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La Maison Gaveau

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Description

Des trois grandes marques françaises de pianos, avec Erard et Pleyel, la Maison Gaveau était fondée la dernière et c'est avec elle que la grande tradition du piano français s'est éteinte. Ceci s'est produit à une époque où un rejet de la culture musicale française a entraîné sa quasi-disparition en France. Cette étude retrace l'histoire de la Maison Gaveau, son envol au début du vingtième siècle et sa chute dans les années 60.

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Date de parution 01 décembre 2009
Nombre de lectures 1 080
EAN13 9782336259239
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

AVANT-PROPOS

La musique française, le piano français, choses
« quidatent » ?Certes, ils ne datent pas d’hier mais
d’avant-hier. Et avant-hier on avait fait aussi de belles
choses en France que l’on peut aimer sans pour autant être
chauvin ou encore nationaliste car on apprécie sans
réserve les merveillesvenues d’ailleurs.
Mais le propos de cette étude est l’histoire d’une
grande marque de pianos, de pianos français, justement,
qui s’est déroulée au cours de sa dernière partie de son
existence dans un climat musical étrange où le rejet du
passé, de l’héritage musical français allait en croissant
pour finir par tout balayer en peu de temps. Ainsi peut-on
constater sur une très courte période la disparition du son
français des orchestres; du chant français, de la diction
française, du style français et des chanteurs français de
l’opéra ;de la technique française du toucher pianistique
et du son du piano françaisdes salles de concert; et, pire
encore, le répertoire français est devenu quasi-inexistant
dans des salles de concert et des théâtres lyriques, pour
être remplacé par un toutvenant de loin.
Ira-t-on chercher pour retrouver une certaine
identité musicale propre, maintenant que le premier élan
du rejet est passé? Des habitudes ont été prises, l’oreille
n’yest plus réceptive, l’esprit est ailleurs et, surtout, ce
n’est plus à la mode, c’est du passé, c’est dépassé, «ça
date ».
En faisant les recherches sur l’histoire de la Maison
Gaveau en particulier, nous avons été confronté rudement

7

à cette liquidation de l’héritage musical français en France
et le naufrage de Gaveauyavait naturellement sa place.
Dès lors une présentation de quelques éléments concernant
cette liquidation nous a paru nécessaire pour tracer
l’environnement culturel dans lequel évoluait la Maison
Gaveau et ceci s’ajoute auxdonnées recueillies sur son
histoire et sur les développements de ses instruments.

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INTRODUCTION

Fondée à Paris en 1847 par Joseph Gaveau
(18241903) la Maison Gaveau était une des trois grandes
marques françaises de piano–avec la Maison Erard
(fondée en 1780) et la Maison Pleyel (fondée en 1807)
qui ont dominé lavie musicale française jusqu’au milieu
e
du 20siècle. Elle était arrivée la dernière, elle a pris son
e
envol à partir du début du 20siècle et c’est avec elle que
la grande tradition nationale de piano a pris fin, un peu
plus de centvingt ans plus tard.
A l’époque de la fondation de la Maison Gaveau,
les grandes inventions qui ont façonné l’instrument ont été
déjà accomplies. En effet, c’est dans les années 1820que
furent déposés les brevets les plus importants qui ont
déterminé la structure de l’instrument moderne.
Ainsi le principe du mécanisme utilisé
actuellement dit «à double échappement» fut breveté par
Erard à la fin de l’année 1821 à Londres et en début 1822
à Paris.
Ensuitevenait en 1825 le brevet ducadre
métalliquecoulé d’une seule pièce déposé par Babcock à
Boston auxEtats-Unis.
Pape est l’inventeur d’un élément essentiel du
piano moderne: lesmarteaux recouverts de feutreau
lieu de cuir comme auparavant et le brevet fut déposé en
1826 à Paris.
Lecroisement des cordesdes pianos actuels était
une idée déjà fort ancienne. Le piano à ses origines
appelé pianoforte pour avoir la possibilité de jouer
doucement ou fort contrairement au clavecin - avait

