance. Les productions Haïk, renonçant à leur activité, les metteurs en scène engagés se trouvèrent de trop. (H') Vers cette époque, vers 1933, Charles Burguet, le président de l'Association des Auteurs de Films, eut l'idée de former une coopérative de production entre metteurs en scène: Burguet, L'Herbier, Feyder qui rentrait d'Hollywood, Germaine Dulac, Henry Roussell, Léon Poirier et moi-même. Nous nous réunîmes plusieurs fois pour constater que le moment était peu propice à la production des trop nombreux films que nous envisagions alors que les capitaux s'envolaient. " La situation est en effet très alarmante.
1 La Foi et les Montagnes, éditions Paul Montel.

13

L'Avant Guerre 1937-1939 "La situation de l'économie française chancelle, rappelle Francis Courtade!. La diminution du pouvoir d'achat (et aussi, dans de nombreuses salles, du prix des entrées) explique en partie les 4% de baisse annuelle des recettes dans les cinémas depuis 1932. (o..) P. A. Harlé souligne la nécessité d'un rendement accru de l'exploitation et d'une aide substantielle de l'Etat, en particulier: un appui à l'exportation, un crédit à la production et une réduction des taxes. (H') Le fléchissement des recettes dans les salles de cinéma commencé dès 1932 se poursuit régulièrement jusqu'en 1935 : de 933 millions en 1932, on passe successivement à 878 millions en 1933,832 en 1934,750 en 1935." Francis Courtade précise pourtant qu'avec 4 825 salles équipées la France occupe la deuxième place en Europe, derrière l'Allemagne (5 100 cinémas). Demandez le programme En 1934, les 430 films présentés sur les écrans parisiens se décomposent ainsi: 153 films étrangers en version originale, 143 films étrangers doublés, 31 films parlant français (mais, en fait, étrangers car il s'agit de simples versions françaises de films élaborés et tournés à l'étranger), 103 films français. Soit un total de 327 films étrangers contre seulement 103 français.
I

Les Malédictions du Cinéma Français, Editions Alain Moreau. 14

Les écrans nostalgiques du cinéma français Le combat est donc disproportionné et cette concurrence sauvage amène certaines revues à plébisciter en premier lieu les productions françaises. La société Pathé-Natan fait faillite en 1936. Puis le scandale éclate avec l'emprisonnement de Natan lui-même. Deux ans plus tard c'est le tour de Gaumont-Franco-Film Aubert, mais après tant de films médiocres (Chourinette...) s'en étonnera-t-on? La Tobis, dès l'avènement du nazisme, ne s'illustre qu'épisodiquement en France. L'organisation de l'industrie du film accuse de nombreuses failles, jusque dans sa conception (un plan d'action efficace n'apparaît qu'au début de la guerre, seulement). Tout n'est cependant pas noir dans la situation du cinéma français et plusieurs hommes avisés comptabilisent de sérieux profits: Simon Schiffrin, Michel Safra, Alexandre Kamenka, Raoul Ploquin... C'est le temps, comme le souligne Henri Fescourt1, des "témérités financières" : "L'application d'un certain nombre de procédés risqués (connus à Paris mais pratiqués avec réserve) contribua à créer dans notre profession un climat fâcheux. Si l'on ajoute que, mal influencée par la chute de nos grandes sociétés OÛ la fragilité de celles qui subsistaient, la Banque de France adopta une position méfiante à l'égard de tout effet émis par n'importe quelle firme productrice de films, on comprendra dans quel marasme se débattait la corporation. Le résultat fut de vouer les traites refusées par les grandes banques à la main mise d'escompteurs moins difficiles mais fréquemment usuriers. Une politique financière gouvernementale mieux inspirée eut, au contraire, en dépit
I La Foi et les Montagnes, éditions Paul Montel.