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comme ce dernier, dont il avait hérité le dispositif
harmonique (mais non pas la mécanique!), des cordes
disposées parallèlement les unes auxautres. L’idée de
faire passer les cordes des graves par dessus du médium
pour leur donner un peu plus de longueur (et donc un peu
plus devolume sonore) était appliquée dans des petits
e
pianos carrés déjà tout au début du 19siècle : on la trouve
dans des pianos à bon marché qui étaient un peu méprisés
pour leur sonorité alors considérée comme pauvre. Le
brevet fut déposé par Pape en 1828, également à Paris,
cette fois-ci pour son application dans des petits pianos
droits.
Une trentaine d’années plus tard, en 1859,
Steinwayallait breveter auxEtats-Unis l’idée d’une
combinaisonducadre métallique couléd’une seule
pièce et ducroisement des cordesdestinée maintenant au
grand piano à queue de concert et on l’a appelée la
«nouvelle technologie». Elle allait concurrencer
l’ancienne méthode descordes parallèlessoutenues par
uncadre compositeque l’on pourrait alors appeler la
«technologie classiquenou». La «v»elle technologie
allait s’imposer et déterminer l’avenir du piano et
profondément modifier la sonorité de l’instrument, la
technique d’exécution ainsi que l’interprétation
pianistique.
La Maison Gaveau n’était donc pas pionnière dans
le développement du piano comme l’étaient ses aînés
Erard et Pleyel ;elle appartenait à cette deuxièmevague
de grands facteurs de pianos qui se sont installés à la
e
seconde moitié du 19siècle pendant laquelle
l’industrialisation prenait le pas sur l’artisanat.
Outre le chef de file de la « nouvelle technologie »,
Steinway, cettevague comportait des facteurs très
importants tels que Bechstein et Blüthner en Allemagne
(par un curieuxtrait du hasard, ces trois sociétés ont été
fondées en 1853). Les deuxfacteurs allemands ont adopté

1

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asseznourapidement cette «velle technologie» de
Steinwayet ensemble ils en ont fait une promotion d’une
telle force et efficacité que la «technologie classique»
(surtout défendue par Erard en France, par la firme
Broadwood [fondée en 1769] en Grande-Bretagne et par la
firme Chickering [fondée en 1823] auxEtats-Unis) était
progressivement poussée dans une situation d’infériorité
qui a fini par l’éliminer totalement.
Les deuxtechnologies ont leurs points forts et leurs
faiblesses. La «nouvelle technologie» donne aux
instruments une solidité exceptionnelle qui permet une
tension des cordes extrême donnant une puissance sonore
inégalée mais au détriment des harmoniques, du timbre.
Avec sa sonorité homogène et immédiatement jolie, plus
percutante mais moins personnelle, le piano moderne est
aussi plus passe-partout que l’instrument classique : il peut
servir (et il sert) pour exécuter la musique de Bach
jusqu’au Jazz.
La sonorité produite par les instruments construits
selon la «technologie classique», même dans son état le
plus évolué, a des qualités plusvariées : elle est plus riche
en harmoniques, plus chantante, plus délicate mais ayant
besoin d’une technique pianistique plus complexe pour
faire ressortir toutes ses possibilités. Ceciva avec des
performances de puissance sonore à peu près semblables à
celles de la «nouv» tout au moins auelle technologie
stade de son développement à cette époque.
On peut constater pour les deuxcatégories des
dimensions accrues, une grande solidité, une puissance
sonore fortement augmentée (mais, en ce qui concerne les
pianos fabriqués selon la «technologie classique», sans
doute insuffisante pour les salles surdimensionnées et les
orchestres hypersonores de notre époque, auxquels la
« nouvelle technologie » s’est naturellement adaptée).
Précisons que la Maison Erard, un des défenseurs
acharnés de cette « technologie classique », a construit dès

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1

1850des grands pianos à queue de concert ayant un cadre
composite complet, solide mais assezléger, portés à
l’étendu de 90notes (au lieu de 88 notes adoptées
habituellement) et à la longueur de 2m60(au lieu de 2m40
auparavant) mais, bien sûr, toujours à cordes parallèles.
Ces pianos à queue de concert ont été qualifiés comme les
(1)
plus accomplis jamais construits. Il faut comprendre par
là qu’il s’agit d’un piano équilibré, avec des basses très
présentes et sonores (mais qui ne dominent pas comme
dans des pianos modernes), un médium ayant des timbres
trèsvariés où il est possible de faire des mélanges sonores
infinis, et dont l’aigu est une peu court mais scintillant qui
complète bien les harmonies de l’instrument qui a
conservé ce halo moiré des anciens pianofortes.
Il est donc permis d’admettre que les pianos
construits selon la «technologie classique» après 1850,
instruments solides, ayant une étendue et une puissance
sonores augmentée, et que l’on pourrait appeler
des «pianos classiques» pour les différencier des
pianofortes, plus délicats et fragiles, sont tout de même
plus proches des instruments du temps des compositeurs
dits «classiques »et «romantiques »que les pianos
modernes.
Les cordes parallèles ont gardé par ailleurs la
préférence de certains compositeurs jusqu’à la première
e
moitié du 20siècle, notamment, de Gabriel Fauré qui a
gardé son quart de queue Erard à Maurice Ravel qui est
resté fidèle à son demi-queue Erard jusqu’à sa disparition
en 1937. A l’heure actuelle quelques adeptes rares existent
toujours et quivont reviv» depianos classiquesre ces «
façon très marginale en concert et quelques fois aux
disques.
La Maison Gaveau était en fait peu concernée par
ces rivalités entre la «» et latechnologie classique
« nouvelle technologie». Au départ elle aurait suivi la
grande et prestigieuse Maison Erard en adoptant les cordes

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2

parallèles. Mais malheureusement peu de documents
peuvent attester avec précision de l’évolution des pianos
de cette marque pendant les premières décennies qui
suivent sa fondation : les registres de fabrication antérieurs
à l’année 1908 ont disparu probablement dans l’incendie
qui a ravagé l’usine de Fontenay-sous-Bois en
banlieueEst parisienne le 12 mars 1908. Il nous reste les brevets
détenus à l’Institut National de la Propriété Industrielle
(INPI). Ceuxqui datent de 1880et de 1883 donnent en
exemple des figures qui montrent les pianos droits à
cordes parallèles obliques. Le passage auxcordes croisées
se situerait auxalentours de l’année 1890. Le catalogue de
1899 montre une quasi-totale convnouersion à la «velle
technologie ».
L’ascension de la Maison Gaveau est assezlente,
ce que démontrent les récompenses successives aux
Expositions Universelles de Paris: la médaille de Bronze
à celle de 1855, Argent en 1867 et la médaille d’Or en
1878 et en 1889, Gaveau était hors concours à
l’Exposition Universelle de 1900. Il n’ya pas eu de
concerts de présentation avec les instruments de Gaveau
pendant les Expositions Universelles comme c’était le cas
avec les marques prestigieuses Erard et Pleyel ou encore
avec ceuxdes firmes alors fort connues telles que celle de
Henri Herzou Mangeot, ce qui indique que Gaveau n’était
e
pas encore dans la cour des grands à la fin du 19siècle.
Il est à noter que les succès obtenus par Steinway
et Bechstein furent immédiats. En effet, les grands
virtuoses comme Paderewski et Anton Rubinstein ont
soutenu Steinwaydès le départ et c’est sur un piano de
concert de Bechstein qu’a été créée la sonate de Franz
Liszt à Berlin en 1857 (donc 4 ans après la création de la
firme et cet instrument était encore équipé de cordes
parallèles). On a affirmé que Gaveau aurait pris les
instruments de Bechstein comme modèle pour concevoir