15

L'Avant Guerre 1937-1939 des erreurs, judicieusement soutenu une industrie qui est avant tout de prestige. Ce fut donc contre une paralysie envahissante qu'il fallut lutter. Je crois devoir rappeler (...) comment des indépendants opéraient le "financement" de leurs productions. Ils disposaient, principalement par voie d'emprunt, d'une mise de fonds liquides d'environ 2 à 300 000 Francs pour un devis prévu de 900000 à 1 000000 Francs (en 1933, on évaluait la somme nécessaire à une production moyenne à 600 000 Francs. La mise de fonds devait être de 200 000 Francs cash comme ne manquaient jamais de dire les intéressés). Cette somme leur permettait d'acquérir les droits d'auteur d'un scénario ou de prendre une option sur ceux-ci, en même temps que sur un metteur en scène et des interprètes connus. Ils présentaient, aussi attirant que possible, leur projet à un distributeur et sollicitaient de lui une garantie de "bonne fin du film" et, de plus, des avances sur les rentrées futures des bénéfices en France, payables par échelons. Pour la location du studio, l'achat de la pellicule, les trais de laboratoire, etc., ils obtenaient des crédits couverts par l'espérance de la vente du film aux pays étrangers, en premier lieu la Suisse et la Belgique. Ainsi la marchandise était négociée alors qu'elle n'existait pas. Le nombre d'impayés qui couronna ces coups de dés dépasse l'imagination. Qu'une industrie ait résisté à un tel défi, cela tient du miracle." La situation du cinéma français, en 1936, tend à s'améliorer légèrement: "On pourrait croire néanmoins à un regain de vitalité de la production française: celle-ci passe de 128 à 144 films et, alors que 1935 a vu l'apparition de 158 sociétés nouvelles, il en surgit 175, soit 17 de plus en 1936. Mais leur capital 16

Les écrans nostalgiques du cinéma français global a diminué, tombant de 17 à 12 millions. Simultanément, le nombre des firmes en faillite s'accroît (52 en 1935, 65 en 1936). Enfin, les grandes maisons de production semblent sur le point de disparaître. Pathé ne produit plus qu'un film, contre six l'année précédente (...) 1.81 Autre problème: sur quelles défenses les hommes de métier peuvent-ils compter? "Rivales entre elles, rappelle Geneviève GuillaumeGrimaud dans son précieux livre "Le Cinéma du Front Populaire" (éditions Lherminier), les organisations cégétistes doivent aussi lutter contre les syndicats "libres". Ainsi lorsque l'Union des Artistes rejoint la C.G.T., se forme un Syndicat Professionnel du Spectacle présidé par Jules Berry lui-même; fondé en décembre 1936, il comprenait 1 500 adhérents en mai 1937. De façon identique, le Syndicat des Artisans du Film de Léon Poirier concurrence l'organisation d'André Berthomieu. Mais en 1937, sous l'impulsion de Marcel L'Herbier (futur président en 1938), ce syndicat devenu le Syndicat des techniciens de la Production cinématographique, se rallie à la C.G.T. Poirier, L'Herbier et Benoît-Lévy prennent une part active à la préparation de la Convention collective de la production. Germaine Dulac, Marcel L'Herbier et Jean Benoît-Lévy envisagent même une Coopérative des artisans d'art du Cinéma tournée vers la production...8I Malgré cette tension financière, le niveau qualitatif des films s'élève. Les difficultés forcent l'imagination, c'est bien connu! Ce qui permet à des cinéastes, des vedettes, des seconds rôles, des techniciens, des auteurs de films, pour la plupart exceptionnels, de faire progresser le cinéma français
1 Les Malédictions du Cinéma Français, éditions Alain Moreau.