1

3

ses pianos modernes (et Pleyel se serait tournévers
(2)
Steinway) .
Levrai démarrage des pianos de concert Gaveau se
situe en 1903 où pour la première fois un instrument de
cette marque sonne lors d’un concert avec l’Orchestre
Lamoureux: le fait a été signalé par «La Revue
Musicale » du 15 juillet 1903. A cette époque les pianos à
queue de cette firme étaient tous équipés de cordes
croisées et de cadre en fonte; pour certains modèles de
pianos droits, on pouvait encore choisir entre cordes
croisées et cordes parallèles et ces dernières étaient parfois
tendues sur un cadre en fonte (cf. tarif 1899).
L’ouverture de la Salle Gaveau en 1907 a confirmé
et amplifié le succès de la marque. Elle était la première
vraie salle de concert à Paris qui peut contenir 1000
auditeurs et elle prenait tout de suite une place centrale
dans lavie musicale parisienne. Onyjouait naturellement
sur des pianos de concert Gaveau mais dans de rares cas
les pianistesyintroduisaient d’autres marques–on peut
trouver dans les annales de cette époque quelques Erard ou
Pleyel pour les français et un rarissime Steinwaypour un
pianiste étranger. Dans ce cas il fallait alors louer
l’instrument ce qui pouvait être très onéreuxet donc
(3)
dissuasif .Alfred Cortot, par exemple,yjouait sur Pleyel
mais Arthur Rubinstein, encore en début de carrière,
(4)
devait accepter (à contrecœur) le Gav.eau maison
Il est donc intéressant de noter que les pianos de la
Maison Gaveau ne faisaient pas l’unanimité, ils avaient
leurs supporteurs mais également des adversaires
farouches. Le fait que la marque avait été fondée plus
tardivement qu’Erard et Pleyel–qui avaient développé
chacune une personnalité sonore très marquée, fortement
liée auxcompositeurs et pianistes du passé–la sonorité
des pianos Gaveau paraissait à cette époque un peu
(4)
impersonnelle .On a rapporté que Clara Haskil avait
refusé auxannées 1920l’offre très attractive de la Maison

1

4

Gaveau de la soutenir dans sa carrière: cependant, bien
plus tard, au Festival de Besançon en 1956, où elle avait
accepté de jouer sur un Gaveau, le témoignage sonore, pris
sur levif, fait entendre un très beau concert et quelques
fausses notes pour lesquelles le piano n’yétait pour rien
(cf. CD 8 et sa notice).
D’un autre côté, plusieurs pianistes ont accepté de
jouer pour la Maison Gaveau. En premier lieu Marguerite
Long, pianiste-concertiste et pédagogue célèbre, par
exemple. Ilya eu aussi José Iturbi, un pianistevirtuose
très connu internationalement avant la Seconde Guerre
mondiale qui faisait des tournées en Asie avec des pianos
Gaveau. (Décédé en 1980et au moment de la liquidation
de son héritage, son quart de queue Gaveau (de 1m77 de
long) construit en 1948, qu’il avait gardé, a été mis à prix
auxenchères en avril 2008 en Californie pour 1680
dollars au bénéfice de la Fondation Iturbi, le demi-queue
(5)
Steinwayenvalait 16800…) .Ilyeut aussi Georges
Cziffra qui collabora même à l’amélioration de la sonorité
des pianos de concert Gaveau (il en a possédé lui-même
un, construit en 1948). Notons également que deux
célèbres pianistes allemands, Wilhelm Backhaus et
Wilhelm Kempff, ont joué sur Gaveau et pas uniquement à
la Salle Gaveau. En 1955 Wilhelm Kempff a accepté de
jouer sur un Gaveau à Nancy(où l’instrument avait été
loué) et même à l’étranger, à Istanbul (où la Maison
Gaveau avaitvendu un piano à queue de concert en 1948).
Comme c’est le cas pour le pianoforte et le « piano
classique »,les pianos de concert de la Maison Gaveau
sont actuellement utilisés sporadiquement pour des
enregistrements discographiques récents et d’une façon
marginale mais ceci complète une discographie d’avant la
Deuxième Guerre mondiale et des deuxdécennies qui
l’ont suivie où les pianos français ont abondamment servi
pour des enregistrements en France, souvent sans en
préciser la marque.