17

L'Avant Guerre 1937-1939 et de le hisser, sinon au sommet, du moins à un niveau de qualité enviée. Les files d'attente devant les cinémas, qui s'étaient quelque peu amenuisées à cause de la crise économique, s'allongent. Certains films comme Un Carnet de bal (Julien Duvivier, 1937), Naples au baiser de feu (Augusto Genina, 1937) remplissent des salles pendant des semaines. Il n'est pas rare alors qu'un titre reste à l'affiche six mois, neuf mois, ou davantage. Les films français à l'étranger La diffusion des films français à l'étranger est toujours très restreinte. Pourtant quelques uns de nos longs métrages sont des succès en Europe, aux Etats-Unis. Le triomphe des films de Marcel Pagnol dépasse largement les frontières. Les films primés à la Mostra de Venise n'ont pas de mal à s'exporter: La Grande illusion (Jean Renoir, 1937) ou Quai des brumes (Marcel Carné, 1938). La réputation des films français est même très acceptable sur le marché mondial. Certaines vedettes françaises sont également considérées comme des facteurs de succès. Annabella avec Suez (Allan Dwan, 1938) et Simone Simon avec Dortoir de jeunes filles (Girls' dormitory, Irving Cummings, 1936) sont engagées à grand renfort de publicité. Charles Boyer (Marie Walewska, Clarence Brown, 1937) et Maurice Chevalier (La Veuve joyeuse, The merry widow, Ernst Lubitsch, 1934) sont acceptés d'emblée par le public américain. Il sera même considéré comme très chic de prendre un accent français dans les films américains et par exemple, après la guerre, il sera de bon ton de confectionner des films 18

Les écrans nostalgiques du cinéma français sur la vie française (avec les plans habituels de Montmartre et du Sacré Cœur) avec ses artistes bohèmes et ses grands couturiers parisiens. Le public des années trente Comme aujourd'hui les films américains ont la préférence du plus large public. Elle s'explique, en général, par le grand souci d'évasion du cinéma hollywoodien qui a pour atout des moyens considérables pour les superproductions dont ne disposent pas les cinéastes en France. Les stars "américaines" sont en vogue: Greta Garbo, Marlene Dietrich, Claudette Colbert, Carole Lombard, Clark Gable, Gary Cooper, Tyrone Power... Les stars allemandes bénéficient également d'un certain engouement, tout spécialement vers 1931 - 1935: Magda Schneider, Lil Dagover, Emil Jannings, pendant le plein essor d'un genre florissant: le cinéma "crème fouettée". Cette appellation, qui peut paraître singulière, provient des films viennois, par analogie avec les jupons des jeunes femmes que l'on devine, que l'on aperçoit parfois, au cours de tourbillonnantes valses de Strauss, des opérettes sucrées à la Franz Lehar (La Guerre des valses, Ludwig Berger, 1933). C'est une mode qui fait fureur, un véritable phénomène d'idylles princières, de romances rose et or accompagnées de musiques tziganes. Ce courant se répand dans tout le cinéma:

en France on tourne Trois valses (Ludwig Berger, 1938) une nouvelle occasion pour le couple Pierre Fresnay et Yvonne Printemps de briller - et à Hollywood, par exemple Parade d'amour (Love parade, 1929, Lubitsch). Martha

19

L'Avant Guerre 1937-1939 Eggerth est la reine du cinéma viennois. Yvonne Printemps et Jeanette MacDonald ne se débrouillent pas mal non plus. La popularité de ces films allemands, ou autrichiens, pour la plupart, s'estompe plus ou moins avec la guerre. D'autant plus que dès 1937 l'entente politique entre l'Allemagne et la France est de plus en plus compromise. Mais qui va au cinéma dans les années trente? Si aujourd'hui la majorité des spectateurs se compose de jeunes de moins de vingt-cinq ans, voire même de moins de vingt ans, le cinéma, au cours de cette décennie, est principalement familial, et cependant assez diversifié pour intéresser toutes les tranches d'âge. L'écran d'alors n'est pas élitiste, il yen a pour tous les goûts, toutes les cultures. Comment se déroule une séance? Elle se compose en général d'actualités filmées, d'un ou plusieurs dessins animés, parfois d'un court métrage en principe d'un caractère comique. Puis c'est l'entracte. L'orchestre joue les airs à la mode le temps des attractions: un jongleur, un illusionniste, un chanteur, des clowns. Les numéros varient d'importance suivant la notoriété du lieu. Les meilleurs artistes sont donc dans les meilleures salles, dont le prix d'entrée est légèrement plus cher, en principe à Paris et dans les grandes villes. Il se produit même un fait curieux: la qualité de l'orchestre ou des numéros présentés influence davantage la fréquentation d'une salle que le "grand film" en lui-même. Après l'entracte et les publicités, le "grand film" est malgré tout accueilli avec les exclamations d'usage, car il fallait être patient autrefois avant de voir le spectacle de son choix! 20