1

5

Somme toute, les pianos de la Maison Gaveau
étaient d’excellents instruments, les exemplaires de pianos
de concert restants avec lesquels sont faits des
enregistrements discographiques récents en témoignent.
Pourquoi cette marque a-t-elle alors sombré, aussi bien
qu’Erard et PleyLa réponse à cette question estel ?
difficile à donner et nécessite une étude socioculturelle
approfondie. Toutefois, après avoir présenté des
documents que nous avons pu rassembler concernant la marque
et, ensuite, tracé un bref rappel de l’histoire du piano
français, nous allons tenter d’yapporter l’ébauche d’une
explication en plaçant ce naufrage dans une esquisse du
climat musical très particulier dans lequel il s’est produit.

1

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MATERIEL et METHODE

Lematérielprésenté ici comporte desdocuments
qui ont été trouvés dans des bibliothèques: la
Bibliothèque nationale de France et la Médiathèque
GustavMahler à Paris, ainsi qu’au Musée de la Musique à
Paris, au Centre des Archives Contemporaines des
Archives nationales de France à Fontainebleau, à la
Chambre de Commerce de Paris, au Tribunal de
Commerce de Paris et chezdes particuliers. Ces sources
sont mentionnées auxdocuments présentés.
Laméthodede présentation est la suivante :
Les documents rassemblés sont présentés dans la
partie RESULTATS des RECHERCHES de
DOCUMENTS qui est suivi d’une DISCUSSION où sont
développés la place qu’a occupée la Maison Gaveau dans
le monde musical et les conditions dans lesquelles elle
s’est débattue pour survivre et où, finalement, elle a
sombré.
Dans la partie RESULTATS des RECHERCHES
de DOCUMENTS, uneChronologie généralede la
Maison Gaveau est présentée, reprenant des faits saillants.
Dans laChronologie des modèlesest également
mentionné le nombre d’exemplaires du modèle produit.
Pour lesFiguresnous avons cherché d’yfaire
représenter autant que possible tous les modèles produits
par la marque.
LesFondsdes pianistes Yvonne Lefébure et Reine
Gianoli sont très parlants au sujet des habitudes
d’utilisation des pianos de concert avant et après la
Deuxième Guerre mondiale.

1

7

e
Au cours des trois premières décennies du 20
siècle, les programmes de concert à Paris portaient
systématiquement la mention de la marque du piano qui
sera utilisé : ceci nous a permis d’évaluer l’importance de
la placequ’occupaient chacune des trois grandes marques
françaises dans le monde des concerts parisiens et en
particulier celle de la Maison Gaveau.
LesPublicitéspubliées par la Maison Gaveau
donnent une idée des efforts de la marque pour s’imposer.
Puisva suivre la place qu’elle a occupée dans lesAchats
de pianos par les Ecoles nationales de Musique.
Les données desStatuts Juridiquessuccessifs de
la marque proviennent des Archives du Tribunal de
Commerce de Paris et lesBrevetsde l’Institut National de
la Propriété Industrielle.
La DISCUSSION qui suit présente un survol de
l’histoire du piano français pour marquer son importance
dans l’histoire du piano en général et une esquisse du
climat musical très particulier qui régnait en France après
la Deuxième Guerre mondiale dans lequel la Maison
Gaveau se débattait pour survivre.
Dans une ANNEXE sont présentées une liste des
quantités de pianos produits par année depuis 1909 et celle
des dates de fabrication selon les numéros de série que
porte les pianos. Y sont ajoutées les dates de fabrication
des pianos MAG, une sous-marque de Gaveau (MAG est
une abréviation de Marcel André Gaveau).

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RESULTATSdesRECHERCHES de
DOCUMENTS

Chronologie générale de la Maison Gaveau

Chronologie des modèles de pianos, leur taille et les
nombres d’exemplaires produits depuis 1908

Les figures des pianos

Programmes de concert mentionnant les marques de
pianos utilisées présents dans :
(I)Le fonds de la pianiste–concertiste Yvonne Lefebvre
(II)Le fonds de la pianiste-concertiste Reine Gianoli

Nombres de pianos de concert Gaveau, Pleyel, Erard
utilisés pour des concerts à Paris de 1910 à 1932

Publicités de la Maison Gaveau parues dans
« Le Courrier Musical »

« Gaveau est partout dans le monde »
Extrait de la brochure « Les Pianos de Concert Gaveau :
Technique te Tradition »

Rapport sur les instruments de musique exposés à
l’Exposition Universelle de Liège en 1905

Achats de pianos par les Ecoles nationales de Musique
par année

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La Manufacture de la Maison Gaveau
Dans : « L’Etat de la Commune de Fontenay-sous-Bois »

La Salle Gaveau a cinquante ans
Dans : le « Guide du Concert et du Disque » n° 155 du 10
mai 1957

Les Statuts Juridiques

Les Brevets d’Invention de la Maison Gaveau
Obtenus aux années 1858 / 1871 / 1880 / 1883 / 1912 /
1922

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0

CHRONOLOGIE GENERALE de la
MAISON GAVEAU

1847–Fondation à Paris par Joseph Gaveau et
installation rue des Vinaigriers.

1855–Installation rue Taitbout, n° 10, à Paris. Première
récompense–Médaille de Bronze–à l’Exposition
Universelle de Paris.

1867–Deuxième récompense–Médaille d’argent–à
l’Exposition Universelle de Paris pour innovation dans le
mécanisme des pianos droits. Le rapport du jury
mentionne : «Les trois maisons les plus importantes de la
fabrication, Mme Erard (représentée par M. Schaeffer),
MM. Pleyel, Wolff etCie etHenriHerz ont exposé des
instruments d’une grande distinction. […] Parmi les
facteurs qui ont pris part au concours pour les grands
pianos, on remarqueM.Kriegelstein etM.Gaveaux(sic).
Leurs instruments sont de bonne qualité, et leur prix est
modéré. […] Parmi les facteurs de pianos français dont
les instruments viennent immédiatement après ceux des
maisons citées précédemment dans les catégorie des
pianos droits, obliques et demi-obliques on doit
mentionnerMM.Kriegelstein,J.Gaveaux(sic),Bord,
[…]».
Installation 14, boulevard Montmartre.

1878–Troisième récompense–Médaille d’Or–à
l’Exposition Universelle de Paris pour barrage équilibré
des pianos droits. Installation 47, rue Servan à Paris.

1882 – 1883 – 1888–Grèves.

1889–Médaille d’Or à l’Exposition Universelle de Paris.

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1893–Retraite de Joseph Gaveau et direction d’Etienne
Gaveau.

1896–Installation de l’usine à Fontenay-sous-Bois dans
2
la banlieue-Est de Paris. Superficie des usines 27000m
L’équipement moderne fait travailler 350ouvriers et peut
produire 3000pianos par an. La Maison Gaveau rentre
dans la catégorie des grands facteurs de pianos.