Les écrans nostalgiques du cinéma français Le public est fidèle à "son" cinéma, presque à "son" fauteuil. En moyenne, on se rend une fois par semaine au cinéma, mais trois fois n'est pas un record. Au cinéma on ne pratique pas le tarif unique: les premiers rangs payent moins cher, l'orchestre et le balcon sont réservés aux plus favorisés. On remarque que la séance ne dure pas comme aujourd'hui l'espace d'un seul film, c'est en fait tout un programme qui est présenté. Certains cinémas offrent la possibilité de voir deux

moyens métrages dans une même séance - ce sont des productions B, d'environ une heure chacune - cela pour la
plus grande joie des quartiers populaires. En dehors des grandes villes de province, dans le milieu rural et dans les campagnes reculées, le cinéma est principalement forain (il ne faut pas être trop difficile quant à la qualité de la projection !). Ce système évoluera peu jusqu'à l'après-guerre. Paul Léglise, dans son "Histoire de la politique du cinéma français" (Lherminier) se souvient: - "Pour 2,75 francs le public du jeudi avait droit: au spectacle comprenant deux grands films, à un casse-croûte (frites ou sandwiches). - Le samedi, pour trois francs, casse-croûte, au choix, malS pas de bock. - Le dimanche, pour trois francs, des frites seulement. Dans 1"'Est républicain", la publicité d'un grand cinéma de Nancy, pour une matinée enfantine à un franc la place, comportait la mention: "on peut même marchander"... avec toujours deux grands films au programme."

. . .

à un bock,

21

L'Avant Guerre 1937-1939 Le Prix Louis DELLUC Destiné à récompenser un film français, alors que les festivals en tous genres n'existaient pas encore, du moins à l'échelle prolifique d'aujourd'hui, le Prix Louis Delluc est créé en 1937 par deux journalistes ambitieux: Maurice Bessy et Marcel Idzkowski. Cette "marque honorifique" choisit délibérément de porter le nom illustre de Louis Delluc, le père de la critique française et réalisateur du classique La Femme de nulle part (1922). Son but: concurrencer l'austère et semble-t-il très contesté Grand Prix du Cinéma Français. Le premier jury, en plus de ses fondateurs, comprend: Marcel Achard, Georges Altman, Claude Aveline, Pierre Bost, Henri Jeanson, Roger Régent, Jean Vidal... Grand classique désormais, Les Basfonds (Jean Renoir, 1936), avec Louis Jouvet et Jean Gabin, est le premier film à qui l'on décerne le prix. Son message de gauche n'est sans doute pas étranger à ce choix. En 1938, c'est le tour du Puritain (Jeff Musso, 1937), avec Jean-Louis Barrault, Pierre Fresnay et Viviane Romance. En 1939, Quai des brumes (Marcel Carné, 1938) interprété par Jean Gabin, Michel Simon, Michèle Morgan et Pierre Brasseur. Après la guerre c'est E5poir, sierra de Teruel, le film d'André Malraux réalisé en 1939, qui est récompensé (1945).

Le film en couleurs On croit, bien à tort, que le film en couleurs est un procédé récent, surtout dans le cinéma français. Pourtant, déjà au 22

Les écrans nostalgiques du cinéma français temps du muet, plusieurs films sont présentés en couleurs. Il s'agit de longs métrages coloriés au pochoir comme La Sultane de l'amour (René Le Somptier, - 1919 sortie en noir et blanc - 1923 sortie en couleurs) et la La Dame de Monsoreau (Le Somptier, 1923 en noir et blanc, ressortie couleurs en 1925). Deux films sont tournés avec le procédé Keller-Dorain : La Femme du voisin (Jacques de Baroncelli, 1928) et Paris girls (Henry Roussell, 1929). Au cours de la décennie suivante, on compte cinq procédés de film en couleurs qui servent la plupart du temps pour l'expérimentation de courts métrages, de bandes d'actualités, de documentaires: Francita, Gasparcolor, Ondiacolor, Combes, Dufaycolor. Le procédé Francita sert de promotion à deux longs métrages parlants, Jeunes filles à marier (1935) et La Terre qui meurt (1936), réalisés par Jean Vallée. On agrémente leur sortie de cet épithète évocateur: "les premiers films français en couleurs naturelles". Ce procédé consiste à filmer trois images à l'aide de filtres bleu, rouge et vert et à les projeter avec un objectif permettant leurs superpositions. On note malheureusement des imperfections, en particulier des halos lumineux apparaissent autour des personnages, et son exploitation s'arrête de ce fait très rapidement. Premier long métrage de ce type, distribué par Paris-color Films, Jeunes filles à marier est une comédie sans prétentions interprétée par Jules Berry, Josseline Gaël et Maurice Escande. Henry Roussell, un metteur en scène qui joue aussi souvent à l'acteur, supervise le tournage. Le second, La Terre qui meurt est plus captivant. C'est le remake d'un film muet de Jean Choux (1926), un mélodrame situé dans l'univers paysan. Pierre Larquey incarne ce fermier 23

L'Avant Guerre 1937-1939 vieillissant, attaché à sa terre et qui voit ses enfants quitter un à un la petite exploitation familiale. La réalisation est d'une qualité moyenne mais on n'a pas décrit si souvent le milieu rural en ces années trente pour que ce film ne présente pas d'intérêt. Malgré le problème que pose l'équipement dans les salles, un battage commercial important est organisé autour de ces films dans l'espoir de concurrencer les premiers succès américains en Technicolor trichrome qui sortent en même temps sur les écrans français: le très beau Becky Sharp (Rouben Mamoulian, 1935) avec une ravissante Miriam Hopkins, Ramona (Henry King, 1936), joli mélodrame indien avec Loretta Young et Don Ameche, enfin La Fille du bois maudit (The trail of the lonesome pine, Henry Hathaway, 1936), avec Sylvia Sidney, Henry Fonda et Fred MacMurray, dont les couleurs, principalement pour des scènes d'extérieurs en forêt, ravissent l'œil à chaque instant. Une fois de plus l'industrie française du film essaye de se battre pour contrer l"'envahisseur" étranger. C'est un échec. Ce n'est qu'en 1946 qu'un autre film en couleurs français paraît sur J~s écrans: Le Mariage de Ramuntcho (Max de Vaucorbeil), une opérette distrayante avec André Dassary, qui utilise le procédé Agfacolor.