1899–Le catalogue Gaveau propose les pianos suivants
(cf. figures pages 41-56) :

Pianos à queue

Piano à queue grand modèle de concert
Longueur 2m60, cordes croisées, 7 oct. ¼

Piano à queue de concert
Longueur 2m25, cordes croisées, 7 oct. ¼

Piano à queue de salon
Longueur 1m90, cadre en fer, cordes croisées, 7 oct.

Piano à queue petit modèle de salon
Longueur 1m60, cadre en fer, cordes croisées, 7 oct.

Pianos droits

Piano droit, modèle riche
Hauteur 1m40, cadre en fer, cordes croisées, 7 octaves

2

2

Piano droit, grand oblique
Hauteur 1m35, 7 octaves

Piano droit à cordes obliques
ou à cadre en fer et cordes obliques
Hauteur 1m31, 7 octaves

Piano droit à cordes obliques
ou à cadre en fer et cordes croisées
Hauteur 1m27, 7 octaves

Piano droit, cordes obliques
Hauteur 1m23, 7 octaves

Piano droit, modèle d’étude, cordes verticales
Hauteur 1m20, 7 octaves

N.B. Il est à remarquer que le grand piano de
concert Gaveau qui a encore une longueur de 2m60(c’est
la longueur des pianos de concert d’Erard à cordes
parallèles et cadre composite, et de Pleyel à cordes
croisées et cadre composite; celui de Steinwayà cordes
croisées et cadre en fonte mesure déjà 2m74 depuis 1884)
possède des cordes croisées, sans la mention de « cadre en
fer »comme c’est le cas pour d’autres modèles. Ceci
suppose que ce piano est encore équipé d’un cadre
composite.

1900–Installation 32-34, rue Blanche.

1903–Utilisation pour la première fois d’un piano à
queue de concert Gaveau avec l’Orchestre Lamoureuxà
Paris.

2

3

1907–Installation 45-47,
Ouverture de la Salle Gaveau.

rue La Boëtie à Paris.

1908–Incendie de l’usine à Fontenay-sous-Bois, le 12
mars.
Lepremier registrede la Maison Gaveau
disponible commence avec le N° de série 48 981 que porte
un modèle de piano droit D daté du 24 novembre 1908.
Fascicule très abimé, par l’incendie, dans lequel les plus
anciens auraient été détruits ?

1910–Premier concert de la Société Musicale
Indépendante «SMI »à la Salle Gaveau avec des
premières auditions d’œuvres de Debussy, Fauré, Ravel et
Kodaly, le 20avril.
Le catalogue de 1910 présente une nouvelle
gamme de modèles de pianos(cf. figures pages 57-75) :

Pianos à queue

Grand modèle de Concert n°5
Longueur 2m75–7 octaves ¼ - Pédale tonale

Modèle de Concert, n° 4
Longueur 2m35–7 octaves ¼

Modèle de Salon, n° 3
Longueur 1m90 –7 octaves ¼

Petit modèle de Salon, n° 2
Longueur 1m65–7 octaves

Modèle de Salon extra-réduit, n°1
« Le plus petit piano à queue du monde »
Longueur 1m40 –7 octaves

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4

Pianos droits

Modèle A
Hauteur 1m46–7 octaves ¼ - Pédale tonale

Modèle B
Hauteur 1m38–7 octaves ¼

Modèle C
Hauteur 1m30 –7 octaves

Modèle D
1m25–7 octaves

N.B. Sans que ce soit précisé, tous les pianos sont
en cordes croisées et cadre en fonte. Le piano à queue de
concert s’est allongé considérablement de 2m60à 2m75 et
il atteint la longueur du modèle de concert D de Steinway
(2m74). Onytrouve également le modèle à queue
extraréduit n° 1 de 1m40(plus petit piano à queue du« le
monde ») : celui de Pleyel, le modèle 3ter, ne sortira qu’en
1917 et mesure 1m50. Les pianos extra-réduits deviennent
la spécialité de la firme Gaveau. Remarquable également
est le grand piano droit A de 1m46 qui est équipé d’une
pédale tonale. Y figure aussi le modèle droit D de 1m25 de
haut dont la production atteindra plus de
17500exemplaires.