24

Les écrans nostalgiques du cinéma français Le premier Festival de Cannes Une fort belle affiche de Jean-Gabriel Domergue témoigne d'un festival fantôme, prévu du 1erau 20 septembre 1939, un projet enrayé par les dramatiques événements qui vont SUIvre... A l'évidence l'idée d'un tel festival vient concurrencer la fameuse Mostra de Venise. Pourtant, en cette année 1937, les films français sont à l'honneur puisqu'on ne compte pas moins de trois lauréats: Un Carnet de bal (Julien Duvivier, 1937), La Grande illusion (Jean Renoir, 1937), Les Perles de la couronne (Sacha Guitry et Christian-Jaque, 1937). Seulement, le festival de Venise est régi par le gouvernement mussolinien et l'influence fasciste écarte indubitablement certaines productions jugées dérangeant es au goût de l'Alliance italo-germanique. Aucun film américain, par exemple, n'a le droit de figurer. C'est ainsi qu'au printemps 1939, alors que la situation politique de l'Europe est de plus en plus tendue, le projet d'un festival "français" est définitivement adopté. L'efficacité du Ministre de l'Education Nationale, Jean Zay, est de premier ordre. Philippe Erlanger s'occupe au plus vite d'organiser la manifestation. On décide qu'elle suivra de peu la clôture de la Mostra de Venise qui s'étale du 8 au 29 août, et qu'elle se déroulera pendant vingt jours, dans le Midi de la France. Après délibération, Cannes est choisie. La position géographique favorable de la cité et son doux climat ne sont pas anodins dans cette décision. Comme il se doit la présidence d'honneur est attribuée à Louis Lumière, le père du cinématographe. Sous le patronage de Jean Zay plusieurs personnalités participent à l'élaboration de ce festival: Tony Ricou, Marco de Gastyne, Pierre Autré. 25

L'Avant Guerre 1937-1939 Un lancement publicitaire d'importance est envisagé aussitôt, afin de toucher à la fois le public français et le potentiel étranger. De grands noms du cinéma hollywoodien sont attendus: George Raft, Edward G. Robinson, Norma Shearer, le couple Annabella-Tyrone Power alors en plein voyage de noces. A titre d'information, voici les films prévus pour la sélection (leur nombre est délimité suivant la productivité de l'état concerné) : France (4) : . La Charrette fantôme (Julien Duvivier) . L'Homme du Niger (Jacques de Baroncelli) . L'Enfer des anges (Christian-laque) . La Loi du Nord (Jacques Feyder) USA (8) : . Seuls les anges ont des ailes (Howard Hawks) . Pacific express (Cecil B de Mille) . Le Magicien d'Oz (Victor Fleming) . Mademoiselle et son bébé (Garson Kanin) . Troisjeunes filles ont grandi (Henry Koster) . A chaque aube je meurs (William Keighley) . Stanley et Livingstone (Henry King)

.

Mélodie de lajeunesse (Archie L Mayo)

Grande-Bretagne (2) . Goodbye Mr Chips (Sam Wood) . Les Quatre plumes blanches (les frères Korda) URSS (1) : . Lénine en 1918 (Mikhail Romm)

26

TABLEAU DES FILMS

1937

~ Les

482

films incontournables de l'année

De A la orilla de un palmar (Mexique) à Paramatta, bagne de femmes (Allemagne) ~
1937 est l'une des années les plus riches du cinéma international. On doit aussi maintenant compter avec les cinémas d'Asie (Japon, Chine), les cinémas d'Amérique du Sud, et d'Amérique Centrale (Argentine, Mexique) qui se développent tout particulièrement.

27

Titre Original

Titre français

Année Pays
1937 MEX FR ALL MEX GB ARG MEX FR FR MEX lAP ALL FR -USA
INDE

A la orilla de un palmar A Venise une nuit Abenteuer in Warschau Abnegacion Action for slander Adios Buenos Aires Adios Nicanor Affaire du courrier de lyon, l' Affaire lafarge, l' Aguila 0 sol Aien kyo Alarm in Peking Alexis gentleman chauffeur AliBaba Qoes to town Alibaba Alibi, l' Almas rebeldes Amapola del camino Angel Anges noirs, les Anma to onna Another dawn Appel de la vie, l' ~Arsene Arsène lupin détective Arsene Lupin returns Vvtists and models ~i s mi berra e
V\wfuI truth, the !Azz en layom nem olvar

Aventure à Varsovie I

1937 1937 1937 1937 1937 1937 1937 1937

Aigle et le soleil, r Impasse de l'amour et de la haine, r

1937 1937 1937 1937 1937 1937 1937 1937 1937

Nuits d'Arabie

FR MEX MEX USA FR I lAP USA URSS FR USA USA USA HON USA ALL FR URSS
EGY

lAnge Femme et ses masseurs, une Tornade, la

1937 1937 1937 1937 1937 1937 1937

Retour d'Arsène Lupin, le IArlistes et modèles

1937 1937 1937 1937 1937 1937 1937 1937 1937 1937

I
Cette sacrée vérité Ma fille ne fait pas ça En liberlé provisoire

1937 MEX

Back in circulation
Ball im Metropol

Bataille silencieuse, la Beleet parus odinoky Bent el bacha el moudir Berg ruft, der lAuloin une voile Fille du directeur le pacha, la Défi, le

ALL

28

Metteur en scène

Co-metteur

en scène

Interprètes
Marina Tamayo, Vicente Orona EMre Popesco, Albert Préjean Paul KlinQer, Jadwiqa Kenda Fernando Soler, Virginia Fabregas

Raphael J.
I

Sevilla
Christian-Jaque

Carl

Boese Portas Whelan Torres Rios Portas
Autant-Lara Maurice Lehmann

Rafael E Tim Leopoldo Rafael E
I Claude

OiveBrook, Ann Todd
Tito Lusiardo, Amalia Bence Emilio Fernandez, Carmen Molina Pierre Blanchar, Dita Parla Marcelle Chantal, Pierre Renoir Cantinffas, Manuel Medel Yamaii Fumiko, Kawazu Seizaburo Gustav Frohlich, Leny Marenbach

I
I
I

Pierre Arcady
Kenii Herbert

Chenal Boytler
Mizoguchi Selpin de Vaucorbeil

i
I
I

Max

André Luque!, Suzy Prim
-Eddie Cantor, Tony Martin

David
Modhu Pierre Aleiandro Juan Bustillo
Ernst

Butler
Bose Chenal Galindo Oro
Lubitsch Rozier Shimizu Dieterle

Modhu Bose, Sadhona Bose Erich von Stroheim, lany H~it

Nancy Torres,Raul de Anda
Tito Guizar, Andrea Palma

Marlene

Dietrich, Herbert Marshall Rorelle, Suzy Prim

I

Willy Hiroshi William

I

Shin Tokudaiji, Mieko Takamine Kay Francis, Errol Rynn Vidor Francen, Renée Devillers Spartak Baqachvili, Nata Vatchnadze
Jules Berf1/,

Georges
Mikhail i Henri

Neveux
T chiaourelli Diamant-Berger

Suzy Prim

George
Raoul Arcady

Fitzmaurice
Walsh Boytler

Melwn DouQlas, VirQiniaBruce
Jack Benny, Ida Lupino Cantinffas, Manuel Medel Irene Dunne, Cary Grant
Gabor Rainay, Klari Tolnay

__

Leo
I

McCarey Vaida
Enright

I
I

Ladislas
Ray

iI

Pat O'Brien, Joan Blondell Svbille Schmitz, Jean Galland Kate de Naqy, Pierre Fresnay

Frank Pierre Vladimir Ahmed

Wysbar Billon Legotschine Galal

Iqor But, Boris Runqe
Ahmed Galal, Assia

Luis

Trenker

I

Luis Trenker, Heidemarie

Hatheyer

29

Titre Original

Titre français

Année Pays
1937 1937 1937 1937 URSS ARG USA ALL USA GB USA POR FR FR GB GB USA USA GB
~-

Besiine loui
Besos Between
Bezpridannits

Pré de Béjine, le Entre deux femmes

bruios two women

Sans dot
Grande vil/e, la

1937 URSS
1937 1937 1937 1937 1937 1937 1937 1937 1937 1937 1937 1937 1937

Biberpeltz, der
Bia city, the

Big fella
~igtown girt

Bocaae Boissière Boulot aviateur Boys will be girls Break the news
Breakfast for two