1911Arnold Dolmetsch rejoint la société Gaveau et il
conçoit des épinettes, clavicordes et clavecins. Il quittera
Gaveau en 1914.

1913–Le dernier concert de Camille Saint-Saëns à la
Salle Gaveau a eu lieu le 6 novembre.

2

5

1916–Au catalogue de 1916 le piano à queue de Concert
passe de 2m75 à 2m77 de long et le modèle à queue
extraréduit n° 1 passe de 1m40à 1m50.

1922–Etablissement d’une succursale à Bruxelles, 43 et
45, rue Royale.

1925 –Le modèle quart de queue n° 1 de 1m50passe de
85 à 88 notes.

1927–Construction du premier exemplaire du modèle de
Concert «nouv» de 2m8eau modèle0n° 83032 (voir
p. 123)qui restera au catalogue jusqu’à la fermeture en
1971.

1931–Arrêt de la fabrication du grand modèle droit A
(de 1m46 mais qui avait été réduit à 1m40de haut). Début
de la fabrication des pianos sous la marque MAG (une
abréviation de Marcel André Gaveau).

1933–Début de la construction d’un très petit piano à
queue de 1m33, le modèle S.

1935–Le modèle droit D (1m25) passe de 85 à 88 notes.

1937–Le catalogue propose les pianos suivants:
Tous nos pianos comportent un cadre équilibré
en fonte aciéré, coulé d’une seule pièce avec sommier
plein métallique – cordes croisées – clavier en ivoire à 7
octaves ¼.
Pianos à queue

Modèle 5 – Grand Piano de Concert
Longueur 2m80 –Largeur 1m63

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Modèle 4 – Piano de Concert
Longueur 2m30 –Largeur 1m61

Modèle 3 – Piano de Salon
Longueur 2m05–Largeur 1m52

Modèle 2 – Piano de Salon
Longueur 1m77–Largeur 1m54

Modèle 1 – Piano de Boudoir
Longueur 1m52–Largeur 1m46

Modèle S – Piano de Boudoir Extra réduit
Longueur 1m33–Largeur 1m44

Pianos droits

Modèle C – Moderne – 3 pédales
Hauteur 1m33–Largeur 1m47

Modèle D – Nouveau modèle
Hauteur 1m26–Largeur 1m44

1938–Début de la construction de modèles de pianos
droits de très petite taille, de moins d’un mètre de haut
(0m93), le modèle M «Menuet ». Arrêt de la construction
du grand modèle B (hauteur de 1m35) qui ne figure déjà
plus au catalogue de 1937.

1943–Décès d’Etienne Gaveau et début de la direction
de Marcel et André Gaveau.

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1946–Les modèles Gaveau d’après guerre:

Pianos à queue

Modèle 5 de Concert – 88 notes
Longueur 2m80 –Largeur 1m63

Modèle 3 de Salon – 88 notes
Longueur 2m05–Largeur 1m52

Modèle 2 de Salon – 88 notes
Longueur 1m77–Largeur 1m54

Modèle T extra-réduit – 88 notes
Longueur 1m33–Largeur 1m44

Pianos droits

Modèle D – 88 notes
Hauteur 1m26–Largeur 1m47

Modèle N, Arpège – 85 notes
Hauteur 1m10 –Largeur 1m44

Modèle L – 85 notes
Hauteur 1m12–Largeur 1m44

Modèle M, Menuet – 85 notes
Hauteur0m93–Largeur 1m36

N.B. Les modèles à queue n° 4 (de 2m30de long)
et n° 1 (de 1m52) ont disparus ainsi que le droit modèle C
(1m33) et les petits pianos ont proliféré.

1947–Célébration du Centenaire de la Maison Gaveau.

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