Fausses nowel/es Déjeuner pour deux Inconnue du palace, l'

Bride wore red, the Brief ecstasy Broadway melody of 1938 Cadetes de San Martin Café metropole Café moszka Call it a day Capriolen Captains courageous Carnet de bal, un Case of the stuttering bishop, the Ces dames aux chapeaux verts Chakhtieny hampagne waltz Chance for a sovereign Chaste Suzanne, la

USA

ARG USA HON USA ALL USA FR USA FR URSS USA GB FR FR

Café métropole Journée de printemps, une Pirouettes Capitaines courageux

1937 1937 1937 1937 1937 1937 1937 1937

Ceux de la mine Champagne valse

1937 1937 1937 1937 1937 1937

héri Bibi
Chipée Cimuqu Citadelle du silence, Larmes d'une mère, les la Sur la pente

FR 1937 CHINE

Citygirl laudineà l'école Clubdes aristocrates, le ondottieri

Capitainede Florence,le

1937 FR 1937 USA 1937 FR 1937 FR 1937 IT

30

Metteur en scène

Co-metteur

en scène

Interprètes
Vitia Kartachov, Ubertad Franchot Lamarque, Boris Zakhava Horen Delbene O'Sullivan

Serge M
José Agustin

I
I

GeorgeB Jacob Jurgen Frank J Elder FrankR Leitao Fernand Maurice Gilbert René Alfred Dorothy EdmondT RovDel Mario EH

I

r ~
f
I

Istvan
ArchieL Gustav Victor

I

.

Julien
William Maurice

I

Eisensten Ferreyra Seitz Protozanov von Alten Borzage Wills Strayer de Barros Rivers de Canonae Pratt Clair SanteIl Arzner Grévilie Ruth Soffici Griffith Szekelv Mayo Grundgens Fleming Duvivier Clemens Cloche
Youtkevitch

Tone, Maureen

OlGa Nova, Heinrich Spencer

Nadia Alissova GeorGe, Ida Wust

Tracy, Luise Rainer Elisabeth Welch Woods

Paul Robeson,

Oaire Trevor, Donald Raul de Carvalho, Jean

Joao Villaret Renoir Moreno

Yonnel, Pierre MarGuerite

Michel Simon,

Leslie Fuller, Greta Gynt Maurice Barbara Chevalier, Jack Buchanan Marshall Tone

Stanwyc/<, Herbert Franchot

Joan Crawford, linden Robert Enrique

Travers,

PaulLukas Powell _~

Taylor, Eleanor

Muino, Elias Alippi Loretta

Tyrone Power, Anna Tokes,

Young _~

Gyula (sortos Ian Hunter Grundqens Tracy

Olivia de Havilland, Marianne Freddie Hoppe,

Gustav

Bartholomew,

Spencer Rosay

Marie Bell, Françoise Donald Marquerite

Woods, Ann Dvor~~~ Moreno, Pierre Larquey

I

~

Serge
Edward

Boris Poslavsky, Gladys Swarthout, Seymour Raimu, Jean-Pierre

Youri Toloubeev Fred MacMurray

~Maunce André Léon Roger Zhu Marcel Alfred Serae Pierre Luis

Sutherland Elvev Berthomieu Mathot Goupillières Shilin L'Herbier Werker de Poligny Colombier Trenker

Hicks, OIili Bouchier Mea Lemonnier Aumont, Pierre Fresnay Paul Pauley U Uli

Victor Boucher, Un Chuchu, Annabella, Phyllis Brooks, Blanchette

Pierre Renoir Ricardo Cortez

Brunoy,

Max Dearly Bernard

Elvire Popesco,

Armand

I
31

Luis Trenker,Loris Gizzi

_